bassin du char d’Apollon, au fond la perspective du Grand Canal
Le seul avantage de la crise du Covid est qu’on peut accéder aux sites très touristiques sans avoir à subir la cohue du tourisme de masse. Je me suis donc précipitée pour réserver un créneau horaire de visite et je suis arrivée tôt pour profiter du soleil du matin et de l’ouverture des bosquets avec les Grandes Eaux.
Parterre de l’Orangerie
la visite des Jardins est payante (11€) et le Pass Education ne donne droit à aucune réduction.
De la terrasse la vue sur le Parterre de l’Orangeriesous le soleil de 9h est splendide. En ce début septembre estival les agrumes et palmiers sont sortis offrant un paysage nouveau.
parterres fleuris aux abords immédiats du château
Munie d’un plan (indispensable pour s’orienter) je pars à la recherche des bosquets bien cachés. Je descends jusqu’au bassin de Bacchus
Bassin de Bacchus
A proximité, je découvre la salle de bal qui est une sorte d’amphithéâtre arrondi dont la moitié des gradins seraient des végétaux taillés et l’autre une rocaille de meulière et de coquillages de grande taille où jaillissent des jets et où s’écoulent les cascades.
bosquet de la Salle de Bal26
Les grandes eaux ne commencent ici qu’à 10h30 mais j’ai beaucoup apprécié les gradins de rocailles qu’on ne voit plus quand l’eau dégouline (j’y suis retournée l’après midi) la sonorisation musicale Campra, Lully et Rousseau
LeBassin du Char d’Apollon est animé quand j’arrive Haendel, Blanchard, Philidor et Lully.
Bosquet d’Encelade
Non loin de là je trouve le Bassin de l’Encelade délicatement entouré d’une tonnelle où fleurissent des rosiers très parfumés contrastant avec le sujet : le titan enseveli sous des tonnes de rochers. L’accompagnement musical est très réussi Charpentier et Campra.
Inutile de chercher le Bosquet de l’étoile qui est juste une pelouse polygonale, on a même retiré le statues seuls subsistent les socles.
La matin, les statues du Bosquet des Bains d’Apollon se trouve dans l’ombre (pas de photo) j’avais bien aimé ces trois groupes représentant les Muses et Apollon quand j’étais venue en hiver.
J’ai découvert le Bosquet du Théâtre d’Eau, conçu à l’origine par Le Nôtre il a été restauré récemment en un jardin contemporain avec les sculptures-fontaines d’Othoniel en perles de verre.
Bassin de Latone
Finalement les jeux d’eau du Bassin de Latone avec ses grenouilles dorées raconte l’histoire de la mère de Diane et d’Apollon protégeant ses enfants contre les injures des paysans de Lycie et demandant à Jupiter de les transformer en grenouilles pour les venger.
Je pourrais imaginer une autre promenade qui me conduirait de statue en statue : il y en a tant de très belles! Ou dénicher les bizarreries comme ces chérubins ou diablotins assis sur une tête de chèvre servant d’anse à une urne. Ou cet autre grimpé sur une sphynge.
« Soyons francs : on se demande si cette œuvre n’est pas celle d’un écrivain français déguisé. On veut bien que la colonisation ait fait des miracles d’instruction dans les colonies d’Afrique. Cependant, comment croire qu’un Africain ait pu écrire comme cela en français ? »
Comment classer cet ouvrage : Rentrée littéraire 2021 ou Francophonie?
Mohamed Mbougar Sarr, né à Dakar est-il un romancier sénégalais comme le présente l’article de Wikipédia ou un écrivain de cette rentrée littéraire parisienne? Ce serait un détail si cette distinction n’était pas un des thèmes de ce roman. Diegane Faye est un écrivain africain vivant à Paris qui a publié un petit roman au tirage confidentiel. Il s’attache à faire sortir de l’oubli TC Elimane, écrivain maudit, qui a publié en 1938 un chef d’œuvre disparu dans des circonstances étranges. Marème Siga , « l’ange noir de la littérature sénégalaise » lui confie un exemplaire du livre introuvable, lecture éblouissante. L’écrivaine, cousine d’Elimane, ne l’a pas connu ;comme Diegane, elle se consacre à sa recherche . Elle a eu une relation passionnée avec une poétesse haïtienne, amante d’Elimane.
« Quelle est donc cette patrie ? Tu la connais : c’est évidemment la patrie des livres : les livres lus et aimés, les livres lus et honnis, les livres qu’on rêve d’écrire, les livres insignifiants qu’on a oubliés et dont on ne sait même plus si on les a lus »
[…] « Oui, disais-je, oui : je serai citoyenne de cette patrie-là, je ferai allégeance à ce royaume, le royaume de la bibliothèque. »
La plus secrète mémoire des hommes mêle les voix de ces trois narrateurs.trices, et reconstruit l’histoire de la famille d’Elimane dans un village sérère du temps de la colonisation, de son père qui disparaît dans la Grande Guerre, tirailleur sénégalais, du scandale littéraire causé à la parution du livre d’Elimane, de l’errance de ce dernier jusqu’à 2018 quand Diegane retourne au Sénégal en pleins troubles sociaux. Longue histoire qui se déroule pendant plus d’un siècle sur trois continents.
