Tallinn : musée de la Grande Guilde et Musée de la Ville

La Grande Guilde de Tallinn

Grande Guilde

La première salle a un plafond en ogives, aux arêtes soulignées de pierre. On y a installé deux expositions dans des vitrines : les écrits du passé et les objets du passé. Sur les murs des frises chronologiques et des panneaux donnent des explications détaillées. Je peux donc découvrir les écrits d’un roi danois Valdemar IV 1345, le codex de Lübeck1280, une lettre  du Pape Nicolas V 1450 pour l’établissement d’une chapelle, un autographe de Gorbatchev et d’Indira Gandhi

Un mur audiovisuel raconte l’histoire de l’Estonie avec des courts vidéogrammes humoristiques.

Dans la belle salle voûtée, des écrans interactifs répondent à diverses questions :

L’Estonie est-elle un pays nordique ? Des documents présentant glaciation et déglaciations avec la remontée des continents libérés des glaces et la création des îles.

Est-ce que les Estoniens ont été heureux sur leur terre ? Depuis le 13ème siècle ils ont été occupés. Les paysans sont devenus des serfs au 15 ème et 16 ème siècles.

D’autres questions concernent la langue estonienne et l’identité estonienne.

L’intérêt de la visite réside plutôt cette la merveilleuse salle.

Au niveau bas, les caves furent utilisées comme caves à vin. Il se trouve même une cellule de dégrisement.

On raconte l’Histoire des Guildes : la Grande Guilde réunissait les négociants mariés, tandis que les célibataires se réunissaient dans la Maison des Têtes Noires. Les artisans étaient dans la Guilde de Saint Kanute et Saint Olaf. Une des activités les plus importantes était la charité et l’assistance aux pauvres. Ils organisaient également les fêtes de Noël et participaient au Conseil de la Ville.

Ici encore le cadre est somptueux, les explications intéressantes, mais peu d’objets de valeurs à regarder.

Sortant de la Grande Guilde je trouve un passage où toute la chronologie de la ville est gravée sur les dalles. En regardant où on met ses pieds on retrace l’histoire de Tallinn.

Musée de la Ville rue Vene

Il est installé dans la maison d’un marchand et on a conservé la cuisine, le bureau au rez de chaussée. A l’étage où les marchandises devaient être stockées une exposition présente la Hanse à l’aide de maquettes de bateaux : ce sont de vrais bateaux d’époque, ou plutôt des ex votos donnés à des églises pour assurer un voyage sain et sauf. On raconte aussi le commerce du Sel : on a dit que Tallinn était » bâtie sur du sel ». Le sel venait de France ou du Portugal. On échangeait une mesure de sel pour une mesure de grain. Lübeck était au centre de la Hanse.

Old Thomas, la girouette mascotte de Tallinn

Old Thomas : la girouette de l’hôtel de ville était  le symbole de Tallinn.

Une autre section du musée raconte les métiers des artisans de la ville : tailleurs de pierre, forgerons…Allemands, Suédois et Estoniens  pouvaient devenir des Maîtres-artisans. De 1345 à 1561 Tallinn était sujet de l’Ordre de Livonie mais d’après Erick IV roi du Danemark, en 1248,  les lois de Lübeck régissant les villes hanséatiques donnaient les mêmes droits aux citoyens de Tallinn qu’à ceux de Lübeck. Le Conseil de la Ville avait ses membres élus par les Guildes.

 

Je retrouve D devant l’église Pühavaimu à une terrasse de café sympathique. Rue Pikk, non loin de là, nous avons repéré une épicerie (la seule de la vieille ville). En sortant elle se fait bousculer par un escogriffe en T-shirt noir qui ne s’excuse même pas. Sans doute un croisiériste qui a perdu son groupe ? Pas si sûr ! Le sac à dos est ouvert. Le porte- monnaie contenant la carte bleue a disparu.  La bousculade était préméditée. La cohue des touristes dans les rues étroites est un excellent terrain pour les pickpockets !

Il nous faut rentrer à l’hôtel, prévenir la banque, faire opposition. Nous connaissons la procédure mais cela gâche la journée.

