Une chose à Cacher – Elizabeth George – les Presses de la Cité

MASSE CRITIQUE DE BABELIO

Tout d’abord merci à Babélio et à l’éditeur qui m’ont offert ce livre!

Quand je l’ai découvert dans ma boîte aux lettres, j’ai été étonnée par son poids (820 g) 652 pages, grand format! Promesse d’un long moment de lecture? Pas du tout, les pages se tournent toutes seules.  C’est un de ces romans addictifs dont on veut connaître la fin et qu’on ne lâche pas. 

L’autrice  aborde un problème douloureux souvent occulté : l‘excision et plus généralement les violences faites aux femmes. L’action se déroule à Londres dans la communauté nigériane habitant le Nord- Est de Londres et aussi dans les quartiers plus chics de Belgravia, Chelsea ou Twickenham pour les blancs. Dans ce gros bouquin l’éditeur aurait pu insérer un plan du Grand Londres pour que les francophones se situent un  peu mieux. L’auteure montre les contrastes entre les modes de vie des privilégiés et des africains nouvellement installés à Londres. Il s’agit plus de différences culturelles que socio-économique : les Africains de l’histoire, commerçants ou artisans sont plutôt prospères. Cependant le racisme est très présent. Racisme dont souffrent les Africains, ainsi que préjugés anti-blancs tenaces : communautarisme exacerbé qui explique l’attachement à certaines coutumes comme l’excision. 

Dans la première partie, l’auteure présente une foule de personnages. Il faut s’accrocher pour les distinguer, comprendre qui sont les protagonistes, qui sont les policiers. Chacun semble pris dans un mariage dysfonctionnel, dans une situation personnelle particulière. Si bien qu’on n’a aucune idée de ce qui va se passer.

La victime  n’apparait qu’après une bonne centaine de pages :  une policière noire qui faisait partie d’une brigade travaillant  sur les violences faites aux femmes. Les policiers vont enquêter sur le meurtre d’une collègue, cela n’est pas facile….

Je n’en dirai pas plus. Sujet intéressant. Rebondissements. Au lecteur de découvrir.

Un bémol, cependant : dans une intrigue si compliquée, est-on forcé de s’appesantir sur les nombreux cafés, chauds, brûlants ou tièdes, ou sur les en-cas de l’enquêtrice boulimique et les marques de whisky de son collègue plus select. Cela décrit une ambiance, mais glisser aurait économisé au moins une cinquantaines de pages inutiles à l’action.

 

 

Le Moine Noir -Anton Tchekhov

RUSSIE

Le Moine Noir de Serebrennikov 

Je n’ai malheureusement pas pu assister à la pièce en Avignon.  Dans la cour du Palais des Papes cela devait avoir plus d’allure que sur mon écran. J’ai même eu du mal à rentrer dans l’histoire, redite trois fois avec des petites variations, mais en trois langues différentes dans un décor très noir. Je me suis quand même laissée emporter et j’ai découvert le final spectaculaire avec enthousiasme.

Le moine noir : la nouvelle de Tchekhov

Avant de regarder la captation d’Avignon j’aurais été mieux inspirée de lire la nouvelle, j’aurais mieux compris et identifié les personnages. j’ai eu une hésitation avec les personnages féminins puisque Srebennikov a dédoublé et même triplé Kovrine, pourquoi pas Tania?

Finalement le metteur en scène est beaucoup plus fidèle au texte que je ne l’imaginais – on peut monter Tchekhov de manière très variée et moderne – j’ai beaucoup aimé les diverses mises en scène d’Oncle Vania récemment celle de Weber.

 « Il y a mille ans, un moine, vêtu de noir, cheminait dans le désert, en Syrie ou en Arabie. À quelques mètres de
l’endroit où il passait, des pêcheurs virent un autre moine qui marchait lentement sur l’eau d’un lac. Le second moine était un mirage. Perdez de vue maintenant toutes les lois de l’optique que la légende, semble-t-il, ignore, et écoutez ce qui suit. De ce mirage en naquit un second, du second un troisième,

[…]
en sorte que l’image du moine noir se transmit à l’infini d’une couche de l’atmosphère dans l’autre. On la voyait
tantôt en Afrique, tantôt en Espagne, tantôt aux Indes, tantôt dans l’extrême Nord… Elle sortit enfin des limites
de l’atmosphère terrestre, et, maintenant elle erre dans l’univers entier, sans pouvoir se trouver jamais dans des
conditions où elle pourrait disparaître. Peut-être est-elle maintenant dans la planète Mars ou dans quelque étoilede la Croix du Sud. « 

La découverte de la folie par Kovrine, les différentes hallucinations sont racontée par Tchékhov mais exagérées jusqu’au ballet fascinant de derviches tourneurs à Avignon en un  final extraordinaire.

