Pour moi, le Greco avait peint des hommes au visage allongé, un peu mystérieux, très espagnols….avait peint Tolède…
Domenikos Theotokopoulos est né en Crète en 1541 et nous avons vu sa maison et la petite église byzantine à Fodele.
J’ai toujours eu du mal à faire le lien entre Tolède et Fodele. Cette exposition me fait découvrir l’oeuvre et le parcours du peintre
Domenikos Theotokopoulos a commencé à peindre des icônes et ce n’est pas un hasard s’il se réfère à Saint Luc, le peintre de la Vierge (en Grèce, on a retrouvé tant d’images miraculeuses de la Panaghia peintes par Saint Luc).
Candie, au 16ème siècle, était vénitienne. Venise, 1567, à l’arrivée du Greco était la ville de Titien, du Tintoret, Veronèse…il devait être difficile de rivaliser avec tant de célébrités. Greco, alors peint des petits formats, de la taille de petites icônes. Sa palette comporte surtout des bruns, quelques taches rouges..>Le triptyque de Modène est un chef d’oeuvre de cet art miniature « penser grand, peindre petit » aurait-il déclaré.
triptyque de Modène
La peinture illumine bientôt ses tableaux. Greco se met à l’Ecole vénitienne…
Annonciation
Le songe de Philippe II (1577) se réfère à la Bataille de Lepante (1571) bataille très espagnole mais aussi très grecque!
Grec? Vénitien? Espagnol? Il est aussi passé par Rome où il a vu les œuvres de Michel Ange…
J’avoue, les grandes toiles religieuses m’ont un peu ennuyée. En revanche les portraits sont saisissants de modernité.
Portrait du Cardinal Nino de Guevarra
Je pense au Titien, quelle audace ces lunettes!
Le Saint Martin est très espagnol, on l’utiliserait pour illustrer Don Quichotte! (et oui Cervantes était lui aussi à Lepante!)
Un Saint Martin très espagnol!
Beaucoup de sujets religieux mais pas que….j’ai aimé ces variations sur le souffleur de braises
la fable
Greco travaille à des variation, m’explique-t-on dans l’exposition. Il revient sur des thèmes pendant de longues années comme pour Jesus chassant les marchands du temples qu’il a peint successivement en 1570- 1575 – 1600 et 1614. La version de 1575 me plait beaucoup avec les 4 marchands dans le coin droit en bas
Jésus chassant les marchands du temple (1575)
La dernière version annonce la Vision de Saint Jean
jésus chassant les marchands du temple
Cette vision de Saint Jean : apocalypse est (pour moi ) une peinture extrêmement moderne, presque contemporaine qui pourrait figurer à côté d’un Picasso ou d’une peinture expressionniste
Vision de Saint Jean 1614
J’ai vraiment découvert Greco que je croyais connaître!
Aswan nubian house ne prend pas la Carte Bleue. Je pars sur la rive d’en face, en ville trouver un distributeur. Je fais l’expérience du ferry « baladi » populaire : 5 Guinées, quelques minutes. Je trouve une place du côté des femmes, ici on ne se mélange pas.
Le Musée Nubien est construit au-dessus de l’Old Cataract. Ce beau bâtiment de pierre fut dessiné par l’architecte égyptien Mahmoud El Hakim, crée avec l’aide de l’UNESCO dans le cadre du sauvetage des Monuments de Nubie.
Je me souviens bien de la section ethnographique avec les maisons avec de jolies façades -taille réelle -habitées par des mannequins, taille humaine. Les maisons nubiennes étaient des constructions en adobe avec de nombreuses pièces s’ouvrant sur une cour ouverte. Les façades étaient très ornées avec des motifs géométriques ; Le sol était en terre battue. On a aussi présenté du matériel d’irrigation : chadouf et saqiya, une école…pour garder le souvenir de toute une région, une culture noyée lors de la mise en eau du Haut barrage. J’avais rencontré des familles nubiennes avec leurs enfants venus retrouver leurs racines.
village nubien reconstitué section ethnographique du musée d’Assouan
Aujourd’hui, je passe plus de temps dans la section historique.
La Préhistoire est bien documentée, souvenirs des chasseurs des jungles du Nil quand abondaient girafes et hippopotames, gazelles et éléphants qu’on voit sur des pétroglyphes gravés dans du grès.
Au Néolithique (Nagada : 4500-4000 av. JC) en plus des silex soigneusement travaillés, des masses circulaires ont été façonnées dans des roches diverses, albâtre ou granite. Je découvre aussi des palettes de schiste pour moudre la galène pour le khôl et la malachite.
De magnifiques poteries fines, lisses brillantes et noires vernissées voisinent avec d’autres gravées. L’élevage et l’agriculture furent introduits par les Nubiens autour de 4000av JC.
Âge des Pyramides :
Je mélange un peu tout, l’histoire de la Nubie et de l’Egypte s’entremêlent. Entre la 1ère Cataracte (Assouan) et la 2ème les miens d’or et les carrières étaient importants pour les Pharaons égyptiens. Elles étaient parfois annexées à l’Egypte, comme Abou Simbel par Ramsès II. Des royaumes distincts ont coexisté : Kush et Méroé avaient à leur tête des souverains remarquables. Sénousert III construisit une ligne de fort jusqu’à la 3ème Cataracte pour défendre son royaume. Thoutmosis et les Pharaons de la 18ème Dynastie mirent fin au royaume de Koush.
Au 7ème siècle av. JC le Royaume de Méroé est représenté par une série de statues au style bien différencié de celles de l’Égypte même si les thèmes sont analogues.
La maquette de Philae illustre la fin du paganisme : les dernières inscriptions hiéroglyphiques sont datées à Philae 394 après JC alors qu’à Alexandrie, trois ans auparavant le temple de Sérapis avait été détruit par l’évêque Théophile.
