410 pages, traduit de l’américain par Estelle Roudet.
Un thriller qui va vous emporter au Caire en 1954 sur le tournage des Dix Commandements de Cecil. B De Mille et accessoirement dans une base de Daech.
Trois thèmes sont abordés :
l’engagement d’Alex, jeune adulte, encore adolescent auprès de l‘Etat Islamiste.
La prise de pouvoir de Nasser et l’éviction de Naguib dès 1954 ainsi que les purges auprès des Frères Musulmans
le tournage du film et la cinéphilie de Ali Hassan, le grand-père d’Alex
Accessoirement, les rapports entre l’adolescent et son grand-père sont la trame de ce roman épistolaire.
Ces trois thèmes avaient tout pour m’intéresser. Et pourtant cela n’a pas fonctionné comme je l’aurais aimé.
D’abord, la forme : les échanges de mails sont assez frustrants. Le jeune homme, écrivant clandestinement envoie des messages assez dénués d’intérêt (on comprend pourquoi mais on reste sur sa faim). Au contraire, le grand-père envoie un long « livre » en pièces jointes : l’histoire de sa jeunesse à ce petit-fils qu’il a peur de ne plus revoir. Cela donne un roman déséquilibré.
chefren et le sphinx
Ensuite les personnages : Alex est tout à fait désincarné. Pourquoi a-t-il rejoint Daech? Comment est-il arrivé sur le théâtre des opérations (y-est-il même parvenu? Tout ce qu’il raconte concerne un jeu vidéo qu’il aurait aussi bien pu inventer dans sa chambre américaine. Une « épouse » esclave sexuelle yezidie fait une courte apparition dans les échanges épistolaires. Rien sur les opérations militaires ni sur les conditions de vie…
Le grand-père est beaucoup plus intéressant : c’est un jeune éduqué, cinéphile, amoureux, mais influençable. Il ne sait pas choisir son camp et se laisse entraîner plus par faiblesse que par conviction dans les manœuvres des Frères Musulmans. Il se donne le beau rôle, évitant un attentat puis un massacre; on ne comprend ni pourquoi ni comment. Ces retournements de veste et ses atermoiements m’ont lassée.
Le plus réussi, c’est le tournage du film. Les caprices du metteur en scène qui est un véritable dictateur. Mais comment régir des milliers de figurants, des acteurs à l’égo surdimensionné, des techniciens peu efficaces? Et réussir un chef d’œuvre qui récoltera un Oscar et deviendra un classique de la télévision américaine.
J’aurais aimé plus d’analyse politique, plus d’histoire, moins de politique-spectacle dans l’ascension de Nasser et sa prise de pouvoir. J’aurais aussi aimé sentir vibrer Le Caire, son peuple, ses cafés et ne pas rester dans les hôtels coloniaux et leur golfe. Un thriller bien américain!
« Oui. Je pense que rien ne doit aller de soi en littérature. Quand vous dites familiarité, j’entends confort et
l’inconfort que Fernando Pessoa appelle joliment l’intranquillité, c’est une chose qui nous est nécessaire. »
Rosie Pinhas-Delpuech est l’auteur de Suite Byzantine et de Le Typographe de Whitechapel que j’ai lus avec beaucoup de plaisir et d’intérêt, et d’autres romans et essais que je me promets de lire.
Rosie Pinhas-Delpuech est aussi la traductrice de Ronit Matalon dont j’ai lu récemment De face sur la photo et Le Bruit de nos pas, de Yael Neeman Nous étions l’avenir, Orly Castel-Bloom, Le Roman Egyptien…
Sa voix m’est familière, entendue à la radio, dans les podcasts de L’entretien littéraire avec Mathias Enard, La salle des Machines 28.11.21 et Talmudiques 31.07.22 à propos de Brenner et le désir d’hébreu.
A la suite du billet de La Viduité j’ai téléchargé La Faille du Bosphore que j’ai lu d’un seul souffle sans pouvoir le lâcher, une petite centaine de pages.
Ces entretiens portent sur le métier de traductriceet ses rapports avec le travail d’écriture puisque Rosie Pinhas-Delpuech pratique les deux activités.
