J’ai écouté le podcast de RadioFrance : l’Expérience : L’Antigone Corse CLIC juste avant notre départ pour la Corse. Antigone est une figure qui me passionne et je ne rate aucune occasion de l’évoquer. Ma préférée est celle de Sophocle. C’est aussi un épisode tragique de l’histoire corse.
En 1768, la République de Gênes cédait la souveraineté de la Corse à la France. Voltaire écrivait : « Il restait à savoir si les hommes ont le droit de vendre d’autres hommes ; mais c’est une question qu’on n’examinera jamais dans aucun traité.
Après avoir écouté le podcast j’ai cherché la pièce de Marie Ferranti
« En 1768, la République de Gênes cède la Corse à la France. Un an plus tard, la bataille de Ponte Novu met un terme aux espoirs des Corses de demeurer indépendants. Malgré la paix, des jeunes gens, dénoncés pour conspiration, sont condamnés à être roués vifs et pendus, et les autorités interdisent qu’on leur donne une sépulture sous peine de subir le même châtiment. En 1769, Maria Gentile n’a pas vingt ans. Elle est fiancée à Bernardu Leccia, qui figure parmi les condamnés. Au péril de sa vie, elle passe outre à cet ordre inique et enterre u so caru (son amour). Cette nouvelle Antigone devient ainsi une grande figure de l’histoire corse et une héroïne de légende. »
La Passion de Maria Gentileest une pièce en cinq tableaux .
La pièce ne se déroule pas dans le palais de Créon, pas de Dieux antiques, mais à Oletta, un village du Nebbiu . Les hommes ont été faits prisonniers, ou exécutés, certains ont pris le maquis. Au village, il ne reste que des femmes, certaines apeurées, certaines raisonnables, Maria amoureuse.
« Parce que nous étions amants. On sera comme ces amants dont parlait le vieux curé. Ils étaient prisonniers sur un nuage de l’enfer. Ils se désiraient toujours et ne pouvaient jamais se toucher… Et elle ne l’avait pas maudit, celle-là, son amour. Mais, moi, de ma bouche amoureuse est sortie cette malédiction. L’enfer serait trop doux pour une amante comme moi. »
Tragédie antique, luttes héroïques mais aussi histoire d’amour.
travers ce personnage, je voulais faire l’éloge de la désobéissance face à la barbarie et celui de la révolte, érigée en vertu.
Maria Gentile, Antigone, celles qui disent non seront toujours me fascineront toujours.
C’est la tempête : les lauriers roses se secouent furieusement. La mer est agitée. La voiture est chargée à 100 %, au moins, on ne gâchera pas la dernière journée à la borne ! Journée de révision à l’Île-Rousse. Dominique retrouve sa place au parking sous la tour génoise. Difficile d’ouvrir la portière et de marcher droit contre le vent. Les embruns mouillent. Même avec la parka, j’ai froid. Après la promenade au phare, en marchant en crabe dans les rafales je me fais copieusement arroser sur la digue qui relie l’Ile Pietra à l’Île-Rousse.
A quai, le Kalliste de la Méridionale embarque ses derniers passagers pour Toulon. Sur sa coque est peint un fil électrique t une prise dessinant un cœur autour de la planète. Kalliste serait-il un bateau électrique ? Wikipédia m’apprend que ce navire a été construit en 1992 en Finlande et qu’il est pourvu de quatre moteurs diésel. Quand j’arrive en ville, je vois le Kalliste s’éloigner sans avoir l’air gêné par les vagues.
L’Île-Rousse Place Paoli
Pour m’abriter du vent, je parcours les petites rues de l’Île-Rousse avec ses restaurants, ses boutiques plus ou moins élégantes. On vend des couteaux corses à des prix raisonnables. Sont-ils authentiquement corses ? Les prix en-dessous de 30 € m’en font douter. Il y a aussi des bracelets de corail assez bon marché pour éveiller les mêmes interrogations. Les cartes postales sont introuvables, la tradition est sérieusement mise à mal par les réseaux sociaux. Je n’en trouverai que de l’autre côté de la Place Paoli dans une belle librairie-papeterie. Ce n’est pas drôle de faire de lèche-vitrine sans rien acheter. J’ai besoin d’un bob mais cause de l’inflation( ?) ils ont sérieusement augmenté. Des tout simples sont affichés 35 €. Pas question de mettre une telle fortune à l’eau puisque je compte me baigner avec. La vendeuse m’en trouve un très laid à 9€ avec une tête de maure, unitaille règlable avec un lacet à coulisse.