Des Rives aux Pistes – De Vigneux-sur-Seine à Orly en passant par Ablon et Athis-Mons

VOYAGE METROPOLITAIN

Rives de Seine à l’écluse d’Ablon

Explorer le Grand Paris, à pied. Ecouter ce que les riverains ont à nous raconter. Echanger les points de vue et les regards, regards affutés des spécialistes, urbanistes, architectes ou paysagistes, points de vue naïfs des randonneurs lambda, passants d’occasion…

Boucle dans Vigneux-sur-Seine

Skyline avec les 7 gratte-ciels avant leur démolition

La balade a commencé à la Gare du RER D à Vigneux-sur-Seine à la découverte du dernier gratte-ciel de la Croix Blanche . Autrefois 7 tours formaient une Skyline culminant dans la campagne à 24 étages. Il en reste un aux ouvertures fermées par du contre-plaqué, en attente de désamiantage et de rénovation.

le 27 en attente de rénovation

Le panneau officiel date le début des travaux à 2019. Entre-temps Covid et confinements sont passés par là. Des panneaux colorés proposent aux futurs acquéreurs une opération immobilière de prestige sous le patronage de lAtelier Castro Denissof Associés, Cette Tour 27 aurait été acquise pour un € symbolique, le projet fait état de services partagés, d’une terrasse partagée au 15ème étage, d’un jardin suspendu au 18ème….A suivre….

Port aux cerises

Un petit kilomètre peine plus loin, nous entrons dans la Base de Loisirs du Port aux Cerises étang et ruisseaux. Les sablières et gravières ont permis de construire routes, voies ferrées et bâtiments du Grand Paris. Après avoir dragué la Seine pour extraire le sable, on a creusé dans les alluvions, et laissé des trous de taille diverses alimentés par la nappe phréatique, les pluies et crues de la Seine. Depuis des décennies, les habitants ont utilisé pour leurs loisirs ces étendues d’eau. Les travaux paysagers ont été réalisés vers la fin du XXème siècle. Le nom provient de l’ancien port d’approvisionnement des marchés parisiens en fruits frais au XVIIIe siècle. Occasion de réfléchir aux trous, mais aussi aux buttes résultant  des grands travaux (entre autres ceux des nouvelles lignes du Métro du Grand Paris). Paysages anthropisés, néanmoins réserves de nature.  

Une petite route tranquille bordé d’un long mur passe à côté d’une belle ferme ancienne, la Ferme de Noisy. A l’intérieur du vaste paysage boisé se cache le Château de Port Courcel dont l’histoire est assez mystérieuse d’après le site de la Ville de Vigneux  les premières traces datent du 15ème siècle faisant état d’un bac à Port Courcel, d’un château. Depuis 1842, c’est le domaine de la famille Chodron de Courcel. Nous entendrons parler de cette famille (qui est celle de Bernadette Chirac) à plusieurs reprise dans notre promenade à Athis-Mons.

Un panneau discret explique que le triangle compris entre la petite route et la Seine serait un site protégé pour les oiseaux, chauve-souris, l’écureuil roux et certains reptiles. « compensation » pour un bétonnage qu’on ne cite pas. Pour permettre des réalisations artificialisant les sols, il faut « compenser » Quelle bétonisation permet aux oiseaux, écureuils et chauves-souris de vivre tranquillement à Port-Courcel ? Mystère!

Ecluse d’Ablon

Lécluse d’Ablon

Nous traversons la Seine sur la passerelle de l’écluse d’Ablon. Nous sommes accueillis par la responsable des écluses de la Seine et de la Marne de la région (de Nogent sur Marne à Ablon) . Elle nous explique le principe des écluses pour la navigation. Le souci est de maintenir le  niveau d’eau suffisant pour la navigation. En cas d’étiage, il faut demander aux retenues d’eau en amont des lâchers d’eau (Lacs d’Orient pour la Seine). Nous sommes invitées dans la salle de commande où se trouvent une batteries d’écrans pour visualiser les écluses et les bateaux. L’écluse d’Ablon a deux passages : rive droite, plus large pour les péniches et gros bateau, rive gauche seuls les petits peuvent passer. 

