La Maison d’Emile Zola à Médan

LES ROUGON-MACQUART

La maison de Zola vue des bords de Seine à Médan

26 rue Pasteur – Médan – de Paris environ 30 km par l’autoroute A13

Les visites sont guidées, il convient de réserver les billets sur Internet sur le site de la Maison d’Emile-Zola – Musée Dreyfus

Zola acheta sa maison en 1878 grâce aux gains de l’Assommoir, puis agrandit la maison avec deux tours Nana et Germinal 

Salon de Zola, côté billard avec le vitrail au paon

A la mort de Zola en 1902, Alexandrine Zola a vendu les meubles, les vitraux et a offert la maison à l’Assistance Publique. En 1999, Pierre Bergé avec l’Association de la Maison-Zola a restauré la maison à l’identique sur le souhait de François Mitterrand. De la petite maison initiale, l’écrivain a meublé un château à son goût, collectionnant de nombreux objets parfois hétéroclites. Le conférencier nous fait remarquer que ce républicain avait multiplié les fleurs de lys, cet agnostique, les madones…

Salon côté musique et jardin

L’évocation de la vie sociale, des Soirées de Médan (Maupassant, Huysmans, Céard, Hennique, Paul Alexis) se fera autour de la table de la salle à manger. Chez les Zola, on mange beaucoup, on invite à déjeuner.

Salle à manger

On remarque les assiettes dans le buffet : ce sont des « produits dérivés » à l’image des personnages de l’Assommoir, vendues dans les librairies. Alexandrine en parfaite hôtesse surveille la préparation du repas mais y participe. La cuisine communique avec la salle à manger, ce qui ne se faisait pas dans les maisons bourgeoises.

cuisine

la salle de bains était aussi très commode et fonctionnelle, très grande aussi. L’écrivain recevait ses invités quand il était dans son bain. En revanche, pour ne pas être dérangé, il a refusé qu’on lui pose le téléphone.

le bureau de Zola

Zola était un gros travailleur. Sa devise « pas un jour sans une ligne » est inscrite en latin sur la cheminée. Il passait 4 heures chaque matin à son bureau. Derrière la balustrade, sa bibliothèque. Le guide nous montre un fauteuil avec les symboles du Rêve qu’il a écrit dans la lumière colorée de vitraux anciens (provenant d’une chapelle bretonne) Il se trouvait donc dans l’ambiance. Je n’ai pas beaucoup apprécié cet opus. Les vitraux ont été vendus « à un Américain » sans autres précision, et perdus. Le plus amusant est qu’ils ont été retrouvés très récemment. Le magnat de presse Hearst les avait achetés, emporté aux Etats Unis, et  n’avait même pas déballé les caisses. Ils ont été retrouvés sur un compte Instagram très récemment et seront peut-être copié pour retrouver le décor initial. 

La lingerie

La lingerie permet d’animer le souvenir d’Alexandrine, Madame Zola, qui était lingère avant d’épouser Zola. Une personnalité intéressante. Un mariage égalitaire (pour l’époque) et d’évoquer la maîtresse de Zola, lingère aussi,  qui lui donna deux enfants.

Dans la dernière salle une exposition est dédiée au #J’accuse…! de Dytar

Dytar BD #j’accuse!…

que je viens de réserver à la Médiathèque : BD traitant de l’Affaire Dreyfus avec les techniques actuelles .

La visite était passionnante, mais elle s’est terminé à 12h30, heure de fermeture de la Maison Zola. Je n’ai pas pu visiter le Musée Dreyfus. Il nous faudra revenir. 

Médan château

Le village de Médan mérite une visite. Le château(1494) a vu la visite de Ronsard , celle de Cézanne et de Maeterlinck qui en  a été propriétaire. Pour le visiter en groupe, il convient de prendre rendez-vous, les individuels sont accueillis certains jours précisés sur le site du château ICI

Il y a même un accueil spécial ‘randonneurs » avec possibilité de suivre le GR1 et de s’arrêter dans le parc.

Une exposition de photos en face de la Mairie présente des clichés pris par Emile Zola et par Alexandrine. Un panneau montre les photos du chemin de fer. 232 trains par jour passaient à travers la propriété de Zola. Avec ses amis ils s’amusaient à compter les trains, les wagons et la documentation pour la Bête Humaine a pour origine ces passages. Une autre série de photos est consacrées aux habitants célèbres de Médan en plus de Ronsard, Maeterlinck et Zola, Geneviève Tabouis, Bruno Crémer Suzy Solidor et d’autres que je ne connais pas du tout ont habité Médan. 

Nous avons pique-niqué sur les bords de Seine, les deux restaurants Aux Ecrivains et la Crêperie sont fermés. Le sentier de halage m’a conduit enfin à la Guinguette de l’île du Roi qui aurait pu faire l’affaire. Une jolie promenade. 

Théodore Rousseau – La Voix de la Forêt – au Petit Palais

Exposition temporaire  jusqu’au 7 juillet

Fontainebleau : la Mare aux fées

Théodore Rousseau (1812 – 1867), peintre paysager, peintre de Barbizon, fut un des premiers à alerter sur la fragilité des écosystèmes forestiers et à militer pour la protection de la Forêt de Fontainebleau. Cette rétrospective Rousseau nous fait connaître le peintre que personnellement je confondais avec son ami Jean-François Millet et présente les peintres de Barbizon ainsi que leur action en faveur de la protection de la forêt. 

