L’idée de lecture commune Book Trip EN MER me plait bien et à la suite de Claudialucia
Le Douanier Rousseau : Bateau dans la tempête
J’ai téléchargé cette nouvelle de Jules Verne qui est inépuisable, et me déçoit rarement. Lecture facile, une aventure en mer, mais aussi historique et instructive. une des conséquences de la Guerre de Sécession est l’arrêt de l’exportation de coton par les Etats Confédérés
La plus importante matière de l’exportation américaine manquait sur la place de Glasgow. La famine du coton, pour employer l’énergique expression anglaise, devenait de jour en jour plus menaçante
Coïncidence amusante, je viens de terminer les mémoires de Davidoff – le Juif qui voulait sauver le Tsar, et cette demande en coton a été à l’origine de la fortune des ancêtres des Davidoff avec l’essor de la culture du coton en Ouzbékistan.
Un négociant écossais affrète donc un navire particulièrement rapide qui forcera le blocus de Charleston, livrant des armes aux Confédérés, sans se soucier des causes du conflit et de l‘abolition de l’esclavage. La moralité du commerce apparait en filigrane
« mais enfin il dut reconnaître, entre autres choses, que la question de l’esclavage était une question principale dans la guerre des États-Unis, qu’il fallait la trancher définitivement et en finir avec ces dernières horreurs des temps barbares.
[…]je ne vous répondrai que par un mot : je suis négociant, et, comme tel, je ne me préoccupe que des intérêts de ma maison. Je cherche le gain partout où il se présente.
[…] Ainsi, quand vous vendez aux Chinois l’opium qui les abrutit, vous êtes aussi coupable qu’en ce moment où vous fournissez aux gens du Sud les moyens de continuer une guerre criminelle ! »
Bien sûr, il y a le plaisir de la navigation, une histoire d’amour qui se trame (cousue de fil blanc), presque une bataille navale…. de l’action, des surprises. Un bon, mais court Jules Verne!
la Partie de Cartes façon Street Art au Panier à Marseille
Avec Si on bouquinait et Nathalie
Il y a tout pile 50 ans, le 18 avril 1974, décédait Marcel Pagnol . Patrice de Si on bouquinait a eu l’idée de célébrer cet anniversaire par une lecture commune. Il a choisi Jean de Florette
Rejoint par Nathalie qui vient de terminer un livre sur la Peste de 1720 à Marseille et qui a lu Les Pestiférés
J’avais oublié la date de la lecture commune. C’est le matin-même, sur FranceMusique que j’ai reconnu la voix de Pagnol qu’il fallait deviner. Et que je me suis rendue compte que je serai en retard pour la Lecture Commune.
Le soir-même j’ai téléchargé Les Pestiférés qui est une longue nouvelle (67 pages, le chapitre 9 Du Temps des Amours) que j’ai lu dans la foulée, d’une traite et avec grand plaisir.
« Il y a tant de maladies qui nous viennent par les navires ! dit le capitaine. Je connais cent sortes de fièvres, et c’esttoujours la même chose : une grande chaleur de la peau, des plaques rouges, des plaques noires, du pus, des vomissements, et on n’y comprend rien… Quand il en meurt beaucoup, on dit que c’est la peste, et ceux qui restent meurent de peur. – Surtout à Marseille ! »
Une placette, à flanc de coteau, bordée de maisons bourgeoises et de quelques boutiques. Maître Pancrace, médecin très estimé va organiser la petite communauté composée de notables pour survivre à l’épidémie de Peste qui a ravagé Marseille en 1720. Le Capitaine, Marius Véran, armateur enrichi par la Traite Atlantique, Maître Passacaille, le notaire, Maître Combaroux drapier fort riche, mais aussi fort dévot. En plus des notables, les commerçants, Romuald, le boucher, Arsène, mercier-regrattier, Félicien le boulanger. Et bien sûr, des femmes, des enfants, des vieillards.
