Voyage d’un européen à travers le XXème siècle – Geert Mak

LIRE POUR L’EUROPE

Emprunté à la bibliothèque, à la suite d’un billet passionnant de Dominique, ce gros livre (1057pages avec les notes) m’a tenu compagnie pendant deux semaines et je vais le rendre à regrets.

Le plan de l’ouvrage est symbolique : en 1999, Geert Mak, journaliste néerlandais, entreprend un voyage de 12 mois qui le conduit dans sur les lieux-mêmes où se déroule l’Histoire. Le sommaire, sous forme de calendrier, résume  le XXème siècle

JANVIER – 1900-1914 : Amsterdam – Paris – Londres – Berlin – Vienne

FÉVRIER – 1914-1918   Vienne- Ypres – Cassel- Verdun – Versailles

MARS – 1917-1924    Stockholm – Helsinki – Petrograd – Riga

AVRIL – 1918-1938   Berlin – Bielefeld – Munich – Vienne

MAI 1922-1939    Predappio – Lamanère – Barcelone Guernica – Munich

JUIN 1939-1941   Fermont – Dunkerque – Chartwell – Brasted – Londres

JUILLET  1940-1944 Berlin – Himmlerstadt – Auschwitz – Varsovie – Leningrad -Moscou

AOUT 1942-1944 Stalingrad – Odessa -Istanbul- Céphalonie- Cassino – Rome-Vichy-Saint Blimont

SEPTEMBRE 1944- 1956  Bénouville – Oosterbeek – Dresde – Berlin – Nuremberg- Prage-Budapest

OCTOBRE 1956-1980 Bruxelles – Amsterdam – Berlin – Paris -Londes – Lisbonne -Dublin

NOVEMBRE 1980- 1989 Berlin – Niesky – Moscou – Tchernobyl

DECEMBRE 1989-1999 Bucarest – Novi Sad – Srebrenica – Sarajevo

Le voyage est réel. L’auteur confronte les villes visitées en 1999 avec les lieux où se sont déroulés les épisodes les plus marquant du siècle. Il cherche des traces qu’il trouve (des hôtels, la villa sur le bord du Wannsee où s’est dessinée la solution finale) ou qu’il ne trouve pas ( les restes du ghetto de Varsovie, un bout de trottoir) .

Surtout il rencontre les acteurs de l’histoire, interroge leurs descendants, ou cite des écrits, études ou romans. La bibliographie est impressionnante. Il dresse des portraits saisissants de Guillaume II raconté par son petit-fils, Lénine dans le wagon plombé,   Churchill dans son manoir, De Gaulle, Kohl… mais aussi de personnages moins connus en France. Deux Néerlandais, interviennent . Max Kohnstamm, un des acteurs de la Communauté européenne du charbon et de l’Acier, précurseur de l’Europe actuelle, collaborateur de Jean  Monnet, prend la parole à la première personne. Il m’a fallu prendre du recul pour me rendre compte que ce n’était plus Geert Mak le narrateur. Même procédé pour Rudd Lubbers, ancien premier ministre des Pays Bas, lui aussi acteur de l’Union Européenne. La surprise fut moindre, j’étais déjà prévenue. Histoire des Grands Hommes, mais aussi quotidien d’inconnus, dans cette frontière mouvante de la Pologne et de l’Allemagne, à Novi Sad en Serbie… foule de personnages que j’aimerais retenir.

Comme correspondant de guerre, l’auteur excelle. Il raconte les tranchées, Ypres ou Verdun, le blitz sur Londres ou Coventry mais aussi Stalingrad, les bombardements alliés sur Berlin ou Dresde, les bombardements américains sur les ponts serbes, Srebrenica…Les récits de guerres n’ont jamais été mes lectures préférées mais il faut dire que j’ai été scotchée.

Auschwitz se trouve au cœur du livre, pile au milieu. Comme le noyau incompressible du siècle. Il me semble que tout a été raconté pour en arriver là, depuis les premières manifestations viennoises du tout début du siècle, depuis le traité de Versailles, la débâcle des spartakistes et de la République de Weimar, mais aussi les complaisances de la collaboration, des milices, des voisins. Geert Mak raconte, explique, démontre, que la déportation des Juifs n’était pas une fatalité, que la Bulgarie n’a rien cédé, ni le Danemark.