« Paris, dans son appartement où depuis plus de quarante ans, elle confectionne à la manière d’une cordonnière, assise sur cette même chaise au cuir élimé, des textes dans les mots des autres et dans les siens propres. »
La traduction comme artisanat, comme critique littéraire, comme souffle, rythme et musique.
« Chaque matin, je dois m’échauffer, en relisant la traduction je remets du rythme, j’enlève des mots, je remplace des mots, j’entends des syllabes, c’est presque du travail poétique sur de la prose. Et ça ne se voit pas. On dirait que je raconte l’histoire qu’il raconte, mais ce n’est pas vrai. On travaille beaucoup ensemble, »
Rythme et musique du texte, l’hébreu lui évoque le Free Jazz, je ne m’y serais pas attendue. Et dans la musique du texte traduit la longueur des mots, des phrases, la ponctuation jouent leur rôle dans cette musique. Epurer, raccourcir, en dépit de la syntaxe très codifiée du français. C’est fascinant, inattendu.
En conclusion, la question très prosaïque qu’on n’oserait pas aborder : celle de la rémunération de la traduction qui est payée au feuillet et dont le statut est encore plus précaire que celui des intermittents du spectacle.
Et Le Bosphore, là-dedans? Istanbul est le lieu de naissance de Rosie Pinhas-Delpuech,ville cosmopolite et polyglotte, où petite fille elle est passée du Français paternel, à l’Allemand maternel, au Judéo-espagnol de la grand-mère et au Turc de l’école. Sans oublier la musique.
Istanbul, dans cette ville qui est un carrefour linguistique et culturel ainsi que dans votre famille où les langues se superposent à la manière des lignes d’une partition musicale […]bien avant de savoir parler, j’entendais beaucoup d’instruments, c’est-à-dire beaucoup de langues.
Ce très petit livre (55 pages, format -12.5cmx17cm), un peu plus épais qu’un tract, est paru le 29 septembre 2023 alors que des foules manifestaient à Tel Aviv pour la Démocratie . Huit jours plus tard, l’horreur…Beaucoup de choses ont changé mais c’est toujours un livre indispensable.
Charles Enderlin fut le correspondant d‘Antenne2 à Jérusalemde 1981 à 2015. Son visage nous est encore familier et plus encore sa voix. Chaque jour devant la télévision, je peste que les journalistes (même très pros, excellents) se succèdent et changent alors qu’Enderlin assurait une permanence garantissant une analyse approfondie de chaque évènement.
Cet opuscule livre l’historique des idées qui aboutissent à la mise en place, le 28 mai 2023, d’une Agence gouvernementale de « l’identité nationale juive » par Benjamin Netanyahouaboutissement des théories de son père Bension, adhérant en 1928 au parti révisionniste de Jabotinsky . Il présente également les théories du messianisme moderne du rabbin Kook, l’idéologie des colons et leur média Nekouda et leurs émules Moshé Koppel, Israël Harel.
Rappel des différentes étapes de la montée de la Droite nationaliste
2011, « loi dite de la Nakba » permettant de refuser toute subvention aux organisations commémorant la Nakba
2014 attaque contre des dirigeants d’ONG comme Breaking Silence (vétérans témoignant contre l’occupation, B’Tselem, et. associations israéliennes « accusées d’être des taupes complices du terrorismes ».
2016 nouvelle loi sur les financements » transparence des organisations soutenues par des entités étrangères ».
Sans parler du jugement rabbinique déclarant Rabin « rodef » légitimant ainsi son assassinat….
2022 entrée en scène de Smotrich et de Ben-Gvir au gouvernement, ouvertement racistes et suprémacistes à des postes décisionnaires
2023 projet de changement de régime du système judiciaire
« les ânes du Messie se sont rebellés »
Le lendemain, les manifestations de masse se sont organisées et ont continué pendant des mois.
Ceux que je prenais pour de doux rêveurs en costume folkorique, attendant le Messie en priant dans leurs quartiers réservés s’avèrent aussi de dangereux idéologues…glaçant!
Une belle histoire d’amour à BourgaspuisIstanbul !
Charme des Balkans , mosaïque de religions, de traditions, de langues dont l’autrice nous restitue la musique avec le Grec et le Turc qui se mêlent au Bulgare – le roman est traduit du Bulgare – mais que la traduction française occulte.
