Patrick Zachmann est un photographe français né à Choisy-le-Roi en 1955, fils d’un juif polonais et d’une mère séfarade d’origine algérienne.
« Je suis devenu photographe parce que je n’ai pas de mémoire » – ai-je copié au début de l’exposition.
« Est-on juif quand on ignore sa religion et sa culture? »
Pour tenter de répondre à cette question, le photographe va se lancer dans une enquête d’identité.
Il photographie d’abord les Juifs portant l’identité la plus visible, les Loubavitch, porteurs de barbes et de chapeaux, dans leurs réunions et leurs fêtes. En 1981, à Jérusalem au Rassemblement des Rescapés de la Shoah, il fait leur portrait avec leur matricule tatoué. Enfin, il prend pour sujet des Juifs français plus anonymes, plus discrets : les linotypistes du journal yiddisch Naye Press, les commerçants du Sentier dans leurs boutiques, les musiciens, un psychanalyste, des ashkénazes se retrouvant aux Buttes Chaumont, des bals communautaires….
Ce n’est qu’après la publication de son livre Enquête d’identité qu’il abordera avec son père l’histoire familiale, histoire triste puisque ses grands parents furent déportés et sont morts à Auschwitz ; il en fera un film : La mémoire de mon père dont la musique Klezmer accompagne nos pas dans l’exposition.
Les voyages de mémoire conduiront le photojournaliste en Afrique du Sud, à la libération de Mandela, au Chili, sur les traces disparues des victimes de Pinochet, au Rwanda où il fait le portrait des victimes tutsis.
D’impressionnantes photos panoramiques enneigées d’ Auschwitz font face à celle de Drancy où rien ne rappelle le passé.
Bouclant sa quête d’identité, Zachmann fait le voyage à l’envers à la recherche des origines de sa mère en Algérie et au Maroc où il retrouve les lieux et les synagogues, transformées en mosquées. Cette traversée de la Méditerranée est aussi le sujet d’un film Mare Mater où il interroge sa mère mais aussi les mères des migrants, restées au pays tandis que leurs fils ont pris tous les risques dans des traversées dangereuses. Témoignage de la mère, des migrants mais aussi de la séparation douloureuse de la mère et du fils.
Tout à fait pédagogique avec des repères chronologiques très clairs, des cartes si nécessaires, et surtout un récit intégrant les données nombreuses d’une histoire complexe.
Nous feuilletons l’album-photos d’une famille sans rester dans l’anecdote d’un récit familial. Le complexe politique est parfaitement expliqué. Cette histoire est riche, j’en ignorais de nombreux évènements. j’ai retrouvé avec plaisir de nombreux personnages comme Jean Daniel, jacques Derrida, ou Camus.
L’histoire des Juifs d’Algérie s’inscrit aussi dans la lutte pour l’Indépendance de l’Algérie qui est aussi évoquée.
La fin est bien sûr l’exil. L’installation à Sarcelles est graphique (dans le sens de photogénique) .
Dès que j’ai vu l’affiche du film de Desplechin d’après le livre de Philip Roth qui est un de mes écrivains favoris je me suis précipitée pour télécharger le livre .
Surprise : des dialogues se succèdent ; les interlocuteurs ne sont pas identifiés (une initiale m’aurait suffi). Il me faut au moins un chapitre pour comprendre que Philip Roth converse avec plusieurs femmes (séparément) , propos intimes, parfois répétitifs. L’auteur n’a même pas pris le soin de paraître sous son alias Nathan Zuckermann comme souvent.
Je n’arrive pas à identifier les diverses partenaires, femme actuelle, ex-, étudiante, maîtresse actuelle. Reviennent des phrases banales, « tu as maigri » ou « grossi« , les comptes-rendus tout aussi prosaïques de rendez-vous chez le médecin, l’avocat, le psy…les doléances de la femme lassée de son mari, celle qui n’a plus d’orgasme. Je devine que ces conversations se déroulent en divers lieux, New York, Newark, Londres, Prague, encore là je me perds. Au bout d’une cinquantaine de pages de platitudes, j’ai envie d’abandonner. Ma PAL est remplie, à quoi bon continuer? Mais il y a ce film qui va sortir : ma curiosité est aiguisée. Que va faire Despléchin? quelle femme jouera Lea Seydoux et Emmanuelle Devos?
