Le Tour du Périph’ Porte de Bagnolet au Pré Saint Gervais

VOYAGE METROPOLITAIN

Le Périphérique Porte des Lilas

On envisage le Périphérique comme la limite de Paris intra-muros, comme un anneau enserrant la ville et la séparant de la banlieue. Dans l’optique du Grand Paris, on peut imaginer une autre image : celle d’un rond-point irriguant aussi bien les deux bords de la route. Marion et une autre voyageuse ont fait au préalable l’expérience de Tour du Périphérique en voiture. Banale expérience qui se répète chaque matin quand les banlieusards partent travailler? Pas tout à fait, puisqu’elles ont roulé 3 heures à petite vitesse, Marion dessinant autour de l’anneau les bâtiments remarquables. Le Périph’ vu comme un monument!

parc jean Moulin – les Guilands

Le Voyage Métropolitain est une randonnée qui s’effectue à pied et en groupe, au rythme de nos découvertes et de nos bavardages. Cette édition est la deuxième étape, après celui de Mai de la Porte de Gentilly à celle de Bagnolet. Nous prenons la suite logique, nous retrouvons à la sortie du métro Galliéni, non loin d’un centre commercial sous les piles de béton de l’autoroute A3, à l’ombre des Tours Mercuriales. Comme l’endroit est bruyant et peu sympathique le groupe se dirige le long de l’autoroute et s’élevant sur la butte sur une promenade très verte entre les tours verticales du quartier de La Noue (à cheval sur Montreuil et Bagnolet). Après une jolie grimpette nous arrivons sur le plateau dans le Parc Jean Moulin – Les Guilands et nous regroupons sous la statue « A la santé de la Révolution »  d‘Ipoustéguy installées en 1989 pour célébrer le Bicentaire de la Révolution de 1789 . Après quelques recherches sur Internet, je découvre que la statue fait partie d’un ensemble plus complexe de bronzes. Cela me motive pour revenir. Une averse nous chasse pour venir s’abriter dans les sous-bois. 

Promenade dans Bagnolet

Bagnolet à l’ombre des Mercuriales

Le groupe descend du plateau dans le « village » de Bagnolet par des rues tranquilles bordées de pavillons ou plus animées commerçantes. Nous arrivons sur une place où l’architecture est vraiment hétéroclite. Et toujours les Mercuriales occupent le paysage. Nous nous rapprochons du périphérique caché dans l’exubérance de la végétation. les pluies incessantes de ce printemps (et de l’été) ont profité aux graminées, chardons, autres laiterons. Un drapeau malien attire mon attention : c’est le Consulat du Mali accolé à la jolie Mosquée de Bagnolet

Mosquée de Bagnolet et toujours les Mercuriales!

La rue est parallèle au Périph’, en regardant les plaques des rues nous constatons que nous sommes bien à Paris XXème. Le Périphérique ne sépare rien du tout, Paris s’étend bien des deux côtés.

jardins partagés, pour le plaisir des enfants qui ont fabriqué les épouvantails.

le XXème arrondissement, à défaut d’une grande production maraîchère peut s’enorgueillir de plusieurs dizaines de jardins partagés, certains ouverts au public. Nous avons enjambé le périph’ sans nous en rendre compte et suivons la rue Haxo

Trompe-l’œil, Caserne des pompiers rue Haxo

Cette promenade nous mène à l’Eglise des Otages à la façade de pierre devant une nef en béton. Ces otages sont des prêtres et des catholiques versaillais retenus par les Communards à la fin de la Semaine Sanglante, fusillés. Une plaque rappelle sur la Villa des Otages, un peu plus loin ce souvenir. Un facétieux a coincé derrière la plaque une petite boîte à musique qui joue le Temps des Cerises. Dans le quartier le souvenir de la Commune est encore vif, deux cortèges s’y sont croisés, l’un allait à l’Eglise des Otages, l’autre, beaucoup plus important au Mur des Fédérés. Des heurts se produisirent. Les Jeux Olympiques ont été l’occasion de la rénovation de la piscine  George Vallerey où se sont déroulées les épreuves de natation aux Jeux de Paris 1924. Par la même occasion on a piétonisé les rues y conduisant. 

Porte des Lilas : le Cirque électrique

le Cirque électrique a posé son chapiteau sur la dalle qui couvre le périph’. Cette randonnée autour du périph me fait penser à des points de piqûres à la machine à coudre, on traverse, on revient, on fait une boucle, on traverse, on revient….. Et chaque fois par des jardins bien verts, avec des belvédères pour surplomber la chaussée qui est sortie de son tunnel sous la dalle des Lilas. 

le regard du Trou Morin

De l’autre côté du Périph’ : le Pré Saint Gervais et le Belvédère Lente descente dans des rues tranquilles , puis par une ruelle : la Sente des CornettesEn bas une surprise : une fontaine : Le Regard du Trou Morin qui abrite une source Et par la plus grande chance le Fontainier, est présent avec sa clé (la même pour tous ces bâtiments). Un secret, la serrure est protégée par un cache qui doit pivoter. Nous avons la chance inouïe de pouvoir, un à un en longue file voir la source

source du trou Morin

 Le Voyage métropolitain se préoccupe souvent de l’approvisionnement en eau. Un terrain militaire dûment protégé cache les citernes, véritable château d’eau de Paris, eau apporté autrefois par l’aqueduc de la Dhuys. 

les sources captées au Pré Saint Gervais proviennent de l’aquifère, résurgence de la marne, elles ont été captées dès le XIIème siècle mais ne sont plus employées pour l’usage courant.

