Chers fanatiques – Amos Oz

LIRE POUR ISRAËL

C’est un recueil de trois articles d’Amos Oz : Chers Fanatiques, Non pas une lumière mais plusieurs, Des rêves auxquel Israël devrait renoncer au plus vite. Chacun de ces textes est polémique mais il ne s’adresse pas au même public.

Chers Fanatiques est le plus universel. Il y a des fanatiques partout. Au Moyen Orient comme à Jérusalem, intégristes islamistes, Juifs religieux, mais aussi anti-IVG, vegan, anti-fumeurs….Amos Oz invite à traquer tous les fanatismes, y compris ceux que nous portons en nous-même, sans en être conscient.

« Plus les questions sont ardues et complexes, plus on aspire à des réponses simples, des formules désignant sans hésitation les responsables de nos souffrances, avec l’assurance q’il suffirait de liquider les méchants pour que nos maux disparaissent sur le champ.

C’est la faute de la globalisation, des musulmans, de la dissolution des mœurs, du sionisme, des migrants, de la laïcité, des gauchistes! Il ne reste plus qu’à biffer les mentions inutiles, entourer celui qu’on considère comme le diable et le détruire ainsi que tout ce qui tourne autour) pour s’ouvrir les portes du paradis.

<Un sentiment de profonde indignation se généralise dans l’opinion publique : un dégoût subversif du « discours hégémonique », la répulsion de l’Occident pour l’Orient, la répugnance des laïcs pour les croyants, l’aversion des religieux pour les laïcs, une haine généralisée et viscérale, qui enfle comme une nausée depuis les bas-fonds de la misère. C’est une des composantes du fanatisme sous quelque forme que ce soit….. »

« Mon enfance passée à Jérusalem a sans doute fait de moi un expert en fanatisme comparé » ajoute-t-il plus loin.

Article d’une actualité criante dans un autre contexte que celui du Moyen Orient!

« L’une des causes de cette flambée de fanatisme est peut être la quête de solutions simples et lapidaires d’une rédemption instantanée »

« Durant plusieurs décennies, grâce aux pires assassins du XXème siècle, les racistes avaient un peu honte de l’être, ceux qui débordaient de haine mettaient de l’eau dans leur vin,et les réformateurs fanatiques étaient plus circonspects en matière de révolution….« 

Comme Amos Oz diagnostique la peste brune rampante,  je la retrouve du Brésil, en Hongrie, en passant par l’Italie, les trumpistes, et ce qu’on appelle par l’euphémisme en France « droite décomplexée« . Et oui le temps a « décomplexé » tous ceux qui avaient honte d’être fanatiques, racistes, antisémites, chauvins et qui ressortent avec leurs hymnes et leurs drapeau. Actualité criante, vous dis-je!

Il faut que je m’arrête de copier ici tous les passages que j’ai surlignés sur la liseuse. Lisez Amos Oz, même si vous n’avez cure du Moyen Orient, des Juifs ou des religions! Photocopiez et distribuez-le aux ronds-points, dans les manifestations, dans les lycées, à la sortie des cultes divers….

En conclusion : « Combattre les extrémistes ne veut pas dire les anéantir tous, mais plutôt contrôler le petit fanatique qui se cache en nous »

Le second essai Non pas une lumière, mais plusieurs s’adresse à un tout autre public. Amos Oz plaide pour la démocratie, la tolérance, le dialogue à l’intérieur d’Israël. En préambule Oz écrit : « La nation juive existe sans aucun doute, mais elle se distingue de la plupart des autres en ce que son principe vital ne se transmet pas forcément par les gènes ou les victoires militaires mais par les livres. » … »dans ses bons jours, le judaïsme est la civilisation du doute et de la controverse ». 

Il s’en suit une longue explication de texte qui peut être fastidieuse pour qui le concept de Shoulchan arouch ou les références à la Bible, le Talmud ou la Michna sont étrangères (c’est mon cas). Le texte n’est pas dénué d’humour et j’ai bien aimé sa description des fêtes familiales qui réunissent les Juifs

« En réalité, les fêtes se ressemblent : « les méchants voulaient nous tuer, nous avons survécu, et maintenant passons à table! » « Pharaon est venu et reparti, bon appétit! ». Nous avons affronté les Perses à Pourim, les Egyptiens lors de la Pâque, les Romains à Lag Ba’omer, les Anglais et les Arabes le jour de l’Indépendance, les Babyloniens et les Romains à Tisha Be’Av, les Grecs à Hanoukka. Certes à Tou Bichvat, on ne s’est pas battus contre personne, en revanche il pleut presque toujours à cette époque de l’année…. »

C’est une longue réflexion sur le sionisme et la religion. C’est aussi un constat qu’« il existe un dénominateur commun entre la droite israëlienne et le judaïsme halakhite : chacun est en conflit réel ou subjectif avec le monde extérieur. Chacun affirme qu’un éternel litige oppose Israël aux nations « un agneau au milieu de soixante loups » où a singularité du peuple juif s’affirmerait face à ses ennemis « sans ennemi, sans persécution, ni siège, ni martyr, le monde extérieur nous pervertirait nous perdrions notre identité et nous assimilerions…. ». « le clivage entre juifs religieux et juifs séculiers dure depuis un siècle et demi ».

