En cette étrange année 2020 de Covid, où les voyages lointains sont impossibles, la balade normande prend un air d’aventure que nous ne lui connaissions pas. A peine trois heures d’autoroute, et nous voici parties….Pour mettre tous les atouts dans notre jeu nous allons directement à l’Office de Tourisme chercher de la documentation bien décidées à de nouvelles découvertes (même si je suis venue dix fois au moins auparavant, avec ou sans élèves, pour la visite du Paléospace et la chasse aux fossiles aux Vaches Noires). Un petit salut au dinosaure végétal qui orne le square.
Le ciel, bien gris, ne tempère pas ma joie de marcher pieds nus jusqu’à Blonville. Fouler les plages, un temps interdites, décuple mon plaisir . Les goélands ne sont pas dérangés pour une pêche de gros poissons plats aussi grands qu’une sole portion.
Villers : les cabines de plage
Pour déjeuner près de la mer, nous nous installons à la terrasse couverte du Mermoz. Les autres restaurants sont sur la rue piétonnière qui monte, bordée de commerces, mais nous ne verrions pas la mer. Le Mermoz est un restaurant plutôt chic avec des serveurs stylés et masqués qui propose, le midi, un menu complet à 16,5€. Je commande en entrée un Effiloché de raie au vinaigre de framboise qui est une salade complète – salade verte, câpres, croûtons, tomates cerises et dés de betterave rouge – le plat est du Parmentier de boeuf et pour dessert deux boules de glace. Dominique choisit à la carte un saumon à la sauce citronnée servi sur une patate douce.
Les vaches noires de Villers
Basse mer à 14h30, la mer remonte déjà quand je pars vers les Vaches Noires, je n’irai pas jusqu’à Houlgateaujourd’hui, j’ai peur d’être rejointe par la marée qui monte au ras des falaises.
J’ai découvert L’Espion qui venait du Froid en 1968, et, depuis lors, je goûte avec autant de plaisir les romans de John Le Carré. Quand la Guerre Froide a pris fin je me suis demandée comment l’espionnage vers quelles cibles se tourneraient les espions. Le Tailleur de Panama ou La Constance du jardinier, sur d’autres problématiques montrent que Le Carré a su se renouveler.
Retour de Service revient sur l’espionnage entre services britanniques et russes. Nat, le héros a parcouru la Russie et l’Est de l’Europe, de Prague à Talinn en passant par Berlin. Proche de la cinquantaine, de retour à Londres après des missions lointaines, Nat est un joueur de badminton de haut niveau et ce sport joue un rôle non négligeable dans sa carrière. Comme dans ses romans précédents Le Carré s’intéresse au contexte géopolitique britannique avec le Brexit comme aux équilibres internationaux dominés par les personnalités de Trump et de Poutine. A la fin de chaque partie de Badminton Nat et Ed boivent des bières et Ed se lance dans des analyses politiques très critiques….
Vous quittez l’Europe en prenant vos grands airs. “Nous ne sommes pas comme tout le monde, nous sommes anglais, nous n’avons pas besoin de l’Europe. Nous avons gagné toutes nos guerres tout seuls. Sans les Américains, sans les Russes, sans personne. Nous sommes des surhommes.” Et le grand président Donald Trump qui aime tant la liberté va sauver votre économie, à ce qu’il paraît. Tu sais ce que c’est, Trump ? – Dis- moi. – C’est le nettoyeur des chiottes de Poutine. Il fait tout ce que le petit Vlad ne peut pas faire lui-même : il pisse sur l’unité européenne, il pisse sur les droits de l’homme, il pisse sur l’OTAN. Il nous assure que la Crimée et l’Ukraine appartiennent au Saint-Empire russe, que le Moyen-Orient appartient aux Juifs et aux Saoudiens, et merde à l’ordre mondial ! Et vous, les Britiches, vous faites quoi ? Vous lui taillez une pipe et vous l’invitez à boire le thé avec votre reine.
