Selinunte – restauré?

CARNET SICILIEN 2016

Sélinunte temple E derrière les anthémis
Sélinunte temple E derrière les anthémis

J’avais gardé un excellent souvenir de Selinunte où nous avions passé une semaine, du site antique fleuri où nous étions revenues à plusieurs reprises. Nous avions flâné des heures sur l’Acropole à chercher les maisons puniques et nous avions rencontré un berger et son troupeau sur le site romantique de Malophoros.

Depuis 2015, le site a été rénové. On a construit une clinquante billetterie. On est invité à télécharger l’audio-guide sur le smartphone (mais on n’a pas installé de wifi). On a organisé des navettes électriques (genre voiturettes de golf) et pour cela, tracé de grandes allées blanches en place des chemins dallés. Pour faire propre, on a tondu les grandes pelouses qui entourent le Temple E qui est entouré de barrières plastiques orange. Le site de ruines romantiques a perdu ses fleurs et une partie de son charme. Je suis très déçue !

La plus grande déception est à venir : tous les panneaux explicatifs ont été retirés. Je dois retourner au guichet acheter un plan cher et mal fichu.

Temple E
Temple E

En l’absence de commentaire j’essaie de glaner quelques renseignements en écoutant les conférenciers des groupes. L’un d’eux explique que le Temple E a été remonté dans les années 50 à grand renfort de ciment et de ferraille ce qui ôte beaucoup de magie au grand temple dont la colonnade est à peu près complète. Les métopes se trouvent à Palerme au Musée Archéologique Salinas.

Le petit temple F est bien  écroulé « un séisme » explique un guide. J’arrive à peine à imaginer un temple.

Le Temple F : un chas
Le Temple F : un chas

Le géant, le temple G aux colonnes énormes a encore une colonne debout qui fait penser à une cheminée d’usine pour la taille. Une autre a ses tambours mis bout à bout donne une idée de l’échelle.

La dénomination des temples avec des lettres est plus rigoureuse scientifiquement mais elle est aride pour la touriste que je suis. Point de mythologie, de citation ou d’histoire. Difficile de faire « parler les pierres ». Les seuls panneaux  encore en place donnent des données chiffrées, tant de colonnes, telles dimensions…J’apprends donc que les temples archaïques étaient plus longs que les temples classiques et qu’il y a aussi des différences dans la cella.

Un peu plus loin le très beau bâtiment Baglio Floro doit abriter un antiquarium, pas encore terminé, semble-t-il.

L'Acropole et la colonnade
L’Acropole et la colonnade

Au lin, une belle colonnade se détache sur l’Acropole. La promenade pour la rejoindre est agréable en descendant dans une vallée occupée par un petit bois de mimosas et lentisques, franchissant un ruisseau sur un pont de bois branlant, remontant la route qui domine la plage de Marinella de Selinunte. Encore une fois, l’absence d’explication appauvrit la visite qui devient une promenade dans une ville où les rues sont encore visibles. Les Carthaginois s’y étaient installés ;je me souviens des maisons puniques. En l’absence de données archéologiques je regarde les fleurs : les acanthes sont merveilleuses, les arbres de Judée apportent leur note rose. Pas de parcours précis donc, j’enjambe des blocs au hasard dans les hautes herbes. Les anthémis sont grosses et d’un jaune éclatant.

l'éphèbe de Selinunte
l’éphèbe de Selinunte

 

 

L’éphèbe de Selinunte, la fierté du musée vieillot de Castelvetrano,  j’avais beaucoup aimé cette visite. Dans une cage de plexiglas, dans une pièce ouverte à tous les vents, il n’est pas à son avantage.  . Je ne me souvenais pas qu’il était si petit. Ce petit bronze délicat est saisissant. Que fait-il ? Ses mains le suggèrent en raison ou en discussion. Il est curieusement cambré un peu comme une fille. Sa coiffure aussi est étrange, peut être est-ce une couronne ?

 

 

Une grande allée blanche – trop large, trop neuve, trop lisse – va au Mélophoros. Je regrette la nature sauvage d’autrefois. Après avoir franchi un autre ruisseau, plus large que le précédent, je reconnais le site avec ses trois petits temples. Dans lequel se pratiquait-il le culte à Demeter Malophoros, la porteuse de grenade. Quelques coquelicots bien rouges donnent une touche de gaieté. Comme l’endroit est très en pente on n’a pas passé la tondeuse et le site est préservé. Au sol de petites véroniques bleues et un tapis de minuscules fleurettes orange. Des lézards détalent à mon approche. En haut, les grandes feuilles charnues et bleuissantes des agaves portent des hampes florales fanées.