Des rêves auxquels Israël devrait renoncer au plus vite (2015)

Traite du règlement politique avec les Palestiniens, de la Paix.

Il commence par cette affirmation :

« Nous commencerons par une question de vie ou de mort, fondamentale pour Israël : s’il n’y a pas deux Etats ici et très bientôt, il n’y en aura plus qu’n seul. Et s’il y a un seul Etat, ce sera un Etat arabe qui s’étendra de la Méditerranée jusqu’au Jourdain. Juifs et Arabes peuvent et doivent vivre ensemble, mais à mon sens, il est inacceptable de vivre en tant que minorité juive sous domination arabe, car presque tous les régimes arabes du Moyen Orient oppriment et exploitent leurs minorités »

Amos Oz revient sur le cycle de guerre au cours des dernières décennies, au Liban, à Gaza considéré par les autorités comme « gestion du conflit« . Puis il évoque le plan de paix séoudien (2002) repoussé lors. « Aurions-nous reçu une proposition similaire au temps de Ben Gourion et de Levi Eshkol, au temps des trois « non » au sommet de la Ligue arabe à Khartoum, en 1967, nous serions tous (ou presque) sortis danser dans la rue »

« Depuis la Guerre des Six Jours en 1967, nous n’avons pas gagné une seule guerre; Y compris la guerre de Kippour. Il ne s’agit pas d’un match de basket, où le joueur qui a marqué le plus de point décroche la coupe.[….]Le vainqueur est celui qui a atteint ses objectifs et le vaincu celui qui ne les a pas atteint »..

Dans l’analyse des forces en présence, Oz affirme que l’essentiel est de faire la différence entre le permanent et le transitoire. Les alliances qu’Israël a conclu au cours de l’histoire récentes tiennent plutôt du transitoire. Rien ne dit que l’alliance avec els Etats Unis durera. » le fait que les Palestiniens sont nos voisins et que nous vivons au coeur du monde arabe et musulman sont, en revanche des paramètres permanents »

Amos Oz revient alors sur les  accords d’Oslo, de Camp David, et les tentatives d’Ehoud Olmert. Mais ils auraient été trop pingres : ils n’auraient pas payé le prix de la paix…

« ma position de sioniste depuis le départ, est très simple : nous ne sommes pas seuls sur cette terre. Nous ne sommes pas seuls à Jérusalem. Je dis la même chose à mes amis palestiniens : vous n’êtes pas seuls sur cette terre. « 

Il soutient l’idée de deux Etats et repousse l’état Binational, qualifiant cette dernière de « triste plaisanterie ». 

« Le conflit qui nous divise n’est pas un western hollywoodien où s’affrontent les bons et les méchants, mais une tragédie qui oppose la justice à la justice. Je le croyais déjà il y a cinquante ans, j’y souscris aujourd’hui encore. La justice contre la justice, et souvent, à ma grande tristesse, l’injustice contre l’injustice ».

En conclusion:

« J‘appréhende l’avenir. Je redoute la politique du gouvernement et j’en ai honte. j’ai peur du fanatisme et de la violence de plus en plus répandus en Israël et je n’en suis pas fier. Mais j’aime être israélien? J’aime être citoyen d’un pays où se trouvent huit millions et demi de Premiers ministres et huit millions et demi de prophètes, huit millions et demi de messies… »

 

 

Mon Michaël – Amos Oz (1966)

LITTÉRATURE ISRAÉLIENNE

Relecture. Je l’ai lu autrefois en hébreu, et n’en avais aucun souvenir. Cette lecture était plutôt du déchiffrage. C’est donc une découverte, même si je lis très régulièrement romans et nouvelles de l’auteur.

