Saint Louis : quartier des pêcheurs

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pirogues

Du pont qui relie la Langue de Barbarie, la vue sur les innombrables pirogues et le quartier des pêcheurs est pittoresque. La calèche s’engage dans la rue parallèle au fleuve dans le quartier Guet N’Dar.

de la lessive partout!

Total changement de décor ! A la ville coloniale endormie succède une animation incroyable. Embouteillage de calèches et carrioles, j’en compte cinq pour deux voitures automobiles. Cet embouteillage nous convient bien. Nous mitraillons sans scrupules les scènes de rue, photos et films : les jeunes en survêtement bleu marine ou noir soulignés de bordures vertes, jaunes et rouges, agglutinés autour d’un baby foot, femmes assises auprès des bassines d’eau savonneuse, frottant la lessive, cordes à linge suspendues partout contre les murs, en travers des ruelles, marchandes des quatre saisons, menuisiers, pêcheurs ravaudant leurs filets…sans parler des moutons blancs affalés contre les murs et les chèvres qui vident les poubelles. Au bout de la rue sont alignés les camions frigorifiques. On voit passer des hommes portant des caisses en plastique de poisson ou de glace pilée.

Babyfoot

Par les hayons, on surprend des tas de poissons de toutes les espèces, entassés dans les fourgons. Ces camions partent vers l’intérieur du Sénégal mais aussi plus loin. Certains sont immatriculés au Mali.

case à palabres et filets

La calèche rentre en longeant le fleuve. Dans les cases à palabres, où seuls les hommes sont admis,ils attendent l’embauche ou le retour de la pirogue. Cases des écoles coraniques. Mécaniciens qui réparent les moteurs, forgerons qui fabriquent les ancres de marine, charpentier au travail….et toujours : la foule !

Dans l’île, en face, une croisette- « promenade des anglais » – est beaucoup plus tranquille. Seules quelques jeunes filles en uniforme prune et rose lisent des magazines assises sur un banc. Sur l’autre rive, la foule du quartier de pêcheurs évoque une manifestation ou l’arrivée d’une course sportive plutôt qu’un rassemblement ordinaire et quotidien.

A la libraire-papeterie j’achète 50 Bic- cristal en prévision de la visite dans une école. Le rayon littérature est bien fourni. J’y trouve L’Aventure Ambigüe, les Bouts de Bois de Dieu d’Ousmane Sembène, Une si Longue Lettre de Mariama Bâ, des livres que j’ai tant aimés ainsi que d’autres que j’ai envie de découvrir.

Bouba nous attendait au Restaurant Galaxy. Aux salles obscures climatisées, nous préférons les tables de la cour ce qui contrarie notre guide. Une belle assiette de riz blanc, du Thiou de « bœuf » aux patates douces, oignons, navets, tomates, pommes de terre. Les esquilles d’os trahissent plutôt le chevreau que le bœuf. Peu importe, c’est excellent ! Salade de fruit au dessert.

Après le déjeuner le quartier des pêcheurs est plus calme. L’hôtel Diamarek est plus loin après les grands cimetières sur la Langue de Barbarie. Notre chambre occupe une case octogonale peinte en ocre. Petite terrasse, un grand lit, clim, frigo et télévision. Tout confort ! La terrasse a vue sur le fleuve. Juste en face, un îlot est occupé par des dizaines de pélicans et d’autres oiseaux plus petits. Vers 16h d’innombrables pirogues sont parties vers le large. Au loin, on devine les quartiers modernes de Sor. Les bungalows  construits de l’autre côté de l’allée ont vue sur l’Ouest et la Grande Côte avec ses magnifiques rouleaux. Comme nous sommes en Afrique, il ne faut pas s’attendre à ce que tout marche. A notre arrivée, il n’y a ni eau ni électricité : coupure ! On va donc se rafraîchir à la piscine carrelée de bleu, de bonne taille. Au bout de 25 allers et retours je réalise qu’il y a tant de choses à découvrir qu’il est idiot de battre des records !

Nous allons voir le soleil se coucher sur les grandes vagues de l’Océan.

Les dîner est encore excellent : des brochettes de lotte finement épicées avec une très bonne sauce et des glaces.

Saint Louis, promenade en calèche dans la ville coloniale

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une calèche rose!