Tallinn, ville haute

 

Nous montons par les  marches à la colline de Toompea en passant devant la grosse tour Kiek in de Kok, énorme tour chapeautée d’un toit de tuiles coniques (bien rouge). Plus tard dans la journée, on aurait pu y tirer à l’arc.

cathédrale orthodoxe

La Cathédrale Alexandre Nevski (1890-1900), au sommet de la colline  a 5 bulbes noirs couverts d’écailles de bois, elle est bâtie de briques avec des parements blancs. Elle a l’air trop neuve et manque de charme. Quand on rentre, on est impressionné par la religiosité des dames toutes couvertes de foulards, sauf une plus moderne qui porte un calot crocheté. Elles ne sont pas toutes vieilles, il y a des jeunes aussi. Un homme aux cheveux longs et épais bouclés teints en noir et à la barbe blanche est tout à fait pittoresque avec son costume de ville étriqué, prototype du Russe du début du 20ème siècle. Les popes  ont de très belles voix. Les icônes sont recouvertes d’or et d’argent. Quatre mendiantes barrent la sortie, foulard et sac en plastique pour protéger leurs chaussons.

En face de l’église se trouve le siège du Parlement installé dans un palais construit par Catherine la Grande et terminé en 1773 qui a une façade rose, un balcon carré et des balustres blancs. Le jardin derrière le Parlement entre fleurs et tilleuls offre une promenade très parfumée. Au coin, une tour ronde est la tour Pikk Hermann.

Les rues de la ville haute  sont très agréables, avec les façades colorées 17ème et 18ème. Une école allemande fait face à une école de théâtre. Une curieuse sculpture semble sortir du mur : un professeur fait cours aux étudiants-acteurs et regarde au dessus de ses lunettes de presbyte ouvrant sa main de manière expressive.

Cathédrale luthérienne de Tallinn

La cathédrale luthérienne, reconstruite après un incendie en 1634, est toute blanche de l’extérieur. Son clocher baroque est de 1779. L’intérieur est décoré avec les blasons en bois tourné dorés, d’au moins 1.50m d’envergure. Les sièges dans des stalles de bois peint en vert. La chaire en bois peint fait face à une curieuse loge vitrée.

 

 

 

 

Malheureusement Toompea est rapidement envahie par les groupes de touristes sortis de quatre énormes bateaux de croisière, tous étiquetés, cohortes bouchant les petites rues pavées. Deux points de vue au dessus des remparts permettent d’avoir un magnifique panorama sur les remparts, les tours et les toits de la ville mais les groupes se pressent et kil faut jouer des coudes pour avoir une bonne place. Les guides brandissent des parapluies de couleurs vives pour rallier leur troupeau.

 

Tallinn : Kadriorg, palais construit par Pierre le Grand


Du Kumu, suffit de marcher quelques centaines de mètres à travers le Parc du Kadriorg pour trouver le Palais que fit construire Pierre le Grand. On passe devant le Palais Présidentiel estonien, pâle rappel du palais baroque gardé par deux sentinelles. Le long de la rue Weizenberg se trouvent d’autres constructions intéressantes : le Musée Mikkeli (exposition sur les icones) et Maison de Pierre le Grand.

Le Palais Kadriorg fut commandé par Pierre le Grand pour son épouse Catherine à un architecte romain Nicola Michetti en 1714. Palais baroque peint en rose-rouge aux décors crème entourant l’huisserie gris foncé. Bâti sur trois niveaux, quatre colonnes doriques soutiennent un balcon bordé de balustres qui précède le hall spectaculaire au 2ème niveau de plain-pied avec le jardin de platebandes colorées à l’arrière. Le troisième niveau abrite l’exposition des icones estoniennes de toute beauté. Nos voyages en Roumanie, en Grèce (et à Ravenne) nous ont rendu les icones orthodoxes familières. Je reconnais deux Ascensions du prophète Elie  de toute beauté avec le char enflammé rouge éclatant. Nous ne sommes pas assez  calées pour deviner ce que ces icones estoniennes ont d’original par rapport aux icones russes.

Une autre exposition » Tracing Bosch and Brueughel » organisée par Tallinn 2011 Capitale Européenne de la Culture, présente des chefs d’œuvres de la peinture hollandaise mais dans la cohue des visiteurs j’ai tout juste l’occasion d’apercevoir deux petits Breughel pendant qu’une conférencière pérore en anglais sur la prospérité du commerce hollandais de l’époque.

