En hommage à Jacques Prévert

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Maison de Jacques Prévert à Omonville-la-Petite

Prévert est venu à la Hague en 1930, et il y est revenu régulièrement. En 1970 il achète cette maison à Omonville-la-Petite où son ami Trauner , le décorateur de cinéma,  en possédait une. Il y a fini ses jours et il est enterré dans le petit cimetière du village.

Eglise et cimetière d’Omonville-la-petite

Dans la maison peu d’objets  rappellent Prévert. A l’étage on a reconstitué l’atelier où il travaillait, dessinait, faisait des collages. Les pièces sont donc occupées comme salles d’exposition. En ce moment, l’exposition met l’accent sur l’oeuvre cinématographique de Jacques Prévert et de son frère. Photos de tournages, affiches de films, distribution et acteurs. C’est un cinéma que je connais mal. Je connaissais (comme tout le monde) Prévert poète et les chansons sur des textes de Prévert, moins son rôle dans le cinéma.

jacques Prévert

je ne connaissais pas du tout son oeuvre graphique ou ses collages

Jacques Prévert : collage

Beaucoup plus émouvant que la maison : le jardin en hommage à Prévert .

jardin en hommage à Prévert

Caché dans un vallon humide sur le bord d’un ruisseau, dans un endroit que le poète aimait beaucoup sa femme et ses amis ont commencé les plantations dès 1981 . Des écriteaux signalent parfois à quel ami de Prévert correspond tel arbre, tel endroit. Des poèmes, des bribes de poèmes, sont dispersés ça et là. C’est le jardin le plus naturel, le plus fantaisiste, le moins ordonné qui soit. Le propriétaire m’avait prévenu : après la pluie, il est très glissant. « méfiez vous des petits ponts de bois » . Du bois humide, j’ai un cuisant souvenir, j’ai franchi les petits ponts avec un maximum de précautions, pour m’étaler dans la gadoue d’un chemin alors que j’avais une parka blanche tout juste sortie de la machine à laver.

J Prévert et son ami A Trauner30

Pointe de la Hague : Phare de Goury et Port Racine

BALADE NORMANDE – COTENTIN

le phare de Goury

Les prévisions météo étaient exécrables :  pluie et même orage .  C’est notre dernier jour de vacances, nous ne renonçons pas à nos projets. Et nous avons bien fait.

Nous connaissons maintenant bien la route de la Hague : par Les Pieux, Helleville et son calvaire que des plaisantins avaient masqué de rouge, démasqué aujourd’hui, Vasteville et ses belles maisons de pierre, ses vergers de pommiers. une sorte d’autoroute va tout droit sur le Centre de Stockage des déchets nucléaires ANDRA. Usine menaçante avec ses blocs colorés, ses cheminées. On l’oublie vite en obliquant à Jobourg. 

Par prairies et bocage, nous approchons de la mer. Les murettes de pierre remplacent les haies. On se croirait en Irlande (selon moi) à Guernesey (selon Dominique).

Pharre de Goury et murettes

Le Phare de Goury  est mince, haut , en mer à 800 m de la côte, aujourd’hui entouré de crêtes blanches. Le soleil presque violent donne un éclairage cru : prés très verts trop verts, bateaux colorés dans le petit havre. Le Port de Goury est dominé par la  construction octogonale des Sauveteurs en Mer. Quelques bateaux mais pas de voiliers. Sur le port, l’Office de Tourisme et un restaurant.

le petit port de Goury

Nous continuons la petite route pour trouver le GR en direction d’Ecalgrain. Il est d’abord goudronné et conduit à un groupe de maisons très fleuries. En chemin je photographie les jardins potagers : rangées de poireaux, tomates énormes, choux, haricots ; les artichauts sont terminés, desséchés. Un troupeau de vaches normandes au pré nous rappellent que nous sommes en Normandie. A l’arrière, des rochers géants aux formes tourmentées se détachent sur le ciel. La dernière maison est presque un manoir avec tourelles et toitures de schiste, girouettes et faîtières.

Le GR devient un étroit sentier qui court dans une entaille dans les épineux (les ronces portent des mûres). La végétation devient ensuite plus rase, les bruyères d’un rose éclatant. le sentier court en balcon au dessus de la falaise. 

