La mer couleur de vin – Leonardo Sciascia

LE MOIS ITALIEN D’EIMELLE

la mer couleur de vin

Recueil de 13 nouvelles très différentes les unes des autres, se déroulant toutes en Sicile à différentes époques. La première Réversibilité met en scène Le roi Ferdinand du Royaume des deux Siciles et Mussolini, tandis que Giufà remonte au temps des Arabes en Sicile. Les autres sont plus contemporaines.

La nouvelle qui a donné le titre au recueil La mer couleur de vin, raconte un voyage en train Rome -Agrigente par Reggio de Calabre.

« Le fait est, pensa l’ingénieur, qu’un voyage est comme une représentation de l’existence, par synthèse par contraction de l’espace et du temps ; un peu comme le théâtre, en somme ; il s’y recréent intensément, sur un fond inconscient de fiction, les éléments les raisons et les rapports de notre vie »

La couleur de vin de la mer est une référence à Homère. la Sicile est diverse, Grecque, « voilà la Grèce  la Sicile ; la question peut être là !A propos de tout, il faut que nous nous référions à la Grèce »Arabe, aussi comme Giufà nous le rappelle. Hilarante leçon d’étymologie du mot Mafia dans Philologie. La mafia, la grande affaire sicilienne : comme le raconte le Western en Sicile , Sciascia y fait allusion dans nombreux textes.

Le Long voyage est une histoire d’émigration, histoire d’autrefois, du temps que les Siciliens poussés par la pauvreté émigraient aux Etats Unis. C’est aussi une histoire actuelle. Les Siciliens qui voient les migrants arriver aujourd’hui s’en souviennent-ils encore?

Histoires ironiques, même drôles parfois, comme Affaires des Saints, en miroir on enlève la statue de l’autel de Sainte Filomena, la sainte locale  et la dépouille de Staline est retirée du mausolée….

Moi qui lis très peu de nouvelles, j’ai beaucoup aimé ce roman, d’écriture limpide, racontant diverses facettes de la Sicile.

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Eva dort – francesca Melandri

LE MOIS ITALIEN D’EIMELLE

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A peine ai-je fini Plus Haut que la mer , j’ai ouvert Eva dort . Ce n’est pas toujours un bon plan de lire plusieurs ouvrage d’un même auteur. Le suivant fait parfois rengaine quand la musique originale est déjà connue. J’ai fait cette expérience avec Milena Agus : le mal de pierre n’avait déjà pas soulevé mon enthousiasme, je me suis franchement ennuyée avec Quand le Requin dort, de même les Donna Leone perdent de leur saveur au fil des lectures. Rien de tout cela avec Francesca Melandri! Plus haut que la mer et Eva dort sont deux livres bien différents : dépaysement :  l’un est sur une île au bout de la Sardaigne, l’autre se situe le plus souvent en Haut Adige. Autre ton, autre style, autre époque.  Plus haut que la mer est une sorte de conte poétique, Eva dort, une saga. J’aime  les auteurs qui se renouvellent! Quelques points communs tout de fois : un intérêt pour le terrorisme et les poseurs de bombes qui questionnent la démocratie en Italie, l’attentat qui a coûté la vie à Aldo Moro est évoqué dans les deux opus. Un goût pour les voyages en train ou en bateau. Les héros parcourent l’Italie et nous convient au voyage….Une attention particulière pour l’histoire récente de l’Italie qui m’a bien intéressée. 

Eva dort débute en 1919 quand l’Empire autrichien fut dépecé et que le Tyrol du sud échut à l’Italie. Province germanophone aux traditions alpines d’autant plus ancrées qu’il s’agit de vallées enclavées renfermées sur elles-mêmes. Italiénisation du Haut Adige par Mussolini heurtant la population locale et séduction des nazis pour retrouver la patrie perdue. Les Huber prirent le train pour l’Autriche pour revenir dans leur vallée à la fin de la seconde guerre mondiale et se retrouvèrent en minorité sur leurs terres. Certains prirent les armes et firent sauter pylônes et installations italiennes.

