Adieu Shangaï – juif Angel Wagenstein – Ed. l’Esprit des péninsules

BULGARIE 

Angel Wagenstein est un écrivain bulgare auteur de Abraham le Poivrot, loin de Tolède et de Le Pentateuque ou les cinq livres d’Isaac, que j’ai beaucoup aimés et qui mettent en scène des Juifs séfarades bulgares à Plovdiv pour le premier et un tailleur ashkénaze de Kolodetz- Galicie  (à côté de Lviv) qui, sans quitter sa ville a changé 5 fois de nationalité et a été déporté avec son beau-frère le rabbin. Ces deux livres, florilège d’humour juif m’avaient beaucoup fait sourire, même rire. 

Adieu Shanghai est le dernier volet de cette trilogie racontant l’histoire des Juifs d’Europe au XXème siècle. C’est un roman historique et  un roman d’espionnage : l’histoire vraie, mal connue, de la communauté juive de Shanghai entre les années 30 et la fin de la guerre en 1946.

En introduction et en conclusion : la Symphonie des Adieux de Haydn. Les héros du roman sont des Juifs allemands : un couple de musiciens de Dresde et  Hilde, une jeune Berlinoise, figurante de cinéma qui a été repérée pour un tournage à Paris. Juifs assimilés, éloignés de la tradition juive, ils n’ont pris conscience du danger dans l’Allemagne nazie que très tard quand toutes les portes de l’exil se sont refermées.  L’Angleterre ferme ses portes, l’Amérique ne donne plus de visas comme dans l’épopée du paquebot Saint Louis avec à son bord près de 1000 juifs allemands qu’on a renvoyé à Hambourg.  Le 10 novembre 1938, Nuit de Cristal, Theodor Weissberg et les musiciens juifs du Philharmonique de Dresde sont arrêtés et conduits à, Dachau… Seule destination encore ouverte : Shanghai! 

A Shanghai la Communauté Juive est composé de trois groupes  : les plus anciens, les Bagdadis, riches commerçants sont installés au coeur de la Communauté internationale, un autre groupe vient de Russie ayant échappé aux pogroms et aux persécutions, et plus récemment des réfugiés venus d’Allemagne s’entassent dans un quartier pauvre, dans des dortoirs de fortune de la fourmilière humaine de Hongkew. 

Cosmopolite, Shanghaï était une ville portuaire avec des Anglais, des Français, des Allemands, des marins , vivant séparés du peuple chinois. Depuis juillet 1937 les Japonais sont maîtres de la ville. Les Allemands alliés des Japonais comptent bien étendre les mesures antijuives à Shanghaï et concentre les Juifs dans un ghetto à Hongkew.

Shanghaï est aussi un nid d’espions, entre services secrets japonais, allemands, russes, anglais et américains. Les gouvernants n’écoutent pas toujours les indices que leurs renseignements font circuler. Pearl Harbour aurait-il pu être évité? Pour qui espionne Vladek- le polyglotte, alias Vincent le journaliste? Tout un jeu trouble dans les vapeurs d’opium ajoute à la tension du livre.

Ces jours-là, on attribuait à Joseph Staline le mérite personnel du retournement de situation sur le front russe. possible. Si la rumeur et l’Histoire aiment à simplifier et personnifier les évènements afin de les rendre  plus digeste. il serait cependant par trop simpliste de mettre toutes les victoires et tous les naufrages au crédit d’un seul homme. Il est ainsi peu probable que le message codé par le journaliste suisse Jean-Loup Vincent ait joué à lui seul un rôle décisif dans cette épopée si dramatique pour Moscou. Attribuer la prise de Troie, au terme d’un infructueux siège de dix ans, à un cheval en bois creux, la destruction de l’inexpugnable Jéricho à des trompettes ou le salut de Rome à des vols d’oies. Autant de procédés littéraires, mais bien loin de restituer toute la complexité et la barbarie de la vérité historique….[…]Semblables supercheries douanières se comptent par dizaines ; Pearl Harbour est du nombre.

On ne sourit pas(ou très peu) à la lecture de ce livre contrairement aux deux précédents, on est en pleine tragédie. Et pourtant, l’auteur sait repérer le cocasse de certaines situations comme cette synagogue dans un temple chinois meublé d’un énorme Bouddha ou l’orchestre des carmélites accueillant les réfugiés en musique

Cet exotique tableau avec nonnes chinoises embouchant trombones et trompettes pour magnifier le Danube bleu à l’embouchure du Yang-Tseu-Kiang lequel brassait les eaux d’un brun trouble, recelait quelque chose de grotesque et de touchant à la fois. un tel accueil, aussi solennel qu’ inattendu, insufflait du courage dans l’âme des réfugiés désorientés et exténués après ce long voyage, il ravivait l’espoir génétiquement enraciné au cœur de la tribu d’Israël, si souvent persécutée, que la situation n’était pas si tragique et qu’au bout du compte, tout finirait par s’arranger. Frêle espoir qui serait bientôt mis à rude épreuve. 

Livre d’autant plus émouvant que rien (ou très peu) a été inventé!

Zouyleikha ouvre les yeux – Gouzel Iakhina- Ed. Noir sur Blanc

RUSSIE 

Zouleikha ouvre les yeux, dans l’isba tatare, dans la région de Kazan. Une longue journée commence avec les soins à sa belle-mère, la Goule puis le travail avec son mari, le bois qu’il faut rentrer dans la neige….Zouleikha est une jeune femme, mariée trop tôt, à un homme plus âgé qu’elle.

