Philby – Robert Littell

ESPIONNAGE

Pourquoi la collection Points attribue-t-elle le qualificatif de « policier » à ce roman d’espionnage? Polars et espionnage sont également des thrillers à l’intrigue embrouillée, mais ce n’est pas tout à fait la même chose?

Philby, Portrait de l’espion en jeune homme est le titre complet de l’ouvrage.

J’ai lu avec plaisir le chapitre viennois , fin de l’été 1933 avec l’écrasement du soulèvement ouvrier ainsi que le récit de l’élimination des officiers de renseignement du NKVD à Moscou. Ce livre offre  un résumé de l’histoire européenne de 1933 à 1943: guerre d’Espagne, Drôle de Guerre, Blitz sur Londres évoqués  un peu superficiellement. Plus on avance dans la lecture, plus les chapitres se raccourcissent et j’ai une impression de bâclé sur la fin. 

Effectivement le portrait de Kim Philby en très jeune homme est convainquant mais on aimerait plus. Les personnages de Guy Burgess et de McLean sont transparents.

En revanche le père, l’arabisant, l’ami du roi Seoud qui se révèle un stratège machiavélique est intéressant. Philby fut-il manipulé par ce dernier? Fut-il agent double (sûrement) fidèle à l’idéal communiste mais recruté par les services secrets britannique, ou l’inverse, ou triple? Réussit-il a pénétrer les services secrets américains? On ne sait pas bien, la fin du roman est une pirouette qui donne le tournis.

Néandertal – L’Expo au Musée de l’Homme

Exposition temporaire jusqu’au 7 janvier 2019

L’exposition se donne l’objectif de déconstruire les mythes négatifs associés à l’Homme de Néandertal victime d’une sorte de racisme dans les représentations de la fin du 19ème siècle début du 20ème siècle. 

La mise en scène de l’exposition est construite en trois grands chapitres : Le temps d’une journée, le temps d’une vie, le temps d’une espèce. 

maquette d’un abri avec os de mammouths (Ukraine)

Le temps d’une journée présente Néandertal dans son environnement naturel, entouré des animaux, espèces ubiquistes comme l’aigle ou le loup, les animaux de climat tempéré: campagnols; aurochs, ou de climat glaciaire avec les lemmings, les bisons et les rennes. sur le mur du fond incurvé est projeté un paysage qui varie selon que le climat est glaciaire ou tempéré. Néandertal a vécu 300 000 ans et a donc connu de grands changements climatiques.

Chasse au mammouths Paul Jamin 1885

Un site de fouilles , la Folie Poitiers, est reconstitué dans la salle suivante. Un quadrillage au sol figure les ficelles que les archéologues tendent pour repérer les artefacts. Une palissade délimite l’abri que les Néandertaliens avaient construits avec des branchages ou des peaux de bêtes pour se protéger du vent. On présente ici les silex et les outils en os (polissoirs, lissoirs, retouchoirs). Un vidéogramme montre les hommes à la chasse ou à la pêche, vêtus de peaux de bêtes. On les voit cuire dans le feu (le plus ancien « briquet » a été trouvé en Bretagne, (400 000 ans) fait de pyrite enflammant de l’amadou ou des écorces de bouleau.

Une exposition plutôt humoristique dément le mythe de la massue, on a retrouvé des lances, des armes de jet, mais jamais de massue!

crâne de néandertalien

Le temps d’une vie présente les fossiles humains, crânes ou moulages. Les premiers furent retrouvés en 1829 en Belgique à Engis, en 1856 à Feldhofer en Allemagne et en 1908 en Corrèze. On a également retrouvé des empreintes de leurs pas? Les moulages de la boîte crânienne montrent que la taille du cerveau n’était pas inférieure au nôtre, et que les aires du langages, aire de Broca et de Wernicke ainsi que le gène FoxP2 attribué au langage étaient développé. Les néandertaliens pouvaient donc parler!

Représentation de néanderlalienne début 20ème siècle

Cependant les statues  du début du 20 ème siècle dans le Salon des Représentations ont un aspect bestial :  menton rentré, certes, et arcades sourcilières, mais la tête engoncée dans les épaules et des poils les rapprochant de la fourrure animale (alors que cela ne se fossilise pas) .

Représentation de néandertalien du début du 20ème siècle

Pourtant c’était un homme paré : les parures ont été retrouvées, les serres d’aigles étaient particulièrement recherchées. Ils collectionnaient de beaux objets (fossiles de gastéropodes) un racloir en cristal de roche… On suppose aussi qu’ils se peignaient la peau : on a retrouvé des pigments sans trace de peintures pariétales, d’où l’hypothèse de peintures corporelles .

. Ils observaient aussi des rites funéraires. la découverte à Spy (Belgique d’un homme et d’une femme  avec les os en connexion, donc délibérément ensevelis a provoqué un véritable scandale , c’était une idée inconcevable à la fin du 19ème siècle. L’observation de fractures identiques à celle des rodéos laisse à penser qu’ils chevauchaient peut être de grosses bêtes(?)

