D’ailleurs, les poissons n’ont pas de pieds -Jon Kalman Stefànsson

LIRE POUR L’ISLANDE

 

J’ai découvert l’auteur, Jon Kalman Stefànsson avec Le coeur de l’homme qui m’avait éblouie par la poésie, l’évocation de l’Islande des fjords de l’Est autrefois, la neige. J’ai donc téléchargé D’ailleurs, les poissons n’ont pas de pieds impatiente de retrouver le style poétique, la neige…

D’ailleurs, les poissons n’ont pas de pieds est une saga familiale (attention en Islande, le mot saga a un sens bien précis, une saga est un texte médiéval racontant la colonisation de l’Islande par les vikings, il convient de préciser donc que cette ‘ »saga familiale » n’a rien en commun avec les sagas traditionnelles. L’histoire se déroule sur 4 générations à Nordfjördur – jadis et à Keflavik – aujourd’hui ou en 1980. 

Ari, après la séparation d’avec sa femme s’exile à Copenhague où il exerce la fonction d’éditeur. Le roman s’ouvre avec son retour à Keflavik où il a passé sa vie depuis son adolescence. Il retrouve les lieux de sa jeunesse. Sa vie, et son histoire familiale,  se déroulent en courtes séquences, flash-backs ou récits transmis à travers les générations.

Tous les touristes arrivent à l’aéroport de Keflavik. Mais une route rapide à 4 voies conduit à Reykjavik sans s’attarder dans la petite ville de Keflavik.

« Keflavik a trois point cardinaux :

Le vent, la mer et l’éternité »

Un peu plus loin l’auteur note

« L’Islande est une terre âpre, lit-on quelque part, à peine habitable, les mauvaises années. L’affirmation doit être juste. Les montagnes colériques hébergent la mort en leur sein, le vent est impitoyable, le froid glacial et désespérant. Une terre âpre où les Islandais ont été par deux fois, pour ainsi dire rayés de la carte par les famines, les épidémies, les éruptions, et dont Keflavik est sans doute la zone la plus hostile ».

Jusqu’aux années 80, Keflavik était animée par une grande base américaine et des industries alimentaires de conditionnement du poisson. Depuis, les Américains sont partis et la ville a perdu ses quotas de pêche.

Les histoires qui se déroulent dans le Nordfjördur racontent la vie traditionnelle des pêcheurs, et familles de pêcheurs.

Souvenez-vous tout comme nous : l’océan est plus vaste que le quotidien

En mer, l’homme se repose. Cet espace ouvert, cette immensité qui dépasse l’entendement vous calme, vous console, et vous permet d’envisager les problèmes avec la distance nécessaire. Les difficultés qu’on connaît à terre, l’usure, les agacements, les relations, les obligations : il suffit de porter son regard sur les vagues pour que les aspérités de l’existence s’aplanissent. Puis le vent se lève, bientôt les vagues surplombent le bateau, plus haut, toujours plus haut, les creux sont si vertigineux que les membres de l’équipage verraient presque le fond de l’océan qui semblé s’élever vers la surface pour venir les y chercher? L’humidité permanente, le labeur incessant, le travail qui consiste à remonter le poisson et le vider par tous les temps, soleil et chaleur, ,neige et froid glacial. Etre marin, c’est être libre. Mais cette liberté-là vous interdit de vous en remettre à personne, et surtout pas à vos propres prières, car la douceur du monde est demeurée à terre. Vous ne pouvez avoir confiance qu’en vous-même.

Voilà pourquoi,la mer fait de nous des hommes. »

 

Après cette conclusion, on pourrait y voir une ode à la virilité.  C’est beaucoup plus compliqué. Les femmes ont un rôle important et la fin est même un manifeste féministe.

Mais pourquoi un titre pareil? J’ai cru trouver la réponse page 397

« les poissons n’ont pas de pieds et quelqu’un qui s’avance vers la mer, ce qui n’est pas de bon augure…

mais je n’ai pas trop compris cette expression, le titre restera pour moi une énigme.

Si je n’ai pas été éblouie comme pour le Coeur de l’homme, j’ai pris beaucoup de plaisir à cette lecture qui s’est inscrite dans la suite de lectures islandaises.