Une salle entière est consacrée à la Nubie Chrétienne : un mur porte les fresques de l’église Abdella 10ème siècle, on voit aussi des maquettes d’églises coptes et des échantillons de tissus coptes
La salle de la Nubie islamique raconte l’histoire de la conversion à l’Islam par étapes :
Les premiers contacts (641 -658) ne furent pas décisifs. Un contentieux s’établit à propos des esclaves : ceux qui se convertissaient à l’Islam devenaient des Musulmans libres.
Au 10ème 11ème siècle un émirat fatimide puissant s’établit à Assouan.
Ce n’est qu’avec la conquête ottomane vers 1520 (Soliman le magnifique) que la Nubie devint ottomane alors que l’Egypte l’avait été au 10ème siècle et en 1250 avec les Mamelouks ;
Une section importante est dédiée aux barrages et à l’irrigation :
Les premiers projets remontent au 19ème siècle au règne de Mohamed Ali (1833) ? On divisa l’Egypte en cinq cercles d’irrigation.
Le vieux barrage (1898-1912) est l’œuvre d’un ingénieur britannique Sir William Willicocks. Il faut construit en granite d’Assouan. A l’ouest du vieux barrage fut creusé un canal navigable ?
Le Haut Barrage (1960-1971) 7 km en amont a noyé la Nubie sous le Lac Nasser.
Après la visite au Musée, je rentre par le ferry directement pour profiter du coucher de soleil sur la terrasse. Mais comme le réveil va sonner à 3 herues du matin nous nous couchons tôt vers 20h30.
Il me plait d’écrire « promenade en felouque » mais c’est en bateau à moteur que Badri nous fera faire le tour de l’Île Kitchener, et nous emmènera jusqu’à l’ancien barrage voir els villages nubiens.
Rendez-vous à 8h30 au pied de l’Aswan Nubian House .
Huppe
Deux huppes de posent sur les gros rochers, bon augure pour une promenade à tendance ornithologique !
les palmiers de l’Île Kitchener
Le matin, le Nil se teinte d’or, puis les dunes de la rive occidentale se reflètent dans le miroir d’eau. Nous accostons aux gradins de l’Île Kitchener attendues par les vendeurs de souvenirs. Je trouve l’écharpe blanche légère que je cherche depuis longtemps depuis que mon voile turc s’est déchiré. Bougainvillées fuchsia et orange, fleurissent le débarcadère tandis que les hauts fûts des palmiers forment une haie de colonnes blanches : palmiers royaux de Cuba ou d’autres aux troncs hérissés. Dans les carrés des essences venues du monde entier. Certains arbres sont gigantesques. C’est un endroit calme, apaisant. Sur al rive opposée les Tombes des Nobles se reflètent dans l’eau. On pourrait les visiter mais ce n’est pas prévu ce matin.
les tombes de nobles et les reflets
La suite de la mini-croisière est propose des observations ornithologiques. Le capitaine Badri, un nubien plus très jeune mais polyglotte a appris avec les touristes les noms des oiseaux.
Héron
Il sait où se tiennent les hérons, les aigrettes, les cormorans et même le balbuzard pêcheur (Osprey)Il ralentit l’allure et même coupe le moteur pour approcher les oiseaux et les prendre en photo. Les canards sont nombreux : canards pilet et même une Ouette d’Egypte qui est pour moi un e nouveauté. Je me demandais bien qui était cet anatidé de grosse taille, presque aussi grosse qu’une oie perchée sur son rocher. Avec le smartphone on a une aide à l’identification !
ouette d’Egypte
Très jolis hérons juvéniles et martin-pêcheurs. D’après Badri, les ibis ont disparu ou sont devenus très rares. Nous sommes chanceuses d’en voir un avec son bec caractéristique et son plumage gris foncé presque noir (falcinelle ou ibis noir ?).
Le bateau se faufile entre les rochers ronds de la première cataracte. On s’amuse à repérer les tourbillons, des rapides qui autrefois devaient être impressionnants et maintenant sont bien tranquilles surtout quand le niveau du Nil est aussi bas par rapport aux traces sur les blocs.
Sur les berges quelques bufflones sont attachées.
Villages nubiens
On construit ici beaucoup : des « hôtels nubiens » avec dômes et voûtes nubiennes, façades blanches bariolées de motifs colorés. Badri se désole. Dans 5 ans, cela en sera fini de la tranquillité et de la paix sur son bateau.
Une plage est aménagée. Des touristes viennent s’y baigner mais pas aujourd’hui, elle est vide. Les pédalos attendent retournés sur le sable ? Les chameliers attendent avec leurs animaux. Nous faisons une escale au village Akato au pied de l’Hôtel Kato Dool très coloré avec une fresque originale. Je monte et découvre un très joli marché. Des épices sont disposées dans de beaux paniers, il y a aussi des masques africains et des tissus multicolores. Les chameaux rappellent les caravanes d’autrefois.
De la terrasse, Dominique attend le passage des felouques entre les palmiers
Arrivée à Aswan Nubian House
Nous avons réservé sur Internet par Booking.com une chambre dans un petit établissement dans l’Île Elephantine. Dès la réservation le manager a été très réactif, nous souhaitant le meilleur accueil chez lui et se proposant de nous organiser des excursions à Assouan et à Abou Simbel. Bien sûr, il se charge du transfert de la gare à l’hôtel. Un taxi nous attendra.
A Assouan, nous ne sommes pas embarrassées par les valises. Un porteur se précipite, puis deux hommes le déchargent. Ils sont envoyés par l’Hôtel. L’un d’eux charge une valise sur l’épaule, l’autre à la main, et coince le sac à dos. Le taxi nous conduit au débarcadère du ferry. Le Nil coule de grandes volées de marches en dessous.
