Par les rues de Porto

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S. Ildefonso la belle église bleue de la place Batalha (notre repère)
S. Ildefonso la belle église bleue de la place Batalha (notre repère)

Vendredi 3 juillet 2015 : voyage Porto

Vol TAP très agréable. Orly 7h45. Enregistrement facile. La voisine du siège C est aimable et bavarde. Les deux heures passent très vite.

Porto 24°C, du soleil, 12° de moins que chez nous, délicieuse impression de fraîcheur.

Cela se gâte lorsque je sors le GPS. L’écran tactile est abîmé. Il faut rejoindre l’hôtel à la carte. On essaie d’éviter l’autoroute parce qu’ on a refusé le badge à 18€ qu’Europcar nous a proposé pour le télépéage. Nous devrons nous acquitter des péages à la Poste mais nous n’avons pas bien compris comment. Suivant les flèches Porto Centre,  nous reconnaissons la silhouette de la Casa De Musica, identifions la coupole du Palais de Cristal – pas très cristalline, plutôt métallique. Dans le centre historique,  c’est plus compliqué : on se heurte à des sens interdits, des zones piétonnières. Je demande le chemin aux passants. Tout le monde connaît la Rue Alexandre Hercolano où se trouve l’hôtel Istay mais les indications sont contradictoires. Tout le monde sait comment y aller à pied. En voiture, il faut faire un grand détour par une grande artère en courbe, monter sur un viaduc, et sortir presque de la ville.

L’hôtel  Istay se trouve en plein centre,  à deux pas de la place Batalha. Un arrangement entre l’hôtel et le parking public permet de déposer la voiture (7€/j). La réceptionniste est gentille,  la chambre, une grosse déception : une cellule blanche toute occupée par le lit, même pas une table, une chaise pas de verre, une seule table de nuit. On ne s’attarde pas.

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Place Batalha, nous reconnaissons l’église S. Ildefonso couverte d’azulejos, notre première image de Porto, il y a 15 ans. De là, j’emprunte la Rua Santa Catarina bordée de vieilles boutiques pittoresques.  Je devrais me presser de visiter les églises et musées dont j’ai fait la liste avant le départ. Au lieu de cela, je flâne devant les étalages.  Je prends des photos des vieilles épiceries exposant des conserves de sardines et de thon aux boites colorées, des bouteilles de Porto ou de vin, pâtisseries aux plateaux chargés de pasteis de nata, , de petits flans dorés, de beignets fourrés de crème anglaise très jaune, de cakes aux fruits confits. (On a sauté le déjeuner après la collation de l’avion). J’entre à l’intérieur des salles aux boiseries élégantes. Merceries désuètes.  Le quartier est piétonnier, les touristes sont nombreux.  Quelques vitrines proposent des coqs rouges ou verts imprimés sur des torchons, tabliers, maniques, assiettes ou aimants de frigidaires.  Toutefois, les « souvenirs-made-in-China » n’ont pas encore envahi les étalages. De même, les « marques » globalisées restent discrètes. Un immeuble abrite en même temps C&A et la FNAC. L’uniformisation n’a pas encore gagné.

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Je traîne avec délices, oubliant que je ne dispose que de très peu de temps pour explorer Porto, cherchant le meilleur angle pour cadrer la boutique jaune ou les figures de proue de bois peint qui se dressent devant la boutique des vêtements de cérémonie. La façade du Majestic Café est Art Nouveau, les glaces de la salle me font penser au Café New York de Budapest où la Belle Epoque s’est figée. Différence, à Budapest on refoule les visiteurs qui ne consomment pas, tandis qu’ici l’accueil est agréable.

Café Majestic
Café Majestic

Par la Rua Formosa je parviens devant le Mercado do Bolhao l’heure n’est pas propice à la visite d’un marché, je me contente de la façade surmontée de statues. Les boutiques de semences me rappellent que la campagne est proche. Des grainetiers survivent encore. Les jardineries modernes ne les ont pas encore tuées. Survivances d’un monde disparu chez nous.

pièce montée aux Aliados
pièce montée aux Aliados

Je débouche sur l’énorme esplanade des deux avenues Aliados  dominée par le haut clocher de la Mairie –  Camara Municipal –  de Porto. Les immeubles qui bordent l’esplanade sont monumentaux ornés de caryatides de pignons, fin 19ème siècle début 20ème. Ici aussi, je sens une parenté avec les Boulevards de Budapest. Au milieu de l’esplanade on a « dispersé » des sièges fixes au lieu d’aligner des bancs, c’est plus sympathique. Une fontaine est surmontée par une femme mélancolique et douloureuse symboliste.