Le Pré-Saint-Gervais a tout un quartier occupé par une Cité jardin que nous traversons avec plaisir dans un luxe de verdure pour arriver à un quartier de pavillons aux jardins enchantés. Nous débouchons sur Pantin….

Roccapina – Pianottoli – La Tonnara – l’Ermitage de la Trinité

CARNET CORSE 2024

Roccapina : panorama

A la découverte des environs immédiats, à la recherche d’une belle plage pour se baigner…

Roccapina

Taffonu : abri sous roche

La petite route de Serraggia rejoint la T40 en corniche tout près de Roccapina. Le point de vue sur le chaos granitique est fantastique. Les rochers arrondis sont creusés en taffoni. Dans le  chaos granitique du Sidobre , les rochers avaient des formes bizarres ; le touriste croit reconnaître des animaux. A Roccapina ces formes fantastiques peuvent stimuler l’imagination mais quand ils sont creux, les rochers ont aussi servi d’abri sous roche pour les bergers. La maison cantonnière a été aménagée en musée, malheureusement fermé le dimanche et le le lundi. Un sentier d’interprétation descend à travers le maquis très dense mais sans indication de longueur ou de temps. Au parking deux cars déversent des touristes hollandais et le 3ème âge de Carpentras (selfies et commentaires navrant, au moins incompréhensibles pour le Néerlandais). Un essaim de motos sonorise les lieux. Les motards italiens contemplent la Sardaigne toute proche. La côte est très découpée. Nous nous arrêtons à chaque parking.

Roccapina : la Tour Génoise, le Lion de Roccapina, la plage

Pianottoli-Caldarello est le bourg le plus proche du gîte. Le Spar nous rendra service. Nous cherchons les plages en faisant un grand tour. On devine la mer mais pas les plages et on se retrouve revenues à notre point de départ. Echappatoire vers le port très tranquille dans une baie arrondie. Plaisanciers exclusivement, quelques gros voiliers, des catamarans. Un passage dans le grand parking mène à une mini plage à peine 1 m de sable orange, parfois moins le long du rivage. Aucun espoir de baignade : quelques dizaines de centimètres d’eau sur les rochers. Je me déchausse au plaisir de marcher dans l’eau. Une propriété privée interrompt ma promenade avec un grillage hostile.

Pianottoli- Caldarello port

La plage de la Tonnara.  de Ventilegne où se jette un petit fleuve malodorant et où s’ébattent les kitesurfeurs.

La plage de La Tonnara est à l’abri de petits îlets. Sur la plus grande île les goélands sont nombreux. Le sable est clair, l’eau cristalline, bleu lagon. Le restaurant  qui a installé sa terrasse nous fait bien envie. Nous reviendrons ! Le car de Carpentras y déjeune pendant que nous pique-niquons. Quand je vais me baigner ils se massent autour de la voiture bouchant la vue sur mer et surtout nous abrutissant de leurs inepties.

Ma baignade sera mémorable. Je parcours tranquillement le plan d’au abrité. Un vrai bonheur.

L’Ermitage de la Trinité

Situé sur un rocher portant une croix dominant le Capo di Feno en face de Bonifacio au-dessus d’une petite baie étroite comme un fjord. Le contraste entre le rocher granitique et les falaises calcaires est saisissant. Trois ermitages, une grande église du XIXème siècle san grand intérêt sauf les ex-votos, plaques de marbre qui tapissent la nef. Un petit ermitage se trouve dans une grotte. Sous de beaux arbres, des bancs entourent une grande table portant un très grand gâteau de nougatine. Mariage ou communion ? toute une famille est assise, les assiettes sur les genoux

La Passion de Maria Gentile – Maria Ferranti

LIRE POUR LA CORSE

Village de Pigna

 

« Maria Gentile, c’est l’Antigone corse. « 

J’ai écouté le podcast de RadioFrance : l’Expérience : L’Antigone Corse CLIC juste avant notre départ pour la Corse. Antigone est une figure qui me passionne et je ne rate aucune occasion de l’évoquer. Ma préférée est celle de Sophocle. C’est aussi un épisode tragique de l’histoire corse. 

En 1768, la République de Gênes cédait la souveraineté de la Corse à la France. Voltaire écrivait : « Il restait
à savoir si les hommes ont le droit de vendre d’autres hommes ; mais c’est une question qu’on n’examinera
jamais dans aucun traité.

Après avoir écouté le podcast j’ai cherché la pièce de Marie Ferranti

« En 1768, la République de Gênes cède la Corse à la France. Un an plus tard, la bataille de Ponte Novu met
un terme aux espoirs des Corses de demeurer indépendants. Malgré la paix, des jeunes gens, dénoncés pour conspiration, sont condamnés à être roués vifs et pendus, et les autorités interdisent qu’on leur donne une sépulture sous peine de subir le même châtiment. En 1769, Maria Gentile n’a pas vingt ans. Elle est fiancée à Bernardu Leccia, qui figure parmi les condamnés. Au péril de sa vie, elle passe outre à cet
ordre inique et enterre u so caru (son amour). Cette nouvelle Antigone devient ainsi une grande figure de
l’histoire corse et une héroïne de légende. »

La Passion de Maria Gentile est une pièce en cinq tableaux . 

