Ce soir nous sortons ! Notre propriétaire a réservé pour nous des places à un spectacle de danses folkloriques dans le petit théâtre Duna sur Zrinyi utca. De l’extérieur la salle ne se devine que par la grande marquise de verre surmontant la porte d’entrée.
Menuhin pour le plaisir
Nous allons faire un tour à la monumentale Basilique Saint Etienne Néo-Renaissance, conçue par Joseph Hild, l’architecte d’Eger et d’Esztergom – encore des basiliques colossales ! –Il a fallu 50 ans pour la terminer. Bien éclairée la nuit, elle a de l’allure ! Mais de jour ?
La salle Duna est jolie, jaune bouton d’or décorée de stucs blancs rehaussés de dorures, elle est à moitié vide. On y parle beaucoup français. Les places sont chères. Cela sent l’attrape-touriste. Sur scène 5 couples de danseurs, 10 violonistes, un hautbois un cymbalum. Les danses sont entraînantes, les costumes colorés et variés, les danseuses parfaites. Les danseurs tapent de grands claques sur leurs bottes. C’est joli mais convenu. Plus intéressants : les violonistes. Liszt et Brahms ont écrit des rhapsodies hongroises. Interprétation tsigane, imitation fantaisiste des oiseaux au violon, prouesse applaudie. Une soirée agréable.
Une affiche annonce les Lisztiades, une série de concerts, justement aujourd’hui dans l’ église toute proche sur Marcius 15, la place en contrebas du pont Erzebet à cinq minutes de chez nous.
9h40, messe en Hongrois. Pourquoi attendre dehors au froid sous le ciel gris ? Nous prenons place dans l’église. Un groupe d’une dizaine d’hommes très bruns à la mine sombre ressemblant à des Turcs, dans les bas côtés, se dirige vers le chœur. Sur le mur est peint un mihrab. L’église du XIIème siècle a disparu. A sa place, une église à moitié gothique (vers le chœur) mi classique. La paroi est entièrement peinte, sommairement dans le fond gothique, imitant le marbre dans la partie classique. Pendant l’occupation turque, elle a servi de mosquée, le mihrab est resté.
La messe s’éternise. Il est pourtant 10heures. Nous sortons et guettons les éventuels mélomanes. Il n’y en a pas. Finalement un monsieur nous explique en anglais que le concert est prévu à 10 heures et qu’il n’est que 9h. Nous avions oublié le changement d’heure !
Une heure plus tard, l’église se remplit à nouveau. On distribue des cartons plastifiés en latin. Prise de doutes je cherche quelqu’un qui parlerait une langue compréhensible. Une vieille dame parle allemand :
– « ein Konzert ! Nein ! » dit elle d’un air indigné.
Un homme plus jeune, en anglais :
– « c’est la messe mais c’est aussi le concert, vous pouvez vous asseoir avec nous ! »
Deuxième messe de la matinée ! Nous retournant, nous découvrons un très bel orgue. Les chœurs sont installés au dessus de nous. La musique de la messe est très belle. Après le Kyrie Eleison, le prêtre continue la messe, en Latin, puis un monsieur en civil fait un sermon en Hongrois, interminable qui nous fait fuir, un peu déçues.
Eglise Saint Nicolas (13ème siècle), fondée par les marchands allemands, était une église fortifiée. Bombardée le 9 mars 1944.
Les pierres tombales sont très grandes. Celle de Reinhold von Delwigi est étrange : le personnage semble endormi, une jambe repliée la seconde en l’air pas du tout dans la position d’un gisant. On l’imagine faisant la sieste sous un arbre. Ici aussi, comme dans la Cathédrale luthérienne de nombreux blasons ont été accrochés. Plusieurs retables sont exposés : l’un vient d’un atelier bruxellois, un autre représente la Passion et vient de Bruges (1515-1520), une troisième de Lübeck (1478-1481).