Dès 1829, Théodore Rousseau  renonce à concourir pour le Prix de Rome et partir en voyage, en Auvergne (1831), en Normandie (1831-1832) …

Le Mont Blanc vu du col de la Faucille

Un grand tableau fait face à la porte d’entrée : Le Mont Blanc vu du col de la Faucille grand tableau panoramique où se déchaînent les éléments. Il peint des paysages sur de petits formats selon diverses techniques

paysage avec ciel orageux (huile)

Ciels romantiques et éléments déchaînés avec d’épais traits de pinceaux sur lequel se détachent des arbres exécutés avec soin.

j’ai aussi bien aimé cette aquarelle rehaussée de gouache du Village en Normandie et le paysage d’Auvergne aux effets de brume romantiques rappelant un peu Turner. Quelques maisons, quelques personnages mais ce ne sont pas les sujets principaux dans un décor agreste.

Paysage d’Auvergne

Rousseau expérimente de nombreuses techniques, de nombreuses matières il associe dessin à la plume, pochoir, gouache, aquarelle parfois sur un même tableau comme cette étude d’arbre sous le vent

Paysage boisé sous le vent (crayon pochoir)

Rousseau prend les arbres comme sujet de sa peinture, il peint des troncs au sol. Il dessine au crayon Conté, au fusain, à la plume attentif aux détails. Plus tard à Barbizon, en compagnie des photographes il expérimente une technique hybride entre la photographie et la gravure : le « cliché-verre »

cliché-verre

Rousseau se promenant dans la forêt a une illumination, il entend la voix des arbres. Il considère les végétaux comme des personnages. Autant les humains dans ses paysages sont minuscules, dérisoires, autant les arbres, surtout les chênes sont majestueux.

Intérieur de la forêt Le Grand Dormoir

Avec ses amis artistes de Barbizon, et des écrivains, George Sand, Victor Hugo, Chopin…il se mobilise pour la défense de la forêt de Fontainebleau mise en danger par les autorités mettant en coupe rase la forêt, abattant les vieux chênes pour semer des pins pour le bois de chauffage et la construction. Pour les romantiques, les grands pins sont des monuments, des témoins du temps passé tandis que les pins sont des intrus. Ils estiment aussi que les aménagements touristiques sont aussi une menace. Dans l’exposition, don présente le guide Denecourt (1851 et c’est déjà la 5ème édition) et la carte de 5 circuits aménagés. En 1852 Théodore Rousseau se fait le porte-voix de la Forêt de Fontainebleau et écrit au Duc de Morny. En 1853 : création de la Réserve artistique de la forêt, première réserve naturelle au monde avant le Parc naturel de Yellowstone (1872).

le massacre des innocents ; Abattage de chênes dans l’île de Croissy

Et si ce sujet de la défense de la Forêt de Fontainebleau vous intéresse en ce moment il y a des podcasts passionnants :

https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/une-histoire-particuliere/menaces-sur-les-arbres-centenaires-3810837

https://www.radiofrance.fr/franceculture/george-sand-lanceuse-d-alerte-ecolo-et-sauveuse-de-fontainebleau-4047709

 

Van Gogh à Auvers-sur-Oise. Les derniers mois – Musée d’Orsay

Exposition temporaire du 3 octobre2023 au 4 février 2024

On croit tout connaître de Vincent Van Gogh, et cette exposition donne à voir des tableaux inconnus! Elle raconte une histoire, un épisode de 70 jours, pendant lesquels il a peint 74 tableaux, s’est lié avec le Docteur Gachet, a rédigé une abondante correspondance avec son frère Théo. 

Nous allons découvrir avec son pinceau le charme de ce village à la fin du printemps (il s’installe le 20 mai 1890) et meurt le 29 juillet. Nous allons suivre ses recherches, ses carnets, ses études, ses expérimentations : techniques , couleurs, cadrage, même recherches de format (double-carré) ou de cadres.

champ de blé avec bleuets

Comme j’ai aimé ce champ de blé avec bleuets où les hachures contrastent avec les à-plats de l’horizon!

bouquet de renoncules

Comme il est charmant ce bouquet de renoncule dans une porcelaine japonaise

pluie

japonisant aussi ce paysage de pluie sur ce format double-carré (1 m x 0.5 m) aux étonnantes teintes délavées.

j’attendais des jaunes et des ors, des bleus éclatants et je découvre aussi des verts printaniers. Même deux tableaux sont des monochromes verts.

Bien sûr j’ai tout photographié mais je vous laisse découvrir, vous serez surpris!

La Défense – Nanterre avec le Voyage Métropolitain

VOYAGE METROPOLITAIN

La défense : rendez-vous sous l’Arche

Préambule au voyage, rappels sur la Grande Arche et sa construction si bien racontée par Laurence Cossé, un roman, un mythe qui inspire les études sérieuses, ou non. Ceux qui, parmi nous se sont documentés sont tombés sur une foule de productions, y CErgy des Conspirationnistes qui s’en sont inspirés comme des Pyramides de Gizeh. Flatteur pour la Grande Arche!

La Grand Arche située sur l’Axe Historique, Louvre, Concorde, Arc de Triomphe ne ferme pas la perspective. Du côté de Nanterre cet axe se poursuit avec plus ou moins de bonheur. Nanterre est entaillé par un échangeur routier, l’autoroute A14, le RER A qui se ramifie, vers Saint Germain en Laye, et Cergy et Poissy. 

Dans l’axe historique, vers l’ouest: La passerelle Chemtov

La Passerelle Chemetov  (400 m en bois)  se trouve donc dans l’Axe mais elle est fermée, en mauvais état, surmontant les Jardins de l’Arche de Gilles Clément. De part et d’autre, les 2 cimetières de Nanterre et de Puteaux, vus de haut ressemblent à un labyrinthe de jardin à la Française, les arbres taillés au cordeau cachent les tombes. 

