Quiberon : côte sauvage

CARNET DU MORBIHAN

 

Les yuccas fleurissent à la Toussaint à Quiberon


Sous un soleil un peu voilé, la rando  commence à Penthièvre : le GR34 traverse un petit bois de cyprès devant un hôtel blanc Belle Epoque, grande véranda.GR et piste cyclable font chemin commun, je descends sur l’estran à marée descendante. Le sable mouillé est constellé de petites méduses roses, les unes simples disques avec une croix rose, les autres plus grands avec des filaments roses pendant sous l’ombelle.

Derrière moi, un souffle court: un militaire grisonnant court en tenue de combat, suivi par un jeune  portant fusil mitrailleur et  sac à dos très volumineux.Le chef me salue, le jeune est hors de souffle. L’écart se creuse entre l’homme qui ne porte rien et celui qui est chargé. J’avais oublié que le Fort de Penthièvre, Musée militaire est aussi un fort encore actif.

La presqu’île de Quiberon est reliée à Penthièvre par un fin cordon occupé par la voie ferrée et la route que je traverse pour contourner le hameau de Kerhostin côté Golfe de Quiberon. Autant les vagues rugissaient sur la côte tournée vers l’océan, autant l’eau est calme comme un lac et transparente. Le sentier côtier cimenté court parmi d’agréables villas fleuries de yuccas.Il emprunte les rues tranquilles de Kerhostin,  coquettes maisons bretonnes crépies de blanc avec portes et fenêtres bleues, une petite place tranquille, des hortensias…on traverse l’axe routier et rejoint l’autre bord le long d’une plage jusqu’au petit port tranquille de Portivy.

côte sauvage

J’aborde la côte sauvage avec la Pointe Beg an Aud, côte très déchiquetée, rochers de granite clair battus par l’écume des vagues qui se brisent très haut.

Le sentier littoral a été aménagé, canalisé par des fils de fer qui empêche de s’approcher du bord. Des écriteaux expliquent que des travaux sont en cours pour restaurer le couvert végétal et qu’en respectant le cheminement les promeneurs contribuent à cette restauration. Les travaux sont en effet de grande ampleur : on a étendu des tapis de 1.50 m x 4m environ d’une sorte de toile de jute à large maille, presque un filet. Ce tapis piège la terre végétale et de minuscules fleurettes roses ressemblant à des scabieuses sont en fleurs. Par endroit on a construit de petites terrasses consolidées avec des courts piquets et des branchages souples comme de l’osier. Ces surfaces aménagées contrastent avec les zones de granite nu se délitant en arène granitique. Dans une de ces zones pelées on signale que les oiseaux ont coutume de faire leurs nids en saison et on demande aux propriétaires des chiens d’attacher leur animal. Intérieurement je peste qu’on ait tracé le sentier littoral si loin du bord, au lieu de l’ancien chemin en balcon une large piste se déroule à une douzaine de mètres au moins du bord. Prudence ou aménagement du couvert végétal ? Ces aménagements se déroulent sur un très long parcours. Quel travail ! Je m’interroge sur la raison d’un tel investissement. Est-ce  pour l’agrément des promeneurs qui circulent dans une « pelouse » ? Où est-ce pour ralentir l’érosion ? Les oiseaux et les autres animaux trouveront-ils  leur compte ? Autant sur la dune, la fixation végétale de la dune est impérative pour la protection aussi bien de la ligne de côte que pour la protection des parcelles et des maisons à l’arrière, autant sur le granite cela parait plus mystérieux. Le piétinement contenu, la végétation semble très bien se porter. Je note de nombreuses espèces comme le fenouil sauvage, la moutarde ou est-ce de la roquette ? (je m’emmêle dans les brassicacées), fausse oseille, mousse et chiendent. Sur les tapis de jute a-t-on semé, repiqué ?

Tout en ruminant ces pensées, je progresse sur la côte sauvage, m’arrêtant pour prendre photo sur photo chaque fois que les vagues viennent se briser en écume, spectacle qui me fascine.

côte sauvage

Nous avons déjeuné en regardant évoluer les surfeurs sur ces grosses vagues. La plupart du temps ils restent allongés sur leur planche et doivent déjà être contents de s’y maintenir. Rares sont ceux qui selèvent et glissent sur un rouleau particulièrement impressionnant. Sur tout le lot de surfeurs deux seulement ont essayé et ils n’ont réussi qu’à de rares  occasions.  Ce sport reste pour moi bien mystérieux.

