Yerevan – Place de la République et Musée Historique National

CARNET ARMÉNIEN

Place de la République

J’achète du shwarma et un pâté à la viande pour pique-niquer dans les jardins au bord d’un « lac ». La rue piétonnière qui relie l’Opéra à la grande place de la République, est bordée d’immeubles neufs et de boutiques de luxe aux enseignes américaines, russes ou européennes.

Au coin de la place de la République pause pour un café « oriental » qu’on appelle également café « arménien ». Ces variantes autour du café »turc » m’amusent « grec » en Grèce, j’ai même trouvé « byzantin » à Chypre,  qui a beaucoup faire rire Samer notre guide en Égypte. Je bois « à la grecque » c’est à dire très lentement en occupant trois chaises, Charles Aznavour en accompagnement  sonore.

Place de la République : tuf rose et jets d’eau

La place de la République est rafraîchie par des bassins et des fontaines. Les grands bâtiments officiels sont parfois surmontés d’une colonnade.  Les rues adjacentes passent sous des arches. L’ensemble est très théâtral et très réussi, peut être grâce au tuf beige rosé, chaleureux. Marbre blanc, basalte gris ou pire ciment, c’eût été glacial.

Musée Historique National

Visite en compagnie d’un groupe de pèlerins français. Amalia, la guide francophone, s’adapte à son public pour qui cette visite est la conclusion de leur voyage, je me sens un pue déphasée.

L’histoire de l’Arménie débute au Paléolithique. L’obsidienne était un matériau de choix et d’abondance : jolie collection de lames translucides, presque transparentes.

  8ème millénaire : figurines de la Déesse-Mère.

On a retrouvé la plus vieille chaussure au monde : 5700 ans en cuir de vache et de sanglier.

3ème millénaire : figurines de la Déesse-Mère représentant la fertilité. Parmi les petites idoles à la silhouette caractéristique, triangle à la taille fine et très larges hanches se trouve un couple enlacé. La pierre du foyer ronde creusée comme un trèfle ou en fer à cheval, portant parfois des têtes de bélier,  est un autre objet symbolique de la famille. Une énorme jarre en poterie est décorée de triangles et de spirales. Amalia nous montre des cigognes stylisées figurant le retour du printemps et des serpents sur une autre.

Des photos montrent des menhirs et des pétroglyphes. En verrons-nous sur place ?

Dans les vitrines se trouvent des bijoux en or, des coupes ciselées.

On a remonté deux chariots de bois ; des arceaux soutenaient une bâche. Datés de 4500ans ils furent conservés aux abords du Lac Sevan. Ce sont des chars funéraires retrouvés avec de nombreux objets présentés autour dans les vitrines.

Amalia déchiffre pour nous la signification des animaux gravés : les oiseaux médiateurs entre le ciel et la terre. Les chevaux étaient les accompagnateurs du soleil

Un saut dans le temps nous conduit à Erebouni, pour découvrir la civilisation du royaume d’Ourartou. Les originaux des fresques d’Erebouni sont abrités ici. On voit des petites maquettes en argile représentant un  temple et des personnages sacrifiant  un bélier un peu comme celles du Musée du Caire.

De l’époque hellénistique, on voit une merveilleuse Aphrodite – Anahit en marbre blanc et Artémis en bronze. Nous avons un avant-goût du temple de Garni. Les bornes miliaires sont gravées en araméen – langue de Jésus mais aussi lingua franca  pour les commerçants du Proche-Orient. A l’époque de Tigran II. Le fils de Tigran II fut capturé par Marc-Aurèle et décapité en Alexandrie. Les guerres arméniennes sont citées par les romains : Marc-Aurèle  et Septime Sévère ont battu monnaie  « Armenia conquista ».