Arrivée sur le bateau à moteur de Badri
Un jeune homme comprend que nous n’arriverons jamais à pied avec tous ces paquets au Nubian Aswan House qui se trouve de l’autre côté de l’Île Eléphantine. Il emprunte mon téléphone pour trouver le numéro et appelle. On nous envoie un petit bateau à moteur !
Le bateau à moteur se faufile entre les rocher de granite arrondis (arrière-train des éléphants ?). L’hôtel Old Cataract domine le défilé. Des hérons sont perchés sur les rochers. Sur l’autre rive du Nil le mausolée de l’Agha Khan est posé sur une éminence sableuse. Dans le creux, les chameliers attendent les touristes pour les conduire au Monastère Saint Siméon. J’avis bien aimé cette promenade même si cela s’était terminé avec la police touristique parce que le chamelier malhonnête prétendait faire payer le double du prix convenu. Je n’ai pas l’intention de renouveler toutes les visites faites en 2002 dont le souvenir ne s’est pas effacé mais plutôt de profiter tranquillement du charme de l’Ile Eléphantine.
La terrasse sur le Nil
Nous débarquons au pied de la Nubian Aswan House : maison blanche décorée de fresques colorées. Une porte métallique s’ouvre sur un patio blanc où s’ouvre la chambre qui nous est destinée. Je monte sur la terrasse d’où l’on voit le fleuve et réclame la chambre qui donne sur cette vue merveilleuse.
A peine sommes nous installées, que je pars acheter de l’eau au village près du débarcadère. Le village est beaucoup plus grand que je ne l’imaginais, c’est un véritable labyrinthe : pas une seule rue droite : des ruelles, des couloirs tortueux, des culs de sac. Je longe des maisons jaunes, passe sous une arche jaune qui me servira de repère (pensai-je, je ne la retrouverai jamais). Pas de supermarché, une petite épicerie où j’achète de l’eau, des chips et des yaourts. Pour les fruits et autres produits frais, il faut aller en face à Assouan. Je retrouve mon chemin à grand peine. Ce qui est sûr c’est que je ne profiterai pas des nocturnes jusqu’à 21h au Musée Nubien. Dans le noir je n’arriverai jamais à atteindre notre gîte.
Promenade tranquille dans les jardins irrigués
Exploration des environs. Le long de la berge, je suis un petit canal d’irrigation pour les jardins : paradisiaque ! Je filme pour capter le bruissement de l’eau qui surgit dans un bac carré où aboutissent deux rigoles perpendiculaires. Les enfants sortent de l’école, proprets, gentils pas trop insistants. Un jeune batelier, mince, vêtu d’une galabieh beige, les yeux soulignés de khôl, d’une élégance séduisante, me propose son bateau. Je n’ai pas envie de felouque je l’accompagne pour voir où elle est amarrée. « Vous avez un whatsapp ? « Les gens ici sont très gentils, ils tentent de faire affaire, sans agressivité. Les femmes qui épluchent des bamias dans une cuvette sur le pas de leur porte sont souriantes, ravies d’échanger deux mots, un signe d’amitié.
les maisons peintes du village
Le ciment ronge de plus en plus les jardins. Les murets de terre sèche s’effondrent, de vilaines maisons de briques rouge s’agrandissent. L’intérieur de l’île ressemble à un chantier permanent sans machine ni bétonneuse mais avec des tas de briques, des sacs de ciment qui attendent de compléter les maisons inachevées prévoyant des étages supplémentaires qui remplacent les terrasses. Quelques fois on a fait des efforts de peinture ; street-art traditionnel nubien et campagnard, grandes fresques colorées parfois enfantines. Booking.com et Airbnb facilitent le tourisme Roots. Des maisons d’hôtes souvent avec vue sur le Nil, comme notre Nubian Aswan House, sont peintes de couleurs gaies avec le logo Facebook ou les lettres Booking.com peintes au vu de tous. Nous nous sommes laissée charmer par la terrasse sur le Nil, le calme, l’originalité. Si on n’est pas trop exigeant sur le confort et la propreté, c’est original et parfait !
J’essaie de faire le tour de l’île en suivant la berge, au Nord, l’Hôtel Mövenpick m’interdit le passage.
Le site archéologique
Des enfants plus âgés et plus entreprenants que les petits m’escortent jusqu’au débarcadère d’où je rejoins au sud la zone archéologique plus ou moins enclose. La porte est ouverte. Je me promène avec les moutons et les chèvres entre les rochers de granite ronds et les tessons de céramique antique. La vue sur la première cataracte est pittoresque. Archéologie : une belle porte, des édifices cubiques, hiéroglyphes et bas-reliefs sans aucune explication si ce n’est un repérage chiffré (chiffres en arabe) ?
Pour entrer officiellement, avec un ticket, il faut revenir sur mes pas. Peu de visiteurs. Au guichet, le vendeur des tickets me propose un thé. Le musée est décevant avec ses vitrines poussiéreuses contenant peu d’objets spectaculaires à part un babouin que je photographie sans conviction jusqu’on me demande de ranger mon appareil-photo. Une exposition plus moderne vante la tradition d’écriture et d’éducation de l’Islam. Aucun rapport avec le site archéologique, cela ressemble plutôt à de la propagande.
le site archéologique de l’ïle Eléphantine
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Autour d’un joli pavillon un jardin fleuri, et plus loin le site est étendu mais tous les temples sont bouclés. J’ai la chance de rencontrer 3 touristes mexicains avec leur guide anglophone portant voile et T-shirt rigolo « bad ideas make good stories ». Je me glisse à leur suite à l’intérieur d’un petit temple que le gardien ouvre. Bien conservé un bas-relief avec les cornes de bélier de Khnoum, divinité d’Assouan, Maître de la Cataracte censé gouverner la crue du Nil. De nombreux pharaon ont honoré Khnoum pour s’assurer de la fertilité de l’Egypte : Mentouhotep, Sesostris I Toutmosis III ont laissé leur souvenir à Assouan. Un temple a été élevé à Satet – personnification de la crue du Nil . Erigé dans les premiers temps pharaoniques, il a été en fonction jusqu’à l’époque Ptolémaïque. Occasion d’une véritable leçon d’histoire antique. Fatima, la guide, est passionnante. Son groupe a l’air beaucoup plus averti que moi, elle leur lit les cartouches et fait déchiffrer les hiéroglyphes. Je suis épatée. Avec une grande gentillesse, elle me donne la permission de suivre la visite (après avoir consulté ses clients). Même Cléopâtre a laissé un souvenir ; Je souris à la prononciation égyptienne Kliobatra qui est nouvelle pour moi. Nous montons enfin sur une sorte de mirador pour avoir une vue d’ensemble et la visite se termine au Nilomètre : le niveau du Nil est au plus bas. Même depuis la construction du haut barrage, le monte en été.
