Mille mercis à Jostein qui a organisé le concours et aux éditions Zulma pour cet excellent moment de lecture!
Evasion garantie dans un Soudan totalement inattendu . La variété de langues, d’identités, de coutume surprend : sont-ils Arabes, Ethiopiens, Soudanais, Erythréens, ces Jangos, journaliers nomades qui récoltent le sésame, le sorgho ou le blé qui se déplacent pour chercher du travail à la saison? Sont-ils musulmans, chrétiens ou animistes? Foules de croyances magiques, au Coran et aux textes sacrés se mêlent des grimoires magiques. Même les sexes ne sont pas définis : Safia est-elle une femme, un homme ou hermaphrodite? Wad Amouna, à son propre sujet se pose la même question. Alam Gishi est-elle un Djinn?
Au fil des anecdotes pittoresques, des aventures du narrateur ou de ses amis, se découvrent toutes les facettes des personnages. Conférences et séminaires bien arrosés sont le lieu de tous les racontars et de tous les commérages. Le lecteur se régale.
Si vous aviez des préjugés sur le Soudan islamiste rigoureux, vous allez être surpris de la place des boissons alcoolisées, artisanales, sources de revenu des femmes, ou importées, ruine des Jango à la morte-saison. Chassez aussi les a-priori sur le rôle des femmes. Elles ont une forte personnalité et jouissent d’une liberté étonnante : prostituées ou mères, mariées ou divorcées, et même révolutionnaires!
Bien sûr, ces récits n’ont pas plu au pouvoir et le livre a été censuré!
Chimamanda Ngozi Adichie est l’auteure d’Américanah que j’ai beaucoup aimé. Le soleil du titre fait référence au soleil ornant le drapeau du Biafra
drapeau du Biafra
Qui se souvient de la guerre du Biafra (1966-1970), guerre civile meurtrière? Aux massacres ethniques s’ajouta une terrible famine orchestrée par le pouvoir Nigérian soutenu par les britanniques, les soviétiques, égyptiens…ligués contre les sécessionnistes Igbo. A l’époque, je n’avais rien compris des enjeux géopolitiques et économiques (le territoire du delta du Niger recèle des gisements pétroliers importants).
Imagine des enfants aux bras comme des allumettes, Le ventre en ballon de foot, peau tendue à craquer. C’était le kwashiorkor – mot compliqué, Un mot pas encore assez hideux, un péché.
je me souviens des images d’enfants dénutris au ventre gonflé et aux membres squelettiques.
Une carte n’est superflue pour suivre le roman
L’autre moitié du soleil raconte donc ces évènements du côté igbo. Nous allons suivre deux soeurs jumelles, filles d’un riche homme d’affaires Igbo. Olanna, belle, intellectuelle, vit avec un universitaire « révolutionnaire » autour de qui gravitent des intellectuels, des activistes. Ugwu, le boy du couple, treize ans au début de l’histoire, d’une fidélité sans faille, suit ses patrons dans leurs tribulations. Kainene, moins jolie, mais d’un caractère bien trempé, fait fructifier les affaires du père à Port Harcourt, intérêts pétroliers, importations diverses. Son amant, un écrivain britannique, essaie d’écrire un livre – sans succès -il se mettra au service du Biafra en rédigeant des articles dans la Presse anglophone.
L’auteure fait vivre ces personnages et toute une société de domestiques, de voisins de villageois, de militaires avec une attention particulière pour les personnages secondaires.
L’histoire commence dans les années 1960. En 1966, un premier coup d’état met au pouvoir des militaires igbos, un second coup d’état militaire chasse les Igbos . Des massacres ethniques d’une ampleur inédite provoquent , en réaction la sécession du Biafra qui se constitue en état indépendant. La guerre civile tourne à la catastrophe quand le pouvoir nigérian organise un véritable blocus alimentaire et que des bombardements des nigérians et de leurs alliés britanniques, égyptiens., russes réduisent la région à des ruines.