La visite de l’Arménie antique au 2ème étage (3ème pour les Arméniens) s’arrête là. Je décide de quitter le groupe afin de revisiter à mon aise toutes ces merveilles à peine entrevues. J’aime faire des révisions, m’attachant avec grand plaisir à certains objets qui m’ont parlé. A 17h15, les gardiennes éteignent les lumières « Allez-voir les tapis ! Cela ne ferme qu’à 18h » me conseillent-elles. . A l’étage intermédiaire se trouve la suite de  l’histoire, du Moyen Âge à la période soviétique. Ces collections n’ont pas été modernisées, les explications sont en Arménien et en Russe – les deux incompréhensibles et illisibles. Je passe donc au pas de course devant les costumes folkloriques et les photos anciennes poussées par les gardiennes qui éteignent l’électricité après mon passage.

17h45, il reste un petit quart d’heure pour poster nos cartes postales. En Arménie il n’y a pas de boites aux lettres et les timbres s’achètent exclusivement à la Poste. La Poste se trouve de l’autre côté de la place. La guichetière est revêche (comme partout dans le monde entier).

Nous appelons Jacques avec le téléphone arménien qu’il nous a prêté et qui nous rendra bien des services.  Un taxi  nous ramènera chez Hasmik dans les hauteurs de Yerevan et rentrera avec nous.

Hasmik est une jeune femme charmante, très chaleureuse, qelle parle bien Anglais mais elle est accaparée par ses quatre enfants, surtout la plus petite Mati tout juste assez grande pour marcher, monter les escaliers et faire des tas de bêtises avec un plaisir évident. Elle est craquante.

Yerevan : Matanadaran

CARNET ARMÉNIEN

matenadaran

Par des rues agréables bordées de maisons de pierre nous allons à pied au Matenadaran.

Sur le tuf de couleur chaude on remarque la vigne qui pousse sur quelques balcons et se répand. Selon jacques, le tuf, abondant dans l’Arménie volcanique, existe sous diverses couleurs, rose, orange, jaune, gris ou beige. C’est une roche légère très isolante. Le climat continental voit des amplitudes  thermiques de plus de 60°, la fonction isolante est donc très importante. Les façades sont variées, agrémentées de colonnes, balcons, frises sculptures.

Une rampe monte au bâtiment gris de basalte. L’énorme statue de Mesrop Machtots, l’inventeur de l’écriture arménienne et de son disciple Koriun, à genoux beaucoup plus petit précède le Matenadaran. De chaque côté de l’entrée se tiennent dans des niches  les statues des érudits, philosophes, géographes, historiens moyenâgeux  témoignant de l’ancienneté et de la richesse de la culture arménienne. Le Matenadaran est le conservatoire des manuscrits et incunables de l’Arménie.

alphabet avec des oiseaux

La conférencière  est charmante, son français est irréprochable, sa culture immense. Elle commente avec une baguette, vitrine après vitrine. Kaplanian(p. 66-67) détaille leur contenu de chacune, je n’ai donc pas pris de notes systématiquement. La visite commence logiquement avec les lettres de l’alphabet arménien (36+3) disposées en 4 colonnes permettant ainsi de les utiliser comme des chiffres, 9 pour les unités, 9 pour les dizaines, 9 pour les centaines….Il existe 4 types d’’écriture, minuscules, majuscules, ornithomorphes…Sur un tableau les lettres-oiseaux,  sont très colorées. Après l’exposé, l’écriture arménienne reste mystérieuse et impénétrable. La comparaison avec les alphabets araméen, grec et géorgien n’arrangera rien. Parmi la collection des manuscrits du Matenadaran, il en existe même des pétrifiés. La guide nous montre un palimpseste 5ème/10ème siècle : le parchemin a été utilisé plusieurs fois. Elle nous explique ce qu’est un colophon : notes ne figurant pas sur le texte original, permettant des notes ultérieures. Le premier manuscrit-papier date de 987. Les ingrédients naturels des colorants des enluminures sont présentés dans de petits godets : lapis-lazuli pour le bleu, malachite pour le vert, cochenilles pour le rouge – l’insecte est beaucoup plus gros que ceux de mes plantes vertes – la cochenille est présentée sur une sorte de chiendent   qui ne pousse qu’en Arménie qu’elle infeste. Le liant était le jus d’ail qui servait également de conservateur en désinfectant la peau du parchemin.