Il faut attendre 660 pages pour retrouver la Libération, l’arrivée des Russes à Berlin.

Je suis impatiente : comment Geert Mak va-t-il raconter mon 20ème siècle, les années 50 et après, ce qui a été pour moi l’actualité? J’ai hâte de confronter mes souvenirs à son analyse. Éclairage néerlandais mais beaucoup de voyages à l’Est : Prague et le procès Rajk, 1956 à Budapest bien sûr. L’Indochine, l’Algérie, c’est loin de l’Europe et la décolonisation est traitée rapidement. Vu de Paris, c’était cela l’actualité! 1968 occupe une place de choix. 68, ce n’est pas que Nanterre ou la Sorbonne! Cohn Bendit est cité 2 fois, quand même! Les années de plomb qui ont suivi en Allemagne et en Italie sont racontées. je retrouve mes souvenirs, avec du recul. Curieusement, l’auteur a zappé deux phénomènes issus de 68   : l’Écologie et le Féminisme. Je ne lui en tiens pas rigueur, le livre est déjà si gros! Mais là aussi je ne m’y retrouve pas. J’espérais aussi plus d' »Europe »(comunauté européenne).

1989,  9 novembre,chute du mur. 1989 année charnière. Le livre est passionnant. L’auteur non emmène en Pologne à Gdansk,  à Prague,  Noël à Bucarest. 89, année de tous les espoirs.

La dernière décennie se termine à Sarajevo après des années de guerres balkaniques. Désillusions? Le pire est à venir, mais ce sera le 21ème siècle.

Despues de Lucia film de Michel Franco

             La bande annonce est explicite, presque trop : on sait exactement ce qu’on va voir.

Et on devine que ce sera pénible , très pénible.

Et pourtant, j’ai voulu voir ce film. Pas pour le Mexique. Et encore, la violence contenue, la drogue, le machisme, est-ce spécialement mexicain? Film sur le deuil. Film sur le harcèlement scolaire. Harcèlement moderne avec  téléphones portables, vidéo, réseaux sociaux.

Comment est-ce possible que les adultes n’aient rien vu? Le père, sonné par son deuil, je le conçois. Mais les enseignants, en classe, en voyage scolaire? Peut être des enfants sont maltraités, harcelés, sous mes yeux sans que je ne remarque rien.

Je n’ai pas envie de faire une analyse critique du film, seulement y voir un avertissement.

 

Acide, Arc en ciel – Erri de Luca

LIRE POUR L’ITALIE

Récit intense, style inimitable d’Erri de Luca (comment la traductrice se débrouille-telle, bravo à Danièle Valin!)

Trois visites à un narrateur solitaire, cultivant sa terre dans les environs de Naples, vie simple des paysans qui se soucient de la brebis qui appelle l’agneau absent, du vieux pin perdu de chenilles, du robinet qui goutte, des poutres qui craquent.

Trois visites d’amis d’enfance, condisciples du lycées, camarades des vacances ensoleillées à Ischia. Trois parcours si différents.

Le premier a tué, s’est exilé, a vécu la vie des maçons, des hommes de peine immigrés en France. Il raconte le travail manuel, la solidarité des travailleurs, d’Afrique ou des Balkans, son assassinat aussi. Non-dit, j’ai imaginé les années de plomb, les Brigades Rouges,  les gauchistes établis, jamais explicité. Après tout il s’agissait peut être de mafia, le récit se déroule à Naples. Le second est un prêtre, un missionnaire en Afrique. Tout aussi physique, il a cultivé un jardin, de retour en Italie, se désole de l’abandon promis à l’œuvre de sa vie. Le troisième est un errant qui se définit comme courtisan, capable de se faire léger quand il est l’hôte d’une maison qui l’abrite, capable de la quitter avant de lasser. Jeune homme séduisant, sachant jongler avec les mots, cultivé. Il a été incarcéré par erreur. Comme chez ses amis, il a su s’adapter à la prison.

143 pages qui contiennent l’essentiel de la vie : enfance, adolescence, maturité et même la fin. Grand art de l’écrivain que de concentrer l’essentiel tout en restant d’une légèreté éblouissante. A l’image de ces plongeurs qui décorent la couverture du livre. Un livre mince, mince et en même temps d’une densité extraordinaire. On sent la présence de la mer, Ischia solaire, la silhouette du Vésuve, le fourmillement de Naples, les marins qui arrivent au port. Le monde entier y est contenu : la terre africaine et même les océans du sud des explorateurs, la mer aussi « La mer n’a pas de tavernes » cette phrase est revenue plusieurs fois dans les paroles de deux hôtes, comme une clé qui ouvrirait un des mystères de l’homme. Mais lequel?