Le chef d’œuvre de l’église est la Danse Macabre
Sur un paysage de collines vertes reconnait une ville fortifiée avec des tours rondes coiffées de cônes pointus, des remparts – Tallinn ?? – Un évêque, un roi, une belle dame, un cardinal, un homme riche sont entraînés dans une farandole par des squelettes aux os noircis drapés dans leur linceul déchiré. L’un d’eux porte son cercueil, un autre, assis, joue de la flûte, le linceul enrubanné sur son crâne comme le turban d’une antillaise. Ces squelettes sont étrangement dansants tandis que les vivants sont statiques, consternés, les ecclésiastiques surtout font la grimace. En bas se déroule un parchemin en rouleau. Le fragment de Tallinn présente 13 figurines.
Un panneau fait la comparaison avec la Danse macabre de Lübeck qui a été copiée e, 1701 mais dont la copie a brûlé en 1942. Elle avait 49 personnages et se terminait par un bébé dans son berceau. Les 13 premiers sont pratiquement identiques. Le texte est daté de 1463. En 1464 Lübeck fut touchée par la Peste
Nous terminons la journée au Jardin botanique au bout de Pirita Tee
Martina, à cause de Saint Martin, celui qui a partagé son manteau. Franca indique une ville franche. En 1300 Philippe d’Anjou, prince de Tarente lui accorda des franchises. Martina Franca est distante de moins de 40km du gîte par la route d’ Alberobello dans les collines des trulli devenus familiers.
Les rues de la ville neuve sont occupées par le marché : débordement de melons jaunes et verts, de pastèques (angurie), caisses de toutes petites tomates bien rouges. Celles d’ici sont en grappe, plus rarement des olivettes. Haricots verts, aubergines violettes et blanches, poivrons verts, rouges et jaunes. Foisonnement de couleurs. Nous nous promettons d’y retourner après la visite touristique.
Nous entrons dans la vieille ville par une arche toute simple signalée par une plaque. A l’intérieur de la ville close c’est un dédale de ruelles et d’impasses. Maisons blanches comme à Ostuni en moins éblouissant, plus poussiéreux. Peut être l’éloignement de la mer ? En revanche les ornements des portes et des balcons sont un régal pour les yeux.
Les palazzi bordent la Via Mazzini. S. Vito dei Greci (XVème) s’ouvre par une porte à bossage en pointes de diamant surmonté d’une balustrade. En face, d’autres palais aux portes ouvragées aux fenêtres encadrées royalement, volutes baroques découpées et évidées toutes en courbes, ferronneries bombées compliquées. Certaines façades blanches sobres sont seulement soulignées d’une porte monumentale. Il faut être attentive à tous les détails. La belle église San Domenico est cachée derrière des bâches, grâce au Guide Bleu, je découvre les sirènes cachées de la corniche. A l’intérieur, une décoration de baldaquins et de drapés en l’honneur de Sainte Anne du 23 au 26 juillet, tissus bleu blanc et rouge du pire effet occultent les peintures et les fresques nautiques.
Nous arrivons rapidement au cœur de la vieille ville : la basilique S Martino sur la place du Plébiscite. Enorme édifice à façade baroque tardif (1747- 1775) finalement assez sobre par comparaison avec les églises de Lecce. Un haut relief au dessus du portail : Saint Martin partage son manteau. Je savais que saint Martin était un soldat romain. Je ne l’imaginais pas chevalier casqué fougueux découpant le manteau à l’épée.
L’intérieur de l’église est très clair, marbres et dorures, angelots. Finalement très élégant.
Au moment où nous quittons l’église, s’approche. Je suis un groupe de Français avec conférencière qui fait un subtil distinguo entre le baroque de Rome, ses fastes et ses pompes et le « barroquet » ou « barroquin » de Naples, plus proche de l’artisanat, insolent avec ses putti, petits garçons sexués plutôt qu’anges.
Saint martin! le soldat romain a gagné une armure!
Une très jolie place succède à la place du Plébiscite : bordée d’un côté par une colonnade en hémicycle occupée par des cafés. De là partent des rues étroites toujours bordées de palais magnifiques débordant de balcons en ferronnerie torsadée, de fenêtres encadrées de volutes élégantes,d’armoiries…Nous ne savons plus où donner de la tête.
