Lecce, ville baroque

CARNET DES POUILLES

Lecce baroque

Comment raconter cette ville baroque sans recopier le Guide Bleu ou sans faire la litanie de palazzi, d’églises ou de placettes aux allures de décor de théâtre ? Combien de places ?

Quelle est la représentation jouée ici? la grandeur de l’Eglise en ces temps des Espagnols et de la Contre-Réforme ? Foisonnement de sculptures, de colonnes torses, d’atlantes et de cariatides. Etrange mélange des images pieuses précises, de femmes nues, d’angelots joueurs, de monstres marins, de chevaux…statues colossales de la Justice et de la Piété. Mais aussi bouquets et guirlandes de fleurs. L’intérieur de certaines églises ressemble à une salle de bal avec des moulures en stuc comme une pâtisserie à la crème fouettée. L’ensemble est tout à fait harmonieux.

Lecce est une ville vivante avec de nombreux festivals de musique et concerts. La RAI installe les sonos et l’électricité au Duomo, nous en interdisant violemment l’accès : »via !» me suis-je entendu dire quand je me suis interposée entre leur camion et le portail de la cathédrale pour faire des photos. Partout des estrades et des chaises. Beaucoup de bâches et d’échafaudages cachent les façades en restauration. On ne peut que s’en féliciter, même si, sur l’instant, je les maudis. Heureuse initiative : l’automobile est bannie du Centre Historique. Seuls de petits véhicules électriques, nous surprennent, ils approchent en silence.

Dans un kiosque, je trouve Le Monde. C’est un évènement, je ne l’ai pas eu depuis Naples.

Ce n’est pas la première ville baroque que nous visitons. L’étonnement, la surprise, ce fut à Noto, en Sicile en 1998 . Le village perdu, véritable décor de théâtre d’un autre siècle ! Si décoré, si parait, il se dégageait une impression d’étrangeté. Plus tard, à Syracuse, surtout à Palerme, nous nous sommes familiarisées avec les décors surchargés, les angelots, les pampres… Dominique Fernandez nous avait guidées, pointant du doigt l’humour des putti de Serpotta dans les églises palermitaines ou dans la villa des Grotesques. Grâce à cet auteur, j’avais goûté le baroque sicilien sans me laisser trop impressionner par la grandiloquence. Dans notre lecture des foisonnantes sculptures, il avait attiré notre attention sur un geste insolent, ou inconvenant d’un petit garçon : grâce parfaite des œuvres de Serpotta.

A Lecce, nous n’avons que le Guide Bleu, moins littéraire, pour étudier les façades et les édifices.

Confondant la porte de Napoli et la porte Rudiae, nous effectuons l’itinéraire du Guide à l’envers en commençant par la Chiesa del Rosario (1691 1728). A l’intérieur, un homme gratte son lotto. Cette opération profane est chargée d’une grande angoisse et d’une grande piété. La superstition déborde. Il jette des regards désespérés. A-t-il honte d’être surpris dans cette activité dans une église ou l’enjeu est il d’une importance capitale ?  Il ne gratte pas toute la carte à la fois. Un numéro, une prière, un regard affolé de notre côté. Peut être notre présence contrarie l’intercession divine ?

Chiesa del Rosario

Le maître architecte de la chiesa del Rosario est Giuseppe Zimbalo(1620 -1710) . Lui aussi animé d’un humour railleur, ne recule pas devant le grotesque des cariatides ou des monstres qui voisinent avec les statues des saints. Les putti jonglent avec des mitres ou la tiare papale.

Piazza ignazio Falconieri

Il ne faut pas avoir les yeux rivés sur le Guide. La corniche des balcons soutenue par des chevaux, un patio croulant sous la vigne vierge, un escalier monumental découverts au hasard de la promenade, offrent autant de surprises à savourer avec le plaisir supplémentaire de la découverte personnelle.

La grande place Sant’Oronzo est d’architecture disparate : elle comprend un amphithéâtre romain, une très jolie église s Marco (vénitienne ?) avec le Lion de Venise mais aussi des immeubles mussoliniens, des banques des années 60 . Ici aussi le baroque délirant règne : au sommet d’une colonne antique, un évêque baroque semble prendre son envol. Le commentaire du Guide Bleu rajoute dans la surenchère : cette colonne est celle qui aurait marqué à Brindisi la fin de la Voie Appienne. Elle aurait été acquise contre quelques mètres d’excellent boudin. Et voici le burlesque qui revient au galop !

Le Castello Carlo V est ouvert : en restauration on a peu de vues d’ensemble. Des salles abritent deux expositions de peinture contemporaine qui m’ont beaucoup plu surtout celle de Virgilio Vairo qui a pour thème des variations sur les thèmes du trabucco – grandes huiles bleues traversées de lignes sécantes, les perches ou courbes, les filets- tableaux déclinant les lignes de l’olivier . On reconnaît aussi MonteSantAngelo dans des études de villes, figures géométriques, à plat blancs, arches et toits. Cette promenade picturale autour du Gargano nous rappelle les paysages familiers.

Lecce santa Croce

La dame de l’exposition nous recommande de visiter Santa Croce,la plus belle et la plus originale des églises de Lecce avec sa verrière ronde inattendue.

santa croce atlantes et caryatides

Il commence à faire chaud même en suivant les trottoirs à l’ombre. Il est temps de rentrer pour profiter de notre belle piscine de La Fortuna.

