Le Caire : Flânerie au Musée archéologique

CARNET ÉGYPTIEN 2019

Le CAire : Musée Egyptien

Le jour se lève tôt en Egypte, même en décembre : 6h30, il fait déjà jour et très frais.

Petit-déjeuner sans prétention. Au buffet : des falafels, de la pipérade, des fèves et un fromage blanc très salé et un peu pimenté, pain sans intérêt, miel et de la confiture de figues que je n’aime pas, trop sucrée, trop fade. Une petite terrasse domine la place Tahrir. Il fait beaucoup trop froid pour déjeuner dehors.

9h à l’ouverture du Musée Egyptien, quelques cars stationnent mais il n’y a pas de queue. Nous passons sous 4 portiques sous une surveillance très sérieuse des militaires qui occupent toute la longueur de la place côté Musée et au-delà. Si la police et l’armée quadrille le quartier, ils n’interviennent pas dans la circulation pour aider les rares (très rares piétons) qui tentent de traverser les rues. Heureusement, c’est vendredi et il y a peu de voiture si tôt.

Entrée du Musée 200 LE (environ 10€). Pour les photos, il faut payer un supplément mais cela ne s’applique pas aux téléphones mobiles.

Devant l’entrée, cohue des groupes devant les statues emblématiques. Les guides font une introduction à l’Histoire et à la Mythologie antique. Pas d’Américains, ni de Français ou d’Italiens, des Asiatiques avec les femmes voilées (indonésiennes ?). J’entends parler Brésilien et Espagnol. Si les Européens désertent, le reste du monde ne boude pas l’Egypte ! Pour moi qui traîne toujours à proximité des groupes pour glaner des informations c’est un peu frustrant. Je fuis et entreprend une visite un peu décousue alors que la logique voudrait que je suive l’ordre chronologique en visitant les salles dans l’ordre.

Beaucoup trop de monde autour de la Palette de Narmer : le pharaon de la 1ère  dynastie qui a unifié Haute et Basse Egypte et qui régnait à Abydos. Beaucoup trop de touristes auprès de Djoser (3ème dynastie, bâtisseur de la pyramide à degrés de Saqqarah). Je reviendrai plus tard !

Comme au Louvre ou au vieux Musée d’Athènes, je viens retrouver des statues ou des objets, des connaissances que je reconnais avec plaisir. J’aime cette familiarité et je redoute le déménagement dans le nouveau musée de Guizeh qui se prépare.

Akhnaton

Fuyant toujours les groupes, je reconnais le style si caractéristique de Tell Amarna. Me voici toute émue : je suis en pleine lecture de Nefertiti et le Rêve d’Akhnaton d’Andrée Chédid. Les deux colosses d’Aménophis III et de la Reine Tiyi accompagnés par trois de leurs filles me renvoient aussi à cette lecture. Je n’ai pas l’impression de visiter un musée avec sérieux et méthode mais de croiser des personnages familiers qui hantent mon imaginaire. Sous une vitrine bien poussiéreuse, se trouve une peinture provenant du palais de Tell Amarna qu’Andrée Chédid appelle La Cité d’Horizon. Un bassin rectangulaire est rempli d’une eau figurée par des zigzags bleus où nagent des poissons entre nénuphars et lotus. Autour d’un cadre rectangulaire de buissons et plantes aquatiques s’envolent des beaux oiseaux, je distingue aussi des mammifères que je n’arrive pas à identifier. A la périphérie des hommes sont rangés : Asiatiques barbus, Africains à la peau foncée : visiteurs, ambassadeurs ou peuples vaincus ?

 

Un peu plus loin, une statue porte le cartel « statue usurpée par Ramsès II », cela m’amuse ; comme s’il n’y avait pas assez de véritables statues de Ramsès II !

Des barques vermoulues encadrent l’entrée de cette salle, elles pourraient presque naviguer aujourd’hui.

Après avoir salué Hatshepsout, la femme- pharaon, encore un personnage ! je reprends une visite un peu plus ordonnée en retournant dans l’Ancien Empire revoir Djoser, Chephren

Passant au Moyen Empire, je découvre Mentuhotep (1995 av.JC)  dont je n’avais jamais entendu parler, qui inaugure le Moyen Empire en réunifiant après Narmer la Haute et la Basse Egypte.

Toute une salle est dédiée à Akhnaton avec deux statues colossales. Est-ce le couple Néfertiti et Akhnaton ou un Akhnaton vêtu d’un pagne et l’autre en hermaphrodite. La silhouette du pharaon est étrange avec le ventre gonflé, les hanches larges et le visage exagérément allongé. Entre les colosses se trouve une stèle dédiée à Aton avec les rayons solaires. Aux murs des tableaux de plantes des marais avec canards et oiseux rappellent la fresque du bassin au pieds de Tiyi et d’Aménophis III (les parents d’Akhnaton).

