Cotonou – Les courses pour l’Ecole Jacquot,

 BÉNIN 2006 : BALLONS DICTIONNAIRES ET BÊTES SAUVAGES

Saison pluvieuse

l'école Jacquot

Pendant la nuit : plusieurs orages et de la pluie.
Le matin,  promenade sous un ciel plombé, les pieds dans l’écume mousseuse. Le petit déjeuner, avec le grand verre de jus de fruit frais et l’omelette aux fines herbes, nous paraît encore meilleur qu’avant notre départ vers le nord.

Les courses

Les courses s’avèrent bien  différentes de ce que j’imaginais. Hier,tous disaient  que nous trouverions les tôles et les fournitures scolaires dans le quartier de l’école. Le taxi emprunte les rues enfumées des pots d’échappement des innombrables motos et camions. Je pensais que la pluie aurait lavé la pollution, il n’en est rien. Elle a un peu rafraîchi l’air mais  a apporté tout un lot de désagréments : boue, et même chaussées inondées. Devant nous, une moto noyée jusqu’à l’essieu doit débarquer son passager au milieu d’une profonde flaque occupant toute la rue.

l'équipe enseignante

Les tôles se trouvent dans des dépôts de matériaux de construction étalés sur le trottoir dans un désordre indescriptible. Premier arrêt : les tôles sont de mauvaise qualité au prix de la bonne. On traverse Cotonou, je reconnais la grande Mosquée carrelée de bleu, l’église rouge et blanche. Finalement on achète dans un troisième endroits deux lots de 20 plaques, pas assez pour tout couvrir mais suffisantes pour une bonne réfection.

Fournitures scolaires

A la Libraire Notre Dame, je laisse les autres chercher le matériel et je m’intéresse à la littérature africaine. On ne trouve ni ardoises ni cahier. Les ardoises sont les nos articles préférés  Une ardoise, c’est fait pour durer ! Mais il faut y renoncer, beaucoup trop cher (1950CFA, la belle ardoise au cadre de bois comme j’avais, petite fille, presque autant celle qui a un bord en plastique fluo). Nous aurions pu nous contenter de toutes simples en plastique rugueux. Le  stock est sous clé. La patronne qui peut le sortir de la réserve ne viendra que tantôt.

La liste de la Directrice comprend des gommes, des crayons de couleur, des cahiers, des règles et des stylos à bille. Chaque article,est compté au moins trois fois. Je compte les boîtes de crayons de couleur par cinq, mais les autres comptent crayons et gommes uns à uns. Le maître vérifie, la vendeuse recompte.

On commence à bouillir d’impatience quand le vendeur manipule un par un les 133 bics cristal. Il est onze heures il faut arriver à l’école avant le départ des enfants! Je prends le relais. La facture  terminée, je passe à la caisse…La caissière vide le carton où tout était rangé et recompte.
les ballons de  la coupe du monde

Il faudrait rapporter des factures!  Ici, c’est dans la rue que se font nombre d’achats.
Thierry négocie.  Le marchandage est un spectacle réjouissant. Au milieu de la chaussée en pleine ville, au feu rouge, on vous propose des objets variés tels qu’un assortiment de couteaux, un chauffe-biberons, un lecteur de DVD un pèse personnes. Pour appâter le client, le vendeur introduit la marchandise par les vitres ouvertes des voitures. Quelque fois, il s’agit de coton-tige ou de mouchoirs en papier.

Plusieurs jeunes se promènent au beau milieu de la circulation avec une grappe de ballons dans un sac. Thierry  propose d’acheter ici les six ballons. D maugrée parce qu’elle n’aura pas de facture.
La négociation s’engage « Six thousand last price ! » Je devine que le vendeur anglophone est nigérian. Toute cette marchandise vendue sur le trottoir vient du Nigeria. Comme le jeune ne veut pas « casser son prix », Thierry avance brusquement la voiture, fait le tour du pâté de maison et continue le marchandage avec un autre nigérian. Le premier rapplique – six ballons d’un seul coup – cela ne doit pas se vendre tous les jours. Thierry le rudoie « j’ai fini avec toi, je discute avec l’autre ». Il avance le taxi. Combien de tours de carrefour ? La vente aura duré une bonne demi heure et les six ballons ont coûté 20 500CFA.