La Via Vittore Emmanuelle II est bordée de boutiques proposant des soldes mirobolants. Je craque pour un panta-court bouffant avec des lacets partout : 8€. La formule panta-court me plait : pas de problème pour entrer dans les églises et se promener en ville, on a l’air habillé.
La Piazza Roma est triangulaire, un jardin public avec une fontaine ornée de dauphins en occupe le centre. Un côté de la place est occupé par le Palais Ducal immense bâtisse de 380 pièces construit en 1668 par Petracone Caracciolo. Un jeune homme se présente : il fait bénévolement visiter le palais aux étrangers. Petit cours d’architecture : le palais est maniériste. Le Maniérisme se distingue du Baroque par les lignes droites, les colonnes doriques, encadrement des fenêtres et des portes souligné par des cannelures verticales. A l’étage, deux enfilades de pièces : encadrements des portes doré très baroques. Dans la première salle série de portraits des ducs qui présentent toujours la même figure (celle du duc qui a construit le palais). Puis salle du confessionnal : le duc séduisait des jeunes filles et les tuait, genre Barbe bleue ! Puis la chapelle et des magnifiques fresques dans les trois salles suivantes à thèmes mythologiques ou bibliques.
Passé la Porte Saint Martin la grande place rectangulaire moderne relie la ville close à la ville moderne. Au Théâtre Verdi, l’Orchestre de la vallée d’Itriarépète toutes portes ouvertes à cause de la chaleur : Bellini, Montecchi et Capulete. Les cuivres sont près de la porte, plus loin les bois. J’ai l’impression d’être au milieu des musiciens. En face, chœurs de Verdi (un disque ? ou une répétition au Plais Ducal ?)Cette musique nous donne des envies de concert.
Pause dans un café luxueux devant l’arc de triomphe où Saint Martin est perché, se détachant sur le bleu du ciel. Je commande le granité de café qui me faisait très envie depuis notre arrivée en Italie. On l’apporte dans une très jolie coupe remplie à ras bord de ce sorbet au café très fort les morceaux de glace pilée donnent la consistance du granité. Sur la plage, j’avais essayé le granité de limone, chimique et trop acide venant des machines transparentes sur le comptoir des cafés et j’avais été déçue. Le cadre de la terrasse, le mobilier en fer forgé blanc, le joli parasol, tout contribue à rendre ce granité délicieux. Nous réservons des places pour le concert de jeudi soir : Farinelli Roi et Empereur.
collection de balcons!
Après midi sur le bord de la piscine. Il faut user de stratégie pour avoir deux chaises longues. On réserve les places avant le déjeuner, tout le monde fait ainsi, les imprévoyants n’ont plus qu’à étaler une serviette par terre au soleil tandis que les bateaux pneumatiques violets des enfants belges trônent sur des fauteuils ombragés. .J’ai trouvé le Monde ce matin, je me concentre dans ma lecture .
A 5heures, il est temps de partir à Egnazia pour visiter le site archéologique et pique-niquer avant le spectacle.
à 6h, quittant la route côtière pour un chemin de traverse, nous découvrons une masseria carrée, compacte, ornée de créneaux et de tourelles et de hautes cheminées carrées ressemblant à un château fort, orange dans la lumière du soleil déclinant. Derrière l’énorme portail fermé par des grilles, un chien dissuasif, on ne s’arrêtera pas !
Les oliviers sont énormes, centenaires, torturés, tortueux. Il semble qu’une main de géant les a empoignés et tordus. Certains troncs sont formés de plusieurs rejets comme des cordes tressées. D’autres sont creux, un vide sépare leurs racines comme deux jambes d’un monstrueux bipède. Têtards, troncs boursouflés, feuillage rare, hirsutes. D’autres croulent sous leur ramure déjàlourde de leur promesse de récolte.
Je m’installe sur une murette pour dessiner tout près d’une ferme abandonnée aux longs murs bas dont le crépi blanc s’efface.
olivier centenaire
Deux blocs nous font un banc pour le melon au jambon du dîner. Pique-nique parfait !