 

« Zouleikha avait de la peine à prononcer ces longs mots russes, dont elle ne comprenait pas le sens, et en elle-
même elle appelait tous ces gens : la Horde rouge. Son père lui avait raconté de nombreuses histoires sur la

Horde d’Or, dont les émissaires cruels, aux yeux bridés, récoltaient le tribut dans leur région il y a quelques
centaines d’années pour le ramener à leur féroce suzerain – Gengis Khan »

Régulièrement, la Horde rouge vient réquisitionner les récoltes, les animaux des paysans. Mourtaza, le mari de Zouleikha a décidé de refuser. mais en 1930, il ne s’agit plus de prélever le butin mais de dékoulakiser, et de déporter les koulaks. Le camarade Ignatov tue Mourtaza et emmène Zouleikha dans une longue caravanes de déportés jusqu’à Kazan.

« tu es expulsée. Comme élément koulak de première catégorie. Activiste de la contre-révolution. L’assemblée du Parti l’a confirmé. Mansourka tape de son doigt court la feuille sur le coffre. L’isba, on la réquisitionne pour le soviet »

Zouleikha ouvre les yeux dans la mosquée transformée en campement où sont parqués les paysans déplacés avant leur long voyage vers la Sibérie sous le commandement d’Ignatov. Le convoi traîne, parfois s’immobilise pour des jours, même des semaines. 

« Zouleikha ouvre les yeux. Dans la brume rosée de l’aube les, objets semblent devenus légers et vacillants. Une grande mouette à la poitrine blanche posée sur le bastingage la regarde fixement de ses yeux brillants aux reflets d’ambre. Derrière elle, dans la blancheur ouatinée, frémissante du brouillard matinal, on devine à peine les contours des rives lointaines. le moteur est éteint, la péniche suit silencieusement le courant. « 

Le long voyage se poursuit sur l‘Ienissei et l’Angara par voie fluviale. Des centaines de koulaks tatars il ne reste qu’une poignée, surtout après le naufrage de la péniche. 

Zouleikha enceinte, donnera naissance à un fils, elle qui avait perdu presque à la naissance ses quatre filles. Cet enfant lui donnera une raison de vivre et lui épargnera les travaux les plus pénibles dans la forêt : défrichage, construction d’une tranchée pour abriter les prisonniers, abattage des arbres. Dans cette colonie perdue en Sibérie, ils n’ont rien pour subsister. Le seul homme armé, Ignatov doit chasser pour rapporter un peu de viande. Un pêcheur, Louka complète la nourriture avec du poisson. Zouleikha, la maigrichonne devient un chasseur émérite.

Et pourtant, la vie s’organise : un véritable village se construit au fil des années avec un hôpital où officie un véritable médecin, ancien professeur de l’université de Kazan, une école, même un club décoré par un peintre renommé au nom d’Ikonnikov (y-a-t-il un rapport avec les icones?). Youssouf, le fils de Zouleikha grandit. Zouleikha ouvre les yeux pour surveiller le sommeil de celui qui déjà est un adolescent….Elle raconte des légendes et des contes tatars comme celle du Simorgh, dont le nom est proche de celui du village Simourk. merveilleux conte persan de la Conférence des Oiseaux. 

1938, 1940 la guerre fait rage, des hommes partent à la guerre. 1946, la guerre est finie, une nouvelle autorité s’impose aux colons défricheurs. Youssouf rêve de partir en ville, d’étudier la peinture.

Zouleikha ouvre les yeux; Le soleil cogne, aveugle, transperce sa tête qui se fendille en petits morceaux. Autour d’elle, dans une sarabande étincelante de rayons de soleil, vacillent les contours des arbres. 

– tu te sens mal? Youssouf se penche vers elle, la regarde dans les yeux. Si tu veux, je ne pars pas.

Gouzel Yakhina m’avait enchantée avec Les Enfants de la Volga, l’histoire de ces Allemands de la Volga à travers plusieurs décennies autour de la Révolution. Toujours sur la Volga, mais en pays tatars, elle raconte dans Zouleikha ouvre les yeux  la déportation des koulaks tatars, puis la vie en Sibérie. Histoire soviétique, aussi histoire et culture de ces peuples très riches et divers. Magie aussi d’un animisme encore présent dans les forêts où Zouleikha veut se concilier les esprits. Traditions bousculées mais toujours persistantes. Un charme fou! 

L’Ours de Ceausescu – Aurélien Ducoudray, Gaël Henry, Paul Bona – Steinkis

ROUMANIE

Les Bandes Dessinées (ou leur version plus classe de Romans Graphiques), pour moi, c’est un peu comme l’art contemporain, il faut que je me force un peu. J’y prends après du plaisir (ou pas). 

La Roumanie m’intéresse, j’ai donc coché la case dans la liste de la Masse Critique de Babelio que je remercie ainsi que l’éditeur Steinkis pour le cadeau. 

7 personnages principaux :

« un  poète, un clown, un étudiant recalé, une femme de ménage, une secrétaire…. des gens lambda, sans intérêt, ni des protestataires ni des dissidents…

Alors ils veulent faire de nous des exemples…. »

qu’on retrouvera dans de courts chapitres qui n’ont pas forcément des liens les un avec les autres.