Je traverse d’autres salles contenant des sarcophages alignés, des pharaons, des sphinx mais je suis plus touchée par les petits objets, les jeux, le damier remplacé par un serpent enroulé sur lui-même où les pions sont de petits lions. D’autres jeux sont encore plus mystérieux.

Le Trésor de Touthankhamon est exposé à l’étage comme les momies. Même si de nombreuses pièces sont parties voyager il en reste assez pour être éblouie comme les chapelles en or qui s’emboîtent sous la protection d’Isis et de Nephtis et celle du cobra au corps émaillé de bleu foncé, rouge et turquoise…le buste en or, les pectoraux émaillés…J’avais gardé un souvenir si précis de ce trésor que j’en ai presque perdu le plaisir de la nouveauté.

Ce trésor n’est pas unique. La tombe d’Hetep Hères découverte par Reisner à Guizeh en 1925 est pour moi une surprise. Hetep-Heres était la femme de Snefrou et la mère de Chéops que le MOOC d’Harvard sur le Plateau de Guizeh appelle Koufou.

Papyrus de Yuya et Tuya

Un autre trésor a été  exhumé de la Tombe de Yuya et Thuya découverte par Quibell et Davies (britanniques) en 1905. Cette tombe était meublée : on expose ici des fauteuils aux incrustations dorées et un char.  Parents de la Reine Tiyi , Yuya, surintendant du bétail était un officier qui commandait aux régiments de chars royaux. Thuya sa femme, est qualifiée de « lover of Amon and Min » et « Royal mother of the great wife of Pharao »(Tiyi). Un papyrus long de 19.37 m porte des textes en hiéroglyphes et de fines peintures. Je suis ravie de rencontrer de nouveaux personnages !

Salle du Fayoum

Beaucoup plus discrète : la salle du Fayoum renferme des portraits d’une infinie douceur et d’une grande délicatesse, têtes peintes, masques aux coiffures variées portant parfois des diadèmes de fleurs. Ces personnages nous regardent, ce ne sont pas des stéréotypes mais des individus. Des hommes barbus portent des perruques égyptiennes, d’autres ressemblent à des romains. Un petit garçon,   Héraklion porte une grappe de raisin qu’un oiseau picore.

La salle 39 des antiquités hellénistiques contient dans des armoires vitrées tanagras, bronzes et masques de théâtres dans un grand désordre.   La salle 24, des ostraca et papyrus.

maquette de bateau

Je suis à la recherche des modèles réduits de maisons et de barques qui m’avaient tant plu autrefois. Je les trouve enfin à la salle 27. Les personnages qui montrent la vie quotidienne des Egyptiens de toute origine m’émeuvent particulièrement. L’un d’eux plume un canard, un autre pétrit le pain, ou le vend…Je retrouve les barques colorées peuplées de bateliers, rameurs, passagers. Je n’ai pas retrouvé les troupeaux et la ferme.

Il est midi quand je sors du musée.   Il me reste tant à voir. Je sors avec les impressions contradictoires qu’il est temps que le nouveau musée de Guizeh ouvre ses portes. Le vieux musée inauguré par Maspero en 1902 semble bien poussiéreux. Certains cartels dactylographiés sur du papier portent bien leur âge. On a emballé dans du plastique transparent colonnes et statues pour les protéger des travaux de peinture des murs. Comme le Musée National d’Athènes (1890) il est irremplaçable. Les pièces archéologiques y sont logées depuis si longtemps que je peine à imaginer leur déménagement. Même si le récent Musée de l’Acropole est un modèle de muséographie je préfère rencontrer « mes » Grecs dans l’ancien musée. En sera-t-il de même avec les pharaons ?

Nefertiti et le Rêve d’Akhnaton – Andrée Chedid

LIRE POUR L’EGYPTE

Nefertiti et le rêve d'Akhnaton par ChedidComme j’ai eu un coup de cœur pour le 6ème jour, j’ai lu à la suite Néfertiti ou le Rêve d’Akhnaton de cette même auteure. Court roman historique, racontant l’utopie d’Akhnaton, le pharaon qui introduit en une courte parenthèse le monothéisme avec le culte d’Aton, le soleil, rompant avec l’influence des prêtres d’Amon à Thèbes. 