Pancrace, dès le début de l’épidémie, alerte ses voisins. il revient du port où 3 portefaix sont morts dans les infirmeries. Dès qu’il est sûr que c’est bien la peste, il rassemble les hommes, ses voisins, leur fait part de la nouvelle.
Les premières mesures sont plutôt simples : brûler tous les effets qui auraient pu être en contact avec la maladie, et se laver soigneusement au vinaigre. Il organise le confinement:
« Enfin, tous ceux qui auront été obligés de quitter notre placette pour aller à leurs affaires devront dès leur retour prendre un bain d’eau vinaigrée et se savonner du haut en bas, très consciencieusement. Ce sont des précautions peu obligeantes, mais qui suffiront à nous préserver, du moins pour le moment. »
Pour survivre, il faut aussi mettre en commun les provisions, fabriquer des lotions avec des herbes médicinales : rue, menthe, romarin et absinthe macérées dans le vinaigre donnent le Vinaigre des Quatre voleurs détruisant les insectes qui propagent la contagion.
« J’allais justement dire, s’écria Pancrace, que dans toutes les épidémies les ordres religieux cloîtrés n’ont même jamais entendu parler du fléau qui faisait rage autour de leurs couvents. Eh bien, mes amis, nous allons suivre leur exemple, qui est fort peu honorable pour des moines qui devraient tout sacrifier à la charité chrétienne, mais qui convient parfaitement à des citoyens chargés de famille. »
Toute la communauté va vivre cloitrée à l’image des religieux.
Seul le drapier dévot va désobéir pour suivre la messe comme chaque jour malgré les injonctions de Pancrace
« je vous déclare, dit le docteur, qu’il faut renoncer à la messe pour quelques temps. Le Bon Dieu qui nous voit saura bien que ce n’est pas par manque de zèle : il n’ignore pas, en effet, qu’une église, comme d’ailleurs tous les lieux de réunion, est un très dangereux foyer de contagion. »
Il reviendra avec la Peste mais n’entrera pas.
Désinfections, confinements, surveillance, utilisation d’eau non contaminée. Cela nous rappelle quelques souvenirs.
Quand la ville sera tellement ravagée que seul le feu peut lutter contre la contagion, il leur faudra fuir le quartier.
Mais je ne vous racontera pas comment, il faut bien ménager un peu de surprises!
Cette Peste de 1720 est très célèbre, au Château d’If une plaque rappelle que le capitaine du navire responsable de l’épidémie, y fut enfermé.
Et pour revenir à la Célébration des 50 ans de la mort de Pagnol, j’ai écouté sur l’appli Radio-France un excellent podcast où Fernandelraconte Pagnol cinéaste. LES NUITS DE FRANCE CULTURE : Marcel Pagnol raconté par Fernandel – dimanche 14 avril 2024 CLIC
Après notre voyage en Ouzbékistan et la visite de la synagogue de Boukhara j’ai été très curieuse de connaitre les Juifs boukhariotes surtout dans le début du XXème siècle avec la Révolution de 1917. Le sous–titre « le Juif qui voulait sauver le Tsar » m’a aussi intriguée.
Nathan Davidoff (1880 -1977) fut un homme d’affaires, un négociant en textiles, un capitaine d’industrie qui a pris d’abord la succession d’une affaire de famille florissante avant d’étendre ses activités à diverses branches.
La Communauté juive de Boukhara a un statut original : dès 1833, les Juifs boukhariotes furent autorisés à adhérer aux guildes commerciales et à résider dans certains territoires de l’Empire russe. en 1866 et 1872, ils obtinrent la nationalité russe. Le territoire du Turkestan ancien (actuel Ouzbékistan) est sur la Route de la Soie, et après la Guerre de Sécession américaine, quand le coton vint à manquer sur le marché mondial, un territoire de plantation du coton. Les Juifs traditionnellement étaient négociants de fils.