La pièce ne se déroule pas dans le palais de Créon, pas de Dieux antiques, mais à Oletta, un village du Nebbiu . Les hommes ont été faits prisonniers, ou exécutés, certains ont pris le maquis. Au village, il ne reste que des femmes, certaines apeurées, certaines raisonnables, Maria amoureuse.

« Parce que nous étions amants. On sera comme ces amants dont parlait le vieux curé. Ils étaient prisonniers
sur un nuage de l’enfer. Ils se désiraient toujours et ne pouvaient jamais se toucher… Et elle ne l’avait pas
maudit, celle-là, son amour. Mais, moi, de ma bouche amoureuse est sortie cette malédiction. L’enfer serait
trop doux pour une amante comme moi. »

Tragédie antique, luttes héroïques mais aussi histoire d’amour.

travers ce personnage, je voulais faire l’éloge de la désobéissance face à la barbarie et celui de la révolte,
érigée en vertu.

Maria Gentile, Antigone, celles qui disent non seront toujours me fascineront toujours.

L’Île-Rousse sous le vent – Concert à Pigna

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Les vagues dans le pot de l’Île-Rousse

C’est la tempête : les lauriers roses se secouent furieusement. La mer est agitée. La voiture est chargée à 100 %, au moins, on ne gâchera pas la dernière journée à la borne ! Journée de révision à l’Île-Rousse. Dominique retrouve sa place au parking sous la tour génoise. Difficile d’ouvrir la portière et de marcher droit contre le vent. Les embruns mouillent. Même avec la parka, j’ai froid. Après la promenade au phare, en marchant en crabe dans les rafales je me fais copieusement arroser sur la digue qui relie l’Ile Pietra à l’Île-Rousse.

A quai, le Kalliste de la Méridionale embarque ses derniers passagers pour Toulon. Sur sa coque est peint un fil électrique t une prise dessinant un cœur autour de la planète. Kalliste serait-il un bateau électrique ? Wikipédia m’apprend que ce navire a été construit en 1992 en Finlande et qu’il est pourvu de quatre moteurs diésel. Quand j’arrive en ville, je vois le Kalliste s’éloigner sans avoir l’air gêné par les vagues.

L’Île-Rousse Place Paoli

Pour m’abriter du vent, je parcours les petites rues de l’Île-Rousse avec ses restaurants, ses boutiques plus ou moins élégantes. On vend des couteaux corses à des prix raisonnables. Sont-ils authentiquement corses ? Les prix en-dessous de 30 € m’en font douter. Il y a aussi des bracelets de corail assez bon marché pour éveiller les mêmes interrogations. Les cartes postales sont introuvables, la tradition est sérieusement mise à mal par les réseaux sociaux. Je n’en trouverai que de l’autre côté de la Place Paoli dans une belle librairie-papeterie. Ce n’est pas drôle de faire de lèche-vitrine sans rien acheter. J’ai besoin d’un bob mais  cause de l’inflation( ?) ils ont sérieusement augmenté. Des tout simples sont affichés 35 €. Pas question de mettre une telle fortune à l’eau puisque je compte me baigner avec. La vendeuse m’en trouve un très laid à 9€ avec une tête de maure, unitaille règlable avec un lacet à coulisse.

Sur la plage personne à l’eau à cause des vagues et de la fraîcheur.

Nous sommes retournées déjeuner au Via Mare où Dominique a repris le filet de Saint Pierre et moi, un ceviche de daurade.

De retour à Corbara, je tente de joindre l’hôtesse du prochain gîte qui m’a envoyé un Sms mais qui ne rappelle pas.  SFR m’informe qu’il n’y a pas d’abonné au numéro demandé. Hier, pourtant cela répondait. Je soupçonne une arnaque. Nous ne connaissons ni l’adresse du gîte, ni le nom de la propriétaire. Seul recours « Gérer la Réservation » avec le Service-Client de Booking.com. Presque 2 heures au téléphone pour obtenir une vraie personne et non pas une voix électronique qui me demande de taper 2, ou 3….Je demande des garanties, puis un relogement. L’opératrice de Booking est très compréhensive et efficace. Pendant qu’elle cherche un logement de remplacement les SMS défilent en haut de l’écran. L’hôtesse de Serraggia s’est « réveillée », elle envoie un nouveau numéro de téléphone de contact, des photos, le téléphone de son amie qui nous recevra demain. Il n’y aura pas de relogement mais notre confiance est ébranlée.

Je suis bien énervée. Une bonne marche me calmera.

le Couvent de Corbara

Ce soir, à 18h30, à l’auditorium de Pigna, il y a un concert de Polyphonies Corses. 3 km seulement séparent notre gîte de Pietralta à   Corbara de Pigna par la route. Il existe aussi un sentier pédestre mais je n’ai pas le temps de le chercher et j’ai peur de me perdre. Après la sortie du village, la route est bordée de tombes monumentales et de mausolées. Dans la lumière du soir, les marbres blancs prennent une teinte dorée ou rosée. Le grand Couvent de Corbara surplombe la route. Il accueille des fidèles pour des retraites. On voit bien les plages d’Algajola de Pigna.