Non loin, la gare-  Estaçao Bento – a sa salle des pas perdus décorée d’azulejos magnifiques, bleus et blancs célébrant des batailles anciennes surmontée d’une frise pastorale plus colorée avec des chars à bœufs et des défilés de bestiaux.

La rue du 31 janvier remonte vers l’église Ildefonso  bleue de la place Batalha, elle est bordée de marchands de chaussures.

Le pilori et la Sé
Le pilori et la Sé

La cathédrale, la Sé, est perchée sur une colline. Son parvis est une vaste terrasse Terreiro da Sé d’où la vue est merveilleuse sur le Douro, les caves et les chais, les ponts et surtout le Pont Luis1er avec son double tablier, construit par Eiffel. De la terrasse, côté ville, je peux m’amuser à compter les clochers, celui de Clerigos, reconnaissable, le beffroi de la Mairie, et tant d’autres.

Je me souviens bien du pilori – son unique colonne de granite ouvragé.

Je me souviens moins bien de la Cathédrale elle-même – peut être ne l’avions nous pas visitée ? Elle ressemble à un château-fort avec ses deux tours carrées qui encadrent une fort belle rosace du 13ème siècle. L’intérieur est baroque, le chœur, très doré. La surprise : le cloître où les azulejos bleus et blancs sont enchâssés dans les arches gothiques. Réalisés par Valentim de Almeida en 1736, ils représentent la vie de la Vierge et les Métamorphoses d’Ovide. Les scènes mythologiques m’ étonnent dans ce lieu de piété chrétienne. A l’étage, passant par la salle capitulaire, je parviens à la terrasse dominant le Pont Luis 1er.

les chais du Porto
les chais du Porto

A notre arrivée, vers 13 heures, j’avais remarqué un petit bistro au coin du garage des autobus. Il propose des plats  bon marché : poulet grillé-frites, poissons autour de 5€. Un peu plus loin, dans la rue Alexandre Herculano deux Pastelerias servent salé et sucré, en salle et en terrasse. Je pensais le dîner assuré  au pied de l’hôtel. Hélas, à 19h30 tout ferme, les chaises sont empilées et on balaie dans les pieds des clients attardés. Occasion ratée ! Place Batalha, deux restaurants ont leur terrasse, un petit aux tables bleues et un grand plus chic. Nous choisissons le petit,  sans nous attarder à son nom Kapadokia : il sert des spécialités turques. Pour notre premier soir, nous aurions préféré manger portugais. Pas de problème ! Au menu il y a aussi des croquettes de morue (bolinhos de bacalhau) et des filets de poisson ressemblant au fish and chips mais avec de la salade à la place des chips. Avec un verre de vin blanc on s’en tire pour 13.5€ pour nous deux ce qui est très raisonnable.

Le douro à la tombée de la nuit
Le douro à la tombée de la nuit

Après dîner, dernière promenade au Douro. Continuant la rua Alexander Herculano j’arrive au pont de l’Infante d’où le point de vue est très beau sur N. Sa.do Pilar, le gros couvent blanc qui coiffe la colline en face de Porto, et sur les autres ponts. Sous le pont court une route tranquille, les hommes sont paisiblement assis aux cafés. La rua Alexandre Herculano est passante avec la gare routière des autobus urbains. Au premier abord elle n’a pas de charme particulier. La présence de plusieurs immeubles de béton des années 50 ou 60 – tout à fait sinistres avec leurs façades noirâtres  – dont notre hôtel  Istay  détruit l’harmonie des petits immeubles carrelés aux balcons de ferronnerie rouillée, et aux toits de tuiles rouges surmontées de lanternons. Nombreuses de ces maisons sont vides et à l’abandon. Celle qui fait face à l’hôtel est le royaume des goélands qui tiennent congrès en face de notre fenêtre. C’était amusant de les voir se rassembler. Leurs bruyantes conférences sont une nuisance. Une fois la circulation automobile apaisée leurs cris nous ont tenues éveillées.

Mystères de Lisbonne – Camilo Castelo Branco

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Mysteres-LisbonneRoman-fleuve où fourmillent des personnages complexes qui se croisent, se perdent, se retrouvent, se transforment, changent d’identité, de noms…

