Une Tempête – Aimé Césaire

CHALLENGE SHAKESPEARE

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L’île de Prospero est bien sûr aux Antilles!

Aux personnages de Shakespeare:

– « deux précisions supplémentaires :

– ARIEL esclave ethniquement un mulâtre

– CALIBAN : un esclave négre,

une addition ESHU dieu-diable négre »

Si la tragédie est racourcie : trois actes au lieu de  cinq, et 91 pages seulement, Césaire colle beaucoup plus au texte qu’on ne l’imaginerait. Dans la tempête de la 1ère scène les dialogues sont d’une redoutable efficacité comme dans l’anglais shakespearien :

Le Maître : allons les gars! à la manoeuvre! Amenez le hunier!… halez bas! halez bas!

ALONZO : Alors Maître où en sommes nous? Comment se présente la situation?

MAITRE: Selon moi, vous feriez mieux de rester dans vos cabines … »

Scène 2

Miranda : Vous vous moquez, mon père, sauvageonne que je suis, et m’en voyez fort aise! Quelque chose comme la reine des pistils,des pistes et des eaux vives, toujours à courir pieds nus….

Césaire campe une princesse  sauvage avec une personnalité marquée.

Le récit de Prospéro est ancré dans l’Histoire : c’est l’Inquisition qui l’a condamné à la suite de la trahison de son frère. et pourquoi cette condamnation? justment à cause de la découverte de  nouvelles terres, préfigurant la découverte de l’Amérique, des Antilles, justment!

« …insinue et publie contre Dieu et la Création quant à la forme de la terre et à la possibilité de découvvrir d’autres terres, alors qu’il est avéré que le Prophète Isaïe nous apprend que le Seigneur est assis sur le cercle du monde, et qu’en son milieu se trouve Jérusalem… « 

Prospéro, un autre Galilée?

Entrent Ariel puis Caliban, les esclaves. Ce sont eux qui sont au centre de la tragédie et non pas les intrigues des napolitains et des milanais.

Ariel revendique sa liberté promise, gentiment

PROSPERO :Ingrat qui t’a délivré de Sycorax? qui fit bâiller le pin où tu étais enfermé et te délivras?

C’est Shakespeare dans le texte. La réponse d’Ariel est plus exotique:

ARIEL : ….Arbre, un des mots qui m’exaltent! J’y ai pensé souvent: Palmier! Fusant très haut nue nonchalance où nage une élégance de poulpe. Baobab! couceur d’entrailles de monstre! demande le à l’oiseau caloa qui s’y claustre une saison. Ceiba!Eployé au soleil fier…

Caliban revendique sans aucune douceur. c’est son île, qu’il tient de Sycorax, et il se révolte énergiquement:

CALIBAN : Bonjour. mais un bonjour de guêpes, de crapauds, de pustules et de fiente! puisse le jour hâter de dix ans le jour où lees oiseaux du ciel et les bêtes de la terre se rassasieront de ta charogne »

 On comprend que Prospero est le colonisateur et Caliban le révolté ne veut plus qu’on l’appelle Caliban mais X – allusion très claire à Malcolm X. Ariel, le métis se soumet, Caliban trouvera comme alliés Trinculo et Stéphano, alliés objectifs qui cherchent à s’approprier l’île et à détrôner Prospero.

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Au spectacle de Masques, à la pastorale où Junon, Cérès et Iris, jouent pour Miranda et Ferdinand arrive Eshu, le dieu africain

Eshu est un joueur de tours

sacrifiez à Eshu vingt chiens

afin q’il vous joue des tours de cochons.

 

Eshu joue un tour à la Reine

Sa Majesté perd la tête, la voilà qui se lève

et dans la rue sor nue

Eshu joue un tour à la jeune mariée

et la voilà qui le jour de son mariage

se trompe de lit….

 

 

PROSPERO : hélas le mal est fait!

La jolie fête de fiançailles est gâchée. Les   napolitains et les milanais vont-ils repartir vers leurs Dûché et leur Royaume? Pas si simple.

Prospéro se croit indispensable : « que ferais-tu tout seul dans cette île hantée du diable et des tempêtes? » demande-t-il à Caliban

CALIBAN: d’abord me débarasser de toi. Te vomir.  Toi tes pompes,  tes oeuvres! ta blanche toxine! »

C’est la guerre anticoloniale qui est déclarée!