Je suis entrée lentement dans cette lecture. Je n’ai été prise par le récit que vers le tiers de l’histoire. Les amours de l’écrivain britannique, les minauderies et les rivalités des deux soeurs m’ont d’abord agacées. Ces riches nigérianes avec leur accent britannique, leur éducation anglophone, leurs belles maisons avec domestiques ne m’ont pas accrochée de prime abord. Dès que la situation politique se tend et que le Biafra fait sécession, j’ai été happée par la tragédie.
Il y a deux réponses aux choses qu’on t’enseignera sur notre pays : la vraie réponse et celle que tu donnes à l’école
pour passer. Tu dois lire des livres et apprendre les deux réponses. Je te donnerai des livres, d’excellents livres. »
Master s’interrompit pour boire une gorgée de thé. « On t’enseignera qu’un Blanc du nom de Mungo Park a
découvert le fleuve Niger. C’est n’importe quoi. Notre peuple pêchait dans le Niger bien avant la naissance du
grand-père de Mungo Park. Mais le jour de ton examen, écris que c’est Mungo Park.
J’ai énormément aimé le personnage d’Ugwu, lien entre la population rurale avec ses traditions et l’élite universitaire. En grandissant, l’adolescent devient un acteur important de l’histoire et témoins de l’horreur:
Ugwu l’avait remercié et avait secoué la tête en réalisant que jamais il ne pourrait traduire cet enfant sur le papier, jamais il ne pourrait décrire assez fidèlement la peur qui voilait les yeux des mères au camp de réfugiés quand les bombardiers surgissaient du ciel et attaquaient. Il ne pourrait jamais décrire ce qu’il y avait de terriblement lugubre à bombarder des gens qui ont faim.
Quand j’ai refermé la dernière page, j’ai quitté ces personnages à regrets, j’aurais tellement aimé connaître la suite.
1889, C’est l‘Exposition Universelle de Paris, la Tour Eiffel !
Tout l’Empire Français est mis en scène pour faire briller la puissance française, son économie et pour glorifier l’aventure coloniale.
A Saint Louis du Sénégal, les notables noirs se jalousent pour avoir l’honneur de représenter le Sénégal à l’Exposition. Qui sera digne d’accompagner Lat Bassirou Ndiaye?
Hélas! la délégation sénégalaise ne se doutait pas du rôle qui leur serait attribué : de la figuration au Village Sénégalais, ressemblant à un véritable zoo humain. Ils ne s’attendaient pas à être l’objet du mépris du public raciste.
« Des nègres avaient été chassés de l’Exposition universelle de Paris parce que deux d’entre eux avaient pris la « poudre d’escampette » sans autorisation. »
(…)
Ils s’étaient mal comportés et on ne savait pas comment les punir ! Néanmoins ils pouvaient être utiles à quelqu’un et le Député Dartiguelongue avait pensé à lui.
La punition est humiliante : ils se retrouvent à Bordeaux dans un cirque minable où l’on veut faire d’eux l’attraction nouvelle en supplément de numéros avec des singes, des perroquets, une lionne.
Prends garde à toi, Lat Bassirou, lui avait répondu Couly Coumba, tant que tu n’as pas traversé le fleuve, n’insulte pas les crocodiles… »
L’Attraction universelle, comme Frère d’âme et La Porte du Voyage sans retour sont des romans historiques qui se déroulent en Métropole et au Sénégal, marquant ainsi les liens que la Colonisation a noués, liens culturels et économiques. Critique de la colonisation et du racisme. Double regard de l’Africain qui parle Français, connait le colonisateur et qui possède sa culture propre, mépris du colon avec son complexe de supériorité. Belle reconstitution de la société française en 1889, reconstitution des décors de l’Exposition, du contexte politique aussi. Il y a aussi une histoire touchante qui se déroule dans le cirque avec de nombreux personnages, des animaux…
pirogues
Sans la charge émotionnelle très forte de Frère d’âme que j’ai beaucoup aimé lire et écouter lu par Omar Sy, l’Attraction Universelle est un excellent roman !
J’ai rencontré Léonora Miano dans Téléramaqui lui a consacré un long article avec ce titre:
Léonora Miano : “Je déplore la tendance du féminisme à vouloir tout coloniser”
J’ai été interpellée par cette phrase et par ses accusations envers les féministes de victimiser les femmes africaines. J’ai voulu en savoir plus et j’ai chercher un de ses livres.
Au hasard, j’ai téléchargé Rouge Impératrice. 600 pages, 11 jours d’une lecture laborieuse.
C’est une dystopie : le roman se déroule au XXII ème siècle dans un état-continent Katiopa, sans doute l’Afrique mais sans plus d’indication géographique. Je suis mauvaise lectrice pour les dystopies : j’ai du mal avec la géographie inventée, les langues inventées, les diverses innovations techniques. Leonora Miano a prévu un glossaire, je m’y suis souvent référée, ce qui a ralenti la lecture. J’espérais retrouver des ambiances africaines, des saveurs, des animaux, les arbres…l’univers est aseptisé, dans cette Katiopa moderne on se déplace en superTGV qui traverse le continent, un tramway et des bicyclettes électriques, et des passerelles électrifiées sont installées dans des villes piétonnières où seuls les privilégiés ont des véhicules personnels…pas très exotique.
Rouge Impératrice est un roman d’amour : Boyadishi, la quarantaine, universitaire, évidemment, très belle, très séduisante, très libre, est remarquée par Ilunga qui est le chef d’état de Katiopa. Ilunga aussi est très intelligent, très beau, très puissant (puisqu’il règne) ; il n’est pas aussi libre, il est marié mais ce n’est pas un problème puisque la polygamie est la règle et qu’il vit séparé de sa femme lesbienne. Les deux quadragénaires parfaits filent le parfait amour. Trop de perfection nuit à la littérature, à mon goût tout au moins. Et les passages érotiques m’ennuient prodigieusement. Heureusement il y a des méchants, Sheshamani, la lesbienne et Igazi, le ministre de l’Intérieur (cela ne s’appelle pas comme cela à Katiopa). il y a aussi l’amant que Boyadishi a éconduit et qui veut se venger….
Rouge Impératrice peut aussi être lu comme fable politique. Katiopa s’est libérée du colonialisme vient de s’unifier et à vit en autarcie dans le rejet total des anciens colons. Par une inversion (que je ne suis pas arrivée à éclaircir) l’Europe est anéantie et les anciens colons deviennent des réfugiés : les Sinistrés. Quelle politique adopter vis à vis de ces Sinistrés : les expulser ou chercher à les intégrer?
« Cependant, il pouvait se révéler néfaste pour la société d’abriter en son sein un groupe humain amer et revanchard. »
Au cours d’une allocation télévisée Ilunga fait cette déclaration:
« Katiopa, tu l’aimes ou tu le quittes.
Cela sonnait bien, et on avait en effet les moyens d’une telle politique. »
Cela ne vous évoque rien?
« Elles refusaient que ces étrangers fassent l’objet d’un rapatriement forcé, mais se satisfaisaient de les voir mordre la poussière, faire l’expérience de l’infériorité, de l’invisibilité, du silence. Ce n’était pas le comportement le plus charitable, mais c’était ainsi, le passé avait laissé des traces. Sans se l’avouer, on se réjouissait de voir les maîtres de l’ancien monde réduits à leur plus simple expression humaine, passés de premiers à derniers. Cette petite revanche n’avait pas encore duré assez longtemps pour que l’on en soit repu. Le mokonzi devait tenir compte de cela. »
Un autre groupe se distingue, des sortes de hippies, babas cools qui ont fondé des communautés qu’il convient de surveiller mais qui s’avèrent peu dangereux.
Malgré les lourdeurs du style pompeux, malgré mon désintérêt de l’histoire d’amour, les aspects politiques, les rapports des hommes et des femmes m’ont assez intéressée pour que je poursuive cette lecture.
J’ai trouvé ce titre grâce au MOIS AFRICAIN de Jostein, je l’ai téléchargé vite fait, sans faire attention à la mention Roman Autobiographique . D’ailleurs, je ne connaissais pas la comédienne.
Roukiata en scène
269 pages que j’ai dévorées en une après-midi. Lecture facile, distrayante. Roukiata a le sens de la formule. Sans prétention mais tellement sympathique.
