Je passe chez le libraire d’Amélie-les-bains qui pratique des prix plus élevés que le bouquiniste de Céret. Je fais , découvre un petit marché sur la place près du Mondony que je remonte sous les beaux platanes de la promenade sous les thermes militaires. J’aime bien la vue sur les thermes et les gorges du Mondony qu’on a commencé à aménager avec le même genre d’équipements qu’aux Gorges de la Fou, un accident mortel a fait arrêter le projet. Je m’assieds sur le tronc scié d’un platane et dessine.
Cascade dans la vallée du Mondony
Pour pique-niquer, nous avions envie de monter au Fort d’Amélie. Nous avions repéré la route pour y monter mais nous en prenons une autre, vers Montalba. Très vite, nous nous retrouvons dans un cadre de montagne sur une route étroite qui tortille et qui semble rejoindre les pics enneigés. A nos pieds, le vallon très resserré du Mondony, très sauvage. Granite gneiss et schistes alternent : toute une série géologique ! La route devient de plus en plus étroite, on renonce à aller au groupe de maisons perchées.
J’ai rendez-vous avec le club de randonnée d’Amélie-les-bains sur la Place de la Sardane, où se tenait le marché. Les animatrices sont très dynamiques, elles proposent deux randonnées par semaine aux locaux et aux curistes. Covoiturage : Cinq voitures font une caravane jusqu’à Saint Jean Pla de Corts .
Le chemin de Vivès dans les cerisiers en fleurs
Les flèches chemin de Vivès balisent un circuit d’une douzaine de km, 3 heures prévues. Les membres du club sont très entraînés. Partis à plat autour d’un château tarabiscoté, sur un rythme soutenu. La piste monte dans la colline. Le groupe accélère dans la montée. Je me force à rester devant de peur d’être distancée. Avec ma parka, j’ai vraiment très chaud.Je la roule dans mon petit sac et marche avec le pull irlandais. Au loin, sur la colline, je reconnais l’Ermitage de Saint Ferréol .
Le chemin de Vivès
La piste redescend pour arriver au village de Vivès tout petit, mais vraiment très bien entretenu, pierre et brique, , le village dans son jus. On remonte dans les collines. Le vent se met à souffler très fort. J’aurais bien fait de revêtir la parka. Des petits chênes font un rempart contre la Tramontane. Sur l’arête, on voit qu’il fait très beau sur la mer. Pas un nuage, la mer bleu intense. De l’autre côté, les Albères et l’autoroute qui va en Espagne sur des viaducs aériens. Traversant un bois de chêne-liège nous parvenons à un petit musée du liège (il y en a un autre à Maureillas). La piste monte et descend dans des vignes. On remarque que certains ont été labourées mais pas toutes. Il y a beaucoup d’herbe, un homme du coin regarde avec condescendance ces vignes « mal entretenues » je me rappelle intérieurement que maintenant on a tendance à ne plus labourer pour préserver la faune du sol. Mauvais entretien ou permaculture ?
Dernière pause à l’abri d’une maison ruinée et taguée. C’est le goûter, je n’ai prévu que 3 caramels et justement je ne les trouve plus. La dernière partie de la randonnée est facile toujours en descente vers Pla de Corts. Je descends du covoiturage au pont du Diable de Céret, rentre légère et guillerette, trop légère. Mon sac est vide, la parka a disparu ? quand est-elle tombée du sac ? Peut être à la pause du goûter ; On reprend la voiture et je la rejoins à pieds. Mais je ne la trouve pas. Il y avait aussi mon bonnet écossais et les gants de soie noirs. Belle rando mais mauvais sort !
Je suis partie pour une petite virée au Sénégal, courte (121 pages) lues d’un trait. J’ai retrouvé l’ambiance, la chaleur, la cuisine sénégalaise qui font chaud au cœur. Je me suis un peu perdue au début dans les personnages, les familles africaines sont nombreuses, surtout quand elles sont élargies sur plusieurs générations et qu’elles adoptent facilement d’autres frères ou tontons qui se présentent en cours de route. Cousinages à plaisanterie. de beaux-frères et belles-sœurs. Les amis aussi font partie de la famille, si bien que cela fait beaucoup de monde au repas de famille du dimanche…
J’ai retrouvé aussi le ton, le style oral si particulier aux Africains attentifs à la parole:
« ils aiment cela et peuvent se livrer à une bataille grammaticale bruyante sur la juste place d’une virgule dans une phrase ou sut l’emploi du pronom relatif « dont » de plus en plus « massacré » au grand malheur des puristes ou sur les qualités des nègres à philosopher. Une manière pour eux de jouer ; aucune prétention de faire étalage d’érudition…. »
« Les mots pèsent. Exact! Peser et soupeser le sens des mots. – Tonton, quelle est l’unité de mesure pour peser le sens des mots? »
Style vivant, mêlant parfois quelques mots de wolof, des proverbes ou expressions africaines.
