Rumiz s’attache aux pas d’Hannibal pour un voyage qui commence aux cols des Alpes, au passage des fameux éléphants, en introduction. De Sardaigne à Sant’Antioco, cité punique, à Carthage, bien sûr, à Carthagène, logiquement, il traverse l’Espagne, les Pyrénées, le Rhône, il hésite (Durance ou Savoie?), Piémont (où il hésite encore devant la Trébie). Il trouve à Bologne « l’homme qui se prenait pour Hannibal » avec qui il cheminera jusqu’aux champs de bataille célèbres du Lac Trasimène, à Cannes, goûtera au délices de Capoue….Campanie, Sicile, et retour en Tunisie, pour suivre Hannibal en exil jusqu’en Arménie et en Turquie.
Voyage dans l’espace et aussi dans le temps. Hannibal n’a laissé que peu de traces tangibles, et pourtant la toponymie garde son souvenir, Rumiz cherche donc les « ponts d’Hannibal« , les « fontaines d’Hannibal », ou les noms « barca » dérivés du nom du conquérant.
« tu crois qu’on est fou? [….]Si l’on poursuit un mythe, c’est normal de s’égarer » [….] »mais aujourd’hui, le mythe n’existe plus. Personne ne le cherche.Et, lui La mort du mythe est le phénomène le plus obscène des temps modernes. C’est la fin de l’enchantement de l’imagination, du désir »
Ils partent à l’aventure avec Polybe et Tite-Live en guise de guides touristiques – heureux érudits qui peuvent les lire dans le texte – et que la lecture des anciens transporte en l’absence de toute évidence du passage d’Hannibal.
Confrontation entre le monde moderne où ils circulent (en voiture, pas d’éléphant) et le monde antique. Voyage à la limite des souvenirs des anciens qui s’estompent dans la modernité du 21ème siècle, plutôt qu’une carte ou un GPS, il interroge les paysans.
« vingt deux siècle, ce n’est qu’un souffle dans l’histoire humaine. Je repense à ce que me racontaient mes grands-parents et je m’aperçois qu’il existe encore un fil rouge qui me relie à l’Antiquité. Je ne sais pas si mes fils pourront en dire autant, dans cette société qui tue le temps avec l’hypervélocité télématique ».
Interrogation sur le temps qui passe, interrogation aussi sur l’irrésistible conquête du monde méditerranéen par Rome, qu’il compare aux Américains. Comment Rome, battue par le grand chef de guerre, non seulement n’a pas reconnu sa défaite et s’est retrouvée vainqueur?
Rumiz, L’écrivain voyageur que j’avais découvert dans son voyage Aux frontières de l’Europe nous offre encore un voyage passionnant.
En face de la Place Trilussa, le pont Sisto, piétonnier enjambe le Tibrequi luit comme un miroir mais qui semble bien vide en comparaison avec la Seine et ses péniches. Ses quais aussi sont déserts malgré une piste cyclable, et une promenade peu fréquentée sous ce soleil magnifique. Les grands platanes se reflètent dans l’eau.
fuite en Egypte
Un musicien joue. Des pakistanais ou indiens vendent des jouets, un autre vendeur a installé une crèche miniature sur le parapet avec la Fuite en Egypte et même une Arche de Noé.
LaVia Giulia passe le long du Palazzo Spada, longe des jardins dans les grands murs du Palais Farnèse .
via Giulia
Un arche enjambe la Via Giulia un peu après le consulat de France, il y a aussi une belle fontaine. Nous photographions l’arche, la fontaine…Les soldats italiens qui protègent le consulat français nous grondent : « pas de photo ! ». Nous en trouvons d’autres à l’entrée du Palais Farnèse, motorisés. Des barrières de sécurités empêchent de s’approcher, et gâchent l’ordonnancement de la place Farnèse. L’armée italienne veille sur les biens français ! On a juste le temps de s’ébaudir devant les proportions monstrueuses du palais .
campo de’Fiori
Tout proche, le Campo de’ Fiori avec son marché aux fleurs très coloré est plus avenant. Dominante rouge à l’approche de Noël : poinsettias, branchages avec de petites baies rouges, cyclamens, verts sapins de Noël. En face se trouve un marché de luxe. On peut y faire ses achats de cadeaux : victuailles, pâtes colorées aux formées variées, mini-bouteilles d’huile d’olive ou de vinaigre de Modène, mini-fiasques de Chianti.