La famille de Nathan Davidoff établie à Tachkent et Kokand possédait des carderies et une fortune assez considérable. Le jeune Nathan Davidoff participa d’abord à l’affaire familiale avant de s’établir à son compte. Le journal raconte par le menu l’extension de ses activités commerciales et industrielles. Très gros travailleur, il savait se faire apprécier aussi bien des banquiers que de ses collaborateurs. Plus intéressé par le commerce qu’avide d’argent, il savait négocier les meilleurs prix sans étrangler ni ses clients ni ses concurrents. Il n’hésitait pas à se rendre en personne à Moscou auprès de son oncle d’abord, puis pour son compte personnel. Il a su étendre ses activités à d’autres branches comme les mines de charbon, et une concession ferroviaire pour le transport, des forêts et une scierie….
En bon négociant, il a su rendre service à toutes sortes de personnages, aussi bien dans l’entourage du Tsar qu’auprès des révolutionnaires. Par ses relations, il a eu conscience à temps de ce que la révolution bolchevique était inéluctable. Il a donc essayé de convaincre le Tsar de fuir ou tout au moins de faire passer la frontière à sa famille.
Ces mémoires détaillent les opérations commerciales et financières, il faut lire en diagonale toutes les transactions qui sont répétitives. Mais au fil de la lecture on apprend comment vivaient les Russes à Moscou et à la campagne.
Cependant, il ne faut pas chercher de folklore, ou de description de Boukhara, Tachkent ou Samarcande qui nous font tant rêver. La vie de la communauté juive est plutôt évoquée dans les notes que le petit fils de Nathan a ajoutées. De même, le procès antisémite qui lui fut intenté et qui se termina par un non-lieu.
Ces mémoires sont un témoignage précieux pour qui s’intéresse à cette région d’Asie Centrale et au début du XXème siècle.
« C’est simple : quand une œuvre n’existe pas, tu dois l’acheter avec de l’argent qui n’existe pas. Ça marche comme ça. Comme tout le reste, d’ailleurs. L’argent et l’art sont deux visages identiques qui se regardent dans le miroir. Le fric spécule de lui-même pour engendrer plus de fric, venu de nulle part, comme du faux argent, si tu veux. Le pognon va au pognon. Et toi, après, t’achètes le rien. T’achètes une œuvre qui n’existe pas, qui n’est, au mieux, qu’une idée. Ce rien-là vient se ventouser à l’autre rien, et ils se font un bisou. »
La Documenta 14 s’est déroulée en juillet 2017 à Athènes. l’auteur grec Makis Malafekas a situé l’action du roman Dans les Règles de l’artau cours de cet évènement. Le narrateur, Mikhaelis Krokos, écrivain grec, arrive à Athènes pour la sortie de son livre sur John Coltrane. Mauvais timing, qui se soucie de Coltrane alors que la ville bruisse d’installations et d’évènements autour de la Documenta?
L’écrivain va se trouver mêlé à une affaire très louche qui commence par le vol d’un tableau et qui va prendre une tournure sanglante avec l’assassinat d’un spécialiste dans la restauration de tableaux, puis un autre cambriolage, des chantages et des menaces. Les évènements s’enchaînent à un rythme d’enfer dans ce thriller étonnant.
Satire des milieux très sophistiqués et très artificiels de l’Art Contemporain où seuls les initiés peuvent apprécier œuvres et installations.
Quand on a accusé Damien Hirst d’avoir sacrifié l’Art sur l’autel de la Mort, de s’être agenouillé devant le Veau d’or de l’argent, il est allé prendre un vrai veau et il l’a plongé dans un aquarium de formol, en réponse à tous ses détracteurs. Et moi je dis QU’IL A BIEN FAIT. Parce que, précisément, il n’y a rien de mieux que de
prendre les choses au pied de la lettre »
En revanche, il est question de gros sous, de blanchiment d’argent, un Hacker au pseudo transparent d’Aswang menace de dévoiler tout un trafic international…Le thriller prend des allures de roman d’espionnage….
Pour celui ou celle qui espérait un peu de dépaysement en Grèce, soleil et mer bleue, c’est raté. Pas d’antiquités, ni de visites de l’Acropole. En dehors d’un court séjour à Hydra sous la canicule. Les décors sont plutôt les cafés branchés d’Exarchia, les bars gays louches, les cocktails de la Documenta. pas d’ouzo,du Lagavulin, le vin n’est pas du retsiné mais plutôt additionné de substances illicites. Pour le folklore grec, vous repasserez!
