Et ils ont traversé plusieurs villages aussi, – villages basques, groupés tous autour de ces deux choses qui en sont le cœur et qui en symbolisent la vie : l’église et le jeu de paume. Çà et là, ils ont frappé à des portes de maisons isolées, maisons hautes et grandes, soigneusement blanchies à la chaux, avec des auvents verts, et des balcons de bois où sèchent au dernier soleil des chapelets de piments rouges….
Arrue
J’aurais dû lire Ramuntcho avant notre départ pour Cambo-les-Bains ou encore mieux sur place. Pierre Loti nous a souvent servi de guide : à Istanbul, Philae, au Maroc…et plus récemment en Islande. Nous aurions visité le pays Basque avec un autre regard, aurions imaginé Ramuntcho, Gracieuse et ses amis à l’église, sur la place jouant à la pelote. Nous aurions imaginé les contrebandiers traversant en silence de nuit la Bidassoa. Surtout nous aurions visité son village Etchézar- Sare en réalité et la Rhune qu’il appelle Gizune.
Lire Ramuntcho au retour a été un plaisir de retrouver ce que nous avons découvert. Dans la première partie Loti décrit le pays basque sous un aspect idyllique : belles maisons basques pittoresques, presque trop à mon goût.
Contrebandier et joueur de pelote, deux choses d’ailleurs qui vont bien ensemble et qui sont basqueses sentiellement.
Ramuntcho, contrebandier et pelotari, est un tout jeune homme de 16 ans, amoureux et aimé de retour, tout lui sourit. Je soupçonne que le décor est trop beau pour être vrai, idéalisé, peut-être factice, tout au moins folklorique avec les poncifs qu’on réserve aux touristes. Une année enchantée passe où les adolescents se découvrent, se rencontrent, se fiancent…Occasion pour l’auteur de décrire les fleurs qui se succèdent, les douces chaleurs du printemps, les pluies nourricières. La vie du village, les fêtes, les tournois de pelote sont autant d’occasions joyeuses.
Les aventures des contrebandiers dans la nature ou sur la Bidassoa sont haletantes
Partis à pied, avec des précautions infinies de silence, par des ravins, par des bois, par de dangereux gués de rivière, ils s’en revenaient comme des gens n’ayant jamais rien eu à cacher à personne, en traversant la Bidassoa, au matin pur, dans une barque de Fontarabie louée sous la barbe des douaniers d’Espagne. Tout l’amas de montagnes et de nuages,
Fontarrabie de l’autre côté de la Bidassoa et les rameurs
Deux fois par jour le flot marin revient emplir ce lit plat ; alors, entre la France et l’Espagne, on dirait un lac, une charmante petite mer où courent de minuscules vagues bleues, et les barques flottent, les barques vont vite ; les bateliers chantent leurs airs des vieux temps, qu’accompagnent le grincement et les heurts des avirons cadencés.
Ramuntcho part soldat pour trois ans, son retour sera tragique. La nature est toujours aussi belle mais moins riante. Le roman gagne en profondeur.
PS : en cherchant des illustrations pour le texte j’ai découvert le peintre Ramiro Arrue.
Pique-nique sous un soleil radieux au port de Royan devant la capitainerie de la marina. Vérifions les horaires du bac que nous prendrons demain.
les carrelets de la falaise de Vallières (Saint Georges de Didonne)
Tout est fermé. Je longe la grande plage découverte à marée basse. Le sable est jonché de coquilles d’huitres tout en longueur par endroit. Après trois quarts d’heures de promenade j’arrive aux falaises de Vallièresà Saint Georges de Didonne : trois carrelets entre les piliers de pierre. Des rochers bas arrondis sont couverts d’algues. Les falaises sont pleines de fossiles, qu’ai-je donc fait de mon marteau de géologue ?
Le front de mer entre Saint Georges et Royan est bordé de très belles villas à tourelles pointue, façades chargées de stucs ou alternent briques et pierres. Mais impression d’hétérogénéité car des immeubles disgracieux alternent avec les villas. Il y a même une sorte de tour de plus de dix étages.
Plus loin autour de la grande église de béton, le front de mer est formé de barres horizontales arrondies homogène, ensemble harmonieux.
Notre hôtel est très calme, jolie maison blanche cubique construite dans les années 50, derrière une cour gravillonnée qui sert de parking.