Dominique se prend pour Bernadette Chirac

11h50 ! Les enfants sont encore en classe.

On peut disposer les cadeaux sur une table en bois. Pile de cahiers, tas de crayons, stylos… Cela fait si peu ! Les ballons ont un franc succès.

Sur le perron, elle donne des ordres – Bernadette Chirac ! Les enfants sont ravis surtout quand on collecte les enveloppes pour les correspondants et qu’on les photographie en gros plan. Apothéose lorsqu’elle lance les ballons. Les ballons ont un franc succès

Au mois de mai, nous avons pu envoyer le produit de la vente des programmes de la Fête du collège. C’est Moronikê qui a servi d’intermédiaire. Elle a complété la somme et nous a envoyé la photo de la réception des 12 dictionnaires (initialement prévus) et celle du toit brillant que les parents d’élèves ont monté sur les classes.

Ne voulant pas nous arrêter en si bon chemin, j’ai imaginé un Jumelage entre mon collège et un collège bénéinois, mais c’est une autre histoire….

Sur la lagune

palétuviers

 BENIN 2006 : BALLONS DICTIONNAIRES ET BÊTES SAUVAGES

Derrière le Jardin Helvetia, il suffit de traverser la cocoteraie pour parvenir à la lagune.

Le piroguier s’engage dans la mangrove inaccessible.  Tous les arcs des racines aériennes des palétuviers s’emmêlent – souvenirs de Cuba –. La lagune est enserrée dans un écran vert vernissé. Au dessus, se balance la frange légère des cimes des cocotiers bordant le chemin des Pêches.

De l’autre côté de la lagune, la  campagne est plus peuplée et plus cultivée. Magnifique maison d’un Yovo (un Belge) avec parabole géante, digue privée et cheval. Petit port avec des pirogues sous un bouquet de cocotiers. Des piquets alignés ont été plantés par les pêcheurs, un cormoran s’est posé.
Des silhouettes, à contre jour, avancent dans le soir qui tombe. Des femmes traversent la lagune, habillées, dans l’eau qui leur arrive au-dessus de la taille. Elles portent sur la tête une bassine ou du bois. L’une d’elle nous fait un signe de la main. Son pagne est trempé,  ses seins sont dénudés.

 

reflets

Une pirogue remplie de bois de chauffage est actionnée par une femme arquée sur sa longue perche. Des écoliers, dans une longue barque, rentrent.
Quand le soleil descend sur l’horizon et entre dans les nuages, la surface de l’eau devient métallique. Le calme règne sur cette étendue d’eau entre Cotonou et Ouidah.

C’est notre dernière soirée béninoise. Nous reviendrons. D’ailleurs, nous n’avons pas fini; Il faudra envoyer l’argent gagné à la fête pour les dictionnaires.

 

 

Emaux et Camées – Nostalgies d’obelisque

CHALLENGE ROMANTISME

Thèbes

L’obélisque de Paris

Sur cette place je m’ennuie,
Obélisque dépareillé ;
Neige, givre, bruine et pluie
Glacent mon flanc déjà rouillé ;

Et ma vieille aiguille, rougie
Aux fournaises d’un ciel de feu,
Prend des pâleurs de nostalgie
Dans cet air qui n’est jamais bleu.

Devant les colosses moroses
Et les pylônes de Luxor,
Près de mon frère aux teintes roses,
Que ne suis-je debout encor,

Plongeant dans l’azur immuable,
Mon pyramidion vermeil
Et de mon ombre, sur le sable,
Écrivant les pas du soleil !

Rhamsès, un jour mon bloc superbe,
Où l’éternité s’ébréchait,
Roula fauché comme un brin d’herbe,
Et Paris s’en fit un hochet.

La sentinelle granitique,
Gardienne des énormités,
Se dresse entre un faux temple antique
Et la chambre des députés.

Sur l’échafaud de Louis seize,
Monolithe au sens aboli,
On a mis mon secret, qui pèse
Le poids de cinq mille ans d’oubli.

Les moineaux francs souillent ma tête,
Où s’abattaient dans leur essor
L’ibis rose et le gypaète
Au blanc plumage, aux serres d’or.