Nous y arrivons au site et musée d’Egnazia, au coucher du soleil – somptueux, belles photos. Il reste une heure pour découvrir la ville romaine sur la Via Trajana, ses rues son forum, l’amphithéâtre, les basiliques chrétiennes…
Déception ! Pas de théâtre antique ! Pas de vieux gradins de pierre ! Un podium de poutres métalliques, planches et toile installé au milieu d’une pelouse et des chaises en plastique, aucun rapport avec le spectacle Theodorakis vu à Césarée il y a si longtemps !
A 9heures, l’assistance n’est pas installée. Des élégantes en robes brillantes emperlousées aux savants brushings, sont debout dans l’allée centrale. On s’embrasse, on se congratule. Sur le podium les électriciens règlent les projos. A 9h3O, nous commençons à nous impatienter.
Pas d’orchestre, de la musique enregistrée. C’est un spectacle de danse. Danse moderne assez convenue. Pas d’audace chorégraphique. Une bonne technique, le spectacle est au point. La première partie présente des tangos sur une musique d’Astor Piazzola .
La deuxième est une espèce de pièce dansée autour du personnage de Zorba interprété par le danseur étoile Raffaele Paganini. Zorba va se marier, les jeunes filles brodent le voile de la fiancée qui s’élance à la poursuite de son amoureux. C’est très niais. Ensuite : scènes de danses masculines, seules référence à Zorba, puis des femmes en costume oriental. Un peu de couleur, cela s’améliore. Fin à 11heures et retour par l’autoroute Bari Brindisi en passant par Ostuni. Nous sommes un peu déçues
Pour le spectacle à Martina Franca, je décide de m’habiller : l’ensemble blanc très léger venant de Cuba est tout à fait adapté à la circonstance, le paréo pourra servir d’étole en cas de fraîcheur.
Le spectacle n’a pas lieu dans la cour du Palais Ducal comme nous le pensions mais dans le Cloître de l’église S. Domenico. Il nous faut traverser toute l’enfilade des places : la moderne grande et rectangulaire bordée de cafés et de boutiques chics, passer sous l’arc de triomphe, puis la triangulaire avec son bassin devant le Palais Ducal? enfin la place du Plébiscite et la basilique San Martino et la plus belle bordée d’arcades en hémicycle avant de trouver l’église dans les petites rues. La vieille ville est éclairée. Toute une foule se presse. A près de 9 heures du soir les boutiques sont encore ouvertes. La petite ville endormie le matin est débordante d’activité. Les gens sont habillés pour sortir, cafés et restaurants sont pleins. Il semble que toute la ville soit en fête.
Le cloître est très simple chaulé de blanc entouré de grosses colonnes au fût rond ou carré. Un piano à queue, des chaises alignées.
Farinelli Re e Imperatore est un récital : des pièces commençant à Monteverdi (Couronnement de Poppée), Vivaldi, Mozart, Meyerbeer et Rossini . Les interprètes portent en costume sombre : deux hommes : un contre-tenor binoclard et un sopraniste jeune a l’air très timide, une femme mezzo-soprano également vêtue d’un costume d’homme. Au premier morceau du sopraniste, on est un peu mal à l’aise, le chanteur déraille un peu. Je pense à une performance sportive plutôt qu’au plaisir du chant. A mesure que la soirée avance, je m’habitue cette voix inhabituelle, l’artiste prend confiance et je me laisse séduire. La soirée passe très vite, variété des morceaux, beauté du cloître. Le bis est une surprise : Massimo, le sopraniste, est caché sous une arcade du cloître. Ensuite le contre-ténor chante « j’ai perdu mon Eurydice » tout le monde est debout.
Je quitte à regret le cloître. Dans la rue, il y a toujours autant de monde, la plupart des magasins sont fermés mais restaurants et cafés sont pleins.