Port Racine

Port Racine

 

Un peu plus loin (en voiture) se trouve le « plus petit port de France »  : Port Racine qui doit son nom à un corsaire qui venait s’y abriter : François Médard Racine, né à Hattainville en 1774 devient corsaire sous Napoléon. En 1813, il aménage une jetée de pierres qu’il faut réparer à chaque tempête. La carrière du corsaire s’acheva en 1819 quand il périt entre Guernesey et Saint Martin. 

Le port actuel date de 1870-1876 et la jetée sud fut achevée en 1886.

Ce midi, à marée basse, les barques reposent sur le sable. Tout un système de cordes tendues entre les deux jetées les retiennent.

Port Racine : barques et cordes

Un peu plus loin, il y a une plage de galets .

Pour pique-niquer nous choisissons l’ Anse Saint Martin,  plage de galets abritée à l’eau étonnement transparente et tranquille : pas une vague. La limpidité est sans doute expliquée par la présence de galets. L(au est tentante : un jeune allemand sort d’un camping car et fait la planche, puis une dame. 

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La peinture métaphysique de Giorgio de Chirico à L’Orangerie

Exposition temporaire du 18 septembre au 14 décembre 2020

la Récompense du Devin

Giorgio de Chirico est né à Volos en Thessalie où son père, ingénieur a construit une voie ferrée de Miliès dans le Pélion jusqu’à Volos. Ce détail a son importance parce que les trains sont très présents dans les tableaux ainsi d’ailleurs que la figure du père. La mythologie grecque est aussi source d’inspiration pour le peintre : Centaures et Prométhée sont le sujet de tableaux de jeunesse (que je n’ai pas beaucoup appréciés) dans la première salle de l’Exposition, face à des tableaux de Böcklin rappelant le passage du peintre à Münich où il a étudié.

Peinture métaphysique (l’expression est d’Apollinaire et peut être philosophique quand De Chirico s’attache aux pas de Nietzsche à Turin. travail pictural, sur le temps, l’Eternel Retour, les arcades de Turin. De Chirico choisit comme décor une ville vide, intemporelle pour des figures énigmatiques.

De Chirico : la Nostalgie de l’Infini

« L’abolition du sens en art, ce n’est pas nous qui l’avons intentée. Soyons justes, cette découverte revient au polonais Nietzsche, et si le Français Rimbud fut le premier à l’applique dans la poésie, c’est votre serviteur qui l’appliqua pour la première fois dans la peinture. »Giorgio de Chirico 1919

De Chirico : La Conquête du philosophe

De Chirico arrive à paris le 14 juillet 1911. En 1913, il est découvert par Apollinaire, exposé dans la galerie de Paul Guillaume. Il rencontre Picasso.

Portrait de Guillume apollinaire – portrait prémonitoire avec la cible?

Une série de tableaux marque l’arrivée du mannequin

De Chirico : Le Voyageur sans fin

et le le Vaticinateur

Le Vaticinateur

Ce mystérieux personnage est un devin, un mannequin auquel le peintre s’identifie comme le laisse penser le tableau sur le chevalet représentant une ville en perspective. Le personnage adopte une improbable position : la tête de face, les épaules de 3/4,  et les jambes de profil. Sa tête lisse porte un bandeau, un oeil unique, une cible, l’œil rappelle celui que les anciens peignaient sur les bateaux pour se prémunir du mauvais sort.

Ferrare : dialogue muet entre différents objets, absurdité?

En 1915; l’Italie mobilise, Giorgio de Chirico et son frère, le peintre, Alberto Savinio rentrent en Italie. A Ferrare,  il va peindre une série de tableaux sur la Grand folie du monde

Ferrare : au centre un thermomètre, un poisson dans une boîte….

En 1918 les peintures de De Chirico font face à celles de Carrà et Morandi qui utilisent les mêmes figures du mannequin et des objets, même codes pour une peinture métaphysique

madre e figlio

la figure du mannequin peut aussi être une référence à la deshumanisation que la Guerre a causé, aux gueules cassées et aux prothèses pour réparer les dégâts du conflit.