Histoire embrouillée parce que je n’ai pas toujours identifié les narrateurs : il m’a fallu parfois plusieurs pages pour deviner qui a pris la parole : Siga? Diegane? la poétesse? parfois le père de Siga. Je me suis perdue à plusieurs reprises. Le style très dense, touffu parois sans ponctuation ni respiration n’aide pas franchement le lecteur. Si j’ajoute encore que le narrateur principal, l’écrivain, est souvent prétentieux, verbeux et peu sympathique, cela n’incite pas à continuer la lecture du pavé (448 pages seulement mais cela m’a paru bien plus).
« Je sais que tu ne seras pas d’accord avec ce que je te dis : tu as toujours considéré que notre ambiguïté culturelle était notre véritable espace, notre demeure, et que nous devions l’habiter du mieux possible, en tragiques assumés, en bâtards civilisationnels, bâtardise de bâtardise, des bâtards nés du viol de notre histoire par une autre histoire tueuse. Seulement, je crains que ce que tu appelles ambiguïté ne soit encore qu’une ruse de notre destruction en cours. Je sais aussi que tu trouveras que j’ai changé, moi qui estimais que ce n’est pas le lieu d’où
il écrit qui fait la valeur de l’écrivain, et que ce dernier peut, de partout, être universel s’il a quelque chose à dire.
Je le pense toujours. »
Et pourtant c’est un roman très intéressant d’une part pour la réflexion sur l’écriture et la décolonisation, et pour l’aspect historique. Par ailleurs, la vie au village, les coutumes anciennes sont très agréables à lire. Si je n’ai pas accroché avec les personnages masculins que j’ai trouvé antipathiques, les femmes au contraire sont des personnages forts.
Par une belle journée d’Août, Maman a organisé un circuit pour montrer le Perche à des amis. Après avoir fait les honneurs du Vaurayet nous avons pris la route de Marcilly, minuscule bourg fleuri avec une petite église au joli porche roman et au clocher pointu.
La Fresnaye : loggia Renaissance
La Fresnaye est caché au bout d’une longue allée dans les arbres. La lumière du matin est parfaite pour les photos de loin mais le jardin et le château ne sont ouverts à la visite qu’après 13 heures (en semaine, comme le manoir est habité il ne se visite pas le week-end). Nous sommes revenus l’après-midi et avons suivi la visite guidée.
La Fresnaye tour et cour fleurie
Ce manoir serait un des plus anciens du Perche, remontant au XIVème siècle. Vers 1310, les seigneurs de Blandé édifient le logis, quadrilatère muni de créneaux et mâchicoulis. Au début de la Guerre de Cent Ans on la flanqua d’un donjon. Il fut épargné par les Anglais qui s’y installèrent en 1427. En 1501 le donjon fut coiffé d’un toit pyramidal. De riches transformations : Galerie Renaissance, deux tours d’angle, cheminées d’apparat en font un vrai château. Sympathisants protestants, ses maîtres furent bientôt ruinés et le château se dégrade. En 1750 les propriétaires nobles le quittent et des fermiers s’installent. Des travaux de restauration de 1977 à 2008 en font des ruines fleuries très plaisantes.
BELLEME
Bellême : ce qui reste du château porte Saint sauveur
Traversant Igé nous arrivons à Bellême. La ville close se trouve en haut d’une rampe. Au parking, une superbe vue sur les toits et l’église. Ce qui reste du château médiéval, une grosse tour et une arche est bien aménagé par des artisans et galériste. Les rues de la ville close sont bien restaurées. Nous n’avons pas le temps de nous y attarder. Maman a réservé au Restaurant à Mortagne et il est temps de reprendre la route.
Nous traversons la Forêt de Bellême . Attention au radar au Pin-la-Garenne ! Pour découvrir le Manoir de La Pellonière il faut faire un petit détour. Il ne se visite pas mais vaut le coup d’oeil.