Etaient-ils cannibales? une animation donne 3 bonnes raisons d’être cannibales (cannibalisme alimentaire, mais aussi rituel, pour s’approprier la force d’un adversaire ou pour garder ses ancêtres en soi(?)

3. Le temps d’une espèce

C’était un artisan hors pair : l’exposition présente une collection de silex selon la technique du Levalloisien à partir de 300 000 ans . Ces outils étaient des marqueurs de culture.

L’analyse génétique montre que les hommes actuels sont (sauf les Africains) métissés de Néandertal, nous avons tous (ou presque) quelque chose de Néandertal.

Cependant , l’espèce Néandertal s’est éteinte entre 35 000 et 30 000 ans. Qu’est ce qui a causé cette extinction? Les différentes causes de cette disparition sont discutées par les chercheurs dans de courtes vidéos très vivantes. On a évoqué les changements climatiques : les Néanderliens en on vécu de nombreux, les micro-organismes apportés par Sapiens, mais ces populations étaient tellement dispersées qu’on ne peut invoquer de véritables épidémies, un déclin démographique avec un nomadisme accru est aussi une cause plausible, la concurrence entre Sapiens et Néandertal pour le gibier, des « guerres » dont on n’a rien retrouvé… le débat est ouvert et les causes sûrement plurielles.

La conclusion se trouve dans une dernière salle où les représentations sont  diverses, affiches de film, jouets….Pour finir par cette Néandertalienne habillée à la mode de chez nous, pas si différente!

A la suite Néandertal, l’Expo,  j’ai trouvé une petite exposition sur les Mousses, sentinelles de l’environnement que j’ai trouvée passionnante comme le parcours dans les collections permanentes du  Musée de L’Homme. Il faudra que je revienne!

Histoire des Grands-parents que je n’ai pas eus – Ivan Jablonka – Seuil

PARCZEW/PARIS/AUSCHWITZ

« ….L’idée de prendre mes grands-parents comme objet d’étude remonte à 2007. Mon projet prend forme assez vite : je vais écrire un livre sur leur histoire, ou plutôt un livre d’histoire sur eux, fondé sur des archives, des entretiens, des lectures, une mise en contexte, des raisonnements sociologiques, grâce auxquels je vais faire leur connaissance. Récit de vie et compte rendu de mon enquête, ce livre fera comprendre, non revivre… »

L’auteur Ivan Jablonka est historien. Cette enquête est menée de façon rigoureuse, scientifique. Cela n’exclue pas la chaleur humaine. L’auteur ne connaissait rien de ses grands-parents, ni de ses arrières-grands-parents. Il découvre des personnalités attachantes et fait revivre tout un monde disparu. Il détaille aussi toutes ses démarches qui le conduisent en Pologne et jusqu’en Argentine. Il fait revivre le petit monde des tailleurs, coupeurs de cuir, fourreurs entre Belleville et Ménilmontant. Il montre l’extraordinaire solidarité entre ces sans-papiers, artisans, militants communistes et anarchistes dans des temps troublés.

Antisémitisme qui a raison de ces jeunes communistes laïques, universalistes, qui vinrent en France chercher l’asile politiques après une incarcération en Pologne pour avoir tendu une banderole et qui se retrouve « sans papiers »:

« Matès un réfugié politique auquel la France s’honore de donner le droit d’asile? Son emprisonnement démontre plutôt l’inanité de la distinction entre « étrangers de bonne foi » et « hôtes irréguliers », et leur fusion dans la catégorie des délinquants »…

Actuel, trop actuel, ce débat!

Matès termine sa vie comme sonderkommando quoi de plus tragique?

Alors que les survivants de la Shoah nous quittent les uns après les autres, Simone Weill, Marceline Loridan-Ivens récemment, les historiens prennent la relève.

Pascal Paoli – Antoine-Marie Graziani

LIRE POUR LA CORSE

buste de Paoli à l’Île-Rousse

Dès qu’on débarque en Corse, deux personnages sont « incontournables » (je déteste ce mot mais il convient ici) : Pascal Paoli et Napoléon Bonaparte. J’ai cherché un livre d’histoire sur Paoli et celui d’Antoine-Marie Graziani existe en format numérique ce qui est bien pratique pour la voyageuse.

C’est un ouvrage sérieux, très (trop?) détaillé. J’ai parfois peiné dans la lecture de tous les détails de querelles entre des personnages dont je n’avais jamais entendu parler et que je ne rencontrerai sans doute plus.

J’ai beaucoup apprécié le rappel d’Histoire des Idées Politiques de Tite-Live à Machiavel, de Montesquieu à Rousseau. Paoli est un politique, un général, mais surtout un personnage des Lumières. Son action s’inscrit, avant la Révolution Française et même avant l’Indépendance américaine, dans la mouvance des Encyclopédistes. Ce n’est pas un hasard s’il a commandé une Constitution à Jean-Jacques Rousseau. En revanche, Voltaire endosse un mauvais rôle en caressant Choiseul dans sa lutte contre les paolistes!