 

 

Merci à Balkania – fin de l’autotour !

CARNET BULGARE

 

Merci à Balkania qui nous a préparé un auto-tour idéal !

Les hébergements ont tous été à la hauteur de nos attentes et parfois bienau de-là.

La gentillesse de nos hôtes a toujours compensé la barrière linguistique. Ils ont fait mentir l’expression  qualifiant la Bulgarie de « pays sans sourire »: le sourire, la gentillesse et la prévenance ont toujours été au rendez-vous.

Le confort et la beauté de certaines maisons d’hôtes nous ont tellement surprises que nous les avons surnommées : » jardin extraordinaire »  à Dragoevo, « le musée » à Geravna, » meilleur petit déjeuner « à Arbanassi…..les villages ont offert des visites passionnantes dans un rayon très raisonnable.

Nous avons suivi à la lettre les suggestions de visites.
Le rythme était tout à fait adapté . Jamais nous n’avons eu l’impression de courir un marathon. A chaque étape, nous avons pu nous arrêter  dans un cadre très agréable pour préparer les visites suivantes, lire la carte, faire le point sur les visites : à la piscine, sur le balcon-musée, dans le merveilleux jardin nous avons passé des heures reposantes. Maisons-musée, monastères, thermalisme, sites archéologiques et j’en oublie, nous ont rempli des vacances instructives, culturelles et variées.

La Bulgarie a su se mettre en scène à son avantage dans la catégorie Tourisme Vert.
Refermant ce carnet bulgare, j’ai pourtant quelques regrets de ne pas en savoir plus sur les réalités du pays. Le Regard Touriste est un regard optimiste : on nous montre ce qui est joli, ce qui va nous plaire. Nous rentrerons sans savoir comment les Bulgares vivent vraiment dans leurs villes, leurs salaires. Qui cultive les immenses champs de maïs? qui possède les vignobles? La mise en valeur de la Renaissance Bulgare était-elle une idée du gouvernement d’avant 1989? la richesse des monastères, permanence ou regain de vigueur? Je n’ai pas non plus retrouvé la Bulgarie cosmopolite de mes lectures.

 

 

 

Monastère de Rila (3) promenade et musée historique

CARNET BULGARE

le monastère dans son écrin vert du Rila

J’ai très bien dormi, entortillée dans les deux épaisses couvertures de laine. L’air est vif à 1150m.La cloche a sonné à 6h. J’ai attendu, bien au chaud 6h30 que le pope se promène en frappant sur la simandre. J’ai juste eu le temps de l’apercevoir de dos- sinistres voiles noirs – la planche dépasse, dessinant avec sa silhouette verticale une croix. J’avais espéré entendre les chants de la Messe. A travers les épais murs, rien ne transpire.

Petit déjeuner à l’hôtel situé derrière le monastère, crêpe au miel et aux noisettes.

Promenade de l’Oratoire Saint Luc

Luc était son neveu qui voulait se ffaire moine. Son père étant venu le chercher pour el retirer du monastère, l’enfant fut mordu par un serpent. Les fresques de la chapelle d’IVAN Rilsky au Monastère racontent cet épisode.

Dans  les prés et  dans une splendide hêtraie, le sentier s’élève d’une petite centaine de mètres. Une très belle fontaine toute simple et moussue se trouve près d’un groupe de maisons, deux chapelles, la chapelle Saint Luc, par hasard je découvre la maison de Néofyte Rilsky construite en 1843. Néofytes Rilsky est un personnage récurrent du voyage. Le chemin pavé conduit ensuite au tombeau d’Ivan Rilsky, fondateur du Monastère

Musée Historique

J’emboîte le pas à un groupe de francophones guidé par un excellent conférencier. A propos de la carte des Terres du Monastère, il explique que le supérieur du Monastère ne règnait pas seulement sur les moines mais aussi sur les paysans des villages voisins. Ces derniers donnaient chaque année le tiers des récoltes mais surtout n’étaient pas libres ni de se marier ni de déménager sans l’autorisation de l’Higoumène. Cette situation perdura au 20ème siècle jusqu’à l’avènement du pouvoir communiste qui fit une loi pour libérer les paysans. Dans des vitrines on voit les firmans des sultans ottomans (un de Soliman le Magnifique) avec un cierge d’apparat dans un tube métallique don d’un sultan.

Le monastère reçu, au cours des siècles de nombreux cadeaux, principalement de Russie : linceuls brodés, icônes recouvertes d’or, manuscrits précieux. Le conférencier en profite pour faire remarquer que els icônes russes sont serties d’or tandis que els grecques le sont d’argent. A côté des encensoirs, et divers objets liturgiques, inévitables dans un tel musée, on voit les portraits de Zahari Zograf, le peintre, de Nikolaki Dospeti, peintre d’icônes et surtout de Neofyte Rilsky – moine à rila – connu surtout comme le premier pédagogue bulgare. Un globe terrestre en cuir avec le dessin des continents, une grammaire montrent l’œuvre pédagogique de ce moine qui fonda les premières écoles laïques du pays.

L’objet le plus curieux est une croix sculptée avec minutie que le moine Rafail mit des décennies à sculpter avec des centaines de personnages. On dit que cette œuvre lui coûta la vue.

J’aurais pu monter au sommet de la Tour Hrilo, le donjon  médiéval où les moines se réfugiaient en cas d’attaque de brigands, des Byzantins, des Albanais, des Turcs….

J’aurais pu aussi visiter le Musée consacré aux fermiers du domaine.

Il était temps de déjeuner pour partir à Sofia en début d’après midi. je fais l’essai de langue servie dans une cassolette nappée de sauce à la crème et de champignons, garnie de tomate cuite, le tout recouvert de fromage jaune fondu.  Excellent. Le patron avait proposé ses truites fraîches. Nous mangerons des truites chez nous !

Nous prenons en stop une famille de l’Oise avec une petite fille blonde bien tranquille. La route de Sofia est bien chargée. Les fous du volant doublent sans prudence : appel de phare en protestation, ce sont les policiers ! Le GPS s’affole dans les quartiers périphériques de Sofia, nous perdons une bonne heure dans les ruelles et chemins de terre avant de trouver la Villa Boyana.

L’accueil du patron est aussi chaleureux qu’à notre premier passage ; Il a gardé la même chambre avec le balcon. Il me laisse imprimer ma carte d’embarquement Air France sur son  ordinateur et résout avec une grande gentillesse tous nos problèmes de voyageuses qui devront prendre l’avion à 6h du matin.

Après l’excellente matinée à Rila, nous nous offrons une après midi de paresseuses : douche, valises et télévision satellite suffisent à nous remettre d’aplomb. Seule inconnue : le GPS saura-t-il nous conduire à l’aéroport à 4h du matin ?

Pour terminer  notre dernier jour bulgare nous allons au beau restaurant bulgare (il y a aussi un Italien très classe) sur la place Boyana. Dernière curiosité gastronomique : une salade de champignons (surtout des ceps) avec du pain aux herbes, à l’ail et au beurre. Le maitre d’hôtel est un peu surpris de me voir commander de l’Ayran et pas du vin ou de la bière.

Monastère de Rila (2) fresques et icones

CARNET BULGARE

Jugement dernier

L’église

Les  fresques de l’extérieur sont très colorées, je ne sais plus où donner de la tête. Un conférencier explique le Jugement Dernier en Français. Il montre les Turcs attrapés par un diable dans la boucle d’un lasso et entraînés vers l’Enfer. D’après ce spécialiste, l’Enfer est difficile à soutenir théologiquement, la foule rejoint donc le Paradis (pas de Purgatoire chez les orthodoxes), l’Enfer reste presque vide à l’exception de Judas assis sur les genoux du diable ; Une touriste remarque que les femmes sont plus nombreuses que les hommes en enfer. On ne voit qu’elles !

prise de Constantinople

Scènes de l’Apocalypse, Chute de Constantinople, ces fresques sont amusantes. Plus anecdotiques que touchantes, décidément le 19ème siècle même avec les meilleurs des peintres comme Zahari Zograf , en matière de peinture religieuse ne me plait guère !

Zahari Zograf a peint l’intérieur de l’église. Nous avions déjà remarqué ses fresques à Trojan. La fumée des cierges a obscurci les couleurs. A la suite du groupe francophone, j’écoute les explications sur les deux chapelles celle de Saint Jean de Rila (fondateur du monastère) et en face consacrée à Saint Nicolas. L’iconostase est très massive, très dorée, très haute.

Diableries?

Nous faisons des allers-retours entre église et cour, glanant des explications des conférenciers dans les langues que j’entends. En début d’après midi, les touristes étaient si nombreux qu’il régnait une agitation gênante. Il a plu, la pluie a fait fuir le monde.

Quand le soleil est revenu, les murs blancs ont pris un nouvel éclat, les décors plus de couleurs. On a refait toutes les photos. Le soir est venu, le calme est revenu dans le monastère.

Galerie des icônes

Une seule grande pièce en rez de chaussée ; les icônes sont surmontées par les portraits des moines, noirs et gris, sinistres. Sur un mur, icônes 18ème siècle de l’ancien monastère dont il ne reste que la tour Rhelno. Sur un autre mur, une série d’icônes 19ème, toutes d’un même artiste Nikolaki Dopeski dont j’ai bien aimé les Trois Hiérarques et la Nativité de la Vierge. Une autre Nativité de la Vierge de 1827 m’a plu : le réalisme, l’expression et le costume des servantes habillées comme des paysannes turques ou bulgares, l’une d’elle dresse le couvert avec de la belle vaisselle d’argent, plateau et aiguières comme dans les maisons-musée.

L’accumulation des peintures tue la fraîcheur du regard. Au lieu d’être émerveillée, je suis assommée. La fin de la soirée se passe oisivement, sans but précis, dans l’immense cloître.

Dîner : soupe aux tripes et pain au restaurant qui enjambe le torrent par un petit pont. C’est une erreur de choisir la table au dessus de l’eau. Il faisait froid .

Monastère de Rila

CARNET BULGARE

monastère de Rila : église

Le village de Rila est animé avec tous les commerçants et restaurants. Cependant, il est très loin du Monastère, une bonne vingtaine de km. La route suit le cours d’un torrent dans une vallée très étroite. Nous découvrons les départs des sentiers balisés dans le Parc de Rila.

15h, nous nous arrêtons sur le parking du Monastère. Voucher à la main, je cours partout à la recherche de la « réception ». Ni la vendeuse de souvenirs, ni les policiers assis sur un  banc à la porte ne peuvent me renseigner. Le petit bureau est coincé dans un  coin, sous un escalier près du Musée. La gardienne du Musée appelle le pope chargé de l’hébergement qui me prend le voucher des mains et réclame « passeport ». Je lui tends ma carte d’identité qu’il scanne. Il me donne la clé du N°214, soulève le cordon qui barre l’escalier et me dit que c’est au premier.

Le Petit Futé parlait de dortoir, Balkania avait prévenu que les installations seraient spartiates. J’ai le plaisir de découvrir une chambre avec deux lits faits (ce n’est pas toujours le cas à l’hôtel), d’épaisses couvertures, une salle d’eau avec un cumulus. La porte s’ouvre sur la galerie à l’arrière de l’église, la fenêtre sur la foret, le torrent s’écoule bruyamment. Encore une fois, l’eau bercera notre sommeil.

un monastère gigantesque!

On nous avait prévenues que le monastère ne fournit que le gîte et pas le couvert et qu’il faudrait réserver dîner et petit déjeuner dans un restaurant 4km plus bas. De la fenêtre de notre chambre, nous voyons les parasols de deux restaurants, cadre agréable et prix raisonnables. On peut aussi acheter des beignets et  des glaces dans des baraques de bois.

Visite du monastère

Rassurées sur ces points matériels, nous pouvons entreprendre la visite du Monastère. Nous ne savons pas où donner de la tête. Le gigantisme frappe tout d’abord le visiteur : une grande église colorée avec 5 grands dômes et beaucoup plus de coupoles grises, deux colonnades en équerre. L’église occupe la majeure partie de la grande cour pavée. Le cloître est formé de plusieurs ailes blanches à 4 étages formant un quadrilatère très bancal. Galeries de bois, escaliers extérieurs, balustres de bois, mais aussi colonnades terrasses couvertes, balcons en avancées..tout cela compose un ensemble compliqué. Une rangée de conifère accompagne un côté, de l’autre une tour carrée, massive, de pierre et brique est la relique du monastère médiéval initial et occupe tout un angle.

D’entrée, le visiteur est abasourdi, désorienté. Aucune symétrie ne vient le rassurer. L’abondance des motifs décoratifs désarçonne : bandes noires et blanches alternent avec un fond blanc, bandes roses imitent la brique, fond rose avec bandes jaunes, arcades soulignées de fines briques roses peintes ou de rayures blanches et noires. Damiers noir et blanc, autres motifs géométriques, frise végétale blanche sur fond noir, fleurettes colorées dans les angles, animaux colorés, paysages orientaux avec cyprès « alla turca »bouquets et blasons, anges avec leurs trompettes….et cela uniquement sur els bâtiments conventuels !

L’église aussi est composite : l’avant est noir et blanc avec de grosses rayures horizontales comme dans certaines églises toscanes, colonnade symétrique. L’arrière est rose arrondi d’une basilique byzantine énorme avec cinq grandes coupoles sur des tambours multicolores qui se détachent tandis que les petits dômes de plomb gris rappellent plutôt les constructions musulmanes.

Pourquoi cet aspect composite ?

Dans la plupart des édifices religieux, l’Histoire explique ces disparités ; On ajoute, on remanie, on modernise. A Rila, seule la grosse tour carrée est antérieure aux bâtiments du 19ème siècle. L’aile neuve où nous logeons est  20ème. Fondé au 10ème siècle  puis déplacé en 1335, le monastère fut rasé par Murad II qui, ensuite, favorisa sa reconstruction. Brûlé en 1833, le monastère fut reconstruit au cours du 19ème siècle.

Pyramides de Stob

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Pyramides de Stob


Stob est un village-tonnelle. Certains villages italiens sont bordés d’arcades, ici, de la même façon une série de piliers porte une galerie de vignes qui débordent tout le long de la rue principale et également dans les rues adjacentes. Les « pyramides de Stob » se trouvent un peu plus loi n sur le rebord de la montagne. Elles sont situées dans le Parc Naturel du Monastère de Rila. Un éco-sentier d’un  peu plus de deux kilomètres conduit au site. C’est une promenade d’un  peu plus d’une heure aménagée avec des panneaux explicatifs, des bancs et des abris.

Je passe d’abord devant l’emplacement de l’ancienne église saint Procope. Située au dessus des maisons de Bucovetz, les Turcs s’étant plaints que les chrétiens pouvaient voir dans leurs cours pendant les liturgies et diverses cérémonies, le gouvernement ottoman ordonna sa destruction. Pour en construire une autre, trois villageois firent le voyage à Tsarigrad (Constantinople) pour demander la permission du sultan qui leur accorda en 1860.

Deux légendes sont attachées aux demoiselles coiffées de Stob. La première raconte qu’une procession de mariage venant de Kobilite fut pétrifiée. Le fiancé prit pour femme une fille de Stob. La coutume alors était que la mariée était  choisie par les parents du garçon. Le jeune couple ne devait pas se connaître et la jeune fille était voilée. Quand la procession arriva de l’autre côté de la montagne la mariée se dévoila et le meilleur ami du fiancé essaya de l’embrasser. Outragés les parents restèrent pétrifiés avec leurs beaux atours et leurs chapeaux.

Une autre légende raconte l’amour impossible d’une jeune fille bulgare et d’un garçon turc. La jeune fille se jeta d’un rocher et ainsi se forma la pyramide appelée la fiancée.

Le sentier est raide vers la fin, à midi il fait très chaud, j’arrive essoufflée sur l’affleurement et découvre de jolies  demoiselles coiffées oranges.

Eglise peinte de Dobarsko et histoire du village

CARNET BULGARE


6h40, le soleil émerge des montagnes de Rila et illumine les sommets du Pirin. La vallée, Bansko et Banya sont noyés sous une brume bleutée. Maïs, haricots et roses sont ragaillardis de la pluie d’hier. Les lignes de crêtes sont nettes. J’ai enfilé pull et chaussettes pour la première fois depuis ce mois de canicule.

8h : hommes et femmes partent au champ une binette sur l’épaule. La campagne est animée. Partout on voit des gens travailler. Une dame cueille des haricots. Un attelage passe. Il doit y avoir un nid de cigogne dans les parages, j’entends les becs claquer.

banitsa

8h30 : Katia a fait une magnifique banitsa très légère avec du filo enroulé en escargot avec de la confiture de figues vertes.  Chacune de nos hôtesses a une recette personnelle pour la banitza, nous n’en avons pas mangé deux identiques.

9h : chacune balaie devant sa porte au village et ramasse le crottin et la bouse avec une pelle et un seau pour le jardin. Ballet des balais des employées municipales. La rue pavée est très en pente, un pauvre cheval glisse dangereusement

La minuscule église peinte de Dobarsko,  est enclose derrière de hauts murs de galets dans un beau jardin. Elle ouvre à 9h30 seulement. Nous entendons le grincement d’une carriole tirée par un âne, ses roues de bois sont cerclées de fer à l’ancienne. L’excellent livre vendu à l’église raconte l’histoire de Dobarsko.

l'églisse ressemble à une simple maison de village

histoire de Dobarsko d’après Boshidar Dimitrov

Lu sur la brochure de commentaire de l’église peinte

Dobarsko(800 à 1000 habitants) abrite l’église peinte Saint Théodore Tiron et Saint Théodore Stralibate, construite et décorée en 1614. Selon la légende locale, le village aurait été fondé en 1014 par les soldats bulgares aveuglés par les Byzantins lors de la bataille de Klyoutch (Petritch). C’ette légende n’a pas de base logique : difficile pour des aveugles de subvenir à leurs besoins dans les conditions  difficiles. Le fait que les saints patrons étaient des saints militaires suggère que le village fondé environ au 9ème siècle avait un statut militaire. En Bulgarie médiévale et en Byzance, les statiotes(paysans soldats) représentaient un tiers de la population/Affranchis d’impôt, ils étaient obligés d’être à la disposition de l’armée pendant els guerres avec leurs propres armes. L’empire ottoman a gardé cette pratique du 15ème au 17ème siècle. Les soldats bulgares stratiotes forment à Sofia deux corps militaires et 30 000 soldats chrétiens. Les soldats de Dobarsko ont probablement gardé leur statut pendant les trois premiers siècles du Joug ottoman. Cela explique pourquoi l’église élevée en 1614 soit dédiée à deux saints militaires.

Sur la façade de l’église, en plus des deux saits patrons se trouvent  les saints cavaliers saint Georges et Saint Dimitar. Selon plusieurs spécialistes, la galerie des Saints militaires est une démonstration de la force et de la puissance militaire des bulgares au sein de l’empire ottoman musulman. Une partie des soldats spahis cavaliers chrétiens étaient de Dobarsko.
Une petite svastika antique iranienne indiquerait les origines Protobulgare des premières familles militaires. Les khans de PLiska avaient l’habitude d’envoyer dans les territoires nouvellemnt conquis des Protobulgares . Dobarsko, à proximité de la nouvelle frontière de Byzance, sur un col important, avait reçu un effectif de soldats Protobulgares. La pierre de la svastika aurait dû se trouver dans un temple païen puis en remploi dans l première église puis dans celle de 1614.

La réalisation des peintures murales au début du 17ème siècle ont été permises parce que les villages militaires  étaient considérablement plus riches que les villages soumis à l’impôt.  Economisant les frais fiscaux en période de paix et partageant le butin pendant les périodes de guerre. En période de paix, ils vendaient les marchandises locales en Europe et en Asie Mineure, leurs convoi étant  moins vulnérables, possédant légalement des armes et sachant s’en servir.

Les habitants de Dobarsko auraient également participé à la bataille de Lépante au côté des Vénitiens.

Selon la règlementation administrative ottomane, l’église ressemble à une construction d’habitation au toit à deux versants. Son plan est cependant à trois nefs.

L’ayant lu et résumé, J’ai bien dans la tête les scènes et visages que je vais chercher : je suis d’abord étonnée par la petitesse des lieux puis me laisse prendre au charme des scènes et par l’inventivité des peintres. Entrée dans Jérusalem : un étrange personnage se cache dans un palmier. Sacrifice d’Abraham : Isaac porte les bûches comme un paysan bulgare ; je en suis pas assez savante pour identifier es saints dont parle la brochure. Avec un peu de patience ce serait possible, c’est écrit dessus, mais en cyrillique !

Une vieille dame descend la route, binette à l’épaule, son fichu grenat laisse deviner de longues tresses grises. Elle nous demande quelque chose avec insistance mais on ne comprend pas quoi. Voulait-elle qu’on l’emmène un peu plus loin sur la route ? Désolée, elle répète « vous ne comprenez pas ! » puis nous fait un sourire et repart.