Pigna vue de loin, de la route

Pigna est construite dans un creux, je ne la découvre qu’au dernier moment, adossée à une autre colline. C’est un tout petit village qui a banni les automobiles cantonnées au parking. Les ruelles sont pavées de cailloux arrondis. Des artisans travaillent dans les ateliers-boutiques. J’ entre chez la fabricante de boîtes à musique peintes à la main. L’église est fermée comme la chapelle au toit de lauzes. Le restaurant et les cafés sont ouverts. Le village semble exclusivement vivre du tourisme.

ruelle de Pigna

A Cumpagnia est en résidence à Pigna. Cinq musiciens entrent sur scène, deux jouant de la guitare, deux du violon, le cinquième plus âgé est en retrait assis, à ses pieds toutes sortes d’instruments à vent de sa fabrication, un en corne, d’autres en bois avec une drôle de forme. Il a aussi une très petite guitare, sorte de mandoline à la caisse coupée à plat. Le clarinettiste est aussi percussionniste. Les parties instrumentales du concert occuperont une grande place dans le spectacle.

Les chants sont chantés en solo, ou en polyphonie a Paghjella (chant à trois voix, parois la basse est doublée)

Les explications sont passionnantes. Le groupe fait revivre des chants anciens du XIXème ou du XXème, comme cette lettre d’amour d’un condamné au bagne pour une vengeance. Traditions rurales : chants de métiers, chant du muletier ou lamento du châtaigner ou de l’olivier. Jeux où participaient les villageois : la moitié du village jouait les envahisseurs sarrazins tandis que l’autre moitié jouait les défenseurs. La dernière razzia date de 1805 et le souvenir reste encore vif dans les villages. A Corbara la m^me femme fut enlevée à deux reprise pour finir femme du Sultan.

A côté de ces chants ruraux laïques ils interprètent aussi les chants sacrés des Franciscains que – bizarrement j’apprécie plus que les chants corses – Ils sont en latin que je comprends à peu près en tout cas mieux que le Corse. Pour chanter ces chants sacrés, 4 chanteurs se regroupent au fond de la scène dans la quasi-obscurité. C’est très impressionnant. J’ai du mal à applaudir à la fin ; Applaudir la Messe ?

Pour terminer le spectacle, ils ont choisi des chansons plus légères, plus entraînantes,  comme ce « chant d’accumulation » sur le principe de « alouette, gentille alouette »mais ici on mange le merle.

Fin du concert 20h15. Aurais-je le temps de rentrer au gîte avant la nuit. Je marche d’un bon pas sur la route. Le coucher de soleil au-dessus d’Algajola est parfait. Pas un nuage. J’aimerais m’arrêter pour le contempler.9 heures sonnent à A Nunziata. J’arrive à 9h05, il fait encore clair.

Corbara sentiers du Patrimoine

CORSE 2024

Le village de Corbara

Nous sommes si bien sur notre terrasse de Corbara que nous y retournons déjeuner.

L’après-midi sera consacrée à l’exploration du village et de ses sentiers.

La Boucle de Carbunghja (3.5km, 1h30, 170 m de dénivelée) propose de découvrir le patrimoine de Corbara. Le départ du sentier se trouve à quelques dizaines de mètres du gîte, bien signalé par un poteau portant une flèche jaune. Le chemin empierré et fleuri de chardons mauves descend sous les ombrages de petits chênes verts et conduit à une fontaine qui coule en permanence. Le bassin de pierre est empli d’une eau verte.

A Nunziata

Après la fontaine la pente est moins rude. Je suis le balisage jaune et bleu et arrive presque au niveau de la mer dans un lotissement de maisons neuves avec piscines : Carbunghja, pas palpitant ! Il faut alors remonter tout ce que j’ai descendu, au début sur le goudron, c’est rude. Etrangement, quand la route devient piste puis sentier, même avec une pente plus raide, c’est plus facile. Je gagne la petite chapelle blanche cubique Pierre et Paul dans un virage à l’entrée de Corbara. Le sentier s’élève droit vers le sommet du village, passe devant la grande maison blanche avec son pigeonnier, un palazzo, un sentier plat me conduit ensuite dans des ruelles entre les maisons accrochées à la pente. Enfin un escalier va à la Chapelle des Sept douleurs qui se dresse à contre-jour presque noire sur un ciel pommelé. Fermée. Le sentier de crête va aux ruines du Château Guido. Je croyais que l’imposante construction face à notre gîte que je dessine chaque matin, où Paoli, furieux de n’avoir pas pu prendre Algajola, avait décidé la fondation de l’Île Rousse était le Château Guido. Pads du tout. Les ruines sont au sommet d’une autre colline, au-dessus de l’impressionnante A Nunziata qui s’impose dans le paysage.

la Chapelle des Sept douleurs

L’ »épicerie-dépôt de pain » est sur le versant opposé, assez haut ; sur une ardoise sur le bord de la route on peut lire la liste des plats cuisinés aujourd’hui avec un numéro de téléphone. J’appelle : « Reste-t-il du pain ? -Oui, de la baguette, mais je n’ouvre qu’à 17 heures » Il est 16h40, je renonce à la baguette.

