Arrivée au Caire : notre hôtel place Tahrir

CARNET EGYPTIEN 2019

la place Tahrir et le musée égyptie vus de la terrasse de City View

Malgré les grèves le voyage s’est passé à merveille : le taxi venu à 10 h n’a pas eu plus de bouchons qu’à l’ordinaire et nous sommes arrivées avant l’ouverture du comptoir d’Egyptair. A l’enregistrement de nombreuses familles avec bébés, porte-bébés, poussettes et bagages démesurés (Egyptair offre deux bagages en soute de 23kg et ils sont très tolérants pour les bagages en cabine) . L’avion décolle avec une heure de retard. Arrivée 21h15. L’assistance de Dominique attendait.

Au Caire, porteurs et autres auxiliaires sollicitent le bakchich ; ce n’est ni discret ni honteux, cela a le mérite d’être clair, par ailleurs, ils rendent des services appréciables. Le chauffeur de la voiturette électrique nous obtient les visas à la banque (25$) en un temps record en passant devant la queue et change par la même occasion 100€, nous pouvons ainsi lui donner un pourboire royal !

Les familles égyptiennes laissent passer Dominique avec sa carte « handicapé » et sa béquille sans aucune acrimonie. Elles font même pousser les gens à qui on n’avait rien demandé. Grande gentillesse et patience dans les queues de la police aux frontières. Sans doute, savaient-ils qu’il est bien inutile de se presser puisque l’attente des bagages aux tapis roulants est interminable. Là, j’ai quelque angoisse : au voyage précédent Egyptair avait retenu une valise à la correspondance à Genève et le guide de l’Agence Sylvia était venu la chercher le lendemain. Mais nous étions en voyage organisé ! Avec le voyage organisé-par-nous-mêmes, nous serions bien embêtées ! Finalement les valises arrivent. Le chauffeur envoyé par l’hôtel nous attendues deux heures.

Avec un peu de patience, tout s’est bien déroulé !

Autre sujet d’inquiétude : dans l’avion, nous sommes les seules touristes. Les passagers sont des familles égyptiennes, des hommes d’affaires. Serons-nous les bienvenues au Caire ?

J’essaie de reconnaître le trajet de l’aéroport au Centre-ville par autoponts et voies rapides. Les panneaux lumineux de taille XXL éclairés se succèdent à quelques mètres les uns des autres : surtout des projets immobiliers, des voitures, peu de téléphones mobiles comme ailleurs.

L’hôtel City View s’affiche sur la Place Tahrir : un panneau au 5ème étage d’un bâtiment d’angle face au Musée. L’ascenseur dessert directement l’hôtel. Tout est conforme à la réservation. Il est 23h30 quand nous nous installons. Klaxons et circulation démentielle, heureusement, j’ai prévu les bouchons d’oreilles.

Trois murs de la chambre sont peints en rose, le quatrième avec des rayures verticales orange qui se reflètent dans la glace. Rideaux orange assortis. Luxe : un petit réfrigérateur ! Sol de marbre beige-rosé. Les meubles simples ont des motifs orientaux (étoile à 8 branches deux carrés décalés) un coffre avec de jolies ferrures fait office de coiffeuse. Luminaires en laiton et parchemin. Décor simple, un peu désuet, oriental, sans cliquant. Fonctionnel, un peu poussiéreux. Exactement le genre d’hôtel que nous affectionnons. La Wifi est satisfaisante, pour garder le contact. Il faut couper les données mobiles, Internet est une ruine et le téléphone hors de prix.

Egypte pratique : prenez des Euros!

CARNET ÉGYPTIEN 2019

Sphinx et pyramide

Si l’aventure d’un voyage indépendant vous tente, il est bon de savoir que dans les petits hôtels, les restaurants et les boutiques, la Carte de Crédit ne vous sera d’aucune utilité.

Si, comme nous, vous avez réservé en ligne sur Booking.com et que le site vous a aimablement prévenu que vous paierez sur place, traduisez : vous paierez en espèces et non pas en Carte de crédit. Même si la vie n’est pas chère en Egypte, vous allez avoir besoin de liquidités.