La Seine, noir égout des rues,
Fleuve immonde fait de ruisseaux,
Salit mon pied, que dans ses crues
Baisait le Nil, père des eaux,

Le Nil, géant à barbe blanche
Coiffé de lotus et de joncs,
Versant de son urne qui penche
Des crocodiles pour goujons !

Les chars d’or étoiles de nacre
Des grands pharaons d’autrefois
Rasaient mon bloc heurté du fiacre
Emportant le dernier des rois.

Jadis, devant ma pierre antique,
Le pschent au front, les prêtres saints
Promenaient la bari mystique
Aux emblèmes dorés et peints ;

Mais aujourd’hui, pilier profane
Entre deux fontaines campé,
Je vois passer la courtisane
Se renversant dans son coupé.

Je vois, de janvier à décembre,
La procession des bourgeois,
Les Solons qui vont à la chambre,
Et les Arthurs qui vont au bois.

Oh ! dans cent ans quels laids squelettes
Fera ce peuple impie et fou,
Qui se couche sans bandelettes
Dans des cercueils que ferme un clou,

Et n’a pas même d’hypogées
A l’abri des corruptions,
Dortoirs où, par siècles rangées,
Plongent les générations !

Sol sacré des hiéroglyphes
Et des secrets sacerdotaux,
Où les sphinx s’aiguisent les griffes
Sur les angles des piédestaux ;

Où sous le pied sonne la crypte,
Où l’épervier couve son nid,
Je te pleure, ô ma vieille Egypte,
Avec des larmes de granit !

Théophile Gautier

Quand l’automne grisaille, il me vient des envies d’Égypte, de déserts, et comme l’obélisque de la Concorde je me languis des aiguilles de Karnak des allées de sphinx ou de béliers…

Les élections qui se déroulent  nous permettrons peut être de retourner les voir….

Théophile Gautier dans son cadre à Sceaux

CHALLENGE ROMANTISME

Affiche de l'exposition

1811-1872, bicentenaire oblige, le Conseil Général des Hauts de Seine lui consacre une exposition presque « chez lui »( il résidait à Neuilly/Seine).

Sa famille, ses intimes

Occasion d’entrer dans son univers familial, de voir les photos de famille. Certaines Delacroix qui lui a peint une aquarelle singulière, Ingres: Les Tragiques Grecs, Hugo et la bataille d’Hernani, merveilleuse affiche où le portrait de Gautier est entouré de caricatures relatant les épisodes du Romantisme. Une tapisserie (reproduction) montre Théophile Gautier entouré de Dumas, Lamennais, George Sand, Hugo…

Théophile Gautier s’est essayé au dessin, on peut feuilleter (virtuellement) ses croquis. Journaliste, il était critique d’art ; les peintres, en toute amitié, (ou en remerciement) lui ont offert des œuvres de premier plan.

Une belle collection d’autographes, les poèmes Emaux et Camées écrits de sa main, des éditions anciennes complètent la bibliothèque…

affiche du film

A l’étage deux Le Roman de La Momie et le Capitaine Fracasse font l’objet d’une présentation illustrée.

 

 

 

 

 

 

Affiche des films tirés du Capitaine Fracasse.

Le Roman de la Momie a été illustré à nombreuses reprises, j’ai beaucoup aimé l’édition Art Déco  de Barbier (1929), les gravures du voyage en Égypte à l’occasion de l’ouverture du canal de Suez, effectué bien après la parution du livre et finalement un film muet de Capellani (1911), étonnant, colorisé au pastel (d’époque?).

 

 

C’est donc une exposition sympathique dans un cadre très agréable : sous le beau soleil d’hiver les jets d’eau du Parc de Sceaux se déployaient.

(jusqu’au 9 janvier 2012)

Il était une fois en Anatolie

TOILES NOMADES

 

Un convoi s’immobilise dans la nuit. Les phares éclairent une fontaine. Des policiers, le procureur, un médecin, leurs chauffeurs et deux suspects cherchent un cadavre. Ce n’est pas là. Il y avait un arbre en boule, un champ labouré, seules indications que livre le meurtrier mutique et menotté.