A la naissance de Miriam, la Bulgarie vient juste d’être indépendante et de sortir de l’Empire Ottoman. Ahmed, son amoureux arrivera plus tard d’Albanie sur une charrette. Imbrication des communautés qui se définissent par leur confession qui ne peuvent s’unir par le mariage.
Ahmed, le musulman, et Miriam orthodoxe ne peuvent vivre leur amour. Miriam est maudite par Théotitsa, sa mère, elle devient « la putain turque » stigmatisée dans toute la ville, elle perdra aussi sa sœur tant aimée qui ne lui parlera plus. Miriam est une femme forte, ardente, un peu sorcière. Elle ne se laisse pas intimider. Ahmed et Miriam fuient donc la ville provinciale pour Istanbul, la Ville. Dans l’anonymat de la grande ville ils trouveront un foyer, élèveront leurs deux enfants avec la complicité bienveillante de leur voisine. Cruauté du sort : Ahmed, phtisique va mourir et la jeune femme sera démunie, rejetée parce que chrétienne. Ils connaissent la misère. La vie n’est pas facile pour une jeune veuve avec deux enfants. Miriam croit trouver une solution en abandonnant l’aîné dans un pensionnant militaire de la Turquie kémaliste. Choix douloureux!
La vie n’est pas simple pour les femmes des Balkans : même très fortes comme Miriam et avant elle pour sa mère Theotitsa. Indépendante, douée d’une imagination étonnante, presque sorcière, Miriam tente suivre sa voie, son amour. Elle paie le prix fort.
J’ai beaucoup aimé le soin et la poésie que l’autrice apporte pour décrire le quotidien des femmes : lessives, repassages, pliages, dignité de ces vêtements raides, des robes noires, soin aux reliques des enfants morts – petits habits pliés dans le coffre interdit. Evocation de l’enfance, intimité des deux soeurs et courage et débrouillardise de Haalim, le fils de Miriam.
Merci à Babélio et aux éditions Gallimard de m’avoir permis de lire ce livre et de participer à la rencontre avec l’auteure Zeruya Shalev dont j’ai lu, et apprécié les romans précédents, Thera, Ce qui reste de nos vies et Douleur.je retrouve avec grand plaisir son univers familier : un regard féminin et aiguisé sur la réalité israélienne racontée dans le théâtre familial de personnages qu’elle fait vivre au quotidien.
Deux voix féminines alternent : celle d’Atara, à peine la cinquantaine, architecte spécialisée dans la conservation de bâtiments anciens, mère de famille de deux enfants adultes de deux mariages successifs. Celle de Rachel, 90 ans, mère de deux fils. Un secret de famille dévoilé au décès du père d‘Atara , Mano:son mariage caché avec Rachel.
Atara retrouve Rachel et va exhumer un autre secret de famille : la participation de Rachelet de son premier mari , Mano (le père d’Atara) à la lutte du Lehi à la fin du Mandat Britannique. Mano et Rachel se sont aimés et mariés dans la clandestinité. Leur séparation est un autre mystère qui a pesé sur les relations familiales des deux familles et de leurs enfants. Nous découvrons cette époque lointaine, il y a 70 ans, des combats qui ont été occultés, l’amertume de ces idéalistes exaltés qui ont combattu les britanniques par le terrorisme tandis que ceux de la hagannah étaient loués en héros.
Est-ce un hasard si ces souvenirs resurgissent maintenant que l’extrême droite est au gouvernement en Israël? Selon Zeruya Shalev à qui j’ai posé la question hier, Lehi et Extrême Droite actuelle n’ont aucun rapport.
Un autre terrorisme sévit : Après une attaque au couteau à Jérusalem (p.124)
« pourquoi cela te choque? Vous aussi vous avez combattu l’occupant! Vous aussi vous avez combattu l’occupant! Quelle différence entre les combattants pour la libération d’Israël et ceux pour la libération de la Palestine »
Dans la double famille de Rachel et d’Atara toutes les nuances politiques coexistent : Rachel a choisi de vivre dans une implantation alors que son fils Yaïr refuse de passer la Ligne verte et d’aller dans les territoires occupés. Son deuxième fils Amihaï, a choisi d’être ultra-orthodoxe, voir sa mère dans les territoires occupés ne lui pose aucun problème, en revanche exposer ses enfants à la vie laïque est hors de question, la grand-mère ne peut donc pas les recevoir. . Lors de la rencontreavec l’autrice, le thème de la transmission, est au cœur du roman. Aucun des deux fils de Rachel ne partage ses idées laïques mais nationalistes.