Peu avant d’atteindre les falaises de calcaire, la reine fait halte auprès d’une des stèles-limitrophes. Cette fois, je lis les paroles d’Akhnaton. Je les lis comme on chnate : balançant la tête, berçant les mots :

« Ceci est mon serment de vérité :

Je veux faire de ce site

un lieu de vie pour chacun

Puisse-t-il aussi m’être accordé

que Nefertiti, vivante toujours

atteigne un âge avancé

après une multitude d’année. .. »

Akhnaton n’a pas seulement imaginé un culte à Aton. Il a aussi quitté Thèbes, la capitale de l’Egypte et fondé à Tel-el-Amarna une nouvelle capitale que Chedid appelle dans ce roman La Cité d’Horizon, cité nouvelle, citée rêvée et idéale,  non conformiste, ouverte aux idées nouvelles, aux étrangers, où femmes et enfants pouvaient s’épanouir loin de l’étiquette de Thèbes.

La cité d’utopie a rayonné une vingtaine d’années. Le couple que formaient Nefertiti et Akhnaton a commencé par une histoire d’amour entre deux adolescents.Ils ont formé une famille nombreuse et heureuse où la tendresse que le Pharaon portait à ses filles était publique.

Enfin, deuils, maladies, jalousies et intrigues ont eu raison de cette belle expérience. A Thèbes, les dignitaires attendaient leur heure et la Cité d’Horizon fut défaite et rasée.

C’est après le saccage de la ville que Nefertiti et le fidèle scribe Boubastos évoquent les jours heureux en un récit à deux voix, la recension fidèle du scribe et les souvenir de la femme encore amoureuse de ce roi si singulier.

La parole et l’écrit sont plus solides qu’une stèle disait mon père Ameno. Un nom dans la bouche des hommes édifie dans le coeur la plus invulnérable des pyramides.

Ce récit poétique s’appuie sur des données historiques, sur des personnages réels qui ont laissé des traces encore tangibles comme cette Reine Tiyi, la mère d’Akhnaton, femme d’Aménophis III, colosses conservés au Musée Egyptien du Caire, comme Ramôse dont je vais revisiter la tombe à Gournah….

Une parfaite introduction au voyage.

Arrivée au Caire : notre hôtel place Tahrir

CARNET EGYPTIEN 2019

la place Tahrir et le musée égyptie vus de la terrasse de City View

Malgré les grèves le voyage s’est passé à merveille : le taxi venu à 10 h n’a pas eu plus de bouchons qu’à l’ordinaire et nous sommes arrivées avant l’ouverture du comptoir d’Egyptair. A l’enregistrement de nombreuses familles avec bébés, porte-bébés, poussettes et bagages démesurés (Egyptair offre deux bagages en soute de 23kg et ils sont très tolérants pour les bagages en cabine) . L’avion décolle avec une heure de retard. Arrivée 21h15. L’assistance de Dominique attendait.

Au Caire, porteurs et autres auxiliaires sollicitent le bakchich ; ce n’est ni discret ni honteux, cela a le mérite d’être clair, par ailleurs, ils rendent des services appréciables. Le chauffeur de la voiturette électrique nous obtient les visas à la banque (25$) en un temps record en passant devant la queue et change par la même occasion 100€, nous pouvons ainsi lui donner un pourboire royal !

Les familles égyptiennes laissent passer Dominique avec sa carte « handicapé » et sa béquille sans aucune acrimonie. Elles font même pousser les gens à qui on n’avait rien demandé. Grande gentillesse et patience dans les queues de la police aux frontières. Sans doute, savaient-ils qu’il est bien inutile de se presser puisque l’attente des bagages aux tapis roulants est interminable. Là, j’ai quelque angoisse : au voyage précédent Egyptair avait retenu une valise à la correspondance à Genève et le guide de l’Agence Sylvia était venu la chercher le lendemain. Mais nous étions en voyage organisé ! Avec le voyage organisé-par-nous-mêmes, nous serions bien embêtées ! Finalement les valises arrivent. Le chauffeur envoyé par l’hôtel nous attendues deux heures.

Avec un peu de patience, tout s’est bien déroulé !

Autre sujet d’inquiétude : dans l’avion, nous sommes les seules touristes. Les passagers sont des familles égyptiennes, des hommes d’affaires. Serons-nous les bienvenues au Caire ?

J’essaie de reconnaître le trajet de l’aéroport au Centre-ville par autoponts et voies rapides. Les panneaux lumineux de taille XXL éclairés se succèdent à quelques mètres les uns des autres : surtout des projets immobiliers, des voitures, peu de téléphones mobiles comme ailleurs.