 

Le Coeur de l’Homme – jon kalman Stefansson

LIRE POUR L’ISLANDE

Un beau moment de lecture! 

Dépaysement et poésie, à la limite du rêve et de la réalité. Le roman commence avec une terrible tempête de neige d’où émergent les héros engourdis à la limite entre la vue et la mort, perdus, ils sont recueillis et soignés dans un village isolé. Furtive rencontre avec une femme aux cheveux roux intense dont on saisit mal le rôle, mais qui laissera un souvenir tenace et émerveillé.

Qui est donc ce gamin? Recueilli par des femmes singulières dans un port, il joue le messager, portant des lettres d’amour qu’il rédige pour les autres. Il me fait penser, dans un décor tout autre, au jeune homme de Théorème de Pasolini qui séduit et déstabilise toute la famille. Par une simple lettre, il bouleverse la vie d’Andrea qui quitte son mari, Pétur. D’autres lettres porteront des promesses d’amour… Dans cette petite ville isolée,le gamin fait circuler livres et poèmes. Dans cette campagne reculée, il rayonne de culture, butinant le savoir auprès des femmes ou du directeur d’école. Surprenante importance de la musique où l’on voit un orgue voyager par bateau….

Roman onirique, aussi roman réaliste qui raconte des rapports de pouvoir entre la famille de commerçants, la concurrence acharnée entre Fridrik, homme d’affaire prospère et Triggvi « qui transforme le labeur en or », Snorri le marchand failli et ruiné, et surtout la belle Geirthrudur, libre et riche qui tente de faire des affaires dans un monde d’homme qui ne lui pardonne ni son sexe, ni son habileté à manœuvrer. Au village, tout tourne autour du poisson: les  pêcheurs pêchent, on sèche ou sale la morue qu’on exporte. Capitalisme  primitif, où l’on achète, transmet ou vend, des parts dans les bateaux, des droits pour faire sécher la morue.

Passage à la modernité, dans le village traditionnel, le téléphone fait son apparition, puis une pompe et un bateau à vapeur….

Le récit conte aussi bien la vie quotidienne que la beauté de la lumière des nuits d’été, la nature qui se pare de fleurs et de mousses, toujours la poésie!

Un vrai coup de cœur!

Le Figuier – François Maspero (1988)

DEPUIS LONGTEMPS DANS MA PAL…..

François Maspero (1932-2015) est une figure qui m’a souvent accompagnée. Dans ma prime jeunesse , comme tant de lycéens et étudiants, j’ai traîné dans sa librairie, et espéré croiser des révolutionnaires patentés, ou rencontrer une âme-soeur, feuilleté tant de livres. Pas volé comme d’autres, je trouvais cela minable, sans risque! Sa petite collection Maspero a égayé mes étagères. J’aimais ses couvertures aux couleurs vives. Prêtés, pas rendus, égarés, je regrette de ne plus avoir un seul de ces livres. Je ne me souviens plus de tous les titres les Damnés de la terre de Frantz Fanon, Louise Michel, Aden Arabie de Paul Nizan…. A notre premier voyage en Bulgarie, j’ai emporté Balkans-transit de Maspero que j’ai lu pour une seconde fois quand nous sommes allées en Albanie. Ce livre m’a tellement impressionnée que j’y ai consacré 4 billets de mon blog. 

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De retour, j’ai pioché Le Figuier dans la bibliothèque familiale et il a sommeillé dans ma PAL. Quel bonheur de l’en avoir sorti!

Quatre personnages se croisent dans ce roman :

F.G. l’éditeur du Figuier, est une figure énigmatique, connu sous plusieurs identités, ayant vécu des aventures lointaines, chez les Inuits, combattant de la Guerre d’Espagne. Polyglotte, capable de traduire et de citer aussi bien Saint Jean de la Croix (1542-1591) Gongora, qu’Ulysse. Editeur, imprimeur, typo, encore artisan maniant le plomb et le beau papier, imprimeur de poèmes confidentiels comme de brûlots du FLN.

François Serre, le Libraire, propriétaire de La Vigie, librairie militante, au départ collective réunissant des Khâgneux, puis vitrine de l’anti-colonialisme au temps de la Guerre d’Algérie. La Vigie pourrait être considérée comme le personnage principale du roman.

