Le paumé – Fatos Kongoli

LIRE POUR L’ALBANIE

Tirana Blues de Fatos Kongoli ne m’avait pas franchement convaincue. En revanche,  Le paumé m’a beaucoup intéressée. Il se déroule dans les années 60 – 70 avec un épilogue en 91 à la chute du communisme en Albanie et à la fuite vers l’émigration de nombreux albanais.

Je me suis intéressée au personnage « paumé »  et je l’ai volontiers suivi dans ses tribulations.

« paumé »?

Pas tant que cela. l’enfant a découvert assez tôt la malédiction de sa famille : un oncle qu’il n’a jamais connu s’est enfui à l’étranger. Toute la famille du « traître » est entachée de cette faute. L’enfant apprend d’instinct comment réagir, cacher cette tache, forger un masque d’hypocrisie. Comme il apprend à se défendre de la violence qui l’entoure. Violence des autorités en la personne du directeur d’école, violence du quartier de banlieue où il apprend comme les autres à se défendre avec ses poings, à encaisser les coups et éventuellement à manier le couteau.

 Bon élève par là-dessus, après une scolarité dans un lycée de Tirana il est accepté comme étudiant. Il doit être beau garçon (il ne s’en vante jamais) parce qu’il obtient des succès féminins inespérés. Il suscite aussi des amitiés fidèles. 

Paumé?

Il est surtout vulnérable. Ses relations avec les personnes de la Nomenklatura sont fragiles. Il suffit d’un faux pas, il se retrouve dans cette cimenterie qui fait penser à un bagne où il casse des pierres à chaux. Une soirée alcoolisée pour que tout chavire et qu’il se retrouve au poste. L’alcool aide à supporter ces violences quotidiennes.

Garçon d’une banlieue défavorisée entré par effraction au Blok quartier réservé aux privilégiés du régime il est plutôt mieux armé pour la survie que son ami fils de ministre qui se suicidera à la disgrâce de son père. On découvre que nul n’est à l’abri de l’arbitraire.

Tirana blues – Fatos Kongoli

LIRE POUR LES BALKANS/ALBANIE

Les polars et les romans noir font visiter les recoins et les quartiers où un touriste avisé ne s’aventure jamais.

Polar ou roman noir?

Un peu des deux. Il y a certes une enquête policière mais ce n’est pas l’essentiel.

Bien sinistre, bien glauque, que les trois histoires de ce roman choral. Celle de la victime (une des victimes) un professeur d’âge mûr doit avouer à sa femme qu’il l’a trompée, histoire sordide. Celle du policier, qui enquête sans conviction sur le meurtre du professeur. La troisième voix est celle d’un petit voyou qui a trempé à son insu dans l’affaire. Les trois voix se croisent. bien glauque parce que les personnages sont tous déprimés, se laissent entraîner dans des affaire plutôt minables. Sinistre, cette banlieue qu’on appelle la « Tchétchénie » aux constructions illégales,. Même le week end à Sarandë et à Llogara en plein hiver n’est pas franchement rayonnant.

Si pour vous, polar veut dire thriller, ce n’est pas pour vous, le rythme est lent. Plutôt noir alors?

la Dernière Page – Gazmend Kapllani – INTERVALLES

CARNET DES BALKANS/ALBANIE

C’est un vrai coup de cœur!

Un de ces livres qui me semble personnellement destiné. Pas seulement parce que nous rentrons de Tirana. Pas seulement parce que le destin des Juifs de Salonique m’émeut toujours. Quête d’identité dans le mélange balkanique,exil et  métissage. Faux-semblants. Aussi pour l’amour des livres. Pour ce poème de Cavafy, glissé comme  par mégarde.

Je venais de terminer le Petit Journal de bord des frontières qui m’avait beaucoup touchée. C’est parfois une erreur de lire à la file deux livres du même auteur. Parfois la petite musique de l’auteur se répète, radote. Et bien là, pas du tout. Le narrateur des deux ouvrages semble être le même,  un exilé albanais, écrivain, vivant à Athènes. Les lieux aussi sont identiques, Tirana, la Grèce. Pourtant ce sont bien deux livres très différents. La Dernière Page mêle deux histoires (comme Le Petit Journal mêlait deux points de vue). L’auteur a recours à la typographie italique dans l’histoire du père, droite dans celle du fils.

156 pages,  et pourtant un roman complet, avec une intrigue, et même deux, du suspense, une analyse historique. Bravo!

Petit journal de bord des frontières – Gazmend Kapllani – ed. INTERVALLES

CARNET DES BALKANS/ALBANIE 

          »  Ma relation problématique avec les frontières a commencé de très bonne heure.                  Dès mon plus jeune âge. Parce que le fait d’être atteint ou non du syndrome de la                 frontière est en grande partie une question de hasard : tout dépend du pays où                    l’on  est né.