L’hôtel City View s’affiche sur la Place Tahrir : un panneau au 5ème étage d’un bâtiment d’angle face au Musée. L’ascenseur dessert directement l’hôtel. Tout est conforme à la réservation. Il est 23h30 quand nous nous installons. Klaxons et circulation démentielle, heureusement, j’ai prévu les bouchons d’oreilles.

Trois murs de la chambre sont peints en rose, le quatrième avec des rayures verticales orange qui se reflètent dans la glace. Rideaux orange assortis. Luxe : un petit réfrigérateur ! Sol de marbre beige-rosé. Les meubles simples ont des motifs orientaux (étoile à 8 branches deux carrés décalés) un coffre avec de jolies ferrures fait office de coiffeuse. Luminaires en laiton et parchemin. Décor simple, un peu désuet, oriental, sans cliquant. Fonctionnel, un peu poussiéreux. Exactement le genre d’hôtel que nous affectionnons. La Wifi est satisfaisante, pour garder le contact. Il faut couper les données mobiles, Internet est une ruine et le téléphone hors de prix.

Egypte pratique : prenez des Euros!

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Sphinx et pyramide

Si l’aventure d’un voyage indépendant vous tente, il est bon de savoir que dans les petits hôtels, les restaurants et les boutiques, la Carte de Crédit ne vous sera d’aucune utilité.

Si, comme nous, vous avez réservé en ligne sur Booking.com et que le site vous a aimablement prévenu que vous paierez sur place, traduisez : vous paierez en espèces et non pas en Carte de crédit. Même si la vie n’est pas chère en Egypte, vous allez avoir besoin de liquidités.

Pas de panique!  il y a des guichets absolument partout où il y a des touristes, parfois même près de la billetterie des sites comme à Abou Simbel! Demandez en anglais ATM, on proposera même de vous y accompagner, ce qu’il faudra décliner avec le sourire mais fermement.

Cependant, les guichets délivrent au maximum 2000 Livres Égyptiennes (EGP, ou Guinees) ce qui correspond à environ 100€ (avec les diverses commissions de change et frais bancaires 117€). Vous allez visiter souvent ces automates! Il convient de prévenir sa banque avant le départ et éventuellement de faire remonter le plafond disponible pour « 7 jours glissants » cela évitera de mauvaises surprises.

En revanche nombreux hôtels annoncent le prix de la chambre en $ ou en €. Si vous disposez de devises, vous allez éviter de payer les frais bancaires.

De plus, certaines attractions sont payables uniquement en $ ou en € : c’est le cas du Louxor Pass 

qui est valable 5 jours consécutifs et qui donne accès à tous les sites pour 90$ sans les tombes de  Nefertari et Sethi 1er (pass standard) ou 180$ le Premium avec Nefertari et Sethi 1er. J’ai dû y renoncer puisque je n’avais plus de devises à Louxor.

La petite monnaie est un réel problème. Si vous donnez l’appoint vous paierez le prix convenu, si vous donnez un gros billet (200EGP ou 100EGP) on vous regardera d’un air catastrophé. Si vous donnez 50 EGP pour une bouteille d’eau ou une course en taxi de 30, on ne vous rendra tout simplement rien du tout. Seules les petites épiceries locales semblent rendre la monnaie, c’est l’occasion d’en faire.

Collectionnez les billets de 5 guinees  pour la traversé du Nil sur le ferry local baladi et de 10 pour les pourboires que le gardien des diverses tombes ou temples sollicitera ouvertement. Si vous n’avez que des 50 ou des 20, il ne rendra pas la monnaie! Le pourboire est « dans la culture égyptienne » il convient donc d’en donner, mais avec discernement! Le porteur qui aura transporté à travers la gare 2 ou 3 valises demandera 50, et ce sera bien mérité. Le gardien de tombe dans la Vallée des Reines qui a passé tout son temps à jouer avec son téléphone mobile n’aura rien, il faut quand même rendre un service même minime!

Attention aux convertisseurs de devises sur Internet! Ils ne prennent pas en compte les commissions des banques. Ils sont quand même bien utiles pour payer en argent égyptien les sommes annoncées en € ou en $ à l’hôtel  (s’il y a de la Wifi) . Une conversion facile (en 2019) est d’enlever un zéro et de diviser par 2, on obtient un ordre de grandeur. Quand on fera les comptes il faudra ajouter 10% au moins. Mais cette opération simple permet de remettre les pendules à l’heure : une course de taxi à 20 livres c’est 1€, pourquoi s’en priver ?

Retour d’Egypte : un voyage cool pour profiter de la douceur de l’Egypte

CARNET ÉGYPTIEN 2019

Felouque à Assouan

Comment rédiger ce 4ème carnet?