 

 

La Tempête – Shakespeare – Folio trad. Yves Bonnefoy

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Acte I, 1: « Botswain! « la pièce débute  en pleine tempête. Et dans la tempête, les marins ne discourent pas en vers. Ils parent au plus pressé. Courtes phrases qui suggèrent l’urgence. Les passagers, la suite du roi de Naples, sont éconduits, ils gènent la manoeuvre…

« Mercy, we split! we split! »

La scène  est économe de paroles. On doit imaginer seul, les vagues, les éclairs le tonnerre….

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scène2 – Changement de décor et de ton. Prière de Miranda pour que Prospero apaise la tempête qu’il a soulevée.   On devine les immenses pouvoirs du magicien.Le père et la fille se confient. Prospero raconte les origines qu’ignore Miranda . Duc de Milan il a été trahi par son frère Antonio. Cette tempête est sa vengeance.

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Entre Ariel, un esprit de l’air. Nous entrons en pleine magie. Ariel a apporté l’orage des Bermudes sur la Méditerranée. Pur esprit, Ariel, ou esclave? Ariel revendique sa liberté tandis que son  maître lui rappelle qu’il l’a libéré de la prison, fente d’un pin, où l’avait enfermé Sicorax, la sorcière, mère de Caliban. A l’esprit aérien s’oppose l’esclave monstrueux Caliban, fils de la sorcière, contrefait et malfaisant, banni de la hutte de Prospéro après avoir attenté à la vertu de Miranda.

Tandis qu’Ariel chante, survient Ferdinand, naufragé  fils du roi de Naples. Charme de la chanson, magie orchestrée par Prospero? Miranda tombent amoureux.  Coup de foudre sous influence magique!

« Un esprit? Sire comme il est beau!« s’exclame Miranda. « présence divine? »  la jeune fille est conquise

le charme opère aussi pour le jeune homme :« la déesse escorte la musique! Exaucez ma prière, madame »…

Romance après le drame et la magie. C’est le génie de Shakespeare  de changer sans prendre garde de registre. pendant cette seule scène2 .

Acte II,  les naufragés  ont miraculeusement survécu, Gonzalo, le vieux conseillers mais aussi Antonio le traître, Sébasien, le frère du Roi de  Naples qui suivrait volontiers l’exemple du frère félon du Duc de Milan. Luttes de pouvoirs et succession. Traitrise et conspirations. L’intrigue se complique. Tandis qu’à la scène suivante Caliban, l’esclave, Trinculo, le bouffon et Stephano, l’ivrogne jouent une scène de farce et de beuverie. Encore ici, le grand William nous surprend!

L’acte IV est un « masque », une pastorale, un intermède mythologique, féérie que Prospero offre aux jeunes fiancés. Les danses des nymphes et des moissonneurs sont suivies par un nouvel épisode de farce où l’on retrouve les 3 ivrognes nauséabonds qui ont  pataugé dans une mare puante.

Le lecteur  trouve à l’Acte V le dénouement de l’intrigue. Les naufragés sont réunis, les navires intacts, la vengeance accomplie, Ariel libéré, les amants se marieront à Naples. le pardon de Prospero est équivoque. Comment comprendre l’épilogue en vers?

Alors que, généralement, je prise peu le fantastique,  les histoires de sorcières et de magiciens,  je suis étourdie par le rythme endiablé de la pièce. Eblouie par l’imagination du génial conteur!

Dans l’édition Folio, une longue préface du traducteur Yves Bonnefoy précède la pièce.  Analyse savante et très complète. J’ai préféré la lire après! La traduction s’est avérée indispensable, la variété des registres, l’économie de paroles rendent obscurs de nombreux passages pour les non-anglophones.

Prélude pour la Tempête de Shakespeare /L’Île de Prospero L.Durrell

CHALLENGE SHAKESPEARE


J’ai choisi La Tempête, je l’avoue, sur un malentendu : revenant de Corfou, je restais sur le souvenir du livre de Lawrence Durrell L’île de Prospero qui raconte son séjour en 1937 à Kalami nord de Corfou.

Cette île ionienne est-elle le décor de la pièce? Plus je m’intéresse à la Tempête, plus je suis dubitative! Les navires du Roi de Naples reviennent de Tunis. Que viennent-ils faire dans l’Adriatique? Et puis Corfou est une grande île, comment les naufragés pourraient-ils se retrouver si facilement? Corfou, l’île de Nausicaa, d’Alkinous.