Impossible d’en dire plus sans spoiler…je ne vous raconterai pas l’intrigue. Je vous dirai seulement que tout se passe en finesse, en psychologie, sans violence inutile, sans gadgets d’espion à la James Bond mais avec beaucoup de bureaucratie. Et que vous passerez un temps agréable.
Rétrospective Turner, 70 tableaux, aquarelles et huiles en 8 salles par ordre chronologique.
Même si je suis séduite par le coloriste, le peintre de la lumière d’une modernité stupéfiante, il faut reconnaître le dessinateur précis qui a commencé sa carrière comme dessinateur d’architecture.
Stourhead vu du lac
Devant ce paysage brumeux il faut prendre son temps. La lumière surgit dans le creux de la vallée dans un ciel gris bleu. Si on est attentif on découvre une habitation sur le bord du lac, la silhouette fantomatique d’une tour carrée, donjon ou clocher? Au premier plan dessin d’une grande finesse d’un groupe d’arbres roux. Deux personnages, deux paysans avec leurs attelages labourent.
Chateau de Carnavon
le château de Carnavon est plus classique, plus 18ème siècle, par beau temps, il recèle toutefois au premier plan une surprise pour qui se donne la peine de chercher : un barde gallois donne un concert à un groupe de personnages
le barde gallois du château de Carnavon (détail)
Turner, paysagiste a voyagé et peint des paysages pittoresques, en Grande Bretagne d’abord quand les guerres napoléoniennes l’empêchent d’aborder le continent. Il peint la Tamise et les environs avec une grande prédilection pour les ponts…
Gorges de Gordale Scar
Ce défilé pittoresque est particulièrement bien rendu. Si on s’approche, on voit le troupeau.
J’ai adoré le phare de Shields, un très petit tableau bleu
phareScarborough
Quelle finesse dans cette marine!
Dès que la paix revient sur l’Europe Turner fait de nombreux voyages, en France, de Normandie à Chamonix, en Suisse et en Belgique
Glacier à Chamonix
Paysages pittoresques peints soigneusement de retour à l’atelier ou ébauches colorées qui me séduisent. Et bien sûr, l’Italie, Rome, Venise!
Venise quartier de l’ArsenalBanditi
Une surprise que ces Banditi à l’étape ou en embuscade. Turner ne peint pas de portraits rarement des personnages et pourtant!
J’aurais pu photographier ses huiles si particulières, fourmillant de personnages dans la série de Didon et Enée ou les toiles aux grands masses colorées qui ressemblent aux aquarelles. Mes tableaux préférés sont des ébauches comme ce phare et épave
Les chemins de fer, dans un avenir aujourd’hui peu éloigné, doivent faire disparaître certaines industries, en modifier quelques autres, et surtout celles qui concernent les différents modes de transport en usage dans les environs de Paris. […]Nos neveux ne seront-ils pas enchantés de connaître le matériel social d’une époque qu’ils nommeront le vieux temps?
Et bien moi, je suis enchantée de découvrir ce nouvel opus de la Comédie Humaine : roman d’apprentissage comme le titre Un début dans la vie le laisse entendre : Oscar Husson, 17 ans à la fin du lycée, fils posthume d’une ancienne gloire du Directoire tombée mariée à un fonctionnaire, s’en va à Prêles rejoindre Moreau, régisseur du domaine du Comte de Sérisy, qui le protège. A peine sorti de l’adolescence, par vanité, il commet un impair qui compromet son avenir. On ne donne pas cher du futur de ce benêt sans ambition ni caractère, sans nom ni fortune, naïf et influençable. Son oncle lui donne une seconde chance : il fera son Droit et et son apprentissage dans l’étude d’un notaire. Son avenir semble assurer quand il commet une nouvelle bévue. Lâché par ses protecteurs à quelques jours de la conscription, il sera soldat!