Nilomètre
Nous profitons d’un coucher de soleil merveilleux de la terrasse de notre Aswan Nubian House.
le soir sur la terrasse
Hamed, le manager, est venu nous voir. Comme nous trouvions que la chambre était sombre, il a fait l’emplette de fil et de douille pour nous installer une lampe supplémentaire. Il organise pour nous la matinée de demain en bateau, et l’excursion à Abou Simbel et prend la commande du dîner : poulet grillé et riz.
On peut rejoindre Assouan en avion, Abou Simbel aussi. Nous avons fait le choix du train : pour le prix, par conviction écologique, enfin parce que j’aime beaucoup le train qui donne au voyage un goût d’aventure. Le train de nuit est particulièrement confortable et facile à réserver sur Internet. Le trajet du retour Louxor-Guizeh en train de jour, qu’on doit acheter à la gare, est très bon marché (195 LE =10€),la 1ère classe est beaucoup plus confortable que la SNCF, c’est juste un peu long.
Train de nuit
J’ai réservé les couchettes dans le train 86Le Caire-Assouan sur Watania, payé de Créteil 80$ (x2) et imprimé mon ticket : départ 19h50 de la Gare Ramsès, arrivée 9h50. J’ai même choisi un menu « poisson », nous avons la cabine 1 dans le wagon1 . A l’hôtel, on nous a recommandé d’arriver une heure à l’avance. Craignant les embouteillages (avec raison) nous montons à 17h30 dans le taxi que le réceptionniste a arrêté pour nous et fixé le tarif à 50 Guinées.
A vol d’oiseau, la gare est très proche. Le trajet est compliqué par des ponts autoroutiers ; On devine le passage des trains dans l’embouteillage. Le chauffeur de taxi propose de nous laisser de l’autre côté de la route. Avec les valises et les sacs, il n’en est pas question ! Il faut alors parcourir un détour infini dans un flot incroyable de voitures qui ont fait 6 files là où normalement il devrait en avoir 4.Les autos se frôlent. Dans la montée sur l’autopont le taxi émet des bruits de frottements inquiétants. A-t-il crevé ?
la Gare Ramsès
Enfin, la Gare Ramsès apparaît : bâtiment magnifique dans un environnement très dégradé. La salle des pas perdus très vaste a un plafond doré, elle est très vaste. Comment s’y retrouver ? « Les tableaux lumineux sont en arabe, lettres et chiffres ! Je montre à un passant mon billet « platform 8 » comment le 8 s’écrit-il en arabe ? J’avais appris, j’ai oublié. Le quai 8 ne se trouve pas dans le hall luxueux mais à côté, à l’extérieur sur un quai classique d’où partent les trains à destination de Louxor et Assouan ainsi qu’Alexandrie. Les étrangers sont susceptibles de les emprunter, l’affichage lumineux alterne les lettres et chiffres en Arabe et en Anglais. Notre train 86 part bien du quai 8 à l’heure dite. Une famille bangladaise – voiles chics, anglais impeccable, sacs à dos de marque –occupe trois compartiments voisins du nôtre.
18h50, un train-couchette arrive. Nous sommes refoulées, c’est le train 84, le nôtre suit.
A l’heure dite, notre train s’ébranle, notre petite cabine est prête : les lits sont faits avec des draps, il y a une petite salle de bain avec un lavabo rond, des tablettes pour dîner. Le dîner est excellent, poisson frit avec un demi-citron ; riz, carottes navets. 22h le roulis du train me berce. On ne se réveille qu’au lever du jour un peu avant Louxor vers 6heures. Nous regardons défiler le paysage. Des palmiers ! Comment ai-je pu oublier ? Au pied des palmiers des petits jardins très soignés, carrés avec des levées de terre , ou de longues parcelles de canne à sucre ou de luzerne. Parfois des manguiers. Les paysans enturbannés rn galabiehs brunes, bleues ou grises vont au champ, la houe ou la faucille à la main. Les aigrettes et hérons dorment en groupe en haut des arbres ou se promènent (toujours nombreux) à l’arrière du champ qui vient d’être labouré. Plus tard, je remarque els tamaris et toujours les bougainvillées fleuries !Le Nil reflète les palmiers. Sur la route les camions circulent.
L’arrivée était prévue à 8h50. Le train s’immobilise dans une petite gare. Je sors les valises. Le contrôleur annonce : encore 1h15 ! Nous passons Koum Ombo.
8h20, je marchande un taxi pour khan Khalili. « Ce n’est pas l’heure pour khan Khalili ! » me fait remarquer le chauffeur qui me laisse devant El-Azhar. J’ai adopté une tenue neutre, jeans, manches longues, bandana.
8h30, le Caire médiéval est désert. C’est l’heure des balayeurs, l’heure des chiens errants faméliques, des chats qui farfouillent dans les poubelles. Quand on m’invite à entrer dans une mosquée je montre l’appareil-photo et la lumière du matin. Je mitraille minarets et stalactites. Les photos ne sont qu’un prétexte. Je fais donc une promenade tranquille, solitaire et très agréable.
pain frais
Les boulangers cuisent leur pain qui sort tout gonflé et odorant et qui est livré à vélo dans des cagettes ou des plateaux de bois de palmier en équilibre sur une sorte d’échelle ? Peu de charge mais la course requiert beaucoup d’équilibre. Heureusement les rues sont désertes.