Pas de panique!  il y a des guichets absolument partout où il y a des touristes, parfois même près de la billetterie des sites comme à Abou Simbel! Demandez en anglais ATM, on proposera même de vous y accompagner, ce qu’il faudra décliner avec le sourire mais fermement.

Cependant, les guichets délivrent au maximum 2000 Livres Égyptiennes (EGP, ou Guinees) ce qui correspond à environ 100€ (avec les diverses commissions de change et frais bancaires 117€). Vous allez visiter souvent ces automates! Il convient de prévenir sa banque avant le départ et éventuellement de faire remonter le plafond disponible pour « 7 jours glissants » cela évitera de mauvaises surprises.

En revanche nombreux hôtels annoncent le prix de la chambre en $ ou en €. Si vous disposez de devises, vous allez éviter de payer les frais bancaires.

De plus, certaines attractions sont payables uniquement en $ ou en € : c’est le cas du Louxor Pass 

qui est valable 5 jours consécutifs et qui donne accès à tous les sites pour 90$ sans les tombes de  Nefertari et Sethi 1er (pass standard) ou 180$ le Premium avec Nefertari et Sethi 1er. J’ai dû y renoncer puisque je n’avais plus de devises à Louxor.

La petite monnaie est un réel problème. Si vous donnez l’appoint vous paierez le prix convenu, si vous donnez un gros billet (200EGP ou 100EGP) on vous regardera d’un air catastrophé. Si vous donnez 50 EGP pour une bouteille d’eau ou une course en taxi de 30, on ne vous rendra tout simplement rien du tout. Seules les petites épiceries locales semblent rendre la monnaie, c’est l’occasion d’en faire.

Collectionnez les billets de 5 guinees  pour la traversé du Nil sur le ferry local baladi et de 10 pour les pourboires que le gardien des diverses tombes ou temples sollicitera ouvertement. Si vous n’avez que des 50 ou des 20, il ne rendra pas la monnaie! Le pourboire est « dans la culture égyptienne » il convient donc d’en donner, mais avec discernement! Le porteur qui aura transporté à travers la gare 2 ou 3 valises demandera 50, et ce sera bien mérité. Le gardien de tombe dans la Vallée des Reines qui a passé tout son temps à jouer avec son téléphone mobile n’aura rien, il faut quand même rendre un service même minime!

Attention aux convertisseurs de devises sur Internet! Ils ne prennent pas en compte les commissions des banques. Ils sont quand même bien utiles pour payer en argent égyptien les sommes annoncées en € ou en $ à l’hôtel  (s’il y a de la Wifi) . Une conversion facile (en 2019) est d’enlever un zéro et de diviser par 2, on obtient un ordre de grandeur. Quand on fera les comptes il faudra ajouter 10% au moins. Mais cette opération simple permet de remettre les pendules à l’heure : une course de taxi à 20 livres c’est 1€, pourquoi s’en priver ?

Retour d’Egypte : un voyage cool pour profiter de la douceur de l’Egypte

CARNET ÉGYPTIEN 2019

Felouque à Assouan

Comment rédiger ce 4ème carnet?

Nous avons retrouvé les sites découverts lors de nos précédents voyages,  moins oubliés que je ne l’imaginais. 17 ans se sont écoulés depuis nos visites aux Pyramides, à Saqqarah et Memphis, Assouan…  décrits minutieusement. Vais-je retranscrire mon journal de bord comme d’habitude?ou corriger le carnet 2002 qui a perdu ses illustrations lors des migrations du blog de Voix-Nomades, au Monde, puis WordPress, ? Peut être devrais-je rédiger autrement, par thèmes?

9 ans après la Révolution des Printemps arabes, qu’est-ce qui a vraiment changé?

Colosses de Memnon vus de notre terrasse

Difficile d’apprécier de ma position de touriste, même touriste attentive,  confinée aux zones touristiques, aux sites archéologiques protégés.  Seuls contacts avec la population sont les hôteliers, ou les vendeurs de souvenirs. Nous avons côtoyé les égyptiens ordinaires dans les trains et  les taxis . La barrière de la langue est une  difficulté majeure.