Samedi 6 mars : de Royan à Halsou
Le bac pour le Verdon est à 10h15. Nous arrivons une heure trop tôt, sous un soleil radieux et un vent frisquet. Un ascenseur permet aux handicapés de se rendre sur le pontet de profiter d’une croisière sur la Gironde. L’eau a une teinte café au lait. Des vaguelettes agitent la surface. Le phare de Cordouan est visible de loin sur l’horizon. Un peu moins d’une demi-heure. Un prologue agréable à la deuxième partie du voyage.
Phare du Verdon à la Pointe de Graves
Arrêt au pied du phare du Verdon (musée fermé pour cause de Covid).
Le trajet : D. 1215 de Bordeaux, route des Lacs (D101)à travers la forêt des Landes, autoroute A63.
Nous traversons d’abord des zones humides très plates, prairies avec des vaches, fossés remplis d’eau, roseaux. A Soulac, nous entrons dans la forêt de pins. De temps en temps on observe des mimosas en fleurs magnifiques, non pas des arbustes mais de grands arbres.
Courses à Hourtin sur une très grande place, immense pour un village. Au centre, une église de pierre gothique mais plutôt laide. De part et d’autre de beaux bâtiments de brique et pierre chargés de stucs. La mairie est très belle, surtout vue par derrière. Les commerces sont alignés autour de la place.
Nous continuons la Route des Lacs par Carcanset Lacanau par des pinèdes avec des ajoncs jaunes entre les rangées de pins. Certaines parcelles ont été labourées, les souches sont entassées. D’autres sont plantées de très jeunes plants alignés. On pense plus à des champs de maïs qu’à une forêt. Le long de la route on observe des feuillus (défeuillés en cette saison), d’autres sont dispersés dans les « champs de pins ». Les maisons sont toutes basses dans des enclos très vastes. Ce n’est pas l’espace qui manque ! Mimosas, cognassiers du Japon, prunus roses et magnolias rose très soutenu, presque pourpres égaient les villages.
A l’entrée de Lacanau, nous quittons la route des Lacs pour rejoindre l’autoroute A63 que nous trouvons après Marcheprime.
Sur l’A63, file de camions, souvent espagnols ou portugais. Ils circulent en caravanes, un véritable train continu occupant la file de droite et même sur celle du milieu. Les nuages sont arrivés. Le trajet est beaucoup moins agréable. Voyager sur autoroute me fait penser au voyage en avion, pratique pour aller d’un point A à un point B, entre les deux il faut deviner le paysage plutôt que de l’admirer.
A Bayonne on traverse deux rivières, l’Adour très large, aux eaux grises et la Niveplus tranquille. Une grande route nous conduit à Camboet Halsou où se trouve notre gîte.
Après Niort, avant Cognac, un panneau annonce sur l’aire de repos de Lozay une exposition de sculptures romanes.
Une fine tour ronde au chapeau pointu est la réplique de la Lanterne des Morts de Fenioux.
A l’extrémité du parking, une arche marque l’entrée du jardin de sculptures en hommage au Roman Saintongeais.C’est la façade de l’église d’Echebrune minutieusement reconstituée par le sculpteur Frédéric Parizat et ses compagnons du Tour de France.)
Des panneaux explicatifs replacent ces statues dans le contexte du 10ème au 12ème siècle en Saintonge : les monastères furent construits autour de Saint Jean d’Angely.
A l’arrière du porche, un joli jardin des simples, médiéval mais un peu hivernal, seuls les romarins sont fleuris
De part et d’autres d’une nef d’église virtuelle, sur des supports de béton très sobres sont installés des sculptures, copies d’églises de la région de chapiteaux, éléments de porches accompagnées d’explications très détaillées.
Lozay : crucifixion de Pierre
Constantin à cheval, ou la Crucifixion de Pierre, la tête en bas, viennent d’une église proche.
Vierge folle qui a renversé la coupe
Le thème des Vierges Sages et des Vierges Folles , 5 vierges avisées et 5 insensées est illustré à plusieurs reprises. La Vierge sage attend son époux tenant à la main une fiole d’huile bien droite tandis que les Vierges folles tiennent leur coupe renversée.
Autre thème voisin : le Combat des Vices et des Vertus.