 

Port Louis: remparts et marché – Gâvres

 

CARNET DU MORBIHAN


les remparts de Port Louis

 

Au lever du jour, les nuages forment des bancs roses et à l’ arrivée à Port Louis le soleil brille.  J’entreprends le tour des remparts, côté mer au début, puis je passe sous une arche – équivalent du Pont des Soupirs – où les condamnés embarquaient pour l’Ile aux Souris en face. Après la tour, je monte et marche sur la banquette perchée à la hauteur des beaux érables rougissant (sans doute un cultivar américain). La mer est haute, les vagues blanches roulent leur écume blanche, le spectacle est plaisant.

Port Louis citadelle sous le soleil

A la Citadelle, j’ai l’agréable surprise de découvrir les douves pleines, le soleil éclaire le fort que nous avions découvert sous la pluie – point de vue plus riant. Continuant les remparts, j’arrive au port de plaisance.

Samedi, jour de marché, tout le centre du bourg est envahi. C’est un marché de luxe : homards de Houat aux pinces bridées mais aux yeux aux aguets, bouquets transparents qui sautent très haut, les langoustines pincent les doigts de la vendeuse. Trompettes de la mort, girolles et ceps… Halloween oblige, les citrouilles sont de sortie en compagnie de potimarons, panais et coloquintes. Les fruits sont hors de prix on achète les marrons et les figues à l’unité. J’avais prévu la visite des rues pavées du cœur de ville mais aujourd’hui c’est vraiment trop encombré !

De brèves averses s’abattent sans mouiller, nous renonçons à la visite du sous- marin pour profiter de cette belle journée inattendue.

Fort de GâvreFace à Port Louis, la presqu’île de Gâvres est de l’autre côté de la « petite mer de Gâvres ». Pour y accéder il faut retourner à Plouhinec. A l’arrière du village, derrière l’église une petite lagune, des mouettes dorment, la tête sous l’aile les pattes dans la vase, au soleil de midi, imitées par les canards, dans un recoin cinq aigrettes arpentent les plantes aquatiques tandis qu’un héron cendré est planté au milieu des mouettes. Le carillon chante une mélodie irlandaise.

La presqu’île est occupée par les militaires, la dune est un champ de tir, une base de fusiliers marins moderne est plantée, des panneaux restreignent le stationnement.

Sur la lagune,on voit beaucoup d’oiseaux mais on n’a guère envie de s’arrêter. Le village de Gâvres est plus important que je ne l’imaginais. Petits pavillons modestes avec des potagers et encore des installations militaires. Un fort fait face à la citadelle.

Sur une petite plage de sable blanc, nous installons sur des rochers  à l’abri du vent pour manger des crevettes sous l’œil attentif des goélands. Nous leur donnons les carapaces et les têtes. L’un d’eux mange tout sans rien laisser à un jeune gris qui piaille sans cesse.

Après le déjeuner nous allons faire un tour au fort construit sous Louis XIV . Les installations de béton et des blockhaus: mur de l’Atlantique ? ou installations militaires modernes ? Sans doute les deux à la fois.

Autour de la pointe, le sentier côtier a été aménagé et les pelouses, re-végétalisées. Au retour, je marche sur la plage le long de la dune militaire jusqu’à la barre d’Etel.

Ria d’Etel : circuit de Belz, promenade pédestre

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Saint Cado

Le circuit de Belz (p.96du Topoguide du GR 34 Morbihan) passe juste devant notre gite de Kéricune.

Il traverse le hameau de Norquer,  maisons bretonnes transformées en gites ruraux. Il court ensuite entre deux murettes moussues, chemin creux sous des chênes et des pins. Le calme est délicieux.  L’étang de Brignac est  bordé de grands pins qui se reflètent dans le miroir de l’eau. Des hérons sont perchés sur un arbre et sur des piquets alignés. Face à l’étang, le Moulin de Brignac.

On retrouve alors  le sentier côtier qui longe la ria et que j’ai déjà emprunté le jour de notre arrivée. Il passe sous le Pont de Lorois pour arriver à Saint Cado, les balises de GR sont peintes sur les poteaux entre des pavillons, ce n’est pas passionnant mais il fait très beau, presque chaud. Dimanche de Toussaint, il y a vraiment beaucoup de monde à Saint Cado, de plus la mer est haute, la surface de l’eau est ridée et il n’y a plus de reflets comme la semaine dernière.