Morandi

De Chirico peint aussi des intérieurs métaphysiques :

Intérieurs métaphysiques

La peinture métaphysique qui a séduit Breton et les surréalistes s’arrête au début des années 1920, De Chirico choisit un retour à une expression plus classique. l’exposition ne rend pas compte de l’évolution ultérieure de la peinture de ce peintre qui vivra jusqu’en 1978.

 

Vauville : jardins et château

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Jardin botanique de Vauville

Continuant la Route des Caps vers le nord qui n’est pas une route bien définie mais une succession de très petites routes, presque des chemins creux étroits et goudronnés où il est difficile de se croiser reliant des hameaux et des villages aux belles maisons de pierre. Nous traversons donc Siouville, Heauville, Vasteville et Biville.

Le marais de Vauville vu du mirador de la route de Thot

 De là, nous descendons sur Vauville par l’étroite Route du Thot,qui traverse un petit aérodrome herbu puis descend raide jusqu’à un mirador d’où nous dominons les marais de Vauville. une pièce d’eau aux contours ondoyants occpue le centre de la zone humide. Un peu plus loin, les dunes herbues ont des reliefs compliqués. Encore plus loin les vagues se déchaînent à l’assaut de la longue plage de sable. Succession de crêtes blanches jusqu’au large. Presque la tempête. Des écriteaux préviennent que des amphibiens, crapauds,  tritons et salamandres protégés sont susceptibles de traverser la route pour rejoindre leur lieu de reproduction dans l’étang du marais et enjoignent les automobilistes de ne pas les écraser; Fin Août, la période de reproduction doit être terminée, seuls les escargots se promènent. 

le jardin botanique de Vauville

Fougères et bassins

Selon l’écriteau de la billetterie, prévoir 1 heure 15 pour visiter le jardin. je décline le prêt d’un parapluie qui me gênerait pour les photos. Visiter un jardin sous la pluie n’est pas désagréable, cela devient une habitude même depuis l’Ecosse et l’Irlande. Il me semble que les plus beaux jardins se visitent dans des contrées pluvieuses.

Le plan donné à l’accueil s’avérera bien utile pour s’orienter dans les 5 hectares du parc aménagé en 20 chambres de verdurequi communiquent les unes avec les autres par des cheminements scénographiés. Abrité par la colline de 200m d’altitude, tempéré par présence de la mer et du Gulf stream à 300 m, protégé par des masses d’arbres robustes qui font brise-vent, le jardin bénéficie d’un microclimat qui a permis l’acclimatation d’une végétation tropicale et exotique. Planté dès 1948 par le parfumeur-voyageur Eric Pellerin, c’est un véritable dépaysement que cette promenade qui commence dans un Théâtre de Bambous se prolonge dans une palmeraie (il y en a même deux, une haute palmeraie et une autre plus basse, Cyprès et eucalyptus ont pour certains été plantés dès 1950 et forme un bosquet d’arbres impressionnants protégeant les végétaux les plus fragiles des vents froids. On passe par l‘allée des hydrangeas, encore bien fleuris alors que rhododendrons et camélias n’offrent que leurs feuillages vernis et brillants. 

Bain d’oiseau

Jeux d’eau avec le Bain d’oiseau, ou l’abreuvoir et son petit canal, jardin d’eau ou bassins des gunéras

Gunéras aux feuilles énormes, fougères arborescentes donnent une impression d’étrangeté.

Au hasard de la promenade on découvre le petit château dans son écrin de verdure.

Château de Vauville

C’est vraiment une promenade enchantée qui vous retient bien plus que l’heure et quart annoncée. Une petite angoisse : comment sortir de ce labyrinthe? Même avec mon plan j’ai dû m’y reprendre à plusieurs fois avant de trouver la sortie.

Ce qui fait la beauté du jardin, c’est la présence de grands arbres qui ont pris leur temps pour s’épanouir, certains ont plus de 70 ans. Trois générations de jardiniers ont construit étape après étape au cours des années un ensemble impressionnant et fantaisiste.

Flamanville – sentier en balcon jusqu’à Sciotot – Dielette – pique-nique à Siouville

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Flamanville : sentier côtier et bruyères

Flamanville! On pense à la !centrale nucléaire, mais ce n’est pas tout.

