RÉSISTANCES

Asli Erdogan est une écrivaine et une journaliste turque. Elle a reçu le Prix Simone de Beauvoir en janvier 2018. Emprisonnée à la suite du coup d’Etat de juillet 2016, elle a été libérée en décembre 2016 mais reste encore sous la menace d’un jugement. De nombreuses pétitions ont circulé sur les réseaux sociaux. Le meilleur soutien à une écrivaine est ses écrits. Les lire et les faire lire.
Le silence même n’est plus à toi (chroniques) est un recueil de textes, articles pour son journal.
« C’est l’histoire s’un voyage qui commence à cent kilomètres d’Auschwitz et s’achève cent kilomètres avant Cizre »
ainsi commence un texte intitulé GUERRE ET GUERRE
C’est une lecture éprouvante, tragique. L’écriture est très belle, poétique. Les faits relatés sont d’une violence terrible. Sa dénonciation ne se limite pas à l’actualité en Turquie, à la censure après le coup d’état (au fait il y en eu d’autres), Daesh, la guerre des kurdes. Elle rappelle aussi le Génocide Arménien, la Grande Catastrophe. En un raccourci, elle nous conduit à Auschwitz, questionne la Turquie sur l’existence ou non du racisme. Ecrivaine féministe, elle accompagne les mère kurdes, proteste contre le féminicide, contre le laxisme de la justice dans les cas de viol. Son TEXTE DU 9 MARS réclame explicitement l’égalité homme-femme.
Tous ces sujets sont graves, elle n’oublie pas la poésie, la poésie universelle.
Un très beau texte de Séféris commence son texte du 22 avril, que je ne résiste pas à l’envie de copier ici:
« A l’heure où les dés heurtent le sol, à l’heure où le combat heurte l’armure où rencontrant ceux de l’étranger, les yeux des âmes expirantes s’emplissent d’amour… A l’heure où regardant alentour, tu ne vois que pieds arrachés, mains mortes, et ces yeux qui s’éteignent…A l’heure où désormais même mourir t’est refusé… »Séféris
Asli Erdogan commence un autre article en citant Rilke, évoquant Kader, une militante venue se battre à Kobanê contre Daesh en 2014.
AINSI FAISONS NOUS NOS ADIEUX cite un poète palestinien Taha Mohamed Ali que je ne connaissais pas. Les lignes des poètes se mêlent aux mots d’Asli Erdogan qui les habite et évoque aussi les circonstances dans lesquels ils ont été écrits.
Mon seul regret est mon ignorance de la Turquie. J’aurais aimé que les différents articles aient porté la date de parution, et quelques indications sur les circonstances, les lieux…Je me suis perdue, j’ai cherché, trouvé parfois, mais pas toujours. Ce qui paraît évident dans un journal turc l’est beaucoup moins pour une lectrice à Paris.







La première partie « TROIE »raconte Smyrne. Lecture délicieuse. Evocation merveilleuse de la lumière dorée, des senteurs d’abricots et de raisins, de la douceur des baignades de la première enfance. Smyrne-Troie a brûlé lors de la Catastrophe en 1922, Smyrne-Troie-Atlanta d‘Autant en emporte le vent, incendie terrible et spectaculaire que l’enfant n’a pas vécu mais dont le souvenir plane, souvenir homérique, Pergame proche.
Je remercie Babélio et les éditions TURQUOISE de m’avoir adressé ce livre. C’est un très bel objet : couverture grège ave une gravure en relief, beau papier, édition soignée et les dessins de Renaud Allirand. J’y suis très sensible même si je lis beaucoup en numérique.