Excellente surprise : notre hôtesse nous offre le chargement de la FIAT. Elle nous a prises en pitié, coincées sur la terrasse. Ce n’est pas une punition, mais quand même. J’appréhendais la manœuvre, simplissime encore. La fiche correspond à n’importe quelle prise de la maison. Mais la durée de charge est impressionnante : 8h11 alors que le compteur affiche déjà 65 %. Charger la nuit nous convient très bien. Il faut une prise accessible dans le garage et un propriétaire consentant. Oserons-nous nous rebrancher une autre fois ?

Ce soir la visibilité est très bonne. On distingue les côtes niçoises à l’horizon.

Algajola

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Algajola citadelle

Soleil et vent. La mer est agitée, les petites crêtes blanches soulignent le bleu outremer. Sur la route qui descend à l’Île Rousse, un panneau indicateur « Algajola » nous interpelle. Nous rejoignons la T30 en direction de Calvi. Nous dépassons une petite zone commerciale (comment peut on construire une horreur pareille en pleine campagne ?), on oblique vers la mer, passe la voie ferrée. Justement le petit train est en gare, tout neuf, tout pimpant.

Le village ancien se blottit autour de l’église et de la citadelle. Les hôtels s’alignent le long du rivage, un 3* ; le reste des 2*. La citadelle et les environs sont des meublés touristiques. Bars et restaurants occupent des placettes ombragées, sympathiques pas du tout tape-à-l’œil. Leds prix les mêmes que partout.

Dominique gare la voiture à la plage, derrière des tamaris. Je longe la côte, passe sous des arcades, parviens à une promenade qui arrive au bastion de pierre.

Un peu d’histoire :

D’après le Guide Vert, la fondation de la ville est phocéenne, d’après un site corse, phénicienne.

Au XVIème siècle, Algajola fur la capitale administrative de la Balagne. Le château-forteresse fut érigé en 1531. Site de la guerre contre les Français (Henri II) . En 1559, reprise par les Génois. Résidence du gouverneur de Balagne

En 1620 le port était le second de l’île en importance.

En 1643, Algajola fut saccagée par les  Ottomans.

1764, la citadelle devint française

1767, passe aux mains des Corses.

Paoli fonda l’Île-Rousse, furieux de ne pas avoir pu entrer dans Algajola.

Nous n’avons pas vu le monolithe, colonne de porphyre qui devait servir de support à la statue de Napoléon.

Après la promenade dans cette petite ville, j’arpente la belle plage de sable coupée par un enrochement de granite qu’il est formellement interdit de grimper dessus. Il faut faire le tour d’une résidence hôtelière très bas de gamme (les chambres sont installées dans des sortes de baraquements). La belle plage de 1.5 km de long est déserte. Sable blanc assez grossier. Un restaurant de plage a installé ses tables sur le sable. Au bout de la plage, un très gros rocher de granite évoque la carapace d’une tortue.

Il ne sera pas dit que, malgré le vent frais je ne me serai pas baignée. Après avoir joué avec les vagues je me lance à nager et me retrouve, sans m’en rendre compte déportée près des blocs au bout de la petite plage.

Le Parc de Saleccia

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Saleccia parc fleuri

Le parc de Saleccia ouvre à 9h30, il est très fréquenté? même hors saison. Pour me promener au calme, je ne suis pas l’itinéraire proposé et déambule au hasard.
Promenade instructive : les végétaux sont étiquetés avec de nombreux panneaux explicatifs. Je révise les fleurs jaunes du littoral au feuillage argenté : Cinéraires maritimes, Hélichryses d’Italie (Immortelles de Corse), Armoise annuelle (Artemisia). Les immortelles sont encore en bouton tandis que les Cinéraires nous réjouissent de leur jaune éclatant.

A retenir également : le nom des buissons : les Filaires en grosse boules, le l’Alaterne (Rhamnus).

Je recopie les panneaux présentant les arbres méditerranéens : oliviers et oléastres, amandiers, mûriers blancss, Lentisques, Laurier roses…je l’avais déjà fait à notre précédente visite en 2018 mais copier retient mieux mon attention. Ce jardin me fait penser à celui du Rayol de Gilles Clément en moins exotique. Le Parc de Saleccia est le résultat de 38 années de travail . l’incendie de 1974 a détruit 17 communes et réduit en cendres le domaine. Depuis lors huit incendies se sont déclarés en 30 ans. Le thème « après le feu » est présenté. Les plantes pionnières sont d’abord les Asphodèles – pyrophytes favorisées par le feu. Ensuite viennent els Cistes dont les graines résistantes à la chaleur germent après l’incendie. Le maquis Lentisques, Myrtes, Arbousiers., s’installera après. C’est la nature du sol qui distingue le maquis de la garrigue, maquis sur un sol siliceux, garrigue sur un sol calcaire.

La lutte contre l’incendie est une lutte sans fin. Une association « Sauvez Saleccia » surveille le démaquisage qui est la condition nécessaire pour que le feu ne se propage pas au sol. Noté au passage, la résistance au feu des mûriers blancs et le rôle incendiaire des hélichryses dont l’essence très volatile attise les brasiers.