La famille recomposée d’Atara est aussi compliquée : elle a eu une fille d’un précédent mariage et son mari Alex aussi, ensemble ils ont un fils Eden. Les trois enfants sont dispersés : Avigaïl la fille d’Atara étudiante aux Etats Unis, Yoav, le fils d’Alex est quelque part en Amérique latine, tandis qu’Eden qui a servi dans les commandos, est revenu mutique.
Alex et Atara habitent Haïfa, ville multiculturelle (p. 113)
« …sa ville-refuge, celle qui l’a accueillie à bras ouverts des années plus tôt; toute de vert et de bleu parée et dont le fonctionnement architectural l’a immédiatement émerveillée. Des constructions arabes datant de l’Empire ottoman et du mandat britannique, du bâti templier à côté d’édifices Bauhaus, un brassage culturel qui accompagne le brassement hypnotique de la montagne et de la mer… »
Pour cette architecte, les lieux jouent aussi leur partition dans le livre et toute leur symbolique.
Rachel(p.2567 exprime ses doutes
« Israël est devenu un endroit surpeuplé, gris, barricadé, qui se cache derrière des murs et des barbelés, signe qu’il n’a plus foi dans sa légitimité »
Le contexte historique, politique, social et géographique m’a bien sûr intéressée mais Stupeur est avant tout une histoire familiale. Zeruya Shalev est une experte dans l’analyse des rapports dans le couple, entre parents et enfants. Elle dissèque ces relations avec une acuité particulière. Aussi bien l’amour, le coup de foudre que les choix qu’une femme fait entre l’amour maternel et l’attention portée à son conjoint. Elle met en évidence toutes les facettes et les choix qui se posent à une femme, surtout si elle est mère.
J’ai été happée par l’histoire de la rencontre d’Atara et de Rachel, j’ai aimé aussi l’évocation des relations conjugales entre Alexet Atara.
J’ai aussi été intéressée par les références bibliques, l’irruption du bouc émissaire, du personnage de Jephté même si cela n’est pas vraiment ma tasse de thé.
Je ne dévoilerai pas plus loin l’histoire, lisez-le livre!
En attendant de rencontrer Zeruya Shalev dans les salons de l’éditeur Gallimard , j’ai eu le plaisir de l’écouter sur les podcasts de RadioFrance dans l’Heure Bleue de Laure AdlerCLIC Quel dommage que cette émission s’arrête! et Par les Temps qui courent pour son romanDouleur. CLIC
La soirée de présentation de Stupeur par Zeruya Shalev dans les salons de son éditeur, Gallimard, a été très chaleureuse. J’ai eu le plaisir de l’écouter en hébreu, relayée par son interprète, à tour de rôle, tandis qu’à la radio la voix de la traductrice se superpose et empêche l’écoute en V.O. J’ai apprécié sa grande simplicité : une leçon d’écriture. L’écrivaine se laisse guider par ses personnages qui s’imposent à elle dans toute leur complexité et elle nous a montré comment elle les fait vivre. Héroïnes fortes, sans filtre, qui ont même occasionné des réactions violentes chez les lecteurs en Israël qui l’ont abordée dans la rue . Je crois que je vais relire ses romans!
« les photographies témoignaient, exagéraient, ou bien ni l’un ni l’autre : elles créaient un troisième monde, une zone intermédiaire de pénombre entre les deux, à l’intérieur de laquelle proliférait l’erreur comme dans un bouillon de culture, l’échec de l’œil, l’histoire fallacieuse, l’illusion qui la produit. »
On lit le roman comme on feuillette un album de famille.
Famille de Juifs égyptiens dispersée entre Israël, d’où vient la narratrice, Esther, Douala où vit son oncle Cicurel qui l’accueille, les Etats Unis, la France, l’Australie. Cet album de famille rassemble des photos anciennes prises en Egypte à la fin des années 40, quelques photos en Israël, la plupart mettent en scène l’oncle Cicurel, l’homme d’affaires qui a réussi en Afrique. Il y a aussi des « photos manquantes » perdues ou volées par ceux qui ont voulu emporter une image de famille.