Ablon

D’Ablon nous ne verrons que le Parc des Soeurs . Ablon se trouve dans le couloir aérien et la conférencière, pourtant équipée d’un micro, doit arrêter ses explications quand passe un avion. 

Athis-Mons 

Le clocher 12ème siècle d’Athis

 Sur les pentes, on cultivait la vigne qui donnait un vin agréable,  sur le plateau, les céréales. Athis-Mons est la réunion de deux villages, deux grosses fermes dont il reste quelques vestiges, la ferme de Mons a gardé sa grange ancienne (15ème siècle) et  la ferme d’Athis un bâtiment avec une tourelle où logeait un intendant qui fut déplacé au 18ème siècle parce qu’il se trouvait dans la cour du château d’Athis. L’église était à Athis il reste un clocher du XIIème siècle.  Avec le phylloxéra, la vigne a disparu. 

Belle villa de Mons en meulière

L’arrivée de la voie ferrée dans la vallée de la Seine a changé le paysage : la colline de Mons s’est construite d’élégantes maisons de villégiature pour les parisiens fortunés : architecture éclectique, régionalistes avec maisons basques, normandes ou italianisantes. Une constante : l’utilisation de la meulière. la voie ferrée n’a pas apporté que des visiteurs pacifiques. Elle a aussi été la cible de bombardements et de destructions massives, le triage était visé. 

Bel endroit pour un pique-nique!

Nous nous promenons dans cet agréable quartier résidentiel et arrivons dans au Jardin Paul Jovet « Un Jardin à partager » , jardin participatif géré par une association. Chacun participe aux tâches. Jardin botanique, jardin d’agrément, cultivé selon les règles de la permaculture, agrémenté de plusieurs bassins hébergeant une faune diverse d’invertébrés et de batraciens. Il y a  même un poulailler avec un « pouloduc » tunnel reliant l’espace pour la nuit et un autre espace où on les nourrit. L’aménagement du jardin correspond à la destruction de villas importantes en vue de l’édification l’édification d’un pont routier qui devait relier la RN6 de Montgeron  par Vigneux jusqu’à  l’aéroport d’Orly, enjambant ainsi la Seine et permettant aux camions d’accéder directement à l’aux zones de fret aériens. Ce viaduc, imaginé dans les années 60, reste encore comme une menace suspendue  sur le quartier, le projet a été réactualisé en 2019. Les habitants d’Athis-Mons sont vent debout contre ce projet. il n’en est malheureusement pas de même de ceux de Juvisy ou de Villeneuve-Saint-Georges  dont les routes et les ponts sont congestionnés par des bouchons. 

maison de la Banlieue et de l’Architecture (ancienne maire-école)

Après un pique-nique dans cet endroit de rêve nous poursuivons la randonnée par des sentes très pentues qui nous conduisent sur le plateau à la ferme de Mons puis au village d’Athis. Nous passons devant un lavoir alimenté par une source. les sources sont nombreuses sur la pente. Nous visitons le village d’Athis et faisons un arrêt à la Maison de la Banlieue où se trouve une belle exposition sur le thème du regard que l’on peut poser sur la Banlieue, regard ou plutôt regards pluriels. Je reconnais  les  pochoirs de C215 et la photographie de la chorégraphe Bintou Dembélé que j’avais admiré dans les Indes Galantes. Le café offert est le bienvenu avant de repartir pour de nouvelles découvertes. 

Le Château d’Athis héberge maintenant l’ établissement scolaire privé Saint Charles  (lycée et post-bac). C’est un imposant château construit au 17e siècle, par Messire Thibault de la BROUSSE, vendu en 1743à Mademoiselle de Charolais petite fille de Louis XIV, qui  fit agrandir la cour d’honneur en lui donnant de justes proportions, avec une grille en demi-lune, flanquée de pavillons symétriques.  En 1881, le Baron de Courcel devient le nouveau propriétaire et fait construire les deux tourelles et la bibliothèque. On retrouve donc la famille Chodron de Courcel! Elle était aussi propriétaire du très joli pavillon qui héberge maintenant l’Hôtel de Ville d’Athis-Mons Mademoiselle de Charolais  en fit une dépendance du Château d’Athis et fit construire un nymphée. La vue de la terrasse sur toute la vallée de la Seine est très étendue, on reconnait Montgeron, Vigneux, Juvisy, Grigny… et la Forêt de Sénart.

