Tadjikistan – Au pays des Fleuves d’Or au Musée Guimet

Exposition temporaire jusqu’au 10 janvier 2022

L’Oxus (Amou-Darya) et le Zeravchan ( le « Semeur d’Or » en Persan) sont des rivières aurifères. Depuis la Préhistoire, au Chalcolithique les ressources minérales (or, cuivre, plomb, lapis-lazuli, cornaline et rubis) furent exploitées.

  A l‘Âge de Bronze, le site de Sarazm est un centre métallurgique important en relation avec l’Empire Perse comme le suggère la petite statue de pierre. 

Ibex

le Trésor de l’Oxus est composé de plaques, parures en or et argent destiné à une élite achéménide. La finesse de l’orfèvrerie est remarquable

Plaques décorative thèmes animaliers du Trésor de l’Oxus

métallurgie, orfèvrerie, aussi bien richesse des matières premières que finesse du travail.

la Bactriane sous les successeurs d’Alexandre

Des rois aux noms grecs comme Diodote 1er ou Démétrios on laissé leurs profils sur des monnaies. Sur une drachme à l’effigie d’Alexandre le Grand est gravé la silhouette d’Héraclès, sur une tétradrachme de Diodote à l’avers on reconnait Zeus. Deux poids pour une balance représentent Athéna Casquée et Mercure

Poids : Athéna et Mercure (1er siècle après JC)

On fait connaissance avec les Bactriens : dans le Temple de l’Oxus des têtes en terre crue ou en stucs les représentent

Bactriens en terre crue

En terre crue, une figure féminine est vêtue à la grecque avec chiton et himation. l’art des steppes hellénisé est d’un grand raffinement avec l’utilisation de l’ivoire

Fourreau en ivoire
ivoire

Du 1er au 4ème siècle de nouveaux nomades importent de nouvelles croyances : brahamique , bouddhiste, zoroastrien. On voit un art grécobouddhiste

Tête de Bouddha kouchan

Venus des steppes les marchands sogdiens sur les routes de la Soie. 

Turcs orientaux, ils utilisent le chameau de Bactriane

Chameau de Bactriane

l’exposition présente plusieurs chameaux, cavaliers et palefreniers sogdiens

palefrenier sogdien

Il y a aussi des représentations de Shiva (statue colossale) de divinités indienne à 4 bras.

Fresque du palais de Pendjikent

les Sogdiens ont aussi fondé Afrosiab (Samarcand) où l’on peut voir de magnifiques fresques. La fresque du palais de Pendjikent représente une bataille, une procession et un banquet.

la religion des Sogdien était le zoroastrisme, religion dualiste (Bien/Mal) honorant le feu et l’eau. On peut voir un temple du Feu avec un autel du feu

le dieu Mithra et ses attributs

Jusqu’à la conquête de l’Islam (8ème siècle) le Bouddhisme est répandu.  Les nomades turc avaient aussi d’autres croyance avec des tombes de pierre Balbal

Les Samanides (875 – 999)

aiguière et brûler d’encens samanides

les Samanides forment un émirat indépendant. la langue scientifique était l’arabe, celle de l’administration, le persan. les Samanides valorisaient l’identité iranienne.. 

 Cette exposition est splendide. Elle a bousculé mes a-priori concernant le Tadjikistan et la Route de la Soie. J’avais dans mon imagination des marchands arabes ou chinois marchant avec leurs chameaux de caravansérail en caravansérail, des Chinois aussi ou tout au moins des asiatiques, les chevaux de Gengis Khan ou de Tamerlan. Je n’imaginais pas trouver une civilisation si ancienne, une cité métallurgique de la Préhistoire, des villes anciennes, et surtout une telle richesse : or, ivoire, soie précieuse. Carrefour ou creuset de peuples si variés.

 

1889, L’Attraction Universelle – David Diop

LIRE POUR L’AFRIQUE

1889, C’est l‘Exposition Universelle de Paris, la Tour Eiffel !

Tout l’Empire Français est mis en scène pour faire briller la puissance française,  son économie et pour glorifier l’aventure coloniale. 

A Saint Louis du Sénégal, les notables noirs se jalousent pour avoir l’honneur de représenter le Sénégal à l’Exposition. Qui sera digne d’accompagner Lat Bassirou Ndiaye? 