           Je suis né en Albanie »

Gazmend Kapllani est un auteur albanais qui vit en Grèce et écrit en Grec.

Je l’ai trouvé au hasard des algorithmes de Babélio ou d’Amazon, téléchargé « à l’aveugle » sans critique 4ème de couverture, ni recommandations et ce fut une excellente surprise.

Ce livre est double : un journal de bord , récit de l’émigration du narrateur, e, imprimé en caractères italiques et des chapitres d’une typographie romaine droite qui s’intercalent dans le récit et qui décrivent la condition de l’émigré, plutôt sur le mode méditatif et souvent ironique. Les chapitres alternent, action et réflexion, datés 1991 et intemporels, albanais et universels.

Le narrateur raconte d’abord les conditions de vie et l’enfermement des Albanais sous le régime d’Enver Hodja.

« Plus les années passaient, plus l’isolement de l’Albanie se radicalisait, et plus le monde-au-delà des frontières se transmuait en une autre planète. Paradisiaque pour quelques-uns…. »

Il généralise son cas personnel, albanais à une condition universelle:

« Le véritable immigré est un égoïste, un narcissique invétéré. il pense que le pays où il est né n’est pas digne de lui »

J’ai aimé cet humour, cette ironie, nécessaire pour la survie aussi bien de ceux qui étaient asservis par la dictature que ceux qui en exil , dans les pires conditions veulent rire pour survivre

« le rire des hommes des frontières est le meilleur des masques. en riant, c’est comme s’ils disaient à la mort : « ne compte pas sur nous pour être tes clients. Tu vois bien que si nous rions, c’est que que nous n’avons rien à faire de toi »

J’ai aimé aussi l’ ouverture aux autres qui lui fait citer les Grecs en immigration aux Etats Unis qui fait de son livre non paas un livre sur les Albanais en Grèce mais le livre de tous les migrants. 

 

Faleminderit! Merci à Albania Tradition pour ce circuit passionnant

CARNET DES BALKANS

Avant de refermer ce carnet, avant de partir pour de nouvelles aventures, de nous envoler vers un nouveau voyage, je tiens à remercier Albania Tradition l’agence locale de Tirana pour nous avoir préparé ce circuit.

30 jours, 19 étapes, 4 pays, un Road book de 80 pages. Bravo! vous avez bien travaillé!

Nous n’aurions jamais imaginé tant de variété dans les paysages, les visites culturelles. pas un jour n’a ressemblé au précédent. Sites archéologiques, citadelles, monastères, mosquées anciennes ou baroques, maisons-musées, plages et montagne.

Hébergements  toujours bien  choisis, de l’accueil tout simple et chaleureux « chez l’habitant » au 5* de Peje, en passant par toutes les catégories d’hôtel.

Ce qui a été toujours égal c’est la gentillesse de nos hôtes, même si parfois on avait du mal à se comprendre.

Mention spéciale à l’équipe de l’Hôtel Alpin qui nous a dépanné lors de la crevaison, à Eni de GuideinPermet qui nous a trouvé un hôtel lorsque l’hébergement prévu était inaccessible en haut d’un escalier raide, à Sotir qui nous a ouvert son jardin et  sa maison,   à Fariç et Arben qui ont improvisé un séjour gastronomique et cuit le Fli sur le feu….à tous les inconnus qui nous ont fait apprécier leur pays….

Et bien sûr à Evaneos qui nous a mis en relation avec Albania Tradition

Retour à Tirana par le chemin des écoliers

CARNET DES BALKANS/ ALBANIE

Tirana : place Skanderbeg

 

Inutile d’arriver tôt à l’hôtel , nous rentrons par le chemin des écoliers. Que voir en route ? Sur la carte, une citadelle figure à Peqin que nous aurions pu voir sur la route de Dürres à Elbasan si le GPS ne nous avait pas déroutées par Tirana . Peqin est un village assez insignifiant, on y trouve un marché, une mosquée, une fontaine. Un canal à la sortie du village procure un peu de fraîcheur. Il y a justement une place pour garer la voiture. Nous allons faire un peeu de ménage dans la Clio avant de la rendre. Nous sommes en face de la Gendarmerie, un home en sort :

« vous allez à la mer ? A Tirana ? »

  • « non, on fait le ménage parce qu’on doit rendre la voiture ! ‘

Je brosse les sièges à la brosse à dents.

  • « Où se trouve la citadelle ? «

Elle est dans le village mais en restauration, les remparts sont en bon état. Elle aurait belle allure avec ses deux tours , il faudrait juste un peu de désherbage et des panneaux racontant son histoire.

Nous avons le temps de revoir la mer à Dürres. Plaisir de retrouver un endroit familier, le gardien du parking du Musée archéologique nous reconnait. Il nous salue en français. Nous allons manger une glace chez Celia en front de mer .