Nous avons retrouvé les sites découverts lors de nos précédents voyages,  moins oubliés que je ne l’imaginais. 17 ans se sont écoulés depuis nos visites aux Pyramides, à Saqqarah et Memphis, Assouan…  décrits minutieusement. Vais-je retranscrire mon journal de bord comme d’habitude?ou corriger le carnet 2002 qui a perdu ses illustrations lors des migrations du blog de Voix-Nomades, au Monde, puis WordPress, ? Peut être devrais-je rédiger autrement, par thèmes?

9 ans après la Révolution des Printemps arabes, qu’est-ce qui a vraiment changé?

Colosses de Memnon vus de notre terrasse

Difficile d’apprécier de ma position de touriste, même touriste attentive,  confinée aux zones touristiques, aux sites archéologiques protégés.  Seuls contacts avec la population sont les hôteliers, ou les vendeurs de souvenirs. Nous avons côtoyé les égyptiens ordinaires dans les trains et  les taxis . La barrière de la langue est une  difficulté majeure.

Observations amusantes et  faciles : mes collègues touristes. Le changement est flagrant. Très peu d’Occidentaux, Européens, Britanniques ou Américains. L’Asie débarque en force, les Chinois en groupes serrés, Japonais et Coréens peut être plus dispersés. Indonésiens, Pakistanais, Indiens et Bangladais se fondent plus dans le paysage : les femmes sont voilées ;  comme les Égyptiens, ils portent parkas et bonnets prévus pour se prémunir de la froidure de décembre. L’Amérique du Sud – Brésil, Chili et  Mexique – fournit des contingents non négligeables. Bien sûr, tout ce monde se déplace en groupe!

Précédemment, nous n’avions pas osé construire nous-mêmes le voyage. L’agence locale Sylvia nous avait fourni circuits, hébergements, et le plus souvent, un petit car jaune et marron avec chauffeur et guide. Cette fois-ci, nous nous sommes lancées seules. Réservations d’hébergements avec Booking.com, train-couchettes et train de jour, en 1ère classe, quand même! Sur place, nous avons fait confiance aux hôteliers pour les excursions et j’ai utilisé les bus locaux et ferry baladi (populaire) pour quelques dizaines de livres.

Au fil du Nil Coum Ombo

Nous avions snobé les petites croisières sur le Nil, entre Assouan Louxor, qui nous semblaient le comble du tourisme de masse. Nous avions bien tort! Les trois jours de croisière ont été une expérience tout à fait plaisante : luxe de la cabine et des buffets, programme complet de visites guidées. Nous avons apprécié la   navigation à petite vitesse, les berges du Nil vus du pont du bateau…Trois jours très complets et luxueux pour une somme dérisoire.

A condition de prendre son temps, on peut tout à fait se débrouiller seules!

 

 

Le 6ème jour – Andrée Chedid (1960)/Youssef Chahine (1986)

LIRE POUR L’EGYPTE

« Dans six jours, je serai guéri. N’oublie pas ce je te dis : le sixième jour ou bien on meurt ou on ressuscite. Le sixième jour.... »

Explique l’oustaz Selim qui sent les premières atteintes du choléra à Oum Hassan, la grand mère d’Hassan, vieille paysanne revenant du village anéanti par l’épidémie.

1948, le choléra sévit en Egypte.

Dans les campagnes, pour éviter la contagion, une ambulance enlève les malades qu’on isole dans une sorte de campement tandis que leurs biens sont brûlés. Peu ou pas de soin, peu ou pas d’espoir de guérison. Les parents cachent les malades pour qu’on ne les emmène pas.

Saddika, Oum Hassan arrive juste à temps au village pour les funérailles de sa soeur. Quand elle revient au Caire la maladie a déjà atteint la ville. On rétribue les citoyens qui dénoncent les cas d’infection. Okkazionne, le montreur de singe, se réjouit de cette source de revenus providentielle.

Quand Oum Hassan découvre les premiers symptômes sur son petit fils, elle prend la fuite avec l’enfant. Elle fait confiance en la parole du maître d’école, il suffit d’attendre six jours. Elle installe Hassan sur une charrette à bras, puis le cache dans une cabine de lessive sur le toit, enfin dans une felouque qui descend le Nil vers la mer.