Histoire de la corse et équilibres géopolitiques : 

Depuis le Moyen-Âge, la Corse est une île trop petite pour être vraiment indépendante. Elle s’est trouvée sous la protection de Pise, puis depuis le 13 ème siècle de Gênes. La gestion de la République de Gênes fut pendant des siècles calamiteuse. Depuis 1729,  des révolutions contre Gênes se sont succédé à la suite du prélèvement inique des impôts. Gênes a fait appel à l’empereur Charles VI, et envoie des mercenaires allemands en 1731.

En 1736 « un roi de carnaval« , Théodore de Neuhoff débarque d’un tout petit bâtiment, et se fait sacrer Roi de Corse. Son règne éphémère mis en scène par Voltaire dans Candide au Carnaval de Venise.

 

Gênes se retourne ensuite vers le roi de France et signe un accord secret en 1737. En 1738, un corps expéditionnaire français débarque à Bastia.  De leur côté, les Corses et Paoli cherchent la protection d’abord du Saint Siège et même de Malte, se tournent un moment vers l’Espagne. Il faut se rappeler que l’Italie est encore une mosaïque avec des équilibres subtils entre la Papauté, l’Espagne, l’Autriche et les Bourbons de Sardaigne.

L’Angleterre entre aussi dans les alliances. En 1743 sa flotte attaque Bastia.

Les luttes des Corses contre l’occupation génoise dure des décennies

« Cette représentation des Corses comme les héritiers des vertus classiques, et les défenseurs d’une cause juste, sera reprise par Jean-Jacques Rousseau, et les esprits libéraux et éclairés d’Europe jusqu’en 1768″

 Paoli :

Exilé à Naples avec son père,   il a servi  dans le régiment Corsica du Roi de Naples. Il étudie à Naples, lit Montesquieu, s’intéresse à la franc- maçonnerie. En 1755, il rentre sur son île.

Je me suis un peu perdue dans les événements décrits avec minutie par Graziani qui n’épargne aucune intrigue entre les protagonistes corses et les rivalités des familles et qui mêle au récit du retour de Paoli une analyse de ses idées politiques. Paoli arrive en Corse porteur d’un projet solide pour la constitution d’un Etat. en Aout 1755 il écrit :

« Ce peuple au cours d’une assemblée générale unie juridiquement, a décidé de m’obliger à abandonner mon service pour que je gouverne, il m’a concédé plus d’autorité que n’en aurait voulu avoir aucun roi de Corse parce que le décret n’a aucune limitation »

Le préambule de la constitution corse de 1755 évoque celui de la future Déclaration d’indépendance américaine : « la Diète générale représentant le peuple de Corse – seul habilité à décider légitimement de ses destinées – convoquée selon les formes dans la cité de Corte par le général.... »

« En 1764, il parlera à Salvini d’un grand projet constitutionnel et s’il présentera à Symonds quatre réformes qu’il veut voir instituer dans son île : abolition de la torture, la nomination à vie des juges de la Rota civile, l’introduction des procédures anglaises du cautionnement et du système du jury »

Le pays est divisé, Pascal Paoli doit lutter contre des factions. On assiste à une véritable « guerre civile » ou une « vendetta » à grande échelle. Paoli fut confronté à la pauvreté de la communauté insulaire et n’était pas toujours à même de payer ses soldats. Les réalisations de Paoli sont impressionnantes, entre autres la création d’une université, d’une marine, y compris pour la course, développement du port de l’Île Rousse et même l’introduction de la pomme de terre…

Là, je décroche un peu dans la lecture…les dissidences corses, les différentes consulte m’embrouillent. Les relations avec le Saint Siège sont également compliquées. Il faut être plus au fait de l’histoire corse pour suivre sans difficultés.

Un anglais, Boswell, introduit justement auprès de Paoli, en 1765, après une visite chez Rousseau se fera le chantre de cette lutte et de son champion Paoli.

Par le Traité de Versailles, le 15 mai 1768, Gênes cède la Corse à la France à la condition très révélatrice : « que jamais la Corse ne puisse devenir souveraine et indépendante ni posséder aucune place ou établissement maritime, ni être en état de causer préjudice à la navigation ».

J’ai eu du mal à comprendre la véritable nature des relations de Paoli avec Marbeuf et Choiseul et de suivre les batailles de Borgo et à Ponte Novu; encore plus les division des Corses entre « parti français » et paolistes.

Après la défaite de Ponte Novu (1769), c’est l’exil de Paoli et de ses partisans, par l’Italie et jusqu’en Angleterre où Paoli reste 22 ans, accueilli comme le « Thémistocle de notre siècle ». 