Le convoi repart dans la nuit sur une route sinueuse. Deuxième fontaine, où est l’arbre en boule?  Le suspect ne sait plus: « j’avais bu »…

Le cinéaste prend son temps pour filmer la nuit. Images fantastiques. Une pomme dégringolée du pommier  roule se laisse porter au fil d’un ruisseau, interminablement. Belle image de la reinette  rouge dans le fond noir et or.

Fatigue, promiscuité dans les voitures. L’enquête n’avance pas mais les hommes se rapprochent. Aux paroles anodines, ragots, yaourts..succèdent les confidences.  Le policier qui a un enfant malade, sollicite une ordonnance au médecin. Le procureur raconte l’anecdote étrange de la femme qui avait prévu sa mort cinq mois à l’avance…

Fatigue, énervement du policier impuissant qui,  à bout, frappe le témoin. Le procureur décide une pause chez le maire du village le plus proche. Occasion de visiter un village perdu, de connaitre l’hospitalité traditionnelle.

Panne d’électricité : un mirage? La jeune fille du maire apporte une lampe et le thé. Cette vision est presque miraculeuse. Le meurtrier fond en larme, il croit voir vivant la victime. Il sort de son  mutisme. Procureur et médecin reviennent sur la mort étrange de la femme sublime.

Quand le jour se lève le mystère sera levé. Le film prendra un tour diurne et citadin. On découvrira une Turquie moderne avec ordinateur portable, mais hôpital démuni.

Est-ce ainsi que les hommes vivent?

Chacun recèle une part de mystère, le cinéaste se garde de juger. L’humour désarme les scènes trop crues.

Créteil/ Belz

Vendredi 22 Octobre 2010 : Voyage Créteil/Belz

Ria d'Etel : Pont Lorois

Les grévistes de la raffinerie de Grandpuits ont été réquisitionnés. Les images de l’affrontement des forces de l’ordre et des syndicalistes dans la nuit, ont une dimension théâtrale. L’un d’eux provoque les policiers

–           «vous êtes des hommes, vous faites votre travail, mais au moins  baissez les yeux ! »

C’est impressionnant.

Nous voulons partir en Bretagne, j’ai fait le plein dimanche et depuis nous n’avons pas pris la voiture. Nous avons fait le pari que nous trouverions du carburant sur la route. Un peu d’inquiétude et un zest de mauvaise conscience.  Au Mans, on complète le réservoir, 1€45/L cher ! Mais nous arriverons !

Sous un soleil voilé, nous contournons Vannes et Auray sur des rocades et ne quittons les routes à quatre voies qu’à Belz, notre village. Aux abords du Pont Lorois qui franchit la ria d’Etel, nous trouvons la route de Larmor, notre hameau de Kericune.

Notre gîte de Kericune - Belz

Quelle bonne surprise ! Le gite est ravissant ! Une petite maison de granite aux portes et fenêtre bleues, aux rideaux de dentelle  blanche aux pointes  qui habillent les ouvertures plutôt qu’elles ne cachent l’intérieur.  Dans la grande salle, une longue table avec des bancs, fait face à la grande cheminée de granite, installée en hauteur sur une marche en avancée, de beaux chenets, à la hotte de belles dalles de granite, elle a beaucoup d’allure. Un canapé rouge aux épais coussins et un fauteuil assorti. Des poutres apparentes, notre gite a du cachet !

La cuisine est vaste et fonctionnelle. Les chambres, modernes, pratiques sans chichis.

Ria d'Etel - prunelles

A peine installées, nous partons découvrir les environs. Au bout de notre route de Larmor, la ria ! Un vendeur de coquillages vend des huitres, des moules, des tourteaux. Nous achetons des moules tout juste sorties de l’eau.

Le sentier côtier longe la ria se faufile entre des buissons bien taillés, des maisons  au bord de l’eau. Des barques se balancent, une bizarre barge plate blanche  au nom de Michigan. Sur la rive d’en face les maisons bretonnes au toit d’ardoise, crépies de blanc ou aux façades de granite sont tapies dans une anse. Les rives sont échancrées, simple creux ou ruisseau qui se jette dans la ria ? Les bruyères roses sont encore fraîches. Les prunelles bleues sont grosses comme des prunes. Les épines,  couvertes de petites baies rouges.