Tours Nuages d’Aillaud

Il faut donc faire des détours, passer sous de mini-arches de verre (décidément le thème de l’arche a inspiré les architectes). Nous découvrons un ensemble architectural emblématique de Nanterre : Les Tours Nuages d’Aillaud de la Cité Picasso. C’est un ensemble impressionnant de 18 tours aux mosaïques colorées de Fabio Rietti. En s’approchant, on découvre les fenêtres, certaines hublots, d’autres yeux ouverts sur le ciel. Elles ont inspiré Laurent Kronental pour des photographies remarquables CLIC;

Au pied des Tours Nuages, le serpent en mosaïque de Laurence Rietti

Au pied des tours un jardin de sculptures et de pavés abrite un serpent de mosaïque fait par Laurence Rietti.

Quand on s’approche des tours, on constate que le revêtement de mosaïque est en mauvais état. De plus, la tendance est à l’isolation thermique. Comment résoudre le problème sans toucher à l’œuvre? La présence d’amiante complique les travaux. Une rénovation est proposée avec un placage métallique qui épouserait l’extérieur des bâtiments et intégrerait de la matière isolante, qui ajouterait des ombrières au-dessus des fenêtres.

Le problème de la préservation du patrimoine du XXème siècle se pose avec acuité pour un autre ensemble : les écoles de Musique (ou plutôt le Foyer Maurice Ravel) et l’Ecole d’Architecture œuvre de J. Kalisz inscrits dans un projet d’André Malraux de faire entrer la Culture. Le Foyer Maurice Ravel est vide d’étudiants et le bailleur n’a pas effectué les travaux d’entretien qui s’imposent. Pourtant c’est un très joli ensemble blanc inspiré par les constructions méditerranéennes, avec des patios et des cubes blancs décalés, balcons et jardinets.

Foyer Maurice Ravel Kalisz

L’école d’Architecture, fermée dans les années 2000 est carrément dans un processus de déconstruction. On ne voit plus que l’ossature dans le chantier. Elle va être reconstruite par Eiffage et intégrée à l’université Leonard de Vinci. (fac Pasqua). Ce qui nous fait furieusement penser aux financement des concessions autoroutière. Et chacun de déplorer les privatisations des « biens communs ». 

Nanterre : monument à la déportation

Tandis que nous quittons le quartier Picasso, je m’étonne de ne pas voir de tags ou graffitis rappelant les violences urbaines de Juin 2023, ils ont sans doute été effacés. Quand nous parvenons à l’Esplanade Charles de Gaulle j’en découvre. « JUSTICE POUR NAHËL PAS DE PAIX » s’étale sur un mur et sur des cubes de verre. Un des voyageur remarque les traverses de chemin de fer et un rail circulaire. Une rotonde ferroviaire? Curieux, il n’y a qu’un seul rail! Aucun wagon n’a tourné sur cette place. Il s’agit d’une œuvre d’art : d’un monument de Dani Karavan à la Déportation. Dani Karavan est aussi le créateur de l’Axe Majeur de Cergy. 

Nous traversons le Parc André Malraux, créé par le paysagiste J.Sgard, inspiré par les parcs des Pays Bas ou des pays nordiques : parcs ouverts nécessaires à la respiration de la ville. C’est aussi un espace sculpté dans le terrain bouleversé par les carrières et par les terrassements de construction de la Défense. Parc ouvert jour et nuit, ce qui est inhabituel chez nous. 

Le haut bâtiment de la Préfecture est de Perret. Je commets la réflexion sacrilège de dire qu’il me fait penser à l’Hôtel International de Tachkent ou de n’importe quel Hôtel International soviétique. Oh bévue! Oh gaffe!

En face, nous faisons une halte devant une sobre plaque de marbre commémorant le massacre du 17 Octobre 1961. Combien sont partis de Nanterre, vêtus des habits du dimanche pour manifester? habitants des bidonvilles de Nanterre, ouvriers en bâtiment ou des industries automobiles….Une voyageuse, évoque une manifestation du 14 Juillet 1953 – un bain de sang oublié.

Le Voyage se poursuit devant MacDo où on évoque deux Fiascos fantômes géants d’un futur qui n’a jamais existé : l’Aérotrain train monorail dont il reste le rail et la Tour de Schöffer 342 m de haut, lumineuse 5226 projecteurs animés par la circulation . 

L seconde partie du voyage se déroule au pied du RER Nanterre Université pour visiter La Contemporaine, bibliothèque dépendant de l’Université de Nanterre et Musée d’Art Contemporain.

Champ de la Garde : labourage avec un cheval de trait

Autre site d’intérêt : Le Champ de la Garde  ou Ferme du bonheur oasis de nature et d’agriculture dans cet environnement minéral, parrainé par AgroTechParis , l’INRAE, l’INERIS  menant depuis 2014 des expérimentations sur la pollution des sols et des jardins partagés.

Malheureusement il se met à pleuvoir et l’imprévoyante que je suis commence à avoir très froid, habillée en sandales et T-shirt d’été. Arrivée imprévue de l’automne que je fuis. 

 

Beaumont du Gâtinais,

VILLAGE PITTORESQUE A LA LIMITE DE L’ÎLE DE FRANCE

.

Nous avons traversé la Forêt de Fontainebleau en passant par la Route Ronde puis Nemours avant de trouver les grands champs de la Beauce pays de Pithiviers (dont je en connais que le gâteau feuilleté). Fin juillet, la moisson est déjà finie, grandes étendues de chaumes sur de légères ondulation et si peu d’accroche pour l’œil. Peu d’arbres, châteaux d’eau ou clochers. Les tournesols donnent un peu de couleur

Sous le ciel menaçant, ils penchent la tête. J’aimerais tant en cueillir un, mais c’est voler et je n’ose pas.