J’ai eu la curiosité de chercher un peu plus sur la Documenta 14 et Le Monde a une archive qui traite des aspects financiers, des rapports entre l’Allemagne et la Grèce sur fond de Grexit, de prêts, et de diplomatie. Le thriller gagne en épaisseur :
Sur le papier, l’idée d’une greffe à Athènes était louable, comme l’était l’ambition de collaborer avec des institutions helléniques moribondes. Pour autant, la Documenta n’a pas été accueillie à bras ouverts, loin s’en faut. Certains commentateurs grecs ont réduit l’opération à une tentative d’hégémonie libérale et à un tourisme de crise. De nombreux militants et acteurs culturels locaux se sont aussi sentis écartés. En riposte, la Biennale d’Athènes, qui se tenait en même temps avec un budget bien moindre, s’est intitulée « En attendant les Barbares ».
Un thriller d’espionnage, une satire des milieux de l’art contemporain sur un rythme d’enfer. Pas si mal!
Contempler pendant deux heures un tableau (avec quelques autres) et ne pas en être lassée, le quitter à regret. Avoir tant de plaisir à le découvrir que les échanges se sont fait entre inconnus, envie de partager les découvertes, de s’étonner ensemble. Chercher avec les visiteurs le détail qu’on ne trouverait qu’avec de très bons yeux, le découvrir (ou pas) nous n’avons pas trouvé le lapin dans le jardin)…Telle est la grande réussite de cette exposition autour du chef d’œuvre de Van Eyck récemment restauré.
Il faut mériter cette visite après un haut escalier jusqu’ à la Salle de la Chapelle.
Face à l’entrée, en majesté, on remarque d’abord les deux personnages, la Vierge enveloppée d’un riche manteau rouge, Nicolas Rolin, agenouillé revêtu d’un riche manteau brun bordé de fourrure. Contrastant avec le rouge : le bleu du tissu drapant le prie-Dieu, et celui de la robe de l’ange qui tient la couronne. A travers trois arcades, un paysage limité par les Alpes enneigées.
Nicolas Rolin en prière – Rogier Van der Weyden
Un circuit s’impose avant de revenir au tableau. Portraits de Nicolas Rolin, (1396 – 1467),personnage considérable: Chancelier du Duc de Bourgogne, Philippe le bon, que je découvre sur le parchemin. Le Duc est en noir et tout proche Nicolas Rolin. Nicolas Rolin est le fondateur des Hospices de Beaune
Philippe le bon reçoit le livre – Rogier Van der Weyden
Une série de portraits de Van Eyck, Campin, Rogier van der Weyden, montre comment les peintres flamands s’attachaient à représenter les personnages ressemblants.
Jacques Daret : Présentation au Temple
Une autre section montre des éléments d’architecture ; les chapiteaux de pierre de Corbie (Picardie) ou Moissac avec des entrelacs sont des éléments du décor présents dans nombreux tableaux comme la Présentation au temple de Jacques Daret (Daret est l’élève de Campin)
Annonciation Van Eyck (détail inscriptions)
L’Annonciation de Jan Van Eyck m’a beaucoup intriguée. pourquoi l’inscription correspondant aux paroles de l’ange sont-elles lisibles et la réponse de la Vierge a les lettres inversées, retournées. Une dame américaine a trouvé avec son smartphone la réponse sur un site en anglais: les mots de Gabriel, à l’endroit, tandis que la réponse à l’envers sont destinées à Dieu. J’ai apprécié cet échange avec une visiteuse, vrai partage. Ensemble nous observons les 7 lumières de Dieu et le Saint Esprit (colombe) descendant d’un vitrail sur la Vierge.
Annonciation – jan Van Eyck
j’ai mieux vu la colombe et admiré le soin des dessins du pavement.