J’ai eu du mal à m’attacher à la narratrice. Hanna, étudiante en littérature  épouse Michaël sans passion ;  elle fait de son mari le pivot de leur vie familiale après avoir abandonné la littérature ; il lui donne un fils qu’elle élève sans amour maternel excessif ; elle mène une existence maladive nourrie de rêves et de réminiscences littéraires qui surgissent sans prévenir dans le récit. Capricieuse, frustrée, consommatrice compulsive, elle m’a bien agacée. Michaël, est parfait : attentionné, gentil, modeste, intelligent, universitaire admiré par sa famille et ses pairs, un père parfait, pédagogue, aimant….Hanna  donne un portrait exemplaire de « son Michaël ». Yaïr, leur fils est aussi l’enfant rêvé : un enfant raisonnable que passionne tant la roulette du dentiste que le soin d’une carie devient une expérience plaisante. Yaïr s’exprime très bien ; il sait qu’on ne coupe pas la parole aux adultes ; qu’il faut une conclusion à un raisonnement »terminé!  » est la fin de chaque intervention.

Un malaise s’installe pourtant. Ces gens sont-ils capables de sentiments? De passions?  Simplement de colère? Sont-ils les héros de leur destin ou les jouets d’une vie mécanique?

« – Avec le temps et la persévérance tout ira mieux, Michaël. T’es-tu rendu compte  que c’est ton père Yehezquel qui vient de parler par ta bouche? 

-Eh bien, dit Michaël, je n’avais pas pensé à cela. Mais c’est possible, c’est naturel. je suis le fils de mon père.

-Bien sûr. C’est possible Michaël. C’est possible. Naturel. tu es son fils. C’est terrible, Michaël. Terrible.

Michaël a remarqué tristement:

-Qu’est-ce qu’il y a de terrible, Hanna?C’est dommage que tu n’apprécies pas mon père. c’est un homme intègre. Tu as tort. Tu n’aurais pas dû dire cela.

-Tu n’as pas compris Michaël. Ce qu’il y a de terrible ce n’est pas que tu sois le fils de ton père. Ce au’il y a de terrible c’est que ton père parle soudain à travers toi. Et ton grand-père Zalmann. Et mon grand-père. Et ma mère,. Et après nous il y aura Yaïr. Nous tous. Comme si un homme après l’autre, nous n’étions que des brouillons ratés. On recopie au propre et de nouveau on recopie, puis on efface et on froisse et on jette au panier et de nouveau on recopie en changeant un petit peu. Quelle bêtise, Michaël! Quel ennui. Quelle plaisanterie vaine. …. »

Les rêves, les romans et le souvenir des deux jumeaux palestiniens Halil et Aziz, illuminent la vie si terne d’Hanna.

Un autre « personnage » m’a vivement intéressée : la ville de Jérusalem dans laquelle les héros se promène fréquemment. La ville ancienne se transforme au cours des dix années que couvre le récit, les arabes qui peuplaient le quartier ont disparu, des maisons de béton remplacent les herbes folles, les populations migrent d’un quartier à un autre.

Une autre lecture est possible : l’évocation historique du pays, l’opposition entre la gauche travailliste des kibboutzim et de la droite exclue du pouvoir mais présente. 1956, Suez…une guerre sans tambour ni trompettes, quelques chants patriotiques à la radio, pas d’héroïsme (Michaël tombe malade et se trouve libéré). Évocation aussi de la vie au kibboutz, une traversée du pays en autobus particulièrement plaisante.

Cités Millénaires, Voyage virtuel de Palmyre à Mossoul à l’IMA

VOYAGE EN ORIENT

MOSSOUL, ALEP, PALMYRE, LEPTIS MAGNA, 

 

4 sites que j’aurais tant aimé visiter!

Meurtris par les combats et fermés au tourisme pour de nombreuses années. Il faudra me contenter d’un voyage virtuel bien que ce ne soit pas franchement ma tasse de thé.

J’apprécie les expositions de l’IMA, toujours intéressantes, bien documentées qui présentent des collections merveilleuses et variées. J’ai donc été déçue en achetant mon billet lorsque la caissière a expliqué : « il n’y a que des vidéos »

 

Vidéos projetées sur les murs des halls d’exposition, on est immergé dans le noir et blanc ou plutôt le gris de la cendre et de la poussière qui enveloppe Mossoul. Une trame de pointillés montre des murs ou toits, ou coupoles qui ont sans doute disparu. Puis une reconstruction numérique fait apparaître les 4 minarets d’une mosquée, nous visitons l’église Notre-Dame  de l’Heure, les coupoles tournent. Il reste quelques palmiers, les voitures ont été rangées pèle-mêle, les rues sont désertes. Spectacle impressionnant. Sur les murs latéraux, des photos anciennes montre la ville plaine de vie. Dans une petite salle une vidéo montre « Mossoul, ville multiconfessionnelle et pluriethnique » avec synagogue, église, monuments yézidis et s’attache au mausolée de Nabi Younesmausolée de Jonas vénéré par les juifs, les chrétiens et les musulmans. Daech a détruit ce symbole multiconfessionnel. Cette destruction a fait découvrir des sculptures assyriennes! Autre aspect de Mossoul : la ville antique de Ninive.

De Mossoul, nous partons pour Alep. Selon le même principe, projection géante de la vue aérienne de la citadelle; je remarque que la couleur est ici présente. Couleurs de la vie! Nous nous promenons dans les ruines des souks. Quelle tristesse! Mais Alep n’est pas une ville fantôme malgré les bombardements et les snipers.  Dans une salle, une vidéo montre des alépins bien vivants malgré la guerre : un photographe qui garde ouverte sa galerie, un peintre qui conserve 25000 œuvres faites pendant les 5 ans de la guerre, un ami du cinéaste raconte comment sa fille encore très jeune (née avec la guerre) sait rejoindre les abris, on voit des jeunes filles danser…Malgré les ruines Alep bouge!

Dans le dernier hall d’exposition, face à face, les ruines antiques de Leptis Magna et de Palmyre toujours impressionnantes malgré les destructions. Reconstruction numérique des parties des monuments abattus. Un archéologue interviewé pense qu’on ne reconstruira pas Palmyre. POur l’imaginer, peut être devra-t- on se contenter de ces projections?

Le clou de l’exposition est une sorte d’immersion avec un casque de réalité virtuelle, comme un jeu vidéo. Il faut patienter et faire la queue pour se promener dans une pièce noire. On s’y croirait.  Des animaux, lézard, chat, donnent l’illusion de réalité. Malgré tout je n’arrive pas à garder ce masque longtemps, sentiment de claustrophobie, alors que je me sens très à l’aise dans les grottes, les galeries de mines ou de catacombes. Le virtuel n’est pas pour moi!

 

Voyou – Itamar Orlev

LITTÉRATURE ISRAÉLIENNE

Premier roman, j’aime la surprise d’un écrivain inconnu.

Cependant ce n’est pas un livre aimable : pendant une centaine de pages j’ai cru que j’allais l’abandonner. Le narrateur, un écrivain raté, se fait larguer par sa femme qui a emporté leur fils. Il fait rien pour la retenir et va pleurnicher chez sa mère qui  ne l’écoute pas. Dans sa solitude nouvelle, il décide d’aller voir son père dans une maison de retraite à Varsovie. Héros assez antipathiques qui ne m’attire guère, aussi bien TAdek, l’écrivain que sa mère ou que ce qu’on apprend du père.

Ce père est rejeté par toute sa famille : sa mère a émigré en Israël avec ses enfants pour lui échapper. Frères et sœurs lui déconseillent le voyage. Pourquoi ce rejet? Le père est le Voyou du titre ,  un soiffard qui ruinait sa famille, battait sa femme et abandonnait le foyer pour des absences aussi longues qu’inexpliquées.

Nous suivons Tadek en Pologne qui retrouve les images de son enfance, l »odeur de son père » qui se trouve être celle de la vodka. Des pages et des pages autour de la soûlographie et les bagarres. Je me demande pourquoi je continue à lire cela! « Saoul comme un polonais » expression familière et vaguement raciste que je déteste, me vient constamment à l’esprit (je m’en veux).

Au bout de 150 pages, je persiste dans cette lecture peu attrayante et me laisse entraîner. Stéfan, le père, le voyou cumule les mauvais comportements. C’est un vieillard mal embouché qui crache, râle, insulte tout le monde.  Il a bu le salaire de sa femme, son héritage, a entretenu une deuxième famille, prétendu que ses deux « familles » étaient mortes…

Ému par la visite de son fils, il lui raconte sa vie, sa guerre avec les partisans dans la forêt, son évasion de Majdanek où il était interné comme partisan. C’est passionnant!

Puis le fils et le père traversent la Pologne en train pour aller voir le village natal du père où Tadek a passé les vacances de son enfance.  On découvre une Pologne rurale.

Finalement, je suis conquise par cette équipée, cette intimité du fils qui transporte son père sur son dos comme Enée et Anchise. Les retrouvailles avec les maîtresses femmes au village.

Un très beau livre sur les rapports père/fils.