Observations amusantes et  faciles : mes collègues touristes. Le changement est flagrant. Très peu d’Occidentaux, Européens, Britanniques ou Américains. L’Asie débarque en force, les Chinois en groupes serrés, Japonais et Coréens peut être plus dispersés. Indonésiens, Pakistanais, Indiens et Bangladais se fondent plus dans le paysage : les femmes sont voilées ;  comme les Égyptiens, ils portent parkas et bonnets prévus pour se prémunir de la froidure de décembre. L’Amérique du Sud – Brésil, Chili et  Mexique – fournit des contingents non négligeables. Bien sûr, tout ce monde se déplace en groupe!

Précédemment, nous n’avions pas osé construire nous-mêmes le voyage. L’agence locale Sylvia nous avait fourni circuits, hébergements, et le plus souvent, un petit car jaune et marron avec chauffeur et guide. Cette fois-ci, nous nous sommes lancées seules. Réservations d’hébergements avec Booking.com, train-couchettes et train de jour, en 1ère classe, quand même! Sur place, nous avons fait confiance aux hôteliers pour les excursions et j’ai utilisé les bus locaux et ferry baladi (populaire) pour quelques dizaines de livres.

Au fil du Nil Coum Ombo

Nous avions snobé les petites croisières sur le Nil, entre Assouan Louxor, qui nous semblaient le comble du tourisme de masse. Nous avions bien tort! Les trois jours de croisière ont été une expérience tout à fait plaisante : luxe de la cabine et des buffets, programme complet de visites guidées. Nous avons apprécié la   navigation à petite vitesse, les berges du Nil vus du pont du bateau…Trois jours très complets et luxueux pour une somme dérisoire.

A condition de prendre son temps, on peut tout à fait se débrouiller seules!

 

 

Le 6ème jour – Andrée Chedid (1960)/Youssef Chahine (1986)

LIRE POUR L’EGYPTE

« Dans six jours, je serai guéri. N’oublie pas ce je te dis : le sixième jour ou bien on meurt ou on ressuscite. Le sixième jour.... »

Explique l’oustaz Selim qui sent les premières atteintes du choléra à Oum Hassan, la grand mère d’Hassan, vieille paysanne revenant du village anéanti par l’épidémie.

1948, le choléra sévit en Egypte.

Dans les campagnes, pour éviter la contagion, une ambulance enlève les malades qu’on isole dans une sorte de campement tandis que leurs biens sont brûlés. Peu ou pas de soin, peu ou pas d’espoir de guérison. Les parents cachent les malades pour qu’on ne les emmène pas.

Saddika, Oum Hassan arrive juste à temps au village pour les funérailles de sa soeur. Quand elle revient au Caire la maladie a déjà atteint la ville. On rétribue les citoyens qui dénoncent les cas d’infection. Okkazionne, le montreur de singe, se réjouit de cette source de revenus providentielle.

Quand Oum Hassan découvre les premiers symptômes sur son petit fils, elle prend la fuite avec l’enfant. Elle fait confiance en la parole du maître d’école, il suffit d’attendre six jours. Elle installe Hassan sur une charrette à bras, puis le cache dans une cabine de lessive sur le toit, enfin dans une felouque qui descend le Nil vers la mer.

Ce court roman (156 pages) raconte cette fuite éperdue, l’amour immense de la vie. Saddika ne prodigue pas de soins, elle insuffle l’énergie vitale dont elle déborde en parlant à l’enfant, en lui racontant des histoire, en protégeant le petit corps affaiblit. Il lui semble que tout l’amour qu’elle lui porte le protégera pendant les six jours fatidiques;

Je chante pour la lune
Et la lune pour l’oiseau
L’oiseau pour le ciel
Et puis le ciel pour l’eau
L’eau chante pour la barque
La barque par ma voix
Ma voix pour la lune
Ainsi recommencera.
Dans la terre et dans l’eau
Ma chansonvoyagera
Où le noir est si haut
Ma chanson s’effacera
La lune m’entendit
Et par la lune, l’oiseau
Le ciel m’entendit
Et par le ciel, l’eau
La barque m’entendit
Et par la barque, ma voix
Ma voix m’entendit
Et j’entendis ma voix.
         