C’est aussi une jolie histoire, l’histoire d’une famille (élargie) histoire qui commence à la décharge où l’on récupère les ferrailles pour confectionner de jolis objets et qui aboutira à une belle concession avec un commerce prospère, des plantations de filaos, trois maisonnettes…et toute cette prospérité grâce à la ténacité, l’opiniâtreté des fils élevés dans une haute opinion de la dignité et de l’éducation.
« Ceux qui veulent nous faire croire que la pauvreté est notre territoire sans issue sont des charlatans d’un type nouveau. Ils se gavent de la détresse des gens démunis. Il ne faut pas confondre manque de moyens matériels et pauvreté….«
« le monde marche….le monde a de longues jambes. Savoir d’où on vient et qui on est : voie royale pour forger une conscience d’appartenance à l’Humanité en ce qu’elle a de plus valorisant. Sans cesse cultiver le jardin de nos mythes, idéaux et utopies sur le socle de l’édifice sacralisé de nos valeurs. »
Et le mensonge dans tout cela?
« Elle (Borso) avait eu l’idée d’aménager dans la cour de sa maison un espace de débats et de lecture. Un beau jour, elle avait décidé de le baptiser « l’Empire du Mensonge »
« Oui, l’Art dans toutes ses expressions est mensonge! Mensonge sublime qui nous sauve »
Voici donc un livre qui rend optimiste!
« tout cela dans un but unique : l’autonomisation des populations, leur liberté, leur dignité. En même temps, elles ont bénéficié d’une formation technique et d’un programme de sensibilisation intense sur l’obligation de résultats de leur part. Chacun, en ce qui le concerne, devant assumer ses responsabilités.
Objectif : autofinancement. Rien n’est facile…. »
Aminata Sow Fall a écrit de nombreux romans et j’ai préféré La Grève des Battus et l’Appel des Arênes, ce dernier est mon préféré.
Nous n’avons pas envie de manger dans la voiture au parking couvert du Musée. Il pleut impossible de pique-niquer dehors.Nous filons à la mer La pluie a cessé. Les vagues déferlent sur le sable. La plage est très longue. Une digue la borde avec piste cyclable, bancs. Je commence par aller vers le sud jusqu’à une jetée surmontée d’un petit phare. Sur les bords de la digue il y a de très grands immeubles avec des balcons, des piscines. Vers le nord les maisons sont plus anciennes, moins hautes, il n’y a pas cette barre continue mais aussi des petites maisons, la mairie, et de l’autre côté du rond-point une citadelle presque arasée.
Retour par l’Emporda
Après ma promenade le long de la plage, nous continuons la corniche jusqu’au bout. Passons sous la forteresse wisigothique. Jolies villas et petits immeubles chics, mais voie sans issue….ce n’est pas là que nous trouverons la route pour Port Bou et Cerbère qui longe la côte. Retour au centre de Roses. Nous nous engageons sur la voie rapide de Figueres. Mais regrettons les petits villages que nous avons aperçus. On oblique, au hasard, à la boussole dans des marais du parc naturel des Aiguamolls.
Sant Joan Palau Saverdera
Au loin le clocher de Palau Saverdera de la jolie église romane Sant Joan (11ème siècle) avec son mur-clocher et trois cloches. De grands panneaux indiquent un village néolithique et un parcours mégalithique, mais ce n’est plus l’heure. Dommage ! Visite aussi de Sant Marti (11ème) qui a quatre très jolis chapiteaux romans historiés à Pau. Dernier arrêt à Villajuiga, et son église Sant Feliu.
Tous ces villages de l’Empordà ont de gros celliers de coopératives vinicoles, de beaux citronniers poussent dans les jardins, des oliveraies, les montagnes toutes proches. A une intersection nous avons le choix Figueres ou La Junquera ? La Junquera nous semble plus près de la France.
Capmany
Arrêt à Capmany village très charmant : l’église est dominée par une tour carrée, peut être le clocher, à l’autre bout de la nef, se trouve une tour ronde ou plutôt la moitié d’une tour ronde. Accolée à l’église, une arche passage vers la très jolie place de la Mairie dans un hôtel 16ème . La pierre de construction ici est le granite.
CapmanyCpamany
Mais ce n’est pas un raccourci parce que la route tortille dans la montagne et s’approche des sommets. La végétation devient plus sauvage. Les chênes-liège sont bousculés par des chaos granitiques. Les pics tout proches sont saupoudrés de neige et une barre enneigée borne l’horizon. Enfin La Jonquera et ses magasins est le terminus de cette jolie balade.
« C’est l’histoire de l’agneau qui n’a pas renâclé lorsqu’il est mené au sacrifice. C’est l’histoire des enfants du ghetto. »
« Non je ne cherche pas à mettre en parallèle l’Holocauste et la Nakba, je déteste les comparaison de ce genre et j’estime que le jeu des chiffres est haïssable, nauséabond même. »
Cette lecture est d’une actualité criante. Pas seulement parce que ce livre vient de sortir en Français. Surtout à cause de ce qui se passe à Gaza.
Le titre est ambigu, le mot « ghetto » fait penser à Varsovie. Ce n’est pas anodin, ni fortuit : le héros du roman joue avec cette ambiguïté. Le ghetto du livre est celui de Lod. Evidemment, Lod évoque l’aéroport, j’ignorais qu’en 1949 un ghetto fut mis en place pour parquer les Palestiniens. J’ignore beaucoup de choses en ce qui concerne la guerred’Indépendance d’Israël, et encore plus sur la Nakba. La version officielle serait que les Palestiniens auraient fui pour revenir avec les armées arabes victorieuses.
Noter que ce livre est un roman et pas un témoignage historique. L’auteur prend d’ailleurs des précautions vis à vis des historiens. Le narrateur était un nourrisson en 1949 qui ne peut que rapporter les paroles qu’il a entendues plus tard, paroles qui se contredisent parfois. Cependant, le contexte historique est très documenté et cite de nombreux auteurs israéliens comme Yizhar, Tom Seguev, Ilan Pappéainsi que les auteurs palestiniens, Edward Saïd ou Mahmoud Darwich, pour les plus connus.
C’est un roman très riche qui intègre différents thèmes en cahiers séparés. Comme d’autres romans libanais(j’ai lu l’an passé Hakawatide Rabih Alameddine) l’auteur cherche les origines de la littérature arabe dans la poésie médiévale. L’évocation du poète dans le coffre est présentée comme un conte.
« En effet, la poésie n’est pas uniquement le registre des Arabes, elle est aussi le réservoir de leurs contes sans lequel il n’y a pas d’histoires, et sans celles-ci, la poésie rétrécit et s’anéantit… »
C’est un conte mais aussi une critique littéraire : Adam, le narrateur, est un universitaire israélien spécialisé dans la littérature arabe. Il cite Taha Hussein discutant les rapports de la langue à la poésie anté-islamique et au Coran.
Dans les chapitres suivant, Adam renonce au conte,: il rédige ses mémoires:
« je ne suis entré dans aucun coffre comme mon cher poète, mais je constate maintenant que j’ai vécu toute ma vie dans le coffre de la peur et que pour en sortir, il me fallait le briser, non seulement l’écrire… »
Adam, arabe israélien,est un personnage complexe. Son manuscrit relate la quête de son identité et raconte l’histoire du ghetto de Lod.
« Et j’avais réussi. j’étais un israélien comme les autres. Je n’avais pas dissimulé mon identité palestinienne, mais je l’avis remisée dans les ghetto où je suis né. J’ai été le fils du ghetto qui m’a accordé l’immunité de Varsovie – mais c’est une autre histoire… »
Je ne vous raconte pas les aventures de l’enfant, à vous de les lire…
C’est un livre passionnant qui donne envie de lire les auteurs qu’il cite ainsi queles Portes du Soleildu même auteur. J’ai téléchargé Khirbet Khizeh et je me suis empressée de le relire (en anglais, disponible en version numérique, cela ne va pas me faciliter le travail pour les citations). Et j’ai fait toute une liste des autres!
Au Boulou on monte sur l’autoroute, 070€ jusqu’à la Frontière. Les sommets sont saupoudrés de la neige d’hier soir. Les chênes-liège recouvrent les pentes, rien ne distingue le versant espagnol de la France, vu de l’autoroute. On arrive très facilement au musée Dali à Figueres.
Théâtre-Musée Dali
Au centre de Figueres, près de l’église, le Musée est installé dans les murs de l’ancien théâtre municipal du 19ème siècle, détruit pendant la Guerre Civile. Du parking, on découvre d’abord les murs rouges piquetés de motifs-rosettes jaunes, surmontés de gros œufs, une coupole à facettes de verre domine le bâtiment. A première vue, cette construction délirante n’évoque pas le théâtre.
Théâtre Musée Dali :
La billetterie se trouve sur la façade de l’ancien théâtre, mais je n’y fais pas attention, pressée de rentrer avant la foule. Au moins trois groupes rentrent, des adolescents surtout. On se presse dans les couloirs ornés par des dessins à l’encre (ou des gravures) sous verre. Difficile de détailler ces dessins, mais ils semblent avoir une certaine parenté avec les graffitis de Ponç que j’ai vu vendredi à Céret.