Nous découvrons le Hall magnifique de la « Perle du Nord ». La perle est- ce le palis ou ce hall ? Murs gris clairs, stucs blancs éblouissants, au plafond une peinture sur le thème des Métamorphoses d’Ovide. Au dessus des deux cheminées qui se font face, des nymphes de taille humaine, portent des palmes (trop vertes, on pense à du plastique) entourant les monogrammes impériaux P pour Pierre et C pour Catherine.

Le Musée Estonien d’Histoire se trouve sur Pirita Tee dans les environs de Tallin non loin de Kadriorg malheureusement le mardi est son jour de fermeture.

Le détour par Pirita Tee qui longe la mer  donne une très belle vision de la ville et de ses clochers.

les petites rues de Tallinn

Hôtel de ville et maiosn de marchand

Rue Pikk sous le soleil


La Grande Guilde ne ressemble pas à celle de Riga. C’est une maison à fronton triangulaire pointu crépi en jaune. Deux bancs de pierre sur le perron, un petit lanternon à vitrail éclaire la porte en ogive.

Sur la Guilde des Kanute porte deux statues monumentales : le roi du Danemark et Martin Luther.

Tallinn maison des Têtes Noires

La Maison des Têtes Noires n’a pas l’éclat de celle de Riga mais elle est finement décorée avec des bas-reliefs ciselés, un portail baroque, les blasons des cités hanséatiques avec lesquelles les échanges commerciaux étaient les plus importants : Londres, Novgorod…

Les Trois Sœurs sont le pendant des Trois Frères de Riga. Les Trois Sœurs sont trop rénovées, occupées par un hôtel de luxe, moins émouvantes que les TroisFrères .

Nous rentrons par la rue Lai

 

Le clocher de l’église Oleviste (saint Olaf) (église suédoise) offre un beau panorama. L’église elle-même n’a aucun intérêt touristique. Pour les croyants, elle est équipée de baffles et de moniteurs- télévision. Malentendant, malvoyant, chacun peut suivre le pasteur ! Le clocher mesure 124m. A l’origine il était encore plus haut et se voyait de loin en mer. La montée est pénible parce que l’escalier est très étroit et qu’on ne peut pas s’y croiser. Du haut, on voit le port, les bateaux de croisière, les toits et les clochers si fins.

La rue Lai  est tranquille. Les maisons anciennes sont moins spectaculaires que  celles de la rue Pikk mais l’absence de touristes est très agréable.

L’église PühaVaimu (14ème siècle) porte une horloge sans aiguilles. L’intérieur est très décoré pour un temple protestant avec une chaire baroque très ornée, un retable doré. Les galeries des tribunes sont peintes de tableaux charmants un peu naïfs.

Descendant la rue Pühavaimu et suivant la rue Vene nous arrivons aux portes de la ville close où se tient un joli marché aux fleurs. Rebroussant chemin en longeant les remparts très bien restaurés avec le chemin de ronde de bois qui court d’une tour à l’autre. Sous les planches, un marché aux tricots, chaussettes, moufles. J’avais pris de curieux bonnets pour des caleçons destinés à des géants aux jambes très longues et très maigres. Je n’avais pas vu les pompons. La marchande me fait une démonstration : c’est un bonnet pointu avec deux longues pointes qu’on enroule autour du cou.

T

Le passage Sainte Catherine est enjambé par de fines arcades de pierres. Il mène au cloître du monastère dominicain dont le porche gothique 14ème a ensuite été copié. Le long du passage de très grandes dalles proviennent de la crypte de l’église.

A la recherche d’une terrasse sympathique, calme et ensoleillée (nous fuyons les restaurants touristiques de la place de l’Hôtel de ville et des rues adjacentes) . Nous élisons une table sur al placette face au couvent. On y sert des cocktails très élaborés à des prix élevés. Les grands verres sont encombrés d’une verdure singulière pour un mojito, quartiers de citrons verts, de pommes. Nous sommes bien au calme pour relire les guides

le voyeur

Evidemment de nombreuses curiosités nous ont échappé comme ce personnage au sommet de la belle maison Art Nouveau rue Pikk, »la maison du voyeur ». Au coin de la place de l’Hôtel de Ville nous trouvons la vieille pharmacie (une vraie pharmacie) et la plus petite maison de Tallinn juste derrière Pühavaimu. Malgré les nuisances touristiques, Tallinn est d’une richesse exceptionnelle et mérite plusieurs visites approfondies.