Nous mangeons sur un banc nos langoustine devant le camping des Oies, des gouttes s’abattent, repli dans la voiture !

Pour le dessert le soleil est revenu.

Ria d’Etel : circuit en voiture, chouans, stèles gravées…

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Sur les traces de Cadoudal et des Chouans

Par une belle après midi nous suivons le circuit LA RIVIERE ETEL proposé par Gallimard Morbihan p.292 à 300. Mais nous le faisons à l’envers ce qui n’est pas le plus pratique.

cache des chouans

Premier arrêt à la Pointe de la Forest (commune Lecoal-Mendon)  sur les traces de Cadoudal. Le manoir de Cadoudal et bien caché au fond de son parc, on devine des murs sans voir la silhouette. Un peu plus loin, sur un parking, un panneau propose de visiter les caches de Cadoudal. La pointe de la Forest?  très découpée et dentelée,  est  entourée de marais et d’eau. On raconte que des prêtres réfractaires s’y cachaient pendant la guerre des Chouans. Si les soldats de la République les poursuivaient ils pouvaient s’enfuir par voie d’eau. J’emprunte le « chemin de Cadoudal » imaginant les poursuivants et les fugitifs. J’ai bien du mal à me mettre dans la peau des royalistes ! J’aime toujours quand un  paysage est habité par l’Histoire. Le chemin creux est bordé de très vieux arbres noueux, creux, tortueux, j’imagine qu’ils ont été témoins des guerres révolutionnaires. Une dame monte sur un bloc : je lui emboîte le pas : les blocs de granite font un escalier discret qui mène à une des caches : une ouverture carrée d’une sorte de souterrain. Est-ce seulement une chambre où se cacher ou y a-t-il un souterrain sous la bordure empierrée du chemin creux moussu. Des lianes ont colonisé les pins, elles retombent en donnant une impression de fantastique. Le sentier arrive à la mer.

A Locoal, passons devant l’église Saint Goal, (encore un ermite arrivé de Grande Bretagne en 620, in installé dans l’île de Goal donnant le nom Locoal). L’église est toute simple (et fermée). Dans le cimetière je ne trouve pas les tombes des Chouans (je les ai peu cherchées).

Pen Pont est une mince digue reliant Mendon à Locoal, une vieille chaumière attire mon regard et je vais voir la stèle gravée d’une inscription du IXème siècle mais envahie de lichens et une croix pattée.

Sur la presqu’île du Plec, se trouve la Quenouille de Sainte Brigitte, encore une haute stèle à l’entrée du marais, gravée et sculptée. Le ciel est dramatique avec des nuages noirs, un arc en ciel et un éclairage violent. Les lichens jaunes tranchent sur le ciel d’ardoise. La chapelle Sainte Brigitte de Suède, un peu plus loin dans  un joli hameau, est fermée. Dommage ! Gallimard nous promettait une statue de Brigitte, une plume d’oie à la main et tenant un livre.

Langombrac’h a aussi sa stèle gravée, sa croix pattée et une jolie chapelle fermée.

Moulin de demi-ville

Nous cherchons le Moulin de Demi-ville à travers des forêts de pins et le trouvons, sur l’eau. C’est un moulin de marée avec une grande roue de bois encore en usage en 1955. Il est à cheval sur une rivière à fort courant qui serpente derrière une rangée de magnifiques tamaris. Le moulin est habité, de la fumée bleue sort de la cheminée.

Le château de Kerambar’h est bien signalé, d’après le guide Gallimard il abrite un restaurant, nous trouvons l’entrée du jardin médiéval fermé en cette saison. Mais nous n’avons jamais trouvé l’entrée du château ni le château de Kerambourg cité dans notre guide.

L’excursion se terminera à Landaul où je visiterai l’église qui possède trois statues curieuses.

les petits marins de Haloween

Ce soir : visite de deux marins pêcheurs en ciré jaune avec le filet à crevettes : ce soir de Halloween deux petites filles demandent des bonbons, je mets des caramels dans le filet avec beaucoup de plaisir et les prends en photo.

Locmariaquer jusqu’à la plage de Saint Pierre en passant par la Pointe de Penhir et Kerlud

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Allée couverte

Journée de Toussaint  radieuse !

Route par Auray et Crac’h puis GR34 Topoguide Morbihan p.35. Je trouve le sentier côtier à Locquidy.