Deux histoires s’entremêlent : l’une d’elle actuelle se déroule à Paris, la comédienne est la présentatrice d’une réunion de la Francophonie. Franchement, ce n’est pas la partie qui m’a le plus intéressée.
Le courage féminin m’a toujours fascinée. Il est rarement mis en scène sous forme d’héroïsme comme chez les hommes, il est plus terre à terre, plus quotidien. Yennenga n’est pas qu’une guerrière courageuse, c’est aussi une féministe, mais sans tout le discours et la théorie du féminisme moderne, militant et occidental.
La seconde est l’histoire de sa mère, au début des années 80, juste après la naissance de Roukiata. Arrimée au dos de sa maman, comme les bébés africains, elle la suivra à Ouagadougou dans ses pérégrinations pour faire libérer son père emprisonné à la suite d’une dénonciation calomnieuse. Courage et énergie déployée par cette mère de famille nombreuse qui va devoir subvenir aux besoins de sa famille nombreuse en vendant les galettes qui donnent le titre du roman. Si la situation est difficile, la maman garde le moral et le sens de l’humour. L’auteure raconte la vie dans une petite ville du Burkina-Faso avec beaucoup de vivacité. Certaines anecdotes sont tout à fait inattendues comme ce tournoi de foot féminin :
Yoyo était la gardienne de l’équipe des mamans du secteur 10. Elle toisait les adversaires qui s’approchaient de ses buts avec un regard qui voulait dire Si tu me mets un but, je vais te chicoter très fort ! Du coup, ça perturbait les buteuses de l’équipe du secteur 11 qui hésitaient un peu à entrer dans la surface de réparation.
Dimanche 3 Octobre 2021, Bonneuil, premier concert de la saison pour moi. Quel plaisir! quelle pêche! quelle ambiance! Tout le monde debout à danser, à chanter. Le 3 octobre 2020 à la Maison des Arts de Créteil, il y a tout juste un an, c’était aussi avec Angélique Kidjo que nous retournions au spectacle après le confinement (et avant le nouveau confinement) plus timidement, je n’avais pas osé me lever et étais restée soigneusement dans les distances de sécurité, bien masquée.
Deux concerts différents. Celui de 2020, était plus dédié à toutes les femmes : Myriam Makéba, Célia Cruz,Aretha Franklin j’avais été surprise de l’entendre chanter aussi bien en Anglais, qu’en Espagnol. Celui de 2021 fait suite à la sortie d’un nouveau disque : « Mother Nature » toujours féministe, mais plus concerné par le Climat et la Pandémie.
J’ai eu envie de mieux connaître cette artiste et coïncidence : par la page Facebook du MOIS AFRICAIN j’ai trouvé le livre JE CHEMINE AVEC ANGELIQUE KIDJOque je me suis empressée de lire. C’est un livre d’entretien, questions/réponses (161 pages) menés avec Sophie Lhuillier.
Lecture facile, entretiens vivants suivant l’ordre chronologique où la chanteuse raconte son enfance au Bénin, enfance heureuse dans une famille qui l’a soutenue, elle parle de ses grands-mères,des femmes puissantes, de ses parents qui ont élevé leurs filles comme leurs garçons (ce qui n’allait pas de soi au Bénin à l’époque), qui l’ont soutenue dans son choix précoce de devenir chanteuse.
1983, arrivée au pouvoir de Mathieu Kérékou, Angélique Kidjo refuse de devenir chantre de sa propagande et préfère prendre la route de l’exil en France (elle est née avant l’Indépendance du Bénin, donc française). Là, elle découvre le racisme et doit recommencer sa carrière de zéro. Elle fera des études de chant, et surtout de très belles rencontres : son mari musicien, mais aussi des jazzmen, des musiciens en France d’abord, aux Etats Unis ensuite, même à Cuba et au Brésil.