Malophoros
Malophoros

Les sculptures de Salvatore Rizzuti au Musée Civique

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Au Musée Civique, j’ai fait une bien belle découverte : le sculpteur Salvatore Rizzuti, enfant du pays né en 1949. Il alla peu à l’école et devint berger encore enfant. En gardant ses bêtes, il sculptait le bois jusqu’à ce qu’on reconnut son talent et qu’on l’envoya étudier à Palerme en 1967. Rizzuti est un sculpteur reconnu. L’article que Sciascia lui consacra est exposé en bonne place dans le Musée. Le sculpteur a offert à sa ville natale 33 sculptures, bois d’olivier, terracotta et compositions originales. Les figures sont singulières, souvent chargées de symboles comme cet homme avec un verrou dans la poitrine, un crâne ouvert comme un coffre-fort ou cette femme à tête de poste de télévision. Ces sculptures sont intéressantes et expriment souvent une très grande souffrance.

Vêpres siciliennes
Vêpres siciliennes

La salle suivante est occupée par un groupe intitulé Vêpres siciliennes : 3 personnages, un roi un évêque et une femme couchée sur un bloc – un billot – Scène extrêmement violente où l’évêque tient le poignet de la femme menottée tandis que le roi menace la femme allongée, jambes écartées. Va-t-il la violer ? La tuer ? Le bras levé est inachevé.

Le chant des sirènes
Le chant des sirènes

Un autre groupe ,Le Chant des Sirènes, est composé de tris personnages debout, au milieu un homme, en retrait la mort, le troisième est-il la Sirène, menaçante ou séduisante ? Autre scène complexe : Crucifixion le christ est assez classique mais il a adjoint une femme debout contre un rectangle plein. Une petite composition dans un cadre carré comme une crucifixion en diagonale : Sarajevo 1992. Une autre salle est occupée au milieu par un couple allongé sur un disque: le Refus du Péché Originel, ils ne respirent pas la jouissance pour autant , expriment autant de tourment qu’Adam et Eve de Masaccio à la chapelle Brancacci de Florence.

Sur des bandeaux, au mur des citations des auteurs les plus variés qui ont écrit sur la ville de Pline l’ancien à Goethe en passant par Diodore de Sicile, Cicéron, Al Muqqadasi et même le Parsifal de Wagner.

Après un pique-nique très venteux nous allons voir une petite chapelle tout en haut du village. Rosalia, tout en noir sauf son tablier orange, guide la manœuvre de la Fiat. Elle ne chasse pas les touristes importuns qui font demi-tour devant sa porte mais les accueille comme des hôtes.

 

Caltabellotta – une ville d’histoire millénaire…

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l’histoire de Caltabellota.

Je suis stupéfaite d’apprendre que ce village perché possède une histoire millénaire remontant à l’âge de Bronze. La nécropoli sicane est formée de tombes de 3000ans Av JC. Au  10 et 11ème av. JC, on assista à d nouvelles vagues migratoires, Elimes, Phéniciens puis Epiei ( ?) venant de Troie. Triocala fut fondée par les Sicanes.

Triocala fut un haut-lieu des Guerres Serviles (134-110 av.JC).  Selon Diodore de Sicile, Trifone fut élevé sur le trône et éleva des fortifications, un palais royal et un forum. Pour réprimer la révolte servile, Lucullus se rendit à Triocala à la tête de 40.000 hommes pour assiéger la ville et le siège fut infructueux si bien que le consul fut condamné à l’exil.  Ce n’est qu’après la mort de Trifone que les Romains vinrent à bout de la révolte servile.

839 : les Sarrasins nommèrent la ville Qalat al-ballut (la roche du chêne).

Après la conquête normande les familles féodales dominèrent la ville.

1302 La Paix de Caltabellotta mit fin à la Guerre des Vêpres Siciliennes opposant Angevins et Aragon.

D’autres histoires ou légendes y sont attachées comme celle de la Reine Sibille veuve de Tancrède et d’Henri VI Hohenstaufen. Et plus loin, celle de Dédale qui se réfugia auprès du roi sicane Kokalos ce qui explique pourquoi on a vu la statue d’Icare à Agrigente…

Guerres serviles ou Vêpres siciliennes sont bien confuses dans mon esprit. Il faudra me documenter au retour. C’est fou comme la visite d’un village perché me donne tant de pistes à explorer.