Le Pin la Garenne : Manoir de La Pellonière
MORTAGNE AU PERCHE
Mortagne
Le restaurant de L’Hôtel du Tribunal mérite le déplacement. CLIC ici pour le site et les menus. C’est un restaurant gastronomique qui a une salle élégante et qui sert également dans un jardin fleuri. La carte propose des plats variés mais les menus font un clin d’œil au Tribunal, on peut choisir le gastronomique « Grande Instance » 56€ « Verdict » 39€ « Premier Jugement » 34€ et, en semaine, le midi la formule « le Référé » 17.5€ . Je choisis toujours le Référé qui propose sur une ardoise un assortiment varié surprenant d’entrées et viande chaude puis un café gourmand toujours . Comme Mortagne a pour spécialité le boudin, deux d’entre nous ont aussi pris un boudin maison avec un crumble de noix, jus de cassis décoré par des petites boules de pomme fraîche.
café gourmand
On pourrait consacrer une bonne demi-journée à la visite de Mortagne, le Musée Alain, le Musée du Perche, la belle église Notre-Dame, et nombreuses maisons historiques…
maison des comtes du perche 12ème siècle
Nous nous sommes contenté d’une promenade par cette belle journée dans les rues pittoresques : sommes entrés dans la cour de la Maison des comtes du Perche où nous avons la surprise de trouver un cheval de terre monté par des enfants. C’est un des sujets de l’exposition de la Sculptrice Fanny Ferré.
Mortagne : maison Henri IV
derrière des murs dépasse la Maison Henri IV .
Dans la Crypte Saint Andrénous retrouvons les personnages nomades de Fanny Ferré
Les nomades de Fanny Ferré
Ces sculptures sont installées dans toute la ville.
Le Pont Neuf et la Pompe de la Samaritaine sous Louis XVI
J’ai attendu avec impatience la réouverture du Musée Carnavalet. Et il semble que je n’étais pas toute seule : comme dans tous les musées, il faut réserver un créneau sur Internet, télécharger et imprimer le billet gratuit et se munir du Pass Sanitaire. L’entrée est gratuite (pas libre). Pour l’Exposition Cartier Bresson, c’est un billet séparé. Sauf à y consacrer la journée entière et à faire preuve d’endurance, l’après-midi ne suffit pas pour épuiser les collections permanentes et voir une exposition dans la foulée. Avec l’impression de survoler le tout, et de me perdre dans l’ordre des salles je n’ai vu que celles du premier étage. Il me faudra revenir pour la Révolution et le Moyen Age.
Carnavalet occupe tout un bloc entre la Rue Sévigné, la Rue des Francs-Bourgeois, la rue Payenne. On entre par la Cour d’Honneur ou Cours Louis XIV mais je découvrirai qu’il y a 4 cours, une petite Cour Henri IV(avec un jardin des simples), la Cour des Drapiers. Madame de Sévigné a occupé un des hôtels particuliers mais peu de souvenirs ont été conservés. C’est un des plus anciens musées de Paris : il a ouvert en 1880.
les enseignes
Une belle collection d’enseignes nous fait imaginer les rues de Paris avec les plaques de rues en calcaire gravé. L’étoile de David capte tout de suite mon attention : rien de juif, c’est le symbole des brasseurs, les deux triangles figurant les éléments composant la bière et les transformations. L’orme de Saint Gervais est le souvenir d’un arbre de justice.
la devanture de l’apothicaire contient flacon et pots à onguents en porcelaine.
Au plafond sont pendus des lorgnons, des fourchettes, au mur un homard.
Plusieurs tableaux et réclames utilisent des stéréotypes racistes : « A la Tête noire » pour un marchand de vin ou « au Nègre joyeux » dans un magasins de produits alimentaires venant des colonies.
Je monte au 1er étage en empruntant le monumental escalier de l’Hôtel de Luynes surmonté d’une galerie décorée en trompe-l’oeil.
Escalier de l’Hôtel de Luynes
Non seulement on a remonté des escaliers provenant d’hôtels qui ont été démolis mais on a reconstitué des appartements entiers avec boiseries, plafonds, tentures et mobilier.
Une série de salles fait revivre le Paris de l’Encyclopédie (1751 – 1788) d’Alembert nous accueille, et nous passons par les appartements de l‘Hôtel de Breteuil,entrée, salon et boudoir ovale. Le salon est meublé de tables à jeu (échiquier cachant un trictrac) table carrée pour jouer au pharaon, fauteuils divers, une harpe et même une niche capitonnée de bleu pour un chien minuscule. Un accompagnement sonore reconstitue l’ambiance du salon.
Différents tableaux, aquarelles et gravures, restituent les Jardins de Paris, le Jardin des Plantes avec la figure de Buffon, Parc Monceaucréé par Carmontelle, Jardin de Bagatelle, mais aussi des jardins oubliés comme ce Jardin des Marchands.