Joao, ne connait pas le mystère de sa naissance. Confié au Père Dinis, enseignant dans un collège religieux et à Dona Antonia, la sœur du prêtre, il retrouve à quinze ans sa mère Angela. Dans le premier livre composant les Mystères, se déroule l’histoire triste d’Angela, ses amours malheureuses et son mariage tragique avec le Comte de Santa Barbara, un monstre qui la martyrise. Le secret de la naissance de Joao qui devient Pedro da Silva se trouve levé mais d’autres mystères se profilent. Qui est donc ce riche Alberto de Magalhaes qui débarque du Brésil à Lisbonne, un riche parvenu ou le fils du roi ? Ce dernier refuse le duel pour l’honneur de la comtesse de Santa Barbara.
Il y a du Dumas dans le roman, mais sans cape ni épée, la violence est sous-jacente mais jamais racontée. Pas de cape ni d’épée, plutôt des soutanes ou des habits de nonnes. Nous sommes au Portugal, au pays des couvents énormes et magnifiques où la religion est très prégnante. Religion et amour ? Les religieux entrent dans les ordres après un chagrin d’amour, même le vieux dominicain de Santarem, savant respecté, cache un chagrin d’amour. Et le père Dinis, qu’on appelle aussi Sebastiao de Melo ? Qui est-il vraiment ? Un religieux exemplaire, un sage dévoué aux autres ? Le personnage s’assombrit vers la fin du livre, tous ceux qui l’approchent meurent tragiquement, lui-même fuit son destin au Japon ou en Amérique, on ne sait pas bien…

les mystères film
Pour compliquer encore les mystères, aucun personnage n’est manichéen, tous se transforment. La rédemption touche le noir Comte de Barbara qui se repent sur son lit de mort, mais aussi Anacleta qui a sur la conscience la mort de son riche amant mais aussi celle de sa fille, on la classerait vite en « femme de mauvaise vie », elle devient la « sainte » pour les villageois où elle a décidé d’expier ses péchés. D’autres évolutions sont moins spectaculaires et moins explicables. Eugénia, la douce épouse de Magalhaes est la méchante servante qui espionnait la Comtesse dans le premier livre. Quel destin ?La servante devient maitresse. La méchante, un ange.
Le dernier livre apporte aussi d’autres surprises. On quitte le monde des couvents et des grandes quintas provinciales pour les salons, Camilo Castelo Branco brocarde les ridicules mondains qui ont passé quelques temps à Paris et se croient à la mode. Irrésistible baron qui ne connait ni la Reine de Saba ni Mithridate- apologie drolatique des sots mondains .Le roman se déroule en grande partie hors du Portugal, à Londres où le jeune Pedro fait ses études, puis à Paris., où il se croit poète. Occasion pour l’auteur de disserter sur le Romantisme.Pour mon plus grand plaisir !

logo romantisme

José SARAMAGO : Histoire du Siège de Lisbonne

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« Le correcteur, fatigué, monte vers la rue dos Cegos, entre dans le patio Dom Fradique , le temps bifurque pour ne pas toucher ce village rupestre qui n’a pour ainsi dire pas changé depuis les Goths, ou les Romains ou les Phéniciens, les Maures qui sont venus plus tard, puis les Portugais de souche, leurs enfants et leurs petits-enfants, ceux-là mêmes que nous sommes aujourd’hui, la puissance et la gloire, les décadences, la première, la seconde et la troisième, chacune divisée en genre et en sous-genres. La nuit dans cet espace entre les maisons basses, les trois fantômes se réunissent, le fantôme de ce qui fut ; celui de ce qui fut sur le point d’être et celui qui aurait pu être, ils ne se parlent pas, ils se regardent comme font les aveugles et ils se taisent »

C’est le livre que j’aurais dû lire avant de visiter Lisbonne. Je n’aurais pas renoncé à la visite du Castelo Sao Jorge, j’aurais cherché les portes dans les murailles, j’aurais aussi cherché la fenêtre de Raimondo Silva dans son appartement de la colline du château. Je l’aurais imaginé descendant les marches vers l’Alfama…et sans doute notre promenade au Largo das Portas do Sol aurait eu une saveur particulière.

J’aurais aussi été plus attentive aux exploits d’Afonso Henriques que nous avons croisé un peu partout de Guimarães à Alcobaça. Nous serions peut être entrées à Santarem au lieu de l’éviter…. Pourtant je l’avais emporté dans les bagages. Je ne suis pas entrée tout de suite dans le style de Saramago, il m’a fallu plusieurs chapitres avant que je ne m’habitue aux continuelles digressions et avant que je n’y prenne goût. Parce que les digressions sont le charme de ce roman. Digressions et sauts dans le temps. Dans un – très long – paragraphe, nous passons de la vie quotidienne du correcteur qui va déjeuner à la crèmerie à la vie des Maures assiégés au 12ème siècle.

la Sé cathédrale de Lisbonne
la Sé cathédrale de Lisbonne

Raimondo Silva est correcteur dans une maison d’édition. Je n’imaginais pas le métier de correcteur, je n’imaginais surtout pas les recherches encyclopédiques que s’impose le coJ’aurais aussi été plus attentive aux exploits d’Afonso Henriques que nous avons croisé un peu partout de Guimarães à Alcobaça. Nous serions peut être entrées à Santarem au lieu de l’éviter….

Pourtant je l’avais emporté dans les bagages.