bataille entre les Perses et les arméniens

Impossible de décrire tous les manuscrits que la guide nous a montrés. La traduction arménienne de la Vie d’Alexandre d’Eusèbe de Césarée (264-340) est le seul exemplaire qui reste, l’original grec a été perdu. Une vitrine montre « le plus grand et le plus petit ». L’histoire du « plus grand » (700 peaux d’agneaux pour 660 pages et 28kg) racontée également par Kaplanian est émouvante et témoigne l’attachement des arméniens à cette culture écrite. Notre attention est surtout captée par les miniatures et enluminures. Surtout la miniature de l’Histoire d’Alexandre. Décidément Alexandre le Grand est une figure que je rencontre à chacun de nos voyages. La peinture de la guerre des Arméniens contre les Perses (1586), celle des instruments de musique 13ème 14ème, ou ce manuel de médecine avec le dessin des plantes médicinale.

histoire d’Alexandre le Grand

La Matenadaran ne renferme pas que des parchemins médiévaux ; Il y a également des livres imprimés. Le « livre du Vendredi », premier livre imprimé en arménien édité à Venise en 1512. Puis aux  Pays Bas au 16ème et au 18ème siècle (cela nous rappelle quelque chose) et même à Madras.

De magnifiques Corans ont des bordures de toute beauté. Ces cadres peints montraient l’impossibilité de rajout au texte sacré. Très beaux firmans d’une merveilleuse écriture persane…

Documents historiques : des brevets de Napoléon à des Arméniens, Murat et Pétrosov. Les édits des Tsars Alexandre II et Alexandre III reliés avec leurs cachets lourds métalliques sont des documents impressionnants (1mx1m).

Émouvantes lettres de l’écrivain Toumanian appelant à résister au génocide, celle de Frantz Werfel…

l’opéra

Après cette longue et dense visite, Jacques nous emmène à l’opéra. Dans ses jardins nous prenons l’apéro assis dans de confortables fauteuils d’un café. Jacques nous donne le nouveau programme après modifications, les plans google-maps. Halte sympathique. Nous apprenons à mieux nous connaître.

merci à jacques qui m’envoie d’Arménie une version très moderne de l’alphabet arménien!

Yerevan : parc – Mère Arménie – Cascade

CARNET ARMÉNIEN

 

Cascade

Samedi 27 Avril – Yerevan

6h30 le jour filtre à travers les rideaux drapés  marron et or.

8h, sur le balcon de l’immense salon, nous regardons vers l’Ouest. Couvert de neige, magique, le Mont Ararat surgit, tel le Fujiama  des peintures japonaises. Je fais le tour du salon pour regarder au petit balcon. Là, surprise, un autre cône, plus petit mais plus raide, tout aussi neigeux. Illusion ?

Petit déjeuner : tisane d’herbes, œufs brouillés à la menthe, confiture de figues maison et de cerises du jardin, fromage ressemblant à de la  féta.

Par le beau soleil, nous décidons d’aller au parc tout proche, j’irai à pied au pied de la Cascade tandis que D rentrera à la maison d’Hasmik où Hakob( qu’Hasmik appelle Jacques) viendra la chercher. Nous traversons notre quartier très chic sur les hauteurs de la ville où les belles villas sont protégées par des grilles imposantes.