Sur les marches de la Basilique San Martino, des jeunes sont assis. Nous entrons. Les illuminations sont surprenantes : la lumière semble tomber des fausses fenêtres. Au dessus de l’autel, la statue d’un évêque (Saint Martin ?) est illuminée toute seule, c’est assez kitch. Finalement cet intérieur clair est très beau . Nous nous joignons à la passeggiatta, peu pressées de rentrer. Il fait si bon dehors. On revit après la chaleur de la journée. Dans toute la ville des groupes se tiennent, assis ou debout : des jeunes, des femmes qui tricotent, des vieux…Le thermomètre d’une pharmacie marque 30°C .
16h30, un concert doit avoir lieu à S Giaccomo. J’abandonne la visite de la Pinacothèque pour la musique. Erreur ! Il a lieu au Musée Civique Médiéval loin d’ici. En revanche une chorale répète dans l’oratoire de Sainte Cécile.
Dans le cloître des pianistes répètent le clavier bien tempéré.
Nous nous installons sur les stalles de l’oratoire, feignant d’admirer les fresques (vues ce matin) et profitons de la répétition. Au programme :
-Gaffurio : Stabat Mater
– Palestrina : Stabat Mater
– Buxtehude cantate WV75
Le groupe Heinrich Schütz se compose de 3 sopranos, 3 mezzo 2 altos et 7 hommes (ténors,) Le chef commence en voix de tête pour atteindre la tessiture de la mezzo qui continue.
On nous chasse avant la fin de Buxtehude. Si nous voulons entendre le concert il nous faudra revenir à 18heures et payer !
Sur la St. Maggiore se trouve le Musée et Bibliothèque de la Musique Piazza Rossini.(entrée libre). Très belles décoration en trompe l’œil, on voit la bibliothèque de Martini (un théoricien de la musique du 18ème avec nombreux livres et partitions, parmi elle,est ouverte une partition de Gaffurio chantée à l’Oratoire (1480)
J’avais prévu de visiter les collections du Musée Communal et le Musée Morandi qui se trouvent tous deux dans le Palaisd’Accursio, siège de l’Hôtel de Ville de Bologne sur la Piazza Maggiore .
Dans lacour,première surprise : une exposition-photo à l’occasion de lacommémoration de l’Unité Italienne « cristiani d’Italia » déroule l’histoire des évènements marquants de ces 150 ans sur une double banderole en rapport avec l’Eglise. En contre-point de Cristiani d’Italia, une autre exposition L’occhio di pais, d’un photographe de l’Unita offre un poi nt de vue décalé incluant les revendications des Femmes. Œil ironique quand il fixe en instantané un religieux qui parie au loto les chiffres de la mort du pape !
L’escalier est monumental, plutôt qu’un escalier, c’est un énorme plan incliné avec des languettes de pierre pour éviter de glisser. Autrefois les attelages pouvaient accéder au premier étage. Je passe devant la fameuse statue de Grégoire XIII, la papauté est présente à Bologne, ayant longtemps fait partie des Etats pontificaux.
A l’étage, une surprise : un concert gratuit.
–Cristofano Malvezzi : Sinfonia a6 intermedio della Pelegrina
–J.S. Bach : O Jesu Christ BWV118
–H.L. Hassler Verbum caro
–Antonio Caldara ; Stabat Mater
Il semble que le Stabat Mater soit de saison : cela fait le troisième que nous écoutons et tous les concerts annoncés par affiche pour la Semaine sainte « Au pied de la Croix » l’ont au programme (un clin d’œil au blog A saut et gambades qui chronique un ouvrage Stabat Mater mais il s’agit de littérature et non de musique.
La salle de concert a des dimensions imposantes, celles d’un palais du 15ème,peints à fresques avec d’imposants tableaux. Nous sommes assises dans les stalles. Dans le morceau de Malvezzi les cuivres résonnent dans la salle, 6 trombones. Puis les choristes prennent place, je reconnais le Bach mais Hassler et Caldara me sont inconnus.
pour le plaisir de partager la découverte d’un musicien que je ne connaissais pas : Caldara Madeleine au pied de la croix
Au deuxième rang, derrière les officiels, curés en civil noir et deux moines en aube blanche. Le spectacle est dans la coupole. Si les curés me cachent les musiciens j’aurais toujours les mosaïques à regarder !