Le personnage est falot. Le lecteur devine de loin ses bévues. L’intérêt du roman est ailleurs : dans les intrigues compliquées autour des propriétés du Comte de Sérisy de leur gestion par Moreau qui s’est passablement enrichi. Ce dernier deviendra marchand de biens, on devine les spéculations et magouilles. On voit aussi comment, à travers les régimes qui se sont succédé : Révolution, Directoire, Empire, Restauration, et finalement Monarchie de Juillet, les fortunes et les influences se font et se défont, ascension sociale ou déchéance. Qui aurait deviné que le balourd fermier Léger deviendrait un propriétaire influent, que Pierrotin qui conduisait lui-même son « coucou » tiré par des chevaux poussif deviendrait un entrepreneur, un Monsieur?
« Oscar est un homme ordinaire, doux sans prétention, modeste et se tenant toujours, comme son gouvernement, dans un juste milieu. Il n’excite ni l’envie ni le dédain. C’est un bourgeois moderne.
Paris, février 1842″
Ainsi se termine l’histoire.
Balzac est un analyste et un peintre fabuleux quand il décrit les rouages de la société et ses contemporains au travail dans leur décor familier. J’avais adoré les descriptions de l’atelier du peintre dans la Vendetta, l‘étude de notaire dans le colonel Chabert, les spéculations de la Maison Nucingen.
La pièce de choix se trouve dans les voyages entre Paris et Beaumont. le roman commence dans une voiture hippomobile modeste, le coucou de Pierrotin et se termine dans la diligence de ce dernier une décennie plus tard. Je jubile en découvrant l’installation des voyageurs, en écoutant les conversations, en imaginant les paysages de la Seine-et-Oise et de l’Oise, paysages que j’ai traversés en train, ou parcourus à pied. J’imagine leurs transformations dans les deux siècles qui séparent 1820 de 2020!
Certains sautent les descriptions dans les ouvrages de Balzac. J’en redemande!
J’ai retrouvé dans la bibliothèque familiale ce gros livre de poche (445 p.)rassemblant 14 nouvelles HISTOIRES DU PAYS DE L’ORavant L’APPEL DE LA FORÊT – court roman éponyme. Très jeune, j’ai lu L’Appel de la Forêt, j’en avais gardé un bon souvenir mais, quelque peu, imprécis.
L’ensemble se déroule dans le Klondike et le Yukonau temps de la Ruée vers l’Or comme dans le recueil deConstruire un Feuqui m’a éblouie. J’en redemande et admire la capacité de l’auteur à construire des histoires toutes différentes avec des personnages variés : mineurs creusant et lavant à la battées, voyageurs sur des trajets d’une difficulté inimaginable, vieil homme qui a déjà vécu une autre ruée vers l’or et qui réalise son rêve de faire fortune, spéculateur qui transporte mille douzaines d’œufs alors que la famine règne chez les chercheurs d’or. Hommes jeunes, aventuriers chevronnés ou novices, indiens autochtones, chiens,ours. Tout un monde! Dans cet environnement viril (et parfois, il faut le dire, misogyne) une belle figure : celle de l’indienne Jees-Uck.
L’Appel de la Forêt est d’un autre calibre. Le lecteur s’attache au héros : Buck qui est un chien. Tout le roman s’organise autour des tribulations de l’animal qui est un personnage à part entière. Chien de luxe en Californie, chien magnifique, il est volé par des trafiquants qui le vendront pour un bon prix dans le Grand Nord comme animal de trait. Buck n’est pas seulement une bête hors norme physiquement, il est aussi capable de s’adapter à sa nouvelle condition. Il saura gagner sa place de chien dominant, par sa force, sa férocité, mais surtout son intelligence. Il change de propriétaires jusqu’à ce qu’il trouve le maître à qui il donnera tout son amour canin, sa fidélité.
London n’humanise pas le chien. C’est bien un chien parmi les hommes et parmi ses congénères. Ses réactions sont celles d’un chien même si à force de vivre dans la nature, il ressent la proximité des loups. Un chien avec un instinct de chien, mais aussi avec une intelligence exceptionnelle.