On célèbre le Spectacle des sciences avec le spectaculaire envol (et crash) des Montgolfières qui ont suscité des « objets dérivés » boutons, tabatières et éventails
J’ai découvert un peu plus loin (je me suis un peu perdue dans le dédale des salles) le fauteuil de Voltaire avec sa silhouette caractéristique équipé d’un écritoire et d’un pupitre. Nombreuses têtes, buste de Voltaire autour. Jean Jacques Rousseau en costume arménien fait le pendant au buste de Voltaire). un joli groupe en porcelaine blanche fait figurer Franklin. je suis contente de voir le palais que Beaumarchais s’était fait construire à proximité de la Bastille que décrit Orsenna dans sa biographie Beaumarchais : un aventurier de la liberté.
maquette de la Madeleine (à l’arrière Saint Sulpice)
Louis XIV, Louis XV et Louis XVI ont embelli Paris de nombreux monuments et places comme la Place Louis XV (place de la Concorde) dessinée par Gabriel. On démolit les maisons construites sur les ponts au XVIIIème siècle. De nombreux tableau témoignent des transformations. Des maquettes des projets de l’église de la Madeleine, et de l’Eglise Sainte Geneviève ou de Saint Sulpice montrent les projets. L’église Sainte Geneviève est devenue plus tard le Panthéon et la Madeleine ne fut terminée qu’après la Révolution.
Une salle entière est consacrée à l’architecte Ledouxqui dessina 47 barrières dans le mur des fermiers généraux (1762 -1795)
Les reconstitutions des appartements venus d’Hôtels particuliers sont spectaculaires mais mon parcours n’est pas toujours logique ou chronologique, c’est le seul défaut du musée.
je suis éblouie par le salon peint de fresques à grotesques de l‘Hôtel Colbert de Villacerf
Cabinet Colbert de Villacerf, grotesques et portrait de Mazarin
Impressionnants, solennels, ceux de l’Hôtel La Rivière (Place Royale) avec les décors de Charles Lebrun (too much!)
Décors Le Brun très chargésBoiseries de l’Hôtel d’Uzès
Toujours dans mes errances chronologiques j’ai découvert le 16ème siècle, Catherine de Médicis, Henri III, Charles IX Le Duc de Guise. Impressionnante procession de la Ligue
Procession de la Ligue
Et pour contraster avec cette peinture belliqueuse une fête populaire
Fête populaire
et ces petits métiers
petits métiers 18ème siècle
je me rends compte que ce billet est bien désordonné, surtout du point de vue de la chronologie. Telle fut ma visite. Ce musée est si riche qu’on s’y perd et je me promets d’y retourner d’abord pour voir les souvenirs de la Révolution, les témoignages du Moyen Age puis ultérieurement me limiter à une courte période et lire avec soin les cartels.
« Dans les villes de l’exil, te souviens-tu, se répète Alberto, nous parlions de l’avenir. toute ma vie, j’ai cru au progrès. Le sens de l’histoire éclairait notre attente, et même nos plus mélancoliques nuits étrangères. César a tort, le monde n’est pas foutu. Et pourtant, comment le nier, je sens ici que mon monde à moi est détruit.
Sur la plage, de plus en plus, Alberto se parle seul, à haute voix »
Je connais Maspéro depuis une éternité.
Editeur : Etudiante, je collectionnais les petits livres aux couvertures colorées : Nizan, Frantz Fanon, Louise Michel…égayaient mes étagères, égarés depuis, j’aurais tant aimé les retrouver.
Libraire : sa libraire était un repère de gauchistes, d’étudiants, lieu de rencontre de rendez-vous. Certains emportaient des livres sans les payer, on ne les aurait pas dénoncés. J’ai toujours trouvé minables ces larcins. Pour la lecture gratuite, il y a des bibliothèques.
Auteur : je ne l’ai lu que plus tardivement, Le Figuier m’a captivée.
Balkans-Transit, lu et relu, avant les voyages en Bulgarie, en Albanie, en Grèce, Roumanie.
Les Passagers du Roissy-Express, offert, prêté, chaque fois qu’amis ou connaissances se trouvent en panne de lecture.
Et voici que je trouve sur ma table de nuit de la chambre d’hôtes à Mauzé-sur-le-Mignon, La Plage Noire comme s’il m’était personnellement destiné!
Ce court livre se lit d’une traite (160 pages). C’est le plus littéraire des livres de l’auteur que j’ai lu. Une fiction qui se déroule dans un pays imaginaire. On pense à l’Amérique Centrale ou Latine. Un homme attend un visa pour partir rejoindre sa femme française à Paris. Il vit avec leur fille dans une maison de famille sur le bord de la plage noire, isolé, loin de tout. Ecrivain, journaliste, opposant politique, il n’ignore pas la menace mais se résout pas à l’exil.
Comme j’ai bien aimé la Patience de l’Impatience, polar corse, villageois j’ai eu envie de retrouver Diou Boccanera, détective et de la suivre dans une nouvelle aventure à Nice et dans les environs, jusqu’à la vallée de la Roya.
Il est bien sûr question de chiens, du chiot Scorcese, mais pas seulement. Et d’une vétérinaire suédoise qui intervient. Il y a aussi une histoire de passeur, passeur des Juifs pendant l’Occupation. Et comme c’est un roman policier, un cadavre et une disparition.