Ce court roman (156 pages) raconte cette fuite éperdue, l’amour immense de la vie. Saddika ne prodigue pas de soins, elle insuffle l’énergie vitale dont elle déborde en parlant à l’enfant, en lui racontant des histoire, en protégeant le petit corps affaiblit. Il lui semble que tout l’amour qu’elle lui porte le protégera pendant les six jours fatidiques;

Je chante pour la lune
Et la lune pour l’oiseau
L’oiseau pour le ciel
Et puis le ciel pour l’eau
L’eau chante pour la barque
La barque par ma voix
Ma voix pour la lune
Ainsi recommencera.
Dans la terre et dans l’eau
Ma chansonvoyagera
Où le noir est si haut
Ma chanson s’effacera
La lune m’entendit
Et par la lune, l’oiseau
Le ciel m’entendit
Et par le ciel, l’eau
La barque m’entendit
Et par la barque, ma voix
Ma voix m’entendit
Et j’entendis ma voix.
         

Une Egypte encore rurale et traditionnelle évoquée avec délicatesse et poésie.

J’ai voulu revoir le film de Youssef Chahine tiré du livre vu il y à sa sortie en 1986, dont je n’avais gardé qu’un très vague souvenir.

Première surprise, une grande Saddika : Dalida voilée de noir, mais loin de l’idée que je m’étais construite à la lecture du roman.

D’un récit tout simple, linéaire, le cinéaste a construit une oeuvre complexe où l’amour maternel n’est plus le sujet unique de l’histoire. Choléra, certes, mais aussi occupation britannique. Le personnage d’Okka devient central, de simple montreur de singe, vivant d’expédient, il devient un véritable acteur, danseur, inspiré par Gene Kelly qui danse sous la pluie présent dans la maison de Saddika avant le drame. Autre thème : l’amour du spectacle et du cinéma avec des allusions cinéphiles.

Même la fin, est très différente, plus visuelle au cinéma.

Le Pharaon renversé -18 jours qui ont changé l’Egypte – Robert Solé

LIRE POUR L’EGYPTE

Le pharaon c’est Hosni Moubarak, le théâtre, la place Tahrir, Robert Solé raconte jour après jour la Révolution du 25 janvier 2011.

Dans exactement une semaine, nous serons sur le lieux : notre hôtel City View donne sur la place Tahrir. Il était donc logique que je commence ma série de lectures égyptiennes par cet ouvrage! Notre dernier voyage date de 2010, nous avons eu peur de revenir au Caire depuis. Pourtant depuis la Révolution de Jasmin nous sommes allées deux fois en Tunisie!

 

La Bibliothèque enchantée – Mohammad Rabie (Actes sud)

LIRE POUR L’EGYPTE

Vous aimez les livres et les bibliothèques?

A l’heure où les médiathèques s’informatisent, où la lecture se fait électronique, où les ordinateurs deviennent traducteurs (plus ou moins bien) … Voici une bibliothèque enchantée, mystérieuse, cachée dans une rue du Caire, invisible aux passants, au nom féminin de Kawkab Ambar!

 

 

Dans cette bibliothèque, nul fichier, nul classement, nulle carte de lecteur. Seuls quelques habitués la fréquentent. Et pourtant la quantité de livres est impressionnante.

 

Chaher, un fonctionnaire, est envoyé pour faire un rapport sur le fonctionnement de cet établissement. Il ne se fait pas d’illusions : la bibliothèque est condamnée, on va faire sur son emplacement une station de métro. On attend de Chaher le rapport qui confirmera la fermeture.

Ce dernier tombe sous le charme de cette bibliothèque mystérieuse, il fréquente les habitués. L’un d’eux l’initiera à la logique du rangement des livres puis à la particularité : la bibliothèque a « la baraka des traductions » . Un auteur qui dépose un exemplaire obtient la chance de voir son ouvrage traduit dans des langues étrangères. D’ailleurs, l’un des fidèles lecteurs est un traducteur réputé, même un Professeur de traduction.

Il sera question de Mahfouz, de Joyce et de Borges, je découvrirai le plus vieux roman arabe Hayy ibn Yazqzan écrit au 12ème siècle….je me suis demandée si le Codex Seraphinianus avait vraiment existé(oui me répond Wikipédia)…

Ironie, mystère, mystification ou délire, on nage dans l’invraisemblance, qu’importe? Il n’y a pas d’intrigue, ni d’histoire seulement une poétique déambulation dans l’univers des livres. ‘

 

Ma Cabine Téléphonique Africaine – Lieve Joris – Actes sud

INVITATION AU VOYAGE

J’ai reçu Ma cabine Téléphonique Africaine en cadeau au pique-nique de Babélio. Comme je n’avais aucune idée de ce que cachait ce titre original, le livre est resté longtemps dans ma PAL. Quelle bonne idée de l’en sortir!

164 pages, 10 récits, autant de rencontres en Afrique, au Moyen Orient, en Europe de l’Est.