Je ne suis pas entrée tout de suite dans le style de Saramago, il m’a fallu plusieurs chapitres avant que je ne m’habitue aux continuelles digressions et avant que je n’y prenne goût. Parce que les digressions sont le charme de ce roman. Digressions et sauts dans le temps. Dans un – très long – paragraphe, nous passons de la vie quotidienne du correcteur qui va déjeuner à la crèmerie à la vie des Maures assiégés au 12ème siècle.

Raimondo Silva est correcteur dans une maison d’édition. Je n’imaginais pas le métier de correcteur, je n’imaginais surtout pas les recherches encyclopédiques que s’impose le correcteur. Recherches de l’erreur orthographique, de la correction de la syntaxe, mais aussi de la vérité historique…

le siège de santarem
le siège de santarem

Et justement, le correcteur se rebelle, au lieu de laisser Oui, les Croisés vont aider Dom Afonso Henriques, il corrige Non, les Croisés refusent. Scandale ! Et il se trouve contraint de réécrire l’Histoire du siège de Lisbonne. Le correcteur devient écrivain. Comment va-t-il s’en tirer? Les Maures vont-ils rester à Lisbonne ? Les Portugais – Lusitaniens, ou Galiciens, vont-ils devenir des super-héros ?

Plaisir de l’écriture, curiosité de l’Histoire.

J’ai moins aimé l’histoire d’amour, nécessaire pour la cohérence du roman. Histoire trop naïve de ce vieux garçon qui découvre l’amour, avec une rose blanche …

Amour de Perdition – Camilo Castelo Branco

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Quelle est la différence entre un chef d’oeuvre du Romantisme portugais et un roman populaire, voire à l’eau de rose?

Castelo-Blanco-Camilo-Amour-De-Perdition-Livre-893950942_MLLe titre « Amour de perdition » inciterait plutôt à le classer dans la seconde (3ème) catégorie d’autant plus que l’auteur préférant écrire pour l’élite a renié ce succès populaire qui a continué sa carrière avec plusieurs adaptations au cinéma.

Roman d’amour, amours adolescentes, amours impossibles de Simon et Thérèse  dont les familles sont ennemies. Romeo et Juliette à Viseu, en 1803.

Par amour pour Thérèse, Simon qui était plutôt mauvais garçon, matamore et révolutionnaire,  est devenu un étudiant appliqué à Coimbra. Par amour pour Simon, Thérèse, fille unique et obéissante, refuse de se marier avec son cousin comme lui ordonne son père et se trouve enfermée au couvent puis exilée à Porto. Malgré leurs familles, malgré la clôture du couvent, les deux amoureux s’écrivent des lettres d’amour. Rendez vous secrets nocturnes, enlèvement, guet-apens….Simon devient meurtrier de son rival. Il risque la potence. Et ce n’est pas son père le corregidor qui le tirera de ce faux pas. Sa peine est commuée en déportation au bagne aux Indes. De son couvent Thérèse verra le bateau qui emporte son amant et mourra d’amour (ou de phtisie).

Résumé ainsi, ce pourrait être un roman à l’eau de rose.

Ce qui fait la bonne littérature est d’abord l’écriture. Malheureusement je ne lis pas le Portugais.

C’est aussi l’humour ou l’ironie. L’auteur  prend  de la distance pour critiquer la noblesse portugaise qui se soucie plus de la réputation de son nom et de ses ancêtres que de la conduite de ses enfants (inénarrable ancêtre , général frit dans un chaudron sarrazin). Acide description de l’hypocrisie des bonnes sœurs au couvent, l’une méchante, l’autre ivrogne, toutes médisantes, c’est très amusant.

Enfin la consistance des personnages secondaires donne de l’étoffe au roman. L’auteur campe d’abord la personnalité des parents de Simon, le père corregidor terne mais rigide et inflexible, la mère de grande noblesse, hautaine  qui s’humanise lorsque son fils est en danger. Enfin, le roman se déroule dans plusieurs milieux, à Viseu dans la bonne société,  parmi les étudiants de Coimbra, et chez un maréchal ferrant de grand cœur et de grand courage . Sa fille Mariana s’éprend de Simon, amour désintéressé, tendre et admirable. Elle aussi mourra d’amour.

camilo castelo braco

J’ai « rencontré » Camilo Castelo Branco au Musée Francisco Martins Sarmento à Briteiros -près de Guimaraes. l’écriant, fuyant la justice s’était réfugié chez son ami dans le Solare da ponte , manoir de l’archéologue devenu son ami. Je ne savais pas qu’au 19ème siècle on pouvait être incarcéré pour adultère. La vie de l’écrivain est encore plus romanesque que son livre : fils naturel d’un noble, Camilo Castelo Branco voudra prendre sa revanche sur sa naissance illégitime et proclamera la noblesse de son sang. Aux études il préfère la vie de bohème des caves de Porto, ressemblant à son héros Simon avant sas rencontre avec Thérèse. Adultère il sera incarcéré  c’est au cours de sa détention qu’il rédige Amour et Perdition. Il organise l’enlèvement d’une jeune fille.