Théâtre Musée Dali : patio
L’installation du patio est tout à fait spectaculaire. C’est là que je découvre le » Théâtre », ressemblant aux ruines d’un théâtre antique : hémicycle de pierre et briques avec des fenêtres : loges peut être ? Les décors sont tout à fait étranges. De haut en bas : une rangée d’éviers blancs, je n’avais pas compris que c’était des éviers, une conférencière d’un groupe les fait observer aux adolescents, elle hasarde l’hypothèse que ces éviers seraient des anges. Dans les fenêtres des femmes lisses dorées font des mouvements de danse. Des sculptures composites avec des têtes grimaçantes, des crânes de bovins, des tiroirs, selon la même guide, ces tiroirs seraient très importants dévoilant les pensées. Il faut interpréter cette installation d’après l’inconscient.
Théâtre musée Dali : groupe de pêcheurs
Du lierre dégouline de rocailles. Des pots blancs translucides, albâtre ou résines portent des fleurs. En dessous, des bancs alternent avec des sculptures de céramique représentant des groupes de pêcheurs, de vignerons, de paysans portant leurs outils ou leurs récoltes.
Dali pation du théâtre-musée : rocaille
Au premier coup d’œil, ces hommes regroupés regardant tous du même côté évoquent plutôt des soldats. Ils poussent parfois une roulotte, cela fait penser à un canon. Au sol, des petits massifs de buissons taillés encadrent une Cadillac, là encore la conférencière soulève un lièvre et met en évidence quelque chose que je n’avais pas remarqué : la Cadillac est habitée par des figures de cire. Il pleut à l’intérieur de la voiture ! Sur le capot une femme plantureuse coiffée d’un panache.
Le taxi pluvieux : la Cadillac de Gala
Une colonne faite de pneus de tracteurs empilés soutient une barque jaune dont le fond dégouline de gouttes énormes bleues. Cette barque nous laisse imaginer que la barque flotte à la surface de l’eau et que nous nous trouvons dans le fond de la mer.
Dali : la barque dégoulinante
On peut aussi imaginer le mélange des cultures, culture américaine avec la Cadillac, culture antique avec une statue grecque, la colonne serait la colonne Trajan. Si on pouvait rester plus longtemps on trouverait sans doute d’autres analogies, d’autres interprétations, allusions à l’inconscient de l’installation surréaliste.
théâtre musée dali : mur de scène
L’hémicycle est fermé d’une haute vitre : « mur de scène » en verre abritant un autre hémicycle plus petit et couvert de la coupole de verre à facettes. En face du patio, sous la coupole, un autre théâtre symétrique quoique plus petit. Mur de Scène : toile en fond du décor de la pièce qui se joue ? Un énorme portrait du buste de Gala nue, (c’est écrit Gala Salvador Dali) sans visage, à la place du cœur, un arbre, peut être ses artères coronaires. Si nous sommes sur la scène du théâtre pourquoi ces arcades ? ces petits personnages de plâtre ? Sur le bord de la scènes, deux installations : un crucifix avec le Christ qui a fondu sur la croix au-dessus de l’autel, et un piano englué dans du plâtre sous une Vierge de plâtre,
mur de scène : Gala
Une salle d’exposition présente des tableaux de 1921 à 1947. Les tableaux les plus anciens ne correspondent pas à l’idée que je me faisais des peintures de Dali. Une Vénus qui sourit (1921)est une véritable peinture fauviste, colorée avec de petites taches, entre Seurat et Derain. La Composition Satirique,(1923) presque un Matisse, sauf que deux voyeurs, l’un nu l’autre habillé avec un chapeau melon ont ce « regard satirique », Maniqui de Barcelona (1926), femme mannequin sur fond noir, plusieurs silhouettes colorées sont emboîtées, presque cubiste.
Maniqui de Barcelona
1928, composition surréaliste ressemble plus à ce qu’on attendrait de Dali, 1931 le chemin de l’engin montre des sacs répartis selon des lignes de perspectives, d’un sac s’échappent des pièces d’or, d’un autre de l’eau ou de la farine, ces sac bien ficelés ressemblent à des pommes de terre.
Je n’ai pas du tout aimé le cheval joyeux. L’oiseau en état de putréfaction(1928) est surprenant ; J’ai aimé les deux portraits qui se font face un autoportrait de 1941 et le portrait de Picasso(1947).
Portrait de Picassoportrait de Picasso
Une autre salle donnant sur la scène est tendue et moquettée de rouge, elle eest ornée de tableaux plus figuratifs et plus académiques montrant que Dali sait tout peindre, du portrait à la nature morte. Il sait aussi peindre à la manière cubiste de Picasso ou de Braque. Deux tout petis tableaux se font face, une fiancée et en face le spectre du sexe appeal, presque un travail de miniaturiste, très surréaliste traduisant une idée infirme de la sexualité.