Hélas! la délégation sénégalaise ne se doutait pas du rôle qui leur serait attribué : de la figuration au Village Sénégalais, ressemblant à un véritable zoo humain. Ils ne s’attendaient pas à être l’objet du mépris du public raciste.

« Des nègres avaient été chassés de l’Exposition universelle de Paris parce que deux d’entre eux avaient pris la
« poudre d’escampette » sans autorisation. »

(…)

Ils s’étaient mal comportés et on ne savait pas comment les punir ! Néanmoins ils pouvaient être utiles à
quelqu’un et le Député Dartiguelongue avait pensé à lui.

La punition est humiliante : ils se retrouvent à Bordeaux dans un cirque minable où l’on veut faire d’eux l’attraction nouvelle  en supplément de numéros avec des singes, des perroquets, une lionne.

Prends garde à toi, Lat Bassirou, lui avait répondu Couly Coumba, tant que tu n’as pas traversé le fleuve,
n’insulte pas les crocodiles… »

L’Attraction universelle, comme  Frère d’âme et La Porte du Voyage sans retour sont des romans historiques qui se déroulent en Métropole et au Sénégal, marquant ainsi les liens que la Colonisation a noués, liens culturels et économiques. Critique de la colonisation et du racisme. Double regard de l’Africain qui parle Français, connait le colonisateur et qui possède sa culture propre, mépris du colon avec son complexe de supériorité. Belle reconstitution de la société française en 1889, reconstitution des décors de l’Exposition, du contexte politique aussi.  Il y a aussi une histoire touchante qui se déroule dans le cirque avec de nombreux personnages, des animaux…

pirogues

Sans la charge émotionnelle très forte de Frère d’âme que j’ai beaucoup aimé lire et écouter lu par Omar Sy, l’Attraction Universelle est un excellent roman !

Paris-Athènes (1675-1919) au Louvre

Exposition temporaire jusqu’au 7 février 2022

affiche

 

Quelques dates :  l’exposition célèbre à la fois le bicentenaire des guerres d’indépendance de la Grèce ayant commencé le 25 mars 1821 et l’entrée de la Vénus de Milo au Louvre en avril 1821. 1675 est la date de la visite de l’ambassadeur français de Nointel à Athènes et 1919 marque l’épisode de la Grande Idée – extension de la Grèce en Asie Mineure et la catastrophe qui la suivit(septembre 1922). 

Le marquis de Nointel se fait représenter devant le Parthénon

De Nointel rapporta des relevés de la frise du Parthénon : son album se « feuillette ». Il rapporta également des marbres.

D’autres diplomates comme Fauvel (1753-1858) également peintre et archéologue rapportèrent des représentations des antiquités grecques.

Philhellènes :

Theodoros Vryzakis (1861) Byron à Missolonghi.

Les massacres de Scio (1822) inspirent Delacroix . Le célèbre tableau est resté à sa place dans la Galerie du XIX ème siècle à l’étage, on ne le voit pas à l’exposition . Du même Delacroix : La Grèce pleure sur les ruines de Missolonghi accompagné d’un enregistrement sonore de Berlioz : Scène héroïque (1926)

 

la Grèce sur les ruines de Missolonghi
Ary Scheffer : les femmes souliotes
Horace Vernet : Incendie d’un navire turc.

On voit aussi une statue de David d’Angers : Jeune grecque sur le tombeau de Botzaris. 

Après la prise par les turcs de Missolonghi (1926)La France envoya une expédition militaire et scientifique de 15 000 hommes , sur le modèle de l’expédition de Bonaparte en Egypte, sous le commandement de Abel Blouet (1828-1833) qui rapporta une description de l’Expédition de Morée gros volumes  (CLIC)Patras, Milos, Délos ainsi que des statues et des objets. j’ai bien aimé la Fille de Niobé venant de Patras

Fille de Niobé

Après l’Indépendance de la Grèce, avec l’installation d’un roi bavarois Othon er sur le trône on procéda à la construction d’une Athènes nouvelle néo-classique inspirée de l’Antiquité et de Munich. l’exposition présente de nombreux plans d’architectes pour la construction de la Métropole, du Musée archéologique et du palais royal ainsi que de belles demeures cossues. entre autres architectes : Ernst Ziller (allemand) et Lysandros Kaftanzoglou (grec)

Costumes à la cour de la Reine Olga

Des peintres grecs ont été à l’Ecole de Munich, d’autres ont plutôt étudié à Paris. Un sculpteur a retenu mon attention :  Yanoulis Chalepas de Tinos.

Yanoulis Chalepas

L’Ecole Française d’Athènes fut fondée en 1846, dispensant des cours de Français à la jeunesse grecque, mais surtout entreprenant des fouilles archéologiques  : 1870 à Santorin, 1873 à Délos, 1892 à 1903 à Delphes….Ses travaux sont illustrés par une série de photographies anciennes : fouilles de Thasos, des carnets de terrain, des relevés et des reconstitutions à la plume et  l’aquarelle spectaculaires

REconstitution du temple d’Eleusis

La glyptothèque du Louvre et d’autres plâtres rendent accessibles divers chef d’œuvre de la statuaire grecque. J’ai plaisir à reconnaitre l’Aurige de Delphes, une coré parmi les autres plâtres exposés. 

Glyptothèque :

Une vidéo explique les recherches récentes autour de la colonne portant les danseuses de Delphes qui soutiendraient l‘Omphalos – le nombril du monde. Un puzzle virtuel est reconstitué sur un écran avec les explications intéressantes

Delphes : colonne portant les danseuses soutenant l’omphalos

parmi les nombreux thèmes traités ici, la couleur. Après les fouilles de Cnossos et de Mycènes, les archéologues ont réintroduit la couleur et essayé de montrer l’effet produit de ces statues et bâtiments polychromes.

le parthénon en couleurs!

L’exposition se termine par des œuvres modernes de peintres au tournant de 1900.

En conclusion : une exposition très variée par les thèmes abordés qu’il faut absolument voir!

Retour à Lemberg Philippe Sands

HOLOCAUSTE/PROCES DE NUREMBERG

Lemberg, capitale de la Galicie province autrichienne, Lwow polonaise après la Guerre de 1914-1918, Lviv ukranienne où se côtoyaient Polonais, Juifs, Ukrainiens. Philipp Sands mène l’enquête sur les traces de son grand- père Léon Buchholz, né en 1904 à Lemberg, discret tellement discret sur son passé.


Sands est avocat, juriste auprès de la Cour Internationale, spécialiste en Droit International. Retour à Lemberg revient sur le Procès de Nuremberg où les dignitaires nazis et bourreaux furent jugés : parmi eux, Hans Frank, avocat, conseiller du Führer et Gouverneur de Pologne occupée qui est passé par Lemberg en 1942. Sands fait la biographie de deux juristes qui  ont étudié à Lemberg et siégé au Tribunal de Nuremberg et apporté leur contribution au Droit International. Hersch Lauterpacht, professeur de Droit International, et Raphael Lemkin, procureur et avocat. Ces trois personnages ont échappé aux massacres en ayant émigré à temps mais ont perdu dans l’Holocauste pratiquement toute leur famille. Lauterpacht introduit dans le Droit International la notion de Crime contre l’Humanité, tandis qu Lemkin définit le concept de Génocide. Pour le lecteur moyen, ces deux concepts recouvrent à peu près la même chose, mais pas pour le juriste : Le Crime contre l’Humanité considère les individus et les responsabilités individuelles, principalement dans le cadre des crimes de guerre. le Génocide, en revanche considère des groupes persécutés en tant que groupes comme les Juifs par les nazis, ou les Tsiganes. Une grande partie du livre s’attache à ces deux concepts, leur acceptation ou leur refus par les puissances alliées à Nuremberg. Pour moi qui n’ai jamais étudié le Droit, cet aspect de l’essai de Sands est tout à fait nouveau et intéressant.  

Cette enquête, presque policière, méthodique, imaginative, s’appuyant sur de maigres preuves, parfois une signature, un graffiti,  à l’envers d’une photo, est tout à fait passionnante. Sands cherche des témoins, il est temps, les survivants sont bien vieux

J’ai pensé à deux lectures récentes : Les Disparus de Mendelsohn et Faux Poivre de Sznajder, enquêtes sur des parents morts  dans l’Holocauste. Les Disparus sont sans doute plus littéraires, mais l’aspect juridique du Retour à Lemberg m’a beaucoup intéressée. 