Tallinn : Kumu

 

Kumu


L’averse m’a tirée du lit ; la pluie en voyage me rend idiote. Au lieu de chercher un musée , je traîne, si bien que la cave bavaroise du petit déjeuner est bondée. Le porte monnaie de l’argent est introuvable. Nous regardons la pluie tomber.

Kumu

L’appellation comique en français ne nous étonne même pas ; les Estoniens utilisent la voyelle U très fréquemment ! Ku pour Kunst Mu pour Museum.

Le Kumu est un musée très récent ressemblant un peu à l’institut du Monde Arabe. Architecture intéressante mais pas que…

Nous éliminons d’emblée le 5ème étage avec les créations électroniques et trouvons au 4ème une exposition temporaire : Alone in the City avec deux peintres des années 70-80 Ludmilla Siim et Jüri Palm, sous-titrée dialogue avec l’espace urbain.

La perception de Jüri Palm est généralement sombre, violente. Les titres Sanatorium, Gang sont explicites. Les thèmes : la maladie, la violence, la mort. Les couleurs dominantes : le bleu électrique, le noir et parfois le rouge. L’environnement est essentiellement urbain. Les chiens sont déchaînés, les loups derrière les barreaux.

L’approche de Ludmilla Siim est différente, beaucoup plus colorée mais toujours violente, onirique, étrange comme di Chirico. Il y a de nombreuses correspondances avec le peintre italien : présence de ruines antiques, de statues incongrues, trains et gares. Un des tableaux nommé « On the margin of the city » est une curieuse nature morte avec un quartier de jambon, des fruits au premier plan, et à l’arrière-plan un immeuble-barre, une cheminée d’usine et les flèches d’une église d’autrefois. Étrange diptyque dans une gare où un effet cinétique se produit lorsque l’observateur se déplace devant le tableau.

Les collections permanentes peinture estonienne 1945-1990 ont pour titre Difficult choices. En 1944, les artistes sont sommés d’accepter les canons du Réalisme soviétique exaltant le monde industriel. Une certaine monumentalité se traduit par des personnages à l’échelle humaine. Un tableau du port de Tallinn me rappelle les docks italiens exposés à Ravenne dans l’exposition « L’Italia se desta ». Henn Rood, déporté en 1949 réhabilité en 1956 a peint des tableaux qui me plaisent bien. Ces tableaux colorés, un peu cubistes ressemblent à un kaléidoscope : une foule à la mer, une manifestation… . Tous les mouvements picturaux sont abordés avec plus ou moins de bonheur : surréalisme, Pop’art, Hyperréalisme..

Au 3ème étage sont présentées les collections estoniennes du 18ème siècle à 1945, extrêmement variées Du 18ème siècle, on voit surtout les portraits des barons et baronnes compassés, ancien régime, qui auraient pu être les Nobles de n’importe quelle région d’Europe. En revanche les bourgeois souvent vêtus de noir, guindés, austères, me font penser au film Le Ruban blanc. Mon tableau préféré est Cour rococo au château de Poltsama de Gottlieb Welte et Barisien.

19ème siècle : les paysannes estoniennes de Carl von Thimoleon sont bucoliques mais presque « folkloriques » avant l’heure ;


Début du 20ème siècle : sur de nombreux tableaux colorés on voit des affinités avec les Impressionnistes, les Fauves, influence de Munch aussi. Konrad Mägi a retenu mon attention. Il a peint par petites touches colorées Un paysage norvégien 1910, Méditation 1915, Paysage avec pierre1913.

Une exposition confronte deux artistes belges Ensor que j’aime beaucoup et Jules de Bruycker que je ne connaissais pas. Si nous n’étions pas déjà gavées de peinture j’aurais beaucoup apprécié, mais je ne suis plus d’humeur et les gravures présentées sont très petites.