A l’entrée de Saint Louis une digue sur les lagunes conduit à des quartiers populaires de Saint Louis et enfin le Pont Faidherbe sur le fleuve Sénégal, construit en 1897, patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 2000 remis à  neuf en 2011 sous la Présidence de Wade. Il ressemble à celui de Hanoï. Saint Louis fut la capitale de L’Afrique Occidentale Française, une des 4 communes où les natifs jouissaient des privilèges et  de la nationalité française.

maisons coloniales

La ville coloniale se trouve dans une île. Elle fut d’abord bâtie en briques roses de Toulouse qu’on peut encore apercevoir  (Toulouse a également légué une benne à ordures immatriculée en 31). Les maisons coloniales ont souvent un balcon en bois ou en ferronnerie torsadée un peu à la manière des Sobrados  de Sao Felipe au Cap Vert ou des maisons de la vieille Havane. D’autres, plus basses sont construites autour d’un patio. Les plus grands sont le siège des administrations, certaines occupées par des hôtels ou des galeries d’art ou des boutiques pour touristes, d’autres, enfin, sont habitées par la population locale. Un festival de Jazz de renommée internationale apporte à la ville une animation supplémentaire.

 

La calèche parcourt la rue Blaise Diagne, animée, passe devant la Grande Mosquée qui est peut être la seule mosquée du monde à posséder un clocher (Moustapha, le guide nous montre la cloche). Puis il suit un cours ombragé : l’avenue Jean Mermoz. C’est de l’Hydrobase de Saint Louis que Mermoz s’élança à travers l’Atlantique et l’Aéropostale fait partie de la légende de la ville.  Dans la Gouvernance est installé un Musée Mermoz que nous n’aurons pas le temps de visiter. Pierre Loti avec le Roman d’un Spahi est aussi une gloire locale. Halte devant une grue à vapeur XIXème, témoin de l’activité portuaire au  temps de la colonisation. Au bout de l’île, de l’autre côté, une frange d’arbres : la Mauritanie ! Dans les petites rues du quarter nord du côté de la Langue de Barbarie, les maisons coloniales les plus basses sont occupées par des particuliers. De curieuses pancartes proposent du Poulet de chair. Sont-ils élevés dans les patios ou viennent-ils de la campagne ? Nous nous habituerons plus tard dans le séjour à la présence des animaux dans des environnements urbains. Ici, la colonisation parait lointaine (50 ans maintenant). Nous retrouvons les souvenirs coloniaux, les anciennes casernes et  Place Faidherbe, avec la statue du maréchal. En face, de l’autre côté du pont, le Monument des Tirailleurs Sénégalais- monument aux morts de la Grande Guerre – deux soldats montent la garde, recouverts d’une épaisse couche de peinture blanche. L’un est africain, l’autre européen, pas de liste de noms comme sur la place des villages de métropole. Serait-elle trop longues ? Ou resteront-ils anonymes ?

Sur la route de Saint Louis : ânes et vautours

 

vautours

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A Kebemer, joyeuse animation : beaucoup de charrettes tirées par des chevaux. Au carrefour, se dresse la statue d’un étalon cabré. De nombreux hommes sont enturbannés dans des chèches, quelques uns sont vêtus à l’arabe en djellaba à capuchon pointu.

Un troupeau d’ânes en liberté paît en bord de route. Bouba les appellent « animal du Christ » à cause croix noire qu’ils portent sur le dos. Les Acacias albida Faidherbia albida sont très précieux : ils restent verts en saison sèche et perdent leur feuillage à l’hivernage. Ils donnent des fruits que les bergers font tomber avec leur longue houlette pour nourrir leurs bêtes. Sur le bord de la route on observe les vautours  attirés par les charognes de deux ânes accidentés. On passe Louga, « fief wolof » ville natale d’Abdou Diouf.

« Laisse-moi le temps de droiter ! » dit Bouba à son interlocuteur au téléphone. L’expression m’amuse, il s’agit de gare la voiture sur le bas-côté à droite. Je remarque d’autres locutions sénégalaises ! La Dibiterie : boucherie qui vend des grillades de mouton ou de chèvre. L’essencerie va de soi.

les âniers ont capturé des ânes sauvages et vont les vendre au marché

	

Nuit au désert de Lampoul

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Le désert de Lampoul

On ne découvre pas le campement immédiatement, caché dans le creux d’une haute dune , composé de deux rangées de tentes mauritaniennes de toile blanc cassé. Un poteau central fait une petite pointe au centre du toit. Quatre poteaux extérieurs en bois soutiennent la tente . Le double-toit en toile blanche est doublé d’un  imprimé très coloré avec losanges et damiers d’inspiration plutôt arabe. Au sol, une natte verte et trois matelas. Coussins, couette et drap sont en batik. Les toilettes avec les douches, sur la colline d’en face, méritent leur nom de feuillées. Un petit couloir limité par un mur de branches d’eucalyptus conduit à une cour avec un WC et une douche. Pas de porte. On ferme l’ouverture par un cordon attaché à une gourde pour montrer que c’est occupé. Nous ne prendrons pas de douche, il fait trop frais le soir et carrément glacial le matin.