Nous rentrons en une petite heure sous la canicule. Le thermomètre de la pharmacie de Manduria marque 38° à l’ombre. Le soleil est écrasant. Le paysage grisâtre, gris le ciel, gris les oliviers, l’herbe sèche…Un mirage, les phares allumés d’une voiture se reflètent sur la chaussée : on dirait un incendie qui se rapproche de nous.

La piscine, à l’ombre des grands pins est un vrai bonheur. Elle est maintenant complètement remplie, mais l’eau est toujours aussi froide. Je lis avec appétit Le Monde, petite déception, il est mince avec le supplément télé inutile.

Un épisode comique : la chienne boiteuse fait irruption. elle se penche pour boire dans la piscine sans y réussir. Je mets mes mains en coupe pour l’aider. Elle est assoiffée et boit dans mes mains. Pour me remercier, elle me lèche. Elle est en chasse et me dégoûte un peu. Les deux autres chiens la suivent. Nous distribuons les derniers biscuits de MonteSantAngelo tellement durs qu’ils sont immangeables. Tandis que nous nageons, la truie arrive en clopinant. C’est tellement drôle cette association : la truie à la piscine ! Je vais chercher l’appareil photo mais cela l’effraie. Il faudra faire un montage si nous voulons raconter cet épisode dans l’album !

Pour terminer la journée, nous retournons à San Pietro en Bevagna et nous installons à la plage désertée par les baigneurs qui rentrent dîner.

Nardo, Gallipoli

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les singes de la façade baroque de san Domenico

Nous traversons de belles oliveraies puis une sorte de maquis. Du côté de la mer, on a installé des villages de vacances assez réussis et discrets.

Nardo est une petite ville de 31 000 habitants qui possède un centre ville baroque. : beaux balcons, une belle place : Piazza Salandra. En son centre une flèche de 30 m de haut rappelant celle de Naples et les plus lointaines colonnes de la Peste d’Autriche et de Hongrie. La cathédrale moyenâgeuse peinte à fresques,  nous repose du baroque. En revanche, la façade de San Domenico est surchargée de personnage étranges barbus et de singes.  « Encore des églises et des balcons !» Certes, en un mois nous en avons vus beaucoup ! L’année dernière, en Toscane, c’était loggias et fresques !

Nardo baroque

Le Baroque, comme les gâteaux à la crème auxquels il fait souvent penser, ne se supporte pas à haute dose. Très vite on parvient à l’écoeurement de la crème et des sculptures.

gallipoli

Gallipoli est bien différente : le Centre historique occupe une île reliée au continent par un pont. Un gros château Angevin puis Aragonais aux larges tours trapues monte la garde.

Nous faisons un premier tour de la ville ancienne aux maisons blanches par la corniche.On pense à Rabat et à ses maisons blanches, à la Grèce et même au Portugal avec les azulejos sur les façades des églises. En observant mieux les détails  nous retrouvons les palazzi avec leurs balcons, les corniches le stuc sauf qu’ici c’est blanc et jaune rarement rose.

Peu de touristes, les femmes de Gallipoli sont très présentes. Elles barrent une route à la circulation, assises sur leurs chaises en tricotant. D’autres le pliant dans une main, le cabas sur l’autre épaule vont à la plage. Aux fontaines publiques, elles rincent leurs claquettes en plastique pour ne pas emporter de sable chez elles.

forteresse angevine ou aragonaise?

Une de ces dames, cheveux gris et tablier, fait un brin de chemin avec nous pour nous montrer le palazzo où se trouve le Frantoio : pressoir à huile hypogée, une des curiosités de Gallipoli. Elle vante sa ville et se félicite de la proximité de la plage. Vers onze heures, nous pensons plus à la baignade qu’à la visite.

Dernier monument : la Fontaine Hellénistique cachée par une palissade de rénovation.Très élégante à ce qu’on peut deviner. Le quai face à l’île se termine par une église de marins. Promenade plus sobre que dans le Centre Historique.

oursins, baignade, gelato, réserve marine de Porto Cesareo

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porto cesareo

Des hommes ouvrent des oursins  mais ils vendent aux restaurants pas aux particuliers. Plus loin, un autre vend oursins et éponges. J’achète une éponge et en profite pour goûter un oursin. Je suis un peu déçue, il n’y a vraiment rien à manger, il faudrait en gober une dizaine.

Les environs de Gallipoli sont équipés de lidi avec ombrelloni, lettini, foule et embouteillages. A fuir ! Nous dépassons les hôtels et autres villages touristiques jusqu’à ce que la côte devienne rocheuse et les constructions plus diffuses. Après deux tentatives, l’une dans un champ de pastèques l’autre aboutissant à une ravissante villa avec vue sur mer nous trouvons ce que je cherche depuis le début des vacances : une crique dans les rochers avec de l’eau transparente et de la vie sous marine. Si l’endroit est abrité des vagues, c’est l’idéal d’autant plus que j’ai trouvé un masque à ma taille qui ne s’embue pas trop vite.

Dommage que le pique-nique soit un peu sommaire : salade de patates thon et pas de dessert !

Il sera difficile de retrouver un aussi bel endroit encore sauvage.

Au retour, la route suit de loin le littoral : campings, villages touristiques ou tout simplement sens interdits dans les villages, nous détournent. Notre nouvel objectif : trouver une gelateria ou un bar pour le dessert pour boire à l’ombre quelque chose de frais.