Arrivée à Tallinn

leds remparts de Tallinn

L’autoroute de Tallinn n’est pas une vraie autoroute, plutôt 2x2voies,  chaussées séparées  sans grillage ni échangeurs.  Les faubourgs de Tallinn n’ont rien de séduisant. Une rocade traverse des quartiers interminables de tours toutes semblables de style soviétique. Vers le centre apparaît un urbanisme contemporain verre et béton et une curiosité locale : des briques très sombres pourpres avec un décor de triangles et carrés en relief comme au point de croix.

Hôtel St Barbara

Notre hôtel Santa Barbara est en belle pierre de taille. L’édifice est carré et massif, haut de 4 étage. L’entrée est plutôt sombre. Ici non plus, on ne fait pas d’effort de décoration superflue, sobriété et efficacité. Accueil agréable et efficace. A l’arrière de l’hôtel, un parking, un ascenseur. Et surtout la vieille ville est à deux pas.

Notre chambre est très vaste. Épaisse moquette verte et surtout, luxe, des rideaux opaques.  Dans les hôtels précédents, un store blanc laissait passer la lumière du soleil dès 4h du matin. Mobilier classique des hôtels internationaux bois foncé, appliques et lampe de bureau façon étain brossé. Bon goût.

première promenade dans le Centre

10 minutes à pied (650m dit le GPS) pour rejoindre la Place de l’Hôtel de Ville. Un souterrain permet de traverser un large boulevard parcouru par des tramways et débouche sur une esplanade moderne – résultat des bombardements du 9 mars 1944. Des jeunes y font du skate. Un très grand panneau lumineux donne, entres autres, la météo et la température. De l’autre côté le monument aux combattants de la Liberté est composé d’une grande croix de verre. La première impression qui vient au visiteur est une ville moderne qui se veut branchée, un peu comme Tartu. Un pianiste au milieu de la vaste esplanade joue Angelina et de la musique d’aéroport sur un piano à queue largement électrifié. La rue qui rejoint la place de l’Hôtel de Ville n’est pas séduisante non plus, bordée de restaurants installés derrière des baies vitrées.

La Place de l’Hôtel de Ville tranche sur la médiocrité architecturale. Les maisons de marchands colorées avec leurs pignons pointus, l’hôtel de ville et son beffroi forment un bel ensemble. Impossible de s’asseoir sans jouer les mendiants assis sur les marches. Impossible d’acheter une bouteille d’eau non plus. Les rues environnantes sont un véritable restaurant à ciel ouvert. La rue Dunkri est encombrée de tables et de bancs fleuris de capucines et sonorisés, les serveurs habillés  « à la bavaroise » lederhose et  hautes chaussettes en prime. Cette ambiance de kermesse germanique m’incommode un peu. Le charme des rues médiévales est remplacé par une sorte de Disney-ville à l’allemande Dès que je m’éloigne de la Place la frénésie restauratoire se calme et les rues sont moins encombrées.

Rue Pikk presque tous les bâtiments sont intéressants. La Grande Guilde,  la Maison des Têtes Noires,  ne ressemblent pas du tout à celles de Riga. Au bout de la rue Pikk, je trouve les remparts et je décide de faire un  tour des remparts.

Au pied des remparts se tient une exposition de jardins. Les plantes ne sont pas particulièrement recherchées mais les compositions sont très sophistiquées.  Utilisant des objets prosaïques ou décoratifs, ou les graviers ratissés des jardins japonais, les pierres isolées ce sont des jardins très intellectuels où une page entière analyse les intentions du paysagiste.  

Presqu’île de Rüske, Vinistu et manoir de Kolga

l'art moderne fait revivre le port abandonné

Locksa et tour de la presqu’île de Rüske, Vinistu

La route faisant le tour de la presqu’île de Rüske n’offre que de rares échappées sur la Baltique côté ouest. De nombreuses installations de l’armée soviétique hérissent le rivage, bunkers, bâtiments, digues. Nous piqueniquons assise sur de gros rochers de granite sans nous attarder, des bouffées pestilentielles nous chassent.