La Cathédrale normande

La cathédrale normande
La cathédrale normande

La Cathédrale normande (fin 11ème  siècle) a été bâtie à l’écart de la ville, dominant une verte esplanade sous les rochers des crêtes. Elle est très massive, beaucoup plus large que haute et a gardé son aspect primitif malgré quelques aménagements 17ème dont il reste des stucs verts et blancs autour du chœur et 4 colonnes en (faux) marbre vert encadrant la Madone couronnée d’ampoules électriques. Seul décor : un chemin de croix céramique émaillée genre Della Robbia mais moderne. Nef large encadrée de deux déambulatoires étroits, les piliers en pierre calcaire sont trapus. L’un d’eux garde une fresque.  Chapiteaux très simples et ogives. Très beau plafond de bois. Le campanile est une tour carrée. Au dessus, creusé dans une arête rocheuse, le plus beau coin à pique-nique panoramique : une table, quatre sièges et un banc .

campanile
campanile

Un panneau m’apprend que la zone NE de la Cathédrale était byzantine (9ème siècle) comme l’ont attesté des poteries, on a aussi trouvé des poteries émaillées arabo-normandes et même des outils en silex préhistorique dans des habitations rupestres que nous n’avons pas trouvées (mais j’ai vu la photo sur un flyer au Musée municipal).

cherchez le chateau de Luna!
cherchez le chateau de Luna!

En face, le château de Luna (de la lune ou de la famille Luna ?) dresse une tour unique à base carrée, très haute et très fine, mais ne se visite pas. L’escalier du belvédère au sommet d’un piton rocheux est également inaccessible.

La chiesa S. Francesco a un joli portail 15ème muré.

Cpù^mexe S Pellegrino
Complexe S. Pellegrino

Au détour de cette église nous découvrons la Voie panoramique Via S Pellegrino qui tourne autour du piton et conduit au très grand couvent S. Pellegrino qui coiffe un des sommets. Abusée par la consonance, je prends ce couvent pour un hébergement de pèlerins. Lisant un des panneaux (gravés dans du verre très peu lisibles avec les reflets) je découvre que S. Pellegrino fut le premier évêque de Triocala au 1er siècle de notre ère. Envoyé en Sicile par Saint Pierre, la légende raconte qu’il aurait délivré la ville d’un dragon qui dévorait chaque mois un enfant. Il serait inhumé près de la Grotte du Dragon devenue auourd’hui le complexe S. Pellegrino. A la base de l’escalier la place a été équipée de banc pour profiter de la vue. Nous décidons de pique-nique là.

En route vers l’intérieur – vers Caltabellotta

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oliveraie et ferme
oliveraie et ferme

8h,  par de petites routes de campagne,  dans la belle lumière du matin à travers vallées et collines ; des parcelles triangulaires au flanc des collines d’oliveraies ou d’orangers photogéniques . Devant une  orangeraie, je  trouve une belle ferme au toit de tuiles coiffant la colline. En marchant je découvre de nouvelles fleurs : pois de senteur bicolores, pourpres et violets qui ressemblent aux ailes d’un papillon. Les grosses inflorescences rouges que j’avais prises pour de la luzerne ne sont-elles pas plutôt des lupins ? Sur le bord de la route, des glaïeuls roses comme ceux que j’ai vus en Grèce. Je filme les douces collines, les fleurs, les orangers…

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La route effleure Sciacca  puis s’élève vers la montagne. La route passe le long du gros rocher qui domine Sciacca, d’une ancienne carrière, puis  grimpe très raide. Les sommets sont formés de gros pitons déchiquetés et la ligne de crêtes est piqueté d’éoliennes qui tournent très fort .

DSCN8585 - CopieEn s’approchant du col, Dominique entend le bruit de l’eau et les brebis. L’eau s’écoule sur le bord moussu d’un bel abreuvoir blanc. Dans le verger voisin, les moutons préfèrent se dresser pour dévorer les feuilles tendres d’un abricotier plutôt que l’herbe. Ils se font même la courte échelle ! Les rochers ont des formes étranges, quand les arbres s’y accrochent ils compliquent encore leur silhouette, donner un profil en bec de perroquet ou carrément en dévers…

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Juste après le col,  la petite ville de Caltabellotta surgit accrochée à la montagne. Les  guides la désignaient comme un « village perché ». L’appellation « ville » convient mieux avec ses nombreuses églises, ses places, son histoire séculaire. A l’entrée, un quartier HLM miteux. Un panneau annonce « Caltabellotta, ville de la Paix ». Ignorante de l’histoire locale je crois d’abord à un vieux slogan PCI….