Dans l’épilogue Le chien, ce frère dit « inférieur », London se défend de « maquiller la nature« comme l’ont accusé ses détracteurs. Il démontre que les chiens possèdent, en plus de leur instinct inné, une réelle intelligence, une capacité d’apprendre de nouveaux comportements, de s’adapter à un environnement inconnu. Sa démonstration la plus convaincante concerne la capacité de son chien de le berner ou de réagir avec discernement quand l’homme cherche à le moquer ou à le tromper.
James Tissot,le plus anglais des peintres français est un artiste que j’ai découvert lors de l’exposition Impressionnistes à Londres au Petit Palais et dans l’Exposition Second Empireà Orsay. Cette exposition fait une belle suite à celle des Peintres anglais au Luxembourg qui présentait de très beaux portraits de Reynolds et de Gainsborough.
J’ai eu la surprise, dans cette rétrospective de découvrir des aspects très différents de cet artiste très éclectique qui a traversé la seconde partie du 19ème siècle en exprimant de nombreuses facettes.
Questions d’influence
Faust rencontre Marguerite
Au début de sa carrière, je découvre des tableaux dans la mouvance historiciste à la manière des maîtres anciens du Quattrocento italien comme Carpaccio ou des Allemands,Cranach et Holbein. Tissot illustre Faust remis à la mode par Gounod (1859). On constate l’attention prêtée aux décors, à l’architecture. Dans la même veine, une danse macabre.
Voie des fleurs : danse macabre
Dans le style de Carpaccio, ce départ du fils prodigue de Venise. Le Thème du fils prodigue est cher à Tissot qui le reprendra beaucoup plus tard, à la veille de son retour d’Angleterre.
une autre influence exotique : le Japon qui vient de s’ouvrir à l’Occident(1853). Tissot est un des premiers japonisants
Grande japonaise au bain
Peinture orientaliste : regard d’un occidental . le modèle n’est pas japonais. En revanche le kimono attire tous les soins du peintre. Tissot est fils d’un négociant en textile et excelle à peindre les tissus, les drapés, dentelles…
Tissot portraitiste de la bourgeoisie du Second Empire
Portrait ds deux soeurs
Dans ce grand tableau où les personnages sont à taille humaine, le peintre démontre son savoir-faire. Ce serait presque une « publicité » pour attirer les commandes. J’ai bien aimé les portraits d’enfants, moins Le cercle de la Rue Royale et le portrait de famille du marquis de M, trop convenus.
Portrait des 4 enfants du banquier Gaillard (détail)
Après la Commune de Paris, comme nombreux artistes, il émigre à Londres. Anglophile de toujours, il peint la bonne société anglaise avec parfois une touche d’ironie et d’humour comme dans Too early où il moque ces invités arrivés trop tôt à un bal aux attitudes embarrassées.
Toute une salle représente les loisirs nautiques sur la Tamise, simple canotage avant un pique-nique entre les navires des docks, ou fête à bord d’un yacht luxueux, quand des allusions grivoises ne s’en mêle,nt pas comme le jeu de mots entre le HMS Calcutta (Quel cul t’as)
Gallery of HMS Calcutta
A Londres, Tissot tombe amoureux de Kathleen, son modèle
Autumn
Toute une salle dans les tons de bruns montre Kathleen, dans des parcs, des jardins. Tuberculeuse, elle décède en 1882 et après sa mort Tissot revient en France.