Il reste une corvée : on nous a demandé de faire laver la Clio avant de la rendre. Les stations de « lavazh « ne manquent pas en Albanie, mais justement quand on en a besoin on n’en trouve pas. Les stations-service de l’autoroute Dürres –Tirana n’ont aps de pste de lavage. Il faut sortir et chercher dans les villages. Pour 200lekë (3€) deux jeunes hommes s’activent au kärcher et à la peau de chamois avec dextérité ; Ils nettoient même l’intérieur.

Tirana : jeux d’au sous la canicule

14h30 avec l’aide du GPS nous arrivons au Comfort Hotel –Rruga Fortuzi. Nous y sommes très bine accueillies, on se souvient de notre premier passage ; c’est toujours agréable d’être reconnu !

Les employés nous aident à garer la voiture. Nous déjeunons sur la terrasse sous un ventilateur hyper-puissant. Il ya également un système de brumisation mais pas tout à fait au point ; de gosses gouttes me tombent sur la tête.

Après une sieste de rigueur, je sors changer les 20.000lekë que je n’aurais jamais du prendre au distributeur d’Himarë. Les banques ferment le vendredi à 15h, mais els changeurs sont leur bureau ouvert.

Arrivée à la grande place Skanderbeg, j’ai la bonne surprise de voir que les palissades de chantier ont disparu : le dallage de la place est terminé De l’eau glisse sur le sol bombé. Des enfants jouent dans les jets d’eau. On dirait qu’on a attendu la canicule pour inaugurer les jeux d’eau. Skanderbeg à cheval est libéré des échafaudages. C’est vraiment une belle place ! Non loin, la cathédrale orthodoxe brille de ses coupoles dorées. Après la destruction de tant de lieux de culte je comprends ces reconstructions d’églises et mosquées neuves, mais elles manquent encore de patine !

Tirana : cathédrale orthodoxe

En face se trouve la Maison des feuilles : musée de l’espionnage installé dans une ancienne clinique gynécologique qui faut fréquentée en son temps par la femme du roi Zog. Occasion de réviser l’histoire récente de l’Albanie. Dans cette maison les services secrets d’Enver Hoxha étaient installés. Une mise en scène de la surveillance et de la terreur est orchestrée dans les pièces qu’on visite selon un parcours étudié ; on voit des films d’époque, puis les photos et les interviews des victimes, enfin les instruments d’espionnage et de surveillance. A la fin on ne trouve pas la sortie et on vit un moment d’angoisse ; c’est certainement voulu.

la maison des Feuilles

Je retrouve Dominique  à la même terrasse qu’il y a exactement un mois. Je reprends un café frappé comme l’autre fois . Seuls absents les musiciens gitans qu’on aurait dû filmer plus longtemps !

Nous décidons de dîner au même restaurant, mais il est encore trop tôt ; on retourne à la terrasse du Comfort et après on a la flemme de se lever. On nous fait comprendre qu’il est inutile de commander du poisson, ou un risotto de la mer, ou des calamars : le poissonnier voisin vient de descendre son rideau. Au moins nous savons maintenant que tout ce qu’on mange ici est très frais !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

la Provocation – Ismaïl Kadaré

LIRE POUR LES BALKANS/ALBANIE

Sous le titre La Provocation, qui est le titre du premier micro-roman, ce recueil réunit des textes divers, trois inédits écrits après la chute du communisme, d’autres plus anciens extraits des romans. C’est donc un recueil un peu hétéroclite qui dérange un peu par le manque de cohérence.

la Provocation a été rédigée en 1962 mais parue seulement en 1972. Elle raconte comme dans le Désert des Tartares la vie de soldats gardant la frontière dans une montagne enneigée. Tout d’abord je me suis interrogée, quelle frontière? en 1962, Macédoine, Kosovo et Monténégro étaient réunis dans la Yougoslavie de Tito, au sud est, la Grèce. Je n’ai jamais entendu parler d’état de guerre entre la Yougoslavie et l’Albanie, dans la montagne grecque se sont déroulés des combats pendant la Guerre civile, contre l’occupant nazi, mais entre Albanais. J’ai demandé au guide de l’agence albanaise dès notre arrivée à Tirana : d’après lui  la « provocation » ne serait que dans la paranoïa du dictateur de l’époque . Deux lectures sont donc possible : soit allégorique dans l’esprit du Désert des Tartares , soit politique dans l’isolation du pays du temps d’Enver Hoxha. Dans le second cas, on peut aussi s’interroger sur la censure qui a retenu dix ans la parution de la nouvelle. C’est affaire de spécialistes….

Deux textes sont des lectures de Shakespeare, de Hamlet et de Macbeth . Kadaré a beaucoup brodé sur ces thèmes surtout Macbeth qu’il a lu très jeune.

J’ai beaucoup aimé La Question d’Orphée, ironique et politique.