Des histoires banales en pleine absurdie, les unes courtes d’autres plus consistantes comme celle qui donne son nom au livre « l’ours de Ceausescu ». Récits parfois inégaux, je n’ai pas tout compris. Ironie triste, décors d’une morne banalité, dans les teintes marron, grisâtre, comme devait être devenue la vie des gens ordinaires. Il faut que le lecteur soit attentif pour détecter les infimes bizarreries qui parfois condamnent un personnage. 

et bien sûr : le couple Ceausescu dans leur décor : leur palais gigantesque.

Si le début et la  fin sont datés :du 21 décembre avec la manifestation  et le 25 décembre 1989, les autres épisodes auraient gagnés à l’être aussi, à moins qu’il ne se soient déroulés pendant les quatre jours les séparant?

A lire et à relire pour trouver toutes les anomalies de cette vie ordinaire sous la dictature.

 

Brigantessa – Giuseppe Catozzella

LE MOIS ITALIEN/IL VIAGGIO

C’est un roman historique. Maria a vraiment existé et son histoire a même été racontée (en italien) par Alexandre Dumas. le roman a été documenté avec les pièces de son procès entre autres

Tribunal militaire de Catanzaro 16 février 1864 :

« Nous faisons savoir qu’elle s’est présentée ici, vêtue comme un homme d’un gilet en drap de couleur, d’une veste et d’un pantalon en drap noir, la tête enveloppée dans un foulard. » « Je m’appelle Maria Oliverio, née Biaggio, âgée de vingt-deux ans. Née et domiciliée à Casole, Cosenza, sans enfant, épouse de Pietro Monaco. Tisserande, catholique, illettrée. »

L’auteur raconte l’histoire de Maria,  née dans une famille de 6 enfants en Calabre, fille d’un ouvrier agricole et d’une tisserande. Elève brillante (et non pas illettrée) elle a été distinguée par son institutrice qui veut l’envoyer au lycée. Sa grande sœur Teresa a été donnée à l’adoption  dans une famille noble de Naples et Maria est promise au même sort. A la suite d’émeutes à Naples, alors que Ferdinand II avait refusé de signer la Constitution, les parents adoptifs tombent sous les balles. Teresa revient au village et Maria doit laisser sa place pour vivre chez sa tante dans la campagne. Cette dernière est la femme du brigand « Tremble-Terre » qui a pris le maquis, 

charbonniers des montagnes qui s’étaient battus aux côtés des Bourbons contre l’occupation des Français de
Murat, ce qui leur avait valu un respect unanime. Mais après leur victoire, le roi Bourbon n’avait pas tenu la
promesse par laquelle il s’était acquis leur alliance, à savoir l’abolition de la servitude des grands domaines.

la tradition du brigandisme est déjà bien établie autour d’elle!

Maria n’a même pas le droit de se présenter à l’examen, elle n’ira pas au lycée et tissera la soie, comme sa mère. Son amoureux, Pietro est un charbonnier qui sera appelé sous les drapeaux  en 1855 dans les troupes bourboniennes alors que le Royaume des Deux-Siciles est près de s’effondrer. A Naples,  il fréquente des révolutionnaires puis rejoint Garibaldi.  et rêve :

« Chaque journalier possédera les terres qu’il a cultivées toute sa vie, promettait-il. les impôts sur la farine t le sel seront abolis. « Nous pourrons utiliser les terres collectivement. Nous serons libres, Mari »

Les aventures de Garibaldi, l’expédition des Mille suscitent des espoirs fous chez les paysans pauvres de Calabre.

Giuseppe Garibaldi : ce chef de guerre, qui s’était battu contre le monde entier, disait à ceux qui avaient le courage de le suivre : « Je vous offre la faim, la soif, des marches forcées, des batailles et la mort. »
Pour Pietro et ses amis, la révolution – « révolution »

Quand Garibaldi triomphe à Naples Pietro fait venir Maria qui assiste à des journées historiques.

Pour unifier l’Italie Garibaldi s’était appuyé sur les journaliers à qui il avait fait des promesses qui ne seront pas tenues. Les forces libérales opposées aux nobles bourbonniens soutiennent le nouveau pouvoir italien de Victor-Emmanuel et abandonnent les révolutionnaires :

Comme tout le monde, j’assistais à la naissance d’un peuple de chouettes, et ce peuple serait le peuple italien.
À l’image de ces oiseaux de nuit, nous apprenions l’art du camouflage, nous apprenions pour survivre l’art de frapper dans le dos, de surprendre nos proies dans l’ombre, de voler aux autres un infime avantage. Nous étions des profiteurs et des parjures, nous niions l’évidence. Pour les rapaces que nous étions, rien, pas même Dieu, n’était digne d’un serment ; du reste, le pape laissait les Italiens s’entretuer en utilisant la croix et les autels à ses propres fins. Que vaut le Seigneur sans la terre où exercer sa seigneurie ?

La mue de la chouette, passée des Bourbons aux Savoie, s’accomplissait ainsi. Il ne restait plus maintenant qu’à
monter une dernière mise en scène..

Chacun sait que la chouette est capable de rotation de la tête, et que c’est un rapace! Il ne reste plus qu’aux paysans, journaliers, charbonniers de prendre le maquis, de devenir brigands et de faire la guerre aux riches, brûler les domaines, faire des enlèvements et rançonner les possédants.