L’autre côte de la presqu’île, Vinistu, est plus construit, avec de jolies maisons de bois. Sur le port il règne une atmosphère étrange de bout du monde : un port sans bateaux, une jetée en ruine, des plaques de ciment dispersées, des usines désertées. L’art moderne et contemporain fait revivre de vieux entrepôts et un restaurant chic a sorti tables et chaises en tek. Jan Manetski ; un industriel expose ses collections. L’accrochage est un peu étrange et mériterait plus d’ordre et de logique. Certaines peintures sont intéressantes d’autres, moins.

Prenant une photo des rochers ronds éparpillés près de la plage et des herbes drues sur les bords de l’eau, je sens le vent qui se lève et les vagues gonfler la surface si lisse de la Baltique. Traversant la forêt de pins, de grosses gouttes de pluie s’écrasent sur le pare-brise. Un éclair déchire le ciel noir.

Kolga

manoir de Kolga

Quand nous arrivons au manoir de Kolga il pleut à verse. Le bâtiment lépreux a un air sinistre. Le fronton triangulaire est retenu par de lourdes colonnes Une épicerie de village se tient dans une aile. Des flèches indiquent l’hôtel et le musée. La pluie n’engage pas à la visite. Un écriteau raconte que ce manoir appartient depuis le 17ème siècle à la même famille suédoise. Les barons suédois vivaient ils dans le même décor que leurs homologues allemands ?

Palmse visite du manoir

Petit déjeuner très allemand « Guten Morgen ! ». Il  paraît évident à tous dans la salle à manger que nous sommes en Allemagne. Comme le reste de l’hôtel, la salle à manger est fonctionnelle mais sans recherche, un peu « cantine ». En revanche, il y a trois sortes de poissons : sprats à la tomate, thon en miettes et rollmops. Je me régale de rollmops.

En attendant l’heure de visite du château nous faisons un tour dans le magnifique parc.

Comme Saggadi et Vihalu, Palmse a une longue histoire. Le premier document écrit attestant de son existence est de 1287 sous la tutelle ecclésiastique. De 1677 à 1923 il est resté aux moins de la même famille von Pahlen.

Le mobilier n’est, bien sûr, pas celui qui avait appartenu aux von Pahlen mais il a été acheté en Estonie et typique des manoirs baltiques. Poêles magnifiques et cheminées sont authentiques. Comme à Saggadi, les appartements du Baron et de la Baronne sont séparés.la boîte à musique du salon de Madame fabriquée à la fin du 19ème siècle à saint Petersbourg a la taille d’une armoire et les cylindres mesurent bien 40cm. On la remonte avec une manivelle et une musique tonitruante retentit en grinçant. Dans le salon gris, les meubles Biedermeyer en bois rare sont très beaux. La plupart des tableaux sont de mauvaises reproductions des portraits des habitants de ces lieux, on sent ainsi leur présence. Les personnages les plus fameux sont Carl Magnus von Pahlen (1779-1863) qui fut général du Tsar et son fils Alexander (1819-1895) qui créa le chemin de fer Tallinn-Saint Petersbourg en 1870. Etrange mélange entre cette noblesse allemande de longue date au service du Tsar. Nous l’avions également deviné en Roumanie dans les villages saxons. Difficile d’appréhender cette histoire quand on vient d’un état centralisé depuis Louis XI. Tout paraît allemand mais c’est vers Saint Petersbourg que se tournent les relations économiques.

 

cuisine du manoir


Nous poursuivons la visite à la cave où les cuisines originales sont préservées : une grande cheminée au centre du bâtiment et vers la fenêtre une autre ressemble à un grill. Le fumoir tout à fait confortable avec des tapis et des canapés est attenant à une vaste « salle des chasseurs » communiquant avec la cave à vin.

Fin de la visite dans les serres qui permettaient d’avoir de la laitue, des pois, des légumes frais. Le raisin y est déjà mûr. Aujourd’hui elles contiennent une collection de plantes exotiques.

Illumae

La chapelle est en travaux, elle est bien grande pour mériter le nom de chapelle. Un écomusée est installé à l’arrière d’une ferme avec un bric à brac de charrues, mobylette, de bidons de la Wehrmacht.