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Paoli ne sera rappelé  en Corse qu’après la Révolution de 1789. Les rapports entre Paoli et les révolutionnaires sont aussi compliqués. Cette histoire est passionnante. Au début, les rapports sont bons « Le mentor de Paoli à Paris est La Fayette[…]belle image sans doute que de voir le héros de la liberté corse aux côté du héros français de l’indépendance américaine! »

Paoli sait qu’on l’a fait venir en Corse pour rétablir l’ordre. Au début il est accueilli par un immense succès.Il est ensuite fragilisé par les divisions des Corses puis la situation politique se brouille, les « intriguants » envoient des doléances à la Convention fin 1792. Une expédition en Sardaigne est une catastrophe qui contribue à pourrir la situation. L’arrivée de volontaires « Marseillais » à Ajaccio  en 1793« anarchistes semant la terreur » provoque une presque guerre civile. La calomnie atteint Paoli qu’on soupçonne de prendre le parti de l’Angleterre, même de vouloir se faire roi. On cherche à le piéger en l’attirant en métropole. Lucien Bonaparte, lui-même dénonce Paoli à Toulon, « Paoli est la victime des affrontements entre Montagnards et Girondins’.

Tandis que les royalistes corses prennent contact avec l’Angleterre, Paoli reste d’abord fidèle aux républicains mais quand Paoli se trouve « hors la loi », « traître à la République française » il fait sécession, récupère ses couleurs et se considère sous la protection de la Grande Bretagne.

la Corse en 1793 est redevenue indépendante.  en 1794, les anglais débarquent . Devant Calvi l’amiral Nelson perd son oeil gauche.

A nouveau l’exil…Paoli termine sa vie en Angleterre…

Malgré des longueurs et des passages embrouillés pour la non-spécialiste que je suis, j’ai été passionnée par l’étude de l’Histoire des idées politiques, et les rapports entre Paoli et la Révolution de 1789.

 

 

 

 

 

 

La Carte des Mendelssohn – Diane Meur

« N’est-ce pas ce que je voulais dès le départ ; tisser de la toile, fabriquer de mes doigts un filet à envelopper le monde, avec de larges mailles pour gagner en étendue, mais aussi avec des mailles fines et serrées pour que le poisson ne passe pas à travers, pour que jamais plus rien ne se perde, ne s’oublie, ne disparaisse au fil de l’eau sans laisser de trace?  »

483 pages (avec les notes), d’une saga de la famille (élargie) des Mendelssohn sur près de 400 ans. Une saga est un récit historique, parfois un cycle romanesque épique. Cependant au terme de Saga, l’auteur, Diane Meur préfère la Cartographie qui fait allusion à un arbre généalogique qu’elle tente de construire, en précisant dates de naissance et de décès (classique) mais aussi religion et profession.

Moritz Oppenheim : rencontre de Lavater et de Moses Mendelssohn

Dans la famille Mendelssohn:  le fondateur, Moses Mendelssohn (1729-1786), philosophe des Lumières, ami de Lessing, Juif pratiquant mais éclairé, affirmait que le rationalisme n’a rien d’incompatible avec le judaïsme, et fut surnommé le Luther des Juifs, Apprécié de Kant.

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Le musicien : Felix Mendelsohn Bartholdy (1809-1847), petit fils de Moses est sans doute le plus connu des Mendelssohn. On a peut être oublié sa sœur Fanny dont les dons musicaux ont été contrariés par la tradition patriarcale du 19ème siècle qui empêchait une femme d’être aussi géniale qu’un homme.

Fanny Mendelssohn

Entre ces deux personnages célèbres, Abraham Mendelssohn-Bartholdy (1776-1835), le banquier, l’amateur éclairé a permis à ses deux enfants Félix et Fanny de devenir des musiciens de premier ordre. Soucieux aussi de la réussite sociale, il a élevé ses enfants dans la confession protestante. Il aurait bien aimé que Félix signe sa musique Bartholdy et non Mendelssohn, qui sonnait trop sémite.

Diane Meur aurait pu se contenter de retracer la biographie de ces trois personnages considérables. Ce n’est pas son propos. Les biographies de Moses ou de Félix ne manquent pas. Son intention est de saisir dans son filet toute la famille : les célèbres et les inconnus, les hommes qui ont transmis leur patronyme, mais également les femmes et leurs descendants appelés Mendelssohn ou non. Raconter la grande histoire et la petite. Donner presque autant d’importance aux relations de Moses Mendelssohn et de Frédéric II qu’à une religieuse belge dans l’anonymat d’un couvent au début du 20ème siècle.

Diane Meur, germaniste et historienne,  aurait pu raconter l‘histoire de la Prusse, puis de l’Allemagne et enfin de la purge terrible du IIIème Reich qui a éliminé la musique et les œuvres des Mendelssohn convertis au protestantisme ou au catholicisme depuis plus d’un siècle, rappelant à ces allemands assimilés depuis des générations qu’ils avaient du sang juif. « nager dans le grand bain de l’histoire » écrit-elle,

« ....Elle n’est pas un récit et ne saurait le devenir : les enchaînements, les causalités ne peuvent être montrés sans retours en arrière ni anticipations et le choix de ranger dans l’ordre tout ce qui arrive, au nom de la clarté apporte finalement une autre forme d’obscurité. Pourquoi mentionner l’arrivée de Voltaire à Berlin, on le voit à peu près puisqu’il s’agit d’un philosophe des Lumières. mais pourquoi parler de Bach? Il faudrait pour le comprendre, en être déjà arrivé à Félix Mendelssohn, qui sera initié à la composition par un admirateur de Bach et, à vingt ans, fera sensation en dirigeant la Passion selon saint Matthieu, oeuvre tombée entre-temps dans une certaine disgrâce »

Une saga, des biographies, un récit historique… ce n’est pas tout! C’est aussi le récit de l’écriture d’un roman. Diane Meur se met en scène dans ses recherches en bibliothèque, sur place en Allemagne, dans ses rencontre. Elle nous fait partager ses « berlinades » (mésaventures cocasses plombières ou serrurières) ses rencontres parfois très émouvantes, ses promenades dans la campagne prussienne et les surprises que lui offre le hasard. Elle nous fait aussi partager ses découragements, les impasses dans lesquelles ses recherches s’enlisent parfois.

L’auteure ne nous fait grâce d’aucune digression. Parfois je suis complètement égarée dans les descendants, les cousinages de personnages qui ont souvent les mêmes prénoms et les mêmes noms. Combien de Félix? d’Arnold? et même d’Enole, prénom inusité. Le livre m’est tombé quelques fois des mains, la canicule n’aide pas à la concentration.

Mais je l’ai repris, et chaque fois, y ai trouvé un intérêt renouvelé. Rencontres inattendues avec Lassalle, Marx ou Kassuth, je ne m’y attendais guère. Développements en Lituanie, en Turquie ou en Palestine…

Deux histoires se chevauchent, la grande : Histoire des Lumières et rencontre avec Lessing, Kant ou Chamisso (quelle merveille l’histoire de Schlemihl!), les Révolutions de 1848, la Guerre de Crimée et les ravages du nazisme. Et la petite : l’histoire de l’historienne qui veut écrire un roman. Les deux histoires sont passionnnantes!

 

Couleurs de l’incendie – Pierre Lemaître

« ….Le grand coupable, c’est l’impôt. le grand ennemi c’était l’Etat.

Le gouvernement observait avec inquiétude les couleurs de cet incendie qui gagnait sans cesse du terrain….. »

Couleurs de l'incendie par Lemaitre

Lemaître sait raconter des histoires. Je l’ai découvert avec Au revoir là-haut, et naturellement j’ai voulu connaître la suite!

Au revoir la-haut était plutôt un roman de garçons, d’amitiés viriles, Couleurs de l’incendie met en scène des figures féminines : Madeleine, la fille du banquier Péricourt, fille de, ex-femme de, mère du petit Paul, au début du roman,  prend de l’envergure tout au long de l’histoire, Léonce, sa confidente,  la belle garce, Solange Gallinato, la diva, et l’inénarrable Vladi, qui ne s’exprime qu’en Polonais.

Les hommes détiennent le pouvoir et l’argent, indissociables. C’est une histoire d’argent qui commence avec l’enterrement du Banquier Péricourt rassemblant tout le gratin, même le président de la République. L’héritage de la banque sera convoité, l’héritière flouée…Mauvaise gestion, investissements hasardeux, ou crise de 1929 qui de toutes façon aurait rebattu les cartes?

Madeleine ruinée va se venger (mais je ne vous en dirai pas plus).

C’est un roman historique,  une période trouble 1927- 1929 pour la première partie, 1933 pour la seconde. Crise économique et morale, corruption et évasion fiscale. Evasion fiscale et populisme. Certaines ressemblance avec notre époque, ce Charles, président d’une commission contre l’évasion fiscale, pris avec des francs suisses. Cela ne vous rappelle rien? Montée du nazisme, fascination de la droite pour le fascisme de Mussolini. Dans la « reconnaissance de dette« , l’auteur cite ses sources, littéraires mais aussi historiques, la reconstitution de l’époque est basée sur de réelles recherches.

Roman d’aventure, vengeance, roman touffu avec de nombreux personnages mais aussi très amusant, parfois tournant à la farce. Je ne me suis pas ennuyée ; j’ai dévoré ce gros livre.

Qui se souvient du café Rubens – Georges Memmi

LECTURES TUNISIENNES

Georges Memmi est l’auteur de Une île en Méditerranée que j’ai eu le plaisir de lire à Djerba.

Qui se souvient du café Rubens a été publié en 1984, l’auteur, « à 50 ans, se souvient de son enfance juive à Tunis[….]Une fête de couleurs vives, d’odeurs raffinées, de saveurs douces qui prendra un goût amer : celui de l’exil » nous apprend le 4ème de couverture. 

Contemporain de la Villa Jasmin de Moati, cet ouvrage est aussi un hommage à ses parents et à son enfance tunisienne, qui se terminera par le départ des Juifs tunisiens et l’exil. Toutefois, c’est un livre bien différent. Les deux enfants juifs ne sont pas issus du même milieu : l’enfant du Café Rubens, est fils de bourrelier et habite dans une ruelle.

Le livre commence par un véritable hymne à sa mère, alors qu’il se souvient de sa petite enfance lorsqu’il pouvait encore la suivre au hammam..la mère tendre. La femme analphabète qui connaît des histoires :

« elle était notre théâtre et, cent acteurs à la fois, elle nous enseigna le juste et le bon l’inévitable. Et combien Rabbi Samuel du Kef qui tenait le mal pour masque de la vie et apprenait à le réduire.  Âgée de douze siècle au moins, ma mère se souvient de la reine Kahena…. »

La mère cuisinière et nourricière, et le livre devient presque livre de recettes des douceurs tunisiennes ou guérisseuse. Beignets au miel, makroud, ou pigeon farci. On imagine les saveurs, les parfums de Tunis.

L’auteur se souvient aussi de ses frères et sœurs. Il évoque le Seder de Pâques, les cabanes dans la cour..

Quand il a grandi le père le prend en apprentissage et nous apprenons les secrets des meilleurs bourreliers, les cuirs, les outils et les gestes. Évocation du père, de sa fierté mais aussi de son amertume : la guerre arrive, les Allemands vont occuper Tunis. Disette, bombardements. Mais aussi les humiliations spécialement dirigées contre les Juifs :« au dire des Allemands et des pétainistes, les bombardements sortaient de nos doigts comme une vannerie habile. Du sol et dans la nuit nous dirigions les avions allés grâce à des signes secrets »

La demande d’un Allemand au bourrelier de faire une blague à tabac avec le parchemin de la Torah.

L’exil, le départ de toute la communauté juive est évoqué avec nostalgie alors que les Juifs étaient en Tunisie depuis des siècles et des siècles, depuis les temps de Carthage

« Les navires de la princesse Didon ont jeté l’ancre à l’ombre de ces rives neuves, de ces collines boisées sur lesquelles va bientôt naître Carthage. Mille esclaves enchaînés aux flancs de ces galères ont ramé jour et nuit. Parmi eux des juifs dont on récompensera la tenacité. Ils seront affranchis sur cette terre sauvage, africaine… »

Déracinement.

Je ne peux oublier ces absents, et je cherche leurs traces, étoiles de David sur les bijoux, les portes ou les décors et lis avec émotion ces récits.

 

L’ordre du jour – Vuillard / la Ville sans Juifs – Hugo Bettauer

VIENNE ET L’ANSCHLUSS

Tout a été écrit sur le Prix Goncourt 2017, style magistral, surtout le premier chapitre qui démontre la collusion des industriels allemands et du nazisme. Livre d’histoire parfait, démonstratif et en même temps littéraire, d’une lecture en même temps rigoureuse (le style encore!) et dis4trayante par tableaux vivants, courts, incisifs. Quelques personnages essentiels, quelques scènes pour décrypter la faiblesse de Chamberlain devant Goering qui abuse de l’hospitalité du premier, faisant traîner un dîner mondain alors que les Nazis entrent en Autriche, Schuschnigg pusillanime humilié par Hitler.

Magistral vous dis-je!

Et pourtant je suis restée un peu sur ma faim, l’essentiel est dit, l’essentiel, rien que l’essentiel, tout l’essentiel. 150 pages, et c’est fini.

Autant L’Ordre du Jour est un succès reconnu, autant La Ville sans Juifs est une curiosité dont je n’avais jamais entendu parler. Le premier est une mise en scène très littéraire de l’histoire, écrit trois quart de siècle après les événements. Le second est un livre de politique-fiction, on dit maintenant dystopie,  genre très en vogue. Sauf que cette fiction parue en 1925, annonce précisément ce qui va se dérouler dans la décennie suivante. Du point de vue littéraire, il n’y a pas de comparaison possible. Le roman de Bettauer ne se distingue ni par l’originalité de son style, ni par la psychologie des personnages, très conventionnels. Mais par la précision de l’anticipation il est stupéfiant.

 

Certes, l’antisémitisme, en Autriche ne date pas du nazisme. Bettauer a payé de sa vie le succès de La ville sans Juifs, en 1925 son assassin, en revanche , Rothstock, fut libéré d’asile psychiatrique dès 1933, comme homme libre. Dans la préface, Olivier Guez écrit :

« il s’agit moins d’un livre prophétique toutefois que d’une fiction politique car Bettauer ne croit pas, ne peut pas croire aux « Heil » grotesques et aux brassards à croix gammée, à la haine absurde qui provoquerait la ruine d’une ville et de tout un pays…. »

Et justement, c’est cela qui m’a frappée, la description précise de l’évolution politique :

« après la prétendue politique de redressement qui a duré deux ans, la situation financière de l’Autriche s’est à nouveau détériorée? Quand la valeur de la couronne autrichienne est tombée à deux-centièmes de centimes, les désordres ont commencé..[…] des incidents se produisaient tous les jours, des magasins étaient pillés, il y avait des pogroms , la colère et le désespoir de la population ne connurent plus de borne et finalement on dut prodéder à des élections…. »

Le lois anti-juives furent votées et les Juifs expulsés.

« Après la grande expulsion, tout Vienne se transforma en un camp de porteurs de croix gammées. Hommes et femmes, adolescents et enfants, presque tout le monde exhibait l’emblème que l’on voyait sur toutes les affiches, sur les drapeaux et les insignes. »

« nous n’avons plus aucune chance de nous rattacher (à l’Allemagne), ou bien croyez vous que les Allemands sont aussi crétins que nous et qu’ils vont flanquer leurs Juifs dehors »

Véritable prophétie, l’auteur montre tous les travers des Nazis. On se demande comment, sachant ce qu’il savait, on n’a pas pu éviter la catastrophe.

Le roman de Bettauer est d’un optimisme étonnant. Selon le roman, les Juifs, détenteurs des richesses et du commerce, ruinent l’économie en émigrant. L’Autriche est ruinée par leur départ. On réclame leur retour. Et ils rentrent en triomphateurs.

Ce que Bettauer n’avait pas prévu, c’est la Seconde Guerre mondiale!

An Odyssey – A Father, a Son and an Epic – Daniel Mendelsohn

LIRE POUR LA GRECE

Lire Homère sous un olivier

C’est Dominique   qui m’a donné envie de lire le livre de Mendelsohn paru récemment en français, Une Odyssée, un père, un fils, une épopée. Et je la remercie encore ici pour cette découverte et son billet très intéressant. Comme je préfère toujours, à l’écrit comme au cinéma, la Version Originale, j’ai téléchargé An Odyssey en anglais.

L‘Odyssée m’a toujours accompagnée.  Depuis mon enfance,  avec les Contes et Légendes. Plus tard, j’ai lu  le texte d’Homère. Malheureusement, j’ai abandonné le Grec ancien et je n’ai jamais été capable de le lire en VO.  Dans le livre de Mendelsohn , le père a délaissé l’étude du latin avant d’aborder Virgile….Mon meilleur souvenir de lecture de l’Odyssée fut à Ithaque : assise sous un olivier, j’avais lu les passage  racontant le retour d’Ulysse.  Cet été, nous avons visité la Grotte de Calypso sur Gozo et celle de Polyphème à Himarë (Albanie) ….

Il fallait donc que je lise Mendelsohn!

Le narrateur, Dan Mendelsohn, professeur d’université, organise un séminaire autour de l’Odyssée. Son père, octogénaire, propose de le suivre.  Ils partent ensuite en croisière à la suite d’Ulysse...Une intimité d’établit entre le père, un mathématicien peu communicatif et son fils qui  le connait mal. Au cours du récit, vont se mêler intimement les deux récits, celui de l’Odyssée qui est la trame, et le récit familial qui se construit au fil du séminaire puis du voyage.

Ithaque

Mendelsohn suivra scrupuleusement le plan de l’Odyssée : noté en grec PROEM (invocation) TELEMACHIE (Education) – APOLOGOI(aventures, racontée par Ulysse aux Phéaciens) – NOSTOS -(Retour)  ANAGNORISIS (Reconnaissance) – SÊMA(monument funéraire). Le séminaire est très rigoureux, les vocables grecs sont soigneusement étudiés et traduits. La pédagogie est intéressante – classe inversée dirait-on aujourd’hui – les étudiants lisent 2 livres avant la séance, posent leur questions et continuent éventuellement la discussion par mail.

Jay, le père, joue un rôle non négligeable dans la  discussion autour du texte. Il n’aime pas Ulysse, et récuse le statut de Héros. Ulysse ou plutôt Odysseas, est pleurnichard, il ne triomphe des épreuves que grâce à l’aide des Dieux qui le sortent de pétrins dans lequel il se met lui-même par vantardise.

La Telemachie donne le rôle principal à Télémaque, fils d’Odysseas, qui ne connaît pas son père. Athéna, l’envoie à Pylos auprès de Nestor puis à Sparte rencontrer Ménélas et Hélène. Ces voyages et ses rencontres lui servent d’instruction, il rencontre les héros de la Guerre de Troie qui lui parlent d’Odysseas, et apprend les difficultés du marriage avec le drame d’Agamemnon. On pourrait parler de roman de formation ou d’apprentissage.

Parallèlement Jay, le Père, et Daniel, le fils évoquent un voyage qui les a déjà réuni avec un retour « en cercles » . De cercles, de boucles, il sera souvent question dans ce livre. Comment naviguer très longtemps (dix ans, moins 7 ans dans la grotte de Calypso) pour parcourir la distance finalement courte entre Troie et Ithaque? En faisant de nombreux détours, des boucles, des digressions dans le récit. L’auteur suivra donc cette démarche. Comme dans le récit homérique certains épisodes sont contés à plusieurs reprises, parfois même doublés si on imagine que Circé et Calypso étaient peut être une seule et même nymphe.

Les aventures Apologoi, retracent le périple d’Odysseas en Méditerranée. Le héros en fait le récit aux Phéaciens. Mais Ulysse est un menteur et un vantard. Quel crédit doit-on lui accorder? Autre grief de Jay à l’encontre d’Ulysse : il rentre seul, il a abandonné ses compagnons; quel chef de guerre oserait se présenter sans ses soldats au retour de la guerre?

Nostos, le retour, est à l’origine de notre mot nostalgie. Il y seera question du retour à Ithaque, retour simultanée d’Ulysse et de Télémaque avec une histoire de chiens qui m’avait marqué autrefois. Dans la famille Mendelsohn, il y a aussi un épisode de chien enragé qui aurait marqué la personnalité de Jay. tout au long du livre, le fils reviendra à cette histoire qui lui paraît cruciale. Episode qui sera raconté selon différentes versions selon différents témoins. Tout au long du livre le professeur exercera le même esprit critique sur le texte ancien que sur le roman familial.

Anagnorisis : Odysseas doit se faire reconnaître, Argos, le chien, Eumée, le porcher fidèle, la nourrice Eurycléia le reconnaîtront. Il en sera autrement pour Télémaque et Pénélope. Tout d’abord parce que Odysseas se cache sous l’identité d’un pince Crétois (encore les fameux mensonges crétois!) . La preuve finale est celle du lit d’Ulysse (en parallèle un lit que Jay avait bricolé pour son fils enfant). C’est aussi l’occasion d’une déclaration d’amour de Jay pour sa femme, la mère de Daniel.

La croisière ne nous apprendra guère plus sur l’Odyssée, le séminaire est terminé, père et fils profiteront de cette occasion pour mieux se connaître. Le père se révélera un personnage charmant,  apprécié en société, et même audacieux loin du mathématicien silencieux et rigide que son fils avait présenté au début de l’ouvrage. La croisière n’atteindra pas Ithaque : élégant remplacement de la visite de l’île d’Ulysse par la récitation du poème de Cavafy qui est mon poème préféré.

Sêma : monument funéraire, monument funéraire d’Achille ou du marin Elpenor. On pressent le décès du père. Le monument que son fils lui érige n’est-il pas l’ouvrage tout entier?

Lecture passionnante, commentaire érudit, émouvante histoire d’une rencontre tardive entre un père et son fils, une Odyssée inattendue.

Lire aussi le billet de claudialucia

 

La course à l’abyme – Dominique Fernandez

CARNET MALTAIS/LIRE POUR L’ITALIE

C’est avec un plaisir immense que j ‘ai relu cet ouvrage.  Je relis les livres de Dominique Fernandez à l’occasion de mes voyages,  en Sicile, à Rome. C’ est un passeur d’histoire merveilleux et un fin analyste.

A la première lecture, je ne connaissais pas le Caravage et c’était une découverte à la veille de notre voyage à Naples. De retour de Malte, j’ai repris ce livre. entre temps j’avais lu Le Piéton de Rome qui consacre de nombreuses pages à Michelangelo Merisi. 

Plutôt qu’à la personnalité du peintre,  je me suis intéressée aux analyses des tableaux que, maintenant, j’ai vus et aux thèmes récurrents, surtout le Saint Jean Baptiste qui m’a impressionnée à La Valette mais qu’il a peint à nombreuses reprises :

« Quand ils (les Français) représentent la tête de saint Jean-Baptiste sur le plateau de Salomé, on ne voit ni les veines qui pendent du cou ni les flots de sang qui dégoulinent. je veux moi, qu’on prenne cet épisode de la Bible pour ce qu’il est : un homicide répugnant. »

A plusieurs reprises dans le livre il revient sur ce thème :

A Malte : « pour le plus grand tableau qu’on m’eût jamais commandé j’étais invité à peindre un assassinat par décollation »

et cette scène inspire plusieurs interprétations:

« je m’identifiais à Jean, je rêvais au bonheur de mourir de la main d’un bourreau aussi beau et radieux que lui… »

ou la scène de l’assassinat de son père :

« meurtre, un meurtre qui s’était produit réellement, la mort de mon père poignardé par les tueurs dans une rue de Milan »

Toute une étude est réservée à la peinture de ce saint depuis Leonard de Vinci dont le portrait androgyne l’inspire.

Autre figure récurrente : le Bacchus , je me souviens du Bacchus malade de la galerie Borghese et le Jeune homme à la corbeille de fruits exposé juste à côté.

Autre lieu, autres scènes et tableaux qui m’ont impressionnée : les tableaux représentant Matthieu dans l’église de saint-Louis- des-Français. Le séjour du Caravage à Rome est raconté avec toutes les intrigues dont celle autour des peintures dans cette églises que j’ai visitée en suivant l’itinéraire de Dominique Fernandez dans le Piéton de Rome.

Lectures, visites, tableaux se répondent et je vais de l’un à l’autre sans me lasser.