Mère Arménie

L’immense statue de Mère Arménie se voit de loin. Elle domine la ville de son socle monumental. Elle est entourée de blindés et même d’un avion de chasse sur une esplanade de pierre, plutôt funèbre. Un musée de la seconde guerre mondiale occupe le socle.  Si Mère Arménie, mère nourricière, est armée d’un sabre c’est que l’Arménie a subi tant d’invasions depuis l’antiquité. Elle regarde vers l’Ouest le Mont Ararat et la Turquie, signifiant qu’elle est prête à se défendre en prenant les armes. Autrefois, c’est Staline qui occupait son emplacement.

parc de la Victoire

Passé l’esplanade militaire,  je traverse un parc d’attraction vide à cette heure matinale, coloré, un peu désuet avec ses manèges multicolores, ses baraques de foire, ses petits kiosques, les auto-tamponneuses et une grande roue, un peu démodé…Je demande mon chemin « Cascades ? » tout le monde comprend. Un  souterrain permet de traverser une artère très large et très passante. J’arrive sur une autre esplanade de pierre portant un monument encore plus haut. En dessous c’est le chantier. Je passe devant la grande Maison d’Aznavour – un centre culturel.

Alexandre Tamanian devant la Cascade

Je trouve enfin la Cascade monumentale et découvre les escalators. J’hésite entre l’escalier mécanique ou les marches dans les jardins et les fontaines. L’escalier roulant n’est pas une simple facilité, c’est aussi un passage dans une galerie d’Art Contemporain, plutôt design que sculpture, souvent sur le thème du siège, canapé où poussent des fleurs géantes en tissu, chaises métalliques et fauteuils étranges mais aussi chaussures géantes… A chaque palier on découvre une fontaine. En bas la billetterie du Musée de la Fondation Cafesjian qui occupe les entrailles du monument de la Cascade. Des concerts de jazz s’y déroulent parfois.

le chat de Botero

Entre la Cascade et l’Opéra s’étend un jardin de statues fleuri. Je reconnais les staues de Botero mais aussi d’autres artistes, un catalan Jaume, une britannique Linn Chadwick . Jacques m’a donné rendez-vous à 10h15 près du chat de Botero.

Face à l’opéra, tournant le dos à la cascade, la grande statue de basalte d’Alexandre Tamanian, architecte de l’opéra et architecte-urbaniste, constructeur de sites et de jardins – le Haussmann arménien selon Jacques (mais au XXème siècle). II a voulu modeler le cœur de la ville et relier les quartiers hauts par ces fontaines. Chacun des 5 étages porte 15 fontaines en souvenir des 15 régions de l’Arménie. La diplomatie et le talent de Tamanian imposèrent aux soviétiques une architecture arménienne en pleine période stalinienne, créant un ensemble harmonieux avec l’utilisation du tuf local de différentes couleurs, l’inspiration des motifs arméniens et des ceintures de jardins. L’opéra en basalte gris foncé, inspiré des ruines de Zvarnots (et du Colisée) ne fut terminé que dans les années 60 après la mort de Tamanian.

Séisme, pérestroïka, indépendance et guerre du Karabagh ont ravagé l’économie arménienne et ce n’est que beaucoup plus tard, grâce à la volonté d’un mécène américain que le plan original de la Cascade fut réalisé et pas encore achevé de nos jours.

En vol vers Yerevan, en passant par Moscou

CARNET ARMÉNIEN

En vol : la Russie

l;}

Vendredi 26 avril : vol Roissy-Moscou- Yerevan

 « Vous partez où ? »

 Le chauffeur  du taxi est iranien. Il a connu de nombreux arméniens à Téhéran qui vendaient de l’alcool et de saucisses de cochon, autrefois, avant les mollahs….Leçon d’histoire : l’Arménie fut province persane avant l’annexion par les Russes.

En Champagne, les nuages se densifient et se déchirent après le déjeuner au dessus d’un pays plat planté de nombreuses éoliennes, des autoroutes et des champs hivernaux. Allemagne ? Pologne ? Biélorussie ? Les rivières font des méandres et présentent de curieuses échancrures. Les forêts remplacent les cultures, des coupes en bandes pointillées dessinent un curieux alphabet morse à l’intention du ciel.