Du marché dépasse un moine de bronze : Giordano Bruno sur l’emplacement de son supplice et de son bûcher, le 17 février 1600.
Giordano Bruno
Les restaurants ont installé leurs tables en terrasse comme en été. Elles ont l’air chic, on se laisse tenter.
Dominique commande un verre de vin blanc, nous mangerons plus tard.Je me promène dans les environs et découvre l’autre côté du march : des primeurs à prix raisonnables, oranges et clémentines de Sicile, radicchio (salade Trévise) brocoli et chou romanesco, artichauts et épinards. Produits locaux.
La via Guibbonatiest bordées de boutiques de cuir, sacs colorés, chaussures chics à prix abordables (moins de 100€), confection élégance italienne. J’achèterais tout ! Je débouche sur la Via Arenula où circule le Tram n°8 rejoignant le Viale Trastevere par le pont Garibaldi. Tibre et N°8, je prends mes premiers repères dans Rome. J’arrive sur une place ornée de pins magnifiques avec en son centre des colonnes brunes : Area Sacra Argentina où se trouvent les vestiges de temples de l’époque républicaines mais difficile à identifier. Plus amusant : un refuge pour les chats sauvages du quartier. Un écriteau précise que les mineurs ne peuvent venir seuls et doivent être accompagnés de leurs parents.
Area Sacra – ruines de la Rome républicaine
En revenant sur mes pas, je découvre Simply market où nous achèterons les produits de base.
Déjeuner au Maranega : salade composée servie dans un bol de la taille d’un saladier familial : maïs, tomates-cerises, radicchio, roquette et deux « croutons » au fromage (taille d’une belle tartine).
Il fait bien trop beau pour rentrer, nous allons sur la rive ensoleillée du Tibre. Je continue le long de l’Île Tibérine jusqu’à la synagogue – curieux édifice du début du XXème siècle surmonté d’une haute coupole carrée inspirée du style babylonien (selon le Guide Bleu). Vendredi 15h, tout est fermé, synagogue et Musée Juif.
Théâtre de Marcello
Le Portique d’Ottavia (Octavie, la sœur d’Auguste) est difficilement visible derrière des échafaudages, une petite église a été construite au milieu de la colonnade, mais il y a un panneau qui reconstitue le monument imposant autrefois. Plus étrange encore, les arcades du Cirque de Marcello, projeté par César, réalisé sous Auguste. Construction rouge brique, puis de pierres blanches surmontées d’habitations avec des fenêtres vitrées. Ce cirque inattendu me parait tout à fait extraordinaire. En face, de l’autre côté d’une rue très large et très passante je devine les ruines dans la verdure du Palatin.
Notre quartier, le Trastevère est très agréable avec ses rues étroites et tortueuses et ses placettes. Restaurants et bars ont remplacé les ateliers des artisans mais il reste encore quelques ferronniers, chauffagistes ou menuisiers dans se quartier qui se boboÏse. J’ai du mal à trouver des boutiques ordinaires, boucher ou boulanger. Les minimarkets vendent plus de whisky et de bouteilles de vin de luxe (premier prix 8€) que de lait ou de produits d’entretien. Fruits et légumes sont bio ou exotiques toujours très chers. Quand je cherche un café avec Wifi je découvre des « bars à livres » ou des « livres et chocolats » et des boutiques d’artisanat d’art. Le seul supermarché – Conad – est sur le Viale Trastevere.
Au hasard de ma promenade je découvre les églises du quartier, Santa Maria in Trastevere est ornée de mosaïques byzantines, sur sa façade et dans l’abside du chœur. Dans le narthex, pour Noël on a installé une crèche amusante. Sous un auvent dînent des villageois qui ont invité des africains – des migrants ?
Dîner dans la crèche, qui sont les invités? les rois mages ou les migrants africains?
L’église est bondée. Des enfants en chemise rouge sont massés près du chœur. Les parents se préparent à immortaliser l’évènement avec caméras ou smartphones. Le tourisme sera pour un autre jour.
Pour dîner, j’achète des parts de pizza au fournil Boccaccia sur la petite place au bout du vicolo Moroni, après le multiplexe du Trastevere (programmation Arts et Essai). J’ai l’embarras du choix : on apporte de longues plaques rectangulaires de pizzas variées et le serveur découpe des arts à la taille désirée les met sur la balance. J’en commande une au radicchio-jambon cru, une autre brocoli-asperge-mozzarella. Il réchauffe les parts et les emballe dans un papier sulfurisé. Dîner typique, excellent et bon marché (3€)
piazza Trilusssa : installation pour le 18 déc/ Jour des Migrants
Fumicino 8h30, 6°C, beau soleil.