Au détour de la route, un village pittoresque : une halle de bois très bien conservée. Il y a même un escalier pour accéder au grenier.

le château et ses douves

Sur la place du village : un portail monumental d’un château ancien entouré de douves. Passé l’arche, je passe devant un Gite rural  – un gite dans un château c’est chic! puis j’arrive dans la cour d’une grande ferme.

la pluie s’est invitée : une goutte sur l’objectif!

A proximité se trouve la petite ville de Beaune-la- Rolande dont je connais le nom d’après le camp d’internement pendant la guerre. Souvenirs douloureux mais petite ville fleurie. 

Il nous reste à découvrir Pithiviers nous reviendrons!

 

Azur, poésies et cyanotypes au Musée Stéphane Mallarmé

Exposition temporaire jusqu’au 1er octobre 2023

 

Cyanotype sur Verre
mauve
Aline Héau

La maison de Stéphane Mallarmé à Vulaines, sur les bords de la Seine rassemble souvenirs et poèmes de Stéphane Mallarmé et accueille de belles expositions. Celle-ci, Azur, est en harmonie avec l’œuvre du poète: 

L’Azur

De l’éternel Azur la sereine ironie
Accable, belle indolemment comme les fleurs,
Le poète impuissant qui maudit son génie
À travers un désert stérile de Douleurs.

Fuyant, les yeux fermés, je le sens qui regarde
Avec l’intensité d’un remords atterrant,
Mon âme vide. Où fuir ? Et quelle nuit hagarde
Jeter, lambeaux, jeter sur ce mépris navrant ?

Brouillards, montez ! versez vos cendres monotones
Avec de longs haillons de brume dans les cieux
Que noiera le marais livide des automnes,
Et bâtissez un grand plafond silencieux !

Et toi, sors des étangs léthéens et ramasse
En t’en venant la vase et les pâles roseaux,
Cher Ennui, pour boucher d’une main jamais lasse
Les grands trous bleus que font méchamment les oiseaux.

Encor ! que sans répit les tristes cheminées
Fument, et que de suie une errante prison
Éteigne dans l’horreur de ses noires traînées
Le soleil se mourant jaunâtre à l’horizon !

— Le Ciel est mort. — Vers toi, j’accours ! donne, ô matière,
L’oubli de l’Idéal cruel et du Péché
À ce martyr qui vient partager la litière
Où le bétail heureux des hommes est couché,

Car j’y veux, puisque enfin ma cervelle, vidée
Comme le pot de fard gisant au pied d’un mur,
N’a plus l’art d’attifer la sanglotante idée,
Lugubrement bâiller vers un trépas obscur…

En vain ! l’Azur triomphe, et je l’entends qui chante
Dans les cloches. Mon âme, il se fait voix pour plus
Nous faire peur avec sa victoire méchante,
Et du métal vivant sort en bleus angelus !

Il roule par la brume, ancien et traverse
Ta native agonie ainsi qu’un glaive sûr ;
Où fuir dans la révolte inutile et perverse ?

Je suis hanté. L’Azur ! l’Azur ! l’Azur ! l’Azur !

Stéphane Mallarmé, 1864

Cyan est le bleu de Prusse  obtenu par un procédé chimique vieux de près de 2 siècles (1842). Le cyanotype est un procédé de photographie ancien, revisité récemment. 

Aline Héau : cyanotype sur verre carotte sauvage

Trois artistes sont exposés à Vulaines : Aline Héau, Agnès Clairand et Kyano.  Les œuvres sont accompagnées de poèmes Elévation de Baudelaire, Donc ce sera par un clair jour de Verlaine, Sensation de Rimbaud, le papillon de Lamartine, La Forêt de Victor Hugo…et j’en oublie. 

Agnès Clairand : sureau

Il faut prendre le temps de contempler, de lire, d’aller du poème à l’image.

Et aussi s’asseoir pour visionner les vidéos de Kyano  

L’une explique le procédé chimique, la technique de photographie actuelle qui numérise l’image, et l’autre montre des images bleues de la Méditerranée et les glaciers bleus de l’Islande. Le commentaire est en grec (sous-titré) ce qui donne un ton méditerranée pour leur oeuvre « Le cyanotype comme invitation au voyage ».

Les œuvres sont aussi réparties à l’étage dans les pièces que Mallarmé et sa famille occupèrent. Dans les tons bleus : le portrait de Geneviève Mallarmé brodant par Julie Manet. 

Nous avons passé un bon moment au jardin dans les arbres fruitiers et avons eu la belle surprise de trouver au sol de délectables quetsches bleues que nous avons dévoré (après examen approfondi pour ne pas y trouver fourmis ou guêpes.

Une visite azuréenne que je vous recommande!