Voilà donc l’alternative qui s’imposait aux Italiens, pensais-je : se conduire soit en flagorneurs, prédateurs,
buses et chouettes ; soit en voleurs, criminels, brigands, bouquetins. « Vive l’Italie ! ai-je dit. Le pays où tout le
monde est en guerre contre tout le monde. Si c’est ça, la justice, je préfère mon père à la justice. »

Pietro est à nouveau appelé dans l’armée de Victor-Emmanuel mais préfère rejoindre les bandits dans la forêt. Il est rejoint par Maria (c’est une histoire compliquée mais je préfère ne pas raconter toute l’histoire, à vous de la lire.

La vie dans la forêt des brigands est très bien racontée, Maria (qu’on a surnommée Ciccilla ) dès l’enfance avec sa tante connait les secrets de la montagne, elle sait survivre en mangeant des feuilles, se faire un lit d’aiguilles de pin, chasser avec une fronde et même apprivoise une louve. Elle éprouve une vive affection pour un mélèze, sait surprendre un cerf…ce sont de très belles pages.

l’armée régulière de Victor-Emmanuel et ses bersagliers donne la chasse aux bandits, Maria est capturée, jugée et même condamnée.

Pendant que Sirtori s’exprimait, un journaliste s’est insurgé contre la peine de mort, la qualifiant dans un cri de barbarie, mentionnant un écrivain français, Victor Hugo, qui se bat pour son abolition, et Alexandre Dumas qui soutient la même cause ici, en Italie. Ce Dumas même qui nous a transformés en bêtes assoiffées de sang. Mais il a raison sur ce point. Quand un État commence à couper des têtes, il ne vaut pas mieux qu’un bersaglier. Ou qu’un brigand.

Je ne vous raconterai pas la fin. J’ai beaucoup aimé ce roman très riche qui m’a beaucoup appris sur l’histoire de l’Italie.

Maria est aussi une personnalité très intéressante qui se s’est pas laissé dominer par son mari et qui décrit avec finesse la condition des femmes livrées à des hommes violents. L’amour n’est pas un fleuve tranquille même dans la forêt, c’est plutôt une autre lutte/

Pharaon des deux terres : L’épopée africaine des Rois de Napata – au Louvre

EGYPTE/SOUDAN

Colosse Taharqa

Dépaysement, exotisme garanti vers des destinations inconnues, Napata et le Djebel Balkar, Sanam, Nouri, Douki Gel….  

Pharaons africains inconnus : Piânkhy (720), Chabatâka (713-705), Chabaka(705-690) Taharqa (690-664), Taneoutamani (664-655) formant la XXVème dynastie.

Taharqa

Les organisateurs de l’Exposition Pharaon des Deux Terres ont mis le projecteur sur une période très courte : un siècle où la dynastie kouchite venant de Napata au Soudan a pris le pouvoir sur les Deux Terres, non pas seulement la Haute Egypte et la Basse Egypte comme les pharaons des dynasties précédentes mais sur le Royaume de Kouch et sur l’Egypte.

Chabarka

Je croyais connaître un peu de ces pharaons noirs après avoir visité deux fois le très beau Musée Nubien d’Assouan. A Assouan, toute l’Antiquité et même bien après étaient présentés, je n’avais même pas remarqué ces pharaons.

Stèle triomphale de Piânkhy

La conquête de l’Egypte par Piânkhy est documentée par la Stèle triomphale où les rois d’Egypte se prosternent devant le conquérant (registre juste au dessus des hiéroglyphes).  Avant cette conquête les Pharaons Egyptiens et le Royaume de Kouch entretenaient des rapports commerciaux (or, ivoire, bétail) illustrés par la fresque de Houy

tome de Houy : tribut des kouchites

Les rapports étaient parfois mouvementés et les Egyptiens représentent parfois les kouchites entravés comme des esclaves/ Au Nouvel empire la conquête du Sud fut entreprise.

kouchite représentation égyptienne
kouchite

 

 

 

 

 

 

 

 

Après cette introduction « égyptienne » , les expéditions en Nubie de Champollion, Lepsius, et bien plus au sud le long du Nil avec l’expédition Bankes et Louis Maurice Adolphe Linant de Bellefond ont rapporté des témoignages, cartes, relevés des sites kouchites en particulier le relevé de Djebel Barkal « la montagne pure » avec à ses pieds de nombreux temples 

Napata Djebel Barkal

 

 

 

 

 

 

Djebel Barkal est situé entre la 3ème et la 4ème cataracte, ce relief tabulaire dominait la plaine de 100 m de haute et une aiguille pointue rappelait l’Uraeus, le cobra des pharaons.

Au temple d’Amon, un bélier solaire incarnant Amon-Rê est impressionnant

Bélier solaire protégeant Aménophis III Djebel Barkal

la richesse du royaume de Kouch est matérialisée par de nombreux objets en or – les kouchites maîtrisaient parfaitement la métallurgie et l’orfèvrerie

Triade d’Elephantine
Criosphynx : corps de lion tête de bélier

Si les béliers et les sphynx sont nombreux, les Kouchites vénéraient également les oiseaux : déesse vautour, ou Horus le faucon

Déesse vautour de Sanam
Taharqa à genoux offrant le vin à Horus

Les Kouchites de la XXVème dynastie se sont installés sur toute l’Egypte, de Memphis, Saqqara à Napata, en passant par Thèbes. Thèbes, ville d’Amon revêtait une importance capitale pour ces Pharaons qui aspiraient à restaurer l’unité de l’Egypte et une certaine orthodoxie dans les cultes. le temple de Karnak fut complété avec un vaste chantier de nouvelles constructions et le relais était assuré par Les Divines Adoratrices D’Amon