A Saint Sulpice de Marignac, un chapiteau
Ils ont l’air de bien s’aimer ces époux qui s’embrassent, suivez la main que la femme tend vers son amant
raconte l’histoire du mari trompé : un couple légitime s’embrasse, les visages des époux forment le coin mais la femme tend la main vers son amant un peu plus loin sur une face.
La lutte entre Saint Georges et le dragon est différente des représentations habituelle du Saint à cheval piétinant un serpent : Saint Georges est un fantassin abrité derrière son écu et le dragon lui fait face.
Lozay : sirènes
Les sirènes détournent les chrétiens du droit chemin, aïeules de Mélusine, figures entre paganisme et Christianisme.
Le porche l’église de Saint Marie de Nuaillé sur Boutonne présente deux arcatures : sur l’une, 17 personnages, le Christ entouré des apôtres et de disciples, en dessous ; histoire de la Vierge.
D’autres chapiteaux sont ornés de divers monstres, têtes grimaçantes ou tirant la langue, A Saint Trojan de Retaud : trois monstres : Renard, Leviathan et un Loup.
C’est une visite inattendue, très intéressante qu’il ne faut pas rater d’autant plus qu’elle n’est possible que dans le sens Paris/Bordeaux.
C’est la biographie romancée de Mary Anning qui découvrit dans les premières décennies du XIXème siècle les fossiles d‘Ichtyosaures et de Plésiosaures sur les plages de Lime Regis (Dorset) qui sont les Prodigieuses Créaturesqui ont donné le titre au livre.
C’est comme ça avec la chasse aux fossiles : elle s’empare de vous, comme une fringale, et rien d’autre ne compte à part ce que vous trouvez.
Ce roman à deux voix fait alterner le récit de Mary, la chasseuse de fossiles, et celui d’Elizabeth Philpot, dame de la bonne société passionnée de poissons fossiles.
Nous étions à peine installées à Morley Cottage qu’il devint évident que les fossiles allaient devenir ma passion. Je devais en effet m’en trouver une : j’avais vingt-cinq ans, peu de chances de me marier un jour, et besoin d’un passe-temps pour occuper mes journées. Il est parfois extrêmement assommant d’être une dame.
Le récit d’Elizabeth Philpot commence comme un livre de Jane Austen : trois sœurs, filles d’un avocat londonien, d’installent dans cette modeste station balnéaire après avoir laissé la belle demeure de Bloomsbury à leur frère qui vient de se marier. Trois soeurs à marier, les deux aînées sont déjà des vieilles filles, tandis que la cadette encore fraîche et jolie écume les bals et clubs pour trouver un soupirant. D’ailleurs Jane Austen a résidé à Lime Regis en 1805 et son roman Persuasion s’y déroule. Peut être les soeurs Philpot l’ont-elles rencontrée?
Ichtyosaure
« …un monstre de pierre impressionnant qui mesurait plus de cinq mètres de long et qui ne ressemblait à aucun animal connu. Ce n’était pas un crocodile. Non seulement il avait ces yeux immenses, ce long museau dénué de bosses et ces dents régulières, mais il avait également des nageoires plutôt que des pattes, et son thorax était comme un fût allongé dont les côtes s’alignaient à partir d’une puissante épine dorsale. Il se terminait par une longue queue, dont la ligne des vertèbres était coupée par une déviation en son milieu. Il évoquait un peu un dauphin, une tortuemarine ou un lézard, sans pourtant concorder tout à fait avec la physionomie d’aucun de ces animaux-là… »
Mary a 12 ans quand elle découvre avec son frère le museau du fossile qu’elle prend d’abord pour un crocodile. Son père qui l’a initiée à la « chasse aux fossiles » vient de mourir laissant des dettes à sa famille qui a pour seul revenu le produit de la vente des « curios » (curiosités) fossiles d’ammonites, gryphées, lys de mer ou oursins dont les touristes sont friands. Elizabeth Philpot, passionnée de paléontologie va accompagner la jeune fille sur la plage, l’aider à extraire le squelette et à le vendre à un notable. Elizabeth, femme de bonne éducation, lit aussi des livres scientifiques et des revues et va partager ce qu’elle sait avec Mary.
Mary Anning
Etre une femme-paléontologue ne va pas de soi! Les notables vont s’approprier les découvertes de Mary et les revendre à bon prix. Elizabeth bien introduite dans la société de Londres va tenter de les obliger à attribuer la découverte à l’inventrice. Mais être une femme dans ce milieu n’est pas facile, même Elizabeth doit subir les rebuffades des paléontologues qu’elle connaît par ailleurs, elle y laisse sa santé. Pourtant l’expertise de Mary est reconnue jusqu’à Paris.