Manuel Bixio, qui assure l’intérim dans la librairie quand son propriétaire sert en Algérie, devient, par militantisme, éditeur. Il est saisit par Lady Sion comme l’a formulé F.G. En 1961, menacé pour ses activités, il fuit à l’étranger et devient journaliste . Indépendance de l’Algérie, Cuba, Afrique de l’Ouest, Amérique Latine, il couvre l’éclosion des Indépendances africaines et les révolutions latines…

Mary Kendale est photographe, de ceux qui s’approchent tant du sujet qu’ils passent au-delà de l’objectif pour vivre les luttes de ceux qu’elle photographie.

rceque Barcelone
Miro. Pourquoi Miro? parce que Barcelone.

C’est presque un roman d’aventures. Roman historique et révolutionnaire faisant revivre la Guerre d’Espagne- « mierdroico » plus qu’héroïque. A la suite de  la Retirada, il se présente en Espagnol et se trouve interné au camp de Prats-de Mollo. Guerre d’Algérie, à Paris : deux récits du 17 Octobre 1961, tortures de la police parisienne et menaces de l’OAS…Liesse à Alger, Conakry, Cuba.

Le livre s’achève en 1967 à Athènes avec le coup d’Etat des colonels. Che Guevara est encore quelque part en Bolivie.

Au delà de l’aspect historique, le thème du livre, de son impression à sa diffusion, est central dans Le Figuier. La traduction aussi. Et la poésie, très présente.

Un ouvrage très dense, très riche qui va retourner dans la PAL parce que je suis sûre de le relire!

 

En route vers Dublin – Howth

CARNET IRLANDAIS  

howth vu d'avion
Howth vu d’avion

Voyage

267 km jusqu’à Leixlip, notre nouvelle adresse, dont 210 km d’autoroutes

Départ de Clifden 8h, sous un petit crachin.

A la sortie de la ville les nuages se déchirent, la lumière du matin surgissant sous les nuages est sublime. Difficile d’arrêter la voiture sur la grande route pour prendre des photos.  Les sommets émergeant par surprise, une île plantée de pin qui se reflète dans le miroir d’un lac. Quelles belles images nous aurions pu faire ! Jusqu’à Galway le paysage est un émerveillement.

Après Galway, autoroute M6 puis M4, sortie n°5, nous suivons l’itinéraire. A midi, nous nous trouvons devant la grille imposante d’Alensgrove encadrée de massifs de fleurs. Code pour l’ouvrir. Nous arrivons dans une belle cour pavée encadrée de plusieurs appartements qui s’ouvrent par des portes colorées. Le fils du propriétaire est en train de faire le ménage dans le nôtre (il est trop tôt)

Notre gîte : Alensgrove

Alensgrove
Alensgrove

Grand luxe ! Une grande salle meublée de deux canapés de cuir brun foncé. Meubles noirs, coussins rouges. La cuisine américaine offre tout le confort, lave-linge séchant (indispensable dans ce climat où le linge ne sèche pas) , lave-vaisselle(inutile pour 2 personnes), grille-pain, micro-onde, radio-lecteur, raffinement les appareils électroménagers ont une belle peinture rouge métallisée assortie aux coussins (ou l’inverse), Télévision écran plat très grand format et la Wifi !

 

La salle de bains est grande et bien agencée.

La chambre est grande ; Literie blanche avec une couverture rouge en belle laine tissée faisant comme un bandeau sur la couette blanche.

Nous déjeunons dans notre cour privée à l’abri de hauts murs de pierre. Nous pourrions aussi prendre le soleil sur le banc en fer forgé dans la cour fleurie de corbeilles garnies d’aubriette bleue  de pensées, géranium et de fleurettes blanches. Ces compositions sont suspendues aux murs et aux lampadaires. Seul défaut de ce logement parfait : les stores vénitiens blancs n’occultent pas la lumière. Mais il semble que ce soit typique de l’Irlande : on recherche la lumière, on ne la fuit pas.

Howth

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belle villa de Howth avec vue sur Ireland eye

Facile d’y arriver, Alensgrove est sur la route de Ceilbridge à Lexlip tut près de l’autoroute M4. Par la rocade M50(payante) on arrive au nord de Dublin et à Howth presqu’île ronde qui est la première image que j’ai eu de l’Irlande par avion ! Un port de pêche avec un village ancien en pente sur la colline, de belles villas cachées dans la verdure ou en corniche.