Armoises

Je parviens à une rotonde charmante : comme les rayons d’une roue, partent des petits jardins de part et d’autre d’une allée de galets, séparant chaque jardin, une petite fontaine. L’eau ne s’écoule goutte à goutte d’un petit canal terminé par une tuile ronde. De ce rond-point part une allée de lauriers roses. Une allée des quatre fleurs réunit Euphorbes roses, helichryses, agapanthes (pas encore en fleurs) .
du jardin cultivé, je passe à un bois de chênes verts puis à une oliveraie. Noté aussi que les oliviers ne sont pas plantés mais greffés sur des oléastres.

hélichryses

Je découvre enfin une très grande pelouse verte figurant la Mer Méditerranée et sur ses bords les différentes flores. Une rive figure aussi la Californie(climat méditerranéen, les Canaries. Bien sûr une « île » représente la Corse.

 

Cette promenade enchantée a duré deux heures. J’aurais pu rester encore plus mais j’ai le projet de rentrer à l’Île Rousse par le sentier littoral qui relie en une heure de marche le Parc Saleccia à la Plage de l’Île Rousse. Pour le trouver il suffit de traverser la route T30. Le sentier est fléché en face du parking. Ce joli sentier côtier traverse malheureusement une zone urbanisée en fin de parcours.

Pique-nique sur le parking de l’Île Pietra.

Pendant que Dominique charge la FIAT500e à l’hôtel Escale-Port  je vais me baigner jusqu’à un rocher qui ressemble à un aileron de requin. La charge ne dépasse pas 73% à mon retour. Décourageant!

les villages de Balagne

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Belgodère : village perché sur son arête

Circuit orange Guide Vert p 136

Belgodère

T30 (route de Bastia) jusqu’à Lozari pour monter à Belgodère (310 m), village perché sur une arête. Vraiment pas au point ! L’église Saint Thomas est ouverte. Je l’avais visitée autrefois et découvert une Vierge des 7 douleurs à la poitrine transpercée d’épées, un bras de bois dépassant de la chaire. Cette fois-ci je n’ai rien remarqué d’extraordinaire.

Un café -restaurant sur la palce de Belgodère

La place du village est occupée par deux terrasse de cafés-restaurants très décorées et occupés par des bandes de motards bien bruyants qui s’y retrouvent. Une ruelle entre deux maisons conduit au fort construit sur un rocher. C’est une belle montée par ruelles, escaliers, marches, couloirs qui semblent conduire à une maison particulière mais qui la contournent par des passages dérobés. Les maisons sont fleuries. Du fort, il ne reste qu’un mur.  Le panorama sur la montagne et les villages environnants est intéressant.

le rocher a&u sommet du village

Le circuit est annoncé dans le Guide Vert 70 km, il ne nous reste que 130 km d’autonomie sur la FIAT500e. Est-ce fiable ? Je me suis félicitée de la facilité du branchement mais la capacité baisse.  A l’entrée du village, près de la Poste, il y a bien une borne mais ce n’est pas le réseau e-Motum, il faut scanner un QR-code, ouvrir un compte dans une autre société. D’ailleurs on ne sait pas où se trouvent les bornes de la concurrence et surtout je n’ai aucune idée de combien on va payer… et surtout, pas d’Internet dans le village !

Occhiatana

Un joli petit village (245 ha) perché. Pendant ma promenade dans les ruelles étroites et désertes je ne rencontre que des chats. L’église est fermée. Pendant l’été seulement trois messes y seront célébrées (sauf circonstances exceptionnelles), la dernière le Août !

Ville-di-Paraso

Ville-di-Parso église Saint Simone

Après un petit pont, un panneau signale un moulin. Je descends de voiture. Le moulin est occupé par des chambres d’hôtes. Tout est bouclé avec un cadenas. Je devine un jardin soigné derrière les grilles mais ni moulin, ni ruisseau. Un sentier pédestre et cycliste passe juste le long du grillage. Je m’y engage pour voir d’en haut et arrive à une sorte d’édifice hydraulique qui enjambe le ruisseau ? Sur ‘l’autre rive, un mausolée coiffé d’une coupole est poétiquement fleuri de hauts lys blancs. Le sentier mène alors à une énorme église blanche à la façade baroque posée sur un imposant perron à gradins. C’est l’église paroissiale Saint-Simone (XVIIIème s.). Elle est dotée d’un clocher à quatre étages portant une horloge. A côté se trouve le petit bâtiment tout simple des confréries. Située sur son promontoire de l’autre côté du ruisseau Regino, elle semble bien éloignée du village et bien grande aussi ! Un grand mur enclos une propriété énigmatique. Je suis ravie de cette découverte non signalée par le Guide Vert. Au retour par le petit sentier je dois laisser passer un groupe de cyclotouristes (des retraités pour la plupart). Je pensais que seuls des gamins casse-cou emprunteraient un parcours si étroit et si pierreux et accidenté !