Sur la plage personne à l’eau à cause des vagues et de la fraîcheur.
Nous sommes retournées déjeuner au Via Mare où Dominique a repris le filet de Saint Pierre et moi, un ceviche de daurade.
De retour à Corbara, je tente de joindre l’hôtesse du prochain gîte qui m’a envoyé un Sms mais qui ne rappelle pas. SFR m’informe qu’il n’y a pas d’abonné au numéro demandé. Hier, pourtant cela répondait. Je soupçonne une arnaque. Nous ne connaissons ni l’adresse du gîte, ni le nom de la propriétaire. Seul recours « Gérer la Réservation » avec le Service-Client de Booking.com. Presque 2 heures au téléphone pour obtenir une vraie personne et non pas une voix électronique qui me demande de taper 2, ou 3….Je demande des garanties, puis un relogement. L’opératrice de Booking est très compréhensive et efficace. Pendant qu’elle cherche un logement de remplacement les SMS défilent en haut de l’écran. L’hôtesse de Serraggia s’est « réveillée », elle envoie un nouveau numéro de téléphone de contact, des photos, le téléphone de son amie qui nous recevra demain. Il n’y aura pas de relogement mais notre confiance est ébranlée.
Je suis bien énervée. Une bonne marche me calmera.
le Couvent de Corbara
Ce soir, à 18h30, à l’auditorium de Pigna, il y a un concert de Polyphonies Corses. 3 km seulement séparent notre gîte de Pietralta à Corbara de Pigna par la route. Il existe aussi un sentier pédestre mais je n’ai pas le temps de le chercher et j’ai peur de me perdre. Après la sortie du village, la route est bordée de tombes monumentales et de mausolées. Dans la lumière du soir, les marbres blancs prennent une teinte dorée ou rosée. Le grand Couvent de Corbara surplombe la route. Il accueille des fidèles pour des retraites. On voit bien les plages d’Algajola de Pigna.
Pigna vue de loin, de la route
Pigna est construite dans un creux, je ne la découvre qu’au dernier moment, adossée à une autre colline. C’est un tout petit village qui a banni les automobiles cantonnées au parking. Les ruelles sont pavées de cailloux arrondis. Des artisans travaillent dans les ateliers-boutiques. J’ entre chez la fabricante de boîtes à musique peintes à la main. L’église est fermée comme la chapelle au toit de lauzes. Le restaurant et les cafés sont ouverts. Le village semble exclusivement vivre du tourisme.
ruelle de Pigna
A Cumpagnia est en résidence à Pigna. Cinq musiciens entrent sur scène, deux jouant de la guitare, deux du violon, le cinquième plus âgé est en retrait assis, à ses pieds toutes sortes d’instruments à vent de sa fabrication, un en corne, d’autres en bois avec une drôle de forme. Il a aussi une très petite guitare, sorte de mandoline à la caisse coupée à plat. Le clarinettiste est aussi percussionniste. Les parties instrumentales du concert occuperont une grande place dans le spectacle.
Les chants sont chantés en solo, ou en polyphonie a Paghjella (chant à trois voix, parois la basse est doublée)
Les explications sont passionnantes. Le groupe fait revivre des chants anciens du XIXème ou du XXème, comme cette lettre d’amour d’un condamné au bagne pour une vengeance. Traditions rurales : chants de métiers, chant du muletier ou lamento du châtaigner ou de l’olivier. Jeux où participaient les villageois : la moitié du village jouait les envahisseurs sarrazins tandis que l’autre moitié jouait les défenseurs. La dernière razzia date de 1805 et le souvenir reste encore vif dans les villages. A Corbara la m^me femme fut enlevée à deux reprise pour finir femme du Sultan.
A côté de ces chants ruraux laïques ils interprètent aussi les chants sacrés des Franciscains que – bizarrement j’apprécie plus que les chants corses – Ils sont en latin que je comprends à peu près en tout cas mieux que le Corse. Pour chanter ces chants sacrés, 4 chanteurs se regroupent au fond de la scène dans la quasi-obscurité. C’est très impressionnant. J’ai du mal à applaudir à la fin ; Applaudir la Messe ?