San Isodoro, vaste parking occupé par des campings cars. Deux d’entre eux sont transformés en buvette avec un auvent et des canisses. J’achète une bouteille d’eau fraîche et un café freddo (glace pilée au café dans une bouteille sortie du congélateur, granité du pauvre).. A trois reprises,le parasol s’envole.

Dans la crique suivante, l’eau est délicieuse, extrêmement transparente. Les baigneurs restent en bordure immédiate des rochers. Je nage seule. Devant moi:une île, trop loin! Quand je reviens près de la côte, D et la voiture ont disparu pour  un autre camping sans camping- cars à proximité et une petite plage plus confortable. Cette fois-ci, je prends le masque : la vie marine est incomparable : crabes, coquillages, anémones de mer, poissons par bancs entiers. Nous sommes dans la Réserve Marine  de Porto Cesareo

 

Massafra, églises rupestres peintes à fresques

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Déisis, le christ Pantocrator entouré de Saint Jean et de la Vierge

Difficile choix entre les églises rupestres de Massafra et le Musée de Taranto.

Il faut impérativement arriver avant 9h à Massafra. Je suis les panneaux verts de l’autoroute Bari/ Taranto. Nous aboutissons par mégarde au beau milieu du quartier des céramistes de Grottaglie (encore une visite possible que nous zappons à regrets). Nos voyages, même à petite vitesse, sont une suite de renoncements. Nous contournons Taranto sans rien voir des petites mers ni du pont tournant, en revanche la traversée des aciéries est inévitable. De la fumée rouge s’élève, beaucoup de camions.

Massafra coiffe de blanc une colline poussiéreuse. Nous l’abordons par la ville moderne dont nous faisons deux fois le tour sans trouver le Centre Historique. Forcément, il faut passer le pont qui enjambe la Gravine pour trouver les quartiers anciens. Cette Gravine est un ravin escarpé qui partage la ville en deux. Ses flancs sont percés de grottes, maisons troglodytiques, caves ou cryptes. Une verdure incertaine s’y accroche, grosses touffes de figuiers, épineux.

L’Office de Tourisme est situé dans la Gendarmerie dans un vieux palazzo noirci. Les deux employées sont très aimables. Les heures de visite ne correspondent pas aux horaires donnés par le guide Géo (encore !). Une visite pour nous seules est possible, la guide attendra qu’on trouve un stationnement (air compatissant). Entre temps viennent s’associer deux, puis trois autres personnes.

Nous partons à pied. La Guide ouvre une vieille porte pente en laque grise ordinaire. A  l’entrée, deux grosses potiches en céramique, nous sommes sous l’ancien hôpital de la ville. Les deux grosses jarres avaient un rôle de désinfection ou de purification. De l’hôpital désaffecté subsistent aussi deux baignoires : sorte de sièges baquets avec des accoudoirs, l’une est la baignoire féminine l’autre masculine.

Au fond des caves de l’hôpital, deux cryptes ont été réunies, l’une de rite byzantin l’autre de rite romain, San Antonio Abate. La cloison qui les séparait a été abattue par la suite. Du côté grec, on reconnaît une Déisis : le Christ Pantocrator trônant entre la Vierge et Saint Jean Baptiste. A côté des figures des saints, les écritures hésitent entre le Grec et le Latin. Certaines inscriptions utilisent un alphabet intermédiaire. Nos compagnons de visite mitraillent les fresques au flash. Partout, j’ai vu les gardiens protester et insister auprès des touristes pour qu’au moins ils débraient leur flash. Giovanna, la guide, ne dit rien. Elle commente les fresques pour moi seule. Les autres sont trop occupés avec leurs appareils photos et une lampe de poche qui donne un éclairage rasant. Je finis par m’étonner : ce sont des archéologues et des historiens de l’art. La dame, canadienne, ne fait aucun cas des belles peintures. Tout juste, elle corrige un commentaire de Giovanna. Elle est occupée à relever des traces de graffitis, d’incisions, de croix sur les murs et les plafonds. Ses compagnons, italiens, sont moins motivés. Ils semblent l’accompagner et l’assister Dans la rue, elle sort un ordinateur de poche et un stylet, prend des notes, transfère ses photos numériques, colle un interface qui ressemble à un téléphone et ignore superbement Giovanna, quant à nous !

Nous traversons d’un pas rapide un quartier moderne. En sous-sol, il y a, dit-on, de nombreux souterrains. Ceux-ci servent de caves aux particuliers.

A l’air libre, une crypte : l’église byzantine S. Leonardo. Nous voyons l’emplacement de l’iconostase, la béma, encore une Déisis, cette fois ci très bien restaurée. Giovanna  nous explique la symbolique des couleurs : le jaune représente la Terre, le rouge, la Divinité et le bleu, l’Humanité. Le Christ Pantocrator est habillé de rouge, signe de son essence divine et porte un manteau bleu. La Vierge, en revanche est vêtue de bleu recouvert d’un manteau rouge. Le geste du Christ Pantocrator avec ses trois doigts, ressemble à celui du Bouddha enseignant, les trois doigts figurent la Trinité. Le cercle, le Monde. Il nous reste encore bien des symboles à apprendre dans la lecture des fresques !

Saint Côme et saint Damien ornent les piliers. Pierre et André le mur qui prolonge l’iconostase. D’autres saints montent la garde sur les murs. Certains sont clairement byzantins, d’autres, latins. Les yeux des saints ont été crevés. A l’entrée de la crypte, la cellule de l’ermite gardien.