En dehors de sa carrière (4 Grammy Awards), des concerts dans le monde entier Angelique Kidjo dit que « chanter est une responsabilité » C’est donc une artiste engagée qui sera ambassadrice de l’UNICEF et surtout s’engagera dans sa fondation BATONGA ONG œuvrant pour l’éducation des filles en Afrique au Bénin mais aussi dans d’autres pays d’Afrique. Engagement féministe, écologique, Angélique est une citoyenne du monde qui fédère toutes les cultures. Elle chante les musiques traditionnelles d’Afrique mais pas que. Elle retrouve les racines africaines de la Salsa, de la Soul, et se frotte aux musiques classiques contemporaine, avec John Cage, entre autres. Elle est là où on ne l’attend pas.
Dans le bleu, Angélique Kidjo dans les écouteurs….
Et comme j’avais envie d’en savoir plus, de l’entendre à nouveau, j’ai vraiment cheminé avec Angélique Kidjo avec l’appli Radio France et les nombreux podcasts que j’ai pu trouver.
Une journée particulière France-Inter : Sans le courage des femmes, le monde s’écroulerait CLIC
France Culture : la grande table/ angélique Kidjo la voix de l’engagementCLIC /
Et il y en a eu beaucoup d’autres, pour le plaisir de la musique…..
« Soyons francs : on se demande si cette œuvre n’est pas celle d’un écrivain français déguisé. On veut bien que la colonisation ait fait des miracles d’instruction dans les colonies d’Afrique. Cependant, comment croire qu’un Africain ait pu écrire comme cela en français ? »
Comment classer cet ouvrage : Rentrée littéraire 2021 ou Francophonie?
Mohamed Mbougar Sarr, né à Dakar est-il un romancier sénégalais comme le présente l’article de Wikipédia ou un écrivain de cette rentrée littéraire parisienne? Ce serait un détail si cette distinction n’était pas un des thèmes de ce roman. Diegane Faye est un écrivain africain vivant à Paris qui a publié un petit roman au tirage confidentiel. Il s’attache à faire sortir de l’oubli TC Elimane, écrivain maudit, qui a publié en 1938 un chef d’œuvre disparu dans des circonstances étranges. Marème Siga , « l’ange noir de la littérature sénégalaise » lui confie un exemplaire du livre introuvable, lecture éblouissante. L’écrivaine, cousine d’Elimane, ne l’a pas connu ;comme Diegane, elle se consacre à sa recherche . Elle a eu une relation passionnée avec une poétesse haïtienne, amante d’Elimane.
« Quelle est donc cette patrie ? Tu la connais : c’est évidemment la patrie des livres : les livres lus et aimés, les livres lus et honnis, les livres qu’on rêve d’écrire, les livres insignifiants qu’on a oubliés et dont on ne sait même plus si on les a lus »
[…] « Oui, disais-je, oui : je serai citoyenne de cette patrie-là, je ferai allégeance à ce royaume, le royaume de la bibliothèque. »
La plus secrète mémoire des hommes mêle les voix de ces trois narrateurs.trices, et reconstruit l’histoire de la famille d’Elimane dans un village sérère du temps de la colonisation, de son père qui disparaît dans la Grande Guerre, tirailleur sénégalais, du scandale littéraire causé à la parution du livre d’Elimane, de l’errance de ce dernier jusqu’à 2018 quand Diegane retourne au Sénégal en pleins troubles sociaux. Longue histoire qui se déroule pendant plus d’un siècle sur trois continents.
Histoire embrouillée parce que je n’ai pas toujours identifié les narrateurs : il m’a fallu parfois plusieurs pages pour deviner qui a pris la parole : Siga? Diegane? la poétesse? parfois le père de Siga. Je me suis perdue à plusieurs reprises. Le style très dense, touffu parois sans ponctuation ni respiration n’aide pas franchement le lecteur. Si j’ajoute encore que le narrateur principal, l’écrivain, est souvent prétentieux, verbeux et peu sympathique, cela n’incite pas à continuer la lecture du pavé (448 pages seulement mais cela m’a paru bien plus).