L’avion descend à l’approche de Moscou. C’est l’hiver : les champs sont gris, râpés, les rivières encore gelées. Débâcle : les petits cours d’eau sont libres tandis que sur les plus larges, la glace se fend. Les  lacs conservent  les traces des pneus qui ont roulé dans la neige.

près de Moscou, les bateaux sont encore pris dans les glaces

Transfert à Moscou : il faut rejoindre le terminal D. Au contrôle de police, nous sommes les seules passagères. La policière tamponne la carte d’embarquement  nous traversons ensuite les installations de sécurité, désertes ;  au bout du couloir, la porte est fermée : une souricière. La policière essaie de nous calmer : « vous avez encore une heure ! ». Finalement deux employés arrivent, scannent nos sacs à dos et ouvrent la porte. Nous traversons au pas de course le Terminal E puis le D, la porte d’embarquement est tout au fond.

L’ uniforme des hôtesses d’Aéroflot est brodé avec la faucille et le marteau sur le col de la veste. Les pistes d’envol sont bordées de prés détrempés avec encore de gros tas de neige. Géométrie de grands champs rectangulaires parcourus par une rivière aux méandres paresseux. Je remarque un village en demi-cercle, 4 rayons délimitant 4 quartiers, les maisons construite selon des rues concentriques.  On survole une vallée sèche, où est passée la rivière qui a creusé son lit ? A une heure au sud de Moscou les champs sont verts. Nombreuses retenues d’eau puis un grand lac aux belles eaux bleues. Un épais édredon de nuages blancs cache le Caucase. Des sommets noirs très pointus dépassent. Ils portent des névés. Les très petits champs aux mille-raies, les nombreux villages sont très différents. Des ruisseaux ont creusé des canyons.

sommet de l ‘Aragats dépassant des nuages

L’arrivée sur Yerevan  est spectaculaire. Le soleil couchant a teint en rouge grenat les nuages. Au détour de l‘aile de l’avion nous découvrons les hautes silhouettes du Mont Ararat et de l’Aragats . L’avion fait des tours au dessus de  maisons dans des jardins très verts et touffus. Puis survole les bâtiments de ciment d’une industrie lourde soviétique (à l’abandon ?), des cheminées ressemblent à celles d’une centrale nucléaire ( ?), d’autres cheminées sont à moitié en ruine. Enfin, la ville, tours et barres…à nouveau la campagne.

Hakob nous attend à la sortie, une quinzaine de km  séparent l’aéroport de Yerevan. Le centre-ville est très éclairé, nous grimpons dans les hauteurs vers la maison d’Hasmik.

Merci! en Arménien comme en Français

CARNET ARMÉNIEN

le Mont Ararat au printemps

« Merci  » est employé couramment en Arménie.

Cela ne m’avais pas étonnée, ayant connu cet usage de « merci » en Bulgarie.

Et cela me donne l’occasion de remercier Jacques de l’agence Vacances Arménia du merveilleux voyage qui vient de s’achever. Merci aussi à Evaneos qui nous a mis en contact.  Un sans-faute! un circuit à notre rythme, en liberté, des découvertes passionnantes, un suivi attentif, amical et jamais pesant. Des hébergements parfaits….

Mais surtout, l’impression de ne jamais être une touriste, mais une amie reçue en famille. Merci à Hasmik qui nous a accueillies une semaine, chez qui nous nous sommes senties si entourées à ses enfants qui étaient si joyeux, si naturels, et que nous avons eu peine à quitter. La maison d’Hasmik restera notre maison à Yerevan…

Merci à la famille de Jacques à Gümri, à Tatev, au club des francophones qui ont transformé cette étape en chaleureuses rencontres, inoubliables!

Merci à tous les inconnus qui nous ont aidées à trouver notre chemin, au chauffeur de taxi d’Ashtarak qui a pris le volant pour nous guider… aux paysannes sur la route….à tous ceux qui ont pris la peine de nous expliquer par gestes, à nous, les idiotes, qui ne parlions même pas Russe! Merci aux piqueniqueurs de Noravank qui nous ont invité à partager leur repas sur le bord d’un canyon!