Mais je ne quitte pas comme cela la compagnie de Philip Roth! J’aime son humour juif. Ses obsessions (l’antisémitisme, la culture juive, l’esprit Mitteleuropa transplanté aux USA) me sont familières. J’ai envie de savoir où il veut en venir parce que c’est un grand écrivain et qu’il n’a pas commis ce roman sans but. Et tranquillement, je lis les 150 pages suivantes avec plaisir, pour arriver à la conclusion qui est encore une réflexion sur l’écriture.
« Il n’a pas écrit un seul de ses livres. Ils ont été écrits par toute une série de maîtresses. J’ai écrit les deux derniers et demi. Et même ces notes qu’il a ajoutées de sa main l’ont été sous ma dictée.”
Tromperie est sorti en 1990. Comment serait-il accueilli aujourd’hui à l’ère de Metoo ? Il est tout à fait politiquement incorrect. L’auteur avoue sans complexe avoir couché avec ses étudiantes, pas abusé, elles étaient majeures et consentantes, mais sous l’influence de l’autorité du professeur. Ce serait-il acceptable de nos jours? Il est aussi terriblement macho, limite raciste quand il parle de l’amant noir de la femme de son ami. N’est-il pas simplement provocateur? Est-ce qu’il teste les limites de la censure? De la tolérance des bien-pensants de gauche (avec Israël), de celle des grands bourgeois londoniens vis à vis des juifs?
Tromperie n’est pas du calibre des grands romans de l’auteur que j’ai tant aimé. Ou peut être plus dans l’esprit du temps.
Mais tu ne peux pas… Tu ne peux pas avoir ainsi simultanément une vie imaginaire et une vie réelle. Et c’était probablement la vie imaginaire que tu avais avec moi et la vie réelle que tu avais avec elle. Écoute, il est impossible de noter de cette façon tout ce que dit quelqu’un.
« Il s’appelle Yossef Hayim Brenner. Il est né en 1881 à Novy Mlini, à la frontière entre la Russie et la Biélorussie.
Il est avec H. N. Bialik et S. Y. Agnon l’un des trois grands écrivains fondateurs de l’hébreu contemporain, et sans doute le plus audacieux. Sa vie est brève, il meurt assassiné lors d’émeutes arabes à Jaffa en 1921. »
Rosie Pinhas Delpuech raconte la vie de Brenner mais cette biographie, trame du livre, est entrelacée par une réflexion sur la langue hébraïque. L’auteure, traductrice de l’hébreu, s’implique personnellement dans la narration ; elle nous fait entendre l’hébreu actuel, le Brouhaha d’un autobus déchiffrant les accents, les langues qui se mêlent.
« Dans mon métier – je suis transporteuse de langues –, les vacances sont rares, nous mettons longtemps à transporter notre cargaison de mots d’une rive à une autre,
[…] Pourquoi cette langue, l’hébreu, pourquoi ça ne me lâche pas, pourquoi ce livre sur un écrivain que je ne parviens même pas à lire, ni à traduire, mais autour duquel je tourne depuis des années ? »
Avant d’être la langue de la vie de tous les jours en Israël, l’hébreu était la langue de la religion et le retour à la Bible est une évidence. Les références anciennes, au personnage de Moïse, le bègue traversent le récit.
L’auteure situe le personnage de Brenner dans son contexte, écrivain juif russe, exilé à Londres arrivant à Whitechapel. Brenner écrit en hébreu, ce n’est pas une évidence à l’époque, le yiddish est beaucoup plus pratiqué alors, en hébreu manquent encore des vocables de la vie quotidienne, cependant. D’autres alternatives existent comme l’Espéranto ou lz langue du pays de résidence, allemand, russe, anglais….
« Comme si, à l’orée du XXe siècle, le peuple juif laborieux, ouvrier, se découvrait non seulement sans terre et sans abri, mais dans une détresse linguistique semblable à une détresse respiratoire. »
Whitechapel est le quartier des pauvres. Brenners’installe en même temps que Jack London. De quelques semaines d’expérience, London rapporte Le Peuple de l’Abîme. Brenners’installera le 2 avril 1904 parmi les juifs démunis travaillant dans les sweatshops pour des salaires dérisoires provoquant le rejet et l’antisémitisme des ouvriers locaux qui voient en eux des immigrés gâchant les conditions de travail.
Même si les conditions de vie sont misérables, des journaux circulent parmi les juifs. Dès 1976, Aaron Libermanfonde avec dix ouvriers dont quatre imprimeurs l’Union des Socialistes hébraïques, en 1884 un journal rédigé en yiddish est destiné au public ouvrier; en 1885, paraît l’Arbeter Fraynt de tendance anarchiste et yiddishisant . On croise un personnage singulier Rudolf Rocker, catholique allemand qui épouse le destin des anarchistes juifs et devient directeur de l‘Arbeter Fraynt. Brenner s’installe au dessus du local de l’imprimeur Narodiski et apprend le métier de typographe. Brenner raconte ce monde des petits journaux dans son roman Dans la détresse . Il crée une revue littéraire en hébreu qui a des abonnés en Europe et en Amérique. Malgré l’aspect artisanal de sa fabrication Brenner est célèbre. Lorsque Freud est de passage à Londres, ils se donnent rendez-vous devant les dessins de Rembrandt. Et encore, en filigrane, apparaît le personnage de Moïse,
Rembrandt : le festin de Balthazar
« Dieu écrit directement avec son doigt, comme un artisan, et rien ne m’intrigue autant depuis mon enfance que ce doigt de Dieu qui montre une direction, qui écrit. Rembrandt le peint dans Le Festin de Balthazar, »
J’ai adoré cet entrelac d’histoire et d’exégèse de la Bible alors que justement la renaissance de l’Hébreu se veut laïque
Faire renaître un hébreu simple, encore gauche, détaché de son contexte religieux, ancré dans la réalité prosaïque
de l’humain. La langue, toute langue, ne peut qu’être humaine, ramassée dans la poussière et la sueur de la rue.
Brenner quitte Londres en 1908, passe à Lembergune année, hésite entre Ellis Island et la Palestine. Il accoste en février 1909 à Haïfa.
Commence alors une nouvelle histoire, celle de la Seconde Aliya, celle des coopératives agricoles, des communautés ouvrières. L’hébreu est alors la langue quotidienne, de Hedera au Lac de Tibériade, il n’existe pas toujours de mots pour désigner les choses. l’hébreu est façonné par des eshkenazes, L’écrivaine note
Il faudra aussi l’éclatement de l’utopie cinq ans plus tard, en 1967, pour que l’espace se fissure et que par
l’interstice s’engouffre l’arabe palestinien
Cette irruption de l’arabe remet en circulation l’ « l’arabe honteux des juifs orientaux » . La traductrice ne se lasse pas d’interroger l’évolution de la langue, et j’apprécie ses digressions
Brenner aboutit dans une cité-jardin Ein Ganim et vit dans une communauté laïque
Il se lie d’amitié avec deux grandes figures fondatrices du sionisme socialiste : A. D. Gordon et Berl Katznelson.
Elle note que sur le sionisme ils sont lucides
Herzl s’est trompé, ce n’est pas une terre sans peuple pour un peuple sans terre. Il y a des habitants, ici, les Arabes, ils tiennent à cet endroit.
Le 1er mai 1921, les ouvriers juifs défilent avec des drapeaux rouges, la population arabe réagit, c’est une journée sanglante
Brenner succombera, victime des journées d’émeutes.
Merci à Aifelle de m’avoir signalé ce livre qui traite de trois sujets que je poursuis : l’histoire du peuple juif, l’hébreu et le rapport de la traductrice à la langue.
Personnellement, j’aurais mis 5* sur Babélio mais peut être suis-je trop subjective!
« Il y a deux sortes de pitié. L’une, molle et sentimentale, qui n’est en réalité que l’impatience du cœur de se débarrasser au plus vite de la pénible émotion qui vous étreint devant la souffrance d’autrui, cette pitié qui n’est pas du tout la compassion, mais un mouvement instinctif de défense de l’âme contre la souffrance étrangère. Et l’autre, la seule qui compte, la pitié non sentimentale mais créatrice, qui sait ce qu’elle veut et est décidée à persévérer avec patience et tolérance jusqu’à l’extrême limite de ses forces, et même au-delà. C’est seulement quand on va jusqu’au bout, quand on a la patience d’y aller qu’on peut venir en aide aux autres. C’est seulement quand on se sacrifie et seulement alors…
Je poursuis, et toujours avec autant de bonheur, la lecture de Zweig initiée par les Feuilles Allemandes de Et si on bouquinait et Passage à l’Est.Les mêmes proposant des lectures communes Autour du Handicap, La Pitié dangereuse peut figurer dans ces deux challenges.
Golovien : paysage pavlosk
En 1938, lorsque les bruits de bottes se font entendre, l’auteur rencontre un « héros » de la Première Guerre mondiale qui lui confie son histoire : jeune lieutenant pauvre, dans une ville de garnison, il se fait inviter au château . Ebloui par la richesse, dans l’ivresse de la fête, sans se rendre compte que la fille de la maison est paralysée, il l’invite à danser. Voulant réparer cette bévue, il revient s’excuser auprès de la jeune fille et devient un familier de la maison et lui tient compagnie. Naïf et inexpérimenté, il ne se rend pas compte de la passion que la jeune fille va ressentir. Il n’ a jamais imaginé qu’une jeune paralysée puisse éprouver les mêmes sentiments que n’importe quelle femme. Point de désir ou de séduction, à la place de la pitié. Cette pitié occupe le jeune homme:
« chaud jaillissement de l’intérieur, cette vague de pitié douloureuse, épuisante et excitante à la fois, qui s’empare de moi dès que je songe au malheur de la jeune fille. »
La vie militaire se résume à une routine d’exercices, de camaraderie et de cartes au café qui ne contente pas le jeune lieutenant, trop modeste pour se payer le voyage jusqu’à Vienne. Absurdité de ces manœuvres qui n’ont guère de sens pour lui. En revanche son rôle auprès de la jeune handicapée donne un sens à sa vie.
« Tout ce que je comprenais, c’était que j’étais sorti du cercle solide où j’avais mené jusqu’alors une vie calme et tranquille, et que je pénétrais dans une zone nouvelle, passionnante et inquiétante à la fois, comme tout ce qui est nouveau. Je voyais ouvert devant moi un abîme du sentiment qui m’attirait étrangement, »
La pitié s’adresse à la jeune fille mais aussi à son père, cardiaque, fragile, émouvant. Le jeune homme passez par des phases d’exaltation à des moments dépressifs quand il se sent piégé par des responsabilités qu’il n’a jamais souhaitées.
« Ce soir-là, j’étais Dieu. J’avais apaisé les eaux de l’inquiétude et chassé de ces cœurs l’obscurité. Mais en moi- même aussi j’avais banni la crainte, mon âme était calme comme jamais elle ne l’avait été […]
Pourtant à la fin de la soirée, lorsque je me levai de table, une légère tristesse s’empara de moi, la tristesse éternelle de Dieu le septième jour, lorsqu’il eut terminé son œuvre – et cette mélancolie se refléta sur tous les visages. Le moment de la séparation était venu. Nous étions tous étrangement émus, comme si nous savions que quelque chose d’unique prenait fin, »
Mais cette pitié est aussi humiliante pour Edith qui veut être aimée et non l’objet de pitié. Elle se rebelle, passe par des crises très éprouvantes.