Flamanville  est aussi un massif granitique intrusif dont j’ai étudié le métamorphisme de contact et visité, étudiante, lors d’une excursion géologique. Nous avions traqué dans les cornéennes  les effet de ce métamorphisme, traqué les grenats. Dans les collections du laboratoire de SVT de Schweitzer, nous avions une boite de galts à grenats rapporté de Dielette par isabelle, ma collègue. 

le sentier côtieautour du massif offre une très belle promenade suspendue. Ne voulant pas renouveler l’expérience de Jobourg en sandale, j’ai donc chaussé lez chaussures de randonnée et sorti le bâton de marche.

Parc du château de Flamanville

La balade n°24 du guide Chamina part de l’église du village (comme à l’accoutumée). A côté de la tour du mur d’enceinte du Château, une petite porte blanche est ouverte. les randonneurs traversent le parc pour arriver devant la façade (1656-1660). Au XVIIIème siècle le châtelain construisit un pavillon pour accueillir jean Jacques Rousseau qui ne l’occupa jamais. De côté, on passe u  porche et on arrive dans un parc plus rustique où un gîte d’étape est installé (la vie de château!).

Château de Flamanville

La route derrière le château mène à la Centrale nucléaire finalement assez bien cachée dans un creux jouxtant le port de Dielette. L’itinéraire lui tourne le dos. Le GR longe la côte à travers des buissons épineueux (prunelles, ronces, ajoncs). De temps en temps il y a une belle échappée sur la mer et les îles Anglo-normandes. Le sémaphore n’existe plus. Le bâtiment d’habitation a été transformé en restaurant panoramique « Le Sémaphore » qui a même des chambres. La balade devient aérienne ; lesentier est aménagé avec des marches dans les passages délicats. 

Sur l’écran du téléphone l’heure de Grenwich se superpose à l’heure européenne. Impossible d’appeler Dominique, une voix artificielle m’informe en anglais que mon correspondant est injoignable. Je décoche les données mobiles, on ne sait jamais.

Sentier des douaniers : rochers et galets

Le GR arrive dans l‘anse de Sciotot : grande plage de sable avec des bancs rocheux, schistes et cornéennes. je descends chercher des galets à grenat, sans en trouver; je tenterai ma chance à Dielette. 

Plage de Sciotot : cornéennes20

Dielette

Dielette est le petit port d’où partent les vedettes pour les îles anglo-normandes. Brexit et Covid ont réduit à néant le trafic. Le port est vide. Le vendeur de vins et spiritueux attend sur le pas de sa porte ..Beaucop de bateaux de plaisances sont à quai mais aucune animation.

En revanche, côté centrale nucléaire, les parking sont pleins. comme ils sont nombreux, ceux qui y travaillent!

Une pluie drue se met à tomber. Pour la chasse aux galets, c’est raté.

Nous pique-niquons sur un parking sauvage (et sableux) à Siouville. Les diplotaxis jaunes donnent un peu de couleur. Les îles anglo-normandes ont disparu de l’horizon (ou peut être mes lunettes sont embuées). Crevettes roses et salade de la mer.

Autour de Pirou : château féodal et plages

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le château de Pirou

Des écriteaux aux environs d’Agon signalent des « Zones Conchylicoles« . Justement nous nous proposons de faire un dîner de moules marinières. Nous entrons donc dans une de ces zones conchylicoles : hangars, vastes cours où des engins et camions peuvent manœuvrer, parkings, parfois des bassins de ciments pour les huîtres. Où sont donc les parcs à huîtres et les bouchots? Pour les trouver nous allons sur la plage. Marée haute : on ne voit rien, vraiment rien. peut être ces 4 bateaux qui stationnent un peu plus loin? 

Plages

Plage pieux

Une file d’enfants suivant leurs moniteurs arrivent sur le sable. Étrangement, ils sont tous noirs. Suis-je transportée au Sénégal? Ils sortent du VVF voisin installé sous de grands thuyas beaucoup plus agréable que les villas étriquées de Coutainville-Agon, traversées ce matin. On a planté deux rangées de pieux sur le sable, ou plutôt des poteaux du diamètre d’un gros arbre.Protection de la dune et de la plage de sable?Fortifications de la seconde guerre mondiale? Conchyliculture?  Aucune explication.

On achète 1.5 kg de moules et des crevettes roses.