Le soleil se couche vers  18h45. On escalade une dune très pentue . Sur l’autre versant presque vertical, des jeunes – sacrilège !- descendent sur une planche de surf. Sous le soleil qui baisse, je me dirige vers l’ouest dans le « désert de Lampoul » espérant découvrir l’océan. Derrière chaque dune, il y a une autre dune. Au loin les eucalyptus limitent le « désert ».

Au plus bel endroit, en pleine poésie, sonnerie de portable:

– « Ah c’est toi Bernard ! »

C’est l’anniversaire d’un heureux grand père qui passe une douzaine de coup de fils tonitruants. Fuyant le groupe des FRAM, je marche sur la dune. Le paysage change au gré des ombres qui s’allongent, donnant du relief aux micro-dunes qui s’accumulent à l’arrière d’une tige de graminée, des ripple-marks qui s’accentuent. Les couleurs virent à l’orange. Un touriste hardi revient, ce n’est pas la peine de pousser plus loin, la mer est cachée. Je retourne sur la belle crête. La grosse boule incandescente descend. Au loin, une petite caravane de dromadaires. La magie opère à nouveau !

retour au coucher de soleil

Apéro-djembé.  Les jeunes du campement, les guides et les chauffeurs savent tous en jouer. Les FRAM fêtent au punch l’anniversaire du grand père et se prêtent volontiers à la danse, se trémoussent et rient bruyamment. Nous demandons à Bouba de dresser une table dehors pour ne pas partager la tente avec eux pendant le dîner. Les guides et les chauffeurs se joignent à nous et se moquent des touristes les plus ballots. Entre eux, ils parlent wolof mais ils intègrent tant de mots français qu’on devine le sujet de la conversation « gasoil » et « gouvernement » reviennent. En chassant Wade en 2012, les Sénégalais espéraient  une baisse des taxes, donc, des prix, qui n’ont pas diminué. Refrain connu !

Une soupe bien chaude est la bienvenue dans la fraîcheur du désert. Couscous-biquette accompagné de légumes fondants. Melon et oranges pour finir.

Dans la nuit étoilée la Voie Lactée est clairement visible. Il y a tant d’étoiles que je n’arrive pas à identifier les constellations.  Le générateur est placé derrière les feuillées, très discret, on ne l’entend pas. Une rangée de lampes à pétrole balise le chemin des tentes.


La nuit a été très fraîche sous la tente mauritanienne. La mince couette est à peine suffisante. Je me pelotonne. Au réveil, il fait humide. Un 4×4 bâché nous reconduit à la route.

En route rencontre avec une dame en mission humanitaire  qui s’occupe des enfants- talibés. Ici aussi, l’humanitaire demande volonté et persévérance et, parfois donne des désillusions. La dame est tenace ! Elle peste contre les visas que le Sénégal veut imposer qui pèseront sur le budget des jeunes volontaires de son ONG . Bouba ne semble pas goûter notre conversation de toubabs.

Au village, les chauffeurs distribuent des sucres blancs aux enfants. Croyant qu’ils ont faim, je me trompe.  Le sucre blanc serait un signe d’offrande pour bien commencer la journée, une pratique animiste.

Village et port de Lampoul

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Aboubacar  doit nous conduire au campement du désert de Lampoul. Bouba ne veut pas dégonfler les pneus de la 4×4  pour le sable des dunes et les regonfler pour  le goudron, car il craint de ne pas trouver le vulcanisateur à son poste pour vérifier la pression. Le véhicule d’Aboubacar est en panne. Dans la conversation en wolof,  le mot alternateur  revient à plusieurs reprises.

Au port de Lampoul, le poisson est séché en plein air sur des installations récentes en ciment. Les pirogues, hissées sur le sable de la plage,  reposent sur de gros rondins qu’on pousse pour les mettre à la mer. Les vagues ne sont pas spectaculaires aujourd’hui, la mise à flot est rapide. Sur la plage, hommes et femme s’affairent autour d’un gros tas de poissons, les préparent et les éviscèrent pour le séchage. Un homme coupe le poisson en deux d’un coup de bâton sur la lame,  les femmes grattent et nettoient.