Pour terminer le spectacle, ils ont choisi des chansons plus légères, plus entraînantes, comme ce « chant d’accumulation » sur le principe de « alouette, gentille alouette »mais ici on mange le merle.
Fin du concert 20h15. Aurais-je le temps de rentrer au gîte avant la nuit. Je marche d’un bon pas sur la route. Le coucher de soleil au-dessus d’Algajola est parfait. Pas un nuage. J’aimerais m’arrêter pour le contempler.9 heures sonnent à A Nunziata. J’arrive à 9h05, il fait encore clair.
Je ne résiste jamais à un récit, un conte, une lecture qui a Ulyssepour héros. Et je n’ai pas été déçue, je remercie Babélio et l’éditeur pour ce cadeau.
Joli petit livre (12 cmx 16.5 cm), 91 pages, illustré en Noir et Blanc, relevé d’un trait d’orange discret.
A glisser dans la valise, ou le sac de plage, légère lecture, facile. A lire ou à faire lire. L’Odysséecomme un conte qui commence avec le cheval de Troie continue avec Circée la Magicienne, l’outre d’Eole, la grotte de Polyphème. Un avant-goût d’Homère?
Et si vous voulez en savoir plus, il restera tant à découvrir dans l’Odyssée d’Homère.
Il me reste à l’offrir à un enfant de 9 ou 10 ans!
Nous sommes si bien sur notre terrasse de Corbara que nous y retournons déjeuner.
L’après-midi sera consacrée à l’exploration du village et de ses sentiers.
La Boucle de Carbunghja (3.5km, 1h30, 170 m de dénivelée) propose de découvrir le patrimoine de Corbara. Le départ du sentier se trouve à quelques dizaines de mètres du gîte, bien signalé par un poteau portant une flèche jaune. Le chemin empierré et fleuri de chardons mauves descend sous les ombrages de petits chênes verts et conduit à une fontaine qui coule en permanence. Le bassin de pierre est empli d’une eau verte.
A Nunziata
Après la fontaine la pente est moins rude. Je suis le balisage jaune et bleu et arrive presque au niveau de la mer dans un lotissement de maisons neuves avec piscines : Carbunghja, pas palpitant ! Il faut alors remonter tout ce que j’ai descendu, au début sur le goudron, c’est rude. Etrangement, quand la route devient piste puis sentier, même avec une pente plus raide, c’est plus facile. Je gagne la petite chapelle blanche cubique Pierre et Paul dans un virage à l’entrée de Corbara. Le sentier s’élève droit vers le sommet du village, passe devant la grande maison blanche avec son pigeonnier, un palazzo, un sentier plat me conduit ensuite dans des ruelles entre les maisons accrochées à la pente. Enfin un escalier va à la Chapelle des Sept douleurs qui se dresse à contre-jour presque noire sur un ciel pommelé. Fermée. Le sentier de crête va aux ruines du Château Guido. Je croyais que l’imposante construction face à notre gîte que je dessine chaque matin, où Paoli, furieux de n’avoir pas pu prendre Algajola, avait décidé la fondation de l’Île Rousse était le Château Guido. Pads du tout. Les ruines sont au sommet d’une autre colline, au-dessus de l’impressionnante A Nunziata qui s’impose dans le paysage.
la Chapelle des Sept douleurs
L’ »épicerie-dépôt de pain » est sur le versant opposé, assez haut ; sur une ardoise sur le bord de la route on peut lire la liste des plats cuisinés aujourd’hui avec un numéro de téléphone. J’appelle : « Reste-t-il du pain ? -Oui, de la baguette, mais je n’ouvre qu’à 17 heures » Il est 16h40, je renonce à la baguette.
Excellente surprise : notre hôtesse nous offre le chargement de la FIAT. Elle nous a prises en pitié, coincées sur la terrasse. Ce n’est pas une punition, mais quand même. J’appréhendais la manœuvre, simplissime encore. La fiche correspond à n’importe quelle prise de la maison. Mais la durée de charge est impressionnante : 8h11 alors que le compteur affiche déjà 65 %. Charger la nuit nous convient très bien. Il faut une prise accessible dans le garage et un propriétaire consentant. Oserons-nous nous rebrancher une autre fois ?