« J’en ai profité pour le détailler,cet homme qui était mon père, cet hédoniste polonais qui ne s’est pas gêné pour baiser, cogner, tuer. Le voilà donc assis sur son lit, adossé contre le mur, cheveux ébouriffés, visage gris rongé par les poils de barbe. S’il était né dans un autre milieu, dans un autre pays, en un autre temps, il aurait pu être un libertin plein de panache, un ami du marquis de Sade…Mais là, c’était un voyou polonais qui avait émergé des égouts de Majdanek, pour atterrir dans la crasse des quartiers pauvres de Wroclaw. L’aura de la liberté et du romantisme fracassée sur le sol d’une réalité viciée, sombre, nauséabonde. Il somnolait avachi, en pyjama élimé, la bouche entrouverte, la cigarette qui se consumait entre les doigts. Vieux. Pitoyable. Mon père. Qui a bais autant qu’il a pu, qui a bu jusqu’à plus soif, s’enivré de musique, a dansé, frappé, tué sans scrupule. Comment ne pas rester pantois devant la capacité de jouissance absolue dont il a fait preuve toute sa vie, sans jamais tenir compte de personne à part lui-même »

Il se trouve – étrange coïncidence –  que je viens de finir le livre et que j’ai vu au cinéma Cold War qui débute dans la campagne polonaise comme se termine Voyou.

Ron Amir – Quelque part dans le désert – Au Musée d’Arts Modernes de la Ville de Paris

Exposition temporaire du 14 septembre – 2 décembre 2018

affiche

Novembre, c’est Paris-photo! je regrette cette année Photo-Quai qui était une belle déambulation au Quai Branly, j’étais fidèle à cette manifestation.

De l’autre côté de la Seine, cette exposition de Ron Amir, photographe israélien, annoncée par cette belle affiche colorée, un peu énigmatique. « Quelque part dans le désert » est composé d’une trentaine de très grandes et belles photographies couleur accompagnées de vidéos dépeignant la vie de demandeurs d’asiles érythréens et soudanais dans le centre de détention de Holot dans le Néguev.

On est accueilli par une longue vidéo (20′) où le photographe fait le portrait d’Africains avec une belle voiture blanche. Photo de groupe, ou portraits individuels. Ron Amir photographie « à l’ancienne » avec une chambre sur un trépied et un rideau noir (un blouson) et des plaques de verre. Il prend tout son temps pour mesurer la lumière. La prise parait interminable. Les sujets s’agitent un peu. Il faut les recadrer. Les spectateurs de la vidéo s’impatientent un peu. Temps étiré, temps de l’attente. Les Africains ont leur temps, certains sont en Israël depuis 12 ans. Une autre vidéo dure plus de 20 minutes, il ne se passe rien. Un comptoir est installé, un barman prépare du café. Passer le temps.

four

Sur les photos, la présence des hommes est « en creux« , aucun portrait, des traces de leur présence, la construction d’abris, de cuisines, un four, une mosquée tracée au sol avec des cailloux alignés.

Ces photographies sont soignées, grandes, belles. Pourtant rien n’est aimable. Ce n’est pas un désert photogénique. Plutôt un désert désolé. D’ailleurs, ni canyon, ni dune. Quelques arbres, tamaris ou acacias qui donnent un peu d’ombre. Un four creusé dans le sol, une cuisine avec 3 foyers de pierres, un banc, des bouchons de plastique, des pots de peinture…récup…

Dans cette désolation, dans cette solitude, au milieu de nulle part, une vie sociale s’organise. Ce n’est pas tout à fait le vide. Des hommes le peuplent. On ne les voit pas, on les devine.

Ce n’est pas un reportage dans l’instantané, un oeuvre d’art dans le long terme. Des échange entre le photographe et les Africains, que je n’ose pas nommer migrants. Ils ne bougent pas. Où iraient-ils? On leur interdit d’aller en ville. La frontière est bouclée.

Autre lieux, mais encore le Néguev, cette exposition à la Maison des Arts de Créteil : PROMISE ME A LAND de Clément Chapillon

Dur de photographier une photo avec les spots!

Donne-moi encore cinq minutes – Yonatan Berg – l »antilope

LIRE POUR ISRAËL

Découverte d’un écrivain israélien pour un premier roman se déroulant dans une implantation  religieuse. Né dans une colonie, Yonatan Berg livre un point de vue tout à fait nouveau pour moi . Il appartient  à une nouvelle génération d’écrivains, nés après que j’ai quitté pour la dernière fois Israël.

Yonatan Berg arrive à  vaincre mes réticences en racontant parallèlement deux histoires celles de  deux amis d’enfance Bnaya et Yoav qui ont choisi deux voies opposées.

Yoav a quitté la colonie très jeune (comme l’auteur) , il a couru le monde à la recherche d’expériences. Il mène une vie laïque à Tel Aviv plutôt vaine, entre soirées arrosées et rave parties où circulent toutes sortes de substances. Pendant la rave, un très mauvais trip lui rappelle un drame passé, à l’armée, une opération qui a très mal tourné qui s’est soldée par la mort du terroriste qu’ils poursuivaient dans son village mais aussi celle de Segal, l’officier responsable. Ce souvenir le poursuit jusqu’à l’obsession longtemps après que l’effet des drogues se sont  estompées.