C’est l’occasion de relire ce court ouvrage, non pas en y cherchant l’île grecque, si merveilleusement décrite, mais en traquant Shakespeare. Désirant comprendre ce qui justifie le titre : L’île de Prospero. J’ai oublié pour quelques heures mon propos initial pour me perdre dans des baignades, des parties de pêche  au trident, et la légende de Saint Spiridion….dans l’église du Saint, dans la ville de Corfou, je retrouve un indice : « les peintures de naufrages dignes du Douanier Rousseau…« la description de la fête du saint nous plonge dans un décor magique. Indice que le récit du naufrage du Père Nicolas revenant avec du bois d’Igoumenitza? « au milieu du tonnerre et des éclairs l’icône de Saint Spiridion est consultéemais le saint doit être occupé ailleurs…. » annecdote humoristique et si touchante! Traquant Prospero, je trouve Falstaff : « Huxley dit quelque part que les étrangers ignoraient comment se comportaient les anglais jusquj’à l’apparition de Falstaff ». Nouvelle lecture à mon programme : Falstaff!

Continuant ma lecture, je croise Ulysse – Odysséus raconté par un paysan presque illettré,Caton, Cicéron, Néron, Agripine, Guiscard le Normand, Karaghiosis – marionnette populaire – (pas Byron!). Jubilation de ma part.

Ce n’est qu’à la p.104 que le Comte, ami de Durrell, livre la réponse à mon enquête :  Corfou CORCYRA en grec, est l’anagramme de SYCORAX la sorcière, mère de Caliban! et à partir de là toute une démonstration éliminant Lampedusa, l’île la plus proche de Tunis d’où vient la flotte napolitaine revenant du mariage, Malte trop grande et connue, Zante également trop célèbre…les sources d’eau fraîches et sallines que Caliban connaît correspondent, ainsi que les vigne et les bocages de genêts,  les lieux stériles… et qui sait si Shakespeare n’avait pas visité Corfou? avance-t-il.

Comment ai-je pu oublier cette anecdote si pittoresque? Voyageant dans les îles grecques, cet été pas si lointain d’ailleurs, j’étais à la recherche de grécité et non pas de littérature anglaise, sans doute. On ne trouve dans les livres que ce que l’on cherche!  Séduite par les personnages pittoresques, les rivagres albanais, les ruelles vénitiennes, j’avais zappé Shakespeare!

To be or not to be Lubitsch/ Mel Brooks

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Le pire monologue de Hamlet?

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Varsovie, 1939, les autorités polonaises font cesser les représentations d’une revue ridiculisant Hitler et les nazis. The show must go on… au pied levé, l’acteur principal remplacera la bouffonerie par le monologue d’Hamlet. Sa femme, actrice vedette du show, en profite pour inviter un de ses admirateurs, un pilote polonais. La guerre éclate, le pilote se retrouve à Londres et doit sauver la résistance polonaise dénoncée par un agent double qui apporte à la Gestapo la liste des résistants et un étrange message « To be or not to be… »

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Si Hamlet est massacré (exprès) c’est Shylock joué par un comparse (hallebardier)  devant Hitler qui sauvera toute la troupe. Et c’est aussi ce monologue dans ce film qui me réconciliera avec le Marchand de Venise.

Quelle version préférer?

J’aime bien les deux!

 

Orly/le Caire

PREMIER VOYAGE EN EGYPTE 2002

 

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Le lobby de l’hôtel Cosmopolitan et son merveilleux lustre

 

16 février 2002 : Orly 17h

Les formalités d’embarquement sont sécurisées. Des rubans élastiques délimitent des files. On présente à chaque étape son passeport. Le passage des portiques n’est plus une simple formalité. Mon sac sonne. Il me faut tout vider : mon  appareil photo, mon porte monnaie. En salle d’embarquement, je panique, le porte-monnaie n’est plus dans sa cachette! A la boutique Hors Taxe, c’est mon pull et les polaires que j’oublie. Enfin la carte d’embarquementest introuvable. Le voyage commence mal!

Corsair part à l’heure. Le vol durera 4 heures 20 .  De nuit on ne voit rien. Nous nous endormons. Nous arriverons relativement reposées  et surtout moins stressées.