Merci à l’hospitalité  de tous les Arméniens qui a enchanté ce voyage!

Se trouver en terre inconnue, dans une langue et une écriture indéchiffrable pour nous, et ne jamais être perdue!

Un samedi, à Thomery, chez Rosa Bonheur

 

atelier de Rosa Bonheur

Samedi, ou mercredi de 14h à 17h, l’atelier-musée de Rosa Bonheur est ouvert au public (3€)

Demander à l’Office de Tourisme, à côté de la Mairie, rue de la République, la pochette des promenades (5€)

thomery, murs aux vignes, église

Par un samedi de printemps frileux, nous avons pris la route de Melun, Fontainebleau et Avon pour trouver à l’entrée de Thomery, au coin, le château de By flanqué de l’atelier de l’artiste, briques et tourelles d’un Second Empire tarabiscoté.

Comme il était trop tôt, nous avons flâné dans Thomery, village bordant la Seine, à flanc d’une douce colline abritant un vignoble renommé autrefois. Sur la place de l’église, Les Jardins Salomon,  remplacent les Établissements Salomon,encore en activité en 1960, producteurs de fruits, chasselas et pêches de luxe, dans des serres de forçage construites en 1861, afin de vendre du raisin frais tout au long de l’année. Serres de forçage, murs abritant le chasselas, étaient la spécialité de Thomery, ainsi que des arbres en pot qu’on présentait sur la table au dessert pour que les invités cueillent eux même grappes ou

pêches.

Une autre brochure est consacrée à l’église Saint Amand, église toute simple et sobre. Elle présent la reconstitution des transformations de l’église d’une manière tout à fait pédagogique et ludique. Nous nous sommes amusées à chercher les contreforts, les arcs et les bandeaux de grès.

Le circuit du port d’Effondré m’a conduite en bord de Seine, grosse de toutes les pluies de l’hiver avec ses péniches nombreuses. Suivant pas à pas la brochure, j’ai découvert des murs à vigne qui m’ont menée aux Bains du Roi, célèbres depuis Henri IV quand la cour séjournait à Fontainebleau. De l’autre côté du fleuve on découvre le château des Pressoirs du Roi (François 1er). Ce circuit permet de petites découvertes, jolies surprise, ici le porche d’une briqueterie, là une maison construite pour l’Exposition Universelle, une auberge, la maison du passeur, un port pavé de grès…et toujours le motif du chasselas décidément très présent dans le village. Le port exportait le raisin.

Trois autres circuits ont été détaillés par l’Office du Tourisme. Il suffit de guider les yeux des visiteurs vers un porche, une girouette, une frise en majolique, ou les trous alignés dans un mur en terrain inondable pour rendre la promenade passionnante.

By : atelier de Rosa Bonheur

Nous sommes 8 devant l’entrée très discrète de l’atelier-musée de Rosa Bonheur au château de By. On ne visite pas les pièces d’habitation seulement un bureau aux murs cramoisis, aux vitrines remplies de couleurs, de moulages d’animaux en plâtre, d’esquisses ou de petits tableaux. Je remarque une tête de chien  en plâtre de chasse aux oreilles pendantes devant un petit panneau de bois peint à l’huile avec ce même animal. au murs sont accrochés de nombreux portraits de l’artiste, sa légion d’honneur, le certificat de Permission de Travestissement, à l’époque, porter le pantalon ou un vêtement masculin était puni par la loi, sauf dérogation; amenée à fréquenter les marchés aux bestiaux et les foires aux chevaux, l’habit de maquignon était plus adapté que l’ample robe.

Dans un petit couloir est exposé le costume indien de Buffalo Bill et un portrait de lui. L’atelier construit par Rosa Bonheur est très haut de plafond, éclairé par de hautes verrières orientées au nord comme il le faut pour l’atelier d’un peintre. Au fond la cheminée est surmontée de nombreux trophées de chasse, même celui d’un  élan, offert par un admirateur. Sur une corniche un héron, un faisan, et nombreux oiseaux empaillés.