Une Egypte encore rurale et traditionnelle évoquée avec délicatesse et poésie.

J’ai voulu revoir le film de Youssef Chahine tiré du livre vu il y à sa sortie en 1986, dont je n’avais gardé qu’un très vague souvenir.

Première surprise, une grande Saddika : Dalida voilée de noir, mais loin de l’idée que je m’étais construite à la lecture du roman.

D’un récit tout simple, linéaire, le cinéaste a construit une oeuvre complexe où l’amour maternel n’est plus le sujet unique de l’histoire. Choléra, certes, mais aussi occupation britannique. Le personnage d’Okka devient central, de simple montreur de singe, vivant d’expédient, il devient un véritable acteur, danseur, inspiré par Gene Kelly qui danse sous la pluie présent dans la maison de Saddika avant le drame. Autre thème : l’amour du spectacle et du cinéma avec des allusions cinéphiles.

Même la fin, est très différente, plus visuelle au cinéma.

Le Pharaon renversé -18 jours qui ont changé l’Egypte – Robert Solé

LIRE POUR L’EGYPTE

Le pharaon c’est Hosni Moubarak, le théâtre, la place Tahrir, Robert Solé raconte jour après jour la Révolution du 25 janvier 2011.

Dans exactement une semaine, nous serons sur le lieux : notre hôtel City View donne sur la place Tahrir. Il était donc logique que je commence ma série de lectures égyptiennes par cet ouvrage! Notre dernier voyage date de 2010, nous avons eu peur de revenir au Caire depuis. Pourtant depuis la Révolution de Jasmin nous sommes allées deux fois en Tunisie!

 

Voyager pour lire/lire pour voyager : Islande

LIRE POUR L’ISLANDE

Une nouvelle aventure se profile. Avant de refermer ce carnet islandais, un bilan des lectures autour de ce voyage bien que je n’ai pas encore épuisé tous les titres que j’ai notés.

Avant de partir :

Coup de cœur pour Karitas de Kristin Marja Baldursdottir,surtout le premier tomequi m’a accompagnée tout au long du circuit aussi bien dans le salage du poisson que dans les fermes de tourbes, avec les machines à tricoter et les objets de la vie quotidienne rurale qu’elle raconte si bien. Avant la 1ère Guerre mondiale, pour faire le tour de l’Islande, il fallait prendre le ferry ou traverser des rivières glaciaires en crue. Tout cela fournit déjà un bon arrière-plan à un circuit touristique!

Thingvellir une eau transparente

Pour le Cercle d’Or et Thingvellir : La Cloche d’Islande de Laxness raconte le fonctionnement de l’Althing, ce Parlement qui s’est réuni de 930 à 1799, en plein air dans la faille d’Almanagja . C’est aussi un magnifique roman historique qui raconte la vie misérable de l’Islande au 18ème siècle, pressurée par le roi du Danemark, en proie à des épidémie et des catastrophes naturelles. Il évoque aussi un passé plus glorieux, plus ancien du temps des sagas et les guerres de Religion quand le Danemark a imposé la Réforme aux évêques catholiques. C’est un gros roman, de  pages, touffu que j’ai lu au retour de voyage. mais si je l’avais lu avant j’aurais sans doute mieux apprécié la visite de Thingvellir.

Des polars pour avant, après, pendant :

Les meilleurs, ceux D’Arnaldur Indridason aussi bien les enquêtes d’Erlendur que celles de Konrad, se lisent d’un trait. non seulement l’intrigue est très bien troussée mais on apprend des tas de choses sur l’Islande contemporaine, mon préféré : La Femme en Vert, les autres sont aussi très bien : L’Homme du Lac est situé pendant la guerre froide, Le Passage des Ombres commence en 1944 quand les troupes alliées étaient basées en Islande, j’ai moins accroché avec Hypothermie. Toutefois, tout Indridason est à lire!