Ce soir la visibilité est très bonne. On distingue les côtes niçoises à l’horizon.
Soleil et vent. La mer est agitée, les petites crêtes blanches soulignent le bleu outremer. Sur la route qui descend à l’Île Rousse, un panneau indicateur « Algajola » nous interpelle. Nous rejoignons la T30 en direction de Calvi. Nous dépassons une petite zone commerciale (comment peut on construire une horreur pareille en pleine campagne ?), on oblique vers la mer, passe la voie ferrée. Justement le petit train est en gare, tout neuf, tout pimpant.
Le village ancien se blottit autour de l’église et de la citadelle. Les hôtels s’alignent le long du rivage, un 3* ; le reste des 2*. La citadelle et les environs sont des meublés touristiques. Bars et restaurants occupent des placettes ombragées, sympathiques pas du tout tape-à-l’œil. Leds prix les mêmes que partout.
Dominique gare la voiture à la plage, derrière des tamaris. Je longe la côte, passe sous des arcades, parviens à une promenade qui arrive au bastion de pierre.
Un peu d’histoire :
D’après le Guide Vert, la fondation de la ville est phocéenne, d’après un site corse, phénicienne.
Au XVIème siècle, Algajola fur la capitale administrative de la Balagne. Le château-forteresse fut érigé en 1531. Site de la guerre contre les Français (Henri II) . En 1559, reprise par les Génois. Résidence du gouverneur de Balagne
En 1620 le port était le second de l’île en importance.
En 1643, Algajola fut saccagée par les Ottomans.
1764, la citadelle devint française
1767, passe aux mains des Corses.
Paoli fonda l’Île-Rousse, furieux de ne pas avoir pu entrer dans Algajola.
Nous n’avons pas vu le monolithe, colonne de porphyre qui devait servir de support à la statue de Napoléon.
Après la promenade dans cette petite ville, j’arpente la belle plage de sable coupée par un enrochement de granite qu’il est formellement interdit de grimper dessus. Il faut faire le tour d’une résidence hôtelière très bas de gamme (les chambres sont installées dans des sortes de baraquements). La belle plage de 1.5 km de long est déserte. Sable blanc assez grossier. Un restaurant de plage a installé ses tables sur le sable. Au bout de la plage, un très gros rocher de granite évoque la carapace d’une tortue.
Il ne sera pas dit que, malgré le vent frais je ne me serai pas baignée. Après avoir joué avec les vagues je me lance à nager et me retrouve, sans m’en rendre compte déportée près des blocs au bout de la petite plage.
Vous serez transportés bien loin du quotidien, dans des paysages sauvages, des traditions médiévales, ou dans un passé pas si lointain, où l’Albanie avait des points communs avec la Corée du Nord actuelle. Sujets originaux mais surtout un grand écrivain.
Le parc de Saleccia ouvre à 9h30, il est très fréquenté? même hors saison. Pour me promener au calme, je ne suis pas l’itinéraire proposé et déambule au hasard.
Promenade instructive : les végétaux sont étiquetés avec de nombreux panneaux explicatifs. Je révise les fleurs jaunes du littoral au feuillage argenté : Cinéraires maritimes, Hélichryses d’Italie (Immortelles de Corse), Armoise annuelle (Artemisia). Les immortelles sont encore en bouton tandis que les Cinéraires nous réjouissent de leur jaune éclatant.
A retenir également : le nom des buissons : les Filaires en grosse boules, le l’Alaterne (Rhamnus).
Je recopie les panneaux présentant les arbres méditerranéens : oliviers et oléastres, amandiers, mûriers blancss, Lentisques, Laurier roses…je l’avais déjà fait à notre précédente visite en 2018 mais copier retient mieux mon attention. Ce jardin me fait penser à celui du Rayol de Gilles Clément en moins exotique. Le Parc de Saleccia est le résultat de 38 années de travail . l’incendie de 1974 a détruit 17 communes et réduit en cendres le domaine. Depuis lors huit incendies se sont déclarés en 30 ans. Le thème « après le feu » est présenté. Les plantes pionnières sont d’abord les Asphodèles – pyrophytes favorisées par le feu. Ensuite viennent els Cistes dont les graines résistantes à la chaleur germent après l’incendie. Le maquis Lentisques, Myrtes, Arbousiers., s’installera après. C’est la nature du sol qui distingue le maquis de la garrigue, maquis sur un sol siliceux, garrigue sur un sol calcaire.