Le corps, trouvé par le chiot( il faut bien une cohérence) est celui d’un jeune Erythréen qui a été passé à tabac. La disparue s’appelle Melody, lycéenne, tout juste majeure. Fugue ou enlèvement? Sa mère confie l’enquête à Diou qui est détective privé.
Comme je ne veux pas spoiler, vous n’en saurez guère plus.
Mais si je dois en rajouter pour vous convaincre de le dire, sachez que Diou (comme moi) est fan de Camilleri et qu’elle lit Le Tour de la Bouéequand elle ne peut pas dormir. Vous rencontrerez des crapules (normal dans un policier) mais aussi de bien braves gens, un SDF allemand muet, et que le livre est dédié « Aux solidaires de la vallée de la Roya, d’Italie, de Nice, du Briançonnais et d’ailleurs »
Sur la route du retour : Niort par un beau soleil.
J’ai téléchargé l’appli Niort Marais Poitevin Tour sur le smartphone. Elle propose toutes sortes de renseignements pratiques et est très bien faite. Je recommande vivement. Parmi les itinéraires de promenades il y a un circuit Niort en 80 minutes que j’ai suivi à la lettre et qui m’a conduite dans le centre-ville « A la découverte du panorama architectural de Niort en un clin d’œil » . 14 étapes avec des explications écrites et commentaires amusants pour animer la visite.
Sèvre Niortaise
Nous trouvons un grand parking en face du Donjon ou Château qui est un double donjon avec deux hautes tour blanches.
Niort : Hôtel de Ville
la Préfecture et l’Hôtel de Ville (1897), le Palais de Justice rappelant un temple grec ne sont pas exceptionnels ni très originaux.
Niort : le clocher de Notre Dame
L’église Notre Dame gothique flamboyant avec sa si haute flèche qu’on dit que la fée Mélusine l’aurait construite m’intéresse plus. L’école de dessin fin 19ème s’inscrit dans la ligne de la préfecture et de l’Hôtel de ville, en peut être plus élégant. J’ai nettement préféré les anciennes maisons Henri II avec pinacles, échauguette et chérubin ailé. On arrive aux jardins de la Brèche qu’on n’a pas le temps de parcourir dans le temps imparti.
Niort pilori
J’ai aimé le Pilori (1530-1535) malgré son utilisation détestable avec ses colliers de fer pour tenir le délinquant qui était ainsi puni publiquement. Le logis d’Hercule rappelle que là se déclara le premier cas de peste en 1603, on arrive à la fin du parcours à la maison natale de Madame de Maintenon.
Niort Logis d’hercule
Promenade agréable dans un centre-ville animé. Rien d’exceptionnel (à part le château où j’aurais peut-être pu consacrer plus de mon temps). Au moins, nous pourrons avoir une idée plus précise de cette ville de Niort dont je ne connaissais que l’adresse de mon assureur.
Malgré une météo exécrable, nous partons pour la Baie de l’Aiguillon espérant des éclaircies au bord de la mer. Le trajet par le Marais passe par Marans, Puyravault,Triaizé,Saint Michel en l’Herme,L’Aiguillon et La Faute.
Tournesols sous la pluie
Sous le ciel gris, le Marais Desséché n’est pas pittoresque avec ses grandes cultures. Heureusement les tournesols donnent un peu de couleur, gorgés d’eau, ils penchent la tête et p,t une allure pitoyable.
A l’entrée de Marans, à l’arrière du cimetière, une église en ruines a belle allure, ogives gothiques et chapiteaux romans ; la nef a disparu mais le clocher est intact. J’avais un bon souvenir de Marans visité il y a quelques années lorsque nous étions à Sainte-Radégonde-des-Noyers à la Maison éclusière. Pressées d’arriver nous enjambons la Sèvre Niortaise sans nous arrêter.
Ecluse
Un peu avant Charron nous remontons vers le nord et trouvons les belles écluses sur le fleuve et les canaux qui convergent. Est-ce donc là les Portes à la Mer qui contiennent l’eau douce de la rivière et empêchent l’eau salée d’y pénétrer. Sur la plupart des rivières les écluses permettent la navigation. Dans le Marais, leur rôle est plus complexe. Elles permettent de réguler tout le réseau hydrographique. De nombreux pêcheurs sont installés sur les berges à proximité. Nous croisons de nombreux cyclistes bien courageux de pédaler sous la pluie.
A Puyravault, l’église templière est bien fléchée. A l’écart du village, dans le cimetière, se dresse une église toute simple d’une sobriété étonnante. Une seule voussure autour du portail. Seuls les modillons sont sculptés (il faut entrer dans le cimetière pour els voir). La Commanderie Templière qui restera attachée ensuite à l’Ordre de Malte participa à l’assèchement du marais jusqu’au XVII ème siècle. L’église est ouverte, elle a des vitraux colorés. Certains XIX ème rappellent l’histoire des Templiers. Une seule nef, un plafond assez bas, il règne une certaine intimité.