Meudon de la terre au soleil avec le Voyage Métropolitain

BALADES EN ILE DE FRANCE

L’Observatoire de Meudon

Sous la pluie, mais dans la bonne humeur, nous nous sommes retrouvés à la Gare de Meudon (ligne N – 8 minutes de Montparnasse).  Nous avons remonté le coteau par des rues tranquilles et des  sentes aux noms pittoresques entre les murs débordant de lilas et de glycines et les jardins. Si près de Paris, un air de campagne, ou au moins de banlieue cossue. 

sculpture -habitacle bloc

Première étape : la Maison André-Bloc une grande villa bien cachée au creux d’un parc aux camélias roses et bruyères. La villa, habitée, ne se visite  pas. Jens a obtenu un rendez-vous exceptionnel pour que nous puissions voir les sculptures-habitacles construite par André Bloc (1951) . 

habitacle intérieur

la maisons aux briques blanchies émerge du sol , à l’intérieur on est saisi par la complexité des arches, des ouvertures, des recoins. Elle a servi de décor au film de William Klein, Qui a peur de Polly Magoo? on pourrait imaginer des concerts, des réunions dans cette maison-sculpture. 

tour

La seconde sculpture-habitacle est une tour de 25 mètres en briques rouges, ouverte à tous les vents. Elle est déstabilisante avec des escaliers très étroits, des couloirs étroits qui ne mènent nulle par. Par beau temps la vue doit être magnifique. Aujourd’hui c’est brouillard!

Maison Prouvé Meudon

Les maisons-Prouvé sont également des expériences architecturales mais diamétralement opposées. André Bloc imaginait un sculpture, une réalisation d’artiste, éventuellement habitable. Prouvé se confronte à la réalité de la reconstruction d’Après-Guerre . Il veut offrir une solution immédiate de maisons industrielles à une urgence. 

« je suis prêt à fabriquer des maisons usinées en grande série, comme Citroën

l’a fait en 1919 pour les automobiles…le temps de la brouette est passé! le fer, l’acier…c’est mon truc. Avec le fer on construit vite et solide »

les 14 maisons posées sur un soubassement de pierre, à coque ou à portique, métal et bois, ont drôlement bien tenu le coup. Construites entre 1951 et 1952, elles sont de vieilles dames de 70 ans, certaines ont fait un lifting, mais pas tant que cela. Une habitante très fière de vivre dans une maison d’architecte nous raconte son quotidien, il faut combattre l’humidité de la forêt toute proche, humidificateur et poêle à bois (ramassé dans la forêt) .

Le groupe s’engage dans le sous-bois bleu de jacinthes qui m’enchantent. Une belle montée et nous arrivons rapidement sur le coteau où était construit le château de Louvois puis du Dauphin, fils de Louis XVI. Il ne reste pas grand chose des  châteaux (il y en avait un vieux, brûlé à la Révolution, puis détruit sur les ordres de Bonaparte, et un neuf ruiné pendant la guerre de 1870). L’Observatoire construit à l’initiative de Jenssen en 1876 sert encore pour les observations sur le soleil. De nombreux astrophysiciens y travaillent. En dehors des Journées du Patrimoine ou de la Nuit des Etoiles, il n’est pas ouvert au public. La terrasse est plantée d’une belle perspective avec bassin et massifs fleuris.

Nous aurions volontiers pris un café à la Loggia café-restaurant admirablement bien situé sous la terrasse. Nous y sommes fraîchement accueillis. On piquenique donc dans le parc. D’ailleurs il ne pleut plus. 

Le Hangar Y, qui devait être une belle visite s’avère décevant : tout est grillagé : même le coup d’œil sur le hangar et sur le bassin octogonal de l’étang de Chalais nous est interdit. Le gardien du parking nous vide comme des malpropres. La halle qui abritait les ballons dirigeables a été très bien restaurée, il y a même une sorte de fantôme de dirigeables. Le site a été restauré par un entrepreneur privé d’évènementiel qui a fixé des prix élevés (3€ pour un tour du bassin,  10€ pour des activités ) comme nous avons peu de temps, nous renonçons. 

Meudon a été un centre aéronautique, le hangar construit en 1878 pour l’Exposition universelle, c’est aussi le lieu du premier voyage en dirigeable : au-dessus de la forêt de Meudon jusqu’à Villacoublay. 

Meudon a gardé la vocation scientifique avec un Centre de l’ONERA (Office National d’Etudes et de Recherches Aéronautiques ) CLIC

Ce centre enfermé dans de grands murs dans la forêt occupe une partie de la vallée et ne se visite pas.

Juste au dessus du Hangar Y , une petite grimpette nous emmène sur le bord de L‘Etang de Meudon  nous attendait un naturaliste amateur, spécialisé dans les odonates (libellules) membre de l’association  caritative Espaces (Insertion et travaux d’entretien de l’étangs) . Il nous a fait admirer un grèbe castagneux, un cormoran, un héron, poules d’eau, foulques et canards tout en racontant les améliorations de la biodiversité. 

Parmi les mystères de Meudon : le gladiateur statue antique (ou non?) ornant un carrefour, citée par les visiteurs célèbres, acquis par Louvois. Etait-ce une copie du Gladiateur Borghèse ou une statue très différente, d’un gladiateur assis? Le mystère ne sera pas levé aujourd’hui puisqu’un mur coupe le chemin qui mènerait directement à la Terrasse. 