« Habitués au luxe de l’Olympe, les artistes pensaient rarement au monde des ténèbres. Pour autant Hadès ne se vengeait pas de son mépris… »

« les bruits sur les égards dont bénéficiaient les artistes alors que d’autres au moindre faux pas étaient broyés sans pitié reprirent de plus belle… »

« Un troisième groupe qui avait le mot plus rare, était d’un tout autre avis. Ils étaient persuadés que le pacte était biaisé. Nulle Eurydice ne suivait Orphée lorsqu’il avait franchi le seuil des enfers. le regard en arrière avait été une trouvaille diabolique… »

Le Mariage du serpent est une nouvelle étrange…

mais je ne vais pas tout raconter!

Berat : citadelle et quartiers modernes

CARNETS DES BALKANS/ ALBANIE 

Mangalem et la mosquée des célibataires

pigeons

Dans le jardin, notre hôte élève entre 20 à 30 pigeons « modèle cowboy » blancs et bruns qui ont la particularité d’avoir de longues plumes sous les pattes là où les oiseaux ont ordinairement des écailles. Pigeons de race et de collection. « il ne sont pas voyageurs » a-t-il précisé. Ils font sans doute des concours .Il vient de les soigner. De temps en temps il vient avec un autre colombophile, prélève un pigeon qu’il emballe dans un journal enroulé. On ne l’a jamais vu les libérer pour voler. Cet élevage me fait penser au roman Hakawati de Rabih Allameddine que j’ai lu cet hiver et au vieil homme de Madaba (Jordanie) pigeons perché sur sa terrasse, qui sifflait les pigeons en vol.

modèle cow boy!

Avec le lever du jour les pigeons m’ont éveillée. Je me suis installée pour écrire sur le rebord du muret. Tout à coup j’ai senti quelque chose sur mon pied : la tête de la grosse tortue curieuse. Une autre petite est venue visiter mes tongs bleues. Elles sont étonnamment rapides. Les tortues sont endémiques , il y a peu nous avons arrêté la voiture pour en aider une à traverser la route.

transport du ciment

Vers 7 heures, les sabots d’un âne ont résonné dans la ruelle en pente à nombreuses reprises. Il remonte le ciment qu’on gâche en bas de la rue dans des caisses en plastique pour répare une maison plus haut. De nombreuses maisons de Mangalem sont ainsi restaurées et converties en chambres d’hôtes. Notre propriétaire en possède plusieurs dans la rue.

8heures, il vient nous chercher pour le petit déjeuner. . Au petit déjeuner, il y a du melon délicieux et un gâteau genre Forêt Noire que je mange plus par politesse que par goût. Je retrouve le groupe des français qui étaient à la Mosquée du roi. Ce matin ils vont visiter la Citadelle, j’aimerais me joindre à eux pour profiter des commentaires du guide. Ce ne sera pas possible annonce le guide, ils montent en voiture. Pas de problème je comptais bien faire la promenade à pied ! A 9h, je monte un bon kilomètre sur une rue pavée de galets bien glissants ; pour la montée je ne peine pas ,  il fait encore une température agréable .

Histoire de Berat

La citadelle est entourée de hauts remparts byzantins  protégeant la ville .Les  empereurs byzantins furent  vaincus par les Croisés en 1204.  Michel Commène II  Doukas , despote d’Epire (1230-1268) entra en conflit avec Manfred de Sicile et lui céda Corfou puis il s’’allia avec ce dernier et Villehardouin pour combattre les byzantins Michel et Jean Paléologue. . Les catholiques notamment les Anjou vouaient contrôler la Via Egnatia allant de Dürres  à Constantinople. En  1417, elle fut occupée par les Ottomans. Après la défaite de Skanderbeg au siècle suivant (siège de Berat en 1455) , Berat  ne fut plus jamais assiégée. En 1808, Ali Pacha s’en empara par la ruse et le poison.

A la différence des citadelles visitées pendant notre voyage : Kruja, Prizren, Kotor ou Shkoder, qui étaient en ruine, la citadelle de Berat est habitée : les rues  sont tranquilles, des maisons ont des jardins, des arbres fruitiers (en ce moment les abricots sont mûrs), de beaux porches arrondis en pierre calcaire soigneusement taillés, des murs blancs parfois chaulés.  Les marchandes ont étalé des nappes de dentelles et de la lingerie ancienne brodée, beaux vêtements qui ne déparent pas.

Musée Onufri .