« L’ichtyosaure était une créature qu’on n’avait jamais vue auparavant, qui semblait ne plus exister, qui avait disparu… dont l’espèce s’était éteinte. De ce phénomène, on a déduit que le monde évoluait sans doute en permanence, si lentement que ce soit, qu’il n’était pas immuable, comme on le croyait précédemment. »
[…] « Cela ne me dérange pas de lire la Bible de façon métaphorique et non pas littérale. Par exemple, les six jours de la Genèse ne sont pas des jours au sens propre, mais différentes périodes de la Création, qui correspondent à plusieurs milliers, voire plusieurs centaines de milliers d’années. Cela n’enlève rien à la puissance de Dieu … »
Un autre aspect du roman m’a intéressée. Avant Darwin et les théories de l’Evolution, la découverte de ces « prodigieuses créatures » était contraire aux théories que professait l’Eglise : la création du monde en six jours. Comment s’accommoder de créatures disparues, peut-on imaginer que Dieu les a crées imparfaites et s’en est débarrassé lors du Déluge? L’écrivaine a mis en scène des scientifiques reconnus comme Lyell ou Cuvier et des universitaires d’Oxford.
Un roman qui m’a bien sûr passionnée. Et qui me donne envie de traverser la Manche pour voir la plage et le Musée!
Nous sommes passées à Ciboure devant la maison de Ravel qui naquit le 7 mars 1875. C’est une maison d’armateur, en belle pierre claire qui hébergea Mazarin lors du mariage de Louis XIV en 166o.
J’ai donc choisi Ravel d’Echenoz pour accompagner ces vacances.
Ce court roman (123 pages) n’est pas vraiment une biographie. L’auteur choisit de commencer en 1927. Ravel a plus de 50 ans. Des années de jeunesse et d’apprentissage, je n’apprendrai rien. Ravel est en partance pour une tournée américaine triomphale. L’auteur est romancier, pas musicologue, de la composition je n’apprendrai pas grand chose.
En revanche, Ravel a du style, c’est un dandy qui emporte des malles et des malles d’habits qu’il accorde avec soin. Ravel a du style et Echenoz aussi! Je me suis délectée de ses phrases incisives, ironiques, élégantes. Elégance aussi des décors surtout la traversée transatlantique en Première Classe à la table du Commandant! Ravel a sillonné les Etats Unis à bord de trains de luxe, racontés avec un luxe de détails.
Le Boléro :
« Il y a en tout cas, une fabrique qu’en ce moment Ravel aime bien regarder, sur le chemin du Vésinet, juste après le pont de Rueil, elle lui donne des idées. Voilà : il est en train de composer quelque chose qui relève du travail à la chaîne.
Chaîne et répétition, la composition s’achève en octobre après un mois de travail seulement troublé par un splendide rhume cueilli pendant une tournée en Espagne, sous les cocotiers de Malaga. Il sait très bien ce qu’il fait, il n’y a pas de forme à proprement parler, pas de développement, juste du rythme et de l’arrangement. Bref c’est une chose qui s’autodétruit, une partition sans musique, une fabrique orchestrale sans objet, un suicide dont l’arme est le seul élargissement du son. Phrase ressassée, chose sans espoir et dont on ne peut rien attendre, dit-il, […]Après qu’il a fini, un jour qu’il passe avec son frère auprès de la fabrique du Vésinet : tu vois, lui dit Ravel c’est là, l’usine du Boléro. »
On assistera aussi à la rencontre avec le pianiste manchot et à la création du Concerto pour la main gauche.
Les tournées s’enchaînent, et la fatigue, l’insomnie, le déclin, l’accident…qui conduisent à la fin. Mais toujours avec élégance!
Pour aller au Callejon de Hamel, Delta nous recommande d’aller à pied jusqu’à l’hôtel Habana Libre (l’ancien Hilton) puis de prendre L jusqu’à San Lazaro . Je viens justement de lire cet itinéraire dans « La Havane Pour un Infante défunte » de Guillermo Cabrera Infante . Ce gros livre pourrait servir de guide des rues de la Havane, c’est mon livre de chevet. L’initiation sexuelle du jeune héros toutes ses dragues minables ne me passionnent pas mais je dévore ce livre comme guide touristique. Le héros promène ses conquêtes ou poursuit des inconnues selon des itinéraires précisément répertoriés. Cela donne une vie supplémentaire à la rue où nous passons. Cela me permet également de mémoriser des itinéraires.