Achat de Romapass -72h , et tickets de train à la machine (8€). Il existe un autre train Leonardo Express, plus rapide, 21 plus cher, qui va à Termini. Le train pour la gare de Trastevere-Roma est un omnibus vide qui se traîne dans la campagne hivernale ensoleillée. Les pins parasols qui bordent les routes, les cyprès et les eucalyptus donnent une illusion de verdure.
La Stazione Trastevere- Roma est une gare vieillotte aux dalles de marbre mais aux ferronneries rouillées. Actualité oblige : des militaires en treillis et en armes lourdes patrouillent.
L’arrêt du tramway n°8 est un peu plus loin sur le Viale Trastevere.Tickets journaliers à l’edicola, le kiosque à journaux qui vend des DVD de Pasolini pour commémorer l’anniversaire des 40 ans de sa mort. Le n°8 est un tram moderne aérodynamique mais peu équipé en siège ; nous sommes debout pendant les 6 stations qui nous séparent de Gioacchino Belli. La signalétique est peu pratique, c’est écrit tout petit, illisible, les voyageurs sont gentils et nous aident.
Gioacchino Belli, poète, la place où nous trouvons le tram 8
Suivant l’itinéraire de Guido, je trouve facilement le nom des rues gravés sur des plaques de pierre, les rues Gustavo da Modena, via della Renellaet Politeama sont en enfilade, très calmes, pavées, entre les maisons jaunes ou oranges. Guido devait nous attendreplace Trilussa devant la statue du poète vert de gris qui semble surgir du socle de pierre. Personne !
De l’autre côté,un monument, sur une volée de marches. Un panneau raconte la conversion de Christine de Suède qui vivait au Palais Corsini, dans les parages. J’ai lu cette histoire récemment dans les Dix Mille Guitares de Catherine Clément. Après cette lecture instructive, je commence à m’inquiéter, les locations fantômes sur Internet cela peut exister !
En bas des marches, des militants s’activent à étaler, à scotcher et à froisser de grands sacs-poubelles autour d’un canot de survie orange, des affaires trainent. Sur des feuilles blanches imprimées en lettres noires, une inscription sobre : 18 Décembre, jour des migrants. Une femme distribue des tracts :HUMAN WASTE, l’Onda della Vergogne. Ce n’est pas une manifestation mais une installation artistique de Monica Pepe et Gianpaolo Renzi « Reconstruire cette mer noire avec les objets qui ont accompagné les migrants dans leur traversée… ». Peu de spectateurs, quelques photographes, des habitués du quartier lisent leur journal sur la place, un homme a étalé l’Unita.
Enfin un homme qui ressemble à la photo, marche, le telefonino collé à son oreille !
vicolo Moroni, 39 linge aux fenêtres,…
Notre maison est tout près dans le vicolo Moroni au 39, en rez de chaussée.
Une pièce avec deux canapés et un écran plat, une alcôve derrière un panneau coulissant en verre coloré, une petite salle de bain. Mais où est donc la cuisine? Ecola ! A la cave, qu’on atteint en descendant un escalier aux marches hautes et étroites surtout la troisième, après c’est raide mais plus large. Un peu de vaisselle, ni nappe ni torchons, basique. Pour le petit déjeuner! les touristes iront au restaurant midi et soir ! Justement nous louons un appartement pour économiser sur les repas.
« C’était par une belle journée de juin 455 ; le combat venait d’opposer, au Circus Maximus de Rome, deux gigantesques Hérules à une meute de sangliers hyrcaniens… »
« ….Rome, le coeur palpitant, veillait et attendait les Barbares comme le condamné qui, la tête posée sur le billot s’apprête à recevoir le coup inévitable… »
Bluffée par les algorithmes de Babélio ou d’Amazon!
Qui m’a suggéré la lecture du Chandelier enterré? Je croyais l’avoir téléchargé dans la liseuse à la suite de Magellan , lu en rentrant de Lisbonne. Zweig est une valeur sûre et j’y reviens périodiquement. Je croyais lire une légende juive qui me changerait de l’Italie…
Rome : Arc de triomphe de Constantin
Et me revoici à Rome, au Trastevere que nous venons de quitter, en face de l’île Tibérine, et de ce qui deviendra plus tard le Ghetto. Nouvel épisode d’histoire romaine : le sac de Rome par les Vandales. Hyrcanos ben Hillel, trésorier juif des deniers impériaux, le seul Juif qui eût accès au Palais vient apporter la nouvelle : les Vandales vont emporter le Chandelier de Moïse, le candélabre de la maison de Shelomo, la ménorah. Celle qui figure sur l’Arc de Triomphe de Titus.