Candelora

Candelora se trouve face à la Gravine. C’était une église de grande taille. Curieusement, le plafond n’est pas plat, dans la roche on a creusé des coupoles, des voûtes et des pans coupés. Certaines fresques sont remarquables : la Présentation de Jésus au Temple. Siméon cache ses mains dans son vêtement pour ne pas souiller l’enfant pur. La Verge tient l’enfant Jésus par la main, image très touchante de la mère qui marche à côté de son fils, Jésus porte un petit panier rond, dedans, quatre œufs (Pâques,) ou quatre pains (la Communion ?). L’enfant a une figure d’adulte comme étaient aussi représentés les empereurs byzantins.

Les trois archéologues sont de plus en plus déplaisants. La femme prend des notes, elle fait son travail sans se soucier de personne (cela se comprend) les deux autres téléphonent sans aucune discrétion. Pour nous, la visite s’achève là (Eux continuent avec un e autre guide mais ne nous proposent pas de les accompagner).

massafra gravine : thébaïde italienne ou paradiso di Massafra

 

 

Nous descendons vers le fond de la Gravine par une rue tortueuse, dallée de pierre qui se faufile entre des maisons troglodytiques creusée dans la paroi, les escaliers peints en blancs, les murs blancs éblouissants.  Dans la Gravine nous découvrons la forteresse : château fort à tours rondes ressemblant à celui de Gallipoli.

A la sortie de Taranto, le long de la route, plusieurs pescherie. Nous sommes tentées par du poisson frais. Les places de stationnement sont chères, une place se libère enfin. D se gare comme à son habitude en marche arrière. Mais la place est convoitée par d’autres. Une énorme Jaguar survient en marche avant. Choc imperceptible. Le conducteur descend, une masse de muscles et de graisse, cheveux gris gras et rares, trogne rouge. Il constate « les dégâts », trace imperceptible. Nous préférons prendre la fuite. La dame relève le numéro de la Panda .Sale impression d’avoir, de toutes les façons, toujours, tort. C’est ainsi que les émigrés doivent ressentir en n’importe quelle occasion.

Massafra Gravine

Nous rentrons à La Fortuna pour déjeuner passer l’après midi à la piscine et le soir nous retournons à San Pietro. Cette fois ci nous choisissons de nous installer près des rochers pour voir plein de poissons et un crabe qui nage de côté.

Dernier jour à la Fortuna – dessins des fermes

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lezs animaux de la ferme au petit matin

Dernier jour à La Fortuna, envie de profiter du domaine où nous nous sentons comme chez nous. Ce matin, j’ai dessiné la grande cour comprise entre les écuries sous les arcades et notre maison, d’un côté, un grand bâtiment bas et voûté abritant des salles de réception et des cuisines (le club house du ranch ?) cet endroit paraît un peu désaffecté. C’est le domaine des chevaux et des cochons. En regardant bien, on voit que, dans une roue de charrette, on a fait un massif de plantes grasses, aloès,  sedum, et autres succulentes que je ne sais pas nommer. Les jeunes ont balayé, passé le jet. Ce matin l’endroit parait pimpant. Ils attendent des visiteurs pour demain Samedi. Ettore et Fortunato construisent une estrade pour un orchestre près de la piscine. Samedi, nous serons ailleurs. Nous ne verrons pas les mondanités et la foule. Pour nous, le charme des lieux est justement le calme de l’avant saison. Le domaine est immense : la Masseria a trois étages, le camping avec ses huit emplacements très bien installés, notre maison et ses quatre appartements. Si tout était complet, La Fortuna fourmillerait de monde, il leur faudrait rentrer les animaux…

Comme les autres jours, nous passons les heures chaudes à la piscine. Je profite des 16m de longueur pour expérimenter des nages sur le dos.

Le soir nous allons nous promener dans la campagne autour de la Fortuna dans les vignes qui grimpent  sur des fils soutenus par de hauts poteaux. Les grappes sont encore vertes mais déjà de taille impressionnante. Les vignerons en éliminent  une partie qui se dessèche au pied des ceps. Plus loin des oliveraies. Cette promenade dans le calme, loin des foules balnéaires nous ravit.

Je dessine la ferme abandonnée qu’on voit sur le bord de la route. Comme les fermes ici, elle est en tufo beige clair. Ce tufo est un calcaire qui se taille très bien. On en fait des blocs sciés régulièrement. Encore maintenant, au lieu d’utiliser les affreux parpaings gris, on construit les maisons modernes en pierre de taille ainsi que les murs et les portails monumentaux .Il arrive qu’on commence même à enfermer la propriété d’un magnifique mur sans construire la maison.

L’architecture locale comprend des éléments originaux tels que des escaliers extérieurs qui grimpent plus haut que la plus haute terrasse, ne conduisant nulle part, autre caractéristique : les créneaux coiffant les murs, deux blocs surmontés d’un petit au milieu donnant un cachet moyenâgeux. Certains angles sont adoucis de créneaux qu’on a arrondis en une courbe gracieuse. On utilise aussi les arcades arrondies ou gothiques en arc brisé y compris dans les maisons neuves. Des contreforts posés à l’oblique complètent cette série d’ornementation. Sans oublier les cheminées hautes et souvent coiffées d’une pointe.