« Je ne veux pas que vous vous croyiez obligé de me servir ma portion quotidienne de pitié, je me fiche pas mal de
votre pitié – une fois pour toutes, je m’en passe »
Zweig analyse tous ces sentiments avec une grande finesse. Merveilleux conteur, il va faire surgir des personnages complexes : le père, le médecin, le colonel. Il décrit aussi l’Empire à la veille de son écroulement avec les nuances des classes sociales et les rapports entre aristocrates et bourgeois : en filigrane, mépris et antisémitisme.
La Céramique dans tous ses états, du Néolithique à nos jours! Poteries, sculptures, plats ou même débris dialoguent au fil des salles, au mépris de la chronologie et de la géographie. Pièces d’anonymes ou des grands maîtres, de Gauguin, Dufy ou Duchamps, il y a même une prothèse de hanche!
Trois thématiques : Techniques, Usages et Messages.
Figure féminine néolithique Fort Herrouard France -4500/3500 avant notre ère-
Ce classement permet à une figure féminine du Néolithique de voisiner avec Ariane endormiede Chirico.
Des vidéos et des installations montrent le travail au tour, aux colombins, l’émaillage, la cuisson
Sont-ils des fours?
Un grand extrait du film les Contes de la lune vague après la pluie – Mizoguchi1953
Marguerite Wildenhein Vase Visage
Usages : cette section permet de présenter les objets sous trois rubriques : utilitaire, artistique, rituel .
Carol McNicoll (UK) Pile Up
Ces vases sont très séduisants, amusants.
Enzo mari – fatti a mano /SamosNicole Giroud – Fontaine Textile et porcelaine
Certaines mettent en œuvre des techniques audacieuses comme ce mélange de textiles et d’argile, les tissus disparaissant à la cuisson.
Certains ont été signés par des noms célèbres :
jardin d’appartement – Raoul DufyVase à deux ouvertures – GauguinSeraphin Boudbinine Russie : Vide poche
Du côté des objets rituels certains sont de toute beauté, carreaux d’Iznik,
Statuette funéraires chinoises dynastie Tang
Ces chinoises pourraient donner la réplique à mes tanagras préférées….
Messages est la dernière section de l’exposition. Dans les tendances contemporaines le style Sloppy: ( négligé volontaire et esthétique du difforme) ne m’a pas convaincue après avoir vu tant de beaux objets.
jean Luc Verna : Vase misère
U n dernier aspect est le message politique « dire c’est faire » ou son corollaire« faire c’est dire »
Choisir la céramique signerait un engagement politique, une production raisonnée, écologiquement responsable, d’une part, mais le « fait main » peut aussi être une position réactionnaire et conservatrice.
L’exposition se termine par des œuvres du Trans féminisme Camp & queer. Je n’ai pas pu illustrer tous les aspects! A vous de les découvrir cette exposition est vraiment très riche.
Il fut difficile de trouver un livre pour nous accompagner au Costa Rica! Arte, dans ses invitations au voyage, nous a fait rencontrer l’auteur costaricien Daniel Quiros qui présentait son livre Eté rouge.
C’est un roman policier qui se déroule au Guacanaste – province située entre la Côte Pacifique et la frontière du Nicaragua. Le Guacanaste est aussi un arbre Enterolobium cyclocarpum de la famille des Mimosacées, Fabacées dont le port est spectaculaire.
la route vers Libéria
Daniel Quiros évoque la Révolution Sandiniste, les Contras et les actions de la CIA écornant la neutralité du Costa Rica, très fier d’être un état sans armée, mais très proche du théâtre des combats. Don Chepe, le détective est un ancien guérillero. La victime du meurtre, une Argentine qui a aussi été active dans ces luttes, au Nicaragua et en Argentine. Cet aspect historique est extrêmement intéressant, quoique difficile à suivre pour moi. Heureusement, je lis avec mon téléphone intelligent qui me rafraîchit la mémoire.