Une section s’intitule : Deux fonctions pour un objet . De son vivant Nicolas Rolin transportait partout La Vierge, l’envers était peint d’un faux marbre coloré, véritable tableau abstrait. Après sa mort il devait être placé à côté de son tombeau.
Une 4ème section : Rencontre présente la confrontation d’un homme (ou une femme, ou le spectateur du tableau) face au divin. Divers procédés doivent montrer la différence : changement d’échelle ou vue au pieds de la Vierge, le spectateur est imaginé agenouillé. dans la Vierge de Lucques
Jan Van Eyck – Vierge de Lucques
j’ai bien aimé cette Vierge allaitante.
5ème salle Paysage : la paysage de la Vierge du Chancelier Rolin montre une grande ville avec de nombreux clochers, un château sur une île, au milieu d’une campagne prospère . Cette image de la prospérité m’a fait penser au Bon Gouvernement de Sienne. Le fleuve central fait ressentir la profondeur de champ.
6ème salle Jardin et Petits guides dans le tableau de la Vierge de Rolin on voit un jardin suspendu. Le thème du « jardin clos » est une image de la pureté de la Vierge. Dans ce jardin figurent des fleurs et des animaux (lapin, pie, paons) qui ornent aussi les marges des manuscrits de l’époque comme le Codex Cocharelli ou ce petit tableau de la Vierge au Paradis où l’enfant Jésus joue avec un psaltérion présenté par des anges. Les petits guides penchés au dessus des créneaux se retrouvent dans de nombreux tableaux
Campin – Nativité
Il est temps de revenir au tableau de Van Eyck et, de le scruter pour chercher les détails : le jardin suspendu avec les fleurs et les oiseaux (pies), je n’ai pas vu le lapin pourtant cherché avec d’autres visiteurs. Les petits personnages des créneaux (petits guides) nous montrent le paysage. Celui qui porte un turban rouge serait-il Jan Van Eyck lui-même?
Pour une exploration du paysage une animation en macrophotographie nous permet de nous promener dans la ville à la sortie de la messe, sur le pont avec les nombreux personnages, souvent noirs mais égayés de rouge et de bleu (comme les dominantes du tableau). Des taches jaunes marquent la lumière, sur les clochetons, ou même dans les arbres. L’exploration du paysage s’apparente à une méditation. Promenade en suivant les petits personnages qui cheminent ou en admirant l’architecture des nombreuses églises….
Une conférencière cite le site Closer to Van Eyck qui donne des études de détail en macrophotographie d’autres œuvres du peintre.
Théodore Rousseau (1812 – 1867), peintre paysager, peintre de Barbizon, fut un des premiers à alerter sur la fragilité des écosystèmes forestiers et à militer pour la protection de la Forêt de Fontainebleau. Cette rétrospective Rousseau nous fait connaître le peintre que personnellement je confondais avec son ami Jean-François Millet et présente les peintres de Barbizon ainsi que leur action en faveur de la protection de la forêt.
Dès 1829, Théodore Rousseau renonce à concourir pour le Prix de Rome et partir en voyage, en Auvergne (1831), en Normandie (1831-1832) …
Le Mont Blanc vu du col de la Faucille
Un grand tableau fait face à la porte d’entrée : Le Mont Blanc vu du col de la Faucille grand tableau panoramique où se déchaînent les éléments. Il peint des paysages sur de petits formats selon diverses techniques
paysage avec ciel orageux (huile)
Ciels romantiques et éléments déchaînés avec d’épais traits de pinceaux sur lequel se détachent des arbres exécutés avec soin.
j’ai aussi bien aimé cette aquarelle rehaussée de gouache du Village en Normandie et le paysage d’Auvergne aux effets de brume romantiques rappelant un peu Turner. Quelques maisons, quelques personnages mais ce ne sont pas les sujets principaux dans un décor agreste.