Ria d’Etel : Saint Cado


Quelle belle journée pour longer les bords de la ria !

Le  circuit  en bord de la ria va vers  le Pont Lorois. La marée est basse, nombreux oiseaux arpentent la vase : des goélands, bien sûr, des aigrettes mais voici les ibis, au bec courbé et à la tête noire mais au corps blanc. Je n’ai jamais vu d’ibis en France, des blancs en Égypte, des noirs au Maroc mais ceux là sont  étranges. Mes amies bretonnes m’en avaient parlé, selon elles, les ibis proviennent d’un zoo et s’attaquent aux nids des sternes.

Le sentier court ici aussi entre des haies qui embaument d’éléanus, de buis ou de tamaris. Les éléanus  en fleur  sentent très fort.

Après le pont, le sentier se perd dans le village et les marques sont peintes sur les poteaux dans des rues des maisons. Celui qui cherche les rivages sauvages doit passer son chemin et choisir un autre tronçon du GR34. Je marche donc entre les jardins et les maisons blanches coiffées d’ardoises crépies de blancs. Cette rive de la ria est vraiment très construite. Au détour de la route, je retrouve le miroir de l’eau et se mirant dedans une maison carrée rose perchée sur un îlot rocheux.

Fontaine à Saint Cado

Un peu plus loin l’îlot Saint Cado relié à la côte par une digue. De belles maisons se reflètent, des barques colorées, et la petite flèche de la chapelle perchée dans la végétation. La lumière est parfaite, pas un nuage, l’eau lisse opaline…Promenade dans l’île tranquille, on découvre le calvaire perché sur un escalier devant une rangée de maisons blanches aux volets bleus. En face la chapelle toute simple de saint Cado. A l’intérieur le plafond de bois est peint en bleu tandis que les murs chaulés citent les paroles du saint. Des vitraux colorés modernes simples,  quelques statues de bois peint… Derrière l’église on découvre une fontaine curieusement abritée par un petit pignon ondulant coiffé d’une croix celtique.

Pique-nique de luxe : des langoustines achetées vivantes hier à Quiberon. J’ai bien réussi la cuisson en suivant les recommandations du poissonnier : jeter les crustacés dans l’eau bouillante et éteindre dès que l’ébullition a repris. Elles sont parfaites ! Pour dessert un palmier au framboises au beurre, bien croustillant, délicieux.

Saint Cado

Le sentier part de Saint Cado sur une sorte de digue, bien entretenu puis continue à nouveau dans les maisons : je découvre un dolmen, petite allée couverte. Le sentier s’engage enfin  sous de beaux chênes près de l’eau de la pointe du Perche jusqu’à Kercadoret. Le GR retourne vers la campagne et les petites pointes sont très construites.

Nous terminons la journée dans le petit hameau de Kernour qui a une fontaine curieuse ressemblant à un puits, la margelle abritée sous une barre de granite portant de curieuses sculptures comme cloutées.

 

Marché à Quiberon – Plage d’Erdeven

Les copines bretonnes ont chaudement recommandé le marché de Quiberon, le samedi..

Le marché de Quiberon s’avère un peu décevant. Seulement deux poissonniers et rien d’extraordinaire sur les étals aujourd’hui. Si, quand même de belles langoustines vivantes!  On prendra les petites(12€ le kg les grosses,18€)  et deux petits maquereaux bien frais. Les maraîchers ont des produits très variés, nombreux choux, verts, rouges, romanesco, fleur, brocolis des poireaux, potirons, mais aussi encore melons, fenouils et tomates de la région! Il y a encore peu de temps c’était l’été !

On a fait beaucoup de route (et consommé notre précieuse essence). La station de Quiberon regorge de commerces de luxe, de belles villas en bord de plage mais elle n’a rien  de pittoresque, balnéaire jusqu’au bout de sa digue…

la Barre d'Etel

promenade à la barre d’Etel

Le sable est assez grossier, je m’enfonce sur l’estran très en pente. A marée haute, je n’ose pas m’approcher de l’eau. La mer est verte et roule de des vagues hautes et écumantes. La marche est malaisée j’avais compté 3 ou 4 km et je mets beaucoup plus que les 45 minutes prévues.