La grosse ferme abandonnée combine tous ces éléments. De nombreux bâtiments s’imbriquent, se superposent composant des volumes compliqués soulignés par  les ombres du cocher du soleil. D’autres fermes plus basses avec des palmiers qui dépassent de leurs murs crénelés ont un air africain, surtout sous le soleil de midi.

 

 

Alberobello, le village des Trulli

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Alberobello est le village des trulli, emblèmes des Pouilles. Le trullo est la première image qui vient à l’esprit quand on parle des Pouilles. Ce sera donc notre première visite.

Une quarantaine de km séparent Alberobello de San Vito dei Normanni, route par Ceglie Messapica, Martina Franca, LocroRotondo, très agréable dans des collines au relief beaucoup plus marqué que du côté de Taranto, terre rouge, oliviers, petite murettes. C’est une campagne très aménagée, les oliveraies sont extrêmement soignées, la terre a été labourée. Les maisons sont nombreuses, souvent chaulées. On fait grand usage de la chaux, les bordures de pierre sont également blanchies ainsi que les murs, les poteaux des portails.

A peine avons nous quitté Tenuta Deserto que nous découvrons les premiers trulli. A côté de la Masseria, il y a également un petit groupe de trulli qui m’avait semblé artificiel. Je ne sais pourquoi, j’avais imaginé cette construction solitaire, un peu hutte de berger. Telle n’est pas ma surprise de voir des groupes de cônes regroupés derrière une façade rectangulaire reliés entre eux. Certains sont entièrement cimentés. Il y a même des escaliers extérieurs, parfois une sorte de chemin de ronde. D’autres sont en pierre sèche sans aucun liant. Le plus souvent la base est cimentée et chaulée ainsi que la pointe portant un curieux volume : le pinacle. Sur les toits en pierre on a dessiné à la chaux de curieux dessins: des croix, symboles  astrologiques, même un cœur percé d’une flèche. Renseignements pris, il ne s’agit pas d’une déclaration d’amour profane, c’est l’amour de la Vierge Marie. Je m’exclame à chaque trouvaille : trulli perdus dans une oliveraie ou entouré d’un jardin luxuriant.

Locrorotondo attire notre regard : perchée sur la colline, ses maisons parfaitement  blanches font une couronne éblouissante, les toits en V renversés comme à MonteSantAngelo soulignent cette couronne avec les pointes. Dômes et campaniles dépassent.

Alberobello est inscrit au Patrimoine de l’Humanité à cause de l’homogénéité de la construction : deux quartiers sont construits uniquement de trulli très bien préservés. C’est donc un site touristique très fréquenté. Parking payant, pas d’horodateur, les cartes de parking sont en vente dans les magasins de souvenirs qui pullulent 4.5€ c’est bien cher mais cela correspond à un  droit d’entrée.

Nous remontons une des petites rues du quartier des trulli blanchis à la chaux, éblouissants sous le soleil du matin, fleuris agrémentés de tonnelles de vignes passiflores chargés de fruits oranges de la passion .Les maisons rondes sont regroupées autour de minuscules  ours. Les habitants ont sorti les chaises. Les femmes tricotent de magnifiques liseuses, des châles et des pulls qu’elles vendent. S’il ne faisait pas si chaud, si les valises étaient moins pleines, j’aurais bien acheté une liseuse. En Turquie, j’avais regretté d’avoir laissé passer une occasion similaire. Les gens nous invitent avec beaucoup de gentillesse à entrer chez eux : joailliers, épiciers de luxe, vendeurs de cartes postales et même mini brocante ? Tous les trulli sont de minuscules boutiques de souvenirs. On ne se lasse pas de prendre en photo les toits amusants, les girouettes en forme de guerrier casqué, les pinacles en boule, diamant, disque…

Le Musée se trouve sur la colline d’en face qui porte un autre quartier de trulli et la ville moderne. Il est installé dans une dizaine de cônes qui communiquent entre eux sans qu’on ne s’en rende compte. Comme dans tous les écomusées l’intérieur d’une maison ancienne a été reconstitué avec son mobilier. Des outils des différents corps de métiers sont exposés dans des vitrines : boutique du coiffeur, tailleur de pierre, vigneron… Ce qui me surprend ce sont les dates qui figurent sur les étiquettes : » XXème siècle », froidement, vaguement, comme il serait écrit « XIVème » ou « XVIIIème ». Le XXème siècle est bien terminé avec les machines singer à pédale, les peignes-rasoirs et les vases de nuit en grès. Jolie exposition-photos du Japon : Alberobello est jumelée avec un village japonais. Les panneaux explicatifs sont très détaillés. Il me faut du temps pour déchiffrer l’Italien et les lire. La plupart des documents datent  du XIXème siècle. Le témoignage le plus ancien est de 1790. Des statistiques de 1850 dénombrent 439 chefs de familles journaliers pour 41 fermiers et 11 bourgeois et hommes de bien. A cette époque ces derniers construisaient des maisons vastes et carrées.  Le phylloxera qui a tué la vigne en France marqué l’essor du vignoble dans cette région des Pouilles. Les paysans ont alors planté sur de petites surfaces disponibles et se sont enrichis.

Avant de quitter Alberobello je m’offre une glace au lait d’amande, spécialité locale, délicieuse avec des amandes pilées.

Notre visite de Locrorotondo se limite à la recherche des boutiques encore ouvertes ce dimanche midi. Dans le Centre Historique, près d’une jolie église toute simple décorée d’une rosace très fine, une pâtisserie vend ses derniers gâteaux. J’achète deux cornets feuilletés et deux canoli à la ricotta.