Street Art
Au bout de la 21 nous filons tout droit sur l’Hôtel National« Monument Historique »
Nous nous promenons dans les salons et les jardins. Dans une sorte de tranchée, une exposition historique : la Crise des fusées. Toujours des photos NetB avec citations sentencieuses de Marti et de Fidel. Pourtant ce n’est pas ennuyeux. Ce sont les actualités de mon enfance qui sont devenues de l’histoire. Dans un salon, des affiches rangées par ordre chronologique, de tous les visiteurs célèbres des années 30 à nos jours : Errol Flynn, Clark Gable, Fred Astaire ou Marlon Brando ne m’étonnent pas, Danielle Mittérand beaucoup plus tard non plus . En revanche de nombreux américains, acteurs ou metteurs en scène sont venus récemment : Schwarzennegger, Spielberg …Les liens entre les Etats Unis et Cuba sont bien étranges.
grandeur et décadence
Nous traversons le Centre de La Havane par les calle Animas, Virtudes, Industria . Toutes sont bien délabrées aux antipodes des quartiers aisés et verdoyants du Vedado et des belles restaurations de La Vieille Havane . la misère est bien visible . Pas de restaurations, des rues entières sont fermées à la circulation.
Le callejon de Hamelest une petite rue complètement recouverte de fresques . Nous sommes habituées aux fresques révolutionnaires, les slogans ou les dessins simplistes qui occupent l’espace un peu partout où il y a un mur inoccupé . Celle du callejon de Hamel sont des fresques artistiques . Tout est peint de couleurs vives, du sol aux bidons d’eau sur le haut des toits et les murs des maisons jusqu’au troisième étage . Il y a toutes sortes d’installations : des colonnes peintes, des cadres de vélos suspendus, des grillages, des statues de style africain, . c’est aussi le haut lieu de la Santéria, culte Afro-cubain . Le dimanche, on joue du tambour et de la rumba . Des galeries de peinture sont ouvertes au public . Des poupées et animaux de papier mâché font penser aux Musée de l’Art Moderne à Vienne. Dans une sorte de citerne des tortues et un petit crocodiles sont prisonniers. Pauvres animaux ! que font ils là ? Des gamins noirs dansent. Une petite boutique d’herbes est prise d’assaut par les habitants du quartiers , aromates ? plantes médicinales ? sorcellerie ?
J’ai envie de tout photographier : les peintures murales, les colonnes, les statues qui semblent sortir du mur, les personnages pittoresques …
Nous sommes abordées par un jeune noir qui vend son CD de rumba 10 $ Nous nous laissons tenter mais nous aimerions bien l’écouter. Il nous conduit à un petit bar où il y a un radiocassette ; on n’entend rien . Il veut se faire offrir un mojito . Le mojito est fait à l’eau du robinet, sans angostura . Il est plus cher que dans le bar chic de la place San Francisco . Nous avons l’impression de nous être fait pigeonner . Espérons que le CD nous plaira ! . Nous quittons le callejon de Hamel sur cette impression déplaisante .
En route nous découvrons les marchés populaires et reprenons le même chemin qu’hier pour visiter le Musée des Beaux Arts– musée moderne très clair, très bien conçu quoique sobre .Les collections sont très intéressantes mais je les parcours au pas de charge . Dommage d’avoir prévu si peu de temps . Tout m’intéresse : les œuvres contemporaines colorées certaines plutôt naïves d’autres politiques, les œuvres anciennes du siècle dernier qui n’ont peut être pas valeur de chef d’œuvre du point de vue de artistique mais elles sont un témoignage précieux pour imaginer la vie des cubains il y a 150 ans. Paysages agrestes de plantations, vie à La Havane, portrait d’espagnols, de cubains, de Créoles … J’aimerais consacrer plus d’attention.