« Elles m’expédient là-bas, en Afrique, chez l’oncle riche qui fera peut-être de l’ordre dans ma tête, pour que je
me pose un peu, ici ou là-bas, peu importe. L’essentiel étant que quelque chose m’atteigne, l’idée de “famille”
avec le totem du patriarche, fût-ce l’ombre de son ombre. »
La narratrice décrit avec précision les personnages, le décor. On comprend qu’un personnage central, la Nonna Fortunée, a perdu la vue et la nécessité de cette description minutieuse.
Façon puzzle, on reconstitue l’histoire de cette famille levantine dans les mots d’Esther qui est venue apporter au Cameroun le lien familial si important mais si distant que l’Oncle Cicurel tient à maintenir. Le commerçant n’est pas vraiment un raconteur, il se met en scène, met en scène sa réussite sur des photos qu’il expédie à sa mère et à ses frères et sa sœur. On découvre aussi l’Oncle Moïse, le sioniste, qui a fait venir sa famille. Et aussi, les absents comme cette cousine énigmatique, Nadine perdue de vue à New York…Diversité des personnalités et des destins.
Est-ce que tu regrettes d’avoir quitté l’Égypte ? — Regretter ? s’étonne ma mère. Pas du tout. J’ai la nostalgie, je crève de nostalgie, mais je n’ai pas de regrets, Zouza. Notre vie là-bas est finie. — Mais vos racines sont là-bas, tante Inès. Qu’aviez-vous à faire ici ? — Des racines, des racines. C’est des chaussures qu’il faut. L’être humain n’a pas besoin de racines, Zouza. Il a besoin d’une maison.
Esther découvre aussi l’Afrique, la colonisation, le monde colonial séparé de la population autochtone, les rapports de domination qu’elle saisit avec vivacité.
Un roman historique ou un « tombeau« pour les 769 Juifs morts noyés le 24 février 1942 sur le Struma, épave transportant des Juifs roumains fuyant les persécutions en Roumanie qui devait les conduire de Constançaen Palestine. Véritable épave flottante, au moteur en panne rafistolé, le Struma est arrivé à rallier Istanbul où on lui a imposé une quarantaine. La Turquie – en principe neutre – a refusé le débarquement aux passagers sous les injonctions des Britannique, des Allemands et a laissé pourrir la situation pour enfin remorquer le navire en Mer Noire où il a été torpillé par la marine soviétique.
Roman, parce que l’auteur, Halit Kakinç, journaliste et écrivain, a essayé de faire « revivre » un certain nombre de personnages. Roman historique écrit après de nombreuses recherches , préfacé par Esther Benbassa, historienne et directrice d’études à la Sorbonne, sénatrice EELV.
Ce livre est de lecture facile et instructive fait revivre ces épisodes tragiques récurrents comme l’odyssée du Saint Louis (1939) qui a quitté Hambourg pour rejoindre La Havane contraint de retourner en Allemagne, celui du Patria coulé à Haïfa en 1940, Exodus(1947), et tant d’autres moins fameux, peut être…
« Ce roman historique nous rappelle avec pudeur et dignité le sort des réfugiés en 1941. D’autres aujourd’hui, perdent la vie en route, sombrant avec leurs espoirs, sans que beaucoup s’en émeuvent vraiment »
Esther Benbassa
Je remercie les Editions Turquoise de l’envoi de ce joli livre .
Le titre a attiré mon attention. Tout ce qui touche le monde homérique m’attire immanquablement. C’est raté! Aucune allusion aux héros, Troyens ou Grecs. D’où vient ce titre? Je croyais trouver l’énigme avant la fin du roman, je reste perplexe. D’autant plus que la mort, elle-même, est assez peu présente dans l’histoire.
Est-ce un roman? un recueil de nouvelles? des poèmes en prose?