La masseria : vie de château et exploitation agricole

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LA MASSERIA

Je suis pressée de passer devant la grande poubelle métallique « il bidone » pour retrouver mes lunettes qui ont dû tomber quand  nous avons jeté nos ordures ce matin. A notre passage :  rien. De retour au gîte, je déballe tout, toujours pas de lunettes. On retourne au « bidone » eureka!

J’ emprunte un saladier dans la grande cuisine du château. Sveva, la châtelaine, est en train de confectionner une crème caramel.Elle est grande, blonde aux abords un peu brusques,  Habillée très simplement, elle a l’assurance de la noblesse campagnarde, ici, pas de chichis ! Je l’imaginerais facilement à cheval. Sous ses dehors intimidants, elle est charmante. Nous conversons en français qu’elle parle parfaitement. Elle a étudié au Lycée français de Rome puis chez des Dominicaines françaises.

Ce matin elle a fait un tour à Lecce (70km) où elle espérait trouver une brocante. Nous évoquons les villes baroques de Sicile : Syracuse, Noto…La Toscane l’agace : trop de tourisme lui a fait perdre son authenticité.

Après midi, piscine et lecture : Les Derniers jours de Pompéi.

Vers le soir, nous allons faire un tour dans l’immense domaine. Au-delà de la maison, une barrière retenue à une magnifique poterne avec 4 piliers de pierre s’ouvre sur une allée blanche très large bordée de deux murets. Cette route plate est construite sur une sorte de digue très haute dominant des vallons de prairies en pente dans les quelles paissent des chevaux et des moutons. Près de la maison, sont plantés des eucalyptus et des pins, à 150m, un magnifique chêne séculaire . La route blanche, toujours égale, passe sur un pont de pierre. Malheureusement, une autre grille cadenassée interdit de poursuivre notre chemin. Revenant sur nos pas, nous empruntons la route d’accès des voitures, cancello énorme entre des poternes de pierre, puis un chemin poussiéreux qui nous conduit dans les oliviers.

La promenade m’a fait voir la propriété sous des angles différents. Je dessine la Masseria vue de la digue et découvre un escalier monumental qui tourne sur de hautes arcades.

Les chevaux du domaine sont des purs-sangs. Sur le haut buffet de la cuisine s’entassent des dizaines de coupes gagnées par son mari à cheval. L’entrée du Rosmarino est décorée de sous verre sur le thème équestre, des gravures anciennes mais aussi des photographies de départ de courses signées par les participants. J’avais pensé qu’elles étaient là pour donner un genre, non c’est tout à fait authentique!

Lorsque nous explorons la géographie d’un pays, nous visitons musées, châteaux et églises, mais nous découvrons aussi la personnalité de nos hôtes. A l’hôtel l’accueil est standardisé. En Agritourisme, nous pénétrons dans les maisons des gens. Nous côtoyons les propriétaires des grands domaines que nous ne fréquenterions jamais dans notre vie quotidienne. Dans cette découverte, il faut être prudente, ne pas se laisser aveugler par des préjugés. Sveva avait annoncé qu’elle préparait un « petit dîner ». Nous avions imaginé l’arrivée de leurs amis en tenue de soirée. C’est le couple de touristes qui occupe la maison voisine. Le gros monsieur en maillot de bain croisé à la piscine a revêtu une chemise bien repassée. Point de nappe, de bougie ou de mise en scène. Nous nous sommes emballées, victimes de notre imagination.

Finalement, je commence à voir les avantages de notre Rosmarino sans cuisine. Partager la cuisine du château ne sera plus une corvée, plutôt une occasion de bavarder ! Pour frire mes escalopes panées, j’ai oublié l’huile et je demande à Sveva la permission d’utiliser la sienne. C’est celle de ses oliviers. Je tiens ainsi les réponses aux questions que je me posais quand nous nous promenions dans les oliviers.

« Combien donne un olivier ? – de 13 à 20% : un quintal d’olives peut donner de 13 à 20 litres selon la qualité des olives et selon la taille de l’arbre. 100kg représente la récolte d’un bel arbre »

Ici, les arbres sont gigantesques, je n’imagine pas qu’on puisse secouer à la machine ces troncs énormes, ni battre les feuillages si hauts. Pas de filets enroulés comme je l’ai vu en Grèce.

« Quand les arbres sont trop grands on attend que les olives tombent toutes seules sur des filets ou tout simplement au sol »

D’où l’intérêt  de bien désherber l’oliveraie et de tenir le sol propre.

Ravie de ces explications, je rapporte mes escalopes au Rosmarino et nous dînons devant la maison dans le « salon de jardin ». Vers 10heures, le vieux fermier, allumeur de réverbères, poussera la porte de notre entrée pour accéder à l’armoire électrique

Grotte de Castellana /plage au sud de Monopoli

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Photos Castellana Grotte
Cette photo de Castellana Grotte est fournie gracieusement par TripAdvisor

L’ autoroute Bari-Brindisi  longe la mer par la plaine côtière jusqu’à Monopoli. Nous montons ensuite dans la colline boisée.

Parking extérieur obligatoire. Ce n’est pas par souci de préserver les abords immédiats de la grotte, comme à Castel del Monte, il y a toute une foire artisanale en plus des hôtels, restaurants, magasins de souvenirs, boutiques qui cachent un petit musée très bien fait.