Enlèvement, crimes d’amour, exhumation de cadavres sont des pratiques courantes à l’époque.

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Autre « rencontre » fortuite évoquée dans la préface du livre : celle avec Maria da Fonte, héroïne de la révolte des femmes du Minho en 1846 dont la statue orne le rond point principal de Povoa de Lanhoso où nous avons passé la semaine.

 

Les cavaliers – Joseph Kessel

LA ROUTE DE LA SOIE

cavaliers 

« …Il parlait de Zarathoustra comme s’il avait été son disciple, d’Iskander, comme s’il l’avait suivi de conquête en conquête, de Balkh la mère des villes, comme s’il en avait été citoyen; et des carnages de Gengis Khan comme s’il avait trempé dans le sange des peuples massacrés et enseveli sous les cendres et les ruines des forteresses… »

Quel merveilleux conteur que Kessel !

Il entraîne le lecteur sur les sommets de l’Hindou Koush et dans la steppe dans des aventures haletantes à la suite d’un  cavalier, de son merveilleux cheval Jehol et de son palefrenier. Parti jouer pour le roi à Kaboul le bouzkhachi – jeu équestre afghan – Ourouz, le champion est blessé et rentre par  des pistes vertigineuses. De tchaïkhana en bivouac ou sous la yourte, ils font des rencontres hallucinées avec  des princes ou des nomades, en transhumance, avec une djat, une gitane et son singe,ou dans un incroyable cimetière… L’épopée tourne mal.

Et je les suis, fascinée dans ce récit hors du temps même si camions et automobilistes me rappellent qu’il se déroule au 20ème siècle tandis que ces cavaliers auraient pu être ceux Tamerlan.

Récit viril. Pendant le premier tiers du roman nous ne croisons qu’une seule femme : l’infirmière étrangère qui a soigné Ourouz à l’hôpital et dont l’intervention déclenche l’aventure d’Ourouz et du palefrenier Mokkhi. Puis dans un bivouac, une vieille gitane, à moitié sorcière, qui entraîne son singe – apparition fugitive. La tragédie se nouera avec la rencontre de Mokkhi et de la petite nomade Zéré. Histoire d’amour ou d’intérêt?

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On ne sait ce que pense l’auteur

« ...Alors il était juste, il était bon que Zéré fût dehors comme une chienne assoiffée, affamée, tandis que eux, les hommes…?Non pas Zéré…Mais pourquoi elle seule? Mokkhi derrière celle qu’il aimait aperçut la file sans fin de ses soeurs déshérités et se sentit coupable d’une faute dont il ne savait rien saur qu’elle avait la moitié de la race humaine pour victime... »

Dénonce-t-il l’injustice faite aux femmes? Pas sûr.

Le rôle de Zéré est d’introduire le trouble dans le monde des hommes, pas seulement le désordre,  de pervertir le naïf Mokkhi, de le pousser jusqu’au meurtre. Chez les hommes règnent l’ordre, et  la coutume faite de hiérarchie, d’honneur et de dignité. De violence aussi. 

« Dans un jeu – et celui-là était le jeu essentiel, mortel de la dignité et de l’honneur – la vraisemblance ne comptait point, pourvu que fusse respectées la règle et la coutume. « 

C’est un monde violent, un monde d’hommes et de chevaux, de combats de chameaux, de béliers, de paris. Un monde où la cravache peut blesser sans remords le visage d’un enfant, tuer un étalon. Où le sexe se traduit par un viol. Seule l’extrême vieillesse apporte une note apaisée. 

La nature, les montagnes, les lacs, les étendues de la steppe sont magnifiquement décrits.

« C’était la steppe dans son élan sans limite et son fleuve d’herbes qui ondulait aussi loin que portait la vue, et son soleil plus large et plus fier, et son ciel plus haut et plus vaste qu’ils n l’étaient ailleurs dans le monde et ses nuages ailés qui filaient sous le vent, et son parfum, son parfum surtout, la fleur de l’absinthe amère et d’une liberté merveilleuse et sauvage. « 

les partisans – Aharon Appelfeld

LITTÉRATURE ISRAÉLIENNE

les partisansJ’ai beaucoup aimé L’enfant qui voulait dormir, un peu moins Les eaux tumultueuses , je lis Aharon Appelfeld à chaque occasion qui se présente. Merci à Claudialucia de m’avoir fait découvrir Les partisans. Toutefois je ne m’étais pas attardée sur son billet pour garder l’effet de surprise. 