Malheureusement, les cartes du topo-guide sont au 1/50000ème,  la carte IGN qu 1/25000ème , le trait rouge du sentier côtier semble tracé sur le littoral mais j’ai des surprises. Dans cette région ostréicole, les entreprises bouchent le plus souvent l’accès, on les comprend, ils ont besoin d’être directement sur l’eau et ont beaucoup de matériel qui traîne, je crains aussi leurs chiens.  Donc difficile de trouver le sentier !

Locmariaquer est un joli port avec des petites maisons, rien ne dépare. Un groupe de maisons blanches borde l’eau : le sentier passe entre maisons et jardinets clos  de murettes de pierre et bien fleuris. Au Guilvin, à l’embarcadère pour l’Ile aux Moines,  les dernières vedettes qui font le tour du Golfe, en saison, sont parties samedi dernier 30 octobre !

Pour arriver à la Pointe Penhir il faut emprunter la route. Je prends une ruelle qui me conduit sur la plage, j’ai bien du mal à passer : à marée haute, les vagues viennent lécher mes chaussures. Je trouve de justesse le sentier au bout de la plage.

La pointe Penhir est l’une des portes du Golfe du Morbihan. Un Christ de métal noir est juché sur un pilier dans l’eau. Déjeuner sur la plage : du thon fumé qui se présente comme un pavé translucide ressemblant à de la pâte de coing que l’on débite en fine lamelles accompagné d’un demi avocat avec une paille aux framboise pour dessert. Nous mangeons sous l’œil attentif d’une mouette perchée tout près qui se laisse photographier et filmer. Dès qu’on a remballé elle s’envole et nous la retrouverons à côte d’un couple installé avec des sandwiches sur le sable.

La deuxième partie de la balade va à Saint Pierre Lopérec, sur le bord de la longue plage. Un dolmen se trouve à l’extrémité de la plage : allée couverte de très belles dalles de très grande taille. Le couloir est très bien conservé (et restauré) mais après la pluie d’hier il est plein d’eau. Une autre plage de sable entre cette pointe et un petit marais.

A Kerlud je découvre un petit dolmen-table sur quelques roches. Je me perds : à droite du dolmen, des écriteaux rouges préviennent Propriété privée. Je prends donc à gauche, plus de signalisation! Je m’éloigne de la mer.Les passants  sont incapables des me renseigner. Enfin,un cycliste m’indique le sentier entre deux maisons. Là aussi des écriteaux Propriété Privée ! Décidemment, on n’aime pas beaucoup les randonneurs à Kerlud. Les balises de GR sont délavées presque effacées.

Je trouve enfin le pont de bois étroit avec une sorte d’écluse. Sur l’île Bénéguy , une très belle propriété a un parc avec des thuyas énormes. Il faut être attentive pour trouver le cheminement de planches sur un marais ou une tourbière et j’arrive à un bouquet de magnifiques pins à la pointe.

Il fait très chaud pour la saison, je suis en T-shirt et me déchausse pour parcourir la belle plage de Saint Pierre pieds nus. Je peux sacrifier à ma cérémonie préférée : marche dans l’écume de la vague toute la longueur de la plage. L’eau est fraîche mais pas trop. Je remonte  et roule les jambes de mon jeans. On s’allonge sur le sable. On croirait l’été revenu.

Les neiges du Kilimandjaro – Guediguian


Depuis Marius et Jeannette, je suis fidèle à Guédiguian, Ariane Ascarides, Daroussin et leur bande que je considère comme de vieux amis, des cousins, de la famille presque. Ils sont tellement sincères que je n’arrive pas à avoir le regard distancié du spectateur d’une fiction, je les sens exister.  Je n’ai jamais mis les pieds à l’Estaque,  leur monde m’apparait si proche. De film en film, témoins du temps qui passe, témoin d’un monde qui met de plus en plus de côté les ouvriers et les braves gens… le regard de Guediguiian n’est pas naïf, ses films sont de plus en plus noirs et pourtant …

Les neiges du Kilimandjaro, s’inspirant des Pauvres Gens de Victor Hugo, donnent  de l’espoir dans l’humanité.

marie claire

Qu’un ouvrier licencié braque un  autre ouvrier licencié, le moleste. Cela semble incompréhensible à Marie-Claire

 « je cherche à comprendre »

mais comprendre n’est pas suffisant. Ceux-là ont toujours été dans l’action..