La visite accompagnée est chère 13€. Ce prix s’explique par toute l’armada de guides, l’éclairage et toutes les installations du site.

Pas d’aventure ici ! Un groupe d’une centaine de touristes encadrés par trois guides suit un cheminement cimenté entre des barrières en aluminium. La guide présente les concrétions amusantes : la civette, la jambe de la ballerine chaussée d’escarpins, la Madone en prière, le dromadaire…Les explications scientifiques sont plus sommaires. Le rôle des Guides se borne à la surveillance « attention à la marche… » « Eteignez votre caméscope ! »

Malgré la foule, malgré les aménagements, la magie opère. Nous marchons trois kilomètres tantôt dans des salles immenses où l’on pourrait loger une cathédrale, tantôt dans un long et étroit canyon, tantôt dans des couloirs ornés de stalactites, stalagmites, colonnes très bien éclairés.

Je marche en tête du groupe, j’oublie mes compagnons et me laisse séduire par toute cette splendeur. La salle blanche est une merveille, colonnes, concrétions de calcite très pure, draperies translucides diffusant une lumière très douce.

A la sortie de l’ascenseur, je retrouve la chaleur et la lumière.

Plage
Photos Monopoli
Cette photo de Monopoli est fournie gracieusement par TripAdvisor

Nous continuons la journée à la plage au sud de Monopoli : plage de sable, eau transparente, parasols bleus et lettini en plastique blanc- 5€ chaque objet. La plage payante jouxte une plage libre bondée. Sous les parasols, très peu de monde.

Nos voisins parlent très bien le français mais ils ne sont ni discrets ni malins .Etonnés de notre présence :

-« vous n’avez pas d’origines italienne ? »

 »  Comment êtes vous arrivées ici ? »

« Créteil, on connaît, on n’aime pas»

« on avait remarqué que vous n’étiez pas jeunes » insiste le gros balourd »Ce n’est pas une gaffe quand même ! »

En bon Italien, il a des références antiques:

« Nous sommes sur la Via Appienne, ici on changeait les chevaux ! » Renseignements pris, c’est faux, la Via Appienne arrive à Brindisi mais passe plus à l’ouest.

Je passe mon temps dans l’eau. Peu de poissons pas de vagues.

A cinq heures, on remballe. Nous sommes près du site archéologique d’Egnazia où aura lieu un concert de Paganini au programme Theodorakis et Azzola. Theodorakis dans les ruines antiques me plait beaucoup. C’est un  de mes grands souvenirs : Theodorakis à Césarée en 1971 ou 1972, nous avions rempli un camion pour aller l’entendre dans le théâtre antique. Les billets se vendent au musée. Nous n’avons plus envie d’entreprendre la visite d’un site ce soir, de toutes façons nous reviendrons pour le spectacle.

Sous la belle lumière du soir, de  gros oliviers isolés dans un champ labouré, ratissé et roulé attirent notre regard. Un peu plus loin, on arrose par aspersion : cela fera de belles photos !

Martina Franca

CARNET DES POUILLES

la silhouette de Saint Marin se détache

 

Martina,  à cause de Saint Martin, celui qui a partagé son manteau. Franca indique une ville franche. En 1300 Philippe d’Anjou, prince de Tarente lui accorda des franchises.
Martina Franca est distante de moins de 40km du gîte par la route d’ Alberobello dans les collines  des trulli  devenus familiers.

Les rues de la ville neuve sont occupées par le marché : débordement de melons jaunes et verts, de pastèques (angurie), caisses de toutes petites tomates bien rouges. Celles d’ici sont en grappe, plus rarement des olivettes. Haricots verts, aubergines violettes et blanches, poivrons verts, rouges et jaunes. Foisonnement de couleurs. Nous nous promettons d’y retourner après la visite touristique.

arc de triomphe et toujours Saint Martin

Nous entrons dans  la vieille ville par une arche toute simple signalée par une plaque. A l’intérieur de la ville close c’est un dédale de ruelles et d’impasses. Maisons blanches comme à Ostuni en moins éblouissant, plus poussiéreux. Peut être l’éloignement de la mer ? En revanche les ornements des portes et des balcons sont un régal pour les yeux.

Les palazzi bordent la Via Mazzini. S. Vito dei Greci (XVème) s’ouvre par une porte à bossage en pointes de diamant surmonté d’une balustrade. En face, d’autres palais aux portes ouvragées aux fenêtres encadrées royalement, volutes baroques découpées et évidées toutes en courbes, ferronneries bombées compliquées. Certaines façades blanches sobres sont seulement soulignées d’une porte monumentale. Il faut être attentive à tous les détails. La belle église San Domenico est cachée derrière des bâches, grâce au Guide Bleu, je découvre les sirènes cachées de la corniche. A l’intérieur, une décoration de baldaquins et de drapés en l’honneur de Sainte Anne du 23 au 26 juillet, tissus bleu  blanc et rouge du pire effet occultent les peintures et les fresques nautiques.

Nous arrivons rapidement au cœur de la vieille ville : la basilique S Martino sur la place du Plébiscite. Enorme édifice à façade baroque tardif (1747- 1775) finalement assez sobre par comparaison avec les églises de Lecce. Un haut relief au dessus du portail : Saint Martin partage son manteau. Je savais que saint Martin était un soldat romain. Je ne l’imaginais pas chevalier casqué fougueux découpant le manteau à l’épée.

L’intérieur de l’église est très clair, marbres et dorures, angelots. Finalement très élégant.

