« Ce livre est une reconstitution. Comme telle, il comporte une marge d’incertitude et de conjecture.
Il est aussi le fruit d’une enquête, au sens où les historiens entendent ce mot. j’ai écarté les témoignages qui m’ont paru douteux et, à l’inverse, repris à mon compte ceux qui m’ont semblé fondés. »
Irène Frain nous livre donc une biographie sérieuse de Marie Curie avec un éclairage original. Evitant l’hagiographie qui a souvent cours, elle présente Marie Curie comme la grande savante aux deux Prix Nobel mais aussi comme une femme avec ses amours, ses enfants. Irène Frain démonte aussi les agissements d’une certaine presse à scandale qui s’est acharné sur elle, en tant que femme et étrangère. Presse nationaliste, anti-dreyfusarde, antisémite et misogyne et moralisatrice.
« la joute qui se déroulera le 8 décembre au tribunal s’exclame-t-il, opposera la science à la vertu. D’un côté, la Sorbonne, repaire du parti de l’étranger et d’arrogants individus sans morale et sans Dieu, incapables de dominer leurs bas instincts. De l’autre les courageux partisans de la famille et de l’ordre, à la tête desquels la douloureuse Jeanne, incarnation de la vraie mère, héroïquement dressée face à l’armée des puissants qui veulent sa perte, les protestants, les juifs, les francs-maçons, le gouvernement…. »
Cette analyse est passionnante.
En revanche, je suis restée sur ma faim, en ce qui concerne la partie scientifique qui est indissociable de l’histoire de Marie et de Paul Langevin. Marie, celle qui a découvert le radium nous est connue, en revanche ses relations avec les autres savants de cette époque passionnante sont envisagées plus du point de vue des relations personnelles que de l’échange scientifique qui faisait la richesse de ces rencontres. Des travaux de Paul Langevin, nous n’apprendrons presque rien, ni de Jean Perrin. Petit clin d’oeil à Einstein. J’aurais voulu en savoir plus sur les relations de Rutherford avec Paul Langevin et Marie Curie.
Une bonne biographie, mais pas un livre exceptionnel.
Pour la Journée Internationale des Femmes, je voudrais vous faire partager la découverte de cette photographe camerounaise basée à Amsterdam, qui expose actuellement à Dakar.
Cette exposition condense 30 ans de création engagée, composée de 200 photographies articulée en trois ensembles : (je recopie le document de présentation):
« Noir et Blanc retrace l’engagement d’Angèle Etoundi Essambaa dans la représentation de la femme africaine au delà des stéréotypes. Femmes fortes, fières et conscientes de leur existence […]
« Couleur illustre le passage de l’artiste à la couleur. Fidèle à la représentation de la femme noire d’Afrique et de la diaspora, Couleur inclut également quatre séries inédites dévoilant un travail photographique surprenant autour de la couleur et de la matière.
Invisible est le récit photographique de la vie des femmes africaines qui travaillent dans les secteurs des mines, de l’énergie et de la construction mais aussi du textile du commerce, de l’agriculture et de l’eau. Cette’ série rend hommage à ces invisibles dont le travail est souvent sous-estimé alors même qu’elles contribuent activement à la construction et au développement de l’Afrique. »
La photographe renommée partage son exposition avec un collectif dakarois Sunu Nataal .
Je suis sortie éblouie de ces images et je n’ai même pas voulu attendre d’avoir rédigé mes carnets de voyage pour partager mon enthousiasme!
Tout le mois demars est dédié aux Femmes au Sénégal où j’ai vu une autre exposition intéressante au musée Henriette Bathily, consacrée aux portraits de Femmes Combattantes de la Liberté exposition venant de Nantes intitulée Dix Femmes Puissantes (clin d’oeil à Marie N’Diaye?). Lire ici le Pdf de l’exposition de Nantes : http://memorial.nantes.fr/pdf/Catalogue-expo-web.pdf
« prenez une profonde inspiration, soufflez, suivez ma voix, rien que ma voix, désormais vous êtes noir, un noir de l’Alabama dans les années 1950 »
« Il n’y a plus d’esclavage mais on a fait le nécessaire pour que rien ne bouge »
Claudette Colvin, comme Rosa Parks, avant Rosa Parks refusa de céder sa place dans un autobus à Montgomery, Alabama, en 1955. Claudette Colvin avait 15 ans, bonne élève, elle rentrait de l’école. Elle fut arrêtée mais plaida non coupable contrairement à celles qui l’avaient précédé. Cet incident, qui logiquement aurait dû être un incident, brisa la vie de Claudette.