Autre sujet abordé : le développement du tourisme de masse sur la Côte Pacifique, et l’urbanisation de la station de Tamarindo avecson cortège denuisances et la banalisation des lieux.
En revanche, l’intrigue du polar démarre très doucement : chaleur, poussière, ennui dans ce village où la seule occupation semble de s’asseoir au bar et d’écluser des bières. El Gato, le policier, dort. L’enquête traîne. Le roman ne s’anime que plus tard. Amateurs de thrillers, il faudra être patient! Quand on aura compris que l’attentat de La Cruz contre Eden Pastora a vraiment eu lieu en 1984, que ce dernier « Commandante Cero » a été une personnalité de premier plan dans l’histoire de l’Amérique Centrale (Nicaragua et Costa Rica) , on suivra avec intérêt le déroulement de l’enquête.
exposition temporaire du 16 décembre au 11 janvier 2022
Anselm Kiefer
Monumental! Impressionnant! Colossal!
Dans l’espace vaste du Grand Palais éphémère : des tableaux de très grands formats, un avion, une installation Arsenal rangement, magasin d’accessoires(?) . Il fait très sombre sous la halle éclairée seulement par quelques spots, comme un ciel étoilé.
Le Grand Palais éphémère et les tableaux de Kiefer. les personnages donnent l’échelle
De très grands tableaux posés sur des roulettes, le plus souvent adossés deux à deux, semblent écraser le visiteur. Aucun parcours balisé. Il y a bien un plan, mais difficile à lire dans la pénombre. Pas de titre ni de cartel. Au spectateur de se débrouiller, de déambuler, de faire son idée.
Irrenäpfe – Gamelles de fous
Devant ces œuvres impressionnantes, nous peinons à trouver le mode d’emploi.
les pierres claires – j’ai photographié la photographe pour donner l’échelle.
Sur certains, Anselm Kiefer,a recopié à la craie un (des) poème de Celan, comme sur le tableau noir de l’école. Je cherche une traduction ; mon Allemand du lycée, bien rouillé, me permet de reconnaître des mots (pas tous) mais pas d’apprécier la poésie, le sens des paroles. Je ne suis pas seule dans l’embarras, d’autres visiteurs font la même démarche . Et miracle qui n’arrive jamais dans une exposition à Paris ! Nous nous consultons : » à quoi correspondrait ce mot? que comprenez- vous? « . Nous reconnaissons des expressions récurrentes : Cendres, pierres neige, poussière…. univers sombre et froid qui nous renvoie à des images de l’Holocauste.
Für Paul Celan Geheimnis der Farne – Le secret des Fougères
Les fougères suggèrent ces forêts allemandes, le plasticien les a incorporées au tableau, les a dorées. Neiges et fougères. Au bas d’un autre tableau, je découvre dans les fougères la tourelle d’un char
cachés dans les fougères : les canons
Une dame a vu ma photo, elle commente. Si écrasés par la monumentalité de l’œuvre, nous échangeons nos trouvailles, analysons ensemble les surfaces, les objets incorporés…nous déchiffrons à plusieurs ce qui nous semble être des symboles.
Denk dir – die Moorensoldaten – soldats ou fantômes? au centre de la spirale (galaxie) un caddie plein de pierres carbonisées – menace?
Dans ma déambulation, j’imagine un langage de symboles pour comprendre les tableaux (peut-être suis-je complètement égarés?)
madame de Staël : de l’Allemagne
Piqués dans un bunker : des pavots, je retrouve ailleurs ces pavots (Mohn) graine du sommeil, de l’oubli tandis que toute l’œuvre convoque la mémoire. Dans l‘Arsenal, il y en a des stocks, pour des œuvres ultérieures?
Arsenal
cet Arsenal n’est pas une réserve mais une installation à part entière avec ces robes pétrifiées symbolisant la Shekhina. Dans le podcast de Frace Culture, la Grande Table, le plasticien rappelle d’autres traditions juives, la kabbale, le Golem…
Etrange installation que cet avion recouvert de plomb. Oxymores que cet avion de plomb, et ces pavots de la mémoire.