Musée Onufri

Le Musée Onufri est installé dans l’Eglise de la Dormition de Sainte Marie, es-cathédrale orthodoxe, construite au 13ème mais remaniée en 1797. Le mobilier, iconostase et chaire sont en bois travaillé et doré avec le plus grand soin. J’ai retrouvé le groupe des français et leur guide ; il fait remarquer les animaux sculptés, les fleurs et les fruits qui racontent les légendes. A l’apoque on savait déchiffrer les symboles. L’iconostase porte des icônes dont deux d’Onufri, le célèbre peintre d’icônes du 16ème siècle. Onufri fut un des premiers à avoir signé ses icônes. On sait qu’il faut prêtre à Elbasan mais son lieu de naissance, sa mort sont un mystère. On lui attribue des icônes aussi bien en Albanie qu’en Grèce, en Macédoine jusqu’en Roumanie. Il est célèbre pour son « rouge onufri » et pour avoir introduit le rose dans les icônes.

Je n’aurais pas osé à aller derrières l’iconostase, le guide y entraine les touristes pour montrer les fresques encre visibles. Elles avaient été badigeonnées à la chaux. Un nettoyage les rend visibles ; C’est là qu’en 1965, à la période où les communistes détruisaient les églises , on découvrit derrière l’autel deux « codex » copie de la Bible sur des cahiers manuscrits écrits en lettres d’or. Par chance, les destructeurs prirent  conscience de la valeur de leur découverte. Ils sont maintenant conservés à Tirana.

Dans le bâtiment annexe les icones sont  commentées soit avec un QR code (encore eût- il fallu que la wifi soit disponible) soit sur des fiches plastifiées. J’ai recopié pour els icones que j’ai préférée :

Saint Jean Baptiste

 La Présentation du Christ au Temple (n°9 le rouge  du manteau splendide et roses caractéristiques d’Onufri, mouvement des membres et plis déjà observés au Musée de Korçe ;  dans la merveilleuse Déisis, le Christ porte une tunique rose et la Vierge, un riche manteau rouge. On voit aussi plusieurs représentations de Saint Jean Baptiste portant sa tête.  J’ai beaucoup aimé une Annonciation (n°21) et la Nativité de la Vierge (19) ainsi que les 40 martyrs de Sébaste où le ciel doré est gravé de 40 couronnes. .

minaret de la mosquée rouge

Je poursuis ma promenade dans la citadelle, en flânant plutôt qu’en visitant systématiquement. Au sommet de l’acropole je trouve logiquement la citerne, comme les châteaux d’eau modernes sont perchés / Une sorte d’esplanade porte les restes de bâtiments et les ruines de la Mosquée blanche dont le minaret est cassé, un peu plus loin les restes de la Mosquée rouge,. Sous l’Acropole, la petite église de la sainte Trinité 13ème 14ème est fermée,. Je descends le long des remparts et trouve une grande tête de Constantin sur une place à proximité de l’Eglise Constantin et Hélène (1639) fermée elle aussi) .

Sainte Trinité

Le Musée Ethnographique se trouve à mi-chemin, il occupe une belle maison ottomane, comme tous les musée ethnographique il contient de beaux costumes, des outils des artisans : ferronnerie, menuiserie, et à l’étage on a reconstitué le çardak balcon ouvert avec un coin élevés servant d’habitation d’été, on y travaillait aussi, on tissait. 3 fenêtres orientées au nord, rafraîchissaient  l’air.

Dans la soirée, je me promène dans  Bérat, passe le pont Goriça, le vieux pont de pierre 1777, 130 et 9 arches.  Un panneau rappelle qu’Evleya Celebi y fait référence, par la suite j’ai cherché mais pas trouvé, mon édition est lacunaire.  Passé le pont, j’arpente le quai du côté de Griça. Un cheval blanc est attaché, des chèvres paissent, atmosphère très paisible. J’entre dans l’Eglise Saint Spiridon (1864) son porche s’ouvre sur une galerie à 9 arcades. A l’intérieur la basilique est vaste avec ses 3 nefs. Comme à la mosquée, il y a à l’étage une galerie pour les femmes. Dans la cour poussent des aubergines ;

J’ai retrouvé la famille française qui est arrivée cet après midi à l’hôtel avec leur guide francophone très sympathique. Il nous montre au sommet de la montagne le nom ENVER toujours là.  Je lui dis que ces inscriptions géantes me rappellent un film albanais que j’ai vu autrefois où un instituteur faisait écrire des slogans dans la montagne ; Le guide connait ce film c’est Slogans (2001) : on peut encore le visionner sur Youtube en cherchant Parullat :

Il me reste encore à explorer les monuments de la ville moderne : la Mosquée des Plombs (16ème siècle) également citée par Evleya Celebi qui a fait la liste des monuments d’Ahmet Bey. L’intérieur est très sobre, je remarque un beau Minbar de bois ainsi que la galerie des femmes au moucharabieh ondulant et un vitrail éclairant avec des rayons rouge/bleu/jaune et vert.

L’église Saint Dimitri qui est en face de la mosquée, est toute neuve avec une belle iconostase et un  lustre impressionnant à l’aplomb de la rosace marquetée au sol. Très grande du dehors, l’intérieur paraît plutôt intime.