Plage et cale

Quelques kilomètres plus loin vers le nord, une belle route conduit à une grande rampe en ciment qui traverse la plage, à côté il y en a une plus courte. Probablement pour la mise à l’eau de bateaux ou pour la descente ds tracteurs des conchyliculteurs? La mer a baissé, laissant une large étendue de sable mouillé. Aucune trace de bouchots ou de parcs à huîtres à l’exception des coquilles quand j’arpente le sable d’une finesse très agréable sous mes pieds. Dominique a perché le siège « metteur en scène » sur la rampe. Une méhari blanche arrive avec tout un mécano de tiges et de roues qu’un homme déplie. En quelques minutes on reconnaît un char à voile.

Le château de Pirou

Pirou douves donjon

le château de Pirou est un très joli château-fort situé sur une île artificielle au milieu d’un étang qui lui procure des douves très vertes avec les lentilles d’eau. On passe d’abord trois arches de pierres correspondant à des fortifications . Le rôle du château était la protection du havre, mouillage intéressant pour les bateaux à fond plat comme ceux des Vikings. Tout d’abord un fortin de bois, la forteresse fut édifiée en pierre après la 2ème Croisade (1149). La famille de Pirou garda le château jusqu’au XIV ème siècle.

Pirou chapelle

Autour du château, on peut visiter quelques bâtiments : la boulangerie, le pressoir à pommes d’une taille impressionnante dont la vis de bois actionne une poutre à section carrée à l’arrière du’une plateforme carrée. La chapelle   possède un beau plafond en berceau rappelant celui de l’église de Port Bail, construit en 1649. les statues polychromes des saints locaux sont d’âges variés du XVème au XIXème. Deux belles épitaphes attirentl’attention des passants : « PASSANT ARRESTE TOY…. »

La Salle des Plaids désigne la Salle de Justice (plaids comme plaideurs, ou plaidoyers… et non pas comme une couverture écossaise). On y expose la Tapisserie du Pirou

Tapisserie du Pirou

A l’instar de la Tapisserie de Bayeux qui raconte la conquête de l’Angleterre, la tapisserie de Pirou raconte l’arrivée des Vikings dans le Cotentin et la  conquête par les Normands de l’Italie du Sud et de la Sicile. C’est une histoire que j’ai étudié l’an passé lors de notre voyage dans les Pouilles et en Calabre. Comme la Tapisserie célèbre, une longue bande brodée se déroule sur les murs de la pièce. mais ce n’est pas une oeuvre du XIème siècle, elle a été brodée 1976 et 1992 par Thérèse Ozenne qui a étudié la tapisserie de Bayeux pour reproduire les mêmes points à l’aiguille. 

Pirou chemin de ronde

On passe un petit pont et la poterne pour arriver dans la basse-cour plantée d’un grand châtaignier et d’un vieux poirier. Visite en sens obligatoire (Covid19 oblige) dans le logis et jusque sur le chemin de ronde. C’est une belle visite et j’aurais aimé y consacrer encore plus de temps.

Rando à la Pointe d’Agon

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Le sémaphore de la Pointe d’Agon

Certains termes géographiques  me fascinent ; les pointes à la mer, et les cols en montagne…malgré les 50 km qui séparent Surtainville de la Pointe d’Agon, nous choisissons ce circuit n°30 dans le Guide Chamina, empruntant la route directe D. 650 qui évite bourgs et plages.

L’église d’Agon

Arrivée à 10 heures à Agon- Coutainville. La promenade commence devant l‘église d’Agon. Agon est le vieux village. Son église Saint Evroult, XIIème siècle, possède un clocher carré, tour massive, dont le sommet est peint en blanc pour donner un amer aux marins. De l’église, je devrais rejoindre la mer par le Chemin de la Haule qui conduit au Club de Voile. Je traverse un quartier de résidences secondaires plutôt modestes et sans grâce ni style construites serrées où les allées de cailloutis l’emportent sur les plates-bandes et les massifs, déprimants. le sentier côtier s’est écroulé et a été dévié un peu plus haut dans la dune à la limite des mielles (nom donné dans la Manche aux plaines de sable voisines de la mer, et dont une partie est cultivée). Prairies de prés-salés, champs de carottes, poireaux. Marche facile, la déviation est bien balisée mais le trajet monotone sans grand intérêt. 