La lutte contre l’incendie est une lutte sans fin. Une association « Sauvez Saleccia » surveille le démaquisage qui est la condition nécessaire pour que le feu ne se propage pas au sol. Noté au passage, la résistance au feu des mûriers blancs et le rôle incendiaire des hélichryses dont l’essence très volatile attise les brasiers.
Armoises
Je parviens à une rotonde charmante : comme les rayons d’une roue, partent des petits jardins de part et d’autre d’une allée de galets, séparant chaque jardin, une petite fontaine. L’eau ne s’écoule goutte à goutte d’un petit canal terminé par une tuile ronde. De ce rond-point part une allée de lauriers roses. Une allée des quatre fleurs réunit Euphorbes roses, helichryses, agapanthes (pas encore en fleurs) .
du jardin cultivé, je passe à un bois de chênes verts puis à une oliveraie. Noté aussi que les oliviers ne sont pas plantés mais greffés sur des oléastres.
hélichryses
Je découvre enfin une très grande pelouse verte figurant la Mer Méditerranée et sur ses bords les différentes flores. Une rive figure aussi la Californie(climat méditerranéen, les Canaries. Bien sûr une « île » représente la Corse.
Cette promenade enchantée a duré deux heures. J’aurais pu rester encore plus mais j’ai le projet de rentrer à l’Île Rousse par le sentier littoral qui relie en une heure de marche le Parc Saleccia à la Plage de l’Île Rousse. Pour le trouver il suffit de traverser la route T30. Le sentier est fléché en face du parking. Ce joli sentier côtier traverse malheureusement une zone urbanisée en fin de parcours.
Pique-nique sur le parking de l’Île Pietra.
Pendant que Dominique charge la FIAT500e à l’hôtel Escale-Port je vais me baigner jusqu’à un rocher qui ressemble à un aileron de requin. La charge ne dépasse pas 73% à mon retour. Décourageant!
T30 (route de Bastia) jusqu’à Lozari pour monter à Belgodère (310 m), village perché sur une arête. Vraiment pas au point ! L’église Saint Thomas est ouverte. Je l’avais visitée autrefois et découvert une Vierge des 7 douleurs à la poitrine transpercée d’épées, un bras de bois dépassant de la chaire. Cette fois-ci je n’ai rien remarqué d’extraordinaire.
Un café -restaurant sur la palce de Belgodère
La place du village est occupée par deux terrasse de cafés-restaurants très décorées et occupés par des bandes de motards bien bruyants qui s’y retrouvent. Une ruelle entre deux maisons conduit au fort construit sur un rocher. C’est une belle montée par ruelles, escaliers, marches, couloirs qui semblent conduire à une maison particulière mais qui la contournent par des passages dérobés. Les maisons sont fleuries. Du fort, il ne reste qu’un mur. Le panorama sur la montagne et les villages environnants est intéressant.
le rocher a&u sommet du village
Le circuit est annoncé dans le Guide Vert 70 km, il ne nous reste que 130 km d’autonomie sur la FIAT500e. Est-ce fiable ? Je me suis félicitée de la facilité du branchement mais la capacité baisse. A l’entrée du village, près de la Poste, il y a bien une borne mais ce n’est pas le réseau e-Motum, il faut scanner un QR-code, ouvrir un compte dans une autre société. D’ailleurs on ne sait pas où se trouvent les bornes de la concurrence et surtout je n’ai aucune idée de combien on va payer… et surtout, pas d’Internet dans le village !
Occhiatana
Un joli petit village (245 ha) perché. Pendant ma promenade dans les ruelles étroites et désertes je ne rencontre que des chats. L’église est fermée. Pendant l’été seulement trois messes y seront célébrées (sauf circonstances exceptionnelles), la dernière le Août !