Chacun des chapitres est daté d’une année différente de 1952 à 1956. Racontent-ils une même histoire? Les narrateurs changent, l’ordre chronologique est chamboulé. J’ai du mal à identifier les narrateurs. Le lecteur est bousculé par tant d’incertitudes. Flous, les lieux et les temps. Quelques indications : dans un des chapitres la Seconde Guerre mondiale vient d’éclater, simple incise qui n’influera en rien l’histoire. Où se trouve donc Sarikum? D’après Google, sur la Mer Noire, c’est bien loin de Troie, loin d’Istanbul où se déroulent certaines histoires. Le style de l’écriture déconcerte le lecteur.
Il me faut assembler les pièces d’un puzzle pour identifier les personnages et reconstruire l’histoire de Müsfik. Müsfik aime les garçons, il est fasciné par les yeux verts. Amours compliquées, certains de ses amants sont mariés, amours souvent chastes, le plus souvent clandestines. A la limite de la folie, souvent incohérent.
Au bout d’une centaine de pages, je m’attache à Müsfik, à son village et à sa famille. La dernière partie du récit est plus classique, le style s’assagit. Müsfik ose exprimer ses sentiments amoureux. J’ai à peu près reconstitué l’image du puzzle mais je ne connaîtrai pas la fin de l’histoire. Dommage, je serais bien restée plus longtemps à ma promener dans les vignes, sur le bord de mer, à croiser les chats. Un univers étrange!
« De là, à travers la Bessarabie, la Chersonèse, la Tauride ou le pays des Tcherkesse, à travers le Caucase et la Transcaucasie, cet itinéraire contournerait la côte septentrionale et orientale de l’ancien Pont Euxin jusqu’à la limite qui sépare la Russie de l’empire ottoman »
Un voyage autour de la mer Noire. D‘Istanbulà Scutari sans traverser le Bosphore! Jules Vernes nous entraine dans des aventures à pied, à cheval, en voiture mais surtout pas en bateau, en compagnie de Kéraban, un marchand de tabac turc, de son ami Van Mitten, un négociant hollandais ainsi que de leurs serviteurs. Pour corser le voyage : Kéraban-le-têtu refuse toutes les inventions modernes : trains, télégrammes ; il a peur en bateau. Comme il est têtu, il n’en démordra pas. Course contre le temps, son neveu doit épouser la fille du négociant Sélim d’Odessa dans six semaines.
Roman d’aventure et roman comique.
Pour le comique, Jules Verne n’a pas fait dans la finesse, ses personnages sont plutôt caricaturaux, Kéraban, très conservateur, très entêté, son serviteur très servile, le Hollandais, très très hollandais et Ahmet le fiancé un jeune homme sans peur et sans reproche. Les méchants, très méchants.
Pour l’aventure, vous serez servis.
En revanche, pour le tourisme, vous serez peut être frustrés. Kéraban est tellement pressé que vous ne visiterez rien, ni Odessa, ni Trébizonde, ni aucun des sites antiques cités. L’essentiel est d’arriver à temps. Cependant la nature est parfois plus forte que la volonté d’arriver et la voiture s’enlisera dans le delta du Danube, escale forcée :
« par entêtement, le seigneur Kéraban ne compta pas, en dépit des observations qui lui furent faites, et il lança sa chaise à travers le vaste delta. Il n’était pas seul, dans cette solitude, en ce sens que nombre de canards, d’oies sauvages, d’ibis, de hérons, de cygnes, de pélicans, semblaient lui faire cortège. Mais, il oubliait que, si la nature a fait de ces oiseaux aquatiques des échassiers ou des palmipèdes, c’est qu’il faut des palmes ou des échasses pour fréquenter cette région trop souvent submergée, à l’époque des grandes crues, après la saison pluvieuse. »
Nous traverserons à grande vitesse la Crimée :
Crimée ! cette Chersonèse taurique des anciens, un quadrilatère, ou plutôt un losange irrégulier, qui semble avoir été enlevé au plus enchanteur des rivages de l’Italie, une presqu’île dont M. Ferdinand de Lesseps ferait une île en deux coups de canif, un coin de terre qui fut l’objectif de tous les peuples jaloux de se disputer l’empire d’Orient, un ancien royaume du Bosphore, que soumirent successivement les Héracléens, six cents ans avant l’ère chrétienne, puis, Mithridate, les Alains, les Goths, les Huns, les Hongrois, les Tartares, les Génois, une province enfin dont Mahomet II fit une riche dépendance de son empire, et que Catherine II rattacha définitivement à la Russie en 1791 !