Bnaya semble beaucoup plus équilibré dans la vie toute tracée d’un juif religieux, marié, père de famille, enseignant. Ses journées sont rythmées par les prières, l’étude, la vie communautaire de l’implantation, sa femme et ses enfants. Rien ne viendrait troubler cet équilibre si l’Implantation n’était pas menacée d’expulsion. Par hasard, il découvre la violence d’un groupe de jeunes qui refusent l’expulsion et ne sont prêts à aucun compromis. Mélange de sérénité d’un shabbat qui commence – et de  violence cachée. Prise de conscience d’une menace et d’une remise en question de ce mode de vie. d’une faille  entre une « bande d’excités unis par un secret et le sentiment d’être le fer de lance de leur communauté » et ceux qui sont prêts à quitter l’implantation. Bnaya est rempli de doutes, il hésite à se confier à sa femme, il affronte sans l’avoir cherché, les extrémistes, dans sa communauté mais aussi dans le lycée où il enseigne.

Bnaya comme Yoav vivent un trouble intense.

Alors que les discours monolithiques des religieux semblent exclure le doute, Bnaya voit se creuse un fossé entre son ancienne vie et la crise qui se profile. Yoav cherche à expier une faute.  Seule la réparation lui rendrait son équilibre psychique. mais réparer quoi? auprès de qui? du père de Ségal? du père du Palestinien abattu?

Yonatan Berg raconte la vie de ces deux jeunes gens déchirés sans prendre parti, sans donner de solution. Pour cet auteur qui a vécu la vie de ses héros, on peut imaginer qu’il a donné beaucoup de lui-même dans chacun des deux.

Cinq minutes pour changer d’avis?

 

 

 

le Luth d’ébène – Panagiotis Agapitos

LIRE POUR LA GRECE

Le Luth d’ébène – une enquête de Léon le Protospathaire

Polar byzantin!

Savez vous ce qu’est un Protospathaire? et un spathaire? un stratège? un silentiaire? un tourmarque? Titres, grades des dignitaires de l’Empire byzantin confèrent une poésie et un mystère pour le lecteur moderne. Et la Césarée byzantine est la Césarée d’Israël, ou Césarée d’Antioche, ou Konya en Cappadoce?

Dépaysement garanti.

Dans le temps, l’action se déroule en mai 832. Léon, le Protospathaire est envoyé en ambassadeur auprès du calife de Bagdad. Il fait étape à Césarée, arrive en plein drame et propose d’aider le gouverneur à faire la lumière sur la disparition d’une jeune fille.

Je ne vous raconterai pas l’intrigue, ni les subterfuges, masques et déguisements. Sachez seulement que vous allez pénétrer dans des casernes, un bordel, un monastère, un bazar aux tapis….que vous allez vous perdre dans les subtilités de la bureaucratie byzantine, dans les querelles théologiques, les identités mouvantes….et j’ai bien aimé cela.

Découvrez!

Terres de sang – Dido Sotiriou

LIRE POUR LA GRECE

« Juste en face, sur la côte d’Asie Mineure, des petites lumières clignotent. Juste en face, nous avons laissé des maisons bien rangées, des pécules sous clé, des couronnes de noces dans l’iconostase, des aïeux dans les cimetières. Nous avons laissé des enfants, des parents, des frères et des sœurs. Morts, mais sans tombe. Vivants mais sans toit Rêves hantés? Et dire que là, juste en face, hier encore, c’était notre patrie!

Dans la nuit , qui semble ne jamais vouloir finir, les silhouettes familières glissent une à une Les Kirlis, Chfket, Kérim effendi, Chrukru bey, Dali dayi, Edavié….Ils ne peuvent plus rien pour nous. Tout est perdu!

Gling, glang, le tintement sonore des grelots. Les pas nonchalants du chameau qui porte sur ses bosses les couffins et les besaces, les sacs de raisins secs, de figues, d’olives, les balles de coton et la soie, les jarres et les tonneaux, l’huile de rose, le raki, les trésors de l’Anatolie. Tout est fini!

Chamelier! Petit bêta, avec tes culottes bouffantes et ton œillet à l’oreille, arrête : ce n’est pas la peine que tu mettes ta main en porte-voix ; ta chanson triste n’arrive plus jusqu’à notre cœur. […]

On est devenu des brutes. On a sorti les couteaux et on s’est tailladé le cœur. Pour rien. »

Ainsi se termine, par l’exil l’histoire de ces paysans grecs qui cultivaient près d’Éphèse, d’Izmir, le tabac, les raisins et les figues depuis des générations, sur les bonnes terres qu’ils avaient défrichées avec l’aide de leurs voisins turcs. Grecs, Turcs mais aussi Arméniens, Francs, Italiens, nomades Yorüks formaient une mosaïque de populations qui se côtoyaient depuis toujours.