Quand je rejoins Dominique, elle s’est fait une belle frayeur, ne retrouvant plus la carte de crédit que j’ai avec moi . Qu’allons nous faire de ces quelques heures qui nous séparent du départ ? Nous avions tout prévu en cas de grosse chaleur : la sieste au Prado, les sandwichs etc. . Il fait très frais et nous ne sommes même pas habillées avec une petite laine . Je propose d’aller rendre visite à nos hôtes de la belle maison du Vedado 25y6 . Nous pourrions nous reposer dans le beau jardin . Un coco taxi nous y conduit donc . Les dames ont l’air contentes de nous revoir mais elles ne comprennent pas tellement pourquoi nous sommes chez elles puisque nous ne voulons pas de chambre . Je demande si nous pouvons avoir un sandwich comme la semaine dernière . C’est compliqué La dame part faire des courses elle n’a plus de pain . Nous attendons longtemps sur la terrasse . Déjà Dominique s’impatiente . La dame arrive avec un plateau avec des verres et les sandwich, elle a l’air affolée, elle en casse un verre . Il ne faut pas que nous nous installions sur la terrasse de devant « les voisins pourraient vous voir « nous allons donc derrière à l’ombre . Dominique a très froid . Je n’avais jamais pensé au fait que cela aurait pu leur causer des ennuis de déjeuner dans le jardin . Sans doute, elle n’ont pas le permis de nous faire à manger . Cela jette un froid . La dame très gentille veut nous offrir un café Dominique s’impatiente encore . Finalement nous nous sauvons presque comme des voleuses . Ce n’était pas une si bonne idée de revenir ici . Dommage
De retour chez Delta nous avons juste le temps de nous changer avant de prendre le taxi qui nous conduira à l’aéroport
Après une série de livres sérieux et denses, j’avais envie de me divertir avec un polar, me laisser entraîner par un auteur que ne connaissais pas encore.
Coïncidence : le héros de l’histoire est un Croate qui a vécu, enfant, l’horreur du siège de Vukovar(1991) alors que je viens de lire une série de livres de l’ex-Yougoslavie ; j’ai donc été sensible à cette tragédie évoquée dans le livre.
Le château d’eau de Vukovar
Je m’intéresse également au Street-Art qui est au centre de l’intrigue.
Et je n’ai pas été déçue. Polar original et très bien ficelé.
Des personnages intéressants et loin des clichés du genre dont on découvre progressivement la complexité.
Ne comptez pas sur moi pour spoiler et vous révéler l’histoire, il faut le lire. Une soirée suffit, on se laisse entraîner et on ne le lâche plus.
A 11h30, sur le Malecon. Il fait très beau mais la mer est très agitée. D’énormes vagues viennent se briser sur la jetée. Elles sont tellement fortes qu’on a interdit la circulation le long de la digue . Nous faisons des photos des beaux immeubles qui tombent en ruines . La couleur de la peinture apparaît par plaques, délavée .
LaRue San Lazaroest parallèle au Malecon . Elle est encombrée puisque le Malecon est fermé aux voitures.
Prado
Nous arrivons au Prado. J’essaie de visiter la maison natale de Lezama Lima, encore un pèlerinage littéraire, mais il n’y a rien à voir.
Le Prado est une belle promenade ombragée de magnifiques ficus . Des bancs de marbres pourrons nous accueillir demain en attendant le taxi pour l’aéroport. Le Prado nous conduit au Parque Central, nous passons devant le Capitole.
Manufacture de cigares Partagas
Derrière le Capitole, nous trouvons la Manufacture de cigares Partagas.
Visite guidée en français. Le vacarme des ateliers couvre les explications. Cette fabrique date de 1840 . Les méthodes de travail n’ont pas dû changer depuis. Les cigares se roulent à la main. Dans les ateliers, les ouvriers sont assis par deux ou par trois à de longues tables. Chacun doit rouler 100 cigares au minimum . S’il en fait plus, la prime est payée en dollars. Les calibres sont en bois, des planches creusées de rayures cylindriques. Quand la planche est pleine, on met le tout quinze minutes sous presse. Pendant le travail, un lecteur lit le matin les journaux, l’après midi, des classiques. Comme c’est l’heure de midi, il y a de la musique à la radio ; Les ouvriers chantent en même temps que la radio . Un homme passe, beau costume très mode, lunettes noires, acclamé comme une vedette de la télé : c’est le lecteur. Chaque ouvrier fait des cigares différents . Pour découper les feuilles, ils se servent de sorte de rasoirs en acier. Ici, les ouvriers fument en travaillant .