Ville-di-Paraso
Ville-di-Parso église Saint Simone
Après un petit pont, un panneau signale un moulin. Je descends de voiture. Le moulin est occupé par des chambres d’hôtes. Tout est bouclé avec un cadenas. Je devine un jardin soigné derrière les grilles mais ni moulin, ni ruisseau. Un sentier pédestre et cycliste passe juste le long du grillage. Je m’y engage pour voir d’en haut et arrive à une sorte d’édifice hydraulique qui enjambe le ruisseau ? Sur ‘l’autre rive, un mausolée coiffé d’une coupole est poétiquement fleuri de hauts lys blancs. Le sentier mène alors à une énorme église blanche à la façade baroque posée sur un imposant perron à gradins. C’est l’église paroissiale Saint-Simone (XVIIIème s.). Elle est dotée d’un clocher à quatre étages portant une horloge. A côté se trouve le petit bâtiment tout simple des confréries. Située sur son promontoire de l’autre côté du ruisseau Regino, elle semble bien éloignée du village et bien grande aussi ! Un grand mur enclos une propriété énigmatique. Je suis ravie de cette découverte non signalée par le Guide Vert. Au retour par le petit sentier je dois laisser passer un groupe de cyclotouristes (des retraités pour la plupart). Je pensais que seuls des gamins casse-cou emprunteraient un parcours si étroit et si pierreux et accidenté !
Ville di Paraso – palazzo dans les pins
Au village, une borne e-Motum est installée dans le vaste parking moderne sous le village. Dominique y reste pendant que j’explore le village et que je vais au ravitaillement. Sous des cannisses, la terrasse de la pizzeria est très animée. Ce sont sans doute des voisins qui se réunissent parce qu’on n’y sert rien à midi. Un peu plus loin se trouve l’école, la Mairie, un bureau de Poste et l’»épicerie communale » où je trouve des biscottes (pour le pain, il aurait fallu commander la veille). On y vend de tout même des pêches et des abricots appétissants mais durs.
Fontaine cachée
Tout est tranquille, seuls les chats sont dehors. Pour meubler le temps de la recharge électrique je monte des escaliers, en descends d’autres ; découvre des passages, des arches, une jolie et très fraîche fontaine. Les ruelles sont pavées. Des roses épanouies débordent des murs. Les premières figues toutes molles(immangeables) tombent au sol. Je trouve le ruisseau qui fait de petites cascades. Avec toute l’eau qui ruisselle, les fleurs en abondance ce serait le paradis comme le suggère le nom !
Il fait très chaud au parking sans ombre. En une heure, la recharge est à peine de 10 %. Il va falloir songer à raccourcir le circuit.
Speloncato
Spelooncato : les nuages s’accrochent
Speloncato est beaucoup plus animée que sa voisine. La place de la Libération avec ses deux bars, est peuplée de motocyclistes (encore !). Je cherche la fontaine derrière les engins et les voitures. L’église Saint Michel est ouverte. Elle est peinte à fresques. L’orgue Saladinide 1821 attire mon attention. Il est orné de peintures délicates où alternent instruments de musique et scènes avec des personnages ; je reconnais Saint Michel à qui est dédiée l’église. Dans la circulation cycliste, j’ai raté la Pietra Tafonata – rocher percé qui produit une éclipse deux fois l’an.
l’orgue Saladini
Encore une promenade pour gagner le sommet du village par des marches, des passages couverts, ruelles et couloirs (j’ai l’impression que je me répète). Le passage est assuré par une rampe de fer qiu doit être indispensable les jours de pluie quand les pierres sont glissantes. J’arrive à un énorme rocher autour duquel fleurissent des aloès jaunes du meilleur effet. La table d’orientation indique les principaux sommets au dessus de 1000 mètres jusqu’à 1300m. Dans le creux, le barrage de Codole sur le fleuve Regino fait un petit lac. Forêts de chênes et oliveraies tapissent les creux.
Après le pique-nique, la D63 traverse Feliceto où nous trouvons la D13qui nous ramène à Corbara. Le circuit prévu par le Guide Vert était plus long mais nous avons les yeux rivés sur le pourcentage de charge électrique restante et l’autonomie de la voiture. Au lieu de visiter Sant’ Antonino nous retournons directement à la borne de l’hôtel Escale-Port ? préférer la recharge à la visite d’un des « plus beaux villages de France », quelle misère ! Pendant que Dominique patiente à la recharge j’en profite pour me baigner sur la belle plage de l’Île Rousse que je longe à la nage aller-retour. L’eau est presque tiède (19-20 degrés), le ciel, voilé.