La vieille ville est tout en ruelles et en escaliers. Sur chaque toit, une parabole et une grosse citerne grise (pas le bidon cylindrique chauffe-eau commun dans tous les pays ensoleillé), une grosse citerne.

Les flèches « cathédrale » « centre historique »,mènent à une petite place. Etrangement les pépères à casquette et à canne  nous invitent à remonter en voiture. « la Cathédrale c’est très loin ! Allez-y en voiture ! »Et les deux vieux messieurs de se disputer si le meilleur itinéraire c’est tout droit ou par derrière.

Nous continuons à pied, admirant les décors des porches de maisons étroites avec un seul étage et aucun signe extérieur de richesse mais une entrée digne d’un palais encadrée de pierre ciselée avec des balcons en ferronnerie soignée reposant sur des appuis ouvragés. Témoignage d’un autre temps.

Celui qu’on attendait – film franco-arménien de Serge Avédikian

TOILES NOMADES

Celuiquonattendait

film sympathique où j’ai retrouvé l’Arménie que nous avons visitée avec bonheur.

La simplicité de ces villageois accueillants, naïveté et roublardise, en tout cas gentillesse, joie de vivre et désespoir mêlés.

« votre monnaie c’est le drame, vous avez de l’humour »

Si ce film passe près de chez vous ….

Folles de Joie/La pazza gioia di Virzì

 

CINEMA ITALIEN

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Deux folles heures en compagnie de Beatrice (Valeria Bruni Tedeschi) d’une famille aristocrate toscane et de Donatella (Micaela Ramazzotti) dans une maison de repos fermée où elles sont soignées sous un placement judiciaire.

Beatrice se comporte comme la propriétaire de la villa Biondi et se promène sous une ombrelle improbable. Elle prend sous sa protection Donatella , une nouvelle arrivante et l’entraîne malgré elle dans une folle équipée. Les soignants sont d’une grande bienveillance tandis que les deux amies en cavale accumulent les aventures.

C’est distrayant, émouvant, souvent drôle. Un film réussi sans grande prétention.

 

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Le nouveau nom – Elena Ferrante

IL VIAGGIO D’EIMELLE

le nouveau nom

J’ai beaucoup aimé l’Amie Prodigieuse et j’ai immédiatement téléchargé le Nouveau Nom qui lui fait suite dans la saga d’Elena Ferrante. Comme je me méfie des lectures à la file d’un même auteur qui parfois provoque une lassitude, j’ai attendu quelques mois avant de continuer le feuilleton. Si l’effet de surprise ne joue pas dans ce deuxième tome, je n’en ai pas été déçue pour autant. J’ai lu quelque part (blog ou babélio?) que cette série était addictive, tout à fait un peu comme pour certaines, les séries télévisées, avec les personnages récurrents, les histoires d’amour qui s’emmêlent. C’est beaucoup plus! 

Lila(Lina) et Lenù (Elena) ont seize ans au début du Nouveau nom. Lila est Madame Caracci, avec son identité de femme mariée, mal mariée : dès le jour de son mariage elle a pris un dégoût irrémédiable pour Stefano. Elena, brillante élève au lycée mais  aussi gagner sa vie….Les amies s’entraident, partent en vacances à Ischia où elles découvrent le désir, et l’amour, pour le même garçon. Leur amitié sans faille survivra-t-elle?

Je n’aime pas les billets qui résument un roman. J’en resterai là. Le Nouveau nom n’est pas qu’un roman d’amour et d’amitié. Ce n’est pas seulement le quotidien d’un quartier pauvre de Naples. C’est beaucoup plus. C’est un roman féministe qui montre la condition des femmes dans les années 60 à Naples, femmes battues, humiliée, éreintées par les grossesses et les travaux ménagers

« Ce jour-là, en revanche, je vis très clairement les mères de famille du vieux quartier. Elles étaient nerveuses et résignées Elles se taisaient, lèvres serrées et dos courbé ou bien hurlaient de terribles insultes à leurs enfants qui les tourmentaient. « 

Le combat d’Elena pour sortir de la pauvreté par l’éducation, ses efforts acharnés pour briller dans ses études. Etre diplômée ne suffit pas pour sortir d’un milieu modeste.