Le héros du livre Manolis Axiotis est fils de ces paysans. Plus éveillé que ses frères, il est parti à Izmir apprendre la vie de commerçant. Le roman commence comme un roman d’apprentissage. Manolis raconte la vie des champs et la vie de la grande ville.

Éclate la Grande Guerre, les Grecs ne sont pas envoyés au front mais dans des bataillons de Travail disciplinaires. Manolis raconte le typhus, la faim, les conditions terribles mais il s’évade. Rien ne semble entamer le moral ni la bonne entente, chaque fois, Manolis est tiré d’affaire par des turcs au bon cœur.

Quand « Les Grecs sont arrivés » la tragédie de la guerre Gréco-turque annonce la Grande Catastrophe. Au début, c’est la fête, on se réjouit de la fin de la Grande Guerre, de l’arrivée des Alliés de l’Entente et dans leur sillage de l’armée grecque. Mais c’est le début d’une guerre sans merci, une guerre où Manolis perdra tout. Patriote grec?

La rencontre avec Drossakis,  Crétois instruit et progressiste,  lui ouvre les yeux. Il lui fait comprendre que c’est la responsabilité des Grand Puissances, dépeçant l’empire ottoman, si la  Grande Catastrophe a déchiré l’Asie Mineure. Celle des Allemands d’abord attisant les conflits entre Turcs et Grecs. Puis celle des vainqueurs qui ont encouragé  l’armée grecque pour « reconquérir Constantinople » puis abandonnant les réfugiés à Smyrne qui brûlait. Les bateaux alliés auraient pu les  évacuer, ils ont assisté à la tragédie sans intervenir. Drossakis lui fait aussi relativiser la notion de « patrie » ;  ne pas confondre le peuple et la patrie. 

J’ai beaucoup aimé ce livre. Je l’ai trouvé sur le blog Présent défini qui en livre une analyse très intéressante et très complète ICI.

la maison d’édition Cambourakis offre tout un panorama de la littérature grecque, au format poche et à petit prix notamment les œuvres de Kazantzakis qui étaient devenues introuvables

 

Le Duc de Naxos – Georges Nizan

LIRE POUR LA GRECE 

« Yussuf Nassi, je vous concède le gouvernement de Naxos ainsi que les îles de Paros, d’Antiparos de Milo, de Santorin et autres îles de l’Archipel, peuplées ou inhabitées…. »

Le 19 octobre 1566, le sultan Sélim anoblit le juif Joseph Nassi, né au Portugal Joào Miguez, Juan Miguez pour les Espagnols,  commerçant  de la Maison Mendez, Grand Argentier du Roi de France sous le nom de J Miques,….baptisé catholique au Portugal, marrane exilé aux Pays Bas, revenu au judaïsme à Istanbul, ayant entrepris la reconstruction de Tibériade…..

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Le Duc de Naxos – ne m’était pas inconnu. Catherine Clément, dans la Senora raconte l’épopée de la famille Mendez, l’exil des Marranes, du Portugal, à Anvers puis à Venise et Ferrare, Istanbul et même en Palestine. Elle tisse aussi les relations entre les riches marchands et banquiers de la famille Mendez, négociants d’épices, banquiers des rois. Joseph Nassi est le neveu de Dona Gracia – la Senora – qui a permis d’aider les marranes exilés à rejoindre l’empire ottoman, à transférer leurs biens et capitaux chaque fois que cela était possible.

J’ai lu deux fois la Senora la dernière fois en revenant de Ferraretoujours avec autant de plaisir.

Catherine Clément a mis le projecteur sur Dona Gracia, tout en racontant la vie de Joseph Nassi.

Georges Nizan a choisi Joseph Nassi  et s’est plus attaché aux relations diplomatiques et politiques, aux intrigues politiques et politiciennes. Il conte par le détail les complots à la cour de Sélim, le sultan, rivalités entre le Grand Vizir Sokolu et les Pachas, et amiraux. Il s’est aussi attaché à mettre en lumière les relations très troubles entre la Porte et les Rois de France; un peu trop en détail, à mon goût, je me suis perdue dans les différents ambassadeurs et émissaires francs. Il a aussi analysé les rapports de force, les alliances et les retournements d’alliance entre l’Espagne et Venise et comment la conquête de Chypre par les Ottomans, à laquelle Joseph Nassi a travaillé, a abouti à la catastrophe pour les Turcs que fut Lépante.