A l’aéroport du Caire, le représentant d’Oriensce nous cueille à la sortie du premier couloir. Toutes les formalités de visas, change, douane et bagages se déroulent par enchantement.

Le taxi traverse Héliopolis, passant devant  des villas délirantes Belle Epoque. Un boulevard monumental nous mène au Caire. La ville est tout à fait éveillée Les magasins de chaussures sont éclairés à trois heures du matin. Les soldes  commencent, on change les étiquettes.
L hôtel Cosmopolitan est illuminé. Je reconnais le hall avec son lustre de cristal monumental en photo sur Internet.

Notre chambre est plus haute que large. Le mobilier est laqué foncé,  vieillot et poussiéreux. Les draps sont impeccables. Nous avons même une petite terrasse, malheureusement jonchée de détritus, suffisante pour griller une cigarette mais pas trop sympathique.

Le Caire : musée, des clés pour comprendre

PREMIER VOYAGE EN EGYPTE 2002

Kephren surmonté d’Horus

 

8H 30 réveil sous un ciel nuageux.
Petit déjeuner dans la salle à manger monumentale un peu défraîchie.Au buffet : viennoiseries, omelettes, purée, des falafels et des vermicelles indéfinissables.

9h30 : Notre guide est une  dame vêtue d’un ensemble en laine grise, jupe longue, gilet et turban de laine. Cette tenue vestimentaire m’inquiète , j’ai revêtu seulement une chemise en jeans sur une chemisette. Est ce que cela suffira ? Zeinab parle un français parfait, appris au couvent, avec le même accent que les cousines.

Musée

Notre taxi est un microbus. Pour arriver au Musée dans le trafic c’est aussi long qu’à pied. Notre guide  court-circuite les queues aux tickets et à la consigne.Nous passons devant tout le monde (non sans entendre des réflexions peu amènes de ceux qui attendent dans la file).

Devant le Musée,  inévitables japonais, mais aussi de nombreux étudiants égyptiens avec de très gros blocs à dessin.

Présentation  de Mariette Pacha puis arrêt devant un bassin contenant un buisson de papyrus et des nénuphars, plantes symbolisant la haute et la Basse Égypte.

Dès l’entrée, une impression de manque de place évident. Les plus belles statues sont les unes contre les autres. Pas de recul pour les mettre en valeur.

Les clés pour comprendre
Zeinab récapitule en trois heures toute l’histoire des pharaons.

Ancien Empire

– la stèle de Narmer.

–  les pharaons des Pyramides : Djoser en calcaire blanc, Chéops, Képhren en pierre dure noire surmonté d’Horus et Mykérinos

Homme peau bronzée, femme peau claire

Zeinab nous donne donc les clés pour comprendre:

– la position des pieds du Pharaon, vivant: en marche; mort, en Osiris, les pieds joints
– la barbe postiche, carrée de son vivant, recourbée, mort.
– Le terme Osiris remplace notre français « feu ».
–  reconnaître les hommes des femmes à la couleur, les hommes sont bronzés, les femmes pas.

 principales divinités:

un truc pour ne pas confondre Anubis, le chacal, et l’animal séthien : regarder les oreilles coupées perpendiculairement de l’animal séthien.

Les scènes familiales sont pleines de tendresse.

Moyen Empire: une tête de Sésostris.

Le Nouvel Empire est peuplé de personnages que j’ai rencontrés dans la littérature.

La grand  Reine Hatcheptsout est une figure légendaire. Zeinab raconte de manière très vivante : Comment s’affirmer comme pharaon ? En revêtant la barbe postiche et en s’habillant en homme.

Au fond d’une salle, deux statues colossales Aménophis III et la Reine Tyi – couple  anticonformiste-  représentés de la même taille. le pharaon avait épousé une syrienne qui avait apporté le monothéisme. Cette religion était restée dans le cercle familial, tandis que leur fils Akhenaton et sa femme Néfertiti ont voulu l étendre à toute l’Egypte. Une révolution artistique double la révolution religieuse: l’esthétique réaliste peut être interprétée par la relation d’Akhenaton avec la divinité unique : Akhenaton n’étant plus qu’un homme, plus besoin de le déifier ou de l’idéaliser comme les autres pharaons.

Toutankhamon:

un demi- étage est consacré au  trésor et au mobilier trouvé dans son tombeau. Quatre chapelles d’or, grands coffres finement ouvragés, s’emboîtent les uns dans les autres, pour une fois, la présentation est astucieuse: une vitre réfléchit la chapelle suivante, Isis et Nephtys, ailes déployées protègent le pharaon. Ce n’est pas la richesse de tous ces ors qui m’impressionne mais plutôt la finesse des orfèvres.

la salle des bijoux .Au centre, le masque fameux, autour, les parures, ce sont elles qui me plaisent le plus : finesse des émaux cloisonnés, des yeux incrustés du cobra et du vautour (symboles de la haute et de la Basse Egypte) . le vautour, avec toutes ses plumes émaillées bleu turquoise, orange cornaline et or m’a surtout impressionnée .Ces motifs se retrouvent sur les pectoraux, les bijoux. Nous sommes éblouies.

Nous admirons aussi le mobilier, trône incrusté avec son marchepied, lit au sommier de palmier tressé, sièges pliants, personnages qui lui servent de serviteurs .A la fin nous n’arrivons plus à nous concentrer.
L’horaire retardé  du vol de Nouvelles Frontières  nous avait supprimé la première après midi de découverte libre du Caire et modifié notre programme de visites. Finalement, un point positif, cette première visite est l’introduction idéale à notre voyage. En trois heures, Zeinab, très pédagogue, a réussi à mettre en place toutes les notions fondamentales : la chronologie des Empires et des figures principales des pharaons, les symboles de la royauté, les analogies avec l’Egypte actuelle quand elle nous présente un personnage assis de l’Ancien Empire comme le modèle de l’Egyptien moderne avec sa petite moustache, son collier bleu.

J’avais pourtant bien préparé ce voyage par une bibliographie monstre. La visite au Musée donne des images là où je n’avais lu que des chronologies indigestes. Les personnages ont maintenant des visages, les présentations sommaires  faites, nous pourrons voir les sites !

Le Caire : déjeuner au bord du Nil – Andréa

PREMIER VOYAGE EN EGYPTE 2002

Andrea sur les bords du Nil

 

 Enfin ! Le Nil !

bâtiments administratifs, puis  hôpitaux, la faculté de médecine où la médaille d’or de Papa doit encore se trouver. Après l’aqueduc de Saladin, les maisons sont misérables, nous avons l’impression de quitter la ville, les berges du Nil sont envahies de roseaux. Une felouque passe avec sa voile.

Andréa

Andréa est une guinguette, il y a même une estrade pour un orchestre, le soir. A midi, elle est presque vide.
Nous passons devant des flamants roses, gris, leurs longues pattes roses et fines soutiennent un corps très léger et un cou immense, quand ils l’étirent ils sont très hauts.
La table est couverte de mézés : aubergines en purée ou miniatures dans de la saumure, choux, salade de pommes de terre, tehina, haricots, fallafels croustillants verts de persil …les pitas sont fines comme des crêpes, toutes petites, incrustées de sésame.
Zeinab disparaît pendant un long quart d’heure, nous n’osons pas commencer sans elle.
On nous apporte une assiette avec un demi poulet grillé, un peu sec, du riz délicieux avec une sorte de sauce bolognaise. Pour dessert : une orange. Café turc pour moi, pour D du thé à la menthe.
Des pêcheurs en barque passent et repassent. Un bac emporte des passagers et des marchandises sur la rive opposée où il y des serres.  L’endroit est très paisible, presque champêtre, malgré des immeubles affreux de l’autre côté de la route.

Le Caire : Citadelle, musée Gayer Anderson,

PREMIER VOYAGE EN EGYPTE 2002

 

Citadelle

 

Fostat – la ville des potiers  – est un curieux chantier. Des rangées de sacs de chaux ou d’argile sont entassés le long de la route, des poteries, alignées.
De  troupeaux de moutons attendent les acheteurs en pleine ville : vendredi prochain c’est l’Aïd El Kébir .En attendant, ils sont nourris de foin et de luzerne sur le trottoir. La présence de ces animaux est incongrue dans la ville. Nous nous dirigeons vers les carrières du Mokkattam face à la Citadelle.

La Citadelle

Elle  est couronnée par la mosquée de Mehémet Ali, très turque. Ses coupoles argentées sont les répliques de Sultanhamet, les minarets très fins sont pourtant différents. Les murs sont revêtus d’albâtre merveilleux. On se déchausse ici en entrant dans la cour immense, des tapis rouges sont déroulés pour faire un cheminement jusqu’à la mosquée. Au centre de la cour, la fontaine aux ablutions est finement décorée encore dans le style turc. Les arcades sont percées de fenêtre garnies de ferronneries par lesquelles on devine la ville en contrebas, les minarets, les coupoles, les minarets …A l’intérieur de la mosquée, un lustre à la mode turque.

De la terrasse, parmi les constructions, se détache le grand rectangle nu de la mosquée d’Ibn Touloun que nous allons visiter.

Musée Gayer Anderson

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Le musée Gayer Anderson est installé dans deux maisons jumelles reliées par un pont. Ces maisons anciennes sont surtout remarquables par leurs balcons de bois fermés qui dépassent des murs. Nous avons rencontré la première fois ce type d’architecture Rethymnon, en Crète, puis à Istanbul. Le musée est meublé merveilleusement. Ce que je préfère ce sont les moucharabiehs. Nous avons laissé les appareils photo à la consigne. Un vieil homme nous accompagne malgré la présence de Zeinab. Il mime avec humour les femmes observant par la fenêtre, de sa main il se cache la bouche pour imiter le voile, puis il imite le fumeur de kif dans les longues pipes et se vautre sur une banquette d’un air béat. Il nous fait découvrir les passages secrets du harem avec un regard malicieux. Ses yeux pétillent de joie.

 

Ibn Touloun

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Dans l’immense cour d’Ibn Touloun,  une paix incroyable règne par comparaison avec l’agitation frénétique du quartier. Le soleil décline, il est près de cinq heures, la lumière est très chaude. Les arcades sont admirables, malheureusement il y a des échafaudages, des bâches en plastiques peu photogéniques.

Je monte à un  curieux minaret qui me fait penser à la tour de Babel.

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Entre-temps, je vais chercher une carte de téléphone. Un jeune homme très obligeant me montre le Central de Téléphone de la place Tahrir beaucoup plus économique. Il paraît très sympathique, mais j’ai du mal à m’en débarrasser je suis forcée d’inventer un mari jaloux qui m’attend à l’hôtel. Je n’ai compris que plusieurs jours plus tard son rôle de rabatteur pour une boutique de parfums.

   Felfela est une sorte de fast- food à l’égyptienne. pour 12 LE (22 F) on sort avec une pita-falafel, et du shwarma.

Retour à Cosmopolitan en compagnie d’André.   Dès les premières marches de l’escalier, scandale ! André n’a pas le droit d’accéder à notre chambre, j’essaie de parlementer, inutile, ordre de la police !

 

Memphis, villages dans la campagne égyptienne

PREMIER VOYAGE EN EGYPTE 2002

 

La route de Memphis

Sur la route de Memphis

Le microbus quitte le Caire pour la campagne, longe un canal d’irrigation .Dans le petit matin brumeux, les champs de luzerne et de fèves sont vert vif. Les palmiers se détachent à contre-jour, silhouettes noires sur un ciel jaune pâle. Dans les villages, des charrettes multicolores sont chargées de bottes de carottes, de sorte de navets ou radis violets, d’artichauts et de choux fleurs, les pyramides d’oranges alternent avec les régimes de bananes.

Des buffles partent aux champs, gris massifs, étranges. Beaucoup d’ânes aussi. D’étranges pigeonniers en bois ressemblent à des miradors posés sur les toits. D’autres sont maçonnés tous coniques percées de gros trous ronds.

Les villages sont très peuplés. Des femmes portent des charges sur la tête. Nous aimerions descendre du taxi, profiter de l’atmosphère rurale, faire des photos.C’est hors programme.

Zeinab  fait un cours sur les divinités antiques, parle des triades.  Memphis,est  la ville de Ptah, le dieu coiffé d’un bonnet, dieu fondateur, qui; par la parole donne la vie. Elle trace toute une cosmogonie, de la naissance de la Terre sortie de l’eau.

Mythologie

Nous écoutons d’une oreille distraite, captivées par le spectacle de la campagne égyptienne. Je l’entends nous raconter les tribus nomades venues s’installer sur les bords du Nil. Ces nomades considéraient comme des divinités tout ce qui les dépassait, les bêtes féroces. Puis comparaison avec la Genèse. Triades : Isis, Osiris, Horus, aussi Ptah, Sekhmet et … Nous aimerions seulement regarder les paysans du Nil.

Memphis

Colosse de Ramsès II couché

Un musée de plein  air est  situé  dans un petit parc près de la palmeraie.
Des colosses: l’un debout en granite, un autre en albâtre couché sous un abri.
Nous rendons visite à Ptah, le dieu au crâne caché sous un bonnet rond, sur la stèle la triade Ptah, Sekhmet et Pharaon.

Saqqarah

PREMIER VOYAGE EN EGYPTE 2002

Pyramide à degrés

 

Nous quittons la palmeraie  pour arriver à Saqqarah dans le désert.

Notre première pyramide!   La pyramide à degrés de Djoser. Au guichet qui vend les permis de photographier, je suis très bien accueillie comme française, on me parle de Lauer, c’est plus sympathique que Chirac ou Zidane!

Nous entrons sous une colonnade, la première en pierre, due à Imhotep ! D se fait hisser au sommet par le guide, elle a bien du mal à nous rejoindre !
La fête du Jubilée  devait prouver que Pharaon était encore apte à régner.  Il devait donc combattre un taureau sauvage et courir sept fois autour de la cour. Cette histoire de taureau m’est familière, elle me fait penser à Cnossos et aux Crétois aussi à Christian Jacq où Ramsès enfant fut confronté à l’épreuve du taureau sauvage par son père Sethi 1er. Nous voyons les chapelles restaurées par Lauer. Cette restauration est discrète. Tout un chapitre du livre d’entretien avec Lauer que j’ai lu y est consacré.

Zeinab nous laisse seules. Un jeune militaire en armes nous escorte. Des chameliers  nous proposent un « taxi », les montures sont pomponnées, heureusement ils n’insistent pas trop. Le policier nous conduit derrière la pyramide au serdab : une pierre percée à la hauteur des yeux : la statue de Djoser nous regarde les yeux fixant le soleil levant. Au loin les pyramides de Dachour.

Mastaba de Mere Roka

Mere Roka, haut fonctionnaire des pharaons Ounas et Têti, vétérinaire. Les murs de la tombe sont finement ciselés. A l’entrée, un calendrier ancien : le croissant de lune représente le mois, quatre croissants forment une saison. Trois saisons dans l’année : l’Inondation avec des vagues figurant l’eau, un hiéroglyphe en carré évidé vers le bas ressemblant à une maison pour , le travail des champs,  la troisième  saison : l’hiver  est celle des récoltes .

Dans la première pièce, une scène de pêche :les différents poissons du Nil sont dessinés en détail une sauterelle dans l’herbe, une, grenouille …Des processions de serviteurs apportent au défunt tous les présents nécessaires.  Certains portent plusieurs canards par le cou, des oies, des paniers de fruits…. Le réalisme est saisissant, on voit ces paysans de la 6ème dynastie, il y a 4500 ans/ La beauté est à couper le souffle.

Des ouvriers prennent soin des tombeaux, comblant la moindre fissure d’enduit. Ils nous proposent la truelle, prétexte à bakchich bien sûr, mais démarche combien sympathique !

La pyramide de Téti

La pyramide de Téti n’est pas spectaculaire vue de l’extérieur, mais on peut la visiter et elle est couverte d’inscriptions, de formules magiques. Je m’engouffre avec enthousiasme sur un plan  incliné dans une étroite galerie où il faut se plier en deux pour marcher. Ce que je découvre n’est peut être pas spectaculaire pour le non initié à la lecture des hiéroglyphes mais c’est très excitant de se trouver sous une pyramide !

Ecole de Tapis

La limite entre désert et terres cultivées est très nette. Nous passons sans nous arrêter devant le complexe d’Ounas en fouille. Puis nous nous retrouvons dans la campagne verdoyante vers Memphis. Nous nous arrêtons dans une « école de tapis » qui est un atelier où travaillent des enfants sur d’énormes métiers. Au dessus, il y a bien sûr, une galerie marchande. Méfiantes, nous ne sommes pas convaincues par « l’école » et évitons de tomber dans le piège de la galerie. Nous préférons rester au dehors à regarder la campagne.