je retrouve Dominique au premier parking proche de l’eau, puis continue le chemin piétonnier qui traverse une pinède avant d’arriver au Sémaphore. Sur le bord de la route se trouve un curieux alignement de mégalithes, pierres de granite taillées et dressées qui ne doivent rien à la Préhistoire mais qui ont été installées par un sculpteur normand en 1976. Monument à la mémoire d’un poète normand Fernand Lechanteur. «  enterré à Agon-Coutainville. Un monument à sa mémoire, de 32 pierres levées en granit, agencé en forme d’esnèque, gravées notamment en Fuþark et simili-runes, est inauguré le , à la Mielle de la pointe d’Agon. » (Wikipédia) Ces dalles de granite gris taillées grossièrement et gravées rappellent la carène d’un bateau. Les motifs des bateaux vikings dessinés me font penser au Voyageur du Soleil de Reikjavik.

le phare est bas, trapu. il illumine la passe du havre de Regneville dont le trafic atteignit jusqu’à 30 navires par an, comprenant des navires anglais et même norvégiens. 

Après le second parking, la flèche sableuse avance encore dans la mer, couverte d’oyats et de buissons.

Le GR 223 passe au pied du phare et traverse des étendues sèches aujourd’hui mais inondables couvertes de salicornes et d’immortelles violettes. le sentier contourne le marais à la limite des pâtures (refermer le portillon) et des bois. D’après la carte j’avais imaginé marcher a bord de l’eau. Nenni! le marais est couvert de hautes herbes, l’espace compris entre le sentier et le bord de l’eau est très étendu.

Mais c’est un joli endroit pour un pique-nique.

Le GR s’enfonce ensuite en sous-bois pour rejoindre le Mont Morel et un hameau de belles maisons de pierre.

 

Pique-nique à Port Bail

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Port Bail

Circuit N°27 du Guide Chamina

Mardi, jour de marché à Port Bail. Un joli marché alimentaire occupe le centre du village. J’y trouve une grosse poignée de tomates-cerises et une baguette craquante et chaude pour accompagner le pâté.

L’emplacement pique-nique idéal se trouve de l’autre côté du pont sur le bord du havre. Grand vent : on reste dans la voiture. Marée haute : les mielles  ou prés salés verts sont parcourues de chenaux remplis par la mer. Deux épaves sont couchées, la coque de bois laisse paraître des jours. Au lion, on voit les treize arches du pont et la silhouette massive du clocher de l’Eglise Notre-Dame avec sa tour à section carrée coiffée d’une petite pyramide pointue.

épave

Quand nous avons fini de déjeuner, un vent puissant a chassé les nuages et le soleil éclaire tout le village.

Eglise Notre-Dame et exposition

L‘église Notre-Dame (XIème siècle) possède de très beaux chapiteaux romans XIIIème siècle et un plafond de bois en berceau XIVème. La tour est qualifiée par Wikipédia de tour fortifiée : elle a servi de tour de guet ainsi que d’amer pour les marins. Désacralisée, c’est maintenant un hall d’exposition. En ce moment, on y présente des oeuvres métallique en étain plié (genre grosses cocottes en papier), ou découpé en gros crabes ou des panneaux ornés de poissons. Décoratifs, sans plus, je ne suis pas convaincue.

Port Bail possède une autre église Saint Martin au bout de la place où se tenait le marché. 

Baptistère de Port-Bail (6ème siècle)

Le baptistère (VIème siècle) est à l’écart du village, derrière la Mairie. Il est protégé par un curieux auvent couvert d’ardoises. C’est un grand bassin rond en briques, presque une piscine. on baptisait alors les adultes par immersion, de préférence dans l’eau courante.

Le circuit Chamina devait nous conduire à la plage puis dans le marais; la plage ne nous inspire pas. Nous préférons rentrer plus tôt pour profiter de la belle plage de Surtainville.

Moulin de Fierville-les-Mines

Le Moulin à vent de Fierville-les-Mines est à 6km de la route 650. nous nous enfonçons dans les terres dans une belle région de bocage vallonnée. Ce moulin de 1744 est en parfait état de marche. Son toit en forme de poivrière est mobile. Lorsque nous arrivons, un groupe de visiteurs le fait tourner. C’et surprenant de le voir pivoter. Malgré le vent très fort, les ailes ne sont pas déployées. Il est fonctionnel et moud blé, épeautre ou sarrasin. Des animations sont proposées aux visiteurs, on peut même faire son pain. On peut aussi déjeuner aux Cuisines du Moulin. 