Naxos et la citadelle vénitienne

De retour de Naxos, j’ai cherché dans cet ouvrage comment ce duc de Naxos avait gouverné son Dûché. Il en est assez peu question. Joseph Nassi a déposé le Duc de Naxos  Jeacques  Crispo dont le gouvernement était précaire sur une population locale grecque orthodoxe mécontente et hostile aux latins; Puis il a délégué son pouvoir et l’affermage des impôts à son homme de confiance Francisco Coronello. Le Dûché de Naxos était plus un titre honorifique qu’un réel pouvoir politique.

Je me suis un peu égarée dans les méandres des intrigues des puissances méditerranéennes. J’aurais préféré que l’auteur resserre un peu son propos, surtout à propos du recouvrement de la dette du roi de France qui est un détail mineur.  Je me suis un peu ennuyée vers la fin.

Aucun rêve n’est impossible – Shimon Peres

MASSE CRITIQUE DE BABELIO

Aucun rêve n'est impossible par Peres

Merci à Babélio de m’avoir donné l’occasion de lire cet ouvrage! Merci aux éditions BakerStreet de me l’avoir offert!

Des trois Prix Nobel de la Paix 1994, à a suite des accords d’Oslo, Arafat, Rabin et Peres. Ce dernier est peut être le moins connu, n’ayant pas eu la destinée tragique des deux autres.

Cette autobiographie est une leçon d’histoire qui commence en 1934, quand l’enfant quitte le  Shtetl pour s’établir avec ses parents en Palestine, suivant le Rêve d’Herzl, et le rêve de ses parents. Premier rêve qui va se réaliser! Elle se termine en 2016, » après 70 ans de service public » . 

A la veille de son décès en septembre 2016, Pérès signe ses mémoires; sans fausse modestie, avec un optimisme étonnant.

7 chapitres distincts, 7 rêves, 7 épisodes dans ces mémoires qui sont faciles à lire et passionnants, rédigés plus comme une série d’aventures que comme une analyse géopolitique.

Aventure d’un enfant qui choisit la vie de pionnier dans un kibboutz, désireux d’apprendre, d’agir, qui a la chance de rencontrer le père fondateur : David Ben Gourion d’être remarqué par lui et de faire carrière dans le sillage du grand homme dans ce qui va devenir le Mapai.

Aparatchik? Pas vraiment, plutôt aventurier.

Sa première aventure sera de rechercher des armes pour la Haganah à la vaille de l’Indépendance. Doter d’une armée moderne l’Etat qui se sent menacé avant même d’être proclamé n’allait pas de soi. Il fallait détourner l’ embargo des pays occidentaux. Ne parlant même pas l’anglais, Shimon peres s’envole pour New York et se trouve embarqué dans une aventure rocambolesque au dessus de la jungle dans un avion en feu….

Quelques années plus tard, il dote Israël d’une aviation en récupérant de vieux coucous. On sait que l’aviation et l’industrie israélienne vont devenir performants. Pérès s’attribue l’initiative de ce rêve aéronautique.

Autre rêve : Dimona et la dissuasion nucléaire. Pour accéder à la technologie atomique, Peres fera le détour par Paris. Détour à Sèvres où Français et israélien mettent au point l’opération de Suez 1956!

L’opération Entebbe : « l’audace est une vertu » est un autre chapitre cette vie d’aventurier. Peres narre par le menu les préparation de cette opération risquée à laquelle personne ne croyait. C’est sûrement le chapitre auquel j’ai le moins accroché.

Étonnant rêve d’un  dirigeant socialiste, ancien kibboutznik : faire une « nation-start-up » exploiter toutes les ressources de la technologie pour amener Israël à la pointe des recherches scientifiques.  La croyance optimiste dans les bienfaits de la science aussi bien de l’informatique que des nanotechnologies. Cela m’a étonnée de la part d’un homme autodidacte et plus très jeune, ait la curiosité de chercher la technologie qui pourra faire briller l’industrie israélienne.

Le dernier rêve, est la poursuite de la paix.  Recherche d’une paix séparée avec la Jordanie d’abord puis soutien au processus d’Oslo.Le rêve est loin d’être réalisé, pourtant Peres présente les accords d’Oslo comme un succès.

J’ai lu avec beaucoup de plaisir cette biographie  sans oublier le regard très partial et l’autosatisfaction qui traverse sa vision. Parler de la guerre d’Indépendance sans un regard pour les Palestiniens, soutenir le nucléaire sans une critique pour sa capacité de nuisance, ne jamais mentionner la colonisation….

Rêves impossibles réalisés, peut être, mais peu de considération pour les conséquences!