Autre mystère : les canalisations du réseau hydraulique destinée  aux jeux d’eau dans le bassin du château : rigoles et aqueduc . Une association l’ARHYME s’occupe à restaurer ce réseau qui est apparent au niveau de l’Etang de Meudon : un gros tuyau en fonte y arrivait. Récemment il aurait disparu. Mystère? non pas, il est exposé au Musée Historique de Meudon

orme au dessus de l’étang de Villebon

Au-dessus une digue retient les eaux de l’Etang de Villebon Notre guide naturaliste nous emmène voir un orme reconnaissable à ses fruits en formation. Victimes d’une maladie, la graphiose, les ormes autrefois communs ont presque disparu. Celui-ci est donc un spécimen rare!

meudon la forêt

L’Etang de Tronchet est asséché depuis longtemps, un parc a pris sa place. juste derrière, nous découvrons le grand ensemble de Meudon-la Forêt : un quartier réalisé par Pouillon entre 1959 et 1967. Tous ceux qui s’y connaissent en architecture et urbanisme (ils sont très nombreux parmi les marcheurs de Voyage Métropolitain)tous se passionnent pour ce quartier, admirent le rythme donné par les verticales en relief, les infimes variations  qui sont censée couper la monotonie de l’ensemble, la qualité de la pierre de taille, le soin apporté à la construction. Certes, après plus de soixante ans, Meudon-la-Forêt a belle allure. Belle ouvrage. Mais je m’ennuie dans cette promenade interminable qui aboutit à un bassin carré. Chacun a quelque chose à raconter sur Pouillon. Je note le nom du livre qu’il a écrit en prison : Les Pierres sauvages qui raconte la construction d’un monastère roman. 

Nouvelle traversée de la forêt pour découvrir un élément m  majeur du paysage : Le tapis vert qui se déroule face à la terrasse et au château, pelouse de 600 m de long de la perspective voulue par Louvois. Mais nous n’allons pas le descendre, nous parcourons la forêt pour découvrir L’anémomètre au centre d’un parcours. Montée, descente, droit sans aucun égard pour le relief , les chemins des chasses royales. Nous retournons à la base de la terrasse au Musée d’Art et d’Histoire de Meudon installé dans une belle demeure XVII ème siècle avec un jardin de sculpture. Un monsieur de l’ ARhyme nous explique encore les restaurations sur le réseau hydrauliques. 

Fin de la sortie à la Loggia mais il me faut rentrer chez moi. 

La traversée de Bondoufle – Jean Rolin

AUTOUR DU GRAND PARIS

la gare de Juvisy

« Du moment où j’ai découvert la campagne à la périphérie d’Aulnay-sous-Bois, même sous l’aspect peu
engageant d’un champ de maïs desséché et d’un chemin sans issue, l’idée m’est venue de suivre tout autour de Paris sa limite, ou du moins la ligne incertaine, émiettée, soumise à de continuelles variations, de part et d’autre de laquelle la ville et la campagne, ou les succédanés de l’une et de l’autre, se confrontent. »

A la suite de la lecture du Pont de Bezons, j‘ai suivi avec beaucoup de plaisir le parcours à pied autour du Grand Paris à la recherche des confins entre la métropole urbanisée et la campagne. Rolin a bouclé ce tour complet  en commençant à Aulnay-Sous-Bois le 2 Août 2020 pour y revenir le 24 avril 2021, parachevant son périple par une seconde Traversée de Bondoufle

Rolin a noté avec une précision confinant à la maniaquerie parfois, toutes ses observations avec le noms des rues et routes. A l’occasion j’ai appris un mot odonymie. Sa démarche ne manque pas d’humour :

 » Que le chemin des Glaises soit justement boueux, c’est le genre de petites satisfactions que ménage de temps à autre une entreprise aussi vaine que la recherche de la limite entre ville et campagne. »

Cette entreprise coïncide avec la tentative d’occuper une ZAD à Gonesse :

« dimanche 7 février 2021, « par un froid glacial », comme la presse ne manquera pas de le souligner, quelques dizaines de militants ont établi à Gonesse une nouvelle ZAD, ou « zone à défendre », en plantant leurs tentes sur un terrain vague enclavé entre la D 317, la carcasse évidée d’un hôtel de bas de gamme en cours de démolition, la ferme de la Patte d’Oie et le chemin dit « de la Justice ». De l’autre côté de celui-ci s’étendent sur quelques centaines d’hectares des terres agricoles, au milieu desquelles doit être implantée une gare du Grand Paris Express dont les occupants de la ZAD ne doutent pas qu’elle entraînera l’urbanisation accélérée »

Le promeneur recherche l’emplacement de la ZAD sans être investi d’une mission militante, d’ailleurs, la ZAD a été évacuée par la police à sa seconde visite. Cependant l’établissement de ces « zones à défendre » marquent une tentative d’arrêter l’urbanisation galopante et la bétonisation de la campagne. Plus loin dans le livre, à Brou- Chelles,  il note un autre emplacement menacé par l’entreprise Placoplâtre .

Sans entrer dans le détail de son grand tour, il note toutes les installations caractéristique de la limite entre ville et campagne

« Parmi les commodités qui fleurissent sur la limite entre ville et campagne, à côté des établissements
d’enseignement et des équipements sportifs, des Ehpad et des centres équestres, des plateformes logistiques et
des terrains de golf, des lieux à l’abandon et des installations militaires à demi enterrées mais trahies par leurs longues oreilles, à côté des fortifications déclassées ou des campements roms, il faut compter aussi, comme je devais le vérifier à maintes reprises au cours de ce périple, avec les petits aérodromes voués principalement aux activités de loisir. »

Je remarque la permanence de ces installations aussi bien dans le Val d’Oise, qu’en Essonne ou en Seine-et-Marne. Récurrence aussi des décharges de gravats ou de déchets qui enlaidissent la campagne quand ce ne sont pas des labourages sciemment organisés pour empêcher des squatteurs de s’y installer.

J’ai parcouru quelques uns de ces itinéraires avec le Voyage Métropolitain je retrouve ici les souvenirs de balades moins aventureuses puisqu’elles étaient en groupe et guidées. J’ai beaucoup souri aux passages de Boissy-Saint-Léger dans la forêt Notre Dame que je sillonne par tous les temps. mais où est donc cette Ferme de Beaurose que je n’ai jamais remarquée?