« les objets sacrés n’étaient plus en notre possession, mais nous les savions en lieu sûr et bien cachés. Et voilà qu’aujourd’hui le chandelier sacré va se remettre en route »
Les plus vieux Juifs tiennent à l’accompagner jusqu’au port d’où il s’embarquera pour Carthage. Un jeune garçon viendra avec eux pour témoigner, plus tard quand ils auront disparu.
« Nous suivons aujourd’hui la menorah qui est emportée au loin comme on accompagne dans son dernier voyage la dépouille d’un être cher…. »
Theodora et Justinien Ravenne
Quatre vingt ans plus tard, l’enfant vit toujours. Justinien a envoyé Bélisaire contre Carthage et Bélisaire transporte le chandelier avec le reste du butin à Byzance.
« – Hélas! A Byzance!…il va à nouveau voyager! retraverser la mer! Ils recommenceront à le traîner en triomphe comme l’a fait Titus le maudit! »
Je ne vous raconterai pas la suite de la légende, il faut la lire….
C’est l’histoire d’une amitié entre deux fillettes, scellée dramatiquement en jetant mutuellement la poupée chérie dans le soupirail de la cave.
« Ce fut même cette occasion qui me convainquit que rien ne pouvait l’arrêter, et que chancune de ses désobéissances débouchait sur des prodiges à couper le souffle. «
Fillettes terribles et même méchantes! Dans un quartier pauvre de Naples des années 50 où règne la violence. Fillette qui se battent avec les garçons.
« Bien sûr, j’aurais aimé avoir les manières courtoises que prêchaient la maîtresse et le curé, mais je sentais qu’elles n’étaient pas adaptées à notre quartier, même pour les filles. »
« Les violences de père n’étaient que peu de chose par rapport à la violence diffuse dans notre quartier. Au bar Solara, quand il faisait chaud entre les pertes au jeu et les ivresses mauvaises, on arrivait souvent au des espoir(un mot qui, en dialecte, voulait dire avoir perdu tout espoir, amis aussi être sans le sou). »
Amitié de deux gamines qui lisent ensemble les Quatre filles du Docteur March et rêvent d’écrire un roman qui les rendra riches! Bonnes élèves à l’école, malgré l’insistance de leur institutrice, seule Elena ira au collège. Lila ne renonce pas pour autant au Latin et au Grec. Leur amitié est aussi la conquête de la réussite scolaire d’Elena.
Elena Ferrante fait surgir du passé un monde d’avant la voiture, d’avant la télé, d’avant la consommation. L’histoire des deux amies est aussi celle de la transformation de ce monde qui va de pair avec leur transformation à l’adolescence. Pour aller au collège puis au lycée, Elena découvrira la ville, puis plus tard les vacances à la mer tandis que Lila sera courtisée par tous les garçons du quartier.
Pasquale, l’ouvrier communiste expliquera le monde d’avant et Lila enrichira ce savoir avec des livres empruntés à la bibliothèque
« ainsi donna-t-elle des motivations concrètes et des visages familiers au climat de tension abstraite que, depuis notre enfance, nous avions respiré dans notre quartier. Le fascisme, le nazisme, la guerre, les Alliés, la monarchie et la république, elle transforma tout en rues, immeubles et visages, don Achille et le marché noir, Peluso et le communisme, le grand-père Solara qui était camorriste, le père Silvio qui était un fasciste…. »
Les jeunes filles fréquentent. Le premier livre de la série se termine par le mariage de Lila…
Et je suis impatiente de lire la suite qui vient tout juste de sortir en français.
2h33, d’une enquête minutieuse avec images d’époque (images de caméras de surveillance auxquelles nous nous sommes malheureusement habitués), reconstitutions avec sang, et sirènes , auditions des témoins, interrogatoires répétitifs….archives de télévisions.
L’enquête ne cherche pas le coupable. Nous le connaissons, Yigal Amir ne nie pas le meurtre, il le revendique. Le faits, non plus, l’assassinat s’est fait devant foule de témoins.