Sur la plage de Surtainville, impossible de faire face au vent qui soulève le sable sec et nous cingle. Nous tentons notre chance à la plage du Rozel un peu plus abritée où je fais une courte promenade pieds dans l’eau. 

Rachel et les siens – Metin Arditi

Depuis longtemps j’ai envie de lire Metin Arditi  et découvrir cet écrivain. La sortie de Rachel et les Siens est aussi l’occasion d’un voyage littéraire dans ce Proche Orient. Ce livre est dédié A la mémoire de Martin Buber ce qui a piqué ma curiosité. 

Saga familiale qui s’ouvre à Jaffa en 1917 et qui se déroule à Tel Avivjusqu’en 1938, puis à Istanbul pendant la Guerre, et enfin à Paris, Genève  pour s’achever à Jaffa en 1982.

Quelle personnalité singulière que celle de Rachel : 

Elle était née en Palestine ottomane. Elle avait vécu son adolescence et une partie importante de sa vie d’adulte
sous mandat britannique… Lorsque l’État d’Israel s’était constitué, elle avait déjà émigré de Turquie pour la
France

Juive de langue arabe, ayant passé son enfance dans une maison où cohabitaient deux familles pour une même cuisine, les parents de Rachel et ceux de Mounir, des Arabes chrétiens. Mounir et Rachel, frères et soeur de lait et inséparables. La première crise correspond à l’arrivée d’Ida, la petite orpheline de colons ashkenazes, suivie de l’avancée des Anglais. L’harmonie et la coexistence entre Juifs et Arabes de Jaffa est menacée. Les parents de Rachel doivent quitter le quartier. Ils se réfugient dans un kibboutz où ils apprennent l’hébreu, découvrent le sionisme et le théâtre. La vision égalitariste, le travail manuel ne les séduisent pas spécialement, le théâtre, en revanche sera la vocation des deux sœurs ; Rachel qui aimait raconter des histoires sera dramaturge, et Ida, actrice! Au kibboutz, théâtre et agitprop se confondent souvent. Les pièces de Rachel seront politiques et dérangeantes! Rachel ne sera pas un auteur à succès en Palestine. 

« Elle n’était pas faite pour le succès. Son monde était celui des naïfs, de ceux qui s’accrochent à des principes
plutôt qu’au goût du jour. À ce qui dérange plutôt qu’à ce qui plaît. Il fallait qu’elle pense à faire autre
chose, au lieu de gratouiller en vain des piles de cahiers dans l’espoir de voir un jour l’une de ses pièces montée. »

Le sujet qui lui tient à cœur est la coexistence des Juifs et des Arabes et elle adapte le sujet des Perses d’Eschyle

Pour raconter le retour de Xerxès en Perse après sa défaite à Salamine, Eschyle crée le théâtre contemporain : il
se met dans la peau du vaincu. Il veut comprendre ses émotions, son humanité. Il m’a semblé intéressant de
décrire les réactions d’un groupe de Juifs qui s’apprêtent à monter la pièce d’Eschyle, de comparer la situation
des Grecs après la bataille de Salamine à celle qui pourrait un jour être celle des Juifs en Palestine.
…….
Et si ce sont les Palestiniens qui perdent la guerre, comment les traiterons-nous ? Avec l’humanité de ceux qui
ont connu l’exil ? Ou avec l’arrogance des vainqueurs, dont parle Eschyle ? »

Avec son mari Karl, elle suit la mouvance intellectuelle de Martin Buber et Brit Shalom :

« Ce n’était pas une question. Brit Shalom, le mouvement de Martin Buber, qui prônait la constitution d’un État
binational, avait été un échec.

Karl, ils étaient des dinosaures de la cohabitation entre Juifs et Arabes, elle le savait. Le mouvement avait tenu
quelques années. Puis, avec l’afflux d’immigrants et le succès d’une Tel-Aviv toujours plus grande, plus forte,

les velléités de coexistence avaient été balayées. Elle n’arrivait pas à écrire autre chose que des pièces à contre-
courant. « 

Cet aspect du livre m’a beaucoup intéressée. Il m’importe de ne pas occulter cette histoire des idées, le sionisme n’a pas toujours été monolithique, ses mises en cause ne sont pas vraiment mises en évidence.