Les tableaux les plus connus, le labourage Nivernais (exposé au Musée d’Orsay) et la foire aux chevaux (exposé au Metropolitan), immenses toiles sont reproduites en photo.Sur un chevalet, devant la cheminée un grand tableau est inachevé, tout juste commencé, une horde de chevaux est esquissée. A côté du portrait en pied de Rosa Bonheur pendent deux blouses bleues, sur une chaise trainent ses guêtres…Malheureusement le jeune guide n’est pas à la hauteur et les autres visiteurs le poussent dans ses retranchements. Nous fuyons le groupe pour nous attacher aux objets.

Je ne prise que peu la peinture animalière, peut-être le face à face avec les originaux j’aurais eu une révélation? De même ce décor gothique Second Empire au chiffre RB ne m’enchante guère. La figure de rosa Bonheur, en revanche est fascinante.

J’ai lu sa biographie par Gonzague Saint Bris, biographie un peu fade, mais personnage fascinant. Il compare  à plusieurs reprises la personnalité de Rosa Bonheur à celle de George Sand, femmes de caractère, personnalités reconnues dans leur époque, mais pourtant si différentes.

 

 

La Fontaine d’Héghnar – Mkrtitch Armen

LIRE POUR L’ARMÉNIE

Quel joli prologue à notre prochain voyage en Arménie! Et en plus le roman se déroule à Gümri où nous nous proposons de rester deux jours, puisque cette ville est jumelée avec Créteil!

La Fontaine d’Héghnar est un très beau roman d’amour. Amours impossibles, d’une femme mariée avec un très jeune amant. Amours cachées de deux arméniens qui se déguisaient pour se rencontrer dans le quartier turc de Gümri au temps ou Arméniens,  Turcs et Grecs vivaient ensemble. Elle voilée, lui coiffé du fez.

C’est aussi le roman des fontaines, de l’eau des ruisseaux qui s’écoule, du printemps fleuri.

C’est aussi une sorte de conte, où Mrktitch, le fontainier, l’artisan qui avait assigné à sa vie la construction de quarante fontaines dans sa ville, s’est éteint, le travail accompli, ayant offert à ses concitoyen ses plus belles œuvres, sans compter la fontaine magique: la Fontaine d’Hégnar qui portait cet avertissement « L’épouse n’est source que pour son mari. Nul autre ne peut s’y abreuver » et qui se tarit dès qu’un autre que lui s’en approche. Miracle divin ou ultime artifice du fontainier?

Trouverons-nous à Gümri quelques unes des fontaines de maître Mkrtitch?

 

 

Mariama BÂ : Une si longue lettre

LIRE POUR LE SÉNÉGAL

mariama-ba.1286437367.jpg

Cette lettre nous vient du Sénégal.

Ramatoulaye, la narratrice vient de perdre son mari. Elle écrit à sa meilleure amie Aïssatou. Ce texte est un réquisitoire contre la polygamie. Les deux femmes ont épousé des hommes éduqués, influents de valeur. Toutes les deux ont été aimées. Elles ont élevé de nombreux enfants. Mais leur mari a pris une seconde épouse. Aïssatou n’a pas accepté et a préféré partir. La narratrice est restée.

La force de ce texte est d’abord la clarté du style. Pas de folklore, peu d’africanisme. Une langue claire et nette. Pas de pleurnicherie non plus. Ces femmes même abandonnées, sont de fortes personnalités. Pas de manichéisme. La narratrice ne cherche pas à abaisser les hommes qu’elle rencontre. Elle montre l’iniquité de la position des femmes dans une société polygame.

j’ai lu ce livre il y a bien longtemps, et écrit ce billet il y a trois ans, mais cette lecture est si gravée dans ma mémoire qu’il trouve sa place dans ce carnet sénégalais. C’est aussi un livre que j’ai offert à plusieurs amies, chaque fois que j’ai envie d’offrir un livre c’est lui que je choisis.