mairie d’Athis-Mons

L’urbanisation d’Athis-Mons se fit par lotissement du plateau, d’abord en habitat pavillonnaire puis récemment en immeubles.  Une petite cité-jardin aux maisons roses et aux potagers encore bien cultivés est l’occasion de revenir sur ce concept social des Cités-jardins. Le paysage se modifie, des arbres ombragent des pelouses vertes entourant des maisons basses à l’américaine sans clôtures.

cité de l’Air

C’est la Cité de l’Air en bordure des pistes de l’aérodrome, construite en 1946 pour le personnel de l’aéroport et le personnel navigant. Verdure et calme, malgré la proximité des pistes on n’entend pas un avion, les couloirs aériens ne passent pas par là. Etrangement, ce quartier n’est pas privilégié, au contraire des pavillons sont murés, ils ont été squattés, on y a installé des réfugiés et une rénovation est prévue avec la construction d’un écoquartier. 

Orly Delta Concorde

la balade se termine au Musée Delta om nous sommes attendus. Visite du Concorde prévue. 

Sur le toit de l’enfer – Ilaria Tuti – la Bête noire

POLAR ITALIEN

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Je suis toujours curieuse de découvrir une nouvelle série de polars. En revanche, je suis mauvaise cliente pour les diableries, monstres et enfer. Ne croyant ni à Dieu ni à Diable, j’ai tendance à être agacée par ces références au Bien ou au Mal . Je n’ai pas fait attention au titre mais j’ai eu un peu de recul comme dans les livres de Dolorès Redondo ou Illiska sous-titré « le Mal » de l’islandais Erikur Norddahl, je ne crois pas aux monstres non plus. Ce roman a eu raison de mes réticences à la fin que, bien sûr, il n’est pas question de divulgâcher.

L’histoire se déroule dans les montagnes italiennes à la frontière de l’Autriche dans un village enclavé, jaloux de sa culture, de son territoire, très solidaire, qui préfère garder ses secrets que de collaborer avec la police italienne. Même le policier local se sent plus tenu à l’omerta qu’à faire avancer l’enquête. Montagnes abruptes, forêts sauvages, grottes inexplorées. Le terrain n’est pas facile pour l’équipe de policiers sous la direction du commissaire Battaglia…Commissaire atypique, Teresa Battaglia, la soixantaine, diabétique,  un caractère de cochon mais très appréciée de ses lieutenants qui lui sont aveuglement dévoués.

Un premier crime horrible, la victime est énuclée, les yeux ont été arrachés, fait penser à un meurtrier monstrueux, criminel en série. En effet, d’autres victimes suivront….Je commence à tiquer : gore, trop gore! Et puis les criminels monstrueux, ce n’est pas ma tasse de thé.

Ilaria Tuti a monté une intrigue haletante, je me laisse prendre par cette lecture addictive avec mauvaise grâce d’abord, puis hameçonnée. C’est très bien fait avec ce qu’il faut de mystère et de rebondissements. La fin est surprenante, Teresa Battaglia est une femme,  non seulement intelligente, mais pleine d’empathie, très sympathique sous ses abords grognons. 

Lisez-le, c’est une lecture surprenante.

les silences d’Ogliano – Elena Piacentini – Actes sud (2022)

POLAR MEDITERRANEEN

Elena Piacentini est une écrivaine d’origine corse dont j’ai déjà lu un roman policier : Un Corse à Lille CLIC

Les Silences d’Ogliano se déroule dans une île méditerranéenne : Corse, Sardaigne ou Sicile, j’ai aussi pensé à la Calabre. Pays de mafia, de bandits et culture de l’Omerta qui est la traduction littérale du titre. Pays de maquis où l’on peut se cacher, illusion de liberté, doublé dans le roman de grottes et de cavernes. Le livre s’ouvre sur les funérailles d’un mauvais sujet, « officiellement leveur de liège  braconnier et voleur de bétail » cinq étrangers louches sont présents. 

En même temps, le Baron, son fils et sa ravissante femmes viennent prendre leurs quartiers d’été. Deux mondes coexistent : les misérables et les nobles propriétaires.

Libero, le narrateur, est un jeune homme, encore lycéen, le fils de l’institutrice ami du fils du baron comme des jeunes du village. Entre ces deux mondes. Roman d’apprentissage ou d’amour? Libero connait comme sa poche la montagne. Roman de nature?

Je n’ai pas envie d’en dire plus. L’intrigue vous conduira dans des lieux secrets et vous découvrirez les secrets que Les Silences d’Ogliano recèlent. C’est une lecture addictive, très agréable, dépaysante. Et puis, en filigrane Antigone de Sophocle, ne peut que me plaire.

Cependant, j’ai été un peu agacée par le machisme, la virilité célébrée, même si elle est très couleur locale. Surprenant d’une écrivaine, ce rôle mineur dévoué aux femmes sainte mama ou putain, il y a aussi l’alternative folle… Antigone qui dit NON vaut mieux que cela.

Oskar Kokoschka – un fauve à Vienne -MAM

Exposition temporaire jusqu’au 23 février 2023

Oskar Kokoschka – Autoportrait 1917

Un enfant terrible à Vienne(1904-1916)

C’est ainsi que s’ouvre cette exposition sous-titrée « Un fauve à Vienne » qu’on associe volontiers aux acteurs de la Sécession viennoise (Klimt et Schiele) mais aussi aux expressionnistes par la crudité du dessin, l’expression des portraits où les mains  et le regard intense traduisent le caractère du sujet

Le joueur de Transe

Oskar Kokoschka excelle dans les portraits et l’exposition du MAM les a mis en valeur en choisissant un petit nombre et en accrochant sur un mur blanc ou noir. Il a aussi peint des paysages et comme ses contemporains a illustré des livres, fait des séries de gravure. Deux peintures aux sujets religieux m’ont étonné comme le Saint suaire et Véronique ou une étrange Annonciation. 

Véronique et le suaire

Original ce dessus de cheminée, image de mariage dans le style de la Renaissance

Hans et Erica Tieze portrait de mariage à la mode Renaissance

Ses portraits sont très intéressants

Carl Moll

Si les portraits dominent, l’œuvre viennoise est variée comme les séries de gravures et dessins très fins des cycles graphiques , ses collaborations avec la Presse Der Sturm d’Adolf Loos, ses illustrations et affiches, les éventails offerts à Alma Mahler avec qui il a entretenu une relation amoureuse et fait des voyages.

Träumenden Knaben (illustration)

Engagé militaire dans la Grande Guerre, il fut deux fois blessé. On le voit en photo avec son camarade le peintre hongrois Rippl Ronaï. Il a également fait des pastels et des dessins de guerre.

les années de Dresde (1916-1923)

Blessé, réformé il fait une dépression et il est soigné dans un centre de convalescence près de Dresde. 

Autoportrait au chevalet

Sa peinture devient plus colorée, moins empâtée avec plus d’à-plat

Diptyque Hans Mordersteig et Carl Georg

Voyages et séjour à Paris

Dans cette section sont accrochés des paysages colorés de Marseille, Annecy. Il voyage en Afrique du Nord : beau portrait Le Marabout de Temocine. Il exécute aussi des séries d’animaux : chevreuil, lion, tortues géantes ou Poissons sur une plage de Djerba

Poissons sur une plage de Djerba

Résistance à Prague 

mais sa peinture n’est pas appréciée, 5 de ses tableaux sont décrochés du Musée de Dresde et il s’exile à Prague. Sa peinture figurera dans une exposition nazie d’Art Dégénéré. En 1937 il se représente lui-même en artiste dégénéré dans une attitude en même temps de tristesse et de défi

Autoportrait en Artiste Dégénéré (1937)

Exil en Angleterre (1938-1946)

Les peintures que je retenues sont des allégories politiques comme L’Anschluss

Anschluss: Alice au pays des merveilles

ou le Crabe

le Crabe

Sur une plage britannique le crabe monstrueux cache une scène de noyade

L’oeuf rouge

tandis que dans l’oeuf rouge les accords de Munich sont mis en scène avec ma figure colossale de Mussolini, Hitler grimaçant, la France, un chat indolent et la Grande Bretagne détourne le regard.

un artiste européen (1946-1980)

Autoportrait 1969

Il s’établit en Suisse et reprendra sa nationalité autrichienne en 1975. Il continue à peindre et dessiner (suite lithographique de pan sur un thème de Hamsun

Cette très belle rétrospective m’a fait découvrir un peintre dont je ne connaissais que ses oeuvres viennoises de jeunesse.

Garouste au Centre Pompidou

Exposition temporaire jusqu’au 2 janvier 2023

Garouste : L’étudiant et l’autre moi-même

J’avais découvert Garouste au Musée de la Nature et de la Chasse dans une présentation du tableau Diane et Actéon qui m’avait bien intéressée CLIC

Pinocchio

Je ne connaissais pas la vaste production du peintre et cette rétrospective au Centre Pompidou a été une surprise. : elle retrace son œuvre sur une quarantaine d’années et se répartit sur plus de 18 salles (+ la chronologie). Il faut prévoir une bonne après-midi et peut-être, comme moi, vous fatiguerez avant la fin ; ce qui est dommage parce que les œuvres les plus récentes sont passionnantes.

EN CHEMIN LE PASSEUR S’INVITE DANS LES SALLES OBSCURES DU PALACE

Garouste, avant d’être un peintre reconnu à part entière se consacra à la décoration et au décor de théâtre. Il construisit une installation La Règle du Jeu avec des objets, des piquets figurant des personnages, un masque, des énigmes. Une série de tableaux  ayant aussi pour titre La Règle du Jeu représente une comédie policière, dispersant les énigmes comme au Cluedo. J’ai passé un peu trop de temps à chercher les indices…

Adhara

Après les décors on en arrive avec de très grands formats à des peintures impressionnantes: dans une atmosphère sombre, deux personnages, l’un d’eux, yeux bandés l’autre accompagné d’un chien, semblent dédoublés : sont-ils Le Classique et l’Indien, figures récurrentes à cette époque? D’autres tableaux sombres, gris ou bruns ont des titres lourds de significations, Constellations, Orthros et le Classique.

Orthros et le classique

Orthros est le chien bicéphale, psychopompe, dit le cartel je remarque une grande maîtrise dans le dessin. En même temps je cherche à mobiliser les souvenirs de la mythologie grecque, sans succès. Un autre tableau s’appelle Orion, encore une constellation, encore de la mythologie. Colomba, encore une constellation mais aussi des allusions littéraires à Prosper Mérimée, et à Henry James avec l’Image dans le le Tapis. 

Garouste nourrit sa peinture de clins d’oeil, un Déjeuner sur l’herbe est composé de  deux femmes habillées et d’un homme nu. Dans la Chambre rouge, encore une inversion aux codes habituels : l’homme git sur le lit alangui tandis que la femme est debout. 

La chambre Rouge

Personnages à l’antique (lutteurs) et nature morte géante avec un énorme vase bleu qui revient à plusieurs reprises dans la série de tableaux. La couleur violente fait apparition dans les années 1985. Le Commandeur, sa statue renversée sont aussi des sujets de la série.  La salle suivante nous plonge dans l‘Enfer de Dante avec des allusions à Delacroix avec le bateau qui conduit Dante et Virgile

Dante

Inspirée de Rabelais, La Dive Bacbuc, une curieuse installation cylindrique, peinte aussi bien dehors qu’à l’intérieur, visible par des œilletons. 

Don Quichotte et les livres brûlés

Cervantès aussi : un portrait de Quichotte avec la figure de J. M. Ribes

Le théâtre de Don Quichotte

On voit maintenant les ânes qui vont peupler nombreux tableaux. Ânes bibliques ou non

Balaam 2005
L’ânesse et la Figue

l »âne et les ânesses figurent dans  nombreux tableaux y compris dans Le Pont de Varsovie et les ânesses

le Pont de Varsovie et les ânesses 2017

Comme j’ai beaucoup de sympathie pour les ânes je les ai photographiés!

A partir de 1990 Garouste s’intéresse à l’hébreu, aux épisodes bibliques mais aussi au Talmud et au Midrach. Il Illustre la Haggadah de Pessah et la Meguilat Esther.

 

Meguilat Esther

Une grande trilogie prend pour sujet Pourim : les masques m’avaient fait penser à Venise avant que je ne lise le titre,

Pourim

Nombreux tableaux sur des thèmes juifs, aussi bien bibliques que plus modernes comme les portraits de Kafka que de rabbins. Celui qui m’a touchée c’est la sculpture de Jonas une arche avec une voile sur des vagues qui contient dans un tiroir secret 4 chapitres du livre de Jonas pliés en leporello (livre accordéon) en hébreu, français, phénicien, yiddisch, latin, allemand. 

Jonas

A vrai dire, je suis arrivée fatiguée et saturée dans ces dernières salles aux thèmes juifs qui sont très intéressantes et j’ai regretté de ne plus être assez concentrée pour m’y consacrer plus sérieusement.

Pourim : le festin d’Esther

 

David Golder – Irène Némirovsky

Je n’ai rien lu d’Irène Némirovsky. Anne Berest dans la Carte Postale a cité cet ouvrage que j’ai téléchargé.  Les soeurs Rabinovitch connaissaient Irène Némirovsky et j’ai cru comprendre qu’elles l’appréciaient. 