J’ai cherché la mention roman sur la couverture. Témoignage ou roman? C’est bien une fiction. L’auteur s’est inspiré de son expérience personnelle pour raconter cet épisode de la guerre, mais le narrateur- Edmund, un jeune homme terminant le lycée – est plus âgé que l’auteur-enfant. Appenfeld, même s’il a recours à l’imagination n’en demeure pas moins un grand témoin de la Shoah.

Quel est donc ce Pays de l’Eau qui a caché les partisans? Ukraine, Bucovine ou Moldavie? entre Prut et Dniestr, au bord des Carpates. Cette région était investie par les armées allemandes, partie du Shtetl les juifs vivaient aussi dans des villages, peuplés d’Ukrainiens empressés d’aider les nazis à éliminer les Juifs et de s’emparer de leurs maisons et leurs biens.

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Le groupe des partisans regroupe des personnalités variées, jeunes hommes mais aussi trois femmes et deux enfants, et même le chien Eduard qui retrouve son maître. la vieille Tsirel est la  gardienne des traditions, d’autres, comme Karl sont communistes et les rejettent, Isidore connait les prières sans avoir la foi, Kamil, le commandant se réfère au Baal Shem Tov et à Martin Buber, il se définit comme un anarchiste du judaïsme. Toutes les nuances de croyances sont représentées et si les prières deviennent omniprésentes vers la fin du livre, c’est qu’il faut enterrer convenablement les combattants morts dans la forêt.

On s’attendrait à des faits d’armes, et c’est de livres qu’il s’agit. Les partisans n’ont rien emporté avec eux, il leur faut réquisitionner armes, vêtements chauds et nourriture. Ces expéditions de ravitaillement auprès des paysans ukrainiens occupent la majeure partie du temps des partisans. La plus grande richesse rapportée d’une maison juive occupée par des paysans est justement le contenu18 d’une bibliothèque. Livres de philosophie et de religion mais aussi Crimes et Châtiments, ou poèmes de Heine. Importance des mots, choisir la bonne formule, le mot juste est la préoccupation majeure de Kamil qui lie étude et morale à l’action armée.

L’amour tient aussi une grande partie dans le récit, amour qui lie tous les partisans entre eux dans l’admiration pour Kamil, dans l’affection que tous portent aux enfants et à la vieille Tsirel. Amour dans les choses simples, comme la soupe et les plats délicieux que Tsila prépare pour tous.

Les partisans essaient d’arracher le plus de juifs aux trains de la mort qu’ils font dérailler. Ils doivent prendre en charge les rescapés. Après Stalingrad, les canons de l’Armée Rouge se rapprochent. Pourtant la libération n’est pas la fête attendue. Même aux abois les nazis s’acharnent contre les Juifs et la base des partisans est attaquée. La fin du livre qui devrait être joyeuse avec la fuite des Allemands est au contraire nostalgique : Kamil, Karl, Myriam et d’autres ont été abattus, les rescapés les quittent. La grande fraternité s’émiette.

Appelfeld montre la dimension collective sans oublier la complexité de chacun des personnages, personnalités diverses et histoires familiales différentes. Cela donne une grande densité à l’ouvrage.

 

 

 