Gavrinis

 CARNET DU MORBIHAN

le cairn de Gavrinis


Temps ensoleillé, gelées blanches, à 10h la terre fume. Une bonne demi-heure de queue à la pompe, pour compléter de dix litres le réservoir de la voiture, la pénurie semble s’installer.

Après Auray, sur la route de Baden, belles échappées : le petit port du Bono, un château qui a un air écossais, un golf.

Je trouve le GR à Locmicquel derrière une jolie chapelle. Le sentier, de la plage, monte sur une pointe boisée de pins et de thuyas géants. De belles maisons sont cachées sous les arbres. Je découvre de jolies petites criques avec du sable jaune avant d’arriver à Larmor Baden d’où part le bateau pour Gavrinis. Notre bateau part à 14h30, je poursuis donc le GR vers Port Blanc malheureusement Larmor Baden est très construit: le chemin est bien goudronné, de plus les maisons plus modestes que le long du rivage, n’offrent aucun intérêt. Un lavoir et une jolie fontaine sont inclus dans un lotissement, dommage pour la poésie ! Puis on contourne un marais mais je dois rebrousser chemin.

Pique-nique à côté du Ter sur une plage déserte à marée basse à côté d’un établissement ostréicole fermé. On ramasse des coquilles géantes.

Gavrinis

Un petit bateau nous emmène en quinze minutes sur l’île de la Chèvre où se trouve le cairn. Dans le bateau, on nous a commenté le paysage, montré Belle Ile à l’horizon, la passe de 250m seulement qui ouvre le Golfe du Morbihan sur l’Océan.

La guide nous fait d’abord un topo sur les hommes qui l’ont construit, les hommes du Néolithique, Homo sapiens comme nous, sédentaires, ils cultivaient déjà le blé, pêchaient à la nasse ou au hameçon, chassaient dans les bois de chêne, faisaient des poteries décorées, cousaient des vêtements de laine ou de chanvre… seuls manquaient les métaux.

Le climat était doux  preuves par la palynologie, chênes- noisetiers- bouleaux.

Le plus différent d’aujourd’hui c’est la géographie : il y a 5000 ans, le golfe du Morbihan n’existait pas, l’estuaire de la rivière d’Auray était encaissé dans une région de collines. Gavrinis n’était pas une île : le cairn coiffait une colline. Pendant la dernière glaciation la ligne de rivage était à une centaine de km plus loin soixante kilomètres derrière Belle-Ile.

allée gravée

J’apprends aussi la définition d’un cairn : dolmen ou allée couverte recouvert d’un énorme tas de pierres sèches. La différence entre un cairn et un tumulus : un cairn est ouvert vers l’extérieur alors qu’un tumulus renfermant une sépulture est fermé définitivement. Les trésors sont retrouvés davantage dans les tumulus alors qu’il semble qu’un cairn soit utilisé successivement. Dans le milieu acide du Morbihan on n’a pas retrouvé de squelettes, ils ne se conservent pas plus d’un siècle. Les données archéologiques sont extrapolées d’autres tombes étudiées en milieu calcaire où les os se conservent. On sait donc que les corps n’étaient pas enterrés mais posés sur la dalle funéraire pour être ensuite remplacés par  d’autres plus tard.

gravures

L’entrée du cairn est à la base d’une « pyramide à degré » un peu comme Saqqarah, d’ailleurs elles sont presque contemporaines, bien sûr toutes proportions gardées. Mais l’émerveillement ce seront les gravures qui décorent les dalles de l’allée et de la chambre funéraire. On s’habitue d’abord à l’obscurité dans l’allée de 14m, c’est dans la chambre que la guide allumera les lampes-torches pour nous montrer les dalles décorées. Pas un endroit qui ne soit laissé inoccupé. Des sortes de labyrinthes, des cercles concentriques, des spirales, des serpents, des haches… Rien d’explicable, la seule jouissance de l’œuvre d’art, les hypothèses des archéologues qui ne restent qu’hypothèse, aucune certitude. La guide insiste sur l’une d’elles : Gavrinis serait trop beau pour être une tombe cachée, les gravures seraient faites pour l’amour de l’art….peut être ?

