Le goût de la Cerise – Abbas Kiaraostami (DVD)

TOILES NOMADES

J’avais raté sa sortie en salle, le Père Noël a réparé cette lacune. J’ai donc visionné sans aucune préparation le DVD. quand un film est primé – Palme d’Or en 1997 – il est accompagné de tout un cortège d’articles de Presse et la spectatrice sait à peu près à quoi s’attendre. Une quinzaine d’années plus tard, le titre reste en mémoire, seul. C’est donc sans aucun préjugé que j’ai découvert Le Goût de la Cerise


Un automobiliste tourne dans les lacets d’une route en construction dans les chantier de la banlieue d’une grand ville – Téhéran ? jamais montrée – atmosphère poussiéreuse de ces collines qui ne sont plus la campagne et pas encore la ville. La terre est très présente, remuée par les pelleteuses, déversée sur les flancs de la route. L’automobiliste roule à petite vitesse, cherchant quelque chose. Repère-t-il des lieux? Surveille-t-il les constructions? Il cherche quelqu’un. Longtemps on ne sait qui ni pourquoi. Des ouvriers se présentent à l’embauche, il poursuit un carrier qui le fuit. Il cherche d’abord des déshérites pour leur proposer une grosse somme d’argent sans préciser la tâche. Un soldat finit par accepter de monter dans le gros 4×4. La conversation est simple, les questions anodines se répètent à chaque rencontre mais elles mettent chaque fois mal à l’aise l’interlocuteur (et le spectateur). Cherche-t-il à faire un mauvais coup? cherche-t-il un amant? quelle est cette affaire mystérieuse?

C’est au soldat, après un bon quart d’heure (de film) qu’il révèle la nature du travail. Il a besoin d’un fossoyeur qui viendra l’ensevelir d’une vingtaine de pelletées de terre le lendemain matin. Où le réveiller s’il n’est pas mort. La tombe est prête

Le soldat s’enfuit, il proposera la tâche à un afghan gardien du chantier, puis à un séminariste(aujourd’hui on aurait peut être traduit par taliban). Tous sont effrayés par l’idée de suicide contraire à la religion. D’autant plus que le héros n’expliqura jamais son désespoir. Au contraire il présente le suicide comme l’expression d’une liberté, du libre-arbitre donné à l’homme, comme un argument philosophique plutôt que d’en appeler aux sentiments, il fait appel à la raison. Cela dépasse l’entendement de l’étudiant en religion. En revanche, un vieil homme, taxidermiste au Musée, père d’un enfant anémique, accepte, pour son enfant. Mais il impose un détour qui lui permettra de raconter comme un conte son expérience d’un suicide avorté.  Comme il a retrouvé le goût de la vie, en goûtant le fruit de l’arbre qui devait être sa potence.

La suite du film est encore plus étrange. On ne saura jamais si l’homme a été convaincu par le vieil homme, un orage, un écran noir pendant une longue minute,fera une coupure. la fin est incohérente: on se retrouve sur le tournage d’un film, à une autre saison. La poussière a été remplacée par de la verdure. Mise en abyme? Film dans le film? ruse pour égarer la censure? A nous de décider!

Cherchant une explication, on rembobine dans sa tête. La symbolique de la terre est très présente, cette terre que les engins déverse fascine celui qui doit être enseveli. Le chemin sinueux où passe et repasse le véhicule sans arriver nulle part est aussi signifiant. Absurdité. Incompréhension? Peut être les Iraniens ont-ils des clés que je ne possède pas. Pouvoir militaire ou religieux sont-ils évoqués par hasard? comme cette ville tentaculaire qui s’étend. Les hommes  abordés sont des déracinés, l’un est kurde, deux sont afghans, le dernier turc, où est ce Loristan d’où est originaire le chiffonnier? Tous semblent des étrangers à Téhéran. Étrange politesse de celui   pauvre, offrant du thé à un parfait étranger venu à bord d’un 4×4 luxueux. Ces hommes sont dans un grand dénuement mais l’appât du gain ne leur fera pas transgresser l’interdit du suicide. Le vieux taxidermiste, a-t-il pensé qu’il avait redonné au désespéré le goût de la cerise?

Au bord de la mer noire et…Israel Joshua Singer

Abusée par le titre Au bord de la mer noire (je souhaitais continuer encore mon périple en Bulgarie et Roumanie) j’ai emprunté ce livre et c’est une excellente surprise. C’est un recueil de huit nouvelles, Au bord de la mer noire, est la première. les autres se déroulent dans des lieux variés, aussi bien en Pologne, Ukraine, Russie qu’aux États Unis. Huit longues nouvelles, 90 pages,  presque un roman, traduites du Yiddish, racontent un monde qui disparaît.  Cette extinction du shtetl a commencé bien avant la Shoah. L’ouvrage a été écrit aux États Unis, publié en 1938.

La Première Guerre Mondiale et la Révolution Russe font basculer dans la modernité des communautés très religieuses encore rurales. L’émigration aux États Unis est aussi décisive. Ces nouvelles, toutes très différentes, racontent le destin d’hommes simples emportés par une histoire singulière. Comment le fils de rabbin, professeur d’hébreu qui ne rêve que de Palestine se retrouve-t-il commandant d’un bataillon de l’Armée Rouge? Qu’est- venu chercher Sholem Melnik en Amérique, le peintre en bâtiment de New York nostalgique de la campagne polonaise? Et ce garagiste passionné de mécanique qui déçoit les espoir de ses parents qui le rêvaient médecin?

Il raconte une société fondée sur l’observance des rites et des lois religieuses, une société solidaire où l’on n’aurait jamais laissé un colporteur ou un mendiant passer le Shabbat seul. Les solidarités n’ont plus cours en Amérique où la course à l’ascension sociale prime sur les anciennes valeurs. Il raconte aussi la solitude de l’étranger, du migrant, de ceux qui ont été égarés dans les tourmentes de la Révolution russe avec  humanité,  tendresse même. Il décrit les moindres usages  de la vie quotidienne avec une foule de détails oubliés, des expressions venant des prières, hébreu ou yiddish, coutumes des fêtes ou tenues vestimentaires. C’est vivant, précis, tellement fascinant.

Héritage – film de Hiam Abbass

TOILES NOMADES

Survol de la Galilée, vue aérienne. Magnifique image? Le ciel est dangereux, des escadrilles le traversent dans une guerre frontalière. Sous la menace des bombes, la vie continue. Au village derrière les oliviers, un mariage se prépare. Ce n’est pas une opération militaire qui l’empêchera a décidé Samira (Hiam Abbas, la mère de la mariée). Le mariage réunira toute la famille au village: le patriarche, son fils ainé qui veut se faire élire à la mairie avec le soutien d’un parti israélien, un autre, homme d’affaires ruiné et le troisième médecin, ses filles l’ainée la soumise, et la plus jeune, Hafsia Herzi, artiste moderne étudiante amoureuse de son professeur de peinture anglais.

« L’histoire d’Héritage, c’est plutôt l’histoire des conflits à l’intérieur d’une famille palestinienne qui vit dans un village palestinien, en Israël, sur la frontière avec le Liban, et cela concerne plutôt les conflits intérieurs dans une enveloppe de guerre générale. C’est presqu’une guerre virtuelle, qui existe toujours au-dessus de nos têtes, nous les Palestiniens d’Israël, parce qu’il y a cette menace d’une guerre entre les pays arabes et Israël. »

dit Hiam Abbass dans l’interview d’ARTE

Ce mariage m’a rappelé les Noces en Galilée de Michel Khleifi (1987) dont j’ai gardé un souvenir très vif. Le propos en est très différent mais il se passe dans le même décor.

Après la photo de famille, la noce sera interrompue : une alerte, un bombardement disperse l’assistance, le grand père est victime d’une crise cardiaque. La famille s’acharne  la jeune Hajar qui ne pourra pas vivre ses amours avec l’Anglais – Hafsia Herzi dans une interview parle d’un Roméo et Juliette palestinien. La campagne du candidat aux élections est interrompue par le cousin de sa femme qui le traite de collabo. Le médecin apprend qu’il est stérile. Toujours, les femmes paient le prix fort à la tradition même si elles sont modernes, polyglottes, avec un caractère bien trempé.

 


 

Ravi Shankar, musicien et passeur de musique avec Yehudi Menuhin et Philip Glass

MA SAISON INDIENNE

 

J’ai été étonnée  en lisant hier les nécrologies dans la presse :le grand musicien, le virtuose était présenté comme le père de Norah Jones (c’est vrai mais tellement réducteur). Regardant les infos à la télévision, l’hommage fut pire : pas de sitar, une image furtive puis les Beatles qu’il a inspirés. Certes….. Heureusement, Télérama consacre un article plus étoffé au musicien.

De passage à la bibliothèque et discothèque j’ai emporté un DVD et des CD de musique indienne, regrettant l’an passé de ne pas avoir consacré plus de temps à cet aspect de la culture du sous-continent. J’ai corrigé mes copies en écoutant des râgas et mesuré l’étrangéité de la musique savante pour nos oreilles occidentales.

Le rôle de passeur de Ravi Shankar m’est donc apparu comme essentiel. peut être fallait-il qu’il joue avec Menuhin pour qu’il parvienne jusqu’aux mélomanes et avec les Beatles pour que nous le fêtions dans les années soixante: routards vers Katmandous sur les routes de l’Inde, babas et hippies des fleurs dans les cheveux, expériences psychadéliques et musique planante… malgré notre voyage au Rajasthan, c’est Shankar, le passeur que je retiens.

l’Autre Rive – film géorgien de George Ovashvili (DVD)

TOILES NOMADES

A sa sortie en salle, une curieuse mésaventure m’avait privée de séance : les bobines d’un navet américain homonymes étaient arrivées dans mon cinéma préféré. J’ai donc acheté le DVD!

Tedo ferme les yeux quand la cruauté du monde lui paraît insupportable

Très joli film sans prétention. Un gamin craquant dans les conflits inextricables du Caucase. Gamin géorgien réfugié d’Akhazie vit à Tbilissi dans une grande pauvreté, apprenti dans un garage, petit voleur d’occasion. Il veut rejoindre son père en Abkhazie sur l’autre rive. Géorgiens, Russes, Abkhaziens se font la guerre, on ne comprend pas bien ni où ni pourquoi. Violences gratuites? viol, vengeances? L’innocence de l’enfant lui sert de passeport, son obstination aussi. Il subit cette violence, se fait jeter du train, un camionneur l’abandonne en pleine montagne quand la vie lui parait insoutenable, il ferme les yeux mais poursuit sa quête.

 

 

Joseph Anton – une autobiographie de Salman Rushdie

Après les violences meurtrières à la suite de ce film que personne n’a vu, des caricatures de Mahomet, ce livre invite à la réflexion intellectuelle et politique, sur la liberté d’expression, la laïcité.

J’ai donc passé une bonne semaine en compagnie de Rushdie: 725 grandes pages!

Joseph (Conrad) Anton (Tchekov) est le pseudonyme de l’auteur des Versets Sataniques sous la menace de la fatwa de Khomeiny. Comment vivre dix ans caché, sous la protection des Services secrets de Sa Majesté? Je m’attendais donc à un roman d’aventure, d’espionnage – genre Le Carré mais en vrai . Dix ans d’Histoire, du 14 février 1989 au 11 Septembre 2001. Dix ans de luttes d’influence, de tractations avec l’Iran de Khomeiny puis de ses successeurs pour annuler la fatwa, rencontres avec Margaret Thatcher, John Major, puis Tony Blair, avec Clinton…  Voyages clandestins ou annoncés de Londres à New York mais aussi Oslo, du Chili à la Nouvelle Zélande. Mesures de sécurité oppressantes, parfois cocasses.

C’est aussi un panorama de la littérature contemporaine. Le livre s’ouvre sur la messe en l’honneur de Chatwin, ami de Rushdie. Si Rushdie a pu survivre à la condamnation à  mort iranienne c’est d’abord grâce à l’affection et à la mobilisation des écrivains amis. Le lecteur est donc entraîné à la suite de Salman et rencontre les plus grands auteurs anglophones ou non: Harold Pinter et Graham Greene  de Styron  à Paul Auster, Susan Sontag aux Etats Unis, Nadine Gordimer, Gunther Grass et même Borges. Ecrivains indiens de langue anglaise aussi: Arundati Roy et tant d’autres. Dix ans de littérature et de mobilisation sans relâche pour la liberté d’expression.

C’est l’histoire d’un homme, déraciné, d’une double culture, héritier d’une riche culture indienne, élève des meilleurs écoles britanniques. origines,   son patronyme de Rushdie venait d’Averroès Abul Walid Muhammad ibn Ahmad Ibn Rushd qui défendait déjà la liberté de la philosophie loin du carcan des théologiens. Années d’apprentisage à Rugby, école élitiste  où « il existait trois erreurs fatales que l’on pouvait commettre, mais si l’on n’en commettait que deux sur trois on pouvait être pardonné. les erreurs étaient les suivantes : être étranger, être intelligent, être mauvais en sport. […]Il les commit toutes les trois. »

 

C’est avant tout l’histoire d’un écrivain dont le métier est l’écriture. Il nous livre le processus d’écriture de ces livres les plus fameux, ses sources d’inspiration, les clés de ses romans. J’ai furieusement envie de relire les Enfants de Minuit que j’avais énormément aimé autrefois après ces précieux enseignements. Militant de la liberté d’expression, il veut d’abord être reconnu pour ses écrits.

J’ai dévoré les 250 premières pages. Je me suis un peu ennuyée quand il décrivait par le menu toutes les tracasseries des policiers et les mesquineries d’un certain milieu londonien, mesquineries aussi de son ancienne femme dont on n’a vraiment pas envie de connaître les rancœurs. Rushdie ne nous fait grâce de rien, ni de ses entrevues successives avec les  responsables des services secrets ou les fonctionnaires de Sa Majesté, des hésitations des éditeurs qui refusent de sortir l’édition en poche des Versets sataniques et hésitent à publier ses autres romans . Après tout, trois attentats ont touché traducteurs et éditeurs étrangers au Japon, en Norvège et en Italie! Il détaille aussi les efforts de ses amis, du PEN-club américain, du parlement européen des écrivains, de Bono et U2…il ne veut oublier personne. La lectrice a décroché parfois au milieu du livre. Et pourtant j’ai poursuivi, happée par l’enjeu et aussi par l’art de l’écrivain.

 

Chypre et Luca Penni au Louvre – Victoire de Nimègues cour Puget

TOURISTE DANS MA VILLE

CHYPRE ENTRE BYZANCE ET OCCIDENT

C’est une belle exposition présentant des objets, marbres, céramiques, icônes, monnaies et fresques du 4ème  siècle (fondation de Constantinople) à 1571(conquête turque). La chrétienté y est représentée aussi bien l’Orthodoxie que les Lusignan et les Croisés. De nombreux panneaux retracent l’histoire de l’île.

J’ai eu la surprise de découvrir les monuments gothiques dans le nord de l’île qu’on n’avait pas vus. la plupart des objets proviennent de Limassol ou de Nicosie. Une rencontre:un moine Néophite le reclus. Un tableau : cette arrivée du Christ à Jérusalem monté sur un âne blanc qui ressemble à un cheval tandis que, grimpé dans un arbre des hommes cueillent des rameaux qu’ils jettent au sol.

Dernière rencontre avec Catherine Cornaro, dernière souveraine de l’île.

Catherine Cornaro par Gentile Bellini

 

 

 

 

LUCA PENNI

Un peintre de la Renaissance à Fontainebleau.

Deux beaux tableaux : une Vénus et surtout une reine s’agenouillant devant un souverain portant un crâne. De très nombreuses gravures très fines sur des sujets mythologiques. Certaines ont été utilisées comme motif pour des assiettes ou différents éléments décoratifs.

 

 

LA VICTOIRE DE NIMEGUES COUR PUGET

 

Cherchant un banc pour nous reposer, La cour Puget est l’endroit parfait : lumineux, sous sa verrière,  vaste et tranquille. Un regard à Alexandre, après la lecture de Gaudé. Une chinoise partage notre banc. Avec son iphone elle mitraille les sculptures de la cour puis se tourne vers moi pour demander des explications que je suis bien en peine de lui donner. Le Louvre a fabriqué des fiches explicatives géantes. Nous y lisons que toutes les statues appartiennent à un ensemble commémorant la Victoire de Louis XIV  à Nimègues destiné à décorer la place des Victoires.

Les quatre personnages de bronze à genoux, des esclaves figurent les nations vaincue au traité de Nimègues : Espagne, Brandebourg, Empire et Hollande. Sur le côté, trois plaques de bronze racontent l’Europe se soumettant au roi. En face, de nombreux médaillons étaient suspendus autour de la place.

Nous décidons d’aller voir la Place des Victoires. Nous traversons la cour du Conseil d’État avec les colonnes de Buren rafraîchies qui n’évoquent toujours rien pour moi! La Comédie Française en chantier n’est pas à son avantage. Le Palais Royal hivernal est vide, un peu triste. Pensée pour Colette. Les rues Vivienne, de Valois autour de la Banque de France sont vides le dimanche. La Place des Victoire, arrondie offre un écrin à la statue équestre du roi Louis XIV par Desjardin qui a disparu à la Révolution, remplacée par une autre, fondue encore, celle qui est là est donc la troisième!Sur le socle les plaques de bronze sont là. Les médaillons ont perdu leurs colonnes et supports.

Je n’étais jamais venue là. Il a fallu une étudiante chinoise pour piquer ma curiosité!

 

Pour seul Cortège – Gaudé

Alexandre : Puget au Louvre

Nous suivons le cortège funéraire d’Alexandre le Grand avec les pleureuses.

Alexandre le Grand d’Angelopoulos

Alexandre est un personnage que je croise souvent: au Louvre, à Naples, à Siwa et à Perpérikon, en Bulgarie où les oracles lui ont prédit la gloire, même dans une exposition sur l’Afghanistan au Musée Guimet même dans le film de l’Homme qui voulait être roi…ou l’Alexandre le Grand d’Angelopoulos.Plusieurs versions de la Légende d’Alexandre ont traversé les siècles. J’ai bien aimé celle de Lacarrière.

Gaudé livre sa version poétique du mythe. Chant funèbre en prose, lente épopée au rythme du pas des caravanes dans la première partie, de Dryptéis, la princesse perse mariée à Hephaistion, compagnon d’Alexandre, de Nemrou sa servante et de la vieille Sisygambis, la vieille pythie, diseuse de mort, tapie dans les ruines de Persépolis. Au galop effréné du cavalier sans tête Ericléops qui a dépassé l’Indus où Alexandre avait arrêté sa conquête et qui a atteint les rives du Gange, Ericléops qui rapporte le message du roi indien, son défi qui ranimera Alexandre et le ramènera à la vie.

Au palais de Babylone où agonise Alexandre, on sent se nouer les intrigues, les rivalités entre les femmes et les compagnons qui se disputerons la succession de l’empire. Alexandre meut au mitan du livre.

La deuxième partie raconte l’étrange errance de la dépouille d’Alexandre. Qui détiendra son corps, détiendra le pouvoir. Au rythme des centaines de pleureuses vers la Macédoine, puis traversant le Nil, enfin vers l’Orient. Au delà de la mort, la voix d’Alexandre commande encore. Il ne sait pas mourir avait dit la pythie. Il ne connaît ni le repos, ni la fin de ses conquêtes.

Affranchi de la « vérité » historique, Gaudé imagine cet étrange entre-deux, entre terre et enfer. Déjà dans la Mort du Roi Tsongor on devinait cette fascination, Dans la Porte des Enfers, elle était explicite. Alexandre dont on ne connaît pas la sépulture , cénotaphe vide en Alexandrie, introuvable correspondait tout à fait à cet univers.

Kerity- Le Guilvinec-Lesconil- Haliotika

CARNET DE LA FORET FOUESNANT

 

le phare du Guilvinec et le port de pêche


Topo-guide GR34 Côte de Cornouailles p.51-53 Kerity /Guilvinec 5km 1h15 – Lechiagat/ Lesconil 4km-1h

La pluie a mouillé le pare-brise de la voiture de Quimper à Pont-L’Abbé; quand nous arrivons sur le quai de Kerity, le soleil est resplendissant. La mer est haute mais il reste du sable une bande de sable mouillé pour marcher près de l’eau. Le vent d’Ouest me pousse. Des rochers émergent de l’eau arrondis. Pas d’algues vertes mais une quantité de goémon. Marchant, je considère toue cette matière organique inutilisée. Je pense aux goémoniers que Gauguin côtoyait. On ramassait alors les algues qu’on brûlait dans des fours ; mais maintenant. A part l’engrais des potagers, personne ne vient les ramasser ? Erreur une pelleteuse travaille sur la plage, repoussant un grand tas vers la dune, pour protéger celle-ci de l’érosion ? Je n’ose pas déranger le conducteur d’engin pour lui poser la question.

A l’entrée du Guilvinec, je monte sur la dune. Ici le  moyen de protéger la dune est  agréable : au lieu des barrières de bois interdisant le piétinement on a installé un cheminement de planches avec des terrasses portant des bancs, des panneaux explicatifs sur la flore de la dune grise, la dune fixée, végétalisée par les oyats, les mousses et les lichens et la dune blanche, la dune mobile. Une nouvelle plante est signalée l’Armérie maritime dont je connais bien les petits pompons rose-mauves. D’ailleurs il en reste quelques unes en fleur.

;le port du Guilvinec vu de Lechiagat

Le Guilvinec est une ville active autour d’un port de pêche important. C’est même le 3ème port français après Boulogne et Lorient. Le nom des rues témoigne de la conscience ouvrière : Danielle Casanova, Gabriel Péri, Jules Guesde ou Gui Môquet  comme à Vitry ou à Ivry. Les installations portuaires, les entrepôts, la Criée moderne, les camions frigorifiques occupent le front de mer. Le centre ville est très sympathique, des crêperies pour les touristes mais aussi de sympathiques librairie « A l’Ancre sympathique » . Après la déception à Concarneau j’apprécie d’autant plus Le Guilvinec. En face du Guilvinec, Lechiagat fait face aux entrepôts du grand port de pêche. Ici aussi il y a des explications. Je suis surprise d’apprendre que les installations portuaires sont relativement récentes et que dans les années 1950 il n’y avait pas encore de quais, et que cent ans auparavant seulement quelques dizaines de familles pêchaient là.

Une longue plage de sable blanc sépare Lechiagat de Lesconil. Le Gr se trouve entre dune et marais. On peut observer des zones humides et même deux menhirs mouillés. Je commence la promenade sur le sommet de la dune en plein vent mais rapidement descends sur la plage. Le vent me cingle, soulevant goémon séché et les grains de sable. Une grosse pluie s’abat. L’averse est d’ailleurs de courte durée et n’empêche pas le soleil d’éclairer. A la fin de la plage de beaux rochers de granite annoncent Lesconil.

Nous déjeunons au dessus des rochers d’un magnifique tourteau acheté chez le poissonnier de Kérity – pique-nique de luxe. Plaisir de décortiquer les pattes, pinces et carapace. Malheureusement le vent forcit, le soleil se cache et il fait si froid qu’on termine notre crabe dans la voiture. Pour terminer du far délicieux.

Haliotika

Comme le temps est vraiment gris, nous décidons de visiter Haliotika, le Centre de la Pêche : un musée installé au dessus de la Criée expliquant les techniques de pêche, la vie des pêcheurs, et offrant aussi des animations tels que cours de cuisine des poissons ou des algues, jeux pour les enfants, sorties en mer ou visite de la Criée.