De Bondoufle, je n’apprendrai pas grand-chose, pourquoi a-t-il choisi cette commune pour la consonnance un peu originale qui rimerait avec pantoufle? Il ne la traverse que p. 140 sans y trouver rien d’extraordinaire si ce n’est une « extraordinaire monotonie » Et pourtant, il y est retourné avant de terminer son livre

 

« C’est alors que commence la traversée de Bondoufle à proprement parler, menée de bout en bout le long de la
rue de Villeroy, que je tiens à tort ou à raison pour l’artère principale de cette ville. Je n’ai pas songé, pas plus lors de ma première visite que lors de la suivante, au mois de juin, à minuter la durée de cette traversée de Bondoufle par la rue de Villeroy, mais je ne pense pas qu’en marchant d’un pas normal elle m’ait pris beaucoup plus d’une demi-heure, y compris plus longue, que j’ai remarqué à quel point l’homogénéité de l’habitat pavillonnaire, récent pour la plupart,
l’abondance et la qualité de la verdure, mais aussi l’extraordinaire monotonie qu’exhalait cet environnement, à quel point tout cela m’évoquait les quartiers résidentiels d’une petite ville australienne, »

j’ai préféré Le Pont de Bezons qui est un coup de cœur mais je relirai volontiers La Traversée de Bondoufle comme un topoguide quand mes pas me mèneront dans ceux de Rolin. 

Avec le collectif du Lac de Créteil : balade de sciences participatives et citoyenne

TOURISTE DANS MA VILLE

L’hôtel de ville vu derrière la roselière

Comme chaque fin janvier le Collectif du Lac de Créteil organise une promenade guidée au Lac. Convivialité occasion de rencontrer des spécialistes : ornithologistes, entomologistes, urbanistes, jardiniers-paysagistes selon les années.

le site de Seine Amont et les gros yeux de JR sur les digesteurs

Cette année c’est le SIAAP (service public de l’Assainissement des eaux) qui ouvre la séance. La station d’épuration de Valenton (site Seine-Amont) traite les eaux usées (et pluviales) . Deux filières : eaux traitées et déversées dans la Seine, et valorisation des boues (agricole et énergétique avec production de biogaz dans les digesteurs décorés par JR) . Le service environnement est soucieux des nuisances olfactives éventuelles et recrute sur Créteil des Jurés de nez volontaires capables d’alerter de mauvaises odeurs éventuelles. Le site du SIAAP es très étendu (71 ha dont 12 ha d’espaces verts où vit une faune sauvage variée : hérissons, lapins, renards….

A l’occasion, le délégué du SIAAP nous signale le fléau des lingettes qui gêne l’épuration des eaux avec le slogan « pas de lingettes dans les toilettes ». 

Ce dernier week-end de janvier est également le Week end de Comptage des oiseaux des jardins comptage des oiseaux très communs que chacun peut faire sur son balcon ou son jardin en une heure. Avec ce comptage participatif, un grand nombre de données collectées par le Muséum d’Histoire Naturelle, sera un indicateur des tendances de la biodiversité

Ces sorties organisées par le Collectif du Lac de Créteil sont des occasion de science participative. Au printemps 2022, avec I-naturalist , nous avions participé à l‘inventaire de la faune et de la flore. Participer à ce genre de programme est tout à fait enthousiasmant. Chacun à son niveau peut apporter sa brique à la construction de la banque de donnée. Maintenant la science sait utiliser ces observations en très grand nombre (big data).

Dans le même esprit, les entomologistes de l’OPIE (office pour les insectes et leur environnement)sont venus avec leurs brochures mais aussi avec leurs outils de travail : filet « trouble-eau », pinces, loupes pour pêcher les chironomes du lac.

Les chercheurs de LICHEN-GO! avec loupes, clés de détermination et grillages font un inventaire des lichens , indicateurs de la qualité de l’air. On peut ainsi apporter ses observations au projet PARTICITAE (observatoire de recherche et dispositif participatif de l’environnement urbain). Ils ont distribué le Protocole que chacun peut suivre pour participer au dispositif. 

La grippe aviaire étant signalée sur le Lac de Créteil, nous avons évité le débarcadère où se rassemblent les bernaches qui quémandent du pain des habitués du nourrissage. Occasion de répéter que le nourrissage avec du pain est tout à fait nocif pour les oiseaux sauvages : très pauvre en nutriment, ce n’est pas un bon aliment pour eux, la mie a tendance à gonfler dans leur appareil digestif et à causer des gênes aux anatidés. C’est très difficile de faire passer le message. De nombreuses personnes sont heureuses d’attirer autour d’eux les oiseaux. Pour d’autres, l’impression de faire une « bonne action » en ne jetant pas le pain, a des origines presque religieuses.

A l’arrière du NOVOTEL j’ai découvert la plantation d’une douzaine (peut être plus) de jeunes arbres. Les forêts urbaines sont à la mode! Nos édiles se vantent du nombre d’arbres plantés dans la commune et en font un argument de leur action environnementale. Encore faut-il respecter les grands arbres et ne pas les abattre quand ils sont « gênants » « malades » voire morts. Un jeune arbre ne remplace en rien un jeune. Un arbre c’est une communauté végétale et animale, de champignons, bactéries, insectes, oiseaux spécifiques. Si on remplace un arbre par une autre espèce on risque de perdre l’oiseau qui lui est inféodé : si on supprime un aulne, on perdra également le tarin des aulnes, si on coupe les phragmites on perdra le bruant des roseaux…. le saule ci-dessus a l’air en mauvais état mais on constate qu’il héberge de nombreux hôtes qui ne viendraient pas dans les « hôtels à insectes » (image attrayante en greenwashing). D’ailleurs l’arbre creux ne vit pas du bois du centre du tronc mais de l’aubier en périphérie et l’on voit bien que les rameaux sont tout à fait vivants.

A ce propos un intervenant de Saint Maur vient plaider pour le vieux chêne de Saint Maur , arbre remarquable, ayant posé pour des cartes postales, menacé par un promoteur qui a obtenu un permis de construire posthume signé d’un architecte décédé voici trois ans! pétitions et manifestations en ce moment à Saint Maur!

Surprise pour moi qui n’ai pas fréquenté le lac depuis un certain temps :  une nouvelle construction meuble la grande pelouse : un accrobranche géant qui va de platane en platane et qui a nécessité l’érection d’une grande cage en face de la piscine à vagues. Certains naturalistes soulignent que les dispositifs d’accrochages pourraient être vecteurs de maladie pour les platanes. Je n’ai pas d’idée.

 

Je remercie encore les organisateurs du Collectif du Lac de Créteil pour cette balade très intéressante!

 

le Pont de Bezons – Jean Rolin – P.O.L.

VOYAGE METROPOLITAIN

J’aime les récits de voyage, même si les pas de Jean Rolin ne me conduisent pas plus loin que Melun, en amont, et Mantes-la-Jolie, en aval, le long du chemin de halage de la  Seine.

Le pivot du projet que j’avais formé, et qui consistait à mener sur les berges de la Seine, entre Melun et Mantes,
des reconnaissances aléatoires, au fil des saisons, dans un désordre voulu.

Mais toute l’Histoire de la France, écrit-il dans cette dernière, passe par Bezons ! Précisément ! Au plus juste sur le pont de Bezons. »« Il faudrait à Bezons, poursuit-il, presque un pont amovible… Dix fois au cours de
l’Histoire il saute,

Jean Rolin est l’auteur du Traquet kurde . Ces deux mots s’appliquent également au Pont de Bezons . L’auteur, très attentif aux oiseaux,  fera entendre l’alouette grisoller ou tirelirer,  observer les nids des poules d’eau et  ceux des cygnes, découvrir le vanneau sociable, espèce très rare,  dans un groupe de vanneaux huppés.  Quant aux Kurdes il tentera de les approcher à Corbeil dans un café où était affiché le portrait d’Ocalan, sans beaucoup de réussite. 

l’écluse d’Ablons

Déambulation sur une courte distance  mais de longue durée:  de juillet 2018 à juillet 2019. L’auteur ne suit pas un itinéraire défini par un topo-guide de Grande Randonnée (GR2). Il  improvise son itinéraire sur les berges du fleuve. Il revient sur ses pas, saute des étapes. Parfois il passe la nuit à l’hôtel.

Un champ de céréales n’a pas été traité, ou traité avec tact, et du coup les coquelicots y sont presque aussi abondants que sur un tableau de Monet. C’est de celui d’en face, au demeurant, et de sa nudité, que s’élève en grisollant (ou en tirelirant) la première alouette de la journée. Au loin se profile la silhouette de l’usine Renault de Flins, vers laquelle le chemin, ayant décrit à nouveau un angle droit, se dirige maintenant, bordé d’un seul côté par une haie d’aubépines, de pommiers et de chênes rabougris. De part et d’autre les champs sont de nouveau plantés de blé ou d’orge, parsemés de coquelicots, dominés par des pylônes électriques dont les quatre pieds sont chaussés de lierre sur une hauteur de plusieurs mètres.

Voyage sur les traces des impressionnistes, sur les champs peints par Monet, dans les résidences de Caillebotte, inspiré aussi par Céline, par Maupassant. Voyage culturel, parfois historique mais ce n’est pas l’essentiel. Voyage très contemporain avec inventaire des friches industrielles, des ronds-points et des campements roms (et de leurs destructions), inventaire des bistros turcs ou kurdes, des coiffeurs de Villeneuve-Saint-Georges, des bouisbouis et MacDo. Au hasard des rencontres il tombe sur un pique-nique :

« les gens sont un peu surpris de me voir, c’est exact, comme moi de tomber sur eux, au moment où un groupe d’hommes, aux accents d’une musique balkanique – musique enregistrée, tout de même, nous ne sommes pas dans un conte de Noël –, est en train de faire griller sur un brasero, au milieu du chemin, de gros morceaux de poisson : et plus précisément, soupçonné-je, de gros morceaux de carpe. « Ça vient de la rivière ? demandé-je, après que nous avons échangé des saluts, en indiquant vaguement la direction de la Seine. « Non, non, se récrient les servants du brasero, pas la rivière ! acheté ! », car ils me prennent sans doute pour un inspecteur des pêches, ou quelque emmerdeur du même genre. Puis ils me signalent, tout cela plutôt par gestes, car autrement nous n’avons pas de langue commune, que le chemin sur lequel ils sont installés est sans issue, »

Il me semble que j’aurais pu le croiser, vers Vigneux ou Villeneuve, ou sur l’Île des Impressionnistes à Chatou.  Mais non! je marche sur les sentiers balisés de peinture rouge et blanche alors que Rolin n’y fait jamais allusion. Prudente, je franchis rarement les grillages et les murs, je fuis les campements louches, j’évite les talus glissants. Ce livre me dévoile les lieux pas très bien famés pleins de poésie. Je le relirai en rentrant de mes sages expéditions. J’éviterai les berges de l’Yerres à Villeneuve-Saint Georges de peur de rencontrer l’homme à la planche.

Vigneux : Port aux Cerises

Ce livre ne me quitte pas, il me hante encore dans mes promenades.