Carnavalet : collections permanentes Paris du 16ème au 18ème siècle

HISTOIRE DE PARIS

Le Pont Neuf et la Pompe de la Samaritaine sous Louis XVI

J’ai attendu avec impatience la réouverture du Musée Carnavalet. Et il semble que je n’étais pas toute seule : comme dans tous les musées, il faut réserver un créneau sur Internet, télécharger et imprimer le billet gratuit et se munir du Pass Sanitaire. L’entrée est gratuite (pas libre).  Pour l’Exposition Cartier Bresson, c’est un billet séparé. Sauf à y consacrer la journée entière et à faire preuve d’endurance, l’après-midi ne suffit pas pour épuiser les collections permanentes et voir une exposition dans la foulée. Avec l’impression de survoler le tout, et de me perdre dans l’ordre des salles je n’ai vu que celles du premier étage. Il me faudra revenir pour la Révolution et le Moyen Age.

Carnavalet occupe tout un bloc entre la Rue Sévigné, la Rue des Francs-Bourgeois, la rue Payenne. On entre par la Cour d’Honneur ou Cours Louis XIV mais je découvrirai qu’il y a 4 cours, une petite Cour Henri IV (avec un jardin des simples), la Cour des Drapiers. Madame de Sévigné a occupé un des hôtels particuliers mais peu de souvenirs ont été conservés. C’est un des plus anciens musées de Paris : il a ouvert en 1880. 

les enseignes

Une belle collection d’enseignes nous fait imaginer les rues de Paris avec les plaques de rues en calcaire gravé. L’étoile de David capte tout de suite mon attention : rien de juif, c’est le symbole des brasseurs, les deux triangles figurant les éléments composant la bière et les transformations. L’orme de Saint Gervais  est le souvenir d’un arbre de justice.

la devanture de l’apothicaire contient flacon et pots à onguents en porcelaine.

Au plafond sont pendus des lorgnons, des fourchettes, au mur un homard.

Plusieurs tableaux et réclames utilisent des stéréotypes racistes :  « A la Tête noire » pour un marchand de vin ou « au Nègre joyeux » dans un magasins de produits alimentaires venant des colonies.

Je monte au 1er étage en empruntant le monumental escalier de l’Hôtel de Luynes surmonté d’une galerie décorée en trompe-l’oeil.

Escalier de l’Hôtel de Luynes

Non seulement on a remonté des escaliers provenant d’hôtels qui ont été démolis mais on a reconstitué des appartements entiers avec boiseries, plafonds, tentures et mobilier.

Une série de salles fait revivre le Paris de l’Encyclopédie (1751 – 1788) d’Alembert nous accueille, et nous passons par les appartements de l‘Hôtel de Breteuil, entrée, salon et boudoir ovale. Le salon est meublé de tables à jeu (échiquier cachant un trictrac) table carrée pour jouer au pharaon, fauteuils divers, une harpe et même une niche capitonnée de bleu pour un chien minuscule. Un accompagnement sonore reconstitue l’ambiance du salon.

Différents tableaux, aquarelles et gravures, restituent les Jardins de Paris, le Jardin des Plantes avec la figure de Buffon, Parc Monceau créé par Carmontelle, Jardin de Bagatelle, mais aussi des jardins oubliés comme ce Jardin des Marchands.

On célèbre le Spectacle des sciences avec le spectaculaire envol (et crash) des Montgolfières qui ont suscité des « objets dérivés » boutons, tabatières et éventails

J’ai découvert un peu plus loin (je me suis un peu perdue dans le dédale des salles) le fauteuil de Voltaire avec sa silhouette caractéristique équipé d’un écritoire et d’un pupitre. Nombreuses têtes, buste de Voltaire autour. Jean Jacques Rousseau en costume arménien fait le pendant au buste de Voltaire). un joli groupe en porcelaine blanche fait figurer Franklin. je suis contente de voir le palais que Beaumarchais s’était fait construire à proximité de la Bastille que décrit Orsenna dans sa biographie Beaumarchais : un aventurier de la liberté. 

maquette de la Madeleine (à l’arrière Saint Sulpice)

Louis XIV, Louis XV et Louis XVI ont embelli Paris de nombreux monuments et places comme la Place Louis XV (place de la Concorde) dessinée par Gabriel. On démolit les maisons construites sur les ponts au XVIIIème siècle. De nombreux tableau témoignent des transformations. Des maquettes des projets de l’église de la Madeleine, et de l’Eglise Sainte Geneviève ou de Saint Sulpice montrent les projets. L’église Sainte Geneviève est devenue plus tard le Panthéon et la Madeleine ne fut terminée qu’après la Révolution.

Une salle entière est consacrée à l’architecte Ledoux  qui dessina 47 barrières dans le mur des fermiers généraux (1762 -1795)

Les reconstitutions des appartements venus d’Hôtels particuliers sont spectaculaires mais mon parcours n’est pas toujours logique ou chronologique, c’est le seul défaut du musée.

je suis éblouie par le salon peint de fresques à grotesques de l‘Hôtel Colbert de Villacerf

Cabinet Colbert de Villacerf, grotesques et portrait de Mazarin

Impressionnants, solennels, ceux de l’Hôtel La Rivière (Place Royale) avec les décors de Charles Lebrun (too much!)

Décors Le Brun très chargés

Boiseries de l’Hôtel d’Uzès

Toujours dans mes errances chronologiques j’ai découvert le 16ème siècle, Catherine de Médicis, Henri III, Charles IX Le Duc de Guise. Impressionnante procession de la Ligue

Procession de la Ligue

Et pour contraster avec cette peinture belliqueuse une fête populaire

Fête populaire

 

et ces petits métiers

petits métiers 18ème siècle

je me rends compte que ce billet est bien désordonné, surtout du point de vue de la chronologie. Telle fut ma visite. Ce musée est si riche qu’on s’y perd et je me promets d’y retourner d’abord pour voir les souvenirs de la Révolution, les témoignages du Moyen Age puis ultérieurement me limiter à une courte période et lire avec soin les cartels.

Le Grand Erratum de jean-Baptiste Pérès suivi de Jette le masque Bonaparte! Leonardo Sciascia

FAKE NEWS

Tout à fait d’actualité ce petit livre de 65 pages!

Actualité cette année de commémoration 200 ans de la mort de Napoléon à Sainte Hélène. Difficile d’y échapper.

Actualité quand Fake news et conspirationnisme polluent la vie politique si ce n’est pas citoyenne tout simplement (avec refus des vaccins sous des prétextes parfois farfelus). 

Et voici comment on peut facilement démontrer que Napoléon n’a pas existé.

Trois parties à cet opuscule :

Arthur  Bernard : Le Grand Erratum de Jean-Baptiste Pérès ou l’histoire du dix-neuvième comme source d’un nombre infini d’errata

Comme quoi Napoléon n’a jamais existé ou grand erratum, source d’un nombre infini d’errata à noter dans l’histoire du XIXème par M. J.B.Pérès A.O.A.M, bibliothécaire de la ville d’Agen

Leonardo Sciascia : jette le masque Bonaparte! 

La première partie annonce le texte de Pérès, le complète, l’analyse.

La seconde prétend que Napoléon n’a pas existé, que c’est un personnage allégorique, le soleil personnifié (je serais tentée de faire une plus longue citation mais je préfère que vous le découvriez par vous-même)

La dernière partie met en scène une émission de télévision où sont invités Savinio, Napoléon lui-même, Chateaubriand, un jeune homme dans le rôle de candide. Ces dialogues sont très amusants se référant également à Gramsci, Stendhal ou Jean Jacques Rousseau. Des allusions au XXème siècle – Guerre des Malouines, Budapest ou Varsovie – ne sont pas fortuites.  Un régal, je suis fan absolue de Sciascia!

marie Ferranti : Une Haine de Corse – histoire véridique de Napoléon Bonaparte et de Charles-André Pozzo di Borgo

LIRE POUR LA CORSE 

Napoléon, écrit Stendhal, se lia intimement avec le célèbre Paoli et avec Pozzo di Borgo, jeune Corse plein de talent et d’ambition. Depuis, ils se sont portés tous deux une haine mortelle.

Avant notre départ pour Bastia j’ai téléchargé cet ouvrage (368 pages). j’avoue que je n’ai pas été jusqu’au bout.

J’ai été très intéressée par les premières parties du livre qui racontent l’histoire de la Corse, le personnage principal n’est ni Bonaparte, ni Pozzo mais plutôt Paoli. Retour au XVIIIème siècle  : de Rousseau à Boswell, la Corse , sa constitution a fasciné une partie de l’Europe avant la Révolution français.  La Révolution vue de Corse, la Terreur ne séduit pas, au contraire, elle révulse et une Consulta réunie à Corte

Le lendemain de cette Consulta, il fut décidé que : « Le peuple corse abandonnait les Bonaparte, nés de la fange du despotisme, à leurs propres remords et à l’opinion publique, qui  les avait déjà condamnés à l’exécration éternelle et au déshonneur. » Paoli ordonna qu’on arrête Napoléon. Celui-ci prit la fuite, manqua d’être tué à plusieurs reprises et réussit à quitter la Corse.