Nous suivons la route sous la pluie sans prêter attention au paysage. Sur al carte le maillage des canaux fait illusion. Le plus souvent on ne voit ni canaux ni fossés cachés par des tamaris ou invisibles dans les creux. De plus cette région est bien construite. On entre dans L’Aiguillon station balnéaire sans grâce, maisons sans caractère, attractions pour enfants, fête foraine, débauche de structures gonflables aux couleurs criardes jaune et vert où des adolescents s’exercent à des activités indéfinissables. Sans prendre garde, nous arrivons à La Faute avec le même urbanisme décevant.
marais maritime
Nous nous engageons dans la presqu’île espérant trouver des plages sauvages. Aboutissons à la Capitainerie d’un Port de Plaisance endormi ; on se croirait en hiver. Il n’y a aucune activité en dehors de joggers qui courent sous la pluie et des cyclistes qui passent sans s’arrêter. J’ai perdu le sens de l’orientation tant nous avons tournicoté dans les lotissements. Le GPS nous emmène à la Pointe d’Arçay où je fais une jolie promenade sur des planches à travers le marais maritime et les bassins des ostréiculteurs. J’arrive à un affût ; faute de jumelles je n’essaie même pas de chercher les oiseaux dont les silhouettes sont signalées sur les panneaux. Vent et pluie, ils sont bien cachés ! Non loin de là, se trouve la plage des Amourettes en face de l’entrée d’un camping.
C’est l’heure du déjeuner, Dominique n’a pas trouvé de restaurant avec le smartphone, plutôt si, à la Pointe de l’Aiguillon, mais c’est complet ! peu tentées par ce que nous avons vu à La Faute et à L’Aiguillon, nous décidons de retourner vers Esnandes et Marsilly voir ceux que nous avions repérés lundi. Mais c’est loin. Pas le temps d’arpenter la plage sauvage. Nous arrivons à 13h30 à Marsilly et nous attablons chez Les Moules Brothers. Ce n’est pas un restaurant chic, loin de là ! Plutôt cantine avec de longues tables vernies sous un auvent de tôle(heureusement puisqu’il pleut) . Service restauration rapide : commande au comptoir. Le serveur donne un plateau avec une corbeille de pain, les couverts, serviette et boissons plus un bipper qui préviendra quand les moules seront prêtes. Pour 11€80, on a une belle part de moules marinières dans une barquette en alu, une petite barquette de frites (maison, délicieuses pas surgelées, bien cuites), pain, beurre et une boisson. On mange avec les coquilles (ou les doigts). Les serveurs sont aimables ; à la fin on dessert soi-même en faisant attention au tri. Ce n’est pas grande classe, mais c’est bon et pas cher. S’il n’y a ni nappe ni vaisselle, ils ont fait des efforts de décoration avec des collages amusants sur les bâches qui entourent les viviers et les bassins ;
Eglise de Marsilly et arbre de la Liberté4
Je reprends le chemin côtier sur la digue jusqu’à Nieul/mer et retour jusqu’à Esnandes. 1h30 sous une pluie battante. J’ai décidé d’imiter Ecossais et Irlandais : ignorer superbement la pluie, « what a gorgeous day ! » . De retour à la voiture, je dégouline, il ne me reste plus qu’à enfiler la robe de plage de coton léger à bretelle et le maillot de bain (je rêve du pull irlandais en laine). Une polaire par-dessus la robe, quelle élégance ! au moins je suis au sec
Le soleil a décidé enfin de pointer ses rayons, pas question de rentrer ! Nous irons finir la balade des Falaises du Pertuis Breton jusqu’à la Pointe du Plomb. A Marsilly, il y a également une église fortifiée avec une tour carrée comme à Esnandes qui ressemble plus à un château fort qu’à un clocher. En face se trouve un Arbre de la Liberté planté en 1792 . Il a été récompensé comme « arbre remarquable » d’autant plus qu’il ne reste plus que deux spécimens vivants.
Fouras Pointe de la Fumée,, Fort Enet et Fort Boyard au fond île d’Aix
Comme hier, Dominique a réservé une table en terrasse à Fouras. Au restaurant l’Océan, près de l’embarcadère pour l’Île d’Aix, à la Pointe de la Fumée.
Comme nous sommes en avance nous en profitant pour regarder Ford Boyard et FortEnet construits sur des îlots proches de la côte mais noyés de brume. Oléron barre l’horizon au Sud-Ouest tandis qu’on devine vers le Nord le pont de l’Île de Ré, l’Île d’Aix est si proche qu’on voit les plages et les arbres. Je n’imaginais pas les îles Atlantiques si proches.