Après l’heure du pain, vient celle des écoliers et des écolières, ces dernières en cheveux sont sans doute beaucoup plus jeunes qu’il n’y parait.
ruines et splendeurs passées
Je passe devant un Sabil Koutab, on m’invite à entrer dans la grande mosquée El Mouayed située contre la porte Bab-Zoueila porte encadrée de deux tours en plus des minarets de la mosquée attenante. Bab Zoueila figure sur mon plan et me servira de repère dans les rues que je parcours en étoile.
Le Darb-al Ahmar est tranquille, des panneaux indiquent le Parc Al-Azhar. En suivant cette piste j’arrive sur une petite place devant une petite mosquée où chats et chiens sont confortablement installés sur un trampoline et des balançoires pour enfants. Lez rues sont jonchées d’herbe ou plutôt de luzerne destinée aux chevaux et ânes du quartier. La circulation automobile est quasi inexistante dans ces rues étroites à l’exception des touktouks. Le Parc El-Azharest à flanc de colline, il est vaste, comme il n’y a personne, je n’ose pas m’y aventurer.
Bab Zoueila
Retour à Bab Zoueila, je m’engage dans la rue Al Muggarabiin qui commence par une allée couverte bordée de marchands de textiles avec patchwork, tissus de tentes bigarrés, tapis…Les boutiques commencent à ouvrir. Plus loin se trouve un très beau marché de fruits et légumes. En décembre tous les légumes sont de saison en Egypte ! Aussi bien les haricots verts, les petits pois, aubergines, les choux, choux-fleurs, tomates. Même variété pour les fruits : on trouve des fraises, des goyaves qui ressemblent à des poires, de grosses oranges, de minuscules citrons verts ; des paniers d’olives, des grenades rebondies, de régimes de bananes. Des pattes de vaches sont suspendues. Les poissons sont étalés sur des lits de luzerne (peut être la même luzerne offerte aux animaux ? Couleurs, parfums, effluves diverses. Je me rassasie de couleurs, d’odeurs. Certains étals sont particulièrement soignés. Le panier de haricot vert est couronné d’un cercle de tubercules roses, igname ou manioc ou topinambours géants ?
Retour à Bab Zoueila, la rue est bordée de menuisiers qui fabriquent des piquets de tentes, des chaises et de beaux plateaux marquetés. Succèdent alors les ferblantiers et ferronniers qui forgent des barbecues, des cages à oiseaux, tuyaux pour cheminées et toutes sortes d’articles qui se vendent en plastique chez Leroy-Merlin. L’e bout de la rue est occupé par l’armée : deux tanks en peinture de camouflage, des blocs en ciment et des stands métalliques protègent des soldats positionnés au carrefour. De l’autre côté d’une rue infranchissable se trouve une sorte de palais. J’interroge les soldats : le Palais est le Musée Islamique que je visiterais volontiers si quelqu’un était capable de m’expliquer comment on traverse la rue ! Tant pis pour cette visite !
Khan Khalili
Retour à El-Azhar à 11heures, les boutiques du Khan Khalili ont sorti leur marchandise : pacotille pour touriste, pyramides en plastique, bustes de Ramsès ou de Toutankhamon, sphinx en laiton, T-shirts et écharpes, robes islamiques….Un cafetier me hèle. Ici je pourrais m’asseoir, les touristes sont les bienvenus et il y a des femmes seules. Je préfère faire du lèche-vitrine du côté des bijouteries dont la marchandise la plus belle côtoie la pacotille. Je passe devant le café de Naghib Mahfouzqui est devenu une attraction touristique en même temps qu’un lieu de pèlerinage.
Je n’ai pas de temps à perdre, nous devons rendre la chambre à midi. Le « chef » nous a cuisiné du poulet bien relevé avec du riz mélangé avec des vermicelles fins et bruns. Nous déjeunons au soleil sur la terrasse avec vue sur le Musée et le Nil. Le vent très frais nous en chasse. Si le thermomètre affiche 20°C le « ressenti » est hivernal.
Il y en a pour tous les goûts!13
De l’autre côté de la rue, à l’angle avec la place, une belle pâtisserie « La Poire » nous offre l’occasion de nous réchauffer. La clientèle est en majorité féminine, jeune et friquée. Le pourcentage des « dévoilées » est supérieur à la moyenne de la rue, les voiles sont sophistiqués, clairs, fleuris et chics. Sur les murs vert pâle oiseaux et fleurs s’épanouissent en gracieuses arabesques. Les serveurs sont stylés. Nous commandons un jus de mangue, un délicieux mille-feuilles à la confiture d’abricots. Le « caramel-chou » est très très sucré. La musique d’ambiance internationale qui fait oublier klaxons et pétarades de la place.
Aujourd’hui, vendredi, est un mauvais jour pour visiter le Caire médiéval. Les mosquées seront fermées aux mécréants. J’imagine une promenade que je n’ai jamais faite : longer la Corniche du Nil puis passer dans l’ïle de Zamalek.
C’est à pied que j’aime ressentir une ville. En voiture ou en taxi, on se déplace d’un point A à un point B. A pied je croise les passants, je sens les odeurs.
Le Caire moderne n’est pas clément avec les piétons. La circulation automobile est canalisée dans de larges artères infranchissables ? Pour couper l’envie qui pourrait venir aux passants imprudents de traverser, on a dressé des barrières métalliques et réduit à rien les trottoirs. Il existe bien des passages souterrains pour faciliter la traversée mais inexplicablement, des grilles les ferment.