J’avais déjà lu cette histoire de fuite des Bonaparte à l’occasion de notre voyage à Ajaccio mais n’avais pas bien compris les enjeux.

La Corse devient anglaise,

La Corse devint officiellement anglaise le 15 juin 1794. Son drapeau était frappé de la tête de Maure et des
armes du roi, son hymne était le Salve Regina et la religion catholique, apostolique et romaine, la religion d’État.
On voit par là que les Anglais faisaient preuve de souplesse et désiraient ardemment[…]

Que Paoli se tournât vers l’Angleterre n’était donc pas une hérésie : il connaissait bien ce pays, il y avait vécu
plus de vingt ans et croyait l’Angleterre assez éloignée de la Corse pour la protéger sans l’asservir

L’Histoire de Bonaparte puis de Napoléon 1er , et en parallèle celle de Pozzo quitte la Corse et prend les chemins de l’exil

Napoléon et Pozzo connurent tour à tour chacun des lieux par où l’autre était passé. La première étape de l’exil
de Pozzo fut l’île d’Elbe, conquise de fraîche date, ainsi que Capraia, par Nelson, victoires minuscules comparées aux conquêtes de Napoléon dans la péninsule italienne. Pozzo, devenu apatride, connaît le sort des émigrés et l’amertume de l’exil, pendant que Bonaparte vole de victoire en victoire et revient d’Italie auréolé de gloire.

Campagnes de Napoléon, exils sur l’île d’Elbe et Sainte Hélène…émigration de Pozzo jusqu’en Russie. On s’éloigne vraiment de Corse et je ne suis pas fan d’épopée napoléonienne, ni des tractations de Talleyrand… J’abandonne.

 

le Retour du Hooligan – Norman Manea

LIRE POUR LA ROUMANIE

 

« Hooligan ? Qu’est-ce qu’un hooligan ? Un déraciné, un non-aligné, un marginal ? Un exilé ? 

Un déraciné, un exilé, un dissident : est-ce cela, être un hooligan juif ? Et l’anti-parti, l’extraterritorial, l’apatride
cosmopolite qui te parle, quelle sorte de hooligan est-il ? »

Norman Manea, écrivain roumain, exilé aux Etats Unis depuis 1988, accompagne un ami musicien à Bucarest en 1997 où il n’est jamais retourné. Ce livre s’articule en plusieurs parties, tout d’abord avant le départ, les hésitations de celui qui a fui le régime communiste. Il a écrit un essai critiquant le soutien de  Mircea Eliade  au mouvement nationaliste La Garde de Fer antisémite, a été accusé de blasphème et de trahison par les patriotes locaux  et par la presse de la nouvelle démocratie. Critique aussi de l’écrivain  juif Sebastian qui  ne s’est pas désolidarisé de Mircea Eliade . Les  Hooligans sont justement le titre d’un livre Eliade. Sebastian a aussi  utilisé  le mot « Hooligan »  dans un ses titres Comment je suis devenu un hooligan? Ce livre s’annonce donc comme très littéraire en ce qui concerne la littérature et l’histoire roumaine. Heureusement, j’ai déjà entendu cette histoire dans plusieurs livres (Eugenia de Lionel Duroy et Athénée Palace de Rosie).

 

Après ces préambules, Manea raconte son histoire et celle de sa famille à Suceava, en Bucovine, histoire d’une famille juive dans les années 30, « années hooliganiques » qui sera déportée en Transnistrie en 1941, et reviendra en 1945 à 9 ans. En même temps que le communisme s’installe en Roumanie, le jeune garçon est enrôlé comme pionnier tandis que son père, comptable dans une sucrerie, se voit offrir la carte du parti et promu directeur du « commerce socialiste ». L’utopie  séduisante, tout d’abord, se révèle mortifère. Piégé, son père est condamné aux travaux forcés dans le camp de Periprava. Norman Manea, ingénieur hydraulicien, mène sa carrière d’écrivain et son travail d’ingénieur. La seule solution pour survivre : l’exil. Nombreux sont ceux qui ont émigré, en Israël ou ailleurs. Manea ira aux Etats Unis, accueilli par une université en 1988. 

 » Captivité et liberté ne cesseraient jamais, au cours des quarante années suivantes, leurs improbables négociations, leurs compromis et complicités de tous les instants, leurs escapades vers des refuges, des compensations secrètes. L’Initiation se poursuivait, et le prisonnier attaché au pilier de granit socialiste persistait à rêver, comme tous les prisonniers, de délivrance et d’évasion. Mais entre-temps, il s’était lui-même enchaîné, Ulysse immature, à sa table à écrire. »

Après avoir fait part de ses doutes, de ses craintes, de ses hésitations, il raconte par le menu son retour, une dizaine de jours du 21 avril au 2 mai 1997. L’écrivain  célèbre est invité à des festivités officielles, au Séder de Pâques de la Communauté juive. Il retrouve ses amis, ses anciens collègues. il voyage à travers le pays. Plus éprouvant, il se rend sur la tombe de sa mère qu’il n’avait pas revue. Et c’est l’occasion de présenter toute une galerie de personnages, intellectuels ou politiques. Occasion aussi de faire le point sur la situation du pays après la chute des Ceausescu. C’est intéressant mais il y a des longueurs pour le lecteur qui ne connaît pas la Roumanie et les arcanes de sa bureaucratie. J’ai préféré la première partie, plus personnelle, plus intime.  

Ce qui me retenait en Roumanie n’était pas la religion ni le nationalisme, mais la langue, et les chimères qu’elle me
faisait entrevoir. Et aussi, naturellement, pour le meilleur et le pire, ma vie entière, dont elles étaient l’essence.

C’est aussi une réflexion sur l’identité. L’écrivain est attaché à la langue roumaine. Religion ou nationalisme ne le concernent pas, écrire en Roumain, entendre parler Roumain constituent le principal de la personnalité de l’auteur.

C’est bien sûr une critique mais critique avec humour!

Un milicien envoyé d’urgence dans le grand hôpital psychiatrique de la capitale resta interdit devant les fous qui, se
contaminant mutuellement, s’écriaient allégrement ici et là : « À bas le communisme ! À bas le Conducător ! »
Alors qu’il s’apprêtait à les arrêter, il s’était heurté à l’opposition du directeur. « Nous sommes dans
un asile de fous. De fous, ne l’oubliez pas ! » Ce à quoi le policier rétorqua, avec un parfait bon sens :
« Fous ? Comment ça, fous ? Mais alors, pourquoi ne crient-ils pas : “Vive le Communisme, vive le
Conducător” ? » Il formulait, sans le vouloir, toute l’ambiguïté de la maladie nationale.

 

 

 

 

Chagall, Modigliani, Soutine…Paris pour école, 1905 – 1940 – MAJH

Exposition temporaire jusqu’au 31 Octobre

Sonia Delaunay – Philomène 1907

Chagall, Modigliani, je les aime tant que je ne raterais pour aucun prix une exposition qui leur est consacrée. D’ailleurs, dans l’exposition du MAJH, je vais naturellement les admirer.

Zak : marionettistes

Cependant, ce sont les moins connus, ceux que je découvre dont j’ai envie de parler. Zak, que je ne connaissais pas du tout, Jules Pascin portraitiste et dessinateur

Jules Pascin : Alfred Flechtheim en toréador 1925

Kremègne, découvert au musée de Céret, dont l’œuvre est variée

Kremègne

Et les sculptures de Lipchitz et de Chana Orloff qui me touchent énormément.

Lipchitz : marin à la guitare

et cette maternité si tendre

Chana Orloff : maternité

Nombreuses découvertes et plaisir de retrouver des œuvres connues.

Toutefois, le propos est L’école de Paris qui aurait réuni pendant plusieurs décennies une foule d’artistes juifs, russes ou polonais, hongrois, tchèques, allemands, venant de toute l’Europe, fuyant le numérus clausus des universités russes, les pogromes, la pauvreté ou tout simplement attirés par la vie artistique de Montparnasse ou des ateliers parisiens.

Indenbaum : La Ruche

Ecole? c’est paradoxal parce qu’il n’y a pas eu une seule école, ni un style particulier, parce que chacun a trouvé son atelier :le Bateau lavoir, la Ruche, qui fut peinte à plusieurs reprises par Kremègne et Indenbaum, qui accueillit Soutine, Modigliani, Brancusi (la liste est si longue…).

Artistes Juifs ou Cosmopolites? Sûrement les deux, quand Paris était une fête!

Chagall : Apollinaire et Cendrars

Cependant ces artistes juifs, artistes reconnus et célèbres durent aussi subir l’antisémitisme de certaines élites. L’exposition met en évidence la renaissance d’une conscience juive avec la parution de revues juives de langue française.