Divines adoratrices à Thèbes

Un couloir voûté figure le Sérapéum de Saqqara . Mariette y a retrouvé des stèles correspondant à l’enterrement des taureaux Apis 

Enterrement du boeuf Apis
Enterrement du boeuf Apis

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Cependant, dans le Delta Saïs a résisté aux rois de Napata . Le dernier pharaon de la XXVème dynastie Tanouetamani fut balayé par les Assyriens d’Assourbanapal. Assourbanapal prend deux fois Thèbes et Psammetique II avec l’aide de ses mercenaires, des hoplites grecs mène une expédition jusqu’en Ethiopie et saccage Napata. 

Assyriens et char

 

Assyrien prenant une ville égyptienne et soldats kouchite s’enfuyant
Plaque chryséléphantine :lion assyrien dévorant un kouchite

 

La fin de l’exposition montre les répliques des statues de la cachette de Douki Gel trop fragiles pour voyager réalisées à l’imprimante 3D comme le colosse de Taharqa qui accueille les visiteurs. Ce procédé, au début m’a un peu désarçonnée, les statues tellement impeccables, comme neuves, revêtues de parements à la feuille d’or et avec une coiffe peinte en rouge vif. Elles n’ont pas le charme des ruines, mais pourquoi se priver de les montrer telles qu’elles étaient alors?

En épilogue : l’épopée d’Inaros et l’opéra Aïda, avec les costumes dessinés par Mariette lui-même

Aïda : aquarelle de Mariette

 

 

 

 

 

 

L’Aventure Champollion – Dans le secret des hiéroglyphes – BnF

Exposition Temporaire du 12 Avril 2022 au 24 juillet 2022

Champollion

Le 27 Septembre 1822, dans sa Lettre à Dacier annonçait le déchiffrement des hiéroglyphes. Cette exposition en fête donc le bicentenaire.

Jean-François Champollion est né à Figeac en 1790. A 10 ans il rejoint son frère ainé, archéologue qui supervise son instruction. A 11 ans, il s’initie à l’Hébreu, il sait déjà le Grec et le Latin, 2 ans plus tard, il apprend le Syriaque et l’Araméen, en 1805, le Copte. Sa connaissance de nombreuses langues et alphabets, va être une des clés du déchiffrement. 

Rosette – Charles -Louis Balzac

En 1799, l’officier Bouchard découvre la stèle, la pierre de Rosette où le même décret figure en Grec, en Hiéroglyphes et en démotique. Les Anglais confisquent la pierre en 1801. Entre temps, heureusement on procéda à son estampage qui put être étudié par Champollion. 

Stèle d’Agathodaimon et Isis-Thermoutis découverte à Saqqarah

L’exposition de la BnF commence donc avec l’Expédition d’Egypte de Bonaparte et présente de magnifiques aquarelles du Caire, Rosette, divers journaux de bords et d’objets divers rapportés par ses savants. Les 23 volumes de la Description figurent en bonne place. 

Entailles et reliefs en positif

Dans le déchiffrement des hiéroglyphes, toutes sortes d’inscriptions sont présentes : étiquettes de bois attachées aux momies, bandelettes enveloppant les momies (en hiératique) , petites entailles sur des monnaies, bijoux gravées sur des pierres semi-précieuses ou des métaux.

D’autres savants ont essayé de déchiffrer les écritures antiques. Une curieuse thèse publiée au XVIIIème siècle faisait état d’une parenté entre les hiéroglyphes et l’écriture chinoise « Mémoire sur lequel on prouve que les chinois sont une colonie égyptienne ». Plus sérieusement William Waburton propose que les noms des rois étaient entourés dans des cartouches. Depuis l’Antiquité avec Maneton, on dispose de la liste des pharaons.

A côté des inscriptions multilingues et des travaux de déchiffrement au cours du XIXème siècle sont exposés des curiosités : deux documents étonnants : calligrammes d’Apollinaire : La figue, l’oeillet et la pipe à opium et d’Isodore Isou.

Cercueil de Padiimenipet

le cercueil décoré de Padiimenipet a fait l’objet d’une étude détaillée par Champollion. Le livre publié est présenté ici. Comme nous sommes à la BnF des manuscrits et livres anciens sont nombreux. Il y a aussi une collection de précieux papyrus. 

Angelelli – Champollion, barbu est assis au milieu

Expédition de Champollion en Egypte (1828-1829) Expédition franco-Toscane lui permit de parcourir tous les sites antiques des Pyramides à la Haute-Egypte. Curiosité : les lunettes de soleil du savant et une  longue pipe rapportée en souvenir.

les oiseaux colorés de Beni- Hassan

Des photographies anciennes de Maxime Du Camp (1851) de Teynard (1851-52) montrent l’aspect des sites qui n’ont pas encore été dégagés avec les statues géantes d’Abou Simbel émergeant du sable. On voit aussi les dessins et les photographies de Mariette, le plafond astronomique de Dendera…. les statuettes de nombreuses divinités. 