Palmse – le manoir et la plage de Vosu

 

plage de Vosu

Plutôt que d’ aller directement à Palmse, nous allons faire un tour à la mer à Vosu – station balnéaire crée par le baron de von Pahlen – le maître de Palmse – en 1880 pour la bonne société de saint Petersbourg. Les maisons de bois sont cachées dans la forêt de pins. La circulation automobile a été canalisée dans une seule rue et dans de vastes parkings. La plage est encore sauvage. On a seulement construit un chemin de planches, une cabine pour se changer- rudimentaire- et aménagé des WC dans de charmantes cabanes de bois. Pas de parasols sur les bords de la Baltique. On n’y craint pas le soleil. Peu de sièges de plage. A l’abri du vent, les jeunes jouent au volley. On fait trempette avec l’eau qui arrive aux mollets. La côte est tellement plate qu’il faudrait aller loin pour nager. Un panneau donne la température de l’eau et de l’air : 19°-21°C le matin 24°-21° en ce moment. Le sable est blanc et fin. Une végétation aquatique pousse jusque dans la mer (j’avais oublié qu’elle est peu salée). On a tondu, labouré au bord de l’eau si bien qu’une bande d’une dizaine de mètre ressemble plus à un champ qu’à une plage. C’est propre mais pas très agréable sous les pieds nus. Certains endroits sont boueux. Le meilleur emplacement se trouve sur les petites îles entourées de bâches peu profondes. On y a étalé des couvertures et les enfants font des châteaux de sable.

Notre hôtel dans la distillerie du manoir de Palmse

La distillerie du manoir a été transformée en hôtel. C’est une grande bâtisse blanche de trois étages aux toits en pente avec des fenêtres en chiens assis et surplombé par une haute cheminée d’usine. Un escalier de pin clair mène au premier étage à un salon meublé de larges canapés et d’une bibliothèque, face à la salle à manger.

Norte chambre est au second. Les fenêtres s’ouvrent sur un petit étang vert de lentilles d’eau. Elle est légèrement mansardée. Des murs blancs, de la frisette au parquet et plafond, des meubles en pin, belle armoire table de chevet. Tout est simple, de bon goût sans chichis. La pièce de belles dimensions, la petite entrée qui isole du couloir et la belle salle de bain signent le trois étoiles mais dans la sobriété.

la distillerie

Le parc du château

Le château jaune est construit devant un étang. Commencé en 1695, terminé en 1720, bâtiment carré précédé d’un escalier embrassant un perron arrondi souligné de balustres blancs. Deux terrasses symétriques sont fleuries de petits buissons roses qui dessinent des arabesques tandis que des delphiniums dressent leurs hampes fleuries. Une rangée de petits tilleuls taillés en boule délimitent les côté et précèdent un beau mur de pierres blanches où sont incorporés de gros galets. A l’arrière du mur : les dépendances, longues remises pour les carrosses et écuries, magasins divers. Dans une grande serre, une palmeraie. Nous nous installons un moment sur le bord de l’étang. Je dessine la gloriette et la distillerie.

Nous n’osons pas piqueniquer dans une telle splendeur et reprenons la route par de hautes pinèdes où le soleil éclaire le sol entre les fûts ou des bois de bouleaux et sapins plus touffus.

Pique nique sur la presqu’île de Rüske

blocs erratiques presqu'île de Rüske

La presqu’île de Rüske est très pittoresque. Le littoral est découpé en face de la côte plate de Vosu. Coin piquenique idéal : deux grands tables et des bancs à l’intérieur d’une barque. Des rochers ronds émergent : blocs erratiques laissés par les glaciations.

Lumière spéciale du nord rappelant les couleurs de l’Ecosse ou du Canada. Un mirador militaire surplombe la mer. Les petites maisons de bois sont toutes différentes. Certaines sont peintes et très fleuries. Une petite cabane est toute doublée du bois de chauffe soigneusement empilé jusqu’au toit ménageant seulement une ouverture pour la fenêtre.

23 heures nous descendons le store : il fait encore jour !

Deux manoirs estoniens : Vihula et Sagadi

manoir de Vihula

Manoir de Vihula

Le manoir de Vihula a été transformé en château-hôtel.