Fouras, la terrasse de l’Océan et les passagers qui débarque du bac de l’île d’Aix
La table réservée est idéalement placée, protégée du vent par une vitre et de la pluie par une toile. A la carte plateaux de fruits de mer, des poissons (chers). Nous commandons Moules marinières et moules au curry. Les moules marinières sont très simples, à peine d’oignon haché et du persil frais, excellentes. La sauce au curry est bonne mais on sent moins le goût des moules. Nous profitons bien de cette pause nécessaire dans la longue journée.
Fouras : le fort Vauban dans la brume
Une promenade longe la côte de la Pointe de la Fumée jusqu’à la première plage jonchée de débris de coquilles, je garde mes sandales. Des fortifications en béton ferment la plage.
Nous reprenons la voiture jusqu’à la Station Balnéaire de Fouras : Grande Plage, Casino, digue aménagée avec un manège, de belles maisons, mais parking impossible malgré le temps automnal c’est le 4 Août, la pleine saison ! Au-delà du Fort Vauban, château-fort médiéval dont le début de la construction date du XIV ème siècle, se trouve un grand parking et une promenade piétonnière le long de la falaise que je parcours pour découvrir une autre plage, la plage-sud bordée d’immeubles récents, beaucoup moins animée que la Grande Plage.
Fouras : la Grande Plage vue de la terrasse du fort Vauban
Evidemment je ne vais pas faire l’impasse sur le Fort Vauban occupé par le petit musée de Fouras.
Salle 1 : Géologie: jolies vitrines de fossiles, ammonites spicules d’oursins, bivalves. Une carte géologique de la région où j’apprends que la grand plaine céréalière est du Kimméridgien (Jurassique supérieur) , que le marais de Rochefort contient des îlots jurassiques tandis que le synclinal de Saintes est Crétacé
Salle 2 histoire militaire: 5ème siècle av JC arrivée des Celtes les Santons
58 av JC conquête romaine
1137 Aliénor d’Aquitaine épouse Louis VII, répudiée se marie à Henry II Plantagenêt
Fouras disputée pendant la Guerre de Cent Ans
Pendant les Guerres de Religion, le Château de Fouras sert de bases aux troupes royales. Quand Louis XIII décide le démantèlement de toutes les forteresses Fouras échape en raison de sa position stratégique. Vauban fortifie ensuite le site.
1829 Affaire des Brûlots(bataille navale avec l’Angleterre)
1871 Les Déportés de la Commune, 4416 passèrent par Rochefort. Ils furent enfermés à Fort Enet, Fort Vauban, Oléron Ré et Aix.
Salle 7 : maquettes de voiliers et tableau de matelotage
matelotage1
Ce que j’ai préféré c’est la vue de la terrasse d’où je découvre la presqu’île très découpée qui s’avance dans l’océan, les îles, les plages. Sur la Grande Plage on se baigne. Ma décision est prise : je vais me baigner aussi, même s’il pleut !
Toujours faute de parking (je n’ai pas envie de me promener mouillée dans l’air très frais) je choisi la plage Sud, très tranquille. Drapeau vert, deux nageurs et un gamin sur une planche de paddle sous les yeux d’un sauveteur. Pour tester la température de l’eau, je marche d’abord les pieds dans l’eau, jusqu’aux chevilles puis mi-mollets. Elle n’est pas froide. J’y vais. Ce que je ne savais pas c’est que les fonds sont vaseux et que l’eau est peu profonde. Je glisse et m’enfonce (réminiscence du mont Saint Michel). Quand je ange mes genoux traînent dans la vase. Comme d’habitude je nage jusqu’à la bouée jaune qui marque la limite de la baignade et va de bouée en bouée. Une averse s’abat timidement. Ce n’est pas gênant quand on est déjà dans l’eau. Cette baignade ne sera pas une baignade mémorable. Mais j’aurais regretté de n’avoir pas tenté !
10 heures, arrivée à Rochefort après moins d’une heure de route facile entre maïs, tournesols et champs de céréales moissonnés et labourés. Ciel gris, les nuages se détachent et laissent espérer une éclaircie.
La Corderie est en bordure de Charente, un peu à l’écart en dessous-du Centre-ville. Un parking bien pratique est séparé par un jardin public verdoyant. Derrière des murs, le Potager du roi que nous n’aurons pas le temps de visiter. Il faut descendre une belle volée de marches pour parvenir à la Corderie, très beau bâtiment classique en pierre de taille, 300 mètres de long pour confectionner les cordages de marine.
Vérification du Pass Sanitaire, une dame vaccinée, mais depuis quelques jours seulement, me cède son Pass Rochefort 20 € au lieu de 22€ ce qui m’épargne une longue queue. L’hôtesse me tamponne l’avant-bras, je pourrai ainsi circuler dans Rochefort sans avoir besoin de montrer e QR-Code. En revanche le masque est obligatoire en ville, en extérieur comme en intérieur.