Horus sur les crocodile et sous la tête de Bès

Diverses visites peuvent êtres envisagées, celles qui s’attachent plus spécifiquement aux hiéroglyphes, ou aux objets égyptiens. Il y en a pour tous, pour les spécialistes, pour les enfants, les curieux, les amoureux des vieux livres et manuscrits….

ostracon de Deir el Medineh : bélier étudié par Champollion

Une exposition très riche

la Stupeur – Aharon Appelfeld –

LITTERATURE ISRAELIENNE

Encore dans cet ouvrage publié en français récemment, (avril 2022) en hébreu (2017) Aharon Appelfeld nous entraîne en Bucovine, sur les bords du Pruth  pendant l’occupation allemande et évoque le massacre des Juifs dans les petits villages. Alors que Mon père et ma mère, Tsili, Les Partisans  avaient pour narrateur un enfant-juif, le personnage principal, Iréna est une paysanne orthodoxe. 

Elle alla machinalement vers la fenêtre. Une scène sidérante s’offrit à ses yeux : le père, la mère et les deux filles étaient alignés devant l’entrée de leur magasin. le corps ceint d’un tablier bleu, la mère avait le buste penché en avant comme arrêtée en plein mouvement<; 

Le mari se tenait près d’elle dans ses vêtements gris habituels, un sourire flottant sur ses lèvres tremblantes, comme s’il était accusé d’une faute qu’il n’avait pas commise.

 » Qu’est-ce que c’est ça? » murmura Iréna en ouvrant sa fenêtre.

Elle les distingua mieux. leur position alignée lui rappela les enfants à l’école. C’était bien entendu une mauvaise comparaison. Ils se tenaient comme des adultes, sans piétiner et bousculer……

La stupeur : c’est celle d’Iréna, sidérée par le sort de ses voisins, les Katz que  le gendarme Illitch, sur ordre des Allemands fait d’abord aligner, puis agenouiller, creuser une fosse avant de les fusiller. L’épicier du village, sa femme et ses deux filles vont être assassinés devant tous les villageois qui déménagent leurs meubles, creusent la cour pour trouver des trésors enfouis. Seule, Iréna, les prend en pitié mais n’a pas le courage de s’interposer.

Iréna, simple paysanne ukrainienne, est  victime d’un mari violent, elle souffre de maux de tête. Adéla Katz, étudiante-infirmière était son amie d’enfance comme Branka, la simplette. Les parents ont toujours entretenu des relations de bon voisinage malgré l’antisémitisme virulent des paysans.

« les Juifs se sont infiltrés dans mon âme et ne me laissent pas en paix. »

A la suite du massacre, Iréna  décide d’aller dans la montagne visiter sa tante qui vit comme une ermite. Le remords de n’avoir pu aider ses voisins la tenaille, elle sent la présence des Juifs morts l’obséder. Elle trouve un peu de paix auprès de sa tante très pieuse puis d’un ermite, un sage. Elle entreprend une sorte de vie errante et interpelle les paysans dans les auberges où elle s’arrête :

« Jésus était juif. Il faut être clément envers ses descendants qui sont morts, et ne pas se comporter avec eux en usant de la force. Il faut les laisser s’installer aux fenêtres, marcher dans leurs cours et leurs maisons
abandonnées. Il est interdit de lever sur eux un bâton ou de leur jeter des pierres. »

Les hommes réagissent très violemment à ces paroles tandis que les femmes l’accueillent avec bienveillance, les prostituées, les femmes battues, les simples fermières la protègent.  Elle rencontre d’autres femmes sensibles au sort des juifs assassiné dans la région, l’une d’elle cache un enfant. Certaines la prennent comme une sainte, pensent qu’elle peut accomplir des miracles.

J’ai été étonnée de cette figure chrétienne mystique, parfois j’ai eu du mal à la suivre. Heureusement j’ai écouté Valérie Zenatti – la traductrice d’Appelfeld  par les temps qui courent et j’ai eu l’occasion d’écouter le poème de Celan : Todesfuge très impressionnant que Celan lit dans la vidéo ci-dessous : Celan est né comme Appelfeld à Czernovitz mais a continué à utiliser l’Allemand alors qu‘Appelfeld a choisi l’hébreu. 

Anselm Kiefer

 

Le Retournement – Manuel Carcassonne

IDENTITE JUIVE

Je suis entre les deux bords. Comme j’ai toujours vécu : entre. Ni ici, ni plus loin. J’habiterais sur le Jourdain,
alors que mon destin, si j’en avais eu un, m’aurait incité à un mariage à Bagatelle avec buffet et traiteur « all
inclusive ».

Une minorité à deux enchâssée dans les minorités : « La vraie communauté est le Sinaï de l’avenir. » Qui a écrit
cette phrase ? Nadia Tuéni ? Non : Martin Buber.

Vu de la montagne libanaise, à quelques pas de la frontière israélienne, Manuel Carcassonne, éditeur parisien, marié à une Libanaise, Nour, et père d’un petit Hadri, cherche son identité juive. 

Je ne suis pas entrée immédiatement dans le livre qui ressemble plutôt à un catalogue de philosophes et d’intellectuels juifs : Martin Buber, Yosef Haim Yerushalmi, Derrida, Levinas, Benny Levy, Alain Finkielkraut, Amos Oz…penseurs qui méritent chacun une lecture attentive et savante. De ces références il a tiré le titre du livre « Le Retournement »

Retour vers le passé et les origines?