Paysage d’Auvergne
Rousseau expérimente de nombreuses techniques, de nombreuses matières il associe dessin à la plume, pochoir, gouache, aquarelle parfois sur un même tableau comme cette étude d’arbre sous le vent
Paysage boisé sous le vent (crayon pochoir)
Rousseau prend les arbres comme sujet de sa peinture, il peint des troncs au sol. Il dessine au crayon Conté, au fusain, à la plume attentif aux détails. Plus tard à Barbizon, en compagnie des photographes il expérimente une technique hybride entre la photographie et la gravure : le « cliché-verre »
cliché-verre
Rousseau se promenant dans la forêt a une illumination, il entend la voix des arbres. Il considère les végétaux comme des personnages. Autant les humains dans ses paysages sont minuscules, dérisoires, autant les arbres, surtout les chênes sont majestueux.
Intérieur de la forêt Le Grand Dormoir
Avec ses amis artistes de Barbizon, et des écrivains, George Sand, Victor Hugo, Chopin…il se mobilise pour la défense de la forêt de Fontainebleau mise en danger par les autorités mettant en coupe rase la forêt, abattant les vieux chênes pour semer des pins pour le bois de chauffage et la construction. Pour les romantiques, les grands pins sont des monuments, des témoins du temps passé tandis que les pins sont des intrus. Ils estiment aussi que les aménagements touristiques sont aussi une menace. Dans l’exposition, don présente le guide Denecourt (1851 et c’est déjà la 5ème édition) et la carte de 5 circuits aménagés. En 1852 Théodore Rousseau se fait le porte-voix de la Forêt de Fontainebleau et écrit au Duc de Morny. En 1853 : création de la Réserve artistique de la forêt, première réserve naturelle au monde avant le Parc naturel de Yellowstone (1872).
le massacre des innocents ; Abattage de chênes dans l’île de Croissy
Et si ce sujet de la défense de la Forêt de Fontainebleau vous intéresse en ce moment il y a des podcasts passionnants :
Constantin Brancusi (1876 – 1957) est arrivé à pied de Roumanie en 1904 mais il a travaillé à Paris et a légué son atelier à la France. On pouvait le visiter jusqu’à très récemment au pied du Musée Pompidou, sur l’esplanade de Beaubourg. Brancusi est chez lui!
Portrait de Brancusi par Kokoschka
Je connaissais ses colonnes sans fin je me souvenais de ces tabourets de bois brut, les outils pour travailler le bois de son atelier
Atelier de Brancusi
Il considérait son atelier comme une œuvre d’art : quand il vendait une œuvre, il la remplaçait par un plâtre identique ou une copie pour ne pas modifier l’ensemble. J’imaginais donc une œuvre plutôt brute, avec le travail du bois rappelant les magnifiques portails des fermes roumaines ou les églises de bois que j’ai beaucoup aimés.
Petite fille française, les premiers pas
les sculptures présentées ici me réservent des surprises et l’ensemble des travaux de Brancusi sont beaucoup plus variés que je ne l’imaginais. Contraste entre les 3 coqs blancs qui symbolisent la blancheur de l’atelier soulignée par les visiteurs
3 coqs blancs
A peine avons-nous quitté cette clarté, cette blancheur que nous découvrons la Muse endormie, qui contraste avec la blancheur mate, par son éblouissant poli. Difficile de faire une photo de la muse qui reflète les passants et la lumière des spots. La photo sera ratée! Ovale très doux à côté des pointes aigües. D’une douceur infinie!
idole cycladique et corps féminin
Duelles, des sculptures se confrontent deux à deux. Les marbres du Sommeil de Rodin et celui de Brancusi qui préfigure la muse endormie. Brancusi a travaillé dans l’atelier de Rodin. Se font face une tête d’Aphrodite hellénistique et le torse d’une jeune fille. La tête ibérique associée à la Danaïde fur volée et donnée à Picasso
Tête ibérique et danaïde
Autre duo, autres influences : Gauguin
Gauguin/Brancusi
Et bien entendu, la statuaire africaine, comme Picasso, Brancusi visitait le Musée du Trocadéro.
L’enfant endormi et les stylisations
la salle suivante présente des documents originaux : diplômes roumains, photographies de familles et correspondance de Brancusi avec Cendrars, Picabia; Arp, Tsara, Fernand Léger, Duchamp… Démêlés avec la justice américaine à propos des oiseauxque la douane américaine voulait taxer sans reconnaître leur statut d’œuvre d’art
les oiseaux prêts à s’envoler sur les toits de Paris
Scandale de la Princesse X,vierge ou verge? Elle a choqué et fut retirée du Salon des Indépendants. Une statue masculine ressemble plutôt à un nu féminin. Confusion des genres?
Portraits de femmes
j’ai beaucoup aimé ces portraits de femmes et les oiseaux.
oiseau doré
Diversité des sujets, portraits de ses amis, aussi des animaux. Des phoques, une tortue, des coqs, photographie de ses chiens. Brancusi était aussi photographe….
Et que dire de Léda – cygne?- sur un piédestal tournant dans une salle obscure circulaire où les visiteurs peuvent s’asseoir sur les bancs et méditer, se reposer, rêver devant la statue tournante.
On ne fera pas l’impasse devant les colonnes sans fin et la porte des baisers qu’il a installé dans sa ville
« Le février Missak Manouchian entre au Panthéon, avec son épouse Mélinée. L’histoire mérite d’être connue et reconnue. Missak, le militant, le résistant est une figure digne d’être honorée. Mais je suis saisie par un double sentiment, celui d’une injustice à l’égard des autres résistants étrangers fusillés en même temps que lui par les nazis et d’Olga Bancic guillotinée ; celui d’un malaise devant un récit historique qui distord les faits pour construire une légende »
Ce court essai (46 pages) est une leçon d’histoire, rigoureuse.
La légende de l’Affiche Rouge a été construite à plusieurs reprises.
Par les nazis d’abord, qui ne firent pas figurer tous les résistants mais surtout les juifs, ce qui correspondait à la propagande de l’époque. Choisir parmi les résistants du FTP-MOI ceux qui étaient juifs quitte à qualifier Celestino Alfonso de « juif espagnol »de « ne pas mettre sur l’affiche » le français Rouxel. Attribuer un nombre fantaisiste d’attentat à chacun. Les mettre en scène….Sur les 23 condamnés seuls dix figurent sur l’affiche, 7 juifs sur les dix présents alors qu’ils étaient douze sur les vingt trois fusillés…
Tous étaient FTP-MOI . Missak Manouchian ne remplaça Boris Holban qu’en aout 1943. Officiellement, le « groupe Manouchian » n’a jamais existé sous ce nom, affirme l’auteur….
Annette Wieviorka étudie dans le détail les personnalités de ces combattants du FTP-MOI, loin de la légende ou de la propagande sans éluder la trahison .
Légende de l’Affiche Rouge entretenue par le poème d’Aragon publié dans l’Humanité en 1955 dont elle livre une première version. . En 1959 Léo Ferré le met en musique, reprise par de nombreux artistes jusqu’aux rappeurs et Feu Chatterton.
Légende portée au cinéma ici encore des libertés sont prises par rapport à l’histoire.
La panthéonisation a privilégié la légende à la vérité historique, privilégié deux hérosà la reconnaissance du collectif
« Le « groupe » est donc devenu un couple, plutôt glamour, les « étrangers » les seuls Arméniens ; les Italiens, Espagnols, Juifs de toutes nationalités et les Français, compagnons de ce combat solidaire, passent au mieux au second plan, deviennent invisibles ou noyés dans la vaste catégorie des « étrangers » privés de noms. »
Saine lecture en temps de « réécritures de l’histoire » et de « vérités alternatives »
J’ai découvert Nathanaelle Herbelin en l’écoutant sur un podcast de Grand Canal . Etrange manière de faire connaissance avec une plasticienne que de l’écouter à la radio. Comme j’avais déjà prévu d’aller voir la grande exposition sur l’Impressionnisme j’étais impatiente de voir les tableaux qu’elle avait si bien décrits.