Les voix de Iasi – Jil Silberstein

LIRE POUR LA ROUMANIE

les voix de IasiAttention! c’est du lourd!
Au propre comme au figuré : 700 grandes pages d’un pavé bien épais –  livre d’Histoire très documenté retraçant l’histoire de la communauté juive de Iasi – capitale de la Moldavie – de l’antisémitisme dans la région, en Moldavie puis en Roumanie.
A Iasi, vivaient 40 000 juifs.  En Juin 1941, un pogrome fit 13 000 victimes.  Il en reste aujourd’hui,  300. Jil Silberstein essaie de comprendre ce qui a provoqué un tel massacre. Les responsabilités sont-elles à incomber aux nazis ou aux Roumains? Il fait donc une enquête auprès des témoins survivants, cherche des documents, et réalise une étude très poussée. Parallèlement il est à la recherche de ses origines, de ce grand père né à Iasi et de cette famille dont il ignorait l’existence.
La première partie de l’ouvrage est la plus personnelle : l’auteur rassemble des données éparses, des souvenirs familiaux comme des récits de pogroms – cite Bialik : Dans la ville du massacre… et conclut
« …je le savais pertinemment pour l’avoir maintes fois éprouvé avec émerveillement et gratitude, portait en lui une somme de détails signifiants, au moins un élément capable de faire mieux saisir l’équilibre général de ce tout que je me promettais passionnément de faire revivre... » Il décrit ainsi sa recherche, sa méthode, la passion et le goût du détail.
Il remonte donc aux origines du peuplement de la Moldavie, à cette voie commerciale « la route moldave », aux diverses provenances de ces juifs, séfarades ou polonais, russes dans une population très mélangée où Arméniens faisaient commerce, Grecs Phanariotes, l’administration déléguée par la sublime Porte, tatars, polonais, russes avaient leur part. J’ai lu avec plaisir l’histoire des rivalités entre Turcs et Russes, vu un éclairage différent sur le dépeçage de la Pologne, la Guerre de Crimée. Histoire que j’ai déjà étudiée, vue d’Athènes, d’Istanbul ou même de Samarcande.
Le propos de Silberstein est certes, l’histoire de Iasi mais c’est l’histoire de l’antisémitisme dans la région.
Ce n’est donc pas une histoire gaie, ni facile à lire. Souvent le catalogue de mesures discriminatoires, de vexations, de meurtres, décourage le lecteur. C’est aussi pour moi pénible de découvrir la part de responsabilité de l’intelligentsia roumaine, même les grands écrivains que j’admire comme Eminescu, même Mircea Eliade et Cioran, ont eu leurs écrits antisémites. Stupeur de découvrir aussi que l’antisémitisme théorisé a pris de l’importance en même temps que les mouvements de libération nationale suite aux révolutions de 1848. Les plus grands antisémites n’étaient pas les paysans arriérés ou les moines ignares, mais des intellectuels éclairés, distingués, polyglottes, romantiques.
J’ai donc souvent fait des pauses quand cette lecture était trop triste.C’est, cependant, un ouvrage très réussi, une sorte de collage entre les faits historiques et des récits très vivants. L’auteur se met en scène, souvent avec humour, offrant ainsi des pauses dans un texte qui n’est que rarement aride (quelques longueurs quand même dans le détail des lois antisémites votées ou non).

Je remercie Babelio et les éditions noir sur blanc de m’avoir fait connaitre cet auteur dans le cadre de la Masse Critique.

 

 

La Perle et la coquille – Nadia Hashimi

LA ROUTE DE LA SOIE

la perle et la coquille

Merci à Babelio et aux éditions Milady pour cet ouvrage qui tombe à pic dans le fil de mes lectures, juste après le Grand Jeu de Peter Hopkirk et la Voie Cruelle d’Ella Maillart se déroulant en Afghanistan. Reçu de retour d’Ouzbékistan, j’ai pu imaginer la vie dans les palais avec mes souvenirs des harems et des citadelles ark en ouzbek, arg en Afghanistan.

la Perle et la coquille sera-il- le bestseller de l’été à emporter sur les plages?
C’est en tout cas une lecture fort agréable, les  histoires de deux femmes, Shakiba et Rahima,  s’entrelacent, on veut savoir ce qui va leur arriver, comment elles vont s’en sortir, et on tourne les pages. J’ai ouvert ce livre de près de pages jeudi matin, et je l’ai posé le vendredi soir. Impossible de le quitter.

singué sabour burqa
C’est un témoignage (?) très instructif, sur la condition des femmes en Afghanistan.

 

 

Shekiba, au début du 20ème siècle, Rahima en 2007 . Même problématique, si peu a changé pour les deux héroïnes en un siècle.  Même malédiction de naître fille dans une maison où il n’y a pas de garçon, mêmes mariages forcé d’adolescentes tout juste nubiles, même impuissance à prendre en main son destin.
Encore que, Shekiba et Rahima (ainsi que la tante Khala Shaima) ont une forte personnalité et une volonté de forcer le destin. Elles ont aussi un atout que peu de filles possèdent : elles savent lire et écrire.

« ....Tu pourras faire des tas de choses que tes soeurs ne sont pas autorisées à faire. on changera ta garde-robe et on te donnera un autre prénom. Tu pourrras aller à l’école sans avoir peur d’être embêtée par les garçons, jouer à des jeux. qu’est-ce que tu en dis? »

C’était le paradis, voilà ce que j’en disais!

Shaima et Rahima ont aussi goûté au privilège d’être un garçon, Shaima en femme-homme, garde du harem travestie, Rahima en basha posh, fille-garçon, avant d’atteindre l’adolescence. Dans une tradition où le monde des femmes et celui des hommes sont cloisonnés, ces travestissements sont étonnants, comme le traitement des transgenres en Iran comme je l’ai vu dans le film « Une femme iranienne ».
Autre rôle très ambigu, celui de la Belle-Mère, celle qui a donné un fils, et qui règne sur les femmes de celui-ci, despote brutal.
L’auteur nous plonge dans le monde des femmes, elle nous fait vivre dans  l’intimité d’une famille de paysans pauvres,  dans la tribu d’un seigneur de la guerre et même dans le harem royal. Nous allons de dépaysement en découvertes.