Ville di Paraso – palazzo dans les pins

Au village, une borne e-Motum est installée dans le vaste parking moderne sous le village. Dominique y reste pendant que j’explore le village et que je vais au ravitaillement. Sous des cannisses, la terrasse de la pizzeria est très animée. Ce sont sans doute des voisins qui se réunissent parce qu’on n’y sert rien à midi. Un peu plus loin se trouve l’école, la Mairie, un bureau de Poste et l’»épicerie communale » où je trouve des biscottes (pour le pain, il aurait fallu commander la veille). On y vend de tout même des pêches et des abricots appétissants mais durs.

Fontaine cachée

Tout est tranquille, seuls les chats sont dehors. Pour meubler le temps de la recharge électrique je monte des escaliers, en descends d’autres ; découvre des passages, des arches, une jolie et très fraîche fontaine. Les ruelles sont pavées. Des roses épanouies débordent des murs. Les premières figues toutes molles(immangeables) tombent au sol. Je trouve le ruisseau qui fait de petites cascades. Avec toute l’eau qui ruisselle, les fleurs en abondance ce serait le paradis comme le suggère le nom !

Il fait très chaud au parking sans ombre. En une heure, la recharge est à peine de 10 %. Il va falloir songer à raccourcir le circuit.

Speloncato

Spelooncato : les nuages s’accrochent

Speloncato  est beaucoup plus animée que sa voisine. La place de la Libération avec ses deux bars, est  peuplée de motocyclistes (encore !). Je cherche la fontaine derrière les engins et les voitures. L’église Saint Michel est ouverte. Elle est peinte à fresques. L’orgue Saladini de 1821 attire mon attention. Il est orné de peintures délicates où alternent instruments de musique et scènes avec des personnages ; je reconnais Saint Michel à qui est dédiée l’église. Dans la circulation cycliste, j’ai raté la Pietra Tafonata – rocher percé qui produit une éclipse deux fois l’an.

l’orgue Saladini

Encore une promenade pour gagner le sommet du village par des marches, des passages couverts, ruelles et couloirs (j’ai l’impression que je me répète). Le passage est assuré par une rampe de fer qiu doit être indispensable les jours de pluie quand les pierres sont glissantes. J’arrive à un énorme rocher autour duquel fleurissent des aloès jaunes du meilleur effet. La table d’orientation indique les principaux sommets au dessus de 1000 mètres jusqu’à 1300m. Dans le creux, le barrage de Codole sur le fleuve Regino  fait un  petit lac. Forêts de chênes et oliveraies tapissent les creux.

Après le pique-nique, la D63 traverse Feliceto où nous trouvons la D13qui nous ramène à Corbara. Le circuit prévu par le Guide Vert était plus long mais nous avons les yeux rivés sur le pourcentage de charge électrique restante et l’autonomie de la voiture. Au lieu de visiter Sant’ Antonino nous retournons directement à la borne de l’hôtel Escale-Port ? préférer la recharge à la visite d’un des « plus beaux villages de France », quelle misère ! Pendant que Dominique patiente à la recharge j’en profite pour me baigner sur la belle plage de l’Île Rousse que je longe à la nage aller-retour. L’eau est presque tiède (19-20 degrés), le ciel, voilé.

Nous achetons des farcis au « marché corse » au bord de la route, fraises et clémentines

L’Île Rousse

CARNET CORSE 2024

L’île Rousse la tour génoise sur l’île de la Pietra

Par un clair matin, nous descendons directement au Port. A mi-chemin de la digue qui relie l’île à la ville, entre la gare ferroviaire et le port, je réserve une table en terrasse pour midi, au restaurant Via Mare. Dominique entre temps a trouvé le parking idéal sous le phare. Vue panoramique, petit vent frais.

Le phare sur l’île de la Pietra

Une promenade est aménagée : un cheminement agréable en enrobé clair entre les rochers de granite rose. Les fleurs égaient les rochers nus : coquelicots, grosses touffes jaunes des Cinéraires maritimes aux épaisses feuilles découpées argentées qui semble de velours, à ne pas confondre avec les Immortelles de Corse encore en boutons au feuillage plus léger, petites vipérines bleu violacé intense.

Les promeneurs sont nombreux : des femmes en groupe en tenue de randonnée échangent des recettes de cuisines, des joggers pour la course du dimanche matin, touristes de toutes provenance. Le phare est petit tout blanc coiffé de vert. Au retour, je remarque la tour génoise ronde.

A la gare, la foule attend le train des plages qui longe le rivage et va jusqu’à Calvi. Nous l’avions pris autrefois. Il est très pratique et évite les problèmes d’accès et de parking. Le long de la muraille paoline, la promenade est fleurie et ornée de statues. Le long de la mer, elle continue. La Petite Sirène verte sur son rocher semble éplorée avec sa chevelure trempée qui cache son visage.

La petite sirène de l’île Rousse

les rail du train courent le long de la promenade isolant les terrasses des bars et des restaurants.

La grande place Paoli est bien calme. Le marché est cantonné à la halle couverte : charcuterie Corse, fromages fermiers, fruits et légumes, miel et vin. Il y a 6 ans un marché de vêtements était installé sur la place  j’avais acheté un maillot de bain, je me réjouissais d’y faire des emplettes. Cette fois-ci, pas de vêtements. Je vais faire un tour dans les deux rues commerçantes pour trouver un T-Shirt.