Pourquoi nous souvenons nous de Rosa Parks et non de Claudette Corvin? Rosa Parks était la personne idéale pour représenter les femmes noires, « mariée, croyante, modeste sans être pauvre, noire sans être trop noire, femme sans être trop femme »elle renvoyait une image idéale tandis que l’adolescente, tombée enceinte après son procès ne pouvait être un symbole.
Si le refus de céder la place dans l’autobus fut un déclencheur de la lutte anti-ségrégationniste c’est que d’autres militantes dans l’ombre étaient prêtes à lancer le boycott des autobus. C’est aussi qu’un jeune pasteur Martin Luther King, a soutenu la lutte pour les droits civiques….
Un livre court, 165 pages, facile à lire, clair, émouvant. A lire et à faire lire, parce que même si on connait cette histoire, il est étonnant de se mettre dans la peau de l’héroïne et qu’il faut le « vivre » pour le croire.
Mlomp éloigné une dizaine de km d’Oussouye – traversons la campagne par plusieurs villages cachés dans la forêt. On croise des écoliers, dépasse une école, un poste de santé.
Mlomp est un village diffus. Nous avons à peine dépassé le panneau de signalisation routière que nous retournons dans la campagne. Mor s’arrête au pied de fromagers géants, où Gilbert, le guide local, tout de vert vêtu, nous attendait. Il présente la grande place royale. Un triangle n’a pas été ni balayé ni défriché: l’emplacement royal, intouché, donc plein de mauvaises herbes entoure le fétiche royal. Les trois fromagers sont considérés comme sacrés.
Leurs racines sont d’une taille considérable, pan vertical de plus de deux mètres, pour la plus haute. On coupe les racines des fromagers pour faire des portes, des volets ou des cercueils sans porter préjudice à l’arbre qui cicatrise, et se régénère. Mais on ne touche pas aux trois fromagers sacrés. Du tronc, on peut faire des pirogues. Les fromagers qui dépassent les autres arbres de la forêt, sont des repères pour les voyageurs qui seraient perdus. Les fromagers sont des arbres plantés par les villageois. Un fromager signale un village. Le nom de fromager ne fait nullement référence à un fromage quelconque. Le fromager est un kapokier, son fruit fournit le kapok qui garnit les oreillers. Son nom dérive de l’expression « l’arbre à la forme âgée ». Les arbres séculaires ont 4 ou 5 siècles. Jeune, le tronc est recouvert d’épines qui protègent le jeune plant. Ces dernières disparaissent à la maturité de l’arbre et reviennent sur les racines des vieux arbres (la forme âgée).
naissances au pied du fromager
Une truie a mis bas dans le labyrinthe des racines, les porcelets roses ou tachetés ne tiennent pas sur leurs pattes. Je m’approche avec précaution pour la photo, parce que j’ai peur des réactions de la mère « elle va te gronder ». La place sert de lieu d’assemblée pour les hommes et d’arène pour les lutteurs.
La case à étage de maman Martine
la case à étage de Martine
Martine a près de 100 ans, elle a perdu la vue mais continue à monter son escalier pour rejoindre sa chambre à l’étage. Comme elle ne veut pas rester les bras croisés, il lui arrive de balayer sa cour plantée de beaux manguiers. Son mari, Etienne, a combattu pour la France pendant la seconde Guerre mondiale. C’est de cette guerre que datent les escaliers de la case à étage. Avant les Diolas ne connaissaient pas les escaliers. Leurs échelles étaient des perches à encoches (les mêmes que celles que nous avions vues chez les Tatas Sombas au Bénin). S’il y avait une guerre entre les villages, les femmes et enfants se réfugiaient à l’étage et n retirait les échelles. La case est construite en banco, la charpente en rônier. Les piquets de palétuviers soutiennent la dalle de l’étage. Toute les maisons sont bâties sans fondations ni coffrage, elles ont un ennemi implacable : les termites qui magnet le bois et creusent la terre. On cimente les endroits fragilisés, on remplace les traverses mais il n’y a rien à faire.
le grenier à riz
Ici aussi le riz est stocké en gerbes qui se conservent des années mais les diolas achètent aussi du riz importé. Dans les héritages, le riz est la part de la femme, les hommes, la terre.
Une case à impluvium est aménagée en petit musée de la culture diola. On y expose des armes anciennes, lances, vieux tromblons, arcs et flèches, boucliers en écaille de tortues, en ventre de rhinocéros, utilisées dans les guerres entre les villages. Plusieurs fétiches sont conservés. