LA ROUTE DE LA SOIE
Récit coloré et pittoresque de cet instant privilégié
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LA ROUTE DE LA SOIE
LA ROUTE DE LA SOIE
LA ROUTE DE LA SOIE
En lisant le Grand Jeu de Hopkirk, j’ai retrouvé plusieurs de ces espions déguisés, en marchands de chevaux, médecins, derviches…..lu aussi la relation de la fin Charles Stoddart et Conolly en 1842, émissaires britanniques pour tenter de forger une alliance avec l’émir de Boukhara contre les Russes. J’ai aussi retrouvé Vambery, lui-même, acteur dans cette rivalité Anglo-Russe et russophobe actif. J’ai aussi mieux compris pourquoi les Afghans qui avaient été occupés par les troupes britanniques ont été moins crédules.
Le Samarcande de la jolie collection Géo d‘Alcée Durrieux et René Fauvelle présente aussi ces derviches, leurs costumes, leurs coutumes pittoresques.
LA ROUTE DE LA SOIE

» Les religions se dissipent comme la brume du matin. les empires se démantèlent comme la dune sous le vent. mais les travaux des savants demeurent pour l’éternité »
Ulugh Beg (1394-1449)
« la recherche de la Science est le devoir de tout Musulman, homme et femme. »
inscription sur le portail de la madrasa Ulugh Beg à Boukhara
Ainsi commence le roman historique retraçant la vie d’Ulugh Beg – Prince Astronome – petit fils de Tamerlan. Généralement je préfère l’Histoire des historiens aux romans historiques. Dans le cas de Tamerlan, j’avais peiné en lisant l’excellente biographie de Lucien Kehren, égarée dans trop de lieux inconnus, trop de dynasties mongoles, de Moutons noirs, Moutons blancs et de Hordes de toutes les couleurs….Un roman historique est donc le bienvenu pour intégrer en douceur la géographie et l’histoire de l’Asie Centrale au temps des Timourides.

C’est aussi – et surtout – un roman s’inscrivant dans l’histoire des sciences. L’auteur, Luminet est astrophysicien ; il a écrit toute une série d’ouvrages racontant la vie de Copernic, Kepler, Galilée….Il replace les travaux d’Oulough Begh dans le contexte : d‘Al Khwarizmi « fondateur des mathématiques et de l’astronomie arabes » à Oulough Beg et à Al-Kashi, c’est toute la science de Bagdad à Khiva puis à Samarcande qu’il évoque, faisant même le détour par les Baléares et les fameux portulans du cartographe Abraham Cresque. Je croise ces grands savants avec grand plaisir, certains ne me sont pas tout à fait in connus comme Al-Biruni cité à Khiva qui osa l’hypothèse héliocentrique dès l’an mille. Qadi – Zadeh , le professeur d’Oulough Beg . Un mystérieux Bâton d’Euclide est transmis – c’est aussi le titre d’un ouvrage de Luminet que j’ai téléchargé et que je me fais un plaisir de lire bientôt.

Astronomie, astrologie, interprétation des zodiaques, Islam et même zoroastrisme. Ce livre est d’une grande richesse, d’une grande modernité aussi quand il oppose les courants soufis aux intégristes, citant les Quatrains d’Omar Khayyiam fort à propos.
Cette célèbre Roue à nos yeux suspendue
Et lanterne magique étonnant notre vue
Du milieu, le soleil éclaire la lanterne,
Et nous tournons autour, images éperdues

« Ce n’était pas une coïncidence si le mausolée de Tamerlan était à la place de Saturne, la mosquée de Bibi-Khanoum à celle de Jupiter, bains publics, hammam et hospice à celle de Venus, la caserne principale à celle de Mars, le grand Bazar à celle de Mercure. L’ensemble du Reghistan au centre de la ville, ne sauarait être autre que la Terre et la Lune. «
Et pour le plaisir encore un quatrain :
« Hier est passé, n’y pensons plus
Demain n’est pas là, n’y pensons plus
Pensons aux doux moments de la vie
Ce qui n’est plus, n’y pensons plus »
Omar Khayyiam
CARNET OUZBEK

Deux mois ont passé depuis notre retour et je n’arrive pas à me départir de mon émerveillement. Un autre voyage se profile. Je ne voudrais pas refermer ce carnet sans remercier tous ceux qui ont contribué à la réussite du voyage.

Merci à Jahonghir, de KARAVAN Travel de Samarcande, agence francophone spécialisée dans les voyages à la carte qui a été très réactif, présent sur Skype, à notre écoute et qui a retouché le canevas pour nous organiser un planning à notre rythme, qui a choisi des hébergements vraiment top!
Merci à Evaneos qui nous a mis en contact avec cette excellente agence locale! Ce n’est pas notre premier voyage avec Evaneos et nous avons toujours trouvé de très bons correspondants.

Merci à Nassim, notre guide, toujours souriant, parlant un français parfait, cultivé, un vrai conteur, qui a su toujours éveiller notre curiosité, toujours très pro même quand on était fatiguées ou grognonnes.
Merci aux hôteliers!

à Mansour de Khiva à qui nous souhaitons plein de clients pour son hôtel tout neuf avec sa belle terrasse et sa cour accueillante, nous nous sentions plus invité que clientes.

A Boukhara nous étions logées comme des princesses dans un véritable palais. nous avons passé des heures sur les coussins dorés sirotant les innombrables thés, offerts par Akbar toujours attentif.
Nous avons aussi beaucoup apprécié les petits déjeuners dans le patio de l’Hôtel Dilshoda admirablement situé à proximité de Gour Emir à Samarcande .

Chez Narzullo, au village nous avons adoré partager le quotidien de nos hôtes et de leurs enfants.

Mention spéciale à Nélufar et son mari qui nous ont invitées sur la terrasse de leur Hôtel Bibi Khanim, la plus belle terrasse de Samarcande, juste en face de la mosquée d’où on découvre toutes les coupoles et les minarets. Nous y avons passé une merveilleuse après midi.
Nous conserverons longtemps le souvenir de leur hospitalité chaleureuse.

Merci aux inconnus – heureux d’entendre un peu de français – qui nous ont abordées au restaurant. Je garderai un souvenir très ému des dames aux coquelicots. Et toute mon admiration à Fairouz, le miniaturiste, dont les œuvres décorent maintenant le salon!

CARNET OUZBEK
Le Registan est un ensemble monumental 15ème siècle mais il a été remanié au 17ème et est est bordé de madrasas alors qu’à l’origine il y avait aussi un caravansérail et un khanaka. La madrasa d’Oulough Beg était un centre culturel réputé Ouloug Beg dispensait lui-même des cours d’astronomie. En plus des sciences religieuses, on y enseignait l’Arabe, le Persan, l’Histoire et la philosophie. Les savants les plus connus et les poètes comme Navoï Alisher passèrent par cette université. Au fronton, on reconnait les décors géométriques de briques vernissées reproduisant le nom d’Allah ou de Mohamed en écriture coufique, les mêmes torsades qu’à Boukhara bordent l’arche. Le fronton de l’Iwan porte le décor étoilé rappelant qu’Oulough Beg était astronome.

L’intérieur de la madrasa est entièrement carrelé de mosaïques merveilleuses mais les cellules des étudiants sont occupées par les marchands qui vendent de jolies marchandises à prix d’or. Ils sont aussi très insistants ce qui gâche la visite.
Au 17ème le Caravansérail et le khanaka furent remplacés par la madrasa Cher d’Or et une mosquée : la mosquée d’hiver est décorée d’une coupole décorée d’or. En 1920, la place fut bombardée : on a exposé les photos des ruines dans la mosquée. La rénovation fut entreprise dans les années 1970. A l’origine la coupole était à la même hauteur que le minaret, on l’a reconstruite plus petite. En 1994 pour l’anniversaire d’Ouloug Beg les façades furent restaurées, les minarets qui penchaient, redressés.

La façades de la madrasa Cher d’or est ornée de tigres du soleil et de gazelles. Une interprétation veut que les tigres figureraient les étudiants poursuivant la connaissance (les gazelles) sous le soleil qui dispenserait la science. Une autre légende raconte qu’aux temps anciens de la fondation de Samarcande, les tigres seraient descendus du Pamir et les valeureux habitants les auraient apprivoisés.

Dans la madrasa qui a une mosquée décorée d’or, la cour a été moins rénovée ; les dalles sont disjointes, les arbres confèrent un charme supplémentaire. Cette mosquée est vraiment magnifique avec sa coupoles aux stalactites dorées. Sous les arcades de chaque côté du dôme les marchands vendent de très beaux tapis (on est déchaussé) et des suzanis. Au bout de la galerie, un petit musée est consacré à Oulough Beg avec les mêmes reproductions qu’à l‘observatoire. En plus on montre les cratères de la lune nommé d’après le prince astronome.

Dans la madrasa décorée de tigres, les marchands vendent des souvenirs destinés aux touristes locaux, très clinquants, velours brodés d’or, des vêtements folkloriques sont mis à disposition pour se faire photographier. Un marchand a sorti de très beaux tapis. C’est là que je vais acheter l’écharpe en soie dont je rêve depuis Tachkent. Premier prix 12€ (en face c’était 25€, la même) comme je refuse, on me la fait à 10€ ca qui me convient.
Du Registan à la Mosquée de Bibi Khanim on marche sur une promenade aménagée, dallée, engazonnée contemporaine bordée de boutiques aux grandes vitrines vitrées. Architecture mondialisée, propre, aseptisée sans aucun charme. Maisons russes et tonnelles ont laissé place à cette promenade où de jeunes marronniers commencent à fleurir, trop neufs, trop jeunes. Je préfère la crasse de notre quartier à cette modernité impersonnelle.

La mosquée Bibi Khanim est une mosquée gigantesque, la plus grande d’Asie Centrale, pouvant contenir 15000 personnes. 180mx160m et une hauteur de 36m. La mosquée d’hiver était décorée de papier mâché, ses murs sont en triste état les oiseaux y font leurs nids. La mosquée d’été dans la cour était riche de 400 colonnes. Le minaret est octogonal, style correspondant à la campagne d’Inde de Tamerlan.
Bibi Khanim était l’épouse préférée de Tamerlan, la plus cultivée à qui il avait confié l’éducation de ses enfants. Tamerlan lui offrit cette mosquée et construisit le mausolée à proximité.
On raconte aussi que Bibi Khanim fit construire la mosquée pendant l’absence de Tamerlan pour lui en faire la surprise à son retour. L’architecte serait tombé amoureux d’elle et lui auraitdemandé un baiser. Bibi essaya d’abord de le raisonner « tu es marié, nous sommes toutes les mêmes » faisant apporter un œuf coloré et un autre non, faisant comparer le goût. L’architecte fit apporter un verre d’eau et un verre de vodka, ils se ressemblaient mais leur goût était différent ; Bibi Khanim finit par céder car l’architecte menaçait d’arrêter les travaux, à condition qu’il y eût un coussin les séparant. Le coussin, sous le baiser brûlant s’enflamma, laissant une trace sur la joue de Bibi Khanim. Cette dernière ayant avoué sa faute à Tamerlan, le roi fit précipiter l’architecte du haut du minaret. Mais il lui poussa des ailes….puisque c’est un conte des Mille et unes nuits ! J’ai hésité à retranscrire ce conte destiné aux touristes crédules que nous sommes. C’est la lecture d’Ella Maillart qui m’a convaincu : on lui avait raconté presque le même.

Au milieu de la cour se trouve le lutrin monumental destiné à recevoir le Coran d’Osman, que nous avons vu à Tachkent le premier jour du voyage. Tamerlan avait rapporté ce Coran précieux de Bagdad. Il fut conservé jusqu’à la prise de Samarcande par le Général russe Kaufmann qui l’emporta à Saint Petersbourg, où l’on le copia 50 fois. En 1923, le Coran original fut rendu à Tachkent. Le lutrin est considéré comme saint et les femmes en mal d’enfant se glissaient en dessous. Cette pratique ressemblant à de l’idolâtrie est maintenant interdite.

Des cafés et des restaurants ont installé d’agréables terrasses avec banquettes de bois, tentures imitant les suzanis, des auvents sur des colonnes de bois. Destiné aux touristes le restaurant présente de menus plastifiés avec des prix fixes. Nous jetons notre dévolu sur des raviolis (manty) accompagnés de thé noir. Surprise au moment de l’addition le thé est facturé 3000 soums (1€) et une cuillère de sucre 2000 !

Les propriétaires de l’hôtel Hovli Poyon de Boukhara nous ont conviées à boire le thé sur la terrasse de leur hôtel Bibi Khanim – la plus belle de Samarcande ! Ils ne se sont pas vantés : de leur terrasse nous dominons la cour de la mosquée Bibi Khanim, avec une vue très dégagée sur la nécropole Chah i Zinda, les toits et les jardins de la ville. Les minarets et coupoles sont innombrables…L’accueil est très chaleureux et la conversation passionnante. Neluphar et son mari organisent des treks et viennent souvent en France. Ils ont des amis parmi les guides savoyards et leur base française est Albertville. Ils ont donc une très grande ouverture d’esprit. Mais aujourd’hui la tristesse est palpable : le séisme meurtrier du Népal les touche personnellement. Ils pensent aux guides. Peut être ont-ils perdu des amis ?

Nous visitons l’hôtel, tout neuf, confortable avec des chambres modernes, et très bien décorées réparties sur la galerie qui fait le tour du patio. Un très bel établissement à recommander !
Vers 17h, Nassim vient avec ses enfants nous conduire à la gare. Le train Afrosiab – talgo espagnol – doit nous conduire à Tachkent. Il nous laisse à l’extérieur : seuls les voyageurs peuvent entrer et les contrôles tatillons sont encore plus poussés qu’à l’aéroport. En moins de 2h nous rentrons à la tombée de la nuit à Tachkent. Le train passe par Djizzak nous reconnaissons les montagnes de Nurata, puis la nuit tombe.
Il était prévu que Mouhiaddin nous conduise à la même tchaikanna qu’à l’arrivée pour dîner. Mais le lever est prévu à 2h du matin. Nous renonçons au dîner. Le room service nous apporte du velouté de champignons et nous nous couchons dès 22h.
CARNET OUZBEK

Avant Chakhrisabz nous traversons la grosse agglomération de Kitab, très animée avec de nombreuses voitures. Chakhrisabz est la ville natale de Tamerlan. La palais se trouve dans un vaste chantier. On a abattu tout un quartier pour aménager un parc de dimension ouzbèke (c’est-à-dire très vaste). Des centaines d’ouvriers, hommes et femmes s’affairent, dallent les allées ou ratissent les plates-bandes, nivellent, cimentent, balaient….Hommes et femmes manient indifféremment pelle et râteau. Sauf que les carreleurs sont tous des hommes et que celles qui charrient le sable ou la terre avec les brouettes et gâchent le ciment sont les femmes vêtues de velours pailleté. Il semble que les bleus de travail n’existent pas. Les femmes travaillent avec leurs plus belles robes. Tamerlan de 18m est debout sur son socle (à Tachkent il est à cheval, Samarcande assis sur son trône). Nous traversons donc le chantier pour atteindre deux très hauts bâtiments : le palais, terminé en 1403 était haut de 70m et ce que l’on voit aujourd’hui n’est que l’arche d’entrée. Il faut imaginer les salles situées à l’arrière : salle de réception des invités, salle des banquets toutes carrelées, la salle de repos était dallée de marbre. Sous des bâches plastiques on protège les carreaux turquoise. Pour les 600 ans (1996) de Tamerlan, on a remonté un pan de remparts. La description de Clavijo (ambassadeur d’Espagne auprès de Tamerlan) permet d’imaginer les fastes du palais.