Reykjavik moderne vue du clocher

Ragnar Jonasson est également l’auteur de romans policiers, peut être moins passionnants qu’Indridason mais décrivant très bine une ambiance islandaise dépaysante pour nous. Snjor se passe aux alentours de Noël à Siglufjördur, au nord de l’Islande dans une ambiance neigeuse, glaciale. La dame de Reykjavik est aussi une bonne façon d’aborder la capitale islandaise.

Au retour : les excellents romans de Jon Kalman Stefansson sont des coups de cœur littéraires et poétique : j’ai découvert l’auteur avec Le Cœur de l’Homme qui est le 3ème tome d’une trilogie, j’aurais mieux fait de me renseigner pour lire les deux autres tomes avant! J’ai beaucoup aimé D’ailleurs les poissons n’ont pas de pieds qui se passe beaucoup à Keflavik et aussi Asta, un roman d’amours complexes et multiples…

Vous pouvez aussi lire La sagesse des Fous d’Einar Karason, saga familiale un peu déjantée lue avec plaisir.

Avec grand déplaisir : Illiska d‘Erikur Orn Norddahl sous- titré « Le Mal » où l’évocation des massacres des Juifs en Lituanie voisine avec celle des milices nazie, et des ultra-droites actuelles dans une ambiguïté assez nauséabonde.  Cette littérature décomplexée me met mal à l’aise.

 

Audur Ava Olafsdottir est aussi bien traduite en français. J’ai été très déçue par Rosa Candida que j’ai trouvé bien mièvre (et qui ne se déroule pas en Islande). J’ai nettement préféré Miss Islande qui raconte comment dans les années 1950, il était difficile pour une femme de faire une carrière littéraire, et pour un homme gay de vivre ouvertement.

Nuage de cendre de Dominic Cooper est un roman historique qui

les coulées du Laki

raconte l’Islande de la fin du 18ème siècle après les éruptions volcaniques. Très noir. L’auteur est britannique mais le roman est très documenté.

 

Je terminerai par trois ouvrages classiques Han d’Islande de Victor

les bateaux de la Grande Pêche

Hugo, Pêcheur d’Islande de Pierre Loti et Voyage au Centre de la Terre de Jules Verne. les deux premiers ne se déroulent pas du tout en Islande. Han d’Islande,dans une Norvège imaginée par le jeune Victor Hugo, Pierre Loti à Paimpol et Le Voyage au centre de la Terre dans un décor devant tout à l’imagination de l’auteur. Néanmoins, ces lectures cadrent bien dans le voyage littéraire en Islande.

J’ai gardé pour la fin, le plus difficile, le plus célèbre peut être :  Snorri Sturluson l’auteur de sagas et de l’Edda au 13ème siècle que les Islandais comparent à Homère et aux plus grands. J’ai cherché une saga , j’ai trouvé la saga de saint Olaf mais j’ai calé après un peu plus de 100 pages. Les vikings batailleurs m’ont un peu lassée.

En revanche j’ai beaucoup aimé les aventures de la Saga d’Eirikr le Rouge qui raconte la colonisation du Groenland et la découverte de l’Amérique, le Vinland.

La Cloche d’Islande – Laxness

LIRE POUR L’ISLANDE

Thingvellir : Almanagja

Halldor Laxness (1902 – 1998), lauréat du Prix Nobel 1955.

La Cloche d’Islande est une fresque historique se déroulant au début du 18ème siècle, en Islande et dans les pays voisins.

incipit :

« Il fut un temps, est-il dit dans les livres, où la nation islandaise ne possédait qu’un seul bien de valeur marchande. C’était une cloche. Cette cloche était suspendue au pignon de la maison de la Lobretta, à Thingvellir, sur la rive de l’Öxara, attachée à une poutre sous les combles; on la sonnait pour se rendre aux tribunaux avant les exécutions…. »

Cette cloche ne jouera aucun rôle dans l’histoire, le roi de Copenhague ayant besoin de bronze pour fondre des canons vint la réquisitionner. Cette cloche est le symbole de la nation islandaise et le rapt de la cloche est le prélude à l’oppression que le Danemark a imposé à l’Islande. Il est significatif de noter que La Cloche d’Islande fut publiée en 1943 alors que l’Indépendance de L’Islande fur prononcée à Thingvellir le 17 juin 1944 sur place.