Dans ce contexte de rivalités ethniques, se déroule l’histoire de Gerda, la très belle fille, séduite par un fils de famille, fille-mère mais cuisinière de talent qui a su faire sa place dans un grand hôtel de montagne. On assiste aussi au développement des sports d’hiver qui donnent une nouvelle vie à la vallée. Gerda place sa fille Eva chez des paysans et ne la voit qu’à l’intersaison.

Gerda est une très belle femme. Elle est remarquée par les militaires italiens et noue une relation avec un carabinier calabrais Vito prêt à adopter Eva. Hélas les préjugés contre les mères célibataires empêchent leur union.

Trente ans plus tard Vito mourant appelle Eva qui traverse l’Italie pour le rejoindre. C’est pendant ce voyage qu’elle évoque les épisode de sa vie et de celle de sa mère. Occasion aussi de décrire les paysages traversés pendant 1397 km, toute l’Italie!

J’ai beaucoup aimé ces deux femmes de caractère. Les personnages secondaires sont aussi bien développés aucun ne tombe dans la caricature (facile avec les préjugés de chacun sur les Allemands, les Italiens du sud, les carabiniers….).

Eva dort. Drôle de titre alors qu’Eva paraît plutôt insomniaque, qu’elle enchaîne un vol transatlantique et la traversée de toute la Péninsule sans fermer l’œil. Et pourtant, « Eva dort » revient à plusieurs reprises dans l’histoire. Quand le facteur apporte un paquet que sa mère refuse, quand sa mère reçoit un homme, quand Wesley la séduit avec le Paradis perdu de Milton :

« je sais pourquoi tu dors si peu, Eva, me dit-il. Tu ne veux pas rater les secrets que l’archange Michel confie à Adam ». 

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Plus haut que la mer – Francesca Melandri

LE MOIS ITALIEN

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L’Asinara

Une belle découverte : écriture limpide. Évocation solaire.

« Car si on veut garder quelqu’un vraiment à l’écart du reste du monde, il n’y a pas de mur plus haut que la mer. »
Le sujet est sombre : la condition carcérale et le terrorisme des années de plomb. Dans cette prison de haute sécurité sont enfermés non seulement des terroristes mais aussi toutes catégories de condamnés violents. le jeune gardien de prison est contaminé par cette violence au point que sa femme ne le reconnait plus.

« Était-il possible que ls visiteurs d’une prison spéciale soient accueillis par la beauté dde la nature? »
Paolo et Luisa viennent visiter la prison, lui son fils, elle, son mari. Loyauté sans concession. Paolo conserve dans son portefeuille le portrait de la fille de la victime assassiné par son fils. Luisa ne regrette pas sa vie conjugale marquée de violence.
Prison sur une île, Alcatraz italien, j’ai reconnu l’Asinara . Parfums de la terre, mer changeante sous les vents violents.

Et en plus, un amour de haute mer éclôt :

« Un amour qui, tel un bateau de haute mer, est seulement entouré d’une étendue infinie de caps possibles que pourtant, on le sait déjà, ni les circonsgtances ni le temps ne permettront d’explorer »
Un livre que j’aurais dû emporter lors de notre voyage en Sardaigne…

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D’acier – Silvia Avallone

LE MOIS ITALIEN D’EIMELLE

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Ce challenge m’a donné l’occasion de découvrir  D’acier de Silvia Avallone  et de retourner virtuellement en Toscane , à Piombino plus exactement, en face de lIle d’Elbe . Qui dit Toscane pense Florence ou Sienne, Renaissance italienne, peut être Chianti ou oliviers. On l’associe moins aux Monts Métallifères et à la sidérurgie. Nous avons visité les abords de Piombino, Populonia , ses tombes étrusques et le Parc archéo-minier de San Silvestro , depuis l’Antiquité, les Étrusques et les Romains on travaille les métaux dans la région.

Aciéries, face au paradis touristique qu’est l’île d’Elbe…. ce n’est pas le seul paradoxe de ce livre.