« je faisais partie de ceux qui bûchaient jour et nuit, obtenaient d’excellents résultats, étaient même traités avec sympathie et estime, mais qui ne porteraient jamais inscrits sur eux toute la valeur, tout le prestige de nos études; j’aurais toujours peur : peur de dire ce qu’il ne fallait pas, d’employer un ton exagéré, d’être habillée de manière inadéquate, de révéler des sentiments mesquins et de ne pas avoir d’idées intéressantes ».

Le contexte des idées politiques, le roman  traverse les années 60 et les débats idéologiques. J’aurais peut être aimé en savoir plus sur 68. mais peut être, en Italie, cette année-là a eu moins de retentissement qu’en France..

Et maintenant, j’attends la suite!

 

la côte près de Mazara, La Réserve de Lago Preola – Granitola

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Dans la campagne vignes et fleurs
Dans la campagne vignes et fleurs

Maintenant que nous avons une carte détaillée, nous décidons de suivre la côte pour profiter de la mer. La Promenade lungomare se poursuit jusqu’à une esplanade où se trouve la statue de l’évêque San Vito et une église très simple, presque un cube (plus haut que long ou large) avec une seule ouverture. Une belle porte de bronze est encadrée de marbre gris un peu à la manière espagnole. Sur la place, à l’arrière, un voilier de fer a ses voiles découpées de silhouettes d’oiseaux marins. On passe ensuite une passerelle moderne en suivant la direction de Granitola.

Réserve Naturelle Lago Preola &Gorghitondi

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Cinq bassins d’origine karstiques (dolines) provenant de la dissolution de la craie sur un substrat argileux. Les  cinq petits étangs hébergent une faune très riche, protégée. Un petit circuit de 300m est ouvert au public. Il conduit à un affût permettant d’observer les hérons, canards, foulques…quelques panneau présentent au public la fouine, les serpents et batraciens. Des promenades accompagnées sont aussi possibles.

Granitola

Une tour sarrasine, nous accueille,  à sa pointe un phare. Entre les deux une crique rocheuse où sont échouées sur les rochers deux groupes de 5 barques. La place est plantée de beaux platanes (élagués en ce moment) 4 ou 5 cafés, quelques maisons basses blanches, d’autres à étage, jaunes. Une plage minuscule, un club de plongée. Nous faisons une agréable pause au café au bord de l’eau.

L’itinéraire du retour, au jugé, est très agréable dans les vignes et les cultures. A Campobello 9di Mazara nous réussissons à éviter la grande route et serpentons vers Menfi.

Mazarra del Vallo cité multiculturelle

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Face au musée, le portail spectaculaire du collège de Jésuite est soutenu par 4 atlantes – télamones . Son cloître est classique, dépouillé. Les lycéens m’accompagnent dans une salle de conférence peinte à fresque et dans deux autres salles d’exposition de peintures, principalement des marines, que je regarde distraitement.

. Nous commençons par le Palais des Chevaliers de Malte et le petit théâtre Garibaldi, construit en 1848, appelé alors « théâtre du Peuple » .Construit en bois avec deux étages de loges abondamment décoré.

St Niccolo
St Niccolo

Tous les guides recommandent la visite de l’église Saint Nicolas, église des pêcheurs située sur une terrasse dominant le fleuve et le port de pêche, chef d’œuvre du style arabo-normand. Ne pas confondre avec Saint Nicolas de Bari au coin de la Via Marina et de la Via San Nicola. Les deux églises dont les noms se ressemblent sont très proches. Hélas, elles sont fermées toutes les deux. Nous ne verrons donc pas les mosaïques seulement les trois cylindres réunis en un volume étonnant.

La Kasbah

la kasbah
la kasbah

Souvenir du temps où Mazara était arabe avant Roger, elle abrite la communauté tunisienne de la ville. Tandis que j’admire une porte magnifique sur un édifice quasi en ruine, une musique orientale se fait entendre. Film en place de la photo. La musique sort d’une voiture. Le conducteur trouve une chanson grecque qui sied aussi bien à l’ambiance du lieu. Re-film des maisons à étages d’où pend la lessive. Street Art ?

DSCN8559 - CopieDe céramistes ont décoré de simples pavés à motifs contemporains ou de grands panneaux de majolique les murs aveugles du quartier arabe, balisant ainsi un parcours dans les vicoli de la kasbah. Nous tournons dans le labyrinthe d’impasses, de cours et de ruelles tortueuses, le regard tantôt attiré par les panneaux de céramique, tantôt par le spectacle de la vie dans les rues ou les cours. Une porte cloutée bleue s’ouvre sur un couloir blanc, on se croit à Djerba, une rouge sur un intérieur orange. Un peu gênée de mon regard voyeur je félicite les habitants d’avoir si bien décoré la maison ou la courette. Ils reçoivent les compliments avec le sourire ; Les panneaux racontent une histoire. L’un d’eux proclame « Mazara, cité multiculturelle » d’autres portent des poèmes, en sicilien que je ne comprends pas. Nous empruntons la Via Bagno, selon le Guide GEO, il y aurait un hammam, selon les panneaux émaillés ce serait plutôt un mikvé proche de la synagogue. Juifs et musulmans se côtoyaient, quand ? avant l’Inquisition !

par les vicoli
par les vicoli

J’atteins San Francesco que je néglige, je le regretterai.

13 heures, temps de chercher un restaurant. Nous choisissons La Locanda Di Don Martino une terrasse très chic : nappes en lin brun, photophore en cuir translucide à la marocaine, personnel stylé. Carte de la Mer/Carte de la Terre. On nous dissuade de nous attabler dehors, le vent souffle très fort. La salle est vaste et sombre, nous insistons.

Je commande un Risotto du Pêcheur, Dominique des calamars grillés avec des épinards. Le riz est rouge et pimenté, fondant, excellent,  les moules et les palourdes sont présentées dans leurs coquille, les nombreuses petites crevettes sans la carapace. Les calamars sont entiers, gonflés, tendres, leurs tentacules pourpres sont un peu caramélisés. Les épinards en revanche, manquent d’assaisonnement.

Retour à la voiture par les vicoli en passant devant de nombreuses églises en suivant toujours la piste des carreaux. Un tableau m’interpelle : » Au Haut Moyen Age, ici fut créé le plus ancien parlement d’Europe » pas assez de précision, j’aimerais en savoir plus. L’histoire de la Sicile est vraiment complexe !

Le Musée du Satyre dansant – Mazara del Vallo

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Le satyre dansant de Mazara del Vallo
Le satyre dansant de Mazara del Vallo

Installé dans l’Eglise S Egidio (15ème s) surmontée de coupoles rondes rouge foncé évoquant plus une mosquée qu’une église avec sa façade très sobre et ses murs nus. J’ai gardé un souvenir très vif de ma première rencontre avec la satyre de bronze, éphèbe de toute beauté, sorti de la mer on loin de là. Mazara del vallo lui a offert un écrin, un musée à lui-seul. Aujourd’hui, je n’aurais pas de rencontre intime. Les élèves du lycée de Mazara, en costume de cérémonie, jouent les guides touristiques. Je suis escortée de deux garçons et de deux filles qui prennent très au sérieux leur nouveau métier. Ils me racontent l’histoire de la ville qui fut successivement phénicienne, grecque, romaine, arabe, normande, espagnole (et j’en passe). Nomme d’après le nom du fleuve Mazaro qui offre dans son estuaire, un havre, aussi bien aux pêcheurs qu’aux commerçants et aux bateaux de guerre. Le satyre est donc accompagné d’amphores antiques recouvertes parfois de coquillages et d’huitres et d’objets plus récents comme cette gourde de pèlerin aplatie ou deux braseros de terre cuite. Un étrange cylindre est présenté comme une « patte d’éléphant » punique. Il y a aussi une inscription phénicienne.

Le satyre fut découvert en deux temps : en 1997, une jambe et en 1998 le reste du corps. Sa datation reste mystérieuse : peut être 4ème ou 3ème siècle av. JC. On ne sait pas s’il s’agit d’une statue grecque ou d’une copie romaine.

On l’a nommé le satyre à cause de son regard perdu, les yeux un peu révulsés et la bouche ouverte. On a aussi pensé au dieu Eole avec sa coiffure emportée par le vent.

Appartenait-il à un groupe de statues ou était-ce la figure de proue d’un navire ? On pensait qu’il tenait un bâton d’une main et de l’autre une coupe de vin.

Dans la salle attenante, un audiovisuel raconte la découverte et la restauration du satyre. L’archéologue fait remarquer que le corps lisse aux muscles peu marqué est plus féminin que masculin. Pline aurait décrit un groupe sculpté par Praxitèle, représentant l’ivresse – Periboetos – très répandu dans le monde grec à opposer à une autre représentation de satyre assis .  L’archéologue cite aussi Platon qui aurait décrit une sorte d’orgasme quand on a crié très fort ceci expliquerait le relâchement de la musculature, la bouche ouverte et le regard perdu.

Place du Plebiscite et église S Ignazio le musée du Satyre
Place du Plebiscite et église S Ignazio le musée du Satyre