« Je sais que tu ne seras pas d’accord avec ce que je te dis : tu as toujours considéré que notre ambiguïté culturelle était notre véritable espace, notre demeure, et que nous devions l’habiter du mieux possible, en tragiques assumés, en bâtards civilisationnels, bâtardise de bâtardise, des bâtards nés du viol de notre histoire par une autre histoire tueuse. Seulement, je crains que ce que tu appelles ambiguïté ne soit encore qu’une ruse de notre destruction en cours. Je sais aussi que tu trouveras que j’ai changé, moi qui estimais que ce n’est pas le lieu d’où
il écrit qui fait la valeur de l’écrivain, et que ce dernier peut, de partout, être universel s’il a quelque chose à dire.
Je le pense toujours. »
Et pourtant c’est un roman très intéressant d’une part pour la réflexion sur l’écriture et la décolonisation, et pour l’aspect historique. Par ailleurs, la vie au village, les coutumes anciennes sont très agréables à lire. Si je n’ai pas accroché avec les personnages masculins que j’ai trouvé antipathiques, les femmes au contraire sont des personnages forts.
« La religion catholique dont j’ai failli devenir le serviteur, enseigne que les Nègres sont naturellement esclaves. Toutefois, si les Nègres sont esclaves, je sais parfaitement qu’ils ne le sont pas par décret divin, mais parce qu’il convient de le penser pour continuer à les vendre sans remords.
je suis donc parti au Sénégal à la recherche des plantes, des fleurs, des coquillages et des arbres qu’aucun autre savant européen n’avait décrit jusqu’alors. Les habitants du Sénégal ne nous sont pas moins inconnus que la nature qui les environne. Pourtant nous croyons les connaître assez pour prétendre qu’ils nous sont inférieurs. »
Merci à Babélio et au Seuilpour ce voyage au Sénégal et au voyage dans le temps, à la fin du 18ème siècle jusqu’à l’Empire! Merci pour cette lecture passionnante et poétique!
Du même auteur, David Diop, j’avais beaucoup aimé Frère d’Ame lu à sa parution et dont la lecture à Avignon par Omar Sy m’a enthousiasmée (podcast France Culture, Avignon Fictions). Quand Babélio m’a proposé ce livre, j’ai sauté sur l’occasion et encore une fois j’ai lu ce livre avec un grand plaisir.
Le titre, La porte du voyage sans retour, évoque clairement la Traite Atlantique. la première fois que j’ai entendu cette expression c’était à Ouidah au Bénin. Puis à Gorée où se déroule une partie du récit.
La Porte du Non-retour Ouidah
L’esclavage n’est pas le seul thème évoqué dans le roman de Diop. Le personnage principal du récit est un Savant du Siècle des Lumière,Michel Adanson, personnage qui a vraiment existé, qui a débarqué en 1750 à Saint Louis du Sénégal pour décrire flore et faune de la région, cartographier, étudier les coutumes…Le jeune homme a appris le wolof et s’est lié d’amitié avec un jeune prince, Ndiak, qui l’introduit au plus près de la population.
Le livre est aussi une réflexion sur la culture orale des Sénégalais, par un Encyclopédiste qui passera le reste de son existence à écrire son encyclopédie. Le botaniste, proche de la nature, reconnaît l’importance des croyances africaine :
» Malgré mon cartésianisme, ma foi dans la toute-puissance de la raison, telle que les philosophes dont j’ai partagé les idéaux l’ont célébrée, il me plaît d’imaginer que des femmes et des hommes sur cette terre sachent parler aux arbres et leur demandent pardon avant de les abattre. Les arbres sont bien vivants, comme nous, et s’il est vrai que nous devrions nous rendre comme maîtres et possesseur de la nature, nous devrions avoir des scrupules à l’exploiter sans égards pour elle. «
C’est une histoire d’amour impossible. Orphée et Eurydice.
Portrait de madeleine : marie-Guillemine Benoist (1800)
C’est aussi une relation de voyage aventureux et une exploration des paysages, des mœurs, aventure et magie.
Des surprises, rien n’est convenu, pas de manichéisme non plus, chaque personnage apparaît sous plusieurs points de vue….
Je ne pouvais pas rater cette exposition féministe et très originale.
Le cartel présentant les œuvres précise que ces créations sont faites directement à partir de la vie quotidienne et des activités domestiques. La Sphère privée s’étend à la créativité et à la politique.