La scénographie est vraiment très intelligente. On s’attache à la vie de deux pêcheurs l’un de la pêche côtière, l’autre hauturière. La parole est donnée à leurs femmes qui racontent leur quotidien, leurs problèmes, leurs joies. Un emploi en mer induit cinq autres à terre. Le Guilvinec compte 101 navires et 415 marins. Tous les murs sont couverts de photos, d’affiches mais il y a aussi des vidéos pour mieux comprendre. La cabine de pilotage est reconstituée on peut s’assoir devant un  magnifique coucher de soleil entouré de nombreux écrans : sonars pour détecter les bancs de poissons, radars, GPS pour la position, pilotage automatique, radio pour communiquer avec les autres bateaux… l’électronique a fait une véritable révolution de la pêche il y a quelques décennies. On montre aussi un chalut avec des aux poissons. J’apprends que Langoustines, baudroie, raies se pêchent au chalut, les poissons pélagiques : sardines, maquereaux, anchois sont les proies de la bolinche (grosse poche) tandis que la palangre comportant des milliers de hameçons est pour le lieu jaune, le bar ou la dorade. Ne pas oublier les casiers des crustacés et les filets-maillants ainsi que les lignes pour les thons.

Haliotika

Un audiovisuel d’une vingtaine de minutes raconte la vie de pêcheurs de langoustines de Lesconil. Nous comprenons comment fonctionne le chalut et assistons à la vie à bord, au tri des proies, a genoux dans l’eau.

Une autre partie de l’exposition  raconte comment la pêche s’est développée au Guilvinec. On donne la parole à un ancien pêcheur qui a été témoin de toutes les modernisations, l’arrivée des chaluts, l’emploi de la glace à bord, l’électricité qui a permis de travailler la nuit, et enfin celle de l’électronique du pilotage automatique au repérage des bancs de poissons. Ce vieux pêcheur parle aussi de la crise. Il relativise la disparition de certains poissons, au cours de sa vie il a été témoin d’autres crises.

la criée vue par le hublot d’Haliotika

Déception ! Nous attendions avec impatience que la criée commence. Vraie criée et non pas exposition pour touristes. Si nous avons choisi cette visite à cause de la pluie, les pêcheurs eux, pour la même raison, ne sont pas sortis par gros temps. Pas de bateaux, pas de criée.

les goélands dans les filets

Avant de rentrer nous faisons un tour sur les quais et nous amusons aux facéties des goélands. Un bateau est rentré avec des poissons encore pris dans les chaluts enroulés. Les goélands ont vite repéré les petits poissons invisibles pour nous. Bizarrement ils ne touchent  pas à un petit requin dont la tête sort du filet.

Pont Aven

CARNET DE LA FORET FOUESNANT

Par un temps magnifique, nous retournons à Pont Aven visiter la ville juste entrevue la première fois.

Mardi,  jour de marché sur la place autour de la statue de Gauguin. Petit marché, quelques maraîchers, l’un bio. Jackie l’andouille, qui vend toutes sortes de produits bretons de l’andouille au kouing-aman, en passant par un rôti de porc qui cuit sous nos yeux à la broche.

Le musée de Pont Aven est fermé pour restauration et n’ouvrira ses portes qu’en 2014. Les amateurs de peintures peuvent visiter les galeries très nombreuses d’intérêt assez inégal. Hors saison, presque toutes sont fermées. Je regarde à travers les carreaux sans trouver de peinture qui me parle un peu.

Pas de peinture, mais tout de même un photographe très intéressant : Philip Plissson, qui se présente comme « peintre de la marine ». J’entre dans la galerie et découvre différentes séries de photos imprimées souvent sur toile, des grands formats, des diptyques ou triptyques, des piles de beaux livres. La toile fait illusion. On croirait des tableaux. L’un d’eux représente une coque rouillée de bateau et on croirait sentir la matière. D’autres sont très clairs, comme épurés, le fond est blanc, l’arrière plan presque invisible au premier plan se détachent des sujets très colorés : voiles des bateaux, pêcheurs à pieds. Je m’approche, intriguée, cherchant à deviner le procédé. A l’exposition de Titouan Lamazou, j’avais remarqué des ajouts de gouache sur des photos grands formats. Chez Plisson c’est moins explicite ; heureusement la galerie est tenue par une dame très aimable qui confirme : ce ne sont que des photos. Ce qui parait repeint est en réalité un travail numérique : la pixographie dont Plisson a le label.

L’Office de tourisme propose 3 promenades par les rues de Pont Aven. Il suffit de flâner un peu pour découvrir des panneaux explicatifs.

gauguin et son Christ jaune

Sur la place, devant l’Hôtel des Ajoncs, on raconte que Gauguin y a séjourné en 1886 assez longtemps pour guérir sa jambe cassée à Concarneau lors d’une rixe avec des marin.

 

 

Les moulins de Pont Aven (à l’arrière, les galettes)

Nous commençons par la promenade des Moulins, promenade Xavier Grall (journaliste et poète), l’aven en amont des moulins( transformés maintenant en restaurants) rugit comme un  torrent de montagne, de l’autre côté de la place l’Aven est plus large, moins tumultueux. Un panneau signale la petite crique face au port, peinte par Gauguin , encore impressionniste en 1888.

De l’autre côté du pont, se trouve le Moulin du grand Poulguin et des galeries et ateliers d’artistes innombrable.

Une boulangerie à l’origine des galette de Pont Aven, signale qu’Isidore Penven déjà en 1890 les mit au point et que la marque « galette de Pont Aven » ou « Trao Mad » fut déposée en 1920. Maintenant elles sont fabriquée dans les environs mais industriellement.

En face de la Poste, cachée entre une porte de garage en PVC et le trottoir se trouve une mignonne fontaine avec sa vasque couverte de lentilles d’eau. Un peu plus loin je tourne dans la rue Philippe Job entre des murs de moellons habillés de fleurettes ressemblant à des pâquerettes dans un feuillage très léger presque mousseux. Comme une dame riveraine ferme son portail, je lui demande comment elles s’appellent « parce que vous voulez en planter chez vous ? « s’enquiert-elle ? –«  non seulement pour savoir » elle reprend : « ne mettez jamais cela chez vous, vous ne pourrez plus vous en débarrasser ! »

la chapelle de Tremalo

En haut d’un bon kilomètre de montée, en dehors de la ville, au dessus du Bois d’Amour, se trouve la petite chapelle de Trémalo entre deux énormes massifs d’hortensias. Murs bas, toit à deux pans arrivant presque à terre, court clocher. Le décor de granite est mangé par l’érosion. Un ange se reconnait de loin, mais pas de près. A l’intérieur la nef parait très vaste, avec ses trois travées sur des colonnes rondes basses soutenant des arcades. Les poutres sont bizarrement ornées des gueules dentues de sortes de dragons fantastiques. Une curieuse frise de macarons naïfs portant des têtes grimaçantes, l’un d’eux a le cul par dessus tête, au dessus du porche les figures humaines cèdent la place à un bestiaire amusant, un chien plus petit que l’os qu’il a dans la gueule et des animaux bizarres.

le Christ jaune que Gauguin a peint.

Le Christ jaune, en bois, peint par Gauguin est suspendu face à l’entrée latérale. Il est vraiment jaune. Paul Gauguin ne l’a pas peint dans l’église.  Il l’a emporté dans la campagne et l’a peint à l’automne si on se réfère aux arbres roux du paysage. Les femmes étaient probablement venues à un pardon.

De Pont Aven, nous allons à Riec/Belon puis à Moelan-sur –Mer pour trouver une promenade près de l’eau. Le topo-guide est insuffisant pour nous deux et nous n’avons  pas de carte de ce secteur. Un peu au hasard, nous arrivons à Brigneau, à l’entrée de l’estuaire du Belon. Joli petit port. Des bateaux se balancent sur une eau vert émeraude lisse comme un miroir. (après la mer en tempête de ces derniers jours c’est surprenant). Le GR34 part de là pour rejoindre Merrien, mais c’est loin et il est déjà 12h. Je monte au sommet de la falaise, découvre une ancienne conserverie, une digue, et renonce, faute de carte.

Nous reprenons la voiture en direction de Kerfany où il y a des plages de sables propice à un pique-nique. Nous laissons madame GPS nous guider. Kerfany est une toute petite station balnéaire, avec une petite plage. C’est au dessus dans une sorte de jardin public « jardin du souvenir » (la Résistance) que nous terminons le crabe d’hier assises sur des bancs de granite sur une herbe bien tondue face à l’Atlantique.

Petite promenade en balcon sur les GR34 jusqu’à la plage suivante de Trévez. Promenade sauvage bordée d’épineux, ajoncs défleuris, et épines complètement défeuillées.