LIRE POUR L’ITALIE
11
Silvia Avallone est une auteure italienne que je suis avec attention. J’ai été scotchée par D’Acier qui raconte l’amitié entre deux jeunes adolescentes près de Piombino avec la crise de l’acier en arrière-plan. J’ai été très intéressée par La vie Parfaite qui se déroulait dans les grands ensembles de Bologne, mais moins par le thème de la maternité et du désir d’enfant.
Marina Bellezza a pour cadre une petite ville des Alpes Biella et les hameaux et villages de montagne. Dans les deux premiers ouvrages, le rôle principal était attribué à des femmes et des jeunes filles, les hommes n’étant que des comparses souvent négligeables ou absents. Silvia Avallone a changé son point de vue, Marina Bellezza, l’héroïne est une tête à claques tandis que la sympathie du lecteur va plutôt à Andrea, fils de notables, qui décide de s’établir dans une ferme, se consacrer à ses vaches et son fromage dans les meilleures traditions des marcaires.
« Mais lui,, de toute façon, il était comme son grand père. Dur comme le roc de ces montagnes; Il prouverait à tout le monde, et aussi à son père, et à son frère, que lui, Andrea, dans la période la plus dure que le pays ait traversé depuis soixante ans, l’année où cent milles boîtes avaient fermé, il était capable de mettre sur pied une entreprise compétitive. Il n’aurait pas besoin pour ça, contrairement à d’autres, de vendre son âme, de troquer sa liberté contre sa carrière »
Marina Bellezza, au contraire, a pour capital, sa beauté, un don pour la chanson, et surtout une invincible volonté de réussir dans le milieu de la télévision. Elle court, et gagne les radio-crochets dans l’Italie de Berlusconi.
Depuis le lycée, Andrea et Marina entretiennent une relation amoureuse. mais qu’ont-ils en commun ces deux-là? Après une éclipse de quelques années, ils se retrouvent, et leur liaison reprend, si forte qu’ils décident de se marier.
« De quoi avait-il peur? d’une bimbo? D’une gamine de vingt deux ans, débarquée de sa province en talons aiguilles pour être remarquée dans les endroits à la mode par quelqu’un?
Non, Andrea savait qu’elle n’était pas comme ça : trop fière pour se vendre, trop ambitieuse. Bien pire, en fait. [….] Marina, on pouvait juste la détester. Et en ce moment, il la détestait? Il la revoyait, arrogante, pas plus instruite qu’une chèvre, esclave du conformisme. Nourrie au biberon et à la télé….. »
Nous assistons donc à l’ascension de la nouvelle star de la télé-réalité et en même temps à la réalisation du rêve d’Andrea. De temps en temps ils se retrouvent dans la montagne dans la communion avec la nature dans les endroits qu’ils ont fréquentés depuis leur enfance. Et puis chacun retourne à ses projets…..
Pourtant, il y a bien une autre fille, philosophe qui étudie Gramsci, qui tombe amoureuse d’Andrea et qui partage ses idéaux de retours à la terre. Pourquoi Andrea ne la préfère-t-il pas?
Silvia Avallone réussit à se renouveler en changeant de cadre, d’époque, de personnages. Elle a toujours un regard acéré sur la psychologie de ses personnages et sur l’analyse politique et social, nous faisant voir une autre facette de l’ Italie.
mai est le mois des transhumances, octobre le mois des retours dans la plaine. Les troupeaux remontent la vallée, traversent les villages, et leurs cloches appellent les rares habitants aux fenêtres. A la fin de l’été, ils redescendant? C’est un cycle, chaque année.
Quiconque naît sur les bord du torrent, qu’il le veuille ou non, s’imprègne de ce silence, cette immobilité, cet abandon. Quiconque a grandi, comme Marina Bellezza, entre Andorno et Piedicavallo, dans cette fente creusée entre les rochers, isolée du monde, porte en soi cette clôture, qui est avant tout un enracinement, et aussi une forme de défense, une manière de résister quelle que soient les circonstances ; de s’adapter aux imperfections de la vie »







Amitié entre deux femmes, Goliarda qui a gardé son nom dans le récit et fait allusion à son compagnon Francesco Maselli, le cinéaste et une princesse, Erica,dont le prénom est-il imaginaire, cette princesse a-t-elle existé? Les villageois de Positano jouent le rôle de personnages secondaires, bien présents, pittoresques et bien campés dans le récit.
3L’amitié entre les deux femmes s’égrène sur de longues années au fil d’autres rendez-vous à Positano. Fidèle, Goliarda y rejoint sa princesse. Positano se modernise, les touristes arrivent. Le divin équilibre vacille. Combien de temps Positano restera-t-il préservé? D’autres personnages s’immiscent dans le tête-à-tête : Olivia, la soeur d’Erica, Ricardo, l’ancien amoureux retrouvé……

Au fil des saison, Carlo Levi dresse une galerie de portraits avec un regard bienveillant même pour les personnages les plus noirs. Le livre réunit une mosaïque d’anecdotes pittoresques(l’œil du peintre) décrivant avec acuité les détails de la vie quotidienne. Dans ce pays délaissé par le Christ la superstition et la sorcellerie enchantent le récit. Giulia, sa servante l’introduit dans sa connaissance des philtres d’amour, lycanthropes, interventions de la Vierge au visage noir, gnomes monachicchii….
Carlo Levi ne se contente pas de narrer des épisodes amusants. Il analyse aussi les rapports sociaux, cherche des remèdes à la grande pauvreté et à la malaria. Il les situe aussi dans la perspective historique. Le temps des brigands n’est pas loin. La méfiance vis à vis de l’Etat transcende tout ce que les politiques de droite comme de gauche peuvent imaginer comme intervention étatique. Rome est plus éloignée de Gagliano que New York où nombreux paysans sont allés tenter leur chance. La résignation et le fatalisme ne contiennent pas toujours la colère des cafoni.




Lorsque 


C’est une lecture de saison! L’action se déroule pendant la semaine qui précède les vacances de Noël avec le dénouement le jour de Noël. Parme est noyée dans le brouillard, tout juste comme la Région Parisienne aujourd’hui. Ambiance de circonstance!