LES PAUVRES GENS DE VICTOR HUGO

Quelle nuit ! Un moment, dans tout ce tintamarre,
J’ai cru que le bateau se couchait, et l’amarre
A cassé. Qu’as-tu fait, toi, pendant ce temps-là ? »
Jeannie eut un frisson dans l’ombre et se troubla.
« Moi ? dit-elle. Ah ! mon Dieu ! rien, comme à l’ordinaire,
J’ai cousu. J’écoutais la mer comme un tonnerre,
J’avais peur. – Oui, l’hiver est dur, mais c’est égal. »
Alors, tremblante ainsi que ceux qui font le mal,
Elle dit : « A propos, notre voisine est morte.
C’est hier qu’elle a dû mourir, enfin, n’importe,
Dans la soirée, après que vous fûtes partis.
Elle laisse ses deux enfants, qui sont petits.
L’un s’appelle Guillaume et l’autre Madeleine ;
L’un qui ne marche pas, l’autre qui parle à peine.
La pauvre bonne femme était dans le besoin. »

L’homme prit un air grave, et, jetant dans un coin
Son bonnet de forçat mouillé par la tempête :
« Diable ! diable ! dit-il, en se grattant la tête,
Nous avions cinq enfants, cela va faire sept.
Déjà, dans la saison mauvaise, on se passait
De souper quelquefois. Comment allons-nous faire ?
Bah ! tant pis ! ce n’est pas ma faute, C’est l’affaire
Du bon Dieu. Ce sont là des accidents profonds.
Pourquoi donc a-t-il pris leur mère à ces chiffons ?
C’est gros comme le poing. Ces choses-là sont rudes.
Il faut pour les comprendre avoir fait ses études.
Si petits ! on ne peut leur dire : Travaillez.
Femme, va les chercher. S’ils se sont réveillés,
Ils doivent avoir peur tout seuls avec la morte.
C’est la mère, vois-tu, qui frappe à notre porte ;
Ouvrons aux deux enfants. Nous les mêlerons tous,
Cela nous grimpera le soir sur les genoux.
Ils vivront, ils seront frère et soeur des cinq autres.
Quand il verra qu’il faut nourrir avec les nôtres
Cette petite fille et ce petit garçon,
Le bon Dieu nous fera prendre plus de poisson.
Moi, je boirai de l’eau, je ferai double tâche,
C’est dit. Va les chercher. Mais qu’as-tu ? Ça te fâche ?
D’ordinaire, tu cours plus vite que cela.

– Tiens, dit-elle en ouvrant les rideaux, lès voilà! »

Retour sur le 20ème siècle, encore un peu de nostalgie :

Les neiges du Kilimandjaro dans le challenge Romantique, c’est un peu osé?

La Tempête – Philippe Awat à la MAC Créteil

CHALLENGE SHAKESPEARE

la Tempête

Retour au texte après les interprétations fantastiques de Greenaway – géniale – et de Karine Saporta  – plus approximative . Un an après avoir lu la pièce, je découvre une mise en scène plus classique.

La pièce s’ouvre sur le fracas des éléments, éclairée par les flashes des éclairs. A contre-jour s’agitent les silhouettes des marins au sommet d’une lame de fond, immense vague ou étrave du navire. S’ouvre une écoutille et descendent Alonso, roi de Naples, Antonio, son fils et sa suite, Gonzalo,  Antonio et le Maître d’équipage…

 

La structure représentant la vague peut aussi figurer la « cellule' » de Prospero. Sobriété et astuce du décor un peu austère. Prospero est vêtu d’un tablier de jardinier, j’aurais imaginé autrement le magicien l’érudit, qui gardera pour moi le visage de John  Guielgud. Miranda, encore petite fille (?) est en culotte petit bateau, elle est tout à fait charmante cependant.

La plus grande surprise et réussite, est Ariel, très charmant(e) esprit de l’air qui apparait, disparait, vient du ciel en lévitation, jeune femme revêtue seulement d’un collant couleur chair.  Ariel une femme? Je n’y avais jamais pensé. disserterons nous sur le sexe ou le genre des esprits et des anges? Pascale Oudot est un(e) Ariel merveilleuse. Elle revendique sa liberté qu’elle a racheté au prix de la vengeance de Prospero. Caliban, Florent Guyot, est aussi tout à fait admirable, esclave mauvais, il n’est jamais question de racheter la liberté.