La visite commence par une présentation audiovisuelle originale. Sur le grand écran des vagues sur la plage symbolisent le passage du temps tandis que deux personnages encadrés comme des portraits dialoguent depuis un mur.
1666, construction de la Corderie pour fournir des cordages aux vaisseaux de Louis XIV dans l’estuaire de la Charente. Le sol étant vaseux, on a recours à un architecte hollandais qui préconise, pour les fondations, une sorte de radeau de bois reposant sur des poteaux.
Les diverses guerres contre les Anglais, la colonisation du Nouveau Monde, de Québec aux Antilles fournissent du travaille aux cordiers.
La fin de la Marine à voile remplacée par des bateaux métalliques à vapeur sonne le glas de la Corderie en 1862. Elle sera affectée à d’autres usages : stockage des munitions, entre autres, et ferme en 1927.
1944, incendie par les Allemands, elle est ruinée.
Classée aux Monuments Historiques (1967) elle devra être complètement reconstruite et ouverte à la visite en 1986.
La suite de la visite est passionnante.
Démonstration
Partant du chanvre, vu sur écran seulement ; j’aurais aimé voir la plante ! Le chanvre est broyé dans une lourde machine qui ressemble un peu à un massicot qui n’aurait pas été tranchant. Les fibres obtenues sont nettoyées avec une espade ressemblant à une batte de base-ball puis peignée avec des peignes de bois portant de longues pointes ; Le fil sera ensuite filé. Les objets sont disposés dans des vitrines avec de nombreuses explications mais la démonstration de cordage sera plus parlante. Un jeune homme a posé deux chevalets devant une fresque d’époque. Sur chaque chevalet, 4 crochets permettent de fabriquer 4 torions (avec l’aide d’une petite fille qui va faire tourner le mécanisme avec beaucoup d’enthousiasme). Le Commettage va enrouler ensemble les différents brins pour former une aussière. Les grelins rassemblent plusieurs aussières. Les grelins permettent de remonter l’ancre.
maquette
On procède parfois au goudronnage des cordages pour les gréements dormants.
matelotage
Une autre démonstration est celle du matelotage, savoir-faire de marine ou l’art de faire des nœuds (mais pas que). L’outil à tout faire est l’épissoir. Il faut aussi un couteau. De nombreux objets sont présentés, suspension de lampes, bouteilles….
épissoirs
La suite du bâtiment est occupée par la très belle exposition de Federica Matta : Le Voyage des imaginaires.
Federica mata fresque
Un mur est occupé par une fresque racontant l’histoire de la corderie, commençant avec un soleil, figurant Louis XIV, puis la Colonisation, la Traite Atlantique, le Radeau de la Méduse, qui raconte aussi les naufrages des migrants actuels qui prennent la mer sur des embarcations incertains, la construction de l’Hermione, bateau rouge comme le sang pour que les marins ne voient pas le sang des blessures le tout relié par des vagues colorées. Des citations de Victor Hugo, Baudelaire, Glissant, Césaire.
Féderica mata : le radau de la méduse
J’aurais aimé prendre mon temps pour lire les poèmes (aussi illustrés sur des tableaux en face de la fresque) mais la visite a déjà été très longue et il me reste l’Hermione.
L’Hermione
l’Hermione
Quand nous sommes venues la première fois, L’Hermione était encore en chantier et n’avait pas pris la mer, cette année elle est revenue de ses lointains périples. On se presse pour la visiter. L’Hermione historique est née en 1778 dans la cale de Rochefort et a pris part à la Guerre d’Indépendance américaine du côté des Insurgents. La reconstitution se veut la réplique fidèle, à taille réelle, capable de naviguer. Si la construction initiale a duré 6 mois, la reconstitution en pris 12 ans parce qu’il a fallu retrouver les techniques oubliées et les outils correspondants.
Avant de monter à bord le visiteur traverse une exposition détaillée dans des barnums sur le quai de la cale. Menuiserie, charpente, gréements, on peut apprendre sur le chantier et sur la navigation du bateau. Après la visite de la Corderie je suis moins disponible pour ces considérations techniques. De plus, avec le Pass Sanitaire, la jauge limitant les visiteurs et permettant les gestes-barrière anti-Covid ne sont plus respectés. Il y a un monde fou comme dans le « monde d’avant ». On piétine, on se pousse, la queue n’avance pas. Le sens de circulation doit être respecté. C’est exaspérant de piétiner de longues minutes sans rien voir. Au bout d’une demi-heure je tente un retour, théoriquement impossible ; j’ai la chance de rencontrer un marin qui part pour sa pause et qui veut bien m’accompagner au portillon de sortie du personnel. Je m’échappe avec soulagement.