« la mer et le mur des barres d’immeubles, le soleil brûlant de juin, c’était comme la vie et la mort qui s’insultent. Pas de doute : vue de l’extérieur, pour ceux qui n’y habitaient pas, la via Stalingrado c’était une désolation. Pire : la misère »

« L’idée de la municipalité communiste, c’était que les métallos aussi avaient droit à un appartement avec vue »

Que puis-je ajouter aux 92 critiques, le plus souvent très élogieuses, publiées sur Babélio?

Les citations que j’ai soulignées sur ma liseuses, peut-être:

Le décor, est donc planté, la cité où vivent les familles d’Anna et de Francesca, leurs parents, Alessio et ses copains..

D’acier se joue aussi à la fonderie Lucchini

« Mais il y a encore trente ans, vingt mille personnes travaillaient là, le marché était en pleine expansion, l’Occident qi reproduit son monde et qui l’exporte Il n’étaient plus que deux mille aujourd’hui, sous traitants compris »

Récit de ces aciéries en crise, en sursis, attendant la délocalisation. Dans cette année 2001 quand le Parti Communiste a perdu ses troupes et ses mythes

« Son père avait le mythe d’Al Capone et du Parrain – celui de Coppola. Son frère avait sa carte au syndicat des métallos mais il votait Forza Italia. Parce que Berluscoi, lui, c’est sur que ce n’est pas un minable »

C’est l’histoire de l’amitié de deux filles de treize/quatorze ans qui brûlent leur adolescence, jouent comme des fillettes et découvrent la sexualité, l’amour, les garçons. Amitié-passion qui sera mise à mal quand les garçons interviendront…Ce roman se déroule à l’ombre du haut fourneau qui déverse ses coulées brûlantes, où des machines infernales se démènent au risque de broyer les hommes.

«  »C’était un peu comme être dans un aquarium. la coulée du haut-fourneau la-haut enflammait le ciel, infestait de nuées et de poisons, et tu sentais ton corps fondre. Tu transpirais le cour battant la chamade.  » […] on le sait bien qu’à l’intérieur de la Lucchini, dans ses viscères bougent des jambes, des bras, des têtes humaines, des êtres de chair. Mais personne , jamais, n’arrivera à prendre la mesure de ce labeur gigantesque… »

Pour survivre à ce monstre et – pire encore – à son extinction annoncée, les hommes sont violents comme le père de Francesca, ou ils se droguent avant, pendant et après le travail. Ils trafiquent ou s’abrutissent. .Sordides soirées dans les boites de nuit.Au bar d’Aldo,  ils assistent à la chute des Tours jumelles, incrédules.

« Anna, en regardant pour la énième fois tomber les géants de béton au cour de Manhattan sentit que l’Histoire existait, que l’Histoire, c’était cette chose immense et incompréhensible dont pourtant elle faisait  partie. Elle s’étonnait d’appartenir à l’Histoire, mais surtout elle se rendait compte que Francesca lui manquait… »

La grande force de ce livre est de raconter une histoire avec des personnages attachants et  divers mais aussi de l’inscrire dans le monde, dans l’histoire, et non pas de façon abstraite mais avec la chaleur brûlante de l’acier qui s’écoule, avec la brutalité des engins de chantier gigantesques.

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Lettres d’Otrante – Geneviève Bergé

MOIS ITALIEN D’EIMELLE

 

L’arrivée d’un livre de La Masse Critique de Babélio est toujours une surprise.

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J’avais choisi le titre à cause d’Otrante . Il semblait entrer dans le cadre du Challenge initié par Eimelle. La présentation de l’éditeur parlait également de l’arrivée de clandestins,  ce qui est tout à fait d’actualité. Dernière raison de mon choix, l’envie de découvrir Otrante que nous n’avions pas atteinte dans notre tour des Pouilles.