Richesse de Shakespeare : les changements de registre, Trinculo et son compère Stephano, l’ivrogne se livrent à leur bouffonnerie réjouissante. Tandis que Prospero philosophe après avoir jeté son grimoire au feu.

Sa vengeance étant assouvie, le traître pardonné, le duché restitué….

Mon projet ne fut rien de bon

Qui ne voulait vous plaire

Et il faut que je désespère

N’ayant plus ni magie, ni art

….

Mais d’abord délivrez-moi

 

Petite musique de la Mort – Frank Tallis

POLAR VIENNOIS

Vienne 1903, la Belle Époque ! François-Joseph règne encore, Freud est déjà célèbre, Mahler dirige l’Opéra de Vienne.

La cantatrice Ida Rosenkrantz est retrouvée morte allongée sur son tapis. Suicide ou meurtre? Rheinhardt, le policier va enquêter avec son partenaire Max Liebermann, psychiatre.  Les deux amis forment aussi en privé un duo musical: Liebermann au piano accompagne Rheinhardt. Bien entendu, le premier lied évoqué est la Jeune fille et la Mort.

Max Liebermann est ravi d »accompagner son ami à l’opéra pour rencontrer Mahler. Une séance d’hypnose va guérir un célèbre chanteur paralysé par le trac et lui gagner la sympathie du maestro. C’est la finesse d’analyse de Max Liebermann, sa connaissance des mécanismes de l’inconscient qui va faire avancer l’enquête.

Quel plaisir de suivre les deux complices dans Vienne d’alors! Ils nous convient à un parcours touristique, passant par Bergstrasse, le domicile du Docteur Freud, le Naschmarkt, la Hofburg, bien sûr, et même le Pavillon Sécession! Polar musical, comme le ttire l’indique. Max Liebermann en parallèle s’intéresse à la disparition de David Freimark, un musicien oublié dont on ne connait qu’un seul lied. Freimark a-t-il réellement existé?On s’aventure aussi dans le domaine de la peinture, évocation magistrale du baiser de la Fresque Beethoven de Klimt …

Le Maire de Vienne, Lueger en campagne électorale, s’appuyant sur la clique des écrivains antisémite, n’est pas un personnage de fiction. les anecdotes racontées se sont réellement passé!

Ce n’est pas seulement un thriller intelligent, cultivé. C’est aussi une promenade dans Vienne, un peu à la manière de Dona Leon dans Venise.

Danielle Mitterrand : une militante

accès à l'eau pour tous !

La nouvelle du décès de Danielle Mitterrand endeuille cette matinée ensoleillée qui commence. C’est une des figures de mon panthéon personnel qui disparait, non pas la first lady mais la Militante des Porteurs d’eau que j’ai eu la joie d’écouter il y a quelques temps à Villeneuve Saint Georges à l’occasion du Festival de l’Oh. octogénaire mais si dynamique transmettant tout son enthousiasme et son énergie au service d’une cause mondiale : le Droit à l’eau et l’accès à l’eau.

Je lui dédie cette photo d’une porteuse d’eau africaine.

Les porteurs d’eau boiront à leur feuille d’eau un breuvage un peu amer aujourd’hui.

 

Le Concile des maudits – Peter Tremayne

POLAR HISTORIQUE

Autun, Augustodunum,  670. Règne des Mérovingiens. Un concile est réuni pour tenter d’unifier les doctrines des églises irlandaises, britanniques, franques, burgondes et romaines.

Histoire méconnue, géographie déconcertante. Clothaire III règne sur la  Neustrie et l’Austrasie, Hibernia (l’Irlande) est divisée en cinq royaumes, les Grandes Invasions ne sont pas encore terminées en Britannia,(Angleterre)  Angles et Saxons chassent les Britons…

Les rivalités éclatent au concile. Un évêque irlandais est assassiné. Sœur Fidelma et son mari le frère Eadulf sont appelés pour enquêter sur ce meurtre. L’intrigue est très bien menée avec d’autres décès suspects, des soupçons de trafics d’esclaves. Il y est aussi discuté du célibat des moines….

On est désorienté par les noms celtes bien difficiles à retenir. L’usage du latin – lingua franca – est aussi un des charmes de l’ouvrage. L’empire romain disparu il y a deux siècles, mais il reste encore de nombreux bâtiments et les noms des lieux: Liger, la Loire, Divio, Dijon.

Une lecture très distrayante! merci àDominique de me l’avoir signalé!