Heureusement le Hollandais a un guide touristique et nous fait part des sites touristiques et des anecdotes s’y rapportant, faute de faire une visite. Comme dans le Delta du Danube, la nature piège l’attelage
« Il devait être onze heures du soir quand un bruit singulier les tira de leurs rêves. C’était une sorte de sifflement, comparable à celui que produit l’eau de Seltz en s’échappant de la bouteille, mais décuplé[…]
Qu’y a-t-il donc? Pourquoi ne marchons -nous plus? demanda-t-il D’où vient ce bruit?
ce sont les volcans de boue, répondit le postillon «
Moi aussi, j’ignorait l’existence des volcans de boue de Kerch près de la mer d’Azov!
Il y a donc encore des surprises pittoresques en cours de route que je vous laisse découvrir, des souvenirs historiques, les soldats de Xenophon….et bien d’autres.
Pour ses études sur les minorités, arméniens et kurdes, elle a subi les persécutions du régime turc et a même fait l’objet de poursuites judiciaires dans son pays. Elle a donc fui la Turquie et réside maintenant en France et enseigne à Nice à l’Université côte d’Azur.
Le titre un peu bizarre et la figure de Nana de Niki de Saint Phalle m’ont bien plu : Zinzine féminin de zinzin, Pinar Selek n’hésite pas à féminiser cette expression rigolote. Sûr que ce n’est pas un bouquin sérieux! Plutôt une aimable fantaisie féministe, militante et joyeuse qui se lit vite et bien. lecture facile, distrayante.
le jeu parano. Le jeu pour sortir des filets des grandes entreprises. Le jeu d’installer des jardins secrets. Le jeu du Stand qui allait se transformer en une belle histoire.
Azucena nous entraîne dans Nice, loin des plages et de la Promenade des Anglais dans un quartier populaire occupé par des gens de bonne volonté.
Manu, qu’est-ce que tu penses de Blanqui ? Que vous ayez choisi cette place… C’était un chouette hasard. Notre Stand est sur une place qui porte le nom d’un révolutionnaire qui a consacré sa vie à la liberté. Bien entendu, c’est très différent. On essaie de changer le monde sans recours à la violence ni aux structures hiérarchiques.
Azucena tient un stand de paniers de légume d’une coopérative maraîchère. Parmi ses amis Alex, le Prince des Poubelles est bulgare, Gouel, Chanteur des rues irlandais, les commerçants du quartier sont impliqués, et il y a aussi les cheminots syndiqués, un certain nombre de sans-papiers qu’on devine dans l’ombre. Sans parler des chiens, avec collier mais sans laisse. Mais pourquoi les fourmis?
C’est de nous qu’ils ont le plus peur. Parce qu’on devient autonome, on s’enracine là où on se trouve et on creuse des galeries comme des fourmis. Nous restons invisibles et quand ils nous remarquent, il est trop tard. Tu crois que les fourmis peuvent tenir tête aux supermarchés, aux multinationales ?
Une vie loin du conformisme : certains sont SDF, sans domicile fixe, oui mais pas du tout clochardisés. Gouel vit dans un bateau qu’on lui prête, Azucena passe ses nuits dans le Train Bleu, le train couchette Paris/Nice avec la bénédiction du chef de train. Quand d’autres possèdent des appartements ce n’est pas pour s’y installer mais plutôt pour les vendre….Ils sont loin de la société de consommation même posséder, être le maître d’un chien, est discutable. Les trésors d’Azucena : une carte postale deux vinyles.
Si on voulait résumer en quelques mots le livre, le premier qui me vient serait solidarité. Et le second, amour, un amour sans possession, un amour qui inclut les chiens, le sentiment amoureux mais aussi la tendresse. Résumé ainsi, on se croirait presque chez les bisounours, ce serait oublier le tragique de la Guerre d’Espagne dont Azucena veut conserver la mémoire, celui du génocide arménien et tous les drames des exilés.
Et puis, il y a Leonard Cohenet Suzanne, parce qu’Azucena c’est aussi Suzanne….