Fatou Diome – Le vieil Homme sur la Barque – Kétala –

LIRE POUR LE SÉNÉGAL

J’avais lu autrefois Le Ventre de l’Atlantique.

Impossible d’aller au Sénégal et d’ignorer cette auteure.  Le regard d’une femme sénégalaise m’apparaissait indispensable. J’aurais aimé m’enthousiasmer pour ses autres ouvrages. J’ai donc emprunté ces deux livres.

LE VIEIL HOMME SUR LA BARQUE

Un très joli petit livre, une nouvelle élégante avec les illustrations de Titouan Lamazou . Presque un bonbon!  Un hymne à la lecture ou plutôt à un « livre-phare » : le Vieil Homme et la Mer, où la narratrice retrouve son grand père pêcheur qui l’emmène avec lui.

Introduction parfaite à notre visite dans le Saloum d’où Fatou Diomé est originaire.

Le Vieil Homme et la Mer a aussi inspiré Abasse Ndione.

KETALA

Elle serait touchante l’histoire de Mémoria, la jeune sénégalaise mal mariée, partie confiante en l’avenir en France, morte trop jeune….Racontée par ses objets familiers, pendant la période de deuil avant d’être dispersés, c’est très moyen.  L’Enfant et les Sortilèges, était poétique.  Kétala, est franchement ennuyeux.Les traits d’humour sont forcés, les calembours et jeux langagiers mal venus. Une érudition artificielle, pauvre Duras!

Ramata – Abasse NDione

LIRE POUR LE SÉNÉGAL

Ce gros bouquin de 449 pages m’a tenue en haleine et a prolongé notre voyage au Sénégal, à travers le temps – deux décennies 1980-2000 – et le pays – l’histoire se déroule principalement à Dakar mais des digressions emportent le lecteur à Saint Louis, dans le Saloum, sur la Petite Côte et dans les vergers de Niayes.

Abasse Ndione sait renouveler ses thèmes, ses personnages, ses décors. Le premier roman que j’ai lu : La Vie en spirale se déroulait à MBour, dans le milieu des dealers tandis que Mbëkë mi, à l’assaut des vagues de l’Atlantique racontait l’émigration à bord des pirogues vers les Canaries.

 

 

Ramata  est une femme extraordinairement belle choyée par la nature, dotée d’un mari très riche et puissant, amoureux, fidèle. C’est aussi une femme capricieuse sans scrupules. Et pourtant son destin sera tragique.

Le roman Ramata met en scène une foule de personnages secondaires qui sont présentés dans leur environnement, mais aussi dans leur histoire personnelle. On s’attache à certains d’entre eux davantage qu’à l’héroïne antipathique. Comme dans un roman picaresque, les histoires s’emboîtent les unes dans les autres toutes aussi passionnantes les unes que les autres. On découvre de nombreuses facettes de la société sénégalaise, aussi bien les riches Dakarois influents (le mari de Ramata est ministre) que les paysans du Saloum ou les piliers de bar louche….

Ramata est une chronique sénégalaise se déroulant sur vingt ans (1980-2000). Les mœurs  politiques changent entre le règne du parti unique, du journal unique et l’alternance qui a porté Wade au pouvoir succédant à Diouf par un processus démocratique. Il raconte aussi la corruption – roman noir, oblige.

Ramata raconte aussi les traditions sénégalaise, la vie au village. Un chapitre raconte l’initiation des jeunes filles et leur excision. Celle-ci était-elle la cause de la frigidité de Ramata si mal vécue que jamais elle ne se sentit comblée même au faite de sa gloire.

Mais Ramata est aussi l’histoire d’un viol. J’ai bien pensé abandonner le livre, incapable de suivre l’auteur sur cette voie