J’aime les écrivains-voyageurs et encore plus  les écrivaines-voyageuses. Après Alexandra David Neel, Mary Kingsley, Isabelle Eberhardt et d’autres, je découvre Lieve Joris  née en Belgique(1953) mais basée aux Pays Bas, donc néerlandophone. Journaliste, boulingueuse elle a écrit de nombreux livres que je compte bien lire!

Ma cabine téléphonique africaine est le titre du premier récit : rencontre avec Bina, receveur des postes dans un village malien en 1996, déjà les touaregs rebelles menacent les autorités ou leurs représentants. La téléphonie mobile n’existe pas dans cette contrée. La cabine de Bina est une institution….Comme j’ai aimé ce récit! Lieve Joris s’efface devant les personnages africains. Elle les campe magnifiquement.

Le second récit, Les Enfants de Mobutu, se déroule au Congo, en 1998, le règne de Mobutu s’ achève, il reste un grand désordre et pourtant l’auteure se promène dans la province qui paraît paisible. Elle accompagne un homme d’affaires qui vend, troque, ou achète un peu n’importe quoi. Elle nous fait imaginer l' »ambiance du poisson » sur le bord du lac, on rencontre des pauvres pêcheurs, des cyclistes qui font des kilomètres de pistes défoncées pour transporter 3 malheureux poissons….Aventure humaine, chaleur africaine…

On passe aussi par Dar-es-Salam ou par Saint Louis du Sénégal .

Lieve Joris a posé ses valises en 1982 au Caire. Elle nous invite dans l’appartement de Madame Taher, sa logeuse, bourgeoise déclassée qui fait survivre un monde féminin, désuet, étriqué et décalé.

Puis elle part à Alep et à la frontière de la Syrie et de la Turquie, rencontre Ismaïl,  Kurde qui préfère disserter sur Baudelaire et les surréalistes que de lui faire rencontrer la réalité, « Baudelaire est sans danger » : rencontre touchante.

Les 50 dernières pages se déroulent en Pologne (1987)et en Hongrie (1990) . Rencontre avec Kapucinski – un écrivain -voyageur que j’aimerais lire. Ils ne parleront pas de l’Afrique que les deux auteurs ont parcouru, Kapuscinski fera découvrir la Pologne grise de la fin du communisme. Enfin Lieve Joris aboutit dans un petit village hongrois  sur la Tisza.  Avec une grande délicatesse, elle nous présente les protagonistes de l’histoire récente, l’idéaliste qui voulait changer le monde, le maire communiste, l’institutrice aux prises avec les enfants tziganes qui ne supportent pas la sédentarisation imposée…Aucun jugement, juste une grande sympathie.

Lieve Joris ne se met pas en avant. Elle ne se vante pas de ses aventures. Elle laisse parler les personnages qu’elle rencontre, nous fait sentir les ambiances, les odeurs, les goûts, les manques aussi. Un tout petit livre, un concentré de saveurs!

 

L’ÉPOPÉE DU CANAL DE SUEZ DES PHARAONS AU XXIè SIÈCLE Expo à l’IMA

Exposition temporaire jusqu’au 5 Août 2018 à l’Institut du Monde Arabe

l’Inauguration du Canal de Suez

On entre dans l’exposition au son des trompettes d’Aïda, opéra écrit par Verdi pour l’occasion de l’inauguration du Canal de Suez sur un livret de Mariette, le célèbre égyptologue. Puis, on est convié à la grande réception de l’inauguration du canal de Suez le 17 novembre 1869,  parmi les milliers d’invités. au centre une maquette des installations et des bateaux, aux murs photographies anciennes d’Arnoux et Zangaki aquarelles de Théodore  Frère et des tableaux, projection sur trois écrans  de la  novembre cérémonie du  commentée par Frédéric Mitterrand, en mode Zitrone, Ce qui m’a étonnée, c’est la cérémonie religieuse commune aux chrétiens réunis sous un pavillon tandis que les imams étaient en face sous un autre pavillon. Œcuménisme, du 19ème siècle? Étonnante absence aussi de Victoria qui a boudé cette réalisation franco-égyptienne ainsi que le Sultan Ottoman alors qu’Ismaïl Pacha avait donné la place d’honneur à l’Impératrice Eugénie. 

Sésostris III

Les origines du Canal racontent qu’un canal fut creusé dès l’Antiquité par Sésostris III vers 1850 av. J.C. entre le Nil et la Mer Rouge.