Ce dimanche matin, la plage est bien animée. Le sable est blanc avec un liseré rose là où la vague vient mourir – corail ou sable rose ? Il fait un peu frais pour nager. Des femmes en tenue de bain font du longe-côte amical plus bavard que sportif.

Nous fêtons mon anniversaire au restaurant Via Mare : mojito, poke bowl au thon cru, avocat, mangue, betterave rouge et riz. Dominique a commandé de très beaux filets de Saint Pierre sur un socle rond d’écrasé de pomme de terre et un lit d’épinards. Pour finir une glace délicieuse.

Il faut charger la voiture électrique. Deux bornes e-Motum se trouvent à l’Hôtel Escale-Port dans la rue en face du restaurant. Je redoute ce moment. A la réception de l’hôtel aucune aide à espérer, la dame ne s’en occupe pas. La manœuvre est simplissime : il suffit de passer la carte e-Motum devant le lecteur le la charge démarre. En revanche, l’hôtesse de Hertz a menti  20 minutes auraient suffi selon-elle. Au bout d’une heure la charge est montée de 70% à 80% et nous allons en perdre en revenant au gîte. Pendant que Dominique reste à la borne, je retourne à la plage et regrette bien de ne pas avoir de maillot. La température a monté et maintenant on se baigne.

la petite chapelle à l’entrée de Corbara

Nous passons le reste de l’après-midi sur notre belle terrasse à préparer les excursions de la semaine. A 20h50 ; le coucher de soleil se prépare. Le ciel est rose, orange. Les nuages empêchent de voir la chute finale mais ils sont très jolis.

A l’Ombre des jeunes filles en fleurs : 3ème partie – les voilà les jeunes filles!

LECTURE COMMUNE MARCEL PROUST AVEC CLAUDIALUCIA

logo de la lecture commun

« Seul, je restai simplement devant le Grand-Hôtel à attendre le moment d’aller retrouver ma grand’mère, quand, presque à l’extrémité de la digue où elle faisaient mouvoir une tache singulière, je vis s’avancer cinq ou six fillettes, aussi différentes, par l’aspect et par les façons, de toutes les personnes auxquelles
on était accoutumé à Balbec, qu’aurait pu l’être, débarquée on ne sait d’où, une bande de mouettes qui exécute à
pas comptés sur la plage — les retardataires rattrapant les autres en voletant —  une promenade dont le but semble aussi obscur aux baigneurs qu’elles ne paraissent pas voir, que clairement déterminé pour leur esprit d’oiseaux

Une bande de mouette, des esprits d’oiseaux, ce ne sont ni des caractères d’ordre intellectuel ou moral qui les distinguent.

« Et n’étaient-ce pas de nobles et calmes modèles de beauté humaine que je voyais là, devant la mer, comme des statues exposées au soleil sur un rivage de la Grèce? »

Nobles et calmes?

Voire.  Elles exécutant un saut effronté au dessus d’un pauvre vieillard épouvanté,  effleurant même sa casquette.

 » C’pauvre vieux, y m’fait d’la peine, il a l’air à moitié crevé »,dit l’une de ces filles d’une voix rogommeuse et avec un accent à demi-ironique. « 

Le narrateur, garçon bien élevé, respectueux des personnes âgées, des relations de sa grand’mère, n’est pas choqué par cette démonstration. Au contraire, il est séduit. Echafaudant toutes sortes de théories, il les imagine fréquentant des coureurs cyclistes, les hippodromes….

Toutes ses pensées, ses promenades, son emploi du temps seront dirigées vers un seul but : faire leur connaissance.

Le bonheur de connaître ces jeunes filles était-il donc irréalisable?

La rencontre avec Elstir, le peintre va permettre de faire leur connaissance. L’esprit tout occupé de ces jeunes filles en fleur, notre héros repousse la visite au peintre, n’osant pas s’éloigner de la digue où elles pourraient passer. Occasion pour Proust de belles digressions sur la peinture… 

« Et avec le regard dédaigneux, ennuyé et frivole d’un amateur ou d’une femme parcourant, entre deux visites mondaines, une galerie, je me disais : « c’est curieux ce coucher de soleil, c’est différent, mais j’en ai déjà vu d’aussi délicats, d’aussi étonnants que celui-ci ». j’avais plus de plaisir les soirs où un navire absorbé, fluidifié par l’horizon apparaissait tellement de la même couleur que lui, ainsi que dans une toile impressionniste, qu’il semblait aussi de la même matière, comme si on n’eût fait que découper son avant, et les cordages en lesquels elle s’était amincie et filigranée dans le bleu vaporeux du ciel.
Parfois l’océan emplissait presque toute ma fenêtre, surélevée qu’elle était par une bande de ciel bordée en haut
seulement d’une ligne qui était du même bleu que celui de la mer, mais qu’à cause de cela je croyais être la mer
encore et ne devant sa couleur différente qu’à un effet d’éclairage. »

Etudes de nuages, harmonies de gris et rose dans le goût de Whistler…

Tout absorbé à conquérir les jeunes filles, le narrateur en vient à négliger Saint-Loup. Comme auparavant ses « amours » avec Gilberte, la cour qu’il fait à ces jeunes filles me paraît convenue, peu sincère, je ne sais pourquoi. Son amitié avec Saint-Loup ses fréquentations de Charlus me semblaient avoir plus de consistance.