Le livre se compose de trois parties : La cloche d’Islande  raconte les pérégrinations de Jon Hreggvisson, paysan gaillard et paillard, voleur de corde, peut être meurtrier sans remords du bourreau du Roi du Danemark. Rustre peut-être, mais insolent et poète, il rimaille à chaque occasion,

Le gaillard obtint son déduit,

Mit près de soi la femme dans son lit

De l’ivresse d’amour empli,

De l’ivresse d’amour empli

A peine avait-elle dit oui »

Toute sa vie, il chante Les Anciennes Rimes de Pontus pour narguer les bourreaux ou les autorités.

Condamné à mort, il s’enfuit, arrive en Hollande, puis au Danemark pour solliciter la grâce du roi. Roman picaresque, pas de cape ni épée, quand Jon a un chapeau, des bottes et une corde il est déjà heureux.

ferme de tourbe

La Vierge Claire, est centrée autour du personnage très séduisant de Snaefrid, le soleil de l’Islande, fille du Gouverneur de l’île mais mal mariée au junker Magnus de Braedradunga. Ce dernier  possède un domaine aux fermes de tourbe à moitié en ruine. Soiffard, il est capable de vendre ses terres, ses fermes et même sa femme pour un verre d’eau de vie. Réduite à la mendicité par son mari, Snaefrid se réfugie chez sa soeur, la femme de l’évêque de Skalholt.

La dernière partie L’Incendie de Copenhague gravite autour du savant Arnas Arneus , vice-gouverneur de sa Gracieuse Majesté, assessor consistori, professor philosophiae et antiquitatum Danicorum. Cet érudit cherche à retrouver et à préserver les manuscrits islandais anciens. Il les déniche dans les lits des paysans qui utilisent le parchemin pour ressemeler les chaussures, ou pour obturer les fenêtres. Pour retrouver le livre d’une islandaise parvenue jusqu’en Amérique dans les temps anciens, il va jusqu’à  Rome. Il ne se contente pas de collectionner les livres anciens, il tente d’utiliser son crédit auprès du Roi du Danemark pour améliorer l’ordinaire et la justice rendue à l’Althing de Thingvellir.

Livre d’histoire décrivant la vie misérable des Islandais au début du 18ème siècle. Les marchands danois ont le monopole du commerce et il est strictement interdit aux Islandais d’entrer en contact avec les navires hollandais ou anglais qui croisent dans la région. Les pêcheurs islandais n’ont d’autre choix que de livrer leur pêche à Copenhague (huile de baleine) quand ils peuvent pêcher car on leur rationne corde, ficelles et hameçons pour leurs lignes. La disette règne sur l’île. Peste, variole, lèpre déciment la population.

Livre d’histoire mais aussi livre de poésie nourri de légendes nordiques, de sagas, de généalogies, d’érudition et même de latin.

Au retour d’Islande, je peux mieux imaginer comment l’Althing – le parlement vieux de plusieurs siècles – a perduré, non pas comme institution qui légifère mais comme tribunal où se rencontrent nobles et mendiants, marchands et évêques. On voit aussi faucher l’herbe, traverser les rivières glaciaires. Chevaux, chiens ne sont pas oubliés.

Une conclusion magnifique à notre voyage et à toutes ces lectures islandaises!

Le Rêveur de la Forêt – Musée Zadkine

Exposition temporaire jusqu’au 23 février 2020

A l’entrée du Musée Zadkine

Le Musée Zadkine est au 100 de la Rue d’Assas juste en face de la Faculté de Pharmacie, en haut du Luxembourg. Il est bien caché sur une placette ombragée dans une maison basse  et un atelier au  fond du jardin arboré orné de sculptures en bronze.

Zadkine

L’exposition Le Rêveur de la Forêt est mêlée aux collections permanentes et s’y intègrent parfaitement. Les œuvres dialoguent. On entre d’abord en lisière de la forêt avec les très beaux vendangeurs de Zadkine qui sont en compagnie d’un beau tableau d’une forêt automnale

Natalia Gontcharova

De Natalia Gontcharova et d’un curieux tableau de Dubuffet où des couches de terre encroûtent la toile.

Dubuffet

On reconnaît facilement la forêt de Giacometti

Giacometti

La seconde salle est appelée Genèse – création ou matrice du vivant – colorée par le tableau fleuri de Séraphine de Senlis

Séraphine de Senlis

Forêt naïve du Douanier Rousseau ? Non, c’est l’étrange Conglomeros créature étrange de Victor Brauner dans le décor qui rappelle que Victor Brauner a succédé au Douanier Rousseau dans le même atelier, hommage au maître.

Victor Brauner : Conglomeros – la rencontre du 2 rue Perret

Un autre être hybride lui répond : l’Hermaphrodite de Zadkine

Zadkine : Hermaphrodite

Les nuages  blancs de Jean Arp ont pour titre chapeau-forêt . Mais Arp précise « nous ne voulons pas copier la nature…ces sculptures devfraient rester anonymes comme les arbres de la forêt ». 

Jean Arp

En compagnie de deux sculptures sur pierre, une Tête héroïque en granite qu’un glacier a laissé près de Vitebsk, et de Sisyphe gravé je découvre les créations d’Hichem Berrada, créatures aléatoires nées dans des aquariums à la cire perdue ou de cristallisations. je les ai rencontrées au Louvre-Lens, à Pontoise et dans le Parc du Château de Versailles et jamais elles n’ont été si bien à leur place!

Hichem Berrada : Keromancie

je suis fascinée par les étranges photographies de Pascale Gadon-Gonzalez, superpositions de microphotographies et jeu d’échelles, je me crois dans une forêt de pin un peu fantastique.

Germaine Richier : chauve-souris

J’aurais aussi pu citer Pennone et ses lentilles -miroirs, l’arbre foudroyé d’André Masson. Sans oublier les sons captés par Ariane Michel….

Pour arriver au Bois sacré/Bois dormant, dans l’atelier il faut traverser le jardin. Dans ce Bois sacré, j’ai surtout retenu les grandes figures mythologiques de Zadkine : Prométhée, Daphnée. Mais d’autres grands de la sculptures les accompagnent.

Zadkine : Daphnée

Je pourrais ajouter toutes les photos des bronzes que j’ai prises dans le jardin….

 

 

La Saga d’Eirikr le Rouge

LIRE POUR L’ISLANDE

Un peu dépitée de n’avoir pas été capable de terminer la Saga d’Olafr de Snorri Sturluson que j’ai abandonné à peine à mi-parcours, j’ai cherché une autre saga plus abordable, et j’ai trouvé!

La Saga d’Eirikr le Rouge est un texte court et facile d’accès, avec la restriction qu’il faut se reporter aux notes de fin de chapitre pour se situer dans la géographie ou les titres islandais ainsi que les noms de bateaux.

Comme c’est la règle, chaque personnage est introduit par une généalogie abondante qui aurait pu être fastidieuse si les noms (récurrents) n’avaient pas été affublés de surnoms amusants.

« Il y avait un homme appelé Thordr qui habitaitt Höfdi dans les Höfdaströnd. Il avait épousé Thorgerdr, fille de Kjarvalr, roi des Irlandais. Thordr était le fils de Björn Beurre-en-Boîte, fils de Hroaldr-le-Triste, fils d’Aslakr, fils de Björn Flanc-de-Fer, fils de Ragnarr-au- braies-velues… »

Ces Vikings ne se contentaient pas de l’océan autour de l’Irlande et de la Norvège. On les suit en Irlande où le roi de Dublin (Dyflinn) était viking comme en Ecosse (Katanes) aux Hébrides et aux Orcades où aborde la dame Audr après avoir fait confectionné un knörr (navire) en secret.

Le voyageur du soleil sur le port de Reykjavik

Eirikr le Rouge fut d’abord mêlé à nombreuses querelles de voisinage quand ses esclaves provoquèrent un glissement de terrain sur les fermes d’un parent d’Eyjolf la Fiente qu’il tua, ce qui lui valut un bannissement. Puis une querelle à propos d’un prêt de poutres de sa salle

« alors il réclama ses poutres et ne les obtint pas. Il vint chercher les poutres à Breidabolstadr mais Thorgestr se mit à sa poursuite. Il se battirent à peu de distance de l’enclos de Drangar. périrent les deux fils de Thorgestr… »

Deux morts pour des poutres, ces vikings étaient vraiment très querelleurs!

Eirikr équipa un bateau et partit coloniser le Groenland.

Grands navigateurs, les vikings étaient aussi des voyageurs de commerce comme Einarr qui s’enrichit si bien qu’il pensa demander la main  de la fille du bondi Thorbjörn

« tu pourras, bondi, en retirer grand appui pour raisons pécuniaires »…- « Je ne m’attendais pas de toi de tels propos que je doive marier ma fille à un fils d’esclave ; et vous devez trouver que mon bien diminue pour me donner de tels conseils… »

Plutôt que déroger ils s’embarquèrent aussi pour le Groenland.

La saga se déroule autour de l’an mil, alors que les Vikings n’étaient pas encore tous christianisés. Des pratiques païennes étaient encore en vigueur et des prophétesses disaient l’avenir lors de banquets.

parures vikings au Musée National de Reykjavik

J’ai beaucoup aimé tous les détails relatifs à ce banquet et aux atours de la prophétesse:

En hiver, Thorbjörg avait coutume d’aller à des banquets : l’invitaient surtout les gens qui étaient curieux de connaître leur destinée ou ce que serait la saison prochaine. Et comme Thorkell était le plus grand bondi, on pensa que c’était à lui de savoir quand cesserait la disette qui régnait alors. Thorkell invita la prophétesse et on lui fit bon accueil comme c’était la coutume quand s’agissait de recevoir des femmes de ce genre. On lui prépara un haut siège et l’on plaça sous elle un coussin. il devait y avoir dedans des plumes de poule. Le soir, lorsqu’elle arriva avec l’homme qui avait été envoyé à sa rencontre, elle était équipée de telle sorte qu’elle portait un manteau bleu à fermoir, aux pans tout ornés de pierreries de haut en bas . elle avait au cou un collier de perles de verre, un capuchon de peau d’agneau noire sur la tête, doublé à l’intérieur de peau de chat blanche ; elle avait un bâton terminé par un pommeau ; ce bâton étai orné de laiton et le pommeau était tout entouré de pierreries. Elle avait une ceinture d’amadou à laquelle était attachée une escarcelle de peau de veau à longs poils, avec de longs lacets et de gros boutons d’étain au bout. Aux mains, elle portait des gants de peau de chat….. »

Pour que sa magie opère, il fallait chanter un poème Vardlokur. La seule qui le connaissait était une chrétienne qui fit d’abord des difficultés à se mêler à ces pratiques magiques…

Eirikr avait épousé une femme qui s’appelait Thjodhildr et eut d’elle deux fils Thorsteinn et Leifr. Alors que Thorsteinn était resté au Groenland auprès de son père, le cadet fit voile d’abord vers la Norvège à la cour du roi Olafr qui le chargea d » christianiser le Groenland.

Leifr le découvreur de l’Amérique : statue devant l’église de Reykjavik

« Leifr prit la mer, y resta longtemps et trouva des terres auxquelles il ne s’attendait pas du tout. Il y avait des champs de froment qui s’étaient ensemencés d’eux-même et des plants de vigne, il y avait là des arbres qui s’appellent mösurr (érables): ils emportèrent des morceaux de bois si grands que l’on s’en servit pour faire des maisons »

Leifr avait découvert l’Amérique qu’un bon nombre d’Islandais cherchèrent à coloniser. La coexistence avec les Indiens (ou les Inuits) fut d’abord pacifique puis la situation s’envenima et ils rebroussèrent chemin dans les années 1004.