Une noce est venue pour un banquet : cortège de voitures, un car de touristes, des voiturettes électriques de golf sont arrêtées devant le perron du manoir qui a été repeint en jaune d’or tout neuf. Ce manoir, censé être le plus romantique (Guide Vert) est bien trop animé pour être charmant. Toutes les annexes, la buanderie, le grenier sont converties en chambres. Les écuries et les remises à carrosses en spa, jacuzzi et salle de fitness ultramodernes.
Le moulin à eau se visite sur trois niveaux : au rez de chaussée ; la turbine « francis » actionnée par le ruisseau, au dessus les meules et les entonnoirs de bois carrés à l’étage un plancher pour mettre le grain et le verser par une trappe au dessus des entonnoirs. Il y a également une boutique de souvenir, objets de luxe, bijoux de verre, robes en tissage local très simples mais très chic (90€)ainsi qu’un livre de cuisine illustré de photos magnifiques que l’on achèterait volontiers même si les recettes sont en estonien.

L’histoire du manoir est  contée :

on connait les  propriétaires depuis 1402,  tous germano-baltes jusqu’en 1912.

Vihula était un petit manoir : au 13ème siècle, il employait seulement 5 laboureurs, en 1586, 8 et 12 en 1771. Ses revenus provenaient de l’élevage sa  production était vendue à Saint Petersbourg. On cultivait la pomme de terre.Il y avait également une distillerie: l’année 1817-1818, 227 tonneaux de vodka furent expédiés en Russie. Des tisserands travaillaient.15 bateaux de pêche et un four à ciment complètent l’activité économique du manoir.

 

Sagadi

manoir de sagadi

Le manoir de Sagadi est beaucoup plus grand que celui de Vihula. On passe sous un porche dans un jardin à la française. Il y a également un hôtel  dans les communs.

Le manoir  est un musée ;  on y donne également des concerts.

De chaque côté  du vestibule installé pour un concert se trouvent les appartements de la maîtresse de maison avec son boudoir, la grande salle destinée aux enfants, une salle de réception. Dans l’aile symétrique, les appartements du Maître de maison. Symétrie parfaite. A la salle des enfants correspond le bureau-bibliothèque où était administré le domaine avec une carte d’exploitation forestière. Il y avait également une salle de billard à l’étage et même une salle de réunion. Au grenier on a entreposé de nombreux meubles et même un piano à queue.

On nous confie un « livre » relié en cuir avec un plan et des explications sur la vie du château que nous pouvons visiter à notre guise et laisser courir notre imagination.

Nous apprenons  que les invités étaient nombreux, ils égayaient la vie retirée. Jusqu’au 19ème siècle, point de salle à manger. Le repas de chacun était livré sur un plateau recouvert d’une cloche métallique. On raconte aussi que l’étang derrière le château fut un cadeau d’anniversaire d’un châtelain à son épouse. Le maître des lieux convoqua tous ses paysans et leur demandant d’envelopper les sabots des chevaux de manière à ne pas réveiller son épouse. Et en une nuit, l’étang fut creusé !

Dernière anecdote : « le bonnet de nuit ». Mari et femme vivaient côte à côte, chacun dans ses appartements. Si le mari voulait partager le lit de sa femme, il jetait son bonnet de nuit sur le lit. Celle-ci était libre de le garder en signe d’acceptation ou de le lancer pour signifier son refus ;

Aux murs quelques tableaux représentent des paysans estoniens ou les portraits des propriétaires.

Après avoir fait le tour de l’étang à l’ombre d’arbres magnifiques, nous découvrons les bâtiments annexes. Une serre contient une vigne, une passiflore et des plantes tropicales. Plus loin on aperçoit un grand verger très soigné.

Les communs sont des bâtiments bas qui bordent le jardin. Installé dans l’un d’eux, le Musée de la Forêt est remarquable. On a choisi de présenter chaque essence, sorbier, saule, chêne sapin… avec un tronc portant l’écorce, un autre coupé de biais dont on a poli le bois pour montrer le grain, la texture, la couleur. A l’arrière plan, une grande photo de l’arbre en été et une plus petite l’hiver. A chaque arbre est associée la faune petite et grande, parasites, insectes oiseaux. Des explications fournies rendent compte de l’usage du bois : construction, chauffage ou ébénisterie. Il faudrait une bonne demi-journée pour tout lire, tout étudié.Je regrette de ne faire que passer sans prendre de notes. Cette approche écologique est pédagogique. On a même prévu des questionnaires et des crayons pour les enfants et les visiteurs studieux.