Vient le drame (non! je ne vous raconterai pas tout!) et Rachel suit Maurice Saltiel à Istanbul. C’est là qu’elle découvre l’antisémitisme et la persécution qu’elle n’imaginait pas . L’Empire Ottoman avait été accueillant pour les Juifs des siècles durant…Mais il s’agit de nationalisme turc, et de persécution des minorités.

De la déportation de son mari, elle tirera encore une pièce difficilement représentable.

Elle se marie à Paris avec un ancien collabo, un homme délicieux, mais…antisémite.

Elle écrira l’histoire d’un homosexuel qui a aimé un allemand. Encore un sujet difficile! …

Décidément Rachel se trouve souvent en porte-à-faux. Sa vie et son théâtre seront  toujours à contre-courant.

Et l’amour? je ne vous en dirai rien, il faut lire le livre.

 

Promenade de Carteret à Hattainville

BALADE NORMANDE – COTENTIN

Cap Carteret et le GR dans l’entaille

La pluie du matin ne me décourage pas. Nous avons appris en Irlande, Ecosse ou Islande de ne pas nous en préoccuper. Revêtir un Kway et sortir!

La randonnée n°26 du guide Chamina a pour départ l’église de Carteret.

Dominique me dépose à la marina où j’ai repéré les marques rouge et blanches du GR 223 le long du quai planté de massifs fleuris, puis sur la Corniche. Sous la Corniche, tout contre le Cap je découvre une plage tranquille accessible par des marches. Des cabines de bois se blottissent contre la falaise. Le circuit monte parmi de belles maisons. Sans parvenir au Sémaphore où nos étions montées hier, à mi pente, le sentier des Douaniers est suspendu en balcon, rocailleux mais facile : assez large et plat pour ne pas être effrayant.

Après avoir contourné le gros rocher du Cap Carteret je découvre les dunes d’Hattainville 

la dune et la plage d’Hattainville

. Ces dunes sont couvertes de mousses, lichens ou d’oyats. Il convient de ne pas piétiner ce milieu fragile. Il faut rester sur les sentiers. Passée une église en ruine le sentier bifurque : le GR monte à l’assaut de la pente tandis qu’un sentier balisé en jaune indique « Hattainville 8 minutes, sentier des 150 pas » Je me laisse tenter par ce dernier, délaissant l’itinéraire de Chamina.

Dune et vieille église14

Tout d’abord, le sentier est bien tracé entre deux fils de fer. Malheureusement, les barrières protégeant la dune disparaissent, le sentier se ramifie. Les petites traces deviennent de plus en plus floues, l’itinéraire, illisible. Au début, je ne m’inquiète pas : la mer à main gauche, le sémaphore dans mon dos, je marche cap sur le nord, au jugé. Je comprends bien vite que je marcherai bien plus de 1500 pas et que les huit minutes sont déjà écoulées. Quand le sentier est sableux, je m’enfonce et peine dans les montées entre les grosses touffes d’oyats. Il disparaît complètement. Du haut d’une butte, je crois le retrouver plus bas, pour s’évanouir à nouveau. De temps en temps il y a des poteaux carrés de bois gris. Les dunes défient le sens de l’orientation. Je monte sur les crêtes espérant voir la suite du parcours. Je zigzague, évitant les terriers de lapins ou les touffes serrées et les buissons de ronces. Impossible de maintenir le cap. Je divague. Avec toujours la mauvaise conscience de marcher sur ce couvert végétal fragile. Personne à la ronde ; un lapin gambade ; les escargots profitent de la pluie. Je crois voir un promeneur : c’est un sac de plastique blanc! Je commence à paniquer. Peut être ai-je dépassé Hattainville où Dominique m’attend? J’interroge le GPS qui me géolocalise à Surtainville. Je monte de temps en temps au sommet d’une crête pour vérifier que la mer est proche. Finalement j’entrevois la route goudronnée : sauvée! Sur la flèche inscrit Carteret 3.3 km, à marcher en zigzag, j’ai sûrement doublé la mise.