In the power of my hands – Tapisserie faite avec des nattes de cheveux artificiels
En effet ces plasticiennes utilisent les textiles, la terre, et même les tresses de faux cheveux des coiffures africaines . Mais j’ai aussi été bluffée par la modernité de ces œuvres qui utilisent largement la photographie et la vidéo.
« Mombathiseni de Bullieweze Siwani – il faut entendre les vagues des vidéostextileDyptique de Njideka akunyali Crosby
Les techniques utilisées sont souvent métissée, composites avec surimpression photographiques et très sophistiquées. l’artiste nigériane vit à Los Angeles,.
Ana Silva : broderies sur sac
Ana Silva, Angola, a brodé des femmes en fines broderies sur de la toile à sac servant à emballer des vêtements de seconde main arrivant en Afrique : dénonciation de la surconsommation de l’industrie de la mode.
D’autres œuvres dénoncent les violences faites aux femmes, ou l’impossibilité de représenter le sexe féminin.
Reinata Sadimba : Femme en train d’accoucher
j’ai beaucoup aimé la vidéo de Wura Natasha Ogunju(USA/Nigéria) dont est tirée l’affiche de l’exposition : Will I still carry water when I am a dead woman? Des femmes au visage masqué mais à la tenue courte, short ou robe courte trainent des bidons dorés qui les entravent. Elles défilent dans les rues d’une ville nigériane dans l’indifférence des passants.
Comme le titre en anglais l’indique, ces artistes viennent presque toutes de l’Afrique anglophone, Afrique du Sud, Nigéria, Zimbabwe sauf Angola. C’et une région de l’Afrique que je ne connais pas du tout et j’ai été très dépaysée.
fagot de ma mémoire est un court récit autobiographique rédigé à New York pendant le Confinement. Souleymane Bachir Diagne, est professeur à l’Université Columbia, philosophe, mathématicien (il a consacré sa thèse à George Boole), élève de Althusser et Derrida, il se qualifie dans le livre de « althusserien et soufi » . Chacun des neufs chapitres du livre porte le nom d’une étape dans la vie de Diagne, Saint Louis, Ziguinchor, Dakar Sicap, Paris, Cambridge Massachusetts, Dakar les Mamelles, Chicago Illinois, New York. Trois villes sénégalaises de son enfance, trois continents. A Paris, comme Senghor avant lui, il intègre la Rue d’Ulm , prépare l’agrégation de philo, mais va aussi danser au Palace (avec Schopenhauer en poche), Jeune agrégé, il passe par Harvard en 1979 et découvre la ségrégation raciale. Après avoir soutenu sa thèse, il rentre au Sénégal pour une brillante carrière universitaire enseignant la « philosophie africaine ». Il est vivement question de décoloniser les esprits. Les années 1980, marquées par la révolution iranienne voient aussi surgir une réislamisation des sociétés musulmanes.L’islam devient une question géopolitique et le département de philosophie ne peut faire l’économie d’une réflexion sur la philosophie islamique ni de la décolonisation de l’histoire de la philosophie. Il étudie un philosophe indien Iqbal appelant à reconstruire la pensée religieuse de l’Islam. Là, je décroche un peu, n’étant pas du tout au fait des différents courants religieux. Toutes ses explications sur le soufisme m’intéressent bien sûr, mais je n’ai pas tout saisi.A Chicago, il rejoint un programme pluridisciplinaire sur les études africaines. Entre temps la tragédie du 11 septembre donne un autre sens à l’enseignment de la philosophie islamiste. Le soufisme, mouvement tolérant est discuté. A Columbia, on lui offre un poste sous le signe du postcolonial ou du décolonial.« Si le postcolonial était une religion, Columbia serait son premier temple »C’est là qu’Edward Said a enseigné. La querelle entre postcoloniaux et pourfendeurs de ces postcoloniaux au nom de l’universalisme, principalement européens et français est une question passionnante et d’actualité. Le mot de la fin est bantou : Ubuntu : « faire humanité ensemble, S’opposer aux inégalités entre les nations afin que chacun puisse se réconcilier avec elle-même et se sentir une parcelle d’une humanité solidaire….c’est la définition que Jaurès a donné du socialisme »