Un quart d’heure pour tourner autour du cairn, recouvert de terre et de végétation à l’arrière par le temps, de relire les panneaux explicatifs. Revoir cette incroyable histoire du réemploi du menhir brisé de Locmariaquer de la table des marchands. Récemment les archéologues ont eu la surprise de voir que les cassures et les gravures coïncidaient. Les hommes du néolithiques ont réutilisé une partie du menhir pour faire la dalle qui sert de plafond à la chambre funéraire.

De cette découverte découle une nouvelle question : celle du transport, et encore une autre de ma part sur cette succession de civilisations. Les hommes qui ont érigé des menhirs géants n’étaient donc pas les mêmes. Et même ceux des cairns n’avaient aucun scrupule à utiliser un menhir comme pierre à bâtir !

La Trinité- saint Philibert – sentier côtier

CARNET DU MORBIHAN

Pointe de Kerbihan

De Carnac à la Trinité

Passé Carnac, le GR traverse une grande variété de paysages : d’abord le marais de Kerdudal, puis une digue percée d’un chenal passe l’Anse de Kerdudal. Le sentier se confond avec la piste cyclable et disparait au niveau de la dune protégée par des palissades de bois patiné qui interdisent de quitter les cheminements. Ces derniers sont labyrinthiques si bien que  pour m’orienter je descends sur la plage de Kervillien.

Le paysage devient rocheux, sauvage, le ciel nuageux dans le vent donne un aspect dramatique. A la pointe de Kerbihan un bois de magnifiques résineux, pins et thuyas abrite un petit parking.

La Trinité : sentier des douaniers

Le sentier des douaniers en corniche est  bien entretenu jusqu’à  la Trinité. De très belles maisons sont cachées dans les jardins. Spécialité de la Trinité : les bruyères sèches réunies serrées en une palissade fine protégeant l’intimité du regard des promeneurs (et peut être du vent marin). Dans les jardins, des camélias de taille respectables, des magnolias, bruyères et callunes, tout le cortège des plantes de terre de bruyère. Les éléanus taillés embaument avec leurs petites clochettes beiges discrètes. On a aménagé des tables de pique-nique sans oublier la poubelle. Comme en ville, des sacs pour déjections canines sont proposés à intervalles réguliers. Ce sentier des douaniers est décidément très urbain. Les dames qui le fréquentent ont des brushings récents et des chaussures élégantes. Je double deux adolescentes en caban bleu marine et foulard Hermès. Je croise un groupe de promeneurs équipé de cirés jaunes et de marinières à rayures blanches et bleues.

Pendant que je marche, D va au marché qui vend des produits de luxe : cerfeuil tubéreux, pavé de thon fumé, fruits confits. Nos prochains pique-niques seront  chics ! Sur les quais de la Trinité les boutiques proposent tout pour la navigation. Le port est bondé de bateaux magnifiques ! Je pense à Ithaque. Le Pen dans le rôle d’Ulysse ? Je balaye cette idée de mon imagination.

De la Trinité à Saint Philibert

Le sentier des douaniers continue vers St Philibert de l’autre côté de l’estuaire de la Rivière de Crac’h le long d’une route départementale en bord de mer, heureusement pas passante à cette saison!

Les voiliers manœuvrent dans le vent, toutes voiles déployées, spectacle plaisant. Deux pointes enserrent une plage de sable, puis une deuxième plus grande mais plus vaseuse est occupée par les tables des ostréiculteurs. Pique-nique de Men er Bellec face au large,  dans le vent froid. Andouille de Guéméné et pâté au poivre vert.

ostréiculture dans la baie du Morbihan

Sur la carte au 1/25 000ème, le sentier côtier est tracé le long de la Rivière de St Philibert. En réalité, le sentier n’existe pas. Je  marche au jugé (pas de balises non plus) dans des constructions modernes sans aucune grâce. Finalement je retrouve le sentier qui se glisse entre des entreprises ostréicoles  et aboutit à la plus jolie chapelle sur une pelouse où l’on voit une vieille fontaine, un lavoir couvert de lentilles. La chapelle est ouverte. la nef est peinte d’un ciel étoilé, des ex-voto sont suspendus, magnifiques maquettes de bateaux.Le sentier serpente dans un marais découvert par la marée basse.Fin de la randonnée au moulin.

fontaine près de la chapelle