« Le plus grand danger n’est pas tant l’oubli de ce qui advint dans le passé, que l’oubli de l’essentiel, comment le passé advint », résume l’historien Yosef Yerushalmi dans Zakhor. »

Passé de l’Histoire Juive, en revenant à l’Antiquité et aux Guerres Juives, à Bar Kokhba et l’Empereur Hadrien

La révolte nationale sera un désastre en Judée. Martin Buber, dans L’Esprit de l’Orient et le judaïsme, insiste sur« cet événement qui a coupé en deux l’histoire du judaïsme »

Retour sur les origines familiales, sa mère, son enfance dans le XVIème arrondissement…

ou Retour vers la religion comme pour Benny Levy « la Pensée du Retour »

« Soit s’agit-il d’un retour, d’un revirement, d’un repentir, au sens de l’hébreu « techouva » : le juif qui s’ignore est une sorte d’Ulysse, qui après avoir bourlingué rentre chez lui fourbu, retrouve pleinement la douceur oubliée de sa Nation »

ou ce retournement plus énigmatique :

Le Juif religieux va vers son unité. Il rejoint son être. Le mien est divisé, et quoi que je fasse, je serai à la fois
mouvant et immobile, amoureux de Nour et persécuté sur sa terre, ici et là-bas, scindé en deux.

[…]

J’ai été « retourné », comme on le disait avant la chute du mur de Berlin. Comment me retourner dans l’autre
sens ?

J’ai lu tous ces arguments avec curiosité sans vraiment suivre avec empathie Carcassonne.

En revanche, j’ai été très intéressée par son analyse de Sabra et Chatila et les écrits antisémites de Jean Genêt ainsi que  les prises de positions israéliennes et américaines. 

Carcassonne s’attarde aussi sur le cas de Benny Levy, personnage marquant de Mai 68 et du maoïsme retourné à la religion.

Si toute cette théorie ne m’a pas vraiment convaincue, j’ai vraiment beaucoup aimé son retour vers les racines de sa famille et les Juifs Provençaux-comtadins, les Carcassonne d’Avignon, les rabbins ce Lunel, Maïmonide, les « carrières » (ghettos) de Carpentras, Avignon, Cavaillon ou l’Isle-sur-la Sorgue où se succédèrent ses aïeux forment un récit historique bien documenté, vivant et émouvant. J’ai découvert toute une « aristocratie juive » parlant provençal, négociants en tissus, médecins ou lettrés. De même quand il décrit les diamantaires, son témoignage est passionnant.

La dernière partie du livre est plus intime puisqu’il met en scène Nour, sa compagne, et l’histoire récente du Liban et l’explosion du 4 Août 2020, les ruines et le statut des chrétiens d’Orient qu’il compare aux Juifs de Provence.

« Les chrétiens d’Orient occupent dans la représentation musulmane la fonctions symbolique que la société européenne a longtemps assignée aux Juifs » Jean-François Colosimo

Lire aussi l’avis de Vagabondage autour de soi qui m’a convaincue de télécharger le livre

 

 

Vivre avec nos morts – Delphine Horvilleur

PETIT TRAITE DE CONSOLATION

Qui aurait pensé que la laïcarde, anticléricale aurait été enchantée par le livre d’une rabbine?

Qui aurait pensé que la voyageuse, bien matérialiste, éloignée de toute préoccupation funéraire aurait choisi un titre comme « Vivre avec nos morts« ?

Et pourtant c’est un véritable coup de cœur que ce livre !

Delphine Horvilleur est une merveilleuse conteuse. Une de ses fonctions de rabbine est d’accompagner au cimetière les familles avec le kaddish, et quelques paroles pour les vivants. Aucune formule toute faite. Une évocation toute en humanité de celui ou celle qui a quitté ce monde.

11 chapitres.

Le premier Azraël, l’ange de la mort, nous entraîne en salle de dissection. Avant d’être rabbine, Delphine Horvilleur a étudié la médecine. Elle démontre que la mort se trouve au cœur de la vie, avant même la naissance, in utero, la mort cellulaire est nécessaire à la formation des doigts de la main…

« La biologie m’a appris combien la mort fait partie de nos vies. »

Les autres chapitres ont pour titre un prénom, ou deux, et présentent une personne  : Elsa Cayat « la psy ce Charlie » 

« je vous présente Delphine, notre rabbin. Mais ne vous inquiétez pas, C’est un rabbin laïc! »

Cérémonie rappelant les attentats de Charlie Hebdo, occasion de rappeler la place dans le judaïsme de la laïcité et de la place d’une juive non croyante. Occasion aussi de raconter des traditions juives, comme celle de déposer un caillou sur les tombes.

Marc, l’homme du 3ème chapitre est un anonyme. A son propos, Delphine Horvilleur nous raconte des histoires de fantômes, histoires de revenants dont la tenue blanche rappelle le linceul. Et elle nous enseigne les traditions d’inhumations et la vieille légende du Dibbouk. Merveilleuse conteuse qui allie souvenirs d’enfances, textes bibliques, et histoire juive récente.

Sarah et Sarah évoquent le « panier des générations » ou comment se transmet l’histoire familiale. Histoire qui pourrait être tragique puisque Sarah est née en Hongrie avant guerre et se trouve déportée à Auschwitz.  Jamais le récit ne cède  au pathos il est allégé par des blagues juives;

Marceline et Simone, les « fille de Birkenau » est sans doute mon chapitre préféré, leçon de vie illustrée par la Légende de Skotzel, avocate des femmes auprès du Tout-Puissant portée par la pyramide des femmes.