Au moment où nous quittons l’église, s’approche. Je suis un groupe de Français avec conférencière qui fait un subtil distinguo entre le baroque de Rome, ses fastes et ses pompes et le « barroquet » ou « barroquin » de Naples, plus proche de l’artisanat, insolent avec ses putti, petits garçons sexués plutôt qu’anges.

Saint martin! le soldat romain a gagné une armure!
Saint martin! le soldat romain a gagné une armure!

 

Une très jolie place succède à la place du Plébiscite : bordée d’un côté par une colonnade en hémicycle occupée par des cafés. De là partent des rues étroites toujours bordées de palais magnifiques débordant de balcons en ferronnerie torsadée, de fenêtres encadrées de volutes élégantes, d’armoiries…Nous ne savons plus où donner de la tête.

La Via Vittore Emmanuelle II est bordée de boutiques proposant des soldes mirobolants. Je craque pour un panta-court bouffant avec des lacets partout : 8€. La formule panta-court me plait : pas de problème pour entrer dans les églises et se promener en ville, on a l’air habillé.

La Piazza Roma est triangulaire,  un jardin public avec une fontaine ornée de dauphins en occupe le centre. Un côté de la place est occupé par le Palais Ducal immense bâtisse de 380 pièces construit en 1668 par Petracone Caracciolo. Un jeune homme se présente : il fait bénévolement visiter le palais aux étrangers. Petit cours d’architecture : le palais est maniériste. Le Maniérisme se distingue du Baroque par les lignes droites, les colonnes doriques, encadrement des fenêtres et des portes souligné par des cannelures verticales. A l’étage, deux enfilades de pièces : encadrements des portes doré très baroques. Dans la première salle série de portraits des ducs qui présentent toujours la même figure (celle du duc qui a construit le palais). Puis salle du confessionnal : le duc séduisait des jeunes filles et les tuait, genre Barbe bleue ! Puis la chapelle et des magnifiques fresques dans les trois salles suivantes à thèmes mythologiques ou bibliques.

Passé la Porte Saint Martin la grande place rectangulaire moderne relie la ville close à la ville moderne. Au Théâtre Verdi, l’Orchestre de la vallée d’Itria répète toutes portes ouvertes à cause de la chaleur : Bellini, Montecchi et Capulete. Les cuivres sont près de la porte, plus loin les bois. J’ai l’impression d’être au milieu des musiciens. En face, chœurs de Verdi (un disque ? ou une répétition au Plais Ducal ?)Cette musique nous donne des envies de concert.

Pause dans un café luxueux devant l’arc de triomphe où Saint Martin est perché, se détachant sur le bleu du ciel. Je commande le granité de café qui me faisait très envie depuis notre arrivée en Italie. On l’apporte dans une très jolie coupe remplie à ras bord de ce sorbet au café très fort les morceaux de glace pilée donnent la consistance du granité. Sur la plage, j’avais essayé le granité de limone, chimique et trop acide venant des machines transparentes sur le comptoir des cafés et j’avais été déçue. Le cadre de la terrasse, le mobilier en fer forgé blanc, le joli parasol, tout contribue à rendre ce granité délicieux. Nous réservons des places pour le concert de jeudi soir : Farinelli Roi et Empereur.

collection de balcons!

Après midi sur le bord de la piscine. Il faut user de stratégie pour avoir deux chaises longues. On réserve les places avant le déjeuner, tout le monde fait ainsi, les imprévoyants n’ont plus qu’à étaler une serviette par terre au soleil  tandis que les bateaux pneumatiques violets des enfants belges trônent sur des fauteuils ombragés. .J’ai trouvé le Monde ce matin,  je me concentre dans ma lecture .

en surveillant la ratatouille…une leçon d’histoire

CARNET DES POUILLES

Pour faire une ratatouille,  je ne peux pas laisser la casserole sur le gaz sans surveillance dans la grande cuisine de la Masseria. J’emporte Les Derniers Jours de Pompéi pour lire.

S arrive en coup de vent, prend les fax (dans la cuisine  qui sert de bureau!) et part voir ses paysans qui lui ont préparé un certain fromage qu’elle aime particulièrement et doit ensuite procéder à l’échange des poulets (garder les poules pour les œufs et vendre les poulets mâles). Quand elle parle de ses fermiers on se croirait revenus cent ans en arrière.

Son mari se fait réchauffe un panino et offre un verre de vin blanc. Très en verve, il raconte ses voyages en  mission en Roumanie et en Ukraine, comme agronome ou économiste.  Sa passion, c’est l’histoire. Il fulmine contre le Pape qui fait des déclarations, selon lui, à contre-courant de l’histoire ; puis se désole de l’inculture des jeunes italiens. D’après lui, la cassure s’est opérée dans les années  70-80 . Il soutient qu’à 64 ans, sa génération est beaucoup plus proche de celle de son père, et même de celle de son grand père né en 1864, que de celle de son fils qui a 29 ans. Il disserte sur l’accélération du changement et du progrès technique. Pendant  plus de 2000 ans tout le monde se déplaçait à cheval, en carrosse ou en charrette. Le paysan comme le Roi ! On s’étonne de l’intervention du roi. C’est qu’en Italie, le dernier roi a abdiqué en 1946 ! R énumère tous les rois d’Italie à partir de Victor Emmanuele II. Je le remercie pour la leçon d’histoire. la ratatouille a bien mijoté.