Je remercie donc Babélio et les Editions Luce Wilquin  de ce cadeau

La Masse Critique c’est aussi un lecture « à l’aveugle » d’un livre qui vient de paraître et qui n’a pas encore été annoncé avec les tambours et trompettes de la renommée. Sauf si on a tiré un livre d’un auteur connu, on est dans les premiers à découvrir une pépite ou un pensum. C’est le charme de l’opération. 

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Le choix est donc important, et le résumé de l’éditeur primordial. Finissons en avec le sujet qui fâche! Ce n’est pas un livre sur l’arrivée des clandestins. Des clandestins, nous n’en rencontrerons que deux – une mère et sa fille érythréennes – bien intégrées semble-t-il, plus une ombre furtive avec une capuche orange. Bien sûr, il y a la rumeur qui meuble les conversations du bar de Fabio, pour les conversations du café du commerce point n’est besoin d’aller au bout de la botte italienne….

 

 

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La mosaïque de Pantaleone est la bonne surprise du livre.

 

J’aurais toutefois aimé en savoir plus .Comment on s’y prend pour la restaurer.Est-ce qu’on nettoie les tesselles? Est-ce qu’on les remplace. Quelles ont été les études préalables? Qui sont les restaurateurs, des mosaïstes, des archéologues? Aafke, l’épistolière, décrit les motifs qu’elle restaure, je pressens des merveilles cachées, des symboles bibliques, des allusions à la vie au Moyen Age, des légendes locales comme celle du tireur d’épine qui m’a charmée. Il y avait sans doute plus à raconter sur cette mosaïque qui est l’une des plus étendue d’Italie. J’ai passé 3 jours pleins à Ravenne sans me lasser, je suis absolument fan de mosaïque.

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Jolie évocation de la petite ville d’Otrante hors saison et des masserie dans la campagne environnante pour le challenge d’Eimelle!

 

 

 

 

Le véritable sujet des Lettres d’Otrante est beaucoup plus grave. Aafke raconte son quotidien, la mosaïque,son installation dans le studio de Simona, son chaton … à Peter. Qui est donc  ce Peter qui ne répond jamais, ou par un seul mot? Un ancien ami, un ancien amant? on ne le saura pas. Analyste ou analysant, quand elle fait allusion à Lacan. Ses réponses laconiques sont comme les petits mots par lesquelles l’analyste relance le discours de l’analysant. Le monologue d’Aafke y ressemble. Monologue mortifère qui commence par le massacre d’une portée de loirs, continue avec une naissance gémellaire qui s’est mal passée, arrivée de corps des migrants sur la plage, sans parler des ossements des martyrs du massacre des turcs en 1480….la mort est toujours présente. Et c’est plombant! J’ai failli refermer le livre avant la fin. Au fil des lettres on comprend mieux le sens de cette correspondance. (je ne veux pas spoiler). Il vaut mieux être prévenu, et je ne l’étais pas. 

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la Secte des Anges – Andrea Camilleri

LE MOIS ITALIEN

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Andrea Camilleri est le « père » de Montalbano dont je suis toujours avec grand plaisir les enquêtes, il a aussi écrit de romans historiques. J’avais adoré  le Roi Zozimo que j’avais  lu en riant aux éclats.
La Secte des Anges s’inspire d’une histoire vraie.
En 1901, A Palizzolo, une bourgade de Sicile, une étrange rumeur d’épidémie de choléra affole la population. Le prêtres partent en croisade contre la secte des angesl’avocat Teresi, défenseur des pauvres gens, et anticlérical notoire. Les autorités font appel aux carabiniers pour rétablir l’ordre….Pas de choléra mais plutôt une épidémie de grossesses chez les jeunes filles de bonne famille et dévotes.
Camilleri raconte avec humour et truculence sa Sicile. Aristocrates, mafia et clergé se liguent contre Teresi. Intimidation, violence, la justice a bien du mal à passer.
La narration est alerte, le rythme endiablé, avec tous les rebondissements de l’affaire. En revanche le style est alourdi par l’usage d’un « argot »(?) ou dialecte(?) étrange. Difficile de traduire les particularismes linguistiques de Camilleri! Le traducteur a fait appel à tout un corpus de mots inconnus qui entravent la compréhension. Il aurait fallu fournir le lexique. Un ou deux mots déformés ou inventés de temps en temps, passe encore, mais il y en trop!
Cela ralentit la lecture sans la gâter toutefois.
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Les Joyaux du paradis – Donna Leon

LIRE POUR VENISE

Venise sans Brunetti? Pourquoi pas.