Je fais un détour avant de rentrer à la Mosquée des Célibataires qui est juste sous le jardin. Je fais des photos des fresques extérieures, mais encore une fois impossible de rentrer. Curieusement,  sous cette mosquée il y a un magasin d’habillement tout à fait profane.

Arrivée à Berat

CARNET DES BALKANS/ALBANIE 

Berat la ville aux 1000 fenêtres

Retour à Fier par la même route, déserte à l’heure de la sieste. Entre Fier et Berat c’est tout droit. La chaleur (39°) écrase tout. Je remarque une odeur de goudron. De curieux réservoirs cylindriques sont alignés, plus loin brûle une torchère. Nous passons à côté du champ pétrolier de Marinza,  pétrole conventionnel ou gaz de schiste, les articles que j’’ai trouvé sur Internet ne sont pas clairs même si tous s’accordent sur la pollution.

La rivière Osum à Berat

Les montagnes se rapprochent, nous arrivons à Berat vers 15h30. Nous nous orientons grâce à la rivière Osum qui sépare les deux quartiers anciens de Mangalem sous la kalaja où se trouve notre hôtel et le quartier de Gorica  sur l’autre rive, adossé à l’autre colline. Le Road book stipule qui’l faut se garer près de la Mosquée des Célibataires. On se trompe de mosquée, je pars à pied, un peu perdue. Personne ne semble connaître l’Hôtel Nasho Vruho.

au paradis! notre jardin suspendu

Je monte une ruelle et trouve notre logeur qui nous attend et qui se charge de garer la voiture dans « son parking ». Dominique gravit péniblement la ruelle aux galets polis et glissants. Notre hôte ouvre une porte : nous sommes au paradis : la chambre s’ouvre de plain pied sur un jardin suspendu au dessus des toits. La vue est merveilleuse, sur la rivière Osum, les toits de Mangalem, la ville moderne avec sa promenade et la coupole de l’université.

notre vue

J’écris assise sur un siège de pierre, accoudée au muret sous un agrume non identifié en fleur (citron ou orange ? ) une dizaine d’arbres soigneusement taillés, au tronc chaulé poussent entre les dalles. Deux oliviers dépassent les orangers, un petit grenadier tente de se frayer une place. Dans des poteries, des plantes vertes ; les sièges sont maçonnés grossièrement ; Il y a aussi une chaise longue en bois et deux fauteuils de fer forgé très confortables. Des jarres « antiques » complètent le décor.

La chambre est éclairée par deux baies en ogive encadrées de briques. Les murs sont dallés de pierre grise avec des joints peints en rouge. Deux lits, une table de chevet, la télévision sur une tablette. La salle de bain est lilliputienne, la douche est en hauteur alimentée par un tuyau sur le lavabo. Quelle importance puisque nous sommes au paradis ! Le climatiseur est réglé sur 24°, il nous semble arriver dans une glacière ; je me dépêche de l’arrêter. Jamais je n’arriverai à me doucher dans un froid pareil.

Notre hôte parle français, il est aux petits soins et nous a aidé à monter les trois valises (quelle idée d’emporter tant d’affaires !). Pour éviter que Dominique n’ait à descendre en  ville pour dîner, il propose que sa femme nous fasse de la soupe. De la soupe par cette chaleur ? J’irai acheter des yaourts et des pêches !

Après quelques temps dans le jardin je pars à l’aventure sans plan ni guide. Berat n’est pas si grande ! Je situe les deux quartiers de Mangalem et Gorica, de chaque côté de la rivière, emprunte la promenade moderne entre un jardin public et les terrasses des cafés alternant avec des boutiques de mode. Puis je rentre par une rue parallèle commerçante où je trouve les supermarchés et les petites boutiques, elle va de la cathédrale orthodoxe à la Mosquée où nous nous sommes garées la première fois.

merveilleuses boiseries de la galerie des femmes

Un panneau touristique indique le Complexe formé par la Mosquée du Roi, le Tekke halveti et un Caravansérail. Je m’approche timidement de la Mosquée. Pendant le Ramadan c’était un peu compliqué, fermé le jour. Ramadan est terminé depuis trois jours. La mosquée est ouverte mais vide. Je me déchausse, j’ai oublié mon foulard. Le gardien m’encourage en italien « vous pouvez monter à la galerie des femmes et prendre toutes les photos que vous voulez ».

Plafond mosquée du roi

Comme la Mosquée du roi d’Elbasan elle date de 1492 et le Roi est Bayazit II (1481-1512). Le plafond est peint en rouge , des sourates y sont inscrites. Les boiseries de la galerie des femmes sont travaillées ; c’est peut être la plus belle mosquée d depuis celle de Tirana. Au moment où j’allais sortir, la mosquée s’illumine, un groupe de français et leur guide arrivent. Le gardien commente, le guide traduit. Du temps du communisme, la mosquée fut transformée en salle de ping pong et utilisée pour que les femmes s’y réunissaient pour coudre. Une chance pour la mosquée qui ne fut pas endommagée par ces activités.