L’enquête de la Commission officielle cherche à établir les défaillances du système de sécurité. Qui a été négligent? La police, les services secrets, la garde rapprochée, le chauffeur. Tous seront interrogés sous nos yeux. Le juge pointilleux lève des contradictions dans leurs discours, met en évidence des failles. Jamais le contexte politique ou religieux ne sera analysé. Ce n’est pas faute d’avoir été questionné par les témoins. La Commission n’enquêtera pas là-dessus. Ce n’est pas sa mission!
Et pourtant alors, comme maintenant, la question importante est celle-ci: qu’est-ce qui a permis et même légitimé aux yeux de certains l ‘assassinat de Rabin?
Comment la violence inouïe qui régnait alors dans la rue, avec appel au meurtre, cercueil promené publiquement, menaces ouvertes, n’avait-elle aucune part dans les causes de l’assassinat.
Violence y compris dans l’enceinte de la Knesset, où l’opposition ne laissait pas le Premier Ministre s’exprimer. Délégitimation du gouvernement démocratiquement élu. Analogie avec Pétain…appels à la résistance.
Violence de la colonisation
Condamnations religieuses, malédictions d’un autre temps. Je n’aurais jamais imaginé qu’au XXème siècle une malédiction proférée par quelques barbus pût aboutir. Quoique au 21ème….Cela rend ce film encore plus nécessaire!
Non ce n’est pas un thriller comme la bande-annonce le suggère. Ce serait plutôt un opéra funèbre.
Amos Gitaï a construit le documentaire, il le dit lui-même, comme un architecte. Ce n’est pas un documentaire-télé mais une oeuvre magistralement construite. En ouverture, une longue interview de Shimon Peres trouve son symétrique avec les mots de la fin de la veuve, Lea Rabin. Habilement entremêlées les images d’archives et la fiction, le sang qu’on ne voit jamais à la télévision, présent comme dans un film, qui heurte et nous choque. Lancinantes les phrases du juge. Les longueurs ne sont-elles pas voulues?
Ma première émotion a été de retrouver a voix de Rabin inoubliable.
Dans les chronologies des vices-rois d’Espagne en Sicile, en l’an 1677, meurt à Palerme Don Angel de Guzman qui désigne pour successeur sa veuve…
Camilleri se base sur ce fait historique pour raconter un épisode de l’histoire de la Sicile avec sa verve coutumière. C’est un très bon cru dans la liste de ses romans historiques, aussi drôle que le Roi Zozimo, celui qui m’a fait découvrir Camilleri et qui reste mon préféré.
L’Espagne gouvernait de loin la Sicile .Les nobles siciliens et les princes de l’église profitaient de chaque vacance du pouvoir pour mettre les richesses en coupe réglée. Le talent de Camilleri est de raconter cette histoire sur un ton burlesque. Son style inimitable s’enrichit d’un nouvel idiome : l’Espagnol. La noble marquise récemment débarquée de son Espagne natale s’exprime en Espagnol qui se mêle au sicilien, à l’Italien de façon tout à fait comique.
Impôts détournés et corruptions, mais aussi corruptions des mœurs, La Protection des vierges en danger, oeuvre de bienfaisance est une farce qui cache un bordel. Les manigances de l’évêque et ses inventions diaboliques n’en sont pas moins drôles..On rit beaucoup dans cette révolution!
Enée portant Anchise avec Astiannax – Bernin – Galerie Borghèse
LIRE POUR ROME!
« JE CHANTE les combats, et ce héros, qui, longtemps jouet du destin aborda le premier des champs de Troie aux plaines d’Italus, aux rivages de Lavinie. Objet de la rigueur du Ciel et de l’altière Junon, mille dangers l’assaillirent sur la terre et sur l’onde…. »
Ne jamais avoir peur de retourner aux textes antiques!S’ils ont traversé des millénaires c’est qu’ils en valent la peine!
Même si j’ai de cuisants souvenirs d’heures passées sur une version latine au lieu de sortir…et plus cuisant encore, le retour de la copie corrigée et notée….
De retour de Rome, j’ai ressenti l’urgence de revenir à la Mythologie, à l’Histoire antique.Envie de légender les tableaux et les statues ou d’illustrer le texte, ce qui revient au même. Visiter la Galerie Borghèse avec l’Enéide dans la tête…ou même le Musée étrusque de la Villa Giulia, regarder les fresques aux plafonds des palais qui nous parlent des dieux et des héros.