Avant son retour, il fait une série de 4 tableaux sur le thème du retour du fils prodigue (époque moderne). Tableau très personnels où l’on croit retrouver le père du peintre et Kathleen cousant
Retour du fils prodigue : départ
A Paris, Tissot a un projet ambitieux autour d’un cycle sur la Parisienne : La Femme à Paris qui aurait illustré des textes littéraires de Daudet, Maupassan, Zola et d’autres. Mal accueilli par la critique, le projet avortera.
la femme à Paris : chars
Vers la fin de sa vie il se consacre à la peinture religieuse, illustre la Vie de Jésus et la Bible, voyage en Terre Sainte et s’intéresse aux débuts du cinéma. On peut voir trois extraits de films d’inspiration religieuse d’Alice Guy, Olcott et Griffith
Plaisir renouvelé que de découvrir une nouvelle enquête du Commissaire Charitos dont je suis les aventures, la carrière et la vie familiale depuis maintenant de nombreuses années. Avec lui, je sillonne Athènes dans sa Seat souvent bloquée dans les embouteillages légendaires, et j’y prends plaisir au point de ressortir le plan d’Athènes ou de demander les trajets à Googlemaps.
Ses romans font l’état des lieux de la situation économique et politique de la Grèce contemporaine. Certains sont regroupés dans la Trilogie de la Crise, les plus anciens se réfèrent à l’histoire plus ancienne, régime des Colonels et luttes antifascistes. Volontiers critique envers la bureaucratie qui paralyse souvent les réformes nécessaires. Adriani, la femme de Charitos représente la tradition, les coutumes religieuses et le bon sens populaires. Lambros Zissis, l’ancien communiste retraité dans l’humanitaire rappelle une gauche encore vivante. Katerina, la fille avocate et Phanis, médecin, figurent une nouvelle génération. Le Séminaire des Assassins a pour cadre les universités athéniennes.
« nous avons affaire à un acte terroriste impliquant du parathion, monsieur le ministre, dit le chef, alors nous pouvons être fiers. La Grèce aura gagné une fois de plus le premier prix d’originalité. «
« Voilà qui renforce l’hypothèse terroriste, dit-il. La plupart des terroristes, en Grèce du moins, ont fait des études supérieures. »
Je ne spoilerai pas en dévoilant l’enquête. Trois professeurs, ministres, secrétaires d’état, sont assassinés les uns après les autres. Le commissaire et son équipe vont avancer dans le brouillard de ce milieu fermé où le scandale doit être évité à tout prix.
Ma chère Adriani, dit Aryiro, tu es un vrai cordon-bleu. Ce repas est un poème.
L’héroïne, à mes yeux, est bien Adriani et sa cuisine. Les touristes seront peut être surpris d’apprendre que moussaka, salade grecque et côtelettes d’agneau servis dans les restaurants pour touristes de Plaka ou des bords de mer, ne forment qu’une infime partie de l’ordinaire des Grecs qui préfèrent les légumes farcis, les feuilletés aux poireaux, épinards ou herbes des montagnes qui n’ont pas d’équivalent chez nous, les ragoûts..
à table, je vois les légumes farcis annoncés, mais aussi des aubergines imam. En entrée, des betteraves à l’aïoli accompagnées de maquereau fumé.
.Je me délecte des spécialités d’Adriani et de ses amis. Zissis se débrouille aussi. Kostas qui aime les brochettes est raillé par les véritables amateurs.
Je chercherai les opus de Markaris que je n’ai pas encore lus et dès que j’aurai mis la mains dessus, je serai transportée à Athènes. Et toujours avec le sourire (ou franchement le rire aux éclats car j’apprécie aussi l’humour de l’auteur.
J’étais impatiente de découvrir cet auteur et une série policière nouvelle. Un peu trop impatiente!
L’intrigue se déroule dans le milieu du spectacle ; pas de bouzouki, ni de folklore. L’artiste Neni Vanda est la « Star grecque absolue« , version pop. Aucune allusion à la musique grecque traditionnelle que je prise. Ce sont des shows à grand spectacle à grand renfort de technologie. C’est au cours de la soirée d’adieu, spectacle qui devait être une apothéose avec une scène flottante face à la plage, que Neni Vanda trouve la mort assiste sur un trône jaillissant des flots portant un bouquet de fleurs sous les acclamations des fans.
Le commissaire Markou interrogera classiquement la famille de la vedette très impliquée dans la carrière de la chanteuse, ses imprésarios successifs, frère et sœur qui gèrent aussi les placements financiers, le président du fan-club qui manage aussi les réseaux sociaux, le garde du corps. Rien que de très banal . La personnalité de l’enquêteur est terne, « le fait de n’avoir aucun goût bizarre ou illicite le condamnait à ne pas être un personnage littéraire ».Sa vie est au travail. On ne lui connaît ni famille ni amis, à peine des collaborateurs. Ses seules distractions : la lecture de romans policiers et l’opéra, notamment la Callas.
L’intrigue est originale, bien conduite. Le livre se lit bien mais ne laissera pas de souvenirs marquants.
Heureusement que Pétros Markaris vient de publier en français un nouvel opus Le séminaire des assassins. Il me tarde de retrouver le commissaire Charitos, la cuisine d’Adriani, le embouteillages dans les rues d’Athènes, ses collaborateurs et son regard aigu sur la société grecque.
Ce n’est pas ma première rencontre avec Frida Kalhodont j’avais vu la très belle exposition avec Diego Rivera à l’Orangerie voila quelques années. A la suite de celle-ci j’avais lu l’excellente biographie des deux peintres par Le Clezio. Episode de la vie de Trotski dans l’excellent livre de Padura : L’homme qui aimait les chiens
Claire Berest a écrit Gabriële: biographie de GabriëleBuffet-Picabia, racontant avec talent la vie de Gabrieële qui vit fréquenté tout ceux qui comptaient dans l’Art de l’époque.
Je ne crois pas en Dieu, je crois en Picasso ! Et vous verrez que les œuvres murales prendront le relais des fresques des églises
Je me suis donc embarquée avec grand plaisir dans Rien n’est noir. Cette biographie est écrite sous le signe de la couleur.
Toutes les nuances de Bleupour les années de jeunesse, de l’accident à la rencontre avec Diego. Bleu d’acier pour l’accident. Bleu roila rencontre avec le plus grand peintre mexicain. Bleu outremer : le corps brisé. Bleu ciel, le ciel de son lit …Bleu égyptien, bleu ardoise, bleu safre….
Rougeles années américaines (1930 -1932) les succès des murales de Diego, les succès mondains, mariage, rouge le sang rouge de la fausse-couche, la douleur de cet avortement, rouge politique celui de la Révolution. Rouges, les tromperies de Diego, homme à femmes…
Les tromperies de Diego ne sont pas un sujet, c’est un éléphant dans la pièce. C’est l’éléphant d’el Elefante qui s’installe de force dans la cuisine en terre cuite de Fridita et fait tomber toute la vaisselle par terre avec sa large trompe incontrôlable. Trompe-Tromperies. Ce n’est pas le bon terme d’ailleurs, pour tromper il faudrait dissimuler au moins. Avoir un souci de la mise en scène. Gratifier l’autre d’un suspense.
Jaune les années 1933-1940, Jaune safran, jaune piquant, jaune beurre frais, jaune sable de la séparation, qui passe finalement à un jaune réséda, jaune tiède et âcre, du départ pour l’Amérique puis Paris, voyages seule, sans Diego. un jaune qui sent l’amertume, le manque même si Frida connait ses plus grands succès…jaune flash et j’en passe! Jaune ciel de Paris, les surréalistes, Marcel Duchamp, jaune du divorce….
tu te souviens, Diego ? En vérité, rien n’a de couleur devant mes yeux, si je ne partage pas les visions avec toi, c’est un gris qui s’abat, et qui étouffe même les chants des perroquets, il n’y a plus de contours, c’est pour toi que je peins,
Noirs les chapitres de la fin , noirs et gris cendres de la maturité, de la douleur qui ne la quittera jamais vraiment, noir de la mort.
J’ai aimé ces pages colorées. J’ai aimé les descriptions précises de certains tableaux. Claire Berest sait décrire la passion qui a animé toute la vie de Frida, passion amoureuse pour Diego, mais aussi passion pour la vie, la peinture. immense appétit de vivre, même si cette vie fut douloureuse, Passion comme celle du crucifié?