Tekke

De l’autre côté de la place,  dans le Tekke, les derviches lisaient le Coran et les derviches tourneurs dansaient.  Il fut construit au 18ème siècle et appartenait à la secte Halveti. Je me repère mal dans les sectes soufies confondant Halvetis et bektashis. Le plafond est peint dans le style « baroque musulman »fleuri, doré à la feuille, très différent du plafond ancien de la Mosquée.L’éclairage de la pièce provient de fenêtres décorées d’entrelacs délicats.  On voit pendre les chaînes où étaient accrochées les lampes à huile. Dans le mur du fond,  sous les moucharabiehs pour les femmes, on remarque des trous qui s’élargissent à l’intérieur du mur. Le son était réfléchi par des coupelles de céramiques conférant à la salle une acoustique particulière. N peut accéder à la galerie des femmes par un escalier extérieur. Dans le tekke régnait une atmosphère très différente de celle de la Mosquée voisine. Dans la Mosquée du ri se pratiquait un islam sunnite traditionnel tandis que le tekke était beaucoup plus tolérant : la séparation homme/femmes n’était pas aussi rigoureuse, une femme pouvait se joindre aux danses et aux chants des derviches.  Les Halvetis et les bektashi s étaient plutôt rattachés au chiisme.  Du temps du communisme le tekke fut fermé on y entreposait des légumes ; Le gardien et le guide parlent de cette époque où la prédication était interdite tant pour les musulmans que pur les orthodoxes et les catholiques. Des prêtres de toutes confessions furent emprisonnés. Paradoxalement cette répression eut des conséquences bénéfiques : els religieux de toute obédience se sont rapprochés et la tolérance y a gagné. Des mariages entre communauté ont eu lieu et cela continue actuellement .

Vers le soir la promenade se peuple

Nous avons terminé la soirée dans notre jardin . A 19h les rues se sont animées et la promenade noire de monde. Au bout,une estrade et un écran, les lampadaires se sont illuminés. Un spectacle s’est déroulé jusqu’à tard dans la nuit, musiques diverses puis un spectacle théâtral comique , nous nous sommes endormies dans les rires et le vacarme.

Apollonia

CARNET DES BALKANS/ ALBANIE 

Apollonia : bouleutérion

Pour profiter du site d’Apollonia, nous avons décidé un départ matinal. A 7h la voiture est chargée, le petit déjeuner servi.

Le pneu avant est à plat. Un clou est enfoncé. Le jeune serveur sympathique et un ami de l’hôtel s’affairent pour nous aider. Renault a inventé un système énigmatique : cric et manivelle sont stockés dans une sorte de cuvette en plastique et un système énigmatique avec une ficelle et une pompe pour libérer la roue d secours. Personne n’y parvient. La roue reste désespérément accrochée sous la voiture malgré les efforts de tous. Téléphone au loueur de voiture, téléphone au garagiste de Dukat. Les garagiste arrivent de la vallée, ils sont trois et viennent à bout du système récalcitrant.

Retour des parents au nid

Au garage on nous offre deux chaises. Au dessus un nid d’hirondelles avec 6 poussins dans le nid qui tendent le cou et ouvrent grand  leurs becs à l’approche des parents. Comment sont-ils prévenus de leur retour ? leurs yeux cernés de blancs paraissent fermés. Le plus gros  se tient au mileiu, il semble mieux nourri que ceux des côtés du nid. Les parents semblent effrayés par nos appareils photos. Le ballet des hirondelles nous a bien distraites.

9h45, 2h de retard sur notre programme, nous quittons Dukat pour la baie de Vlorë. Nous passons sans nous arrêter devant le site d’Orikum, conquis par Alexandre le Grand, il servi ensuite de port à la flotte de César en lutte contre Pompée, puis port ottoman, Pacha Liman, et beaucoup plus tard de base de sous marins soviétiques ; une base militaire occupe encore le site et les touristes sont sous surveillance militaire.

D’Orikum à Vlorë, le littoral est occupé par les établissements balnéaires et les marinas. Des complees immobiliers très récents poussent – bétonnage navrant et gâchis de paysage.

Vlorë est une grande ville. On suit d’abord la corniche puis se perd avant de trouver l’autoroute dans une campagne plate où de petits champs alternent avec des oliveraies et quelques rangs de vigne. L’autoroute s’arrête brusquement avant Fier qui s’annonce par des cheminées géantes d’usines démantelées. On traverse des quartiers déshérités, un marché aux puces de vieux vêtements vieilles chaussures s’étale sur le trottoir ? Ce n’est qu’au centre de la ville que des immeubles modernes affichent une certaine prospérité. Une flèche Apollonia nous indique la direction qu’un policier nous confirme.