Je ne  peux résumer en quelques ligne chaque partie du livre, ni m’étendre sur les référence à la Bible, comme la mort de Moïse et les interprétations rabbiniques.

j’ai été très touchée par le récit de la journée qu’elle a passé avec son ami le jour de la mort de Rabin et son rapport à la terre d’Israël et à l’hébreu. Pouvoir des mots, rapport du sacré

« Et si, interroge-t-il (Gershom Sholem) en s’imaginant rendre profane un langage ancestral religieux et apocalyptique, on enclenchait un processus inévitable, le retour de la violence messianique? « 

Cette violence se traduit dans l’attentat de Hébron dans le caveau des patriarches, le jour de Pourim

« Dans son geste et à coup de mitraillette, tentait-il de réveiller Abraham, Isaac et Jacob de leur repos éternel pour qu’ils assistent à la scène? N’avait-il pas déjà convié Esther pour qu’ils assistent à al scène? […] toute une littérature messianique se joignait à la fête pour propulser la fin du monde. C’était écrit, il restait à faire… »

Le livre se termine par Edgar, l’oncle de la conteuse qui place cette histoire sous le signe de la conscience et les vers de Victor Hugo de la légende des siècles . Elle nous conduit dans le petit cimetière alsacien de Westhoffen où son oncle Edgar repose. Cimetière profané le 3 décembre 2019.

Une très agréable lecture : une belle surprise!

 

 

 

 

Afterlives – Abdulrazak Gurnah (Prix Nobel 2021) – Bloomsbury publishing

LIRE POUR L’AFRIQUE

Le prix Nobel 2021 a donné l’occasion de découvrir cet écrivain  inconnu des francophones – éditions épuisées à l’attribution de la récompense – depuis réédité récemment (Paradis et Près de la Mer par Denoël). J’ai donc téléchargé Paradise et Afterlives en VO sur ma liseuse ce qui était une riche idée parce que j’ai eu accès aux dictionnaires Anglais/Français ou Anglais/Anglais et aussi à la traduction Bing des mots en swahili. Lecture facile que je recommande chaudement. 

Afterlives est une publication récente (2020) qui raconte l‘histoire de la Tanzanie de la Première Guerre Mondiale jusqu’à la période contemporaine.  Commençant par l’histoire du commerce caravanier des marchands indiens et la colonisation allemande puis britannique et enfin l’accession à l’indépendance de la Tanzanie (1961-1964). Il  fait allusion aux  répressions sanglantes des révoltes d’Al Bushiri (1888) de Wahehe (1898) et Maji Maji (1905-1907) réduites par des troupes allemandes et leurs supplétifs askaris. 

Quatre livres . Le premier est centré autour du personnage de Khalifa employé du marchand Amur Biashara  employé d’une banque Gujarati. Ces commerçants musulmans sont à la tête d’entreprises familiales, exportation (Khalifa les qualifient de pirates) ou usuriers, artisanat varié.

The way of the old marchants was lending and borrowing from each other on trust. Some of them only knew each others by letters or through mutual connections. Money passed from hand to hand[…]These connections were as far away as Mogadishu, Aden, Muscat, Bombay, Calcutta, and all those other places
of legend. The names were like music to many people who lived in the town, perhaps because most of them had not been to any of them.

Le jeune Ilyas qui a étudié auprès de colons allemands et qui a un bon niveau d’éducation est embauché par le marchand et devient le protégé de Khalifa. Il laisse sa petite soeur Afyia auprès de Khalifa lorsqu’il s’enrôle comme askari – supplétif allemand – dans la première guerre mondiale.

Le livre 2  se déroule pendant la Guerre dans l’armée allemand. Il  pour héros Hamsa, un jeune askari, protégé d’un officier allemand qui en fait son ordonnance et lui apprend l’allemand. A la fin de la guerre il sera capable de lire Schiller et Heine. Engagement assez absurde pour un africain qui se bat pour des puissances qui se disputent l’Afrique.

le livre 3 commence quelques années après la fin de la Guerre. Les Britanniques ont remplacé les Allemands. Hamza retourne dans la ville côtière, il est embauché dans l’entreprise de Nassor Biashara, accueilli par Khalifa dans sa maison. Le récit se déroule dans ce cadre familial pendant plusieurs décennies. Cette chronique familiale décrit la vie quotidienne, traditions et arrivée de la modernité.

Dans le livre 4 le fils de Hamza, Ilyas part en Allemagne à la recherche de son oncle Ilyas perdu. La colonisation allemande n’est pas tout à fait oubliée et ce qu’il trouve m’a étonnée.

J’ai beaucoup aimé ce récit qui complète l’histoire inachevée de Paradise (1994) que j’ai lu juste avant. Hamsa, comme Yusuf de Paradise, était un enfant-esclave retenu comme gage pour les dettes de ses parents, comme ce dernier il vivait chez un marchand qui se déplaçait dans le pays avec une caravane. Comme lui, il s’est engagé comme askari pour fuir l’esclavage. Cependant, les deux récits sont différents. Paradise était écrit dans le style d’un conte oriental qui m’avait séduite. Afterlives est plus réaliste, plus historique, plus politique aussi. 

Et comme j’ai vraiment beaucoup aimé les deux œuvres je compte lire bientôt By the Sea!