La Place Tahrir a été modernisée avec un parking souterrain. Des palmiers ont été récemment plantés, un revêtement coloré tout neuf font oublier qu’une Révolution s’est déroulée là. La force militaire qui protège musée et administration est impressionnante. Rien à voir avec les patrouilles de Vigipirate chez nous : il y a de véritables protections métalliques, des armes lourdes parfois même des tanks. Je pensais arriver au fleuve en passant le long du Musée et du grand hôtel Hilton, mais voici que l’armée m’interdit le passage me contraignant à contourner la place pour aboutir à une rue très passante qui mène au pont. Impossible d’atteindre le pont, plus bas arrive une route infranchissable (le passage souterrain est fermé. Il faut m’armer de témérité et de patience, attendre que d’autre piétons tentent la traversée et me joindre à eux.
La Corniche est une promenade fréquentée par les Cairotes en famille avec enfants et poussettes, ou par des couples qui flirtent chastement ou des bandes de jeunes gens, filles en petits groupes, garçons à part. Des femmes offrent aux couples des roses emballées dans de la cellophane. Ces vendeuses ont des allures gitanes. Nombreux sont ceux qui en achètent. Plus bas, sur le quai, il y a des chaises en plastique. Sur le parapet on vend des lupins coiffés d’une moitié de citron vert ou une boisson trouble qui est peut-être du thé (je n’essaie surtout pas) dans des marmites argentées il y a du foul.
Je me promène tête nue et en t-shirt bras nus, consciente que ce n’est pas une tenue correcte ! Mes cheveux blancs témoignant de mon âge sont une sorte de protection mais je préfère tracer d’un bon pas pour décourager les importuns qui proposent calèches et taxis. Dépassant le Musée Egyptien, je passe sous un véritable nœud routier, échangeur urbain vers la Gare Ramsès et l’Ezbekiyeh. Impossible d’imaginer y aller en promenade ! Je continue vers Boulaq : la Corniche qui devient de plus en plus déserte avec des chiens faméliques. Des bateaux- restaurants sont à quai mais paraissent fermés. C’est sur la rive d’en face sur Zamalek que sont amarrés les beaux restaurants. La rive du Nil, sur l’île est construite d’immeubles Art Déco ou Bauhaus sur un quai tranquille avec une vue sur le fleuve. Je remarque l’Ambassade de Tunisie fraîchement repeinte de blanc et de bleu. Etablissements luxueux avec casino, boutiques et restaurants variés et chics. Sur la carte la promenade devait passer par un vert jardin andalou ou Jardin Maspéro. Hélas, la grille est fermée, il semble en travaux. Je fais un détour dans un quartier verdoyant autour de la Tour du Caire. Je loupe le Musée d’Art Moderne qui était un des buts de la promenade et décide de rentrer par le pont gardé par des lions. Un homme tente de me dissuader « Il ne faut pas aller par là, c’est vendredi et il y des officiels » ceci explique peut-être le déploiement militaire ?
Faire le Tour de la Place Tahrir est aussi laborieux qu’à l’aller. J’aurais bien fait un tour dans Garden City. Impossible de traverser la rue ! Par le Metro il y a sans doute un passage mais tout est écrit en arabe…
Je suis affamée, j’achète au kiosque de l’autre côte d’El Bustan un Schweppes et des gaufrettes qui feront un goûter léger.
J’ai couru vers le Nil. les grenades lacrymogène remplissaient l’atmosphère et moi je pleurais. Je ne sais pas si c’était à cause du gaz ou du jeune qui était mort, ou à cause de de moi, ou si c’était tout cela à la fois. En revenant j’ai vu de me propre yeux un grand nombre de morceaux humains laissés par le tank : de intestins, des cerveaux, de jambes des moitiés de corps. Tout cela je l’ai vu. Mais le plus dégoûtant, c’est que j’ai vu des gens qui couraient, terrorisés, et qui marchaient dessus. personne ne pense plus. La seule chose qui compte c’est de s’en sortir….. »
C’est le roman de la Révolution de 2011.
Le livre de Robert Solé : Le pharaon renversé, 18 jours qui ont changé l’Egypte, était le compte-rendu d’un journaliste, très bien documenté, de l’occupation de la place Tahrir et des manifestations qui ont obtenu la démission de Moubarak.
J’ai couru vers le Nil est un roman choral qui met en scène une galerie de personnages d’horizons très différents qui se croiseront (ou pas) au cours de la Révolution de 2011. L’auteur les présente dans leur quotidien.
Le livre s’ouvre sur le réveil du général Alouani, modèle de rectitude, de piété, qui s’avère être un tortionnaire des services de Sécurité.
Nous lirons la correspondance entre deux jeunes militants du mouvement Kifaya. Asma, une professeure d’anglais, refuse le modèle de femmes traditionnelle que lui propose sa famille et la corruption règnant dans un collège (je n’aurais jamais imaginé qu’on puisse impliquer des enseignants dans la corruption!). Elle se confie à un jeune ingénieur syndicaliste dans une usine en grève.
Deux stars des médias très influents joueront un rôle pervers : une présentatrice de télévision adulée par le public et un prédicateur influent.
Il y a aussi une histoire d’amour sur fond d’occupation de la place Tahrir entre deux étudiants en médecine.
Une autre histoire d’amours’épanouit à la faveur de la Révolution : celle d’un riche copte, acteur de cinéma plutôt raté, et sa bonne. Relation qui aurait pu être dégradante sans un miracle (que je ne spoilerai pas)
Un chauffeur de maître, un ingénieur désabusé qui fut autrefois militant, cassé par la répression, complètent cet échantillon de la société égyptienne…
La force du roman est de montrer l’enthousiasme du mouvement révolutionnaire populaire, ses heures victorieuses quand le pouvoir a vacillé et, ensuite, la puissance de la réaction du pouvoir en place disposant de la force militaire, de la richesse des acteurs économiques menacée et défendue à tout prix, du pouvoir des médias et surtout de la télévision diffusant de fausses interviews, des mensonges pour accréditer un complot des américains et des sionistes (l’expression fake-news n’est pas encore à la mode, le procédé oui).