L’Enéide est le récit fondateur de Rome, à la suite de la chute de Troie,c’est, comme chez Homère, le combat des dieux. Venus chérit Enée, son fils, tandis que Junon le poursuit de sa vindicte. Jupiter et Neptune interviennent à leur tour, métamorphoses, nymphes et
Junon – Musée Etrusque – villa Giulia
dieux changent d’apparence . Avec l’Enéide, c’est l’Iliade et l’Odyssée et en prime l’histoire de Rome racontée sous forme de prophéties. Commande d’Auguste, cette épopée romaine et troyenne contient en germe la grandeur de Rome et de César, le nom Iule d’Ascagne y réfère.
« vous avez affronté la rage de Scylla, et ses gouffres mugissants ; vous avez vu sans pâlir l’antre affreux des Cyclopes : rappelez le courage et bannissez les sinistres terreurs…. »
L’Odyssée avant l’Iliade, Enée traverse la Méditerranée,contourne la Sicile pour éviter les pièges et les périls, les allusions à l’Odyssée sont nombreuses et plaisantes. Tout un périple dans les îles grecque de Mykonos à Délos et en Crète avant d’aborder la Libye et le royaume de Didon.
Enée sous la demande de Didon, raconte la chute de Troie. Histoire d’amour inattendue.
« Te voilà donc, Enée bâtissant l’altière Carthage! Esclave d’une femme, tu décores pour elle une ville étrangère! Et ton empire et ta gloire, hélas! tu les oublies pour une femme! »
Pour Didon, Enée oublierait-il la promesse d’un royaume en Italie?
« Le pieux fils d’Anchise s’avance vers la montagne où réside Apollon, et cherche le réduit solitaire de la redoutable Sybille : antre immense , où le dieu de Délos agite l’âme de sa prêtresse d’une sainte fureur et lui découvrit l’avenir. »
Sur les ordre de la Sybille, il va retrouver son père aux Enfers, dans ce lieu funeste l’Arvern..
le Tibre Musée Capitolin
Enfin, il aborde le Tibre
« je suis le Tibre, ce fleuve bienfaiteur que tu vois rouler à pleins bords les trésors de son onde, et porter l’abondance aux fertiles contrées qu’il arrose : le Tibre aux flots d’azur, aux rives aimées des cieux. Ici Rome cité pompeuse naîtra pour embellir mes plages et commander au monde. «
La conquête de son nouveau royaume ne sera pas aisée. De nouvelles épreuves l’attendent. les derniers livres, surtout X et XI, combats des Troyens, des Étrusques et des latins m’ont plutôt ennuyée. Difficile de se retrouver dans les innombrables guerriers. Une reine amazone se distingue ainsi que Turne, la sœur de Turnus, guerrière ou nymphe?
Décor : moche! un mur noir, des chaises dépareillées, un drap en guide d’écran qui pendouille, un séchoir, type tancarville en suspension, une vieille télé… du théâtre militant???
3 filles; Mélanie jeans, polaire, Claire, jeans T-shirt, , et deux hommes, un jeune, Nadir porte un bonnet, Simon ancien soixante-huitard, ancien de Libé et d’Actuel, nous convient à la séance de rédaction du journal télévisé de la nouvelle chaîne EtikTV.
Décor pauvre, (les couvertures polaires sur les genoux pour palier le manque de chauffage) . Spectacle minimaliste. On débat de tout et surtout du rapport à l’image. Critique acerbe des médias. Citations alambiquées : Debord ou Godard? Non! vous n’y êtes pas c’est Mylene Farmer!
Le dilemme, ne faire aucun compromis et ne pas avoir de spectateurs ou sacrifier au goût du public pour le sensationnel. Le apprentis journalistes débattent puis mettent en scène le journal le plus misérabiliste qu’on puisse imaginer….
Au théâtre, j’aime bien qu’on m’étonne, qu’on m’émerveille. Ce ne sera pas le cas pour la merveille, pour l’étonnement si! Et je me prends à rire. Les acteurs font appel à la connivence des spectateurs. Et cela marche!
Parfois,le spectacle s’enlise un peu, jusqu’au final, qui est farce et fait jubiler la salle.
Comment on peut faire réfléchir sur les médias, critiquer les images, et surtout – ce qui fait plus mal – la récupération de la critique, la critique de la récupération, la sincérité des fondateurs d’EtikTV et la perversité de la récupération…et pourtant, se payer une soirée de rigolade!