Au village de Lampoul, Aboubacar n’est pas au rendez vous. Attirées par les voix des enfants, nous allons jeter un coup d’œil à l’école coranique  dans une case de feuillages à côté de la mosquée. Deux gamines assez voilées qui font réciter les petits, nous accueillent.

« Notre maître, c’est l’oustaz qui fait la prière, nous allons aussi à l’école française, avez-vous des stylos ? »

On aurait bien aimé, elles sont si mignonnes.

Les femmes m’appellent. Elles tiennent boutique en face du puits. C’est le puits qui m’intéresse : profond de 17 mètres. A la place du seau, un bidon jaune est accroché à une longue chaîne. Au pied du puits, les mignonnes bouilloires en plastique vertes veinées de blanc des ablutions. La mosquée n’a  pas l’eau courante.

Un 4×4 du campement arrive juste à temps pour me soustraire aux vendeuses de souvenirs. Au volant, deux jeunes ; L’un conduit dans la dune avec la détermination d’un pilote de rallye qui veut gagner Paris-Dakar. On doit s’accrocher aux poignées. Un cheval bloque la piste, il faut reculer pour le laisser passer avec sa charrette. Brusquement, la folle équipée s’arrête : on a crevé. La voiture roule sur la jante. Il n’y a pas de roue de secours, c’est la seconde crevaison de la journée et le vulcanisateur a disparu.

baobabs – sur la nationale 2 de Thiès à Louga

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un vieux baobab creux

La route nationale 2 relie Dakar à Saint Louis. Nous suivons un autobus plus que bondé avec une grappe d’hommes accrochés à l’arrière avec l’apprenti-chauffeur. Sur le bord de la route on vend des pastèques.

Premier arrêt dans un village spécialisé dans la vannerie. Des petits salons, des lits, des étagères sont confectionnés avec les côtes des feuilles du palmier rônier On vend également le fruit du palmier rônier.

Pharmacopée traditionnelle : feuilles médicinales emballées dans des feuilles de rônier

Le second arrêt: un vénérable baobab Adamsonia digitata en raison de sa feuille qui ressemble aux cinq doigts de la main. Nous avons vu au marché le fruit du baobab,  pain de singe,  dont on casse la coque pour sortir la pulpe blanche – immodium local – selon notre guide. Avec la sève, on fait la gomme arabique, colle utilisée pour faire les tableaux de sable. Les feuilles séchées sont réduites en une poudre verte que l’on mélange au couscous de mil sénégalais. L’écorce sert à faire des cordages.

Les baobabs sont sacrés pour les animistes.  Au bout de 400 ans ; un baobab se creuse. On enterrait, autrefois, les griots dans la vaste cavité. Léopold Sédar Senghor a interdit  cette pratique,  au principe que les griots ont droit à une sépulture comme les autres. La superstition expliqua que la décennie de sécheresse  de 1970 à 1980 avait pour cause l’abandon de cette pratique, cause de cette une malédiction. Entre temps ,un autre cycle climatique plus pluvieux s’installa pour donner tort à cette théorie.

Dans les champs, nous voyons du manioc. La RN2 est excellente, refaite à neuf récemment (par Wade explique Bouba). On entre dans le fief wolof autour de Louga

 

Au marché de Thiès

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Fruit du baobab;arachides,  haricots, gingembre….

A l’entrée de Thiès , des panneaux géants vantent les bienfaits des moustiquaires imprégnées.

Thiès est une ville administrative, carrefour ferroviaire au temps de la colonisation. Nous passons devant un énorme lycée, la place de France avec son grand podium pour meetings, concerts ou cinéma de plein air. Le marché africain est construit comme les souks arabes avec d’étroites allées couvertes qui sont principalement occupées par les marchands de tissus, de chaussures et d’articles de mode, mais dans le désordre sans le rassemblement de boutiques qui vendent le même article comme au souk. Quelques tailleurs et coiffeurs ont installé leur échoppe. Les herboristes présentent les « médicaments » traditionnels dans des bassines : blocs irréguliers blanc éclatant du pain de singe, le fruit du baobab, paquets de feuilles, écorces en fagots ou enroulées dans les feuilles du rônier. Le choix des légumes est varié : petits choux pommés, tomates-cerises, tomates amères, salades vertes d’une fraîcheur étonnante sous le soleil, aubergines,  navets…poissons frais.