Cette artiste franco-israélienne, née en Israël mais basée souvent à Paris, a beaucoup fréquenté le Musée d’Orsay . Elle se sent un peu l’héritière des Nabis avec qui elle est exposée. Elle partage de nombreux sujets comme des peintures d’intérieur, de la vie quotidienne simple, avec des chats.
Layla
j’ai aimé ses tableaux tendres et intimes (parfois très intimes comme l’épilation) très tendres avec des gestes d’amour.
la chambre des Erythréens à Levanda
j’ai aimé qu’elle s’attache aux Erythréens, migrants africains arrivés en Israël et malheureusement souvent discriminés.
l’attention non divisée
Je ne suis pas sûre que de partager les cimaises avec Bonnard ou Vuillard mette en valeur les œuvres de la plasticienne contemporaine. Quand ses tableaux sont mêlés on a tendance à aller d’abord aux tableaux connus, comparer. Et la comparaison peut être cruelle.
Le Journal télévisé nous livre chaque jour des images de villes dévastées, de tranchées, de militaires en treillis…nous nous sommes habitués à ces nouvelles d’une guerre qui dure, dure….J’ai eu envie de mettre des individus, des Ukrainiens derrière ces images inhumaines, de voir des hommes vivre.
Kourkov, l’auteur desAbeilles Grises m’a appris que la guerre a commencé en 2014 et qu’avant l’invasion russe de 2022 elle se poursuivait avec ses cortèges de destructions. J’ai beaucoup aimé ce livre j’ai donc lu Le Pingouin et l‘Oreille de Kiev .polar historique se déroulant en 2019.
Le journal d’une invasionse présente donc comme un Journal de bord où l’auteur note au jour le jour ses réflexions
le 29.12.2021.« Adieu Delta! bonjour omicron! » Ainsi commence ce journal à la veille de la nouvelle année.
le 3.01.2022« Pas un mot sur la guerre! » Alors que les présidents font leur vœux : Porochenko, l’ancien le premier, Poutine ensuite et Zelensky enfin. « Kyiv est imperturbable restaurants et cafés pleins à craquer »
05.01.2022 :un récit de Noël, des réflexions sur les séries télévisées ukrainiennes regardées aussi bien par les ukrainiens et les russes, le journal relate des visites entre amis, des considérations sur les cantines scolaires….j’apprends beaucoup de chose sur la vie quotidienne des Ukrainiens avant l’invasion
« Entre le virus et la guerre » Un mois avant l’invasion l’auteur passe quelques jours à la campagne. Nous faisons la connaissance de ses voisins. les maisons d’édition ont des problèmes d’approvisionnement de papier. Il évoque aussi les problèmes linguistiques et la réécriture de l’histoire « corrigée comme un roman ». Smartphone et sauna entre amis, modernité et traditions…Ce n’est pas encore un journal de guerre mais on la sent s’approcher.
le 23.02.2022, à la veille de l’invasion la tension est palpable, mais ce n’est pas encore la panique, note l’auteur qui a de nombreux projet : un film d’après son roman, un cours sur l’histoire du roman policier.
Le 24. 02.2022, « Dernier bortch à Kyiv » . L’auteur se préoccupe des étrangers, étudiants, amis qui vivent à Kyiv. .
Début mars, ils commencent à ressentir la réalité de la guerre et partent se réfugier à la campagne puis encore plus à l’Ouest. On partage leur exode et celui des Ukrainiens plus loin du front. L’auteur raconte d’autres exodes, des déportations, des traumatismes historiques comme la tragédie de l’Holodomor et le Goulag. Dans ce journal, se mêlent vie quotidienne, réflexions politiques et historiques. Et toujours avec humour!
le 08.03.2022 le titre est « Quand le pain se mêle de sang » la boulangerie a été bombardée. On ne peut pas toujours écrire dans la légèreté!
…Ainsi jusqu’au mois de juillet, Kourkov nous fait partager son quotidien et ses réflexions. Et comme c’est un excellent conteur on ne s’ennuie jamais.
Merci pour ces tranches de vie qui nous rapprochent des Ukrainiens en guerre.!