Des barques portant le chargement de 300 ânes pouvaient y circuler. En 519 av. J.C. Darius le restaura, ainsi que Ptolémée II, Trajan et en 643 ‘Amr al-‘As, commandeur des croyants. Il fut ensuite volontairement abandonné. Une stèle cunéiforme en granite rose au nom de Darius fut trouvée pendant les travaux de creusement par Mariette et atteste de ce canal antique.

En 1504, les Vénitiens présentèrent  au mamelouk un projet de creusement d’un nouveau canal, sans suite.

L’expédition de Bonaparte et l’Inventaire de l’Egypte par les savants qui l’accompagnaient, l’avènement de Mehemet Ali qui a modernisé l’Egypte réactualisent l’idée du percement d’un nouveau canal.

Les Saint Simoniens etProsper l’Enfantin

En 1846 les Saint Simoniens fondent la Société d’Etudes du Canal de Suez. Ferdinand de Lesseps obtint de Saïd Pacha  la concession en 1855 et le chantier débuta en 1859.

la construction du Canal de Suez

La construction du Canal eut d’abord recours à la Corvée : le khédive mit disposition 25000 fellahs qui ne disposaient que d’outils rudimentaires et qui mourraient par milliers. Des photos et un film égyptien montrent les conditions déplorables  des hommes qui moururent par dizaines de milliers. Les britanniques dénoncèrent cet esclavagisme et Napoléon III obtient en 1864 l’abolition de la Corvée. En plus du creusement il fallait draguer le canal pour éviter l’ensablement : une maquette de dragueuse à godet est sous une vitrine tandis que des vidéos montrent son fonctionnement.

Dragueuse à godet

Bartholdi qui avait accompagné Gérôme en Egypte, à la suite de sa rencontre avec Ferdinand de Lesseps, inspiré par les statues antiques géantes eut l’idée du projet d’un énorme phare à l’entrée du Canal à Suez portant une paysanne égyptienne brandissant une torche, l’Occident éclairant l’Orient. Cette réalisation ne se fit pas mais inspira la statue de la Liberté réalisée en 1896

projet pour la statue de Bartholdi

Trois villes furent crées ex nihilo : Port Saïd, Ismaïlia et Port Tawfik (Suez). Un grand plan relief de plusieurs mètres de long est dans une vitrine comme la maquette de Port Saïd. Ces villes étaient très cosmopolites peuplées aussi d’Italiens, et de Grecs.  Dans les années 1930, des expérimentations architecturales Art Déco sont illustrées par les très belles photos d’Arnoud de Boistesselin

Architecture Art Déco : photo Boistesselin
Architecture Art Déco

Des tableaux montrent le développement du trafic à travers le canal. Deux années-record : 1966 avec 21.250 t dont 75% de pétrole et plus tard 2008,  21.415  t. Entre temps, les conflits régionaux et mondiaux eurent leurs influences sur le trafic. En 1882, l’armée britannique réprime une révolte de l’armée égyptienne, occupe tout le pays et prend sa part dans l’exploitation du Canal.

En 1888, le canal est déclaré neutre et international. Il est , de fait, contrôle par l’armée britannique .

La nationalisation par Nasser

Le discours de Nasser

Le 26 Juillet 1956, Nasser annonce la nationalisation du Canal. Cet événement capital est mis en scène dans l’exposition : un écran double montre d’un côté Nasser et la foule en délire, de l’autre côté de l’écran, sans le son, mais avec les sous-titres, est projeté le film égyptien Nasser56 qui montre les égyptiens partant contrôler le Canal.

La suite de la nationalisation est l‘Expédition militaire Anglo-franco-israélienne d’Octobre/Novembre 1956

1956

Le Pacte secret de Sèvre est affiché au mur. amusant de constater que Britanniques et Français n’ont pas conservé leurs exemplaires du protocole, il ne reste que l’israélien.

la suite de l’exposition détaille les guerres israélo-égyptiennes des Six jours et de Kippour avec des cartes et des témoignages de vidéos : interviews et films égyptiens : dans les « petits rêves » on voit la démission de Nasser à la suite de la Guerre des 6 jours et les manifestations de soutien au Rais de la population.

Le canal du Futur

le 5/8/2014, le Président Egyptien Al-Sissi annonce le creusement d’un deuxième canal. Une nouvelle capitale administrative construite dans le désert entre le Caire et Suez est prévue pour 2019. Je suis très étonnée d’avoir manqué une telle information.

La visite se termine par un film tourné à bord d’un prote-container commenté par Michel Serres qui parle de la Garonne et aussi des nouvelles voies de navigations par les pôles dégagés par le réchauffement climatique…..

C’est encore une exposition passionnante, même si la fin qui raconte l’histoire est présentée de manière un peu aride.