Catarina, jeune musicologue mène une enquête savante à la suite de la découverte de deux malles ayant appartenu à un musicien vénitien du 18ème siècle.  Sujet  intéressant. D’autant plus que le musicien a vraiment composé et que j’ai pu accompagner cette lecture de ses œuvres (trouvées sur Deezer).Le musicien était aussi un diplomate et un abbé…La recherche du contexte historique est très instructive.
Mais l’enquête traîne, la documentaliste mange des barres chocolatées dans la vénérable bibliothèque Marciana (sacrilège!) – j’aimais mieux la cuisine élaborée de Paola avec les recettes et ingrédients.

Remplissage: la chercheuse « clique sur Envoyer » à la fin de chaque mail. Le flirt avec le trop bien habillé avocat n’a aucun intérêt. Je m’ennuie. j’ai envie de connaître la fin mais cela traîne.

Enfin! surprise, le dénouement est curieux, mais bien artificiel.

peut être aimerez vous cette Niobe de Steffani ?

Le Gouverneur de Morée – Bruno Racine

LIRE POUR LA GRECE ET POUR VENISE

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le fort palamède

1711-1715 la république de Venise nomme Sagredo, gouverneur de Morée. Il s’installe à Nauplie et se consacre à la construction d’un fort imprenable. L’architecte Lassalle est chargé des travaux.

Sagredo tient son journal pendant ces années.

Occasion de retourner à Nauplie, de chevaucher jusqu’à Corinthe, dans un Péloponnèse – en apparence – pacifié.

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Occasion surtout de rêver à Venise, ses vénérables palazzi, ses bals maqués, les bouches de lions pour les lettres de dénonciation, de se pencher sur la politique subtile et parfois retorse de la Serenissime.

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Le gouverneur se livre, sans se découvrir, se méfie autant des Vénitiens que des Grecs ou des Turcs. Prudence diplomatique, défiance, les échanges avec la population locale sont réduits à l’achat de marbre auprès d’un entrepreneur complaisant, ou service d’un ancien pirate gracié devenu le domestique du gouverneur.

Sagrédo nommera son fort Palamède et nous livre une évocation de ce héros mythologique. Réussira-t-il à édifier la chapelle, touche personnelle qui signera son oeuvre ajoutée aux fortifications de Lassalle?

Confidences en finesse.

Un livre léger, délicat agréable à lire

le fils de Bakounine – Sergio ATZENI

LIRE POUR LA SARDAIGNE

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Qui fut Tullio Saba ?

cvt_Le-Fils-de-Bakounine_4217 (1)Ce court roman est une série de récits de ceux qui l’ont connu.

« Va à Guspini, les Guspinois ont une bonne mémoire, c’était l’un des leurs, ils savent tout, si tu demandes, ils raconteront. « 

Guspini est une petite ville au pied de Montevecchio, le site minier que nous avons visité cet été, mine de zinc et de plomb fermée dans les années 80, village fantôme encore très habité par les souvenirs.

« C’était un brave garçon. Mineur. Camarade. Même dirigeant du parti. Un peu fou. »

Courts récits, dialogues, monologues le plus souvent dont on ne connait pas toujours l’auteur,

«façon de raconter désordonnée, incohérente, j’entortille tous les fils… »

C’est donc l’histoire de cette ville minière des années 30, des temps du fascisme aux années 50. Histoires de mineurs mais aussi d’artisans, de commerçants, de petits trafics, de curé et d’anticléricaux…de luttes syndicales et politiques

Bakounine était le père de Tullio Saba. Cordonnier aisé : vingt ouvriers travaillaient à coudre des souliers pour la mine. Personnage complexe qui régalait à sa table le patron de la mine mais qui proférait des paroles anarchistes plus pour agacer le curé que par conviction et avait ainsi  gagné son surnom.