Violettes impériales
Une salle entière est consacrée à un seul tableau : Violettes Impériales (1938)En 1938, la famille de Dali fuit la Guerre Civile .
Violettes impériales, comme le titre ne l’indique pas du tout est un grand tableau sombre, dans les bruns aux montagnes noirâtres, à la mer gris de plomb. Un homme entraîne un enfant. Une maison de pêcheur se détache devant un bateau est réduit à l’état de carcasse squelettique. Sur la plage un rectangle clair figure une table servie : dans l’assiette un téléphone, à côté trois sardines grillées.
Selon le commentaire, » violettes impériales souligne le fait que ees grandes puissance pourtant dotées de technologies de la communication n’ont pas su ou n’ont pas souhaiter en faire usage cf le téléphone »
Dali d’or caducée
A ce tableau sombre et politique succèdent une collection de joyaux Dali D’Or : cigogne porte-portrait, porte cigarette en or, miroir, pendentifs, caducées mêlant l’or et les cristaux au fond de la pièce, une inscription comme une pierre tombale.
Fresque au plafond du foyer
Un pigeon monstrueux garde l’escalier, dans sa poitrine une vitrine laisse voir un masque d’un personnage asiatique, chinois peut être portant une couronne de brillants et de verroterie. A l’étage je découvre le vrai foyer d’un théâtre avec ses moulures, ses stucs, un parquet, mais comme nous sommes chez Dali, il y a des sculptures bizarres mais surtout un incroyable plafond peint ; la lumière éblouissante du soleil sort d’une lucarne carrée que soutiennent deux atlantes dont on ne voit que les pieds énormes. Des personnages minuscules forment une scène surréaliste (encore) avec des roues cassées, roues du temps ? Dans la pièce voisine se trouve le fameux tableau des montres molles, énorme magnifique ; mais Dali a montré qu’il savait faire autre chose que des montres molles. Il est au-dessus d’un lit, que vient faire un lit dans un théâtre ? Ces montres molles nous disent que le temps n’existe pas.
montres molles
Illusions d’optique dans le couloir, une croix en miroir destructurée, des miroirs déformants.
Mae WestMae West
Une Mise en scène funèbre se déroule dans une salle noire ou sur un plancher arrondi trône ce qu’on prend d’abord pour un canapé. Remarquant un nez géant aux narines éclairées je découvre que le « canapé » est une bouche, il ne me reste plus qu’à chercher les yeux, tableaux noirs et blancs « pixellisés » où l’on reconnait la Tour Eiffel dans l’un, rien de spécial dans le second. La foule fait al queue pour monter sur un escalier sous un dromadaire et regarder l’ensemble de l’installation dans une lentille : un visage apparaît comme on l’avait deviné !
le spectre du sex-Appeal
A l’étage supérieur on peut voir la collection de tableaux d’autres peintres de Dali.
Il est midi, c’est la sortie de la Messe, en un clin d’œil la place s’est remplie ; Des familles sortent de l’église qui avec des branches de lauriers (c’est le dimanche des Rameaux) qui avec des palmes très joliment tressées. J’aurais aimé les prendre en photo mais elles sont dans les mains des enfants et je n’ose pas demander la permission aux parents. J’ai une mission : trouver un déjeuner chaud, en l’occurrence des croquettes au jambon à emporter que j’achète dans un restaurant très chic l’Impérial.
A une cinquantaine de km par des routes très roulantes que nous connaissons bien, nous arrivons vite sur le bord de la mer à Banyuls. Vers Cerbère, la corniche est occupée par la grande route et le train. Il existe un sentier piétonnier, au-dessus de Banyuls il passe sur la route.
Banyuls plage
Nous arrêtons la voiture en face de la station biologique Arago appartenant à l’Université Pierre et Marie Curie, cela me fait toujours un peu drôle même si je l’ai quitté depuis 36 ans ! Les vagues battent les rochers de schiste. Une jolie marina se trouve juste en dessous puis je marche sur la plage de galets ou de graviers, en chaussures. L’anse est très régulière, presque un cercle, bordé d’une croisette plantée de palmiers et de platanes avec des villas anciennes charmantes, de petits immeubles colorés (moins charmants mais pas trop grands) de terrasses de cafés, plus loin la route monte sur une rampe soutenue par des arcades tandis qu’un cheminement de ciment conduit presque jusqu’à la pointe. Des gens sont venus avec des sièges pliants et lisent au soleil. J’apprécie ma promenade traditionnelle qui arpente les plages.