  • »C’est tout droit ! »

Apollonia

Monastère sainte Marie

Apollonia  n’est pas débordée par le tourisme comme Butrint. Il faut être motivé pour rouler sur des routes poussiéreuses creusées de nids de poules à travers les villages. Evidemment le GPS  ne l’a pas répertorié !

Le gardien vend les tickets, place les voitures et nous accueille en français.

  • « c’est une mission archéologique française qui a travaillé ici ! »

Deux sites à visiter : la ville antique romaine et le Monastère sainte Marie.

Le site est écrasé de chaleur lorsque nous arrivons, 34° à l’ombre et il y a si peu d’ombre ! Je choisis donc le monastère (13ème 14ème ). Les bâtiments en excellent état forment une cour dont l’église occupe le centre. Son porche est roman avec des chapiteaux d’un bestiaire fantastique. La margelle du puits est creusée dans le tambour d’une colonne antique. Au mur, les fresques (1261-1322) représentent Michel Paléologue, son épouse et sn héritier Andronic II . L’église est sombre et petite comme souvent les églises orthodoxes byzantines, l’iconostase est belle et la coupole est peinte à fresques.

En face le réfectoire du monastère présente de belles fresques, les Noces de Cana, en revanche je n’identifie pas le Prophète Elie et la prière à Gethsémani, signalés par le guide de l’Albanie.

Le campanile, à l’écart est moderne, reconstruit au 20ème siècle.

Dans le cloître on a placé de belles statues antiques provenant du site voisin. On tourne la vidéo d’un mariage albanais, la mariée fait des effets de traîne et de robe parmi les tuniques et les toges antiques. Je ne me suis donc pas attardée.

Un musée très riche et intéressant est installé dans le bâtiment à étage. Une affiche, signée de l’ambassade de France, honore Léon Rey, archéologue français, commémore  le 80èmeanniversaire des fouilles françaises.

Les vases grecs sont de toute beauté. Je retrouve les colonnes cylindriques hautes de quelques décimètres  provenant de tombes macédoniennes,, gravées en lettres grecques de noms illyriens ou macédoniens.

 Apollonia  fut fondée par des Grecs de Corcyre en 580 av. J.C. et connut une grande prospérité

205 av. J.C. elle se place sous la protection de Rome  et apporte son soutien à César contre Pompée.  Octave y séjourna 6 mois. Les antiquités romaines sont donc très abondantes.

Une sandale romaine et le pied de bronze chaussé ont retenu mon attention. Il y a de nombreuses têtes de romains et de romaines, portraits réalistes. J’ai aimé les sirènes, avec leur air nostalgique et plaintif.

La ville romaine

J’ai peu de courage pour affronter la fournaise dans la ville romaine. Je fais l’impasse sur les murs d’enceinte et me limite au centre. Le bouleuthérion dépasse des ruines. On  a relevé son fronton triangulaire soutenu par des colonnes corinthiennes. Le conseil de la ville – 160 membres – se réunissait sur ses gradins. On raconte que 25 paires de gladiateurs ont combattu pour son inauguration au 2ème siècle après J.C. Il a belle allure mais quand on regarde de près, on voit beaucoup de ciment dans les colonnes.

Odéon

En face le petit Odéon , théâtre couvert, pouvait contenir 650 spectateurs. Picard 1955 émet l’hypothèse d’un théâtre mystique lié au culte de la Dea Syria. « On peut imaginer » – dit le panneau – « que sa construction rappelle la visite d’Octave. »

Les piliers de brique entre l’Odéon et le Bouleuthérion marquent l’emplacement d’un arc de triomphe qu’il reste à imaginer.

Le Sacellum, à côté de l’Odéon, était dédié au culte impérial. Il  contenait une niche pour la statue de l’empereur, une haie d’honneur de 8 personnages qui se faisaient  face.

Adossée çà la colline, Stoa aux 17 niches, chacune garnie d’une statue retenait la pente.  L’avant colonnade soutenait une galerie à l’étage.

Au dessus de la Stoa, il ne reste que les bases d’un petit temple. Je monte à l’Acropole traversant un bosquet de chênes puis une olivaie où  se trouve un restaurant – au nom de Léon Rey .

Le site est immense, le temps me manque  pour l’exploré, le climat estival ne s’y prête pas. Autant j’ai traîné en Avril dans les sites antiques de Sicile égayés par les fleurs, autant j’ai hâte de m’attabler au restaurant pour engloutir une bouteille de Glina pétillante et fraîche.

Déjeuner léger : Légumes grillés ( Périmé, ce nom m’amuse) et tzatsiki très bien présenté, disposé à la douille à meringues un filet d’huile,  avec une olive et des poivrons en décor . servi avec du pain grillé à l’huile et au thym