Puissance de la réaction, de l’alliance des militaires, des islamistes qui sont retournés et qui ont prêté à leur service, leur organisation d’abord alliée à la révolution. Puissance et cruauté inimaginable : des témoignages de jeunes filles aux mains des policiers sont déchirants.
Le livre de Solé se terminait sur l’optimisme né du départ de Moubarak. Celui d’ El Aswanyest noir : retour de la dictature et de la corruption. Il est interdit au Caire et l’auteur exilé est sous la menace d’un procès.
J’avais beaucoup aimé l‘Immeuble Yacoubian qui décrivait la société cairote dans sa diversité selon le même procédé choral.
Le jour se lève tôt en Egypte, même en décembre : 6h30, il fait déjà jour et très frais.
Petit-déjeuner sans prétention. Au buffet : des falafels, de la pipérade, des fèves et un fromage blanc très salé et un peu pimenté, pain sans intérêt, miel et de la confiture de figues que je n’aime pas, trop sucrée, trop fade. Une petite terrasse domine la place Tahrir. Il fait beaucoup trop froid pour déjeuner dehors.
9h à l’ouverture du Musée Egyptien, quelques cars stationnent mais il n’y a pas de queue. Nous passons sous 4 portiques sous une surveillance très sérieuse des militaires qui occupent toute la longueur de la place côté Musée et au-delà. Si la police et l’armée quadrille le quartier, ils n’interviennent pas dans la circulation pour aider les rares (très rares piétons) qui tentent de traverser les rues. Heureusement, c’est vendredi et il y a peu de voiture si tôt.
Entrée du Musée 200 LE (environ 10€). Pour les photos, il faut payer un supplément mais cela ne s’applique pas aux téléphones mobiles.
Devant l’entrée, cohue des groupes devant les statues emblématiques. Les guides font une introduction à l’Histoire et à la Mythologie antique. Pas d’Américains, ni de Français ou d’Italiens, des Asiatiques avec les femmes voilées (indonésiennes ?). J’entends parler Brésilien et Espagnol. Si les Européens désertent, le reste du monde ne boude pas l’Egypte ! Pour moi qui traîne toujours à proximité des groupes pour glaner des informations c’est un peu frustrant. Je fuis et entreprend une visite un peu décousue alors que la logique voudrait que je suive l’ordre chronologique en visitant les salles dans l’ordre.
Beaucoup trop de monde autour de la Palette de Narmer : le pharaon de la 1ère dynastie qui a unifié Haute et Basse Egypte et qui régnait à Abydos. Beaucoup trop de touristes auprès de Djoser (3ème dynastie, bâtisseur de la pyramide à degrés de Saqqarah). Je reviendrai plus tard !
Comme au Louvre ou au vieux Musée d’Athènes, je viens retrouver des statues ou des objets, des connaissances que je reconnais avec plaisir. J’aime cette familiarité et je redoute le déménagement dans le nouveau musée de Guizeh qui se prépare.
Akhnaton
Fuyant toujours les groupes, je reconnais le style si caractéristique de Tell Amarna. Me voici toute émue : je suis en pleine lecture de Nefertiti et le Rêve d’Akhnaton d’Andrée Chédid. Les deux colosses d’Aménophis III et de la Reine Tiyi accompagnés par trois de leurs filles me renvoient aussi à cette lecture. Je n’ai pas l’impression de visiter un musée avec sérieux et méthode mais de croiser des personnages familiers qui hantent mon imaginaire. Sous une vitrine bien poussiéreuse, se trouve une peinture provenant du palais de Tell Amarna qu’Andrée Chédid appelle La Cité d’Horizon. Un bassin rectangulaire est rempli d’une eau figurée par des zigzags bleus où nagent des poissons entre nénuphars et lotus. Autour d’un cadre rectangulaire de buissons et plantes aquatiques s’envolent des beaux oiseaux, je distingue aussi des mammifères que je n’arrive pas à identifier. A la périphérie des hommes sont rangés : Asiatiques barbus, Africains à la peau foncée : visiteurs, ambassadeurs ou peuples vaincus ?
Un peu plus loin, une statue porte le cartel « statue usurpée par Ramsès II », cela m’amuse ; comme s’il n’y avait pas assez de véritables statues de Ramsès II !
Des barques vermoulues encadrent l’entrée de cette salle, elles pourraient presque naviguer aujourd’hui.
Après avoir salué Hatshepsout, la femme- pharaon, encore un personnage ! je reprends une visite un peu plus ordonnée en retournant dans l’Ancien Empire revoir Djoser, Chephren…
Passant au Moyen Empire, je découvre Mentuhotep (1995 av.JC) dont je n’avais jamais entendu parler, qui inaugure le Moyen Empire en réunifiant après Narmer la Haute et la Basse Egypte.
Toute une salle est dédiée à Akhnaton avec deux statues colossales. Est-ce le couple Néfertiti et Akhnaton ou un Akhnaton vêtu d’un pagne et l’autre en hermaphrodite. La silhouette du pharaon est étrange avec le ventre gonflé, les hanches larges et le visage exagérément allongé. Entre les colosses se trouve une stèle dédiée à Aton avec les rayons solaires. Aux murs des tableaux de plantes des marais avec canards et oiseux rappellent la fresque du bassin au pieds de Tiyi et d’Aménophis III (les parents d’Akhnaton).
Je traverse d’autres salles contenant des sarcophages alignés, des pharaons, des sphinx mais je suis plus touchée par les petits objets, les jeux, le damier remplacé par un serpent enroulé sur lui-même où les pions sont de petits lions. D’autres jeux sont encore plus mystérieux.