Khiva 1910
Khiva 1910

Toutefois, je reste sur ma faim quant au contexte historique et politique du pays. J’aimerais en savoir plus sur les enjeux politiques, aussi bien au début du siècle dans le Grand Jeu, que dans cette guerre menée par la coalition occidentale. Je me doute bien que les femmes n’ont guère accès à l’actualité. Mais quand même! On interdit aux jeunes femmes du Parlement de regarder la télévision dans leur chambre d’hôtel, mais elle doivent quand même avoir une certaine idée de l’actualité. Le climat de violence si bien rendu dans Singué Sabour ou dans les Cerf volants de Kaboul semble ici  occulté.

Je m’interroge toujours sur l’origine des titres des livres, un poème a répondu à mon questionnement.

Il y a un baiser que l’on désire de tout son être

La caresse de l’âme sur le corps

L’eau de mer supplie la perle de briser sa coquille.

Étrange poème d’amour, dans un monde où l’amour est si étranger du quotidien des femmes, dans un pays enclavé si loin de la mer!

Les empires nomades – Gérard Chaliand

Les empires nomades de la Mongolie au Danube

5ème siècle av. J.-C. – 16ème siècle 

les empires nomades

 Plus d’un millénaire d’Histoire racontée sous un éclairage original : les guerres entre nomades et sédentaires. le champ de bataille est immense, Partis de Mongolie, d’Asie Centrale et déferlant sur la chine, la Perse, l’Inde, l’empire romain puis byzantin, la Russie, la Pologne, Lituanie….et bien sûr, la Hongrie, la Bulgarie, jusqu’en Espagne, les hordes nomades se succèdent se sédentarisent, se pourchassent.
De retour d’Asie Centrale j’ai plaisir à retrouver Gengis Khan, Tamerlan, à comprendre l’origine de l’histoire du « prêtre Jean« , les Polovtsis du Prince Igor (Borodine). Les Chinoises des fresques du palais d’Afrosiab prennent toute leur signification, je peux enfin situer les Sogdiens que j’ai découvert à Samarcande.
Et surtout les cartes!

Gengis khan
Gengis khan

J’avais commencé mes lecture par l’excellent Tamerlan de Lucien Kehren et j’avais ramé en l’absence de cartes lisibles (il y en avait mais petites). Les cartes sont ici nombreuses, on peut s’y arrêter pour mieux comprendre le texte.

Tamerlan
Tamerlan

Une belle conclusion à toutes mes lectures de la « route de la Soie »

Anne Nivat : Par les plaines et les Monts d’Asie Centrale

LA ROUTE DE LA SOIE

Pour nous faire ressentir la diversité des populations, des langues et des ethnies; l’imbrication des territoires, les frontières compliquées et artificielles d’après les Indépendances, Anne Nivat nous plonge dans le Ferghanasthan, vallée de Ferghana, à l’est de l’Ouzbékistan, bordée par le Tadjikistan et le Kirghizistan.
Plus qu’un récit de voyage ou un essai, c’est une galerie de portraits d’hommes et de femmes (plus de femmes).
dans la première partie Gens des Plaines nous croisons, un metteur en scène, une musicienne, une sonneuse de cloches qui est aussi chanteuse de jazz, une employée des trains, et beaucoup d’autres qui racontent leur vie, leurs espoirs, parfois regrettent la période soviétique, parfois non….musulmans mais aussi chrétiens. Empathie, rencontres.
Dans la seconde Gens des montagnes, elle nous emmène aux confins orientaux, de la Chine ou de l’Afghanistan. Ouigours, pamiris vivent dans des montagnes impressionnantes enclavées par des pistes improbables. du temps de l’Union soviétiques la frontière était stratégique et certaines populations choyées. les jeunes pouvaient étudier, les routes étaient entretenues. Les jeunes républiques ont mieux à faire que de prendre le relais et ces gens des montagnes sont souvent oubliés. pourtant ils sont parfois artistes, cultivés et en tout cas hospitaliers malgré les tracasseries des autorités. AnneNivat nous fait partager leur quotidien difficile.
en dernière partie Gens d’Islam, elle aborde la question épineuse du fondamentalisme. Plus de 70 ans d’athéisme soviétique laissent des traces. les musulmans redécouvrent leur religion. Mais il manquent de repères. Où les trouver? dans l’Islam modéré traditionnel? dans l’Islam gouvernemental qui tente de s’implanter ou au contraire dans les versions islamistes venant de l’extérieur?
Anne Nivat a visité ces populations en 2003 et 2005, en pleine guerre d’Irak juste après les évènements d’Andijan (Ferghana) et les procès qui ont rempli les prisons ouzbèkes. Elle est sévère avec ce dernier gouvernement. mais comment ces dix dernières années la situation a-t-elle évolué? Difficile de le savoir.