Le fascisme a ruiné la cordonnerie et les conditions de travail à la mine se sont durcies. Dérisoires manifestations des mineurs écrivant le nom de Staline au plus profond des galeries du puits Giovanni ou fêtant le 1er Mai en accrochant un drapeau rouge au clocher de l’église.

En 1942, Tullio Saba part à la guerre, les récits divergent. Fut-il un héros libérant Naples avec les américains ? Fut-il un profiteur du marché noir ?

La guerre finie, il revient à la mine, devient un dirigeant politique….

Plus on avance dans le roman, plus je m’attache au personnage, aux récits un peu désordonnés, foutraques, histoires pittoresques que les Guspinois ont racontés.

Padre Padrone – L’Education d’un berger sarde Gavino Ledda

LIRE POUR LA SARDAIGNE

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Hutte de berger près de Thiesi

 

C’est à six ans tout juste que le père de Gavino retire l’enfant de l’école pour en faire un berger, l’emmène dans la montagne au dessus de Siligo, dans le Logudoro – province de Sassari – où il apprendra dans la solitude  – glacée en hiver – à garder le troupeau avec la seule compagnie du chien Rusigabedra, de l’âne Pacifico du bruissement du feuillage des grands chênes-liège ou du torrent. Intimité avec la nature sauvage. Quelques histoires de bandits sardes. Et la « pédagogie » féroce du père : les coups de ceinture ou de branchages au moindre écart. Plus tard, il apprendra à traire et ira même livrer lait et fromage au village.

affiche padre padroneApprentissage du métier de berger, mais aussi d’agriculteur. Piocher la vigne. Dès que l’enfant est assez grand on lui confie une paire de bœufs pour labourer et il devra louer ses bras aux autres métayers.

« la compétition dans le travail servait de fondement moral, elle permettait d’accéder au prestige social » et à la richesse. »

La famille Ledda, quittant le village pour vivre à la bergerie, vit dans une certaine sauvagerie, loin des écoles, des distractions et de la société des hommes. Mais avec le travail acharné du père, la richesse n’est pas loin : ils défrichent les chênes, bonifient les champs et la vigne. La fierté du père est l’oliveraie crée de rien, avec des pousses sauvages, dans une clairière. Les oliviers sont plus « les enfants chéris » du père que ses enfants humains.

Chênes-lièges près de Bitti
Chênes-lièges près de Bitti

« Ce combat effréné pour accroître notre bien, dans une rivalité acharnée avec les autres, n’était qu’un mouvement incontrôlé de notre inconscient, dans la quête rapace de « ce qui est à moi » opposé à ce qui est à toi » terrain obligé du devenir social »

Analyse Gavino Ledda

« chacun de nous était un arbre engagé dans ce combat impitoyable et cruel en pleine nature : tous les bergers, une chênaie, plongeant à l’envie leurs racines dans le sol et élevant leurs frondaisons en cherchant à avoir le dessus »

Monde d’une cruauté et d’une violence terrible. Renards qui mangent les agneaux, agneaux que les bergers, les valets mal nourris se volent entre eux. Combat avec les éléments : le gel décima en 1956 l’oliveraie réduisant à néant les efforts du père, les sauterelles que l’on combat avec des moyens dérisoires….

Arrivé à l’âge adulte, Gavino comme tous les jeunes du village songe à émigrer. Retenu par son père il va s’engager. C’est à l’armée sur le continent que le jeune solitaire, illettré, ne parlant que le Sarde va découvrir la solidarité de tous ceux qui l’aideront à apprendre l’Italien, puis le métier de radio-monteur, puis à faire des études. Gavino trouve sa voie, il étudiera. Malgré l’opposition du père, malgré les privations.

Et il deviendra écrivain et professeur.

pour le plaisir le film de Taviani – mais il n’est pas sous-titré –