calebasses,balais etc…

Bouba a retenu pour nous une calèche. Le cheval trottine tranquillement dans une large avenue bordée de caïlcédrats, s’arrête devant la cathédrale à l’heure de la messe. Les prêtres et les enfants de chœur officient en grande tenue mais l’assistance plutôt sage est clairsemée. Dans le quartier on voit de nombreuses institutions catholiques. Le restaurant est au coin de la rue.

petits légumes

Nous déjeunons dans une cour à l’ombre d’un caoutchouc aux racines aériennes impressionnantes. La température est idéale : 28°C. Nous goûtons au plat national, le Tiéboudienne : poisson blanc, riz et légumes vairés : chou, tomate amère, patate douce, navet aubergine. Pastèque au dessert. Encore une fois, c’est excellent.

Sur la route de Thiès par la piste et Bambilor

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Baobabs

Dimanche 3 mars :

8h30 : la piste suit la rive du Lac Rose. Les vanneaux sont réunis au  trou d’eau douce où étaient les milans et où la vache avait conduit son petit.

Les plantations sont bordées d’euphorbes au feuillage charnu en forme de doigts. Tiges et feuilles toxiques  éloignent les animaux des vergers. Le coton pousse en hauts buissons, il n’a pas été planté et n’est pas récolté. Le coton, gourmand en eau, profite de la proximité de la nappe phréatique superficielle dans la zone inter-dunaire. De grands murs de parpaing enclosent les vergers des « fermiers du dimanche » riches administrateurs citadins qui ne cultivent pas eux-mêmes. Ils sont plantés d’anacardiers, de manguiers et d’orangers. Certaines surfaces sont colonisées par les acacias mimosas aux petits pompons jaunes qui protègent le sol de l’érosion et sont des témoins de fertilité. Des tisserins ont tissé des nids en grosses boules.

Nous n’avons croisé aucune voiture. Près de Bambilor, la circulation se précise : des carrioles tirées par des ânes. Les abords du village sont jonchés de plastiques. Il y a bien une collecte des ordures, mais pas de recyclage des plastiques qui s’envolent portés par le vent dans tout le Sénégal qui est un pays plat. A l’approche du village, je remarque un lotissement  avec des bornes pour les  compteurs (vides) mais rien d’autre. Bouba nous explique que l’Etat est propriétaire du sol. Chacun peut se voir attribuer un lot à condition de le mettre en valeur dans les deux ans. Aucune date-butoir n’est fixée pour terminer les travaux. Il en résulte que pour s’approprier un terrain, on commence quelque chose qui n’est jamais fini : murs en parpaings, bornes…

alecto à bec blanc avec la permission de l’auteur: http://www.notjes.com/article-senegal-sine-saloum-goree-janvier-2010-56329142.html

 

Les baobabs portent de curieuses boules : les nids collectifs d’un petit oiseau Alecto (Bubalornis albirostris) qu’on appelle aussi oiseau polygame.

Dans la zone inter-dunaire de Niayes où la nappe phréatique est peu profonde on peut cultiver « hors-saison » en cultures irriguées, ici du maïs.

Bouba arrête le pick-up devant la Case des tout-Petits – école maternelle – œuvre du Président Wade qui a consacré selon lui, 40% à l’éducation. La crise économique mondiale a mis fin à ces projets. Son successeur Macky Sall poursuivra-t-il cette œuvre ? Avant Thiès, on passe devant le massif de Diass, point culminant du Sénégal, d’où on extrait dans des carrières du calcaire et des phosphates.

Leçon de botanique : les arbres.

Fromager

Les grands fromagers(ceiba pentandra kapokier) dont on fait les pirogues et dont les fruits donnent le kapok.

Les acacias nim (Azadirachta indica) servent  d’arbre d’alignement à Thiès, on les appelle aussi les arbres à quinine. Le feuillage attirerait les moustiques tandis que les applications de feuilles autour de la tête ferait baisser la fièvre.

caïldédrats le long d’une rue ( via wikipédia)

Le long des rues on a aussi planté des caïlcédrats (Khaya senegalensis) dont l’écorce est médicinale.

Au Lac Rose

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Samedi 2 mars : « Chez Salim »

Chez Salim

7h30, le soleil  voilé et  température, agréable.

Une trentaine de cases coiffées de chaume aux murs crèmes, ornés de fresques naïves et colorées représentant girafes, éléphants, dromadaires sont dans un jardin  de bougainvillées, taillées en grosses boules roses, ou mêlés à des hibiscus dans des haies fleuries. Les petites pelouses sont bordées par des filaos taillés comme  des buis. Les allées sont jonchées de coquillages très blancs. Trois grande paillotes ouvertes  abritent des hamacs , haltes aérées et ombreuses.La terrasse-restaurant, est perchée au sommet d’une d’une, à l’arrière une belle piscine, et plus loin, le « pavillon-conférence ».

Les murs de la salle de restaurant sont couverts de graffitis rappelant les exploits d’équipe de pilotes automobiles ou motocyclistes.  C’est au Lac Rose que le Paris-Dakar terminait sa course, la dernière étape était le tour du Lac après avoir parcouru la plage. Le podium des récompenses existe toujours. Paris –Dakar est un  mythe encore vivace. Bouba répète à plusieurs reprises « c’est un manque à gagner ! ». Les sports mécaniques sont à l’honneur : hôtels et campements se remplissaient lors de ces grands rassemblements  et sont maintenant vides. L’hôtel loue quads et buggies (40.000CFA l’heure). Des véhicules tout-terrain attendent les excursionnistes.

 

La plage sur la Grande Côte

Un cordon dunaire d’environ 1km de large sépare le lac de la plage. Bouba nous conduit à travers la dune sillonnée de traces de pneus. Les rallyes sont peut être une catastrophe pour la dune, mais un mal nécessaire pour l’économie de la région. La4x4 Mitsubishi peine à grimper les dunes les plus raides. A plusieurs reprises, elle recule pour prendre de l’élan. Parfois cela passe, parfois, non et il faut ruser et prendre une autre trajectoire.

Paris-Dakar dans les dunes?

Chez Salim est  à deux pas du lac Rose. Dans la brume du matin, opaline bleue, dès que le ciel se dégage le lac prend la teinte rose qui lui a donné son nom. Alors que les eaux du lac sont sur -salées (380g/l), ses berges sont baignées d’eau douce. Des maraîchers cultivent de petits jardins.

Des vanneaux sont perchés  : assez grands oiseaux. Tête noire, cou blanc avec une cravate noire, ailes fauves. Haut dans le ciel, planent des milans. Les corbeaux portent ici un collier blanc.

En haut d’une crête : surprise totale ! Les hautes vagues de l’Atlantique se déroulent avec puissance et saturent l’horizon d’un brouillard d’embruns. Même prévenue, je suis scotchée ! J’avais oublié le spectacle de la splendeur des rouleaux qui se succèdent. Déjà, autrefois, dans les Îles  Cap Vert et dans le Golfe de Guinée…leur puissance m’étonne toujours. Au cours du « Briefing » matinal, Bouba avait rappelé : la Grande Côte de Dakar à Saint Louis ne se prête pas à la baignade.  En raison des rouleaux et des baïnes, elle est dangereuse et restée sauvage. Je compte plus d’une dizaine de pirogues. Comment les pêcheurs ont-ils franchi la barre ? « Ils se retournent parfois » répond Bouba. S’il n’est pas prudent de se baigner  je peux marcher sur le sable mouillé dans la frange écumeuse. Il me faut faire attention. Une vague plus puissante que les précédentes, et je me retrouve trempée jusqu’à mi-cuisse. L’écume n’est pas blanche, elle laisse sur le sable une trace verdâtre – argile ou algues microscopiques ? La plage s’étend à l’infini, se perdant dans la brume des embruns.

Les filaos fixent la dune mais  empêchent la percolation d’eaux salées de la mer qui viendraient contaminer la nappe phréatique d’eau douce. Cocotiers, bananiers poussent près des campements.

Deux âniers surgissent brusquement sur la piste juste au niveau capot. L’un est chevauché par un vieil homme vêtu de violet coiffé d’un chapeau pointu, l’autre par un très jeune enfant. Le 4×4, presqu’à l’arrêt heurte l’âne .  L’enfant n’a pas su retenir sa monture. Heureusement, la collision est sans conséquence. Plus tard, nous rencontrerons à nouveau les deux cavaliers.

calotropis procera

Chez Salim, pendant que Bouba regonfle les pneus qu’il a dégonflé pour le sable, je photographie  Calotropis procera un curieux arbuste  aux tiges sinueuses et graciles portant de larges feuilles arrondies épaisses et bleu-gris avec des inflorescences mauves très découpées et décoratives. C’est une plante médicinale que Bouba appelle Péridurale sénégalaise car les sages-femmes l’utilisent pour masser le ventre des parturientes. Le principe actif se trouve dans les feuilles. Mélangé avec le beurre de karité il soignerait aussi les entorses en emplâtre.