Banyuls
A l’office de Tourisme on propose un itinéraire «dans les pas d’Aristide » Un court circuit empruntant les marches de la rue Aristide Maillol dans les rues escarpées du village ancien. 15 panneaux émaillés racontent la vie et les œuvres du sculpteurs, une photo et un petit commentaire nous familiarise avec l’artiste. C’est surtout prétexte à une très jolie déambulation dans des maisons anciennes où des plantes en pots fleurissent même la rue. Maisons colorées ou blanches, escaliers de schistes et de brique. Je n’aurais pas soupçonné ces quartiers charmants tellement plus pittoresques que le bord de mer. Quand je retourne sur le bord de mer les cafés et les terrasses se sont remplis ? C’est très vivant, même au mois de mars. Il est déjà 16h30, temps de retourner chez nous !
Joan Ponç au Musée d’Art Moderne de Céret : Diabolo
Exposition temporaire du 3 mars 2018 au 27 mai 2018
Ponç
Joan Ponç (1928 Barcelone– 1984 Saint Paul de Vence)
Diabolo : Démon ou Jeu d’adresse ? L’exposition répond : « Allusion au sens ludique de Joan Ponç jouant avec l’ambivalence que le nom d’acrobatie chinoise entretient avec le diable ».
Dans la vidéo présentée en introduction, un ami du peintre catalan raconte que Ponç aurait entretenu une conversation à Sao Paolo avec un homme prétendant être le diable.
La première salle confirme plutôt l’hypothèse démoniaque en montrant ses premiers tableaux des années 40 :
1940 – 1948 : Présages, délires, hallucinations, avec des influences du totémisme africain ou du hiératisme des œuvres romanes et des enluminures. La plupart de ces « suites » sont des œuvres sur papier, encres et gouaches. (sous-verres j’ai eu du mal avec les reflets pour les photos). Des œuvres plus anciennes « dessins pourris » ou serviettes ressemblent à des dessins d’enfant ou à des graffitis mais quand on prend le mal de les observer on constate que le dessin est très soigné et précis.
1948-1952 : Oracles, exorcismes, magisme démonisme. Une série de grands tableaux, huiles sur toile, à fonds très sombres présentent des personnages étranges, arlequins et jongleurs aux noms bizarres « Fanafana » ou » Barracha »(pour ce dernier c’est peut être moins bizarre en catalan ou espagnol).
Ponç
1953-1962 : Joan Ponç part pour le Brésil sur les recommandations de Miro
Des tableaux « suite instruments de torture » et une nature morte aux aiguilles montre des tableaux plus dépouillés, peu colorés, caractérisés par des pointes agressives, assez effrayants que j’ai beaucoup moins aimés.
Une salle est titrée : « Mais que crient donc ces visages que je ne peux entendre tant ils crient fort »
Ponç visage
En face d’une photo de l’artiste coiffé d’un chapeau d’Arlequin 5 tableaux sur le même modèle : visages à l’horizontale et chapeau pointu et en face une « suite oiseaux » au becs pointus répondent au chapeau d’Arlequin
Ponç en arlequin
1963 – 1967 : Retour du Brésil : paysages nocturnes où domine le bleu
Ponç tableau bleu
1968 – 1969 : Géométries de l’Être : dans son atelier l’artiste est accompagné du portrait d’Einstein et de la formule E = mc2. Ces tableaux géométriques dépouillés avec des volumes et dégradés de couleur m’ont moins intéressée. De même que Iridescence montrant des fragments de corps humain, oreille, organes en dégradé de couleurs.
Ponç
1974 -1979 : Fonds de l’Être je retrouve les tableaux avec des dessins précis et fantastiques que j’avais aimés au début de l’exposition, Arlequin, les diables, des cyclistes infernaux…. »l’artiste devient narrateur des rêves qui montrent la misère humaine […] comme en son temps Hiéronymus Bosch ou Breughel l’ancien » ai-je copié dans le commentaire.
1980 – 1984 : Collioure, Céret, Saint Paul de Vence : sur des fonds encore sombres il peint des paysages, des hommages à Cézanne.
Céret, sous le soleil me donne des envies de photos. Le tronc blanc des platanes, leurs fines branches dressées accompagnent les maisons multicolores des rues anciennes.
Manolo :la Catalane assise
La Catalane assise de Manolo est dans un petit carré planté à l’écart derrière la Mairie. Les Arcades, ancienne Porte D’Espagne sont éclairées par le soleil.