Naturellement. Immédiatement. Je désirais posséder le Caucase tout entier. Je désirais avoir le monopole du
raffinage et être le seul distributeur dans le monde des produits du pétrole russe. Golder eut un mince sourire.
— C’était trop, comme vous disiez tout à l’heure. Ils n’aiment pas donner aux étrangers une force économique, politique, par conséquent, trop grande.

David Golder est un homme d’affaires, parti de rien. De Russie, il a émigré aux Etats Unis,, a épousé Golda, plus riche que lui. David Golder a le sens des affaires, financier, boursicoteur, il a édifié une fortune colossale. Il s’apprête à acheter des parts dans les champs pétrolifères russes. L’affaire est risquée, son associé, ruiné, vient de se suicider quand David Golder rejoint sa femme et sa fille dans leur propriété de Biarritz. Dans le train, il a une attaque dont il ne se remet pas.

A Biarritz, on mène grande vie dépensant l’argent inépuisable de David Golder. Sa femme qui lui impose son amant est particulièrement déplaisante. Joyce, à peine vingt ans, minaude et ne songe qu’à lui soutirer des fonds  David Golder est lucide mais lui cède.

Aimé ! Toi ? David Golder ? Mais est-ce qu’on t’aime, toi ? Est-ce que tu veux donner ton argent à ta Joyce,
parce que tu crois qu’elle t’aime, par hasard ? Mais elle aussi, c’est ton argent seulement, qu’elle aime, va, vieil
imbécile !… Elle est partie, hein ? ta Joyce ?… Elle t’a laissé, vieux, malade, seul !… Ta Joyce !… Mais quand
tu étais malade, tu te rappelles, à la mort, elle dansait ce soir-là… Moi, du moins, je suis restée, par pudeur…
Elle ? elle dansera le jour de ton enterrement, imbécile ! Ah, oui, elle t’aime, elle !…

Il est terrassé par une nouvelle crise cardiaque. Alors qu’il ne vivait que pour les affaires, il craint pour sa vie.  Sa réaction étonne son entourage. Il dit non à ces parasites, vend meubles et propriétés et vit une vie misérable à Paris. Jusqu’à ce que la chance tourne à nouveau….

On se croirait dans un roman de Balzac, en très très noir. Golder correspond aux clichés  antisémites d’époque (1930).  D’ailleurs, le livre a été assez mal compris et accueilli. Irène Némirovsky, juive a-t-elle écrit un livre antisémite? Bien sûr, elle s’en défend, clame sa judéité, sera déportée et mourra à Auschwitz.

Il faudra que je poursuive la lecture de cette écrivaine pour me faire une idée plus solide. En tout cas c’est très bien écrit!

la mort était en Troie – Bilge Karasu – Kontr

MASSE CRITIQUE DE BABEL

Le titre a attiré mon attention. Tout ce qui touche le monde homérique m’attire immanquablement. C’est raté! Aucune allusion aux héros, Troyens ou Grecs. D’où vient ce titre? Je croyais trouver l’énigme avant la fin du roman, je reste perplexe. D’autant plus que la mort, elle-même, est assez peu présente dans l’histoire.

Est-ce un roman? un recueil de nouvelles? des poèmes en prose?

Chacun des chapitres est daté d’une année différente de 1952 à 1956. Racontent-ils une même histoire? Les narrateurs changent, l’ordre chronologique est chamboulé. J’ai du mal à identifier les narrateurs. Le lecteur est bousculé par tant d’incertitudes. Flous,  les lieux et les temps. Quelques indications : dans un des chapitres la Seconde Guerre mondiale vient d’éclater, simple incise qui n’influera en rien l’histoire. Où se trouve donc Sarikum? D’après Google, sur la Mer Noire, c’est bien loin de Troie, loin d’Istanbul où se déroulent certaines histoires. Le style de l’écriture déconcerte le lecteur.

Il me faut assembler les pièces d’un puzzle pour identifier les personnages et reconstruire l’histoire de Müsfik. Müsfik aime les garçons, il est fasciné par les yeux verts. Amours compliquées, certains de ses amants sont mariés, amours souvent chastes, le plus souvent clandestines. A la limite de la folie, souvent incohérent.