Nous achetons des farcis au « marché corse » au bord de la route, fraises et clémentines
Le soleil se lève au-dessus des crètes des Agriates à 5h50. Belle lumière mais il fait très frais. Je retourne au lit terminer Banco Atlantico de Jérôme Ferrari. Toujours un bar, dans un village de montagne, des Indépendantistes, jeunes hommes cherchant leur virilité par les armes. Violent, noir, déprimant. Le style de Ferrari fait passer l’ambiance mortifère. L’action se situe dans la décennie 1990-2000. Je me prends à espérer que toutes ces tueries ont cessé à présent.
Le « château » couronnant la colline en face de la terrasse est très bien éclairé. Je sors dessiner.
Le ruisseau Ostriconi étale ses méandres
8h30, nous descendons par Monticello, puis la T30 (route de Bastia) vers la plage de l’Ostriconi à la limite du Désert des Agriates. L’Ostriconi est un ruisseau qui décrit des méandres dans une petite plaine humide entre roseaux, marais et prairies. Il a charrié du sable très blanc. La plage est sauvage. Seule installation : la plateforme du maître-nageur qui surveillera, en saison, la baignade. Le parking est installé environ 1 km à l’écart de la plage qu’il faut rejoindre à pieds. J’emprunte l’ancienne route en corniche bordée de lentisques et d’arbousiers. Des chèvrefeuilles fleurissent au milieu du feuillage des lentisques. Des chardons mauves (Chardons laiteux) se mêlent à d’autres chardons pas encore fleuris. Le panorama est très étendu de l’Île Rousse et son île de la Pietra jusqu’aux crètes des Agriates. C’est une très jolie promenade en balcon mais comment descendre sur la plage ? En revenant sur mes pas je croise deux familles allemandes avec de très jeunes enfants qui s’apprêtent à descendre le versant très raide. Le premier sentier est hasardeux. Le suivant, plus large semble plus facile. Les enfants en sabots en plastique avancent sans crainte. Vers la fin c’est plutôt de l’escalade. Les enfants ont découvert une échelle bien rouillée et bien branlante que j’emprunte après hésitations, espérant que je trouverai un meilleur itinéraire pour le retour.
Dernier obstacle : l’Ostriconi qu’il faut passer à gué.
La plage sauvage de l’Ostriconi
Enfin, je foule la belle plage sauvage de sable blanc et eau turquoise. Je marche les pieds dans l’eau et me trempe jusqu’à la taille sans me lancer parce qu’il n’y a personne dans l’eau. J’ai trouvé le chemin du retour à plat dans le marais entre des roseaux très hauts sur lesquels s’enroulent des liserons aux fleurs blanches. Un petit pont de bois enjambe le ruisseau. Je croise de nombreux touristes, le parcours est facile. J’aurais pu rester beaucoup plus longtemps pour me baigner.
Courses un peu laborieuses au Magasin U qui n’offre que des produits emballés sous plastique. Nous retournons au rayon traiteur du Leclerc et au petit « marché corse » au coin de la route qui propose des fruits et légumes locaux ainsi que des plats cuisinés.
Il fait si bon sur la terrasse du gîte que ce serait bête de ne pas en profiter. Nous déjeunons donc à la maison.
Le sentier de Corbara à Occiglioni
D’innombrables visites, sentiers, balades sont possibles à partir de Corbara. nos hôtes nous ont fourni la documentation des randonnées. Sur le conseil de notre hôtesse, je descends quelques marches cachées dans les hautes herbes du fond du jardin. En face de l’autre côté de la route, un sentier court, sous couvert de beaux chênes et d’oliviers qui l’ombragent. Des murettes basses l’encadrent. La promenade commence par une belle descente puis le sentier se rétrécit devient plus plat, herbu en balcon et toujours la vue sur l’Île Rousse et la mer. Il et bien balisé. Sur une flèche, la destination de Occiglioni, Palmentu, Santa Reparata.