Le Lac rose

lac Rose : sel

Autrefois, le Lac RetbaLac Rose – était une lagune reliée à la mer et sa superficie était de 32km2. L’extraction du sel l’aurait fait régresser de moitié (je n’ai pas compris comment). Point de marais salant ici, ni de cristallisation de sel en surface. La croûte de sel est immergée. Les sauniers travaillent à bord de pirogues rectangulaire  plus plateformes que bateaux. Ils s’enduisent de beurre de karité pour descendre le long de la pirogue et casser le sel qu’ils remontent à bord. A terre, le sel forme d’innombrables monticules. Les tas gris sont cassés à la pioche et on découvre les cristaux blancs. Ce sel n’est pas consommable car il est dépourvu d’iode (bizarre au bord de la mer !) qu’on ajoutera avant l’ensachage. Il sera raffiné plus loin dans le centre du Sénégal. Un camion est chargé de petits sacs prêts à être vendus ou exportés.

Sel du lac Rose

L’eau très rose, le sel très blanc, les barques peintes, les silhouettes des gens se détachant sur le ciel forment une composition très photogénique. Malheureusement, dès qu’on pose un pied à terre trois commerçantes surgissent, corbeilles sur la tête, tenues traditionnelles colorées, elles posent pour la photo. Évidemment il faudra acheter un collier. La noix de coco teinte et polie est une matière très séduisante qui ressemble à de l’écaille ou à de l’ivoire. Malheureusement à chaque arrêt d’autres vendeurs nous harcèlent. J’arbore bien en vue mon nouvel achat, espérant ainsi décourager les suivants. Peine perdue ! « Un seul collier ce n’est pas suffisant ! Les autres sont pour offrir ! » L’aspect le plus déplaisant de leurs pratique commerciale est le soit-disant cadeau  qu’ils vous mettent dans la main de force : « Un cadeau cela ne se refuse pas ! Vous allez me vexer ! »L’objet en main le client est captif. Il faut le rendre de force, et si possible avec le sourire et dans la bonne humeur. Bouba n’est d’aucune aide. Ce n’est pas son rôle, ni de favorise un achat, ni d’empêcher une vente. J’ai acheté le collier, j’apprécie l’artisanat sénégalais mais je refuse de payer 3000CFA un paquet de sel qui va m’encombrer !

Au déjeuner : salade, poulet Yassa avec une sauce aux oignons, riz et une banane. Le poulet grillé est très tendre et a très bon goût.

Dans la salle du restaurant sont réunies des femmes de tout âge pour un séminaire de sages-femmes. J’admire la variété des costumes qui vont de la minijupe (organisatrice toubab) au long voile islamique blanc en passant par les turbans colorés, wax et mousselines, paillettes brillantes ou galons dorés. Certaines sont tête nue, cheveux tressés  cheveux défrisés…Panachage insolite : un haut d’une tenue traditionnelle sur un collant ou un jeans serré. Toutes les combinaisons, toutes les longueurs de jupes,  sont imaginables.

Il fait très frais au restaurant à la hauteur des frondes des cocotiers qui s’agitent. L’eau de la  piscine est presque froide,  je dois nager sans arrêt pour me réchauffer.

vanneaux à la source d’eau douce

16h, Bouba nous conduit à pied à la baignade. J’ai gardé mes tongs béninois pour entrer dans l’eau sur salée. Je flotte, pieds en l’air, assise. Il faut éviter de se mouiller la tête, le sel brûlerait les yeux. Je vais ensuite chez le « rinceur » qui me douche énergiquement en balançant un seau d’eau de source. Pourboire 2000CFA et visite à sa boutique où je trouve des sacs en plastique tissés très modernes très flashy. Je choisis un qui a la forme d’un panier à provision gris et prune qui hébergera la moustiquaire et les livres destinés à l’école ;

Au pie de la petite mosquée au minaret carré recouvert de carrelage cassé, se trouvent un restaurant Aïcha peint en rose et un petit marché proposant des papayes, des bananes et des oranges, et encore…des boutiques de souvenirs. L’une d’elle a pour enseigne Au Boulevard Ousmane : les Sénégalais ont le goût des jeux de langage !

 

Au retour, nous sommes escortées par un vendeur qui propose un éléphant sculpté pour 1.5€, pour 2€ il ajouterait un  hippopotame (dit-il). Un autre se joint à lui et « m’offre » un collier avec un cauri incrusté sur un médaillon de cuir aux couleurs africaines. « Un cadeau, cela ne se refuse pas, tu vas me vexer » (refrain !). Une femme s’associe à eux avec des colliers en plastique affreux. Une vache grise passe avec son veau. Nous la suivons en procession, nous deux plus les trois vendeurs dont on n’arrive pas à se défaire. On cède pour l’éléphant après une demande en mariage. Je rigole. Je pourrais être sa grand-mère ! Non ! Il sort sa carte d’identité, il n’est pas si jeune, il a 36ans. Pour 2€, on n’aura pas l’hippopotame.

Dîner : des musiciens s’installent au fond de la salle sous une fresque rose criard figurant l’extraction du sel. Il y a deux guitares, une kora, une calebasse et une grosse sono. Un vidéaste et un photographe professionnel et un porteur de lumière immortalisent le concert. C’est sans doute un groupe connu Xam-Xam(le savoir en Wolof).La kora est très belle avec son haut manche d’où sont tendues 24 cordes. La calebasse est retournée, le percussionniste en tire des sons très différents selon qu’il tape avec la paume, le poignet, les doigts ou ses bagues. Les dames du séminaire se sont faites belles pour la soirée. Leurs turbans sont élaborés. Je demande la permission de les photographier ce qui les amuse beaucoup.

 

Au menu : brochettes de zébu avec des frites ; la viande est très savoureuse, souple et tendre.

Paris – Dakar … en avion!

CARNET SÉNÉGALAIS

Paris- Dakar : Dernière course sur la plage avant l’arrivée au Lac Rose! pour nous c’est plutôt un galop d’essai

Vendredi 1er mars : Vol Corsair

Programmé initialement à 15h35, puis à 16h35. A l’enregistrement on annonce du retard. Sur le tableau défile l’heure du vol : 17h10 puis 18h10. On se perd en conjectures. Corsair ne donne aucune explication. En revanche, au passage de la sécurité, les passagers pour Dakar sont  orientés vers des files spéciales. Que se passe-t-il ? En ce temps de guerre au Mali, on devient un peu parano. Une rumeur se répand auprès des habitués : aujourd’hui Corsair inaugure sa nouvelle liaison pour Abidjan, l’avion de Dakar aurait été réquisitionné pour ce vol et on attendrait un nouvel appareil pour Dakar.

L’embarquement est chaotique. On décolle vers 19h dans les nuages. Rien à voir par le hublot, on joue au Solitaire sur l’écran. Très bonne paella aux crevettes. Nous atterrissons juste avant minuit. Les formalités durent une bonne heure. Notre guide, Bouba, attend depuis 21h30 dans la rue.

La voiture est un pick-up Mitsubishi . Bouba enfile une cordelette dans les poignées des valises qui seront à l’air libre. « Ici on est au Sénégal, elles ne risquent rien »répète-t-il.

Difficile de se faire une impression de Dakar en pleine nuit. L’odeur iodée de la mer nous saisit plaisamment. Le 4×4 roule sur des autoroutes (même signalisation bleue qu’en France) périphérique ? Contournement ? Ronds-points, la voirie sénégalaise est plutôt moderne et bien goudronnée sauf aux approches du Lac Rose où on emprunte une piste de latérite sur un tronçon avant de retrouver le goudron.

notre bungalow au petit matin!

3h du matin,  arrivée Chez Salim Emile ouvre le bungalow n°2, une case ronde décorée avec un perroquet bleu, recouverte d’un toit de chaume. L’intérieur est assez spartiate mais de bon goût. Le plafond est en vannerie soignée : de petits boudins réguliers faits de paille de graminées enroulés dans des feuilles de rônier, longs et élégants cigares couleur paille s’enroulent autour de la pièce. Les deux lits sont équipés de moustiquaires suspendus à un cercle. La clim est règlée à 25°C pour chasser les moustiques et assécher l’atmosphère. Une cloison discrète sépare la salle d’eau derrière un rideau, de l’autre côté on peut ranger les valises et poser les vêtements sur des étagères en feuilles de palmier.

Après avoir éteint le climatiseur le grondement régulier de l’océan nous berce.