Nous avons parcouru la route plusieurs fois, nous guettons le berger qui a poussé son troupeau plus loin dans le pré fauché récemment déjà bleui par les chicorées. Nous aimerions une photo de meule pour l’album. La barrière est baissée au passage à niveau : une locomotive rouge tire trois wagons bleus. Le faible écartement des rails ne laissait pas présager des trains de voyageurs. L’éclairage deu matin souligne les cirques glaciaires. Cette érosion permettrait d’expliquer les énormes quantité dde sables et blocs mêlés comme  une moraine.  (A vérifier toutefois).

La route de Sofia est toujours pleine de camions et de bolides qui ne tiennent compte ni des lignes continues ni des limitations de vitesse ni même de la présence de la police pourtant bien signalée par des appels de phares. Une rocade 2×2 voies évite Blagoevgrad et trouvons peu après la route de Rila.

les ours dansants de Belitsa

CARNET BULGARE

Le lever du soleil est somptueux, les sommets du Pirin, sous la lumière rasante montrent leurs arêtes aux contours précis.

Zakuska : Charcuterie, fromages, confiture.

Le Parc des Ours dansant de Belitsa

Le Parc des Ours se trouve à 11km de Belitsa, dans la vallée voisine de celle de Dobarsko. Belitsa est un gros bourg où église et mosquée coexistent. On nous avait prévenues : la piste des ours est très mauvaise. Les 5 premiers kilomètres sont goudronnés. Des attelages partent au travail, des bergers s’appuient sur leur houlette, matinée tranquille en moyenne montagne. Les nids de poule se font plus nombreux que la normale, l’asphalte a été grignoté de côté, formant parfois une marche. A la fin il n’y a plus qu’une mauvaise piste ravinée avec des rochers qui affleurent. Nous sommes motivées. Nous voulons voir les ours ! Après 6km de cette mauvaise piste, nous touchons au but.

Un restaurant, tables sous un abri de bois, moulin à eau miniature, truite au menu est tentant pour ce midi ! Une jeune ranger du parc blonde nous accueille – visite guidée, mais entrée libre, on laisse une donation à la sortie.

Dans le premier enclos est enfermé un jeune ours venant d’un hôtel. A son arrivée, tout l’effrayait même les feuilles des arbres. Il est donc maintenu seul, on espère pouvoir le mettre dans un enclos avec d’autres. Dans  le 2ème enclos, Dobre et Dien, sont vieux – 35ans –  ours danseurs. Leur museau est mutilé. On l’a percé pour placer L’anneau maintenant des chaînes.Aveugles, ils seraient incapables de subvenir à leurs besoins et resteront sans doute dans cet enclos où ils tournent en rond. La « danse », ils l’ont apprise par un cruel apprentissage : oursons, on les faisait marcher sur des plats métalliques brûlants et cette danse était plutôt un réflexe de fuite . D’ailleurs, l’ours entend mal et n’est donc pas sensible à la musique. Tandis que la jeune femme nous explique, un ours nous montre sa danse d’une patte sur l’autre, il se trémousse. Ours autiste. Ce comportement stéréotypé et répétitif rappelle celui des animaux des zoos qui ont une cage trop petite.

Les autres enclos sont beaucoup plus grands, couverts d’une forêt touffue et très pentue. Plusieurs ours,n semi-liberté,  sont libres de se promener ou de  creuser une tanière. Ceux que nous avons aperçus nous regardent et entament eux aussi, la « danse ». Ils sont enfermés derrière une double clôture électrifiée ; les cheminements piétonniers pour les visiteurs sont stabilisés par des rondins de bois formant des marches très raides. La fourrure des animaux est fournie et luisante. Le dépliant du Parc raconte que certains ours ont recommencé à hiberner; ceci indiquerait un retour à une vie naturelle . En bonne santé, peut être, mais névrosés, malheureux, marqués.

J’avais espéré,  qu’un programme de réhabilitation leur aurait permis de retourner à la vie sauvage. Il n’en est pas question, ni de reproduction d’ailleurs. Le « Paradis pour les Ours » annoncé est sans espoir. L’association Four Paws et la Fondation de Brigitte Bardot ne sont pas à blâmer.

Quelle tristesse ! Nous filmons et photographions sans conviction.