Le tour de Howth commence à l’Office de tourisme (où on prend la carte), continue sur la croisette plantée d’une pelouse en face de restaurants de poisson. Le Fish & Chips Beshoff a du succès : des dizaines de personnes de tous âges sont assis sur le muret, les doigts dans la barquette de frites imprimée à son nom dévorant frites et filet de cabillaud (pas le truc reconstitué que j’ai acheté à Lahinch). Le dernier restaurant à façade rouge s’appelle King Sitric (je vais retrouver ce roi demain à Dublin à propos de la bataille de Clondarf). La route grimpe en haut de la falaise, les maisons sont variées. J’en remarque une jolie crépie de jaune et celle qu’a habité Yeats (Balcadden House 1880-1883) : deux lignes sur un macaron, émouvantes :

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« I have spread my dreams under your feet. Tread softly because you tread on my dreams »

A partir d’un parking le sentier piétonnier en balcon chemine entre les fougères et les bruyères. Je découvre Ireland’s Eye île déserte avec sa Tour Martello (1803). Bizarre, ces tours Corses (ou génoises) pour se défendre de Napoléon ! Il y en a un peu partout en Irlande. Plus loin, sur une presqu’île le phare Bailey Lighthouse.

DSCN7580 - CopieLe balisage disparaît. Je suis les promeneurs. A l’instigation des  professeurs d’un groupe de scolaires italiens, je cherche un  sur la droite, trouve un sentier très raide et des marches qui conduisent sur la crête. Les Italiens n’ont pas suivi, ni les autres promeneurs. Je me retrouve seule sur une piste caillouteuse Upper Cliff Road dans les bruyères. Des passants qui promènent leurs chiens me guident : aller jusqu’au bout, à la route, tourner à droite à l’arrêt de l’autobus. 50 mètres plus bas une allée goudronnée descend dans les fourrés entre les murs des propriétés. Ils n’y a pas de vue mais c’est une promenade tranquille en dehors de la circulation. J’ai marché deux heures d’un bon pas sûrement plus que les 6km annoncés.

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Des fumeries et des restaurants de poisson sont en face de gros bateaux de pêche.

 

Un chant nègre : Léopold Sédar Senghor -film de J-D Bonan (dvd)

FESTIVAL SÉNÉGALAIS

Quelques jours avant l’envol pour Dakar, j’ai trouvé de DVD à la bibliothèque dans la collection de La Bibliothèque du Centre Pompidou, collection diffusée dans les bibliothèques publiques de  prêt.

Il me semblait indispensable de consacrer mon attention à Senghor – grande figure du Sénégal.

Ce documentaire de 52 min. est vraiment magnifique, alternent des documents d’archives en noir et blanc, des séquences actuelles en couleur, vraiment très belles et des interviews d’artistes ayant côtoyé Senghor : le poète mauricien Edouard Maunick, le percussionniste Doudou Ndiaye Rose ainsi qu’une très belle performance du danseur Papa Sy.

Senghor le poète, Senghor le député puis le Président (discours de sa démission), Senghor le promoteur de la culture africaine avec en prime un discours de Malraux joué par un couple antillais, très drôle, puis la voix de Malraux.

Senghor en trois idées-forces : négritude, universalité, métissage

Un de ses amis a dit de lui :

« Quand il dit négritude, c’est la racine. quand il dit métissage, c’est les branches… »

 

 

Poème à mon frère blanc – Léopold Sédar Senghor

FESTIVAL SÉNÉGALAIS

 

Cher frère blanc,
Quand je suis né, j’étais noir,
Quand j’ai grandi, j’étais noir,
Quand je suis au soleil, je suis noir,
Quand je suis malade, je suis noir,
Quand je mourrai, je serai noir.

Tandis que toi, homme blanc,
Quand tu es né, tu étais rose,
Quand tu as grandi, tu étais blanc,
Quand tu vas au soleil, tu es rouge,
Quand tu as froid, tu es bleu,
Quand tu as peur, tu es vert,
Quand tu es malade, tu es jaune,
Quand tu mourras, tu seras gris.

Alors, de nous deux,
Qui est l’homme de couleur ?

Léopold SEDAR SENGHOR