Derrière Partagas, le quartier chinois avec son portail très chinois . Nous achetons du poulet dans un restaurant de plein air . On nous y recommande de prendre un cyclo-pousse pour arriver au Couvent Santa Clara, cela ne devrait pas coûter plus d’un dollar. Nous en dénichons un qui nous débarque à la station des cyclo-pousse, peut être sommes nous trop lourdes ou le dollar marchandée suffit il pas ?
couvent santa Clara bleu Havane
Le Couvent de Santa Clarase trouve au sud de la Vieille Havane . La visite est guidée. C’est donc un couvent de Clarisses (franciscaines) très ancien du XVIème siècle. Un grand cloître a été restauré, planté d’un très beau jardin avec des arbres de nombreuses essences : une ceiba, un arbre de l’hypocrisie « yaruba » dont une face des feuilles est verte et l’autre blanche. Nous avions déjà remarqué cet arbre qui ressemble à un énorme aralia sauf que les feuilles ne sont pas vernissées comme pour l’aralia. Quand elles tombent, elles se recroquevillent comme des mains de sorcières ou comme des araignées monstrueuses.
Dans une autre cour, la Maison du Marinoù est installé un hôtel . Un marin ayant quitté Cuba avait laissé sa femme dans cette maison ancienne à balcon gardée par les religieuses.
Le couvent est restauré, les murs peints en jaune pale, les volets, les poutres, les arcades en « bleu Havane », bleu vif tirant sur le turquoise, très lumineux . La guide nous montre une maquette d’une cellule de religieuse . chaque religieuse a une esclave à son service, la maîtresse a une grande chaise, l’esclave une petite, la maîtresse un grand lit, l’esclave, un petit …L’hôtel, est vraiment bon marché 25$, le même prix que notre chambre chez l’habitant.
Avant de rentrer au VédadoDominique goûte enfin un mojito . Nous nous installons à la terrasse d’un très beau bar devant l’église San Franciscoque je dessine . La place est occupée par des calèches, l’endroit est superbe . le garçon donne la recette du mojito : sucre, glace pilée, de l’eau gazeuse , du rhum de la menthe fraîche et un trait d’angostura.
Nous rentrons par un taxi genre touktouk, marron à allure ancienne conduit par une fille en bonnet qui n’hésite pas à monter sur le trottoir pour doubler le camion- poubelle ?
Douglas nous sert sur la table de la terrasse un dîner végétarien : riz et légumes . nous faisons connaissance avec les autres locataires : des italiens deux couples et trois garçons suisses et italiens. Delta et Douglas ont vraiment beaucoup d’hôtes !
Hamadan… Cette ville fait penser à l’empreinte, laissée par le fer de Bucéphale : ensanglantée, jaunie, un peu rouillée et couverte de mousse, mais cependant baignée de soleil ; Hamadan est la marque d’un sabot furieux. Le lion de pierre roux est le bouclier ardent d’Hamadan.
Grande paix du plateau iranien. L’air cristallin comme une eau de source. Les galets humides couverts de mousse. Le ciel, sans bornes, sans fin, pareil à un foulard d’indienne où le lapis-lazuli se marie à l’eau d’émeraude. Les étoiles — diamants, gros comme des œufs qui jettent leurs feux. Toute la contrée semble sortir de mythes qui n’ont jamais existé.
Evasion garantie, voyage d’Orient. Une découverte!
Je croyais prendre le large pour le Caucase, surprise : j’atterris en Iran, en Perse devrais-je écrire, en 1917. Archibald Mekeche, le héros de l’histoire, peintre britannique, vient de Mésopotamie et fait route vers Qazvin dans une Ford en compagnie de son chien Allan et d’un mystérieux homme enturbanné, Perse, Hindou ou Egyptien, peut être juif?
Le voyageur prend son temps et admire les paysages des montagnes iraniennes roches en couleur comme les tapis persans ou les miniatures. Poésie des lieux, couleurs, impressionniste. L’artiste fait aussi acquisition d’objets d’art : tapis, épée ancienne… En route il évoque Darius et Cyrus, le trésor des Achéménides, Esther et Mardochée, Alexandre le Grand et Bucéphale… les légendes antiques baignent Hamadan.