Au bout d’une centaine de pages, je m’attache à Müsfik, à son village et à sa famille. La dernière partie du récit est plus classique, le style  s’assagit. Müsfik ose exprimer ses sentiments amoureux. J’ai à peu près reconstitué l’image du puzzle mais je ne connaîtrai pas la fin de l’histoire. Dommage, je serais bien restée plus longtemps à ma promener dans les vignes, sur le bord de mer, à croiser les chats. Un univers étrange!

Hôtel de la Marine : deux magnifiques collections, Al Thani et Gulbenkian

TRESORS

Rhyton : cerf or et cornaline

Emerveillée! Eblouie! Ebahie! Etourdie!

Devant tant de splendeurs, me voici sans voix!

D’abord l’écrin : toutes les glaces et les dorures de cet Hôtel de la Marine restauré. 

Collection Al Thani

Comme un coffre-fort secret, comme la grotte d’Ali Baba, « sésame ouvre-toi!« , le trésor s’ouvre sur mon passage, d’abord quasi obscurité,  dans la salle noire brillent des centaines de petites étoiles, fleurettes dorées suspendues en guirlandes légères et brillantes.  Des vitrines éclairées sur des socles noirs, très sobres contiennent les plus beaux chefs d’œuvres façonnés, pour certains dans la nuit des temps, de toutes provenances. 

Contemplatrice d’étoiles – Anatolie (3300-2500 av JC)

Ma préférée est la Contemplatrice d’étoiles de marbre blanc qui ressemble aux idoles cycladiques. Son nom vient de l’étrange posture de la tête horizontale vers le ciel alors que sa silhouette suggère la fertilité. Beauté absolue, vieille de 5000 ans.

Ours affectueux  Chine han (206 av .JC -25 apr. JC)

Le petit ours doré qui se gratte derrière l’oreille faisait partie d’un groupe de quatre poids pour tenir un tapis. Il est craquant. 

J’ai aussi admiré le Rhyton cerf (ci-dessus) la tête  rouge en forme de masque de la Reine Hatshepsout. Dans cette pièce on voit aussi un masque mexicain incrusté de jade (200-600 apr. JC) qui voisine avec la coupe de vin de Jahangir (1607-168) finement ciselée de plusieurs calligraphies persanes. 

tête de sumérien en quartzite

La galerie des têtes va de la Sumer antique  à l’Egypte avec une princesse amarnienne, Sérapis et le Nigéria,

africain Nigéria

en passant par un masque du Guatemala, ou un dieu hindou d’Asie Centrale.

Buste d’Hadrien

Le buste d’Hadrien qui a appartenu à Frédéric II de Hohenstaufen est-il une sculpture romaine restaurée au XIII ème siècle, une lettre retrouvée attesterait l’antiquité de la tête de cornaline alors que l’armure d’apparat serait médiévale? la série se termine par deux têtes africaines de toute beauté.

gabon

la collection Al Thani se poursuit par une galerie des trésors d’une richesse inestimable : or, argent, vaisselle, bijoux des trésors macédoniens de Pella, d’Asie Centrale et Iran avec en ensemble de vaisselle sassanide, ou du Tibet

Service incrusté de turquoises (tibet)

ou de jade Olmèque.

Exposition temporaire Gulbenkian

Lalique

Dans le cadre de l’année France-Portugal, une partie des collections du Musée Gulbenkian est présentée ici rassemblant aussi bien des objets rares, des manuscrits anciens, ou des reliures précieuses du XXème siècle,  des textiles ottomans ou japonais, de la vaisselle islamique; des porcelaines chinoises et des tableaux de Dürer, Watteau ou Guardi. 

Plat chinois

Tous ces objets sont exceptionnels et rivalisent de finesse. mais l’accumulation de l’éclectisme nuit à la visite. Il faut beaucoup de concentration pour admirer chaque œuvre individuellement et je ne comprends pas toujours pourquoi le plat émaillé voisine avec la tunique du pharaon.

Toutes ces richesses m’étourdissent un peu.

Ces collectionneurs richissimes : Gulbenkian, magnat du pétrole et Al Thani de la famille régnante du Qatar  font partager au public leurs collections.  C’est magnifique mais il manque un  peu de cohérence, de pédagogie surtout pour l’échantillonnage de Gulbenkian. La présentation de la collection Al Thani est au contraire scénographiée selon une intention affichée : montrer l’universalisme de la beauté et l’ouverture d’esprit qatarie. Le conservateur, dans une vidéo promet des nouvelles présentations avec des objets en réserve, le public aura des surprises. Et de toutes les façons je reviendrai visiter les appartements Louis XV!