La fontaine de la Sardane
Sur la Place Pablo Picasso, la Fontaine Sardane de la Paix, capte mon attention un bon moment. C’est un monument de céramique complexe. Une montagne cubiste, comme une gemme complexe présente des cristaux à multiples facettes, bleu vert à reflets dorés. De deux trous circulaires deux jets puissants s’échappent tandis qu’à la base de la « montagne » une fente horizontale laisse passer l’eau comme une source. Le bassin émeraude est ceint d’une margelle de céramique avec un tube creux comme un serpent à tête d’oiseau où coule encore un filet d’eau. Le serpent porte des décors et de petits personnages. Le bord vertical est très décoré et coloré avec des personnages, des coquillages, des lettres grecques, et plusieurs fois « ombre » et « imagination ». sur le bassin, tranche un support avec un carreaux blanc où des personnages dansent la sardane. J’aurais pu rester encore longtemps devant cette fontaine.
La fontaine de la Sardane (détail)
J’ai trouvé sur Internet ce texte :
Le 20 septembre 1953, à Céret, à la sortie d’une corrida, Picasso, accompagné d’Edouard Pignon et d’Hélène Parmelin, est accueilli au «Grand Café» par les communistes de Céret. A l’issue de la chaleureuse réception, il dessine une sardane, puis, avant de partir, se ravise et y ajoute une colombe. «La Sardane de la paix» est née. Picasso l’offre à ses camarades pour leur journal, «le Travailleur catalan». Par la suite, la section de Céret du PCF fera don de l’oeuvre au Musée d’art moderne de la ville.
Fontaine détail
Une fontaine, conçue par Juliette et Jacques Damville et située place Picasso, sous la porte d’Espagne des anciens remparts de Céret, célèbre la mémoire de cet acte artistique
J’ai été très étonnée que les auteurs de la Fontaine de la Sardane ne soient pas cités visiblement (ils le sont peut- être mais je n’ai pas trouvé. Sincèrement je croyais que toute la fontaine était l’œuvre de Picasso . J’étais seulement étonnée que ce carreau blanc se détache trop de l’ensemble.
Au Musée j’ai visité très consciencieusement l’exposition temporaire Joan Ponç.
Picasso au Musée de Céret
Après m’être bien concentrée dans l’exposition allant de surprise en surprises, j’arrive dans les Collections permanentes.
Je ne sais où donner de la tête et dresse une liste des peintres sans prendre de notes. Il faut dire que des enfants de maternelle sous la direction d’une médiatrice parlent très fort et font un bruit très gênant. J’ai déjà rencontré ces groupes d’enfants très petits à la Fontaine Sardane mardi dernier. Les enfants de la région ont bien de la chance !
Je note en vrac Jean Marchand (1912 – 1919), Soutine (1919) André Masson, Picasso,Juan Gris, Haviland, Manolo, Max Jacob,Herbin, Pinkus , Kremegne, Lafay, Pignon, Chagall .
Quel gâchis que de passer en vitesse devant une si riche collection. Il me faut revenir, heureusement il reste deux semaines !
Il fait un temps printanier presque chaud. Nous déjeunons avec grand plaisir en plein soleil sur la table du jardin.
Du Parking des Thermes, je découvre un pont qui enjambe un ruisseau dévalant le ravin où déversent les eaux chaudes des thermes militaires . Une belle promenade plantée de grands platanes surplombe le ruisseau. Les Thermes militaires sont abandonnés, ils ressemblent plutôt à des casernes. Suivant le Mondony, j’arrive avenue du Vallespir, la rue commerçante que je connais bien, et aux bords du Tech que je traverse.
Un escalier grimpe jusqu’à une route qui monte. Le balisage jaune me prévient de quitter la route au niveau de nouvelles marches relayées par un sentier abrupt. Je regrette avoir oublié mon bâton de marche. La descente sera problématique si je ne trouve pas un autre itinéraire.Une flèche en bois signale le calvaire.
Céret : le Canigou enneigé
Au calvaire, une grande croix de fer avec les outils de la crucifixion. La vue est extraordinaire, à 360°, sur Amélie-les-bains, mais aussi sur les montagnes à l’arrière de la station, sur la vallée du Tech jusqu’à Arles-sur-Tech et de l’autre côté sur Palada et bien au-delà.
Comme la fiche l’indique, je reviens par la rue des cèdres, négligeant le raccourci pris à la montée. A l’entrée du village, des marches et un chemin cimenté descendent directement jusqu’à la place de la Sardane où est installé un beau marché alimentaire avec tous les fruits et légumes, une poissonnerie dans un camion, des fromages et charcuteries de pays et deux food trucks proposant des plats plus exotiques. Il est midi, les marchands remballent, seuls les food-truck continuent leur activité.
Nous avons décidé de piqueniquer à Arles-sur Tech.