Mosaïques de peuples et de combattants, troupes de Cosaques, frémissement de la Révolution qui gronde en Russie, Géorgiens, Russes de l’Union des zemtsvos, humanitaires, sorte de Croix rouge russe…fraternité de ces hommes en permission qui boivent plus que de raison, chantent et se battent. Un roman d’aventure? Il sera question de la paix de Brest Litovsk (3 mars 1918), de la Révolution à Saint Pétersbourg. Un roman historique?
Archibald Mekèche vient retrouver ses racines géorgiennes. Il rencontre un personnage fascinant : Vamekh, un Géorgien qui devient son ami, son double qui l’invite dans sa famille. Les légendes géorgiennes sont alors évoquées :
« Une vierge arrive d’Asie Mineure. Son corps pourrait attiser le désir des hommes. Mais elle abandonne le monde et n’accepte que l’enseignement du Christ, son fiancé invisible. Elle quitte sa maison sans destination précise, guidée par sa seule intuition. Voici qu’elle franchit la frontière de Kartlie. La terre apaise son ardeur, une source rafraîchit son corps. La vierge convertit le peuple et lui offre une croix. N’est-ce pas beau et passionnant ?… Attendez ! Il doit exister d’autres histoires aussi belles et passionnantes. Mais ce n’est pas tout. La vierge fait la croix avec des sarments de vigne. Alors que les croix sont généralement faites de pierre ou de bois, matières sèches et inanimées, la nôtre est faite de vigne, symbole de la terre, de la vie. Si la croix chez les autres incarne la Passion et la souffrance, chez nous elle est à l’image de la fête… Mais attendez ! Je n’ai pas fini. La vierge coupe ses nattes pour en attacher les sarments, comme si elle pansait la plaie de la vigne larmoyante. Une croix faite de sarments attachés par les cheveux d’une femme. »
De la christianisation de la Géorgie, à ses souverains et ses nobles. Généalogies…Histoires que les notes de bas de page détaillent si on prend la peine de les lire.
Vie rurale, vins géorgiens, folklore? Fêtes dionysiaques, célébration du vin, folles chevauchées, ménades.
Il y a aussi des histoires d’amour. Des histoires de famille…
Ce livre est d’une telle richesse qu’on a envie de le relire, à peine achevé pour découvrir un nouvel aspect qu’on aurait négligé.
Trouvé sur le blog de Keisha Décidemment de bon conseil!
Un carillon a sonné toute la nuit les quart d’heures et les heures !
Douglas nous explique comment arriver à la Maison d‘Hemingway à San Francisco de Paula– hors plan de La Havane- : trouver le Paséo tout proche, le remonter jusqu’à la Place de la Révolution, chercher la Cité Déportive puis la route de Dolores, enfin demander . La route est bien dégagée à huit heures du matin, peu de circulation à part les énormes autobus surchargés. Les enfants des écoles massés de part et d’autres de la chaussée, agitent des petits drapeaux de Cuba . Nous avons l’impression d’être reçues avec les honneurs d’un Chef d’Etat étranger.
Chez Hemingway : bibliothèque et bureau de l’écrivain
San Francisco de Paula se trouve à la campagne . C’est une bourgade très fleurie sur une colline. La Maison d’Hemingway est précédée d’un beau parc avec des arbres immenses : casuarinas, bambous, palmiers royaux etc.. La maison blanche se trouve à l’arrière d’une terrasse avec une tonnelle fleurie ornée de céramique . Elle est de plain pied, ouverte sur le jardin. Tout est resté tel qu’Hemingway l’a laissé, ses livres, ses bouteilles, ses chaussures . Je l’imagine avec ses chats et ses chiens – on a vu les tombes des chiens dans le jardin – nous montons à la tour . Partout des livres. Ce que je n’avais pas imaginé, ce sont les affiches de corridas et beaucoup de trophées de chasse . Belle piscine, sur le bord, tout est prêt pour recevoir des invités ! Ce pèlerinage dans le décor quotidien de l’écrivain m’émeut. J’ai vécu un bon moment dans son intimité en lisant Iles à la Dérive, Pour qui sonne le Glas avait accompagné nos vacances en Espagne. En revanche, je n’ai pas pu lire ses livres sur les corridas . Là, je n’accroche vraiment pas . Nous rentrons sans encombre à la Havane dans laquelle nous nous orientons bien maintenant et rendons la voiture dans les temps .