Je suis attirée par des détails, j’ai envie d’entrer dans l’intimité des surfaces, et en même temps, je me sens oppressée par ces œuvres sombres présentées dans le noir. Une heure après être entrée je fuis à la sauvette, besoin de respirer à l’air libre!
Abdulrazak Gurnah est le lauréat du Prix Nobel de littérature 2021 . Parfait inconnu des lecteurs francophones puisque ses livres n’étaient pas disponibles en Français, épuisés. Depuis, ils ont été réédités en urgence. J’ai commandé Paradise sur ma liseuse Kindle. La lecture électronique est facilitée par les 5 dictionnaires intégrés gratuitement. Plaisir de la lecture en version originale. Le style de Abdelrazak Gurnahest fluide sans aucun piège spécial et la lecture aisée. De plus, les livres en anglais sont bien meilleurs marché.
Leyli-et-Majnun
Le Paradis pour Yusuf, enfant c’est un jardin enclos dans des murs à Dar es Salam où coulent des ruisseaux, où des arbres fruitiers donnent fleurs et fruits, grenades, oranges, amandes…., où des petits miroirs reflètent les fleurs, où s’élèvent les chants des oiseaux et celui d’une femme.
‘Isn’t it pleasant to think that Paradise will be like this?’ Hamid asked, speaking softly into the night air which was full of the sound of water. ‘Waterfalls that are more beautiful than anything we can imagine. Even more beautiful than this one, if you can imagine that, Yusuf. Did you know that is where all earthly waters have their source? The four rivers of Paradise. They run in different directions, north south east west, dividing God’s garden into quarters. And there is water everywhere. Under the pavilions, by the orchards, running down terraces, alongside the walks by the woods.' »
Le Paradis pour Yusuf adolescent, c’est une cascade dans la montagne dans une végétation luxuriante – Paradis où règne un colon européen qui chasse les intrus – Le Paradis, les jardins d’Hérat, dans le récit d’un voyageur…
Le Paradis, c’est l’Afrique de l’Est avant la colonisation britannique, mosaïque de cultures et de peuplement. Traversée de la Tanzaniepar la caravane des marchands arabes ou omanais, « sauvages » aux corps peints de rouge – probablement masaïs, commerçants indiens, pêcheurs des Grands Lacs, quelques aventuriers européens…La colonisation allemande se met en place, le commerce des caravanes commence à être entravé, et la mobilisation pour la Grande Guerre mettra fin à une époque.
Le Paradis , c’est un conte oriental. L’enfant Yusuf, illettré, est sensible aux récit des conteurs, il se souvient des contes de sa mère, il boit les paroles des anciens. Son monde et ses rêves sont peuplés de créatures étranges, d’hommes-loups, de djinns, d’afrits, de chiens menaçants. Ses rêves rappellent ceux de Joseph, son homonyme qui a sauvé l’Egypte de la famine. Conte d’une caravane avançant avec tambours et trompettes avec à sa tête l’altier Oncle Azziz et ses séides qui commandent aux porteurs. Il y a aussi une Maîtresse recluse, une fille de roi amoureuse, une orpheline à sauver….
Le Paradis, c’est un roman d’apprentissage : Yusuf est retiré à ses parents alors qu’il est encore enfant, enfant-otage des dettes de son père, enfant-esclave? On va croiser d’autres enfants de cette traite, d’un esclavage qui ne dit pas son nom. Yusuf en apprentissage du métier de commerçant, dans la boutique de son maître, puis dans un entrepôt, enfin en expédition quand il arrive vers l’âge adulte. Au cours de ses tribulations il va apprendre à lire le Coran (alors qu’il ne comprend pas l’arabe), des rudiments d’anglais avec un indien un peu mécanicien, un peu trafiquant…
Yusuf est un beau personnage qui traverse un monde souvent cruel. A côté du paradis, il verra un peu de l’Enfer sur terre mais n’en concevra pas d’amertume. Et le lecteur le suivra émerveillé.