Anticipation et dystopies ne sont pas mes lectures favorites. L’histoire et la géographie me suffisent ; les mondes imaginaires m’intéressent rarement. Néanmoins, depuis contagions, épidémies et confinement je me suis tournée vers des récits d’anticipation.
Dans un futur non précisé, la géopolitique a suivi des tendances qu’on devine aujourd’hui. Sous l’effet des nationalismes, les états se sont fracturés : Tel Aviv a fait sécession du Grand Israël ultra-orthodoxe sous protection des Russes
La société israélienne s’était réfugiée dans la religion quasiment sans s’en rendre compte. Lassés par la querelle sans fin avec les Palestiniens, épouvantés par l’arrivée des djihadistes aux portes du pays puis par les guerres fratricides des pays arabes, déboussolés par la perte d’influence de l’allié américain et la montée en puissance du partenaire russe, de nombreux jeunes en quête de valeurs s’étaient enfermés dans l’étude de la Torah.
En revanche les laïcs – les Résistants – se sont concentrés à Tel Aviv :
La cité côtière était devenue un vaste caravansérail où les laïcs de tous horizons, juifs en majorité mais aussi chrétiens et musulmans, venaient retrouver l’utopie des premiers kibboutznikim
Pourtant, Tel-Aviv n’était pas le premier exemple de sécession dans le monde. La Californie venait de se séparer du reste de l’Amérique, on y vivait désormais en autosuffisance au sein de communautés qui tentaient de raviver l’esprit hippie et le folklore des années 1970. L’Écosse, la Catalogne, le Pays basque mais aussi le Tyrol….
Le réchauffement climatique n’était plus un chiffon rouge mais une réalité, les pays du Sud étouffaient et ceux du Nord se cadenassaient pour bloquer l’afflux des réfugiés.
Le monde était devenu une succession de murs et de cloîtres. On ne se voyait plus, on ne se parlait plus.
Un nouveau mur parfaitement étanche sépare les Ultra-religieux des Résistants de Tel Aviv. Tandis que les Israéliens se consacrent à la prière, leurs alliés russes protègent le Grand Israël et lui fournissent un arsenal de drones programmés pour tuer les fugitifs ou les infiltrés.
Des robots tueurs ? Je pensais qu’il s’agissait juste de nous équiper de drones sophistiqués. Cela signifie que la décision de tirer ne dépendra plus des humains ?
Haïm, un conseillé du Premier Ministre prend la fuite juste avant la mise en fonction de ces drones-tueurs dotés du pouvoir d’éliminer sans intervention humaine, grâce à l’intelligence artificielle. Révolté par ce procédé, il veut confier les plans de la surveillance électronique aux Résistants de Tel Aviv. Son successeur Isaac aura les mêmes problèmes de conscience.
Les Arabes palestiniens ont été déportés du Grand Israël, Moussa et Malika se cachent dans des grottes. Ils se joindront à Ana, la femme de Haïm pour fuir vers Tel Aviv. Il est urgent qu’ils rejoignent l’autre côté avant que les drones ne soient activés. Nous suivrons donc l’exode de ces fuyards.
Avec l’arrivée de Haïm à Tel Aviv, nous découvrons la cité utopique, multiculturelle et égalitariste, féministe. Privée de ressources financières les habitants sont retournés à la débrouille et au troc. Expérience chaleureuse mais non dénué de conflit. Des extrémistes de la laïcité « ni voile ni perruque » menacent la paix civile. Le flic Eli (arabe malgré ce prénom qui sonne juif) est chargé d’une mission secrète et doit passer le Mur…
C’est donc un thriller avec une histoire d’amour où Ana joue une rôle central. Si l’analyse politique m’a intéressée, je suis moins convaincue par la psychologie des personnages. La personnalité d’Ana ne m’a pas parue crédible et celle des personnages masculins un peu simpliste.