Les ruines ont un aspect étrange. Les monuments sont souvent si restaurés qu’ils semblent neufs si bien qu’on ne distingue pas un bâtiment construit au 19ème siècle d’un du 15ème. Ici l’usure du temps est perceptible, les restes de mosaïques originelles ont des couleurs magnifiques. Les inscriptions ne sont pas tirées du Coran, ce sont les maximes préférées du souverain : « La force est dans la Justice » . Un architecte voulait écrire « Le Roi est l’ombre d’Allah » mais il avait mal calculé. Ayant écrit « le Roi est l’ombre », il fut précipité du haut du minaret.
En 2020 un petit train électrique conduira les visiteurs du palais aux mausolées timourides. En attendant, nous contournons les habitations encore sur pied en voiture. Façades roses, bleues, beiges, pastels éventrées sur les vestiges des jardins. Ces démolitions m’attristent comme m’avaient horrifiée celles de Louxor ou de Gournah en Egypte pour faire place nette pour les touristes.
Dorut Tilavat
C’ est un ensemble de mausolées. Le père de Tamerlan, Mohamed Taragai, y repose aux pieds de son maître spirituel Cheikh Chamseddine Koulal, ainsi que le fils ainé de Tamerlan, Jahonghir. Il y a aussi un cénotaphe de Tamerlan qui souhaitait y être inhumé. Sa dépouille après sa mort en route vers la Chine fut rapportée à Samarcande et il est enterré à Gour Emir.
Oulough Beg a fait ajouter une Mosquée du Vendredi dont on au restauré la façade en 1994 (600 anniversaire d’Oulough Beg) rappelant le ciel étoilé avec des étoiles de nacre. L’intérieu est en stuc peint aux motifs de verdure mais dégradé par le temps. On retrouve les motifs végétaux très gracierux dans le mausolée qui lui fait face et qui est ouvert.
A l’arrière du « faux tombeau de Tamerlan » la vue est très belle sur l’ensemble des coupoles.
En chemin, nous déjeunons dans un très agréable restaurant sous de grands pins et des noyers. Les brochettes sont la spécialité. J’en commande à l’agneau, tendre et excellent(qui a dit qu’en Ouzbekistan l’agneau était gras ?)
Vers 15h, nous sommes de retour sous un faible soleil et nous installons au kiosque du Reghistan où je commande des glaces et recommence l’étude des motifs. A peine sommes nous arrivées à l’hôtel qu’éclate un orage avec une pluie violente. Nous avons bien fait de commander le dîner dans la cour de l’hôtel Dilshoda. A 19h30, la pluie s’est interrompue, la table est mise, couverte de salades. On apporte un bol de soupe aux pois chiches et à la viande bouillie. Ce n’est pas tout : des assiettes de pot au feu avec des carottes, pommes de terre, chou complètent ce repas beaucoup trop copieux. Nous aurions aimé y faire plus honneur. C’est excellent et la dame est si gentille ! par là-dessus il y a de la salade de fruit pour dessert. Nous dînons en compagnie d’une guide qui parle un excellent français et qui nous fait un vrai cours !
CARNET OUZBEK

Petit- déjeuner dans le patio.
Malheureusement le ciel est nuageux : les photos des montagnes enneigées seront ratées.
La route de Chakhisabz est une route très fréquentée,vers le sud et l’Afghanistan. Le printemps est bien avancé : les coquelicots forment des nappes rouges dans les blés verts, les pommiers fleurissent. Même sous les nuages ces fleurs nous réjouissent. La route s’avance vers la montagne. Au loin, des névés blanchissent les creux.
La statue d Alisher Navoï (1441-1501) regarde vers la montagne. Ce poète est considéré comme le fondateur de la langue ouzbek. C’est un héros national, il a donné son nom à la ville de Navoï. La route est bordée d’arbres immenses, peupliers, acacias, mûriers et noyers. Nous passons près de chaos granitiques. Sur les bas-côtés, on vend de la rhubarbe sur de petits étals. Les marchands abrités sous une toile, parfois brodée, portent une balance.

A la limite de la province de Samarcande, nous passons sous un auvent de béton comme un péage d’autoroute, ou un poste frontière. Nous sommes déjà passé par de telles installations que j’avais prises pour une barrière de péage. On ne paie rien mais un ou plusieurs policiers examinent le conducteur et les passagers. Très aimables avec les touristes, ils ont l’œil. Nassim ne semble pas gêné par ces contrôles. Il les justifie : « Nous avons des voisins difficiles, Afghanistan Tadjikistan, il faut contrôler ! » .

Au col à 1788m, une arche de béton se détache. A ses pieds,est installé un petit marché de fruits secs. Les marchands nous font goûter des jujubes, se moquent gentiment de nous en nous faisant croire que ce sont des melons puis prennent la pose pour la photo. Ils vendent des raisins jaunes, des raisins bleus, des amandes dans leur coque, des noyaux d’abricots salés, des abricots secs, des pépites…et de petites boules blanches qui ressemblent aux bonbons fondants de Boukhara.