Occiglioni : fontaine et lavoir
Occiglioni est annoncé par son cimetière aux imposants mausolées blancs. Le sentier devient rue pavée encadrée entre des murs. Je passe devant la fontaine et le lavoir avant d’arriver à l’église (fermée) et à la place de l’Orme. Orme touffu entouré par le terrain de pétanque soigné et ratissé avec un café sympathique mais vide. Je passe sous des arches imposantes. Le village paraît vide. La maroquinière sort de son atelier portant un beau cuir jaune. Je fais demi-tour avant d’arriver à Palmentu. Courte mais très jolie promenade
L’île Rousse la tour génoise sur l’île de la Pietra
Par un clair matin, nous descendons directement au Port. A mi-chemin de la digue qui relie l’île à la ville, entre la gare ferroviaire et le port, je réserve une table en terrasse pour midi, au restaurant Via Mare. Dominique entre temps a trouvé le parking idéal sous le phare. Vue panoramique, petit vent frais.
Le phare sur l’île de la Pietra
Une promenade est aménagée : un cheminement agréable en enrobé clair entre les rochers de granite rose. Les fleurs égaient les rochers nus : coquelicots, grosses touffes jaunes des Cinéraires maritimes aux épaisses feuilles découpées argentées qui semble de velours, à ne pas confondre avec les Immortelles de Corse encore en boutons au feuillage plus léger, petites vipérines bleu violacé intense.
Les promeneurs sont nombreux : des femmes en groupe en tenue de randonnée échangent des recettes de cuisines, des joggers pour la course du dimanche matin, touristes de toutes provenance. Le phare est petit tout blanc coiffé de vert. Au retour, je remarque la tour génoise ronde.
A la gare, la foule attend le train des plages qui longe le rivage et va jusqu’à Calvi. Nous l’avions pris autrefois. Il est très pratique et évite les problèmes d’accès et de parking. Le long de la muraille paoline, la promenade est fleurie et ornée de statues. Le long de la mer, elle continue. La Petite Sirène verte sur son rocher semble éplorée avec sa chevelure trempée qui cache son visage.
La petite sirène de l’île Rousse
les rail du train courent le long de la promenade isolant les terrasses des bars et des restaurants.
La grande place Paoli est bien calme. Le marché est cantonné à la halle couverte : charcuterie Corse, fromages fermiers, fruits et légumes, miel et vin. Il y a 6 ans un marché de vêtements était installé sur la place j’avais acheté un maillot de bain, je me réjouissais d’y faire des emplettes. Cette fois-ci, pas de vêtements. Je vais faire un tour dans les deux rues commerçantes pour trouver un T-Shirt.
Ce dimanche matin, la plage est bien animée. Le sable est blanc avec un liseré rose là où la vague vient mourir – corail ou sable rose ? Il fait un peu frais pour nager. Des femmes en tenue de bain font du longe-côte amical plus bavard que sportif.
Nous fêtons mon anniversaire au restaurant Via Mare : mojito, poke bowl au thon cru, avocat, mangue, betterave rouge et riz. Dominique a commandé de très beaux filets de Saint Pierre sur un socle rond d’écrasé de pomme de terre et un lit d’épinards. Pour finir une glace délicieuse.
Il faut charger la voiture électrique. Deux bornes e-Motum se trouvent à l’Hôtel Escale-Port dans la rue en face du restaurant. Je redoute ce moment. A la réception de l’hôtel aucune aide à espérer, la dame ne s’en occupe pas. La manœuvre est simplissime : il suffit de passer la carte e-Motum devant le lecteur le la charge démarre. En revanche, l’hôtesse de Hertz a menti 20 minutes auraient suffi selon-elle. Au bout d’une heure la charge est montée de 70% à 80% et nous allons en perdre en revenant au gîte. Pendant que Dominique reste à la borne, je retourne à la plage et regrette bien de ne pas avoir de maillot. La température a monté et maintenant on se baigne.
la petite chapelle à l’entrée de Corbara
Nous passons le reste de l’après-midi sur notre belle terrasse à préparer les excursions de la semaine. A 20h50 ; le coucher de soleil se prépare. Le ciel est rose, orange. Les nuages empêchent de voir la chute finale mais ils sont très jolis.