Le Trésor de Touthankhamon est exposé à l’étage comme les momies. Même si de nombreuses pièces sont parties voyager il en reste assez pour être éblouie comme les chapelles en or qui s’emboîtent sous la protection d’Isis et de Nephtis et celle du cobra au corps émaillé de bleu foncé, rouge et turquoise…le buste en or, les pectoraux émaillés…J’avais gardé un souvenir si précis de ce trésor que j’en ai presque perdu le plaisir de la nouveauté.
Ce trésor n’est pas unique. La tombe d’Hetep Hèresdécouverte par Reisner à Guizeh en 1925 est pour moi une surprise. Hetep-Heres était la femme de Snefrou et la mère de Chéops que le MOOC d’Harvard sur le Plateau de Guizeh appelle Koufou.
Papyrus de Yuya et Tuya
Un autre trésor a été exhumé de la Tombe de Yuya et Thuyadécouverte par Quibell et Davies (britanniques) en 1905. Cette tombe était meublée : on expose ici des fauteuils aux incrustations dorées et un char. Parents de la Reine Tiyi , Yuya, surintendant du bétail était un officier qui commandait aux régiments de chars royaux. Thuya sa femme, est qualifiée de « lover of Amon and Min » et « Royal mother of the great wife of Pharao »(Tiyi). Un papyrus long de 19.37 m porte des textes en hiéroglyphes et de fines peintures. Je suis ravie de rencontrer de nouveaux personnages !
Salle du Fayoum
Beaucoup plus discrète : la salle du Fayoum renferme des portraits d’une infinie douceur et d’une grande délicatesse, têtes peintes, masques aux coiffures variées portant parfois des diadèmes de fleurs. Ces personnages nous regardent, ce ne sont pas des stéréotypes mais des individus. Des hommes barbus portent des perruques égyptiennes, d’autres ressemblent à des romains. Un petit garçon, Héraklion porte une grappe de raisin qu’un oiseau picore.
La salle 39 des antiquités hellénistiques contient dans des armoires vitrées tanagras, bronzes et masques de théâtres dans un grand désordre. La salle 24, des ostraca et papyrus.
maquette de bateau
Je suis à la recherche des modèles réduits de maisons et de barques qui m’avaient tant plu autrefois. Je les trouve enfin à la salle 27. Les personnages qui montrent la vie quotidienne des Egyptiens de toute origine m’émeuvent particulièrement. L’un d’eux plume un canard, un autre pétrit le pain, ou le vend…Je retrouve les barques colorées peuplées de bateliers, rameurs, passagers. Je n’ai pas retrouvé les troupeaux et la ferme.
Il est midi quand je sors du musée. Il me reste tant à voir. Je sors avec les impressions contradictoires qu’il est temps que le nouveau musée de Guizeh ouvre ses portes. Le vieux musée inauguré par Maspero en 1902 semble bien poussiéreux. Certains cartels dactylographiés sur du papier portent bien leur âge. On a emballé dans du plastique transparent colonnes et statues pour les protéger des travaux de peinture des murs. Comme le Musée National d’Athènes (1890) il est irremplaçable. Les pièces archéologiques y sont logées depuis si longtemps que je peine à imaginer leur déménagement. Même si le récent Musée de l’Acropole est un modèle de muséographie je préfère rencontrer « mes » Grecs dans l’ancien musée. En sera-t-il de même avec les pharaons ?
Comme j’ai eu un coup de cœur pour le 6ème jour, j’ai lu à la suite Néfertiti ou le Rêve d’Akhnaton de cette même auteure. Court roman historique, racontant l’utopie d’Akhnaton, le pharaon qui introduit en une courte parenthèse le monothéisme avec le culte d’Aton, le soleil, rompant avec l’influence des prêtres d’Amon à Thèbes.
Peu avant d’atteindre les falaises de calcaire, la reine fait halte auprès d’une des stèles-limitrophes. Cette fois, je lis les paroles d’Akhnaton. Je les lis comme on chnate : balançant la tête, berçant les mots :
« Ceci est mon serment de vérité :
Je veux faire de ce site
un lieu de vie pour chacun
Puisse-t-il aussi m’être accordé
que Nefertiti, vivante toujours
atteigne un âge avancé
après une multitude d’année. .. »
Akhnaton n’a pas seulement imaginé un culte à Aton. Il a aussi quitté Thèbes, la capitale de l’Egypte et fondé à Tel-el-Amarna une nouvelle capitale que Chedid appelle dans ce roman La Cité d’Horizon, cité nouvelle, citée rêvée et idéale, non conformiste, ouverte aux idées nouvelles, aux étrangers, où femmes et enfants pouvaient s’épanouir loin de l’étiquette de Thèbes.
La cité d’utopie a rayonné une vingtaine d’années. Le couple que formaient Nefertiti et Akhnaton a commencé par une histoire d’amour entre deux adolescents.Ils ont formé une famille nombreuse et heureuse où la tendresse que le Pharaon portait à ses filles était publique.
Enfin, deuils, maladies, jalousies et intrigues ont eu raison de cette belle expérience. A Thèbes, les dignitaires attendaient leur heure et la Cité d’Horizon fut défaite et rasée.
C’est après le saccage de la ville que Nefertiti et le fidèle scribe Boubastos évoquent les jours heureux en un récit à deux voix, la recension fidèle du scribe et les souvenir de la femme encore amoureuse de ce roi si singulier.
La parole et l’écrit sont plus solides qu’une stèle disait mon père Ameno. Un nom dans la bouche des hommes édifie dans le coeur la plus invulnérable des pyramides.
Ce récit poétique s’appuie sur des données historiques, sur des personnages réels qui ont laissé des traces encore tangibles comme cette Reine Tiyi, la mère d’Akhnaton, femme d’Aménophis III, colosses conservés au Musée Egyptien du Caire, comme Ramôse dont je vais revisiter la tombe à Gournah….