Le vendeur détache un morceau pour me faire goûter : c’est du fromage, salé très goûteux. Les boules sont taille et de formes diverses. Certaines sont aromatisées au paprika ou au piment.

La route descend vers une vallée plate encadrée par les neiges éternelles du Pamir et du Tadjikistan hauts de plus de 5000 m. Nous traversons un chaos granitique, les gros blocs arrondis sont fendus. Alors que chez nous, ces équilibres sont très stables, ici ils paraissent menaçants avec la séismicité. La géologie des ces montagnes du Zarafshan est complexe. Autour du granite, des auréoles métamorphiques, schistes et marbre. Le métamorphisme m’a toujours paru difficile.
Des oiseaux ont creusé des nids – tanières dans le sable du bord de la route (arène granitique ou dépôt alluvial ?). La botanique apporte aussi des surprises. Parmi les rochers poussent des amandiers ; les fruits verts veloutés sont déjà gros. Des arbres roses, des fleurs jaunes, de grands feuillages découpés comme des acanthes. Des jeunes gens vendent sur le bord de la route de très belles tulipes rouges qu’ils ont cueillies dans la montagne
CARNET OUZBEK

Pour déguster un Plov, Nassim nous conduit dans une « académie du Plov », grand restaurant ne servant que cette spécialité. Il convient d’arriver tôt, après midi et demie, la marmite est finie et le service aussi. Difficile de trouver une table libre dans la cour. J’ai découvert plus tard que les petites salades proposées sur un plateau alourdissent sérieusement l’addition, hier nous les avions juste goûtées. On se limite donc aux tomates/concombre et fromage blanc accompagné de radis rose, d’oignon vert et de gousses d’ail (que je laisserai par égard pour la compagnie). Le plov arrive dans un grand plat fleuri où les ouzbeks piochent à la cuiller. Je n’ose pas manger directement dans le plat et me sers des petites assiettes des hors d’œuvre. Thé vert, bien entendu. Le plov est excellent, les carottes fondantes, les raisins secs sucrés et la viande fondante. Nassim a commandé une petite portion parce que nous mangeons peu mais il est si délicieux qu’on se serait bien resservi.

Au lieu de rentrer directement à l’hôtel, nous demandons à Nassim de nous déposer au Reghistan. C’est ensemble monumental colossal bien plus imposant et plus beau que les Reghistan de Boukhara ou de Khiva. Un parc arboré borde la place d’honneur. On s’attable dans un kiosque et on commande des glaces. Je sors le carnet Moleskine pour dessiner. Plus qu’aux volumes, je prête attention aux motifs géométriques et essaie de reproduire symétries et pavages ainsi que les motifs qui sont en fait de l’écriture coufique.
Nous retournons enfin au Mausolée Gour Emir dans la salle bleue. Recueillement et sérénité. Impression de calme et de beauté. Comme je ne sais pas méditative longtemps j’étudie les symétries du décor. J’aurais dû apporter compas et rapporteur.
TOILES NOMADES
C’est une comédie avec des actrices formidables (surtout Regina Casé) qui se déroule presque exclusivement dans une maison luxueuse de Sao Paulo avec une belle piscine, opposant un couple riche avec un adolescent gâté et les domestiques.
Val est la nounou de Fabinho. Ils partagent une réelle complicité et des moments de tendresse qu’il refuse à sa mère, une business womanpressée et assez odieuse. Amour maternel ou amour de la nounou?
Val a sacrifié son amour maternel, elle a laissé au loin sa fille Jessica et a consacré toute son énergie à envoyer de l’argent pour son éducation. Mère et fille sont devenues des étrangères, quand Jessica débarque pour passer les examens d’entrée à l’université.
On peut faire une autre lecture : privilégier l’aspect social.
Val, la nounou est aussi celle qui passe l’aspirateur, promène le chien, fait la cuisine, sert et dessert la table, employée de maison modèle, dévouée, appréciée. Val connait la place des domestiques. Elle sait que certaines offres sont faites par politesse parce que les patrons savent bien que l’employée zélée va les décliner. Jessica refuse ces conventions. Charmante intelligente, jolie, elle va d’abord séduire, mais on la remettra vite à sa place.