Nous dépassons le village et continuons jusqu’aux Gorges-de-la-fou
Gorges-de-la-Fou
Les gorges de la Fou
Les Gorges de la Fou se vantent d’être la gorge la plus étroite au monde. C’est peut-être exagéré. Canyon très étroit dans une falaise de 200m de haut, sinueux. C’est un très beau site. Malheureusement, il est très lourdement équipé. On marche sur une grille métallique assurée par des poutrelles. Comme la grille est large elle emplit tout l’espace. Des grilles de chaque côté, et comme si le casque obligatoire ne suffisait pas un filet métallique sécurise contre les chutes de pierres. Le visiteur n’a plus aucune sensation d’aventures, l’eau est cachée, la photographe frustrée…j’imagine comme il doit être plaisant de descendre en canyoning cette gorge !
Les gorges de la Fou
Evidemment en été la fraîcheur doit être plaisante. Mais en été le site doit être plein de monde et dans un endroit si réduit. Heureusement aujourd’hui il n’y a presque personne. Plus qu’une aventure, c’est du sport, je marche d’un pas soutenu, monte les marches, l’équivalent de sept ou huit étages. Mais pour l’émerveillement, c’est un peu raté. Les intentions botaniques sont louables mais la nature est encore en hiver et le lys martagon, les fleurs sont invisibles !
Pendant que j’arpente le cheminement je pense aux canyons jordaniens où nous étions l’an passé, pourtant touristiques mais si mystérieux !
Arles-sur-Tech
Abbaye d’Arles-sur-Tech
Fondée en 778, l’abbaye carolingienne installée sur les ruines de thermes romains à Amélie-les-bains, a été transférée plus dans l’intérieur à la suite des incursions normandes. Le cloître est 13ème et l’église 12ème .
Le cloître est assez grand bordé d’arcades gothiques soutenues par de très fines colonnes jumelles blanches de marbre de Céret et pierre de Gérone. Au centre d’un jardin de buis qui embaume se trouve une intéressante croix de fer avec une boule de fer, la croix du grain, rappelle une activité métallurgique des forgerons catalans.
Arles sur Tech : croix
J’entre dans l’église par le cloître et suis surprise de la hauteur de la nef, ici aussi des retables baroques. Ce que j’ai préféré, c’est le tympan très finement sculpté.
Place du couvent
L’office de Tourisme distribue un circuit d’environ une heure dans le centre historique à partir de la place du couvent dans les ruelles qui tournent. On aboutit sur une petite place avec de belles maisons une galerie soutenue par de lourds piliers, des fontaines, un oranger dépasse un mur dans la rue de l’oranger. Rien de spectaculaire mais une agréable promenade. J’aime bien ces circuits qui ressemblent à un jeu de piste. Ce village avait même un quartier juif, le Cal.
« ….Le grand coupable, c’est l’impôt. le grand ennemi c’était l’Etat.
Le gouvernement observait avec inquiétude les couleurs de cet incendie qui gagnait sans cesse du terrain….. »
Lemaîtresait raconter des histoires. Je l’ai découvert avec Au revoir là-haut, et naturellement j’ai voulu connaître la suite!
Au revoir la-haut était plutôt un roman de garçons, d’amitiés viriles, Couleurs de l’incendie met en scène des figures féminines : Madeleine, la fille du banquier Péricourt, fille de, ex-femme de, mère du petit Paul, au début du roman, prend de l’envergure tout au long de l’histoire, Léonce, sa confidente, la belle garce, Solange Gallinato, la diva, et l’inénarrable Vladi, qui ne s’exprime qu’en Polonais.
Les hommes détiennent le pouvoir et l’argent, indissociables. C’est une histoire d’argent qui commence avec l’enterrement du Banquier Péricourt rassemblant tout le gratin, même le président de la République. L’héritage de la banque sera convoité, l’héritière flouée…Mauvaise gestion, investissements hasardeux, ou crise de 1929 qui de toutes façon aurait rebattu les cartes?
Madeleine ruinée va se venger (mais je ne vous en dirai pas plus).
C’est un roman historique, une période trouble 1927- 1929 pour la première partie, 1933 pour la seconde. Crise économique et morale, corruption et évasion fiscale. Evasion fiscale et populisme. Certaines ressemblance avec notre époque, ce Charles, président d’une commission contre l’évasion fiscale, pris avec des francs suisses. Cela ne vous rappelle rien? Montée du nazisme, fascination de la droite pour le fascisme de Mussolini. Dans la « reconnaissance de dette« , l’auteur cite ses sources, littéraires mais aussi historiques, la reconstitution de l’époque est basée sur de réelles recherches.
Roman d’aventure, vengeance, roman touffu avec de nombreux personnages mais aussi très amusant, parfois tournant à la farce. Je ne me suis pas ennuyée ; j’ai dévoré ce gros livre.