En attendant que les musiciens ne prennent place, je détaille à la jumelle les paons et les colombes, les cailles et les hérons qui se promènent dans la verdure.
Je suis impressionnée d’écouter cette Passion sous les yeux grand ouverts de Théodora. Anachronisme ? Pas vraiment. Jérusalem estdessinée ici avec ses hautes murailles et ses tours ornées de pierres précieuses. Je ne trouve rien qui raconte la Passion dans cette église étrangement agreste, paradisiaque avec son Mont Sinaï verdoyant, Bethlehem et Jérusalem resplendissantes. Même le sacrifice d’Isaac est paisible.
Orchestre baroque avec instruments anciens : un petit orgue haut d’1.20m montre ses petits tuyaux. Serais-je capable de distinguer viole, des violons et viole de gambe, des violoncelles ?
Entre unhomme serré dans un manteau de laine noire, enveloppé dans une écharpe. Applaudi. Le chef ? Comment va-t-il diriger en manteau ? Il s’assied sagement devant les violons.
Le chef c’est Elena Sartori, mince nerveuse, moulée dans un fourreau blanc à manches longues en tissu précieux brodé, qui serre la main aux premiers violons. Le concert peut commencer. L’homme en noir est rejoint par un autre, en costume, cravate rouge, écharpe rouge : l’Evangéliste, le ténor Stefan Zelek. Plus tard arrivera untroisième homme (toujours écharpe), Pilate. Au premier rang juste devant moi, deux garons blonds joufflus, coiffés en pétard, boivent du Schweppes. La grincheuse en moi tique. La grincheuse a bien tort. Les jeunes garçons se retrouvent habillés en col marin debout derrière une colonne. Ce sont de jeunes solistes (14 et 16 ans) Alois Mulhbacher (soprano) et Fabian Killinger (contralto). L’homme en noir c’est Jésus, Andrea Mastroni. Il n’a pas le physique de l’emploi sa barbiche et ses sourcils effilés lui donnent une physionomie diabolique. Selon le programme, il a chanté Sarastro. Sa voix est magnifique. Peut être suis-je placée trop près ? Ce genre de réflexions est idiot !
Adolescente, je faisais hurler Bach sur le phono quand mes parents étaient en voyage. Je préparais d’énormes salades de poulet-crudité qui duraient toute la semaine, fumais des Peter Stuyvesant ou des Kool à la menthe, et écoutais en boucle la Passion selon saint Mathieu. Mais je n’avais jamais assisté à une Passion en concert.
C’est donc une expérience neuve que de suivre mot à mot le spectacle (sous les yeux de Théodora). Je n’avais jamais pensé à une telle théâtralité dans l’intervention des solistes et des chœurs. Non pas une musique d’ensemble, mais chaque protagoniste joue un véritable rôle . Le programme qui comporte le texte intégral m’a été d’une grande aide. Je ne comprends pas l’Allemand chanté mais je le lis. J’oublie que je suis au concert. On me raconte une histoire. Certes, elle n’est pas neuve et j’en connais le dénouement. Je la découvre comme une première fois.
La chef d’orchestre danse presque en dirigeant. Elle sourit aux jeunes garçons et les encourage de la voix. Elle découpe l’œuvre en scènes, ménage des silences, disparaît dans le déambulatoire, impose la voix des bois cachés derrière les violons. Le procès de Jésus occupe la majeure partie de cette Passion. Pilate (Carlo Borrarelli) est parfait. Modeste, il quittera le devant de la scène pour se joindre aux chœurs.
Les enfants viendront clore le récit « Tot ! Denn Jesu est tot… » Tandis que le chœur apaise « Ruht wohl. »
J’avais bu un cappuccino pour ne pas m’endormir, il aura été bien inutile !
Quand je rentre, notre palais est illuminé. Du lit je reconstitue les motifs de la fresque à moitié effacée au plafond, je découvre que les candélabres sont en feuillage portant de minuscules fleurettes. J’ai envie de prolonger encore cette soirée.