Les mots de la fin sont ceux de Chagall : un long poème en Yiddisch et en Français « Pour les Artistes martyrs « (1950)

Chagall encore, pour le plaisir!

A l’ombre du brasier – Hervé Le Corre – Rivages/Noir

LA COMMUNE DE PARIS

 » Un monde nouveau s’imprimait chaque jour, les rêves se lisaient enfin noir sur blanc, en plein jour, enfin évadés des nuits, de leurs brouillards et de leurs terreurs. C’était le
printemps de la vie, tout cela, et les rosiers qui escaladaient les murs et débordaient sur les trottoirs, versant
parfois leurs parfums sur eux, ne disaient pas autre chose. »

Les dix derniers jours de la  Commune de Paris du 18 Mai 1971 au 28 Mai 1971 qu’on nomme aussi la Semaine Sanglante. 

Dans ce roman touffu, nous suivons Nicolas et ses deux frères d’arme Adrien et Le Rouge, soldats fédérés du 105ème, qui courent de barricade en barricade pour ralentir l’avance des Versaillais qui sont aux portes de Paris, Caroline, la bonne amie de Nicolas, ambulancière qui soigne les blessés. Des personnages louches profitent du désordre : Monsieur Charles, le photographe d’un genre « un peu spécial », Pujols qui lui procure de jeunes modèles pour ses photos érotiques, Clovis, le cocher complice de Pujols dans l’enlèvement des jeunes filles. Antoine Roques, ouvrier relieur a été élu commissaire de police du Xème s’attache à résoudre cette affaire d’enlèvements, il doit traverser Paris dans les combats pour délivrer une prisonnière.  On s’attache aux personnages : Communards idéalistes, courageux ouvriers dévoués aux rêves d’un avenir meilleur. Au cours de l’action, les caractères s’affirment, se complexifient. La solidarité du peuple de Paris, des inconnus soutiendra les fédérés jusqu’au bout. Avec l’avance des Versaillais les massacres sont effroyables…

Roman noir, roman historique? Histoire des anonymes, du peuple des ouvriers, des artisans , l’auteur évoque en filigrane quelques figures connues au fil des conversations, le Général Dombrowski ou Louise Michel.

Roman de guerre, sur les flaques de sang, l’odeur de la poudre, des cendres des incendies. Interminables traversées de Paris du fort d’Issy par le Bois de Boulogne et les quartiers de l’ouest de Paris abandonnés par les bourgeois, aux barricades de la Rive Gauche, du XVème au Quartier Latin, finalement les derniers jours tous se replient vers la Bastille, Château d’Eau, et l’Est de Paris. L’errance de Nicolas et Caroline se terminera vers Bagnolet ou Montreuil où les Prussiens campent encore. Beaucoup de combats, de faits d’armes, d’héroïsme qui finissent par lasser le lecteur qui sait que les Versaillais seront impitoyables.

Histoire des femmes aussi, des ouvrières qui se réunissent pour faire valoir leurs droits, féministes activistes.

Et bientôt, les filles n’auront plus besoin de demander la permission pour tout, pas vrai ? C’est toi qui me l’as
dit, une fois. Qu’la Commune et tout ça, ça changerait la vie des femmes.

 

Accessoirement, histoire de la photographie, Charles Gantier rêve d’être un des premiers reporters de guerre avec un procédé de sa façon.

La guerre sera bientôt dans la rue, sous nos fenêtres, et j’en veux enregistrer toutes les convulsions ! Mes confrères
photographient ces imbéciles posant sur leurs barricades, devant leurs canons, bravaches, triomphants ! Mais
moi, je les prendrai sous le feu, face à de vrais soldats, dans la fureur du combat, et l’on verra qui alors est le
plus brave, de cette mégarde nationale, de ces bonimenteurs à képis, ou des régiments de ligne menés par nos
meilleurs officiers. Alors la vérité sautera aux yeux de l’Histoire.

Roman policier avec l’enquête des enlèvements….

J’ai suivi avec beaucoup de sympathie l’Odyssée de Nicolas du Bois de Boulogne aux Grands Boulevards . J’ai un peu décroché pendant les faits d’armes qui traînent  en longueur. Sans doute était-ce nécessaire de maintenir le lecteur dans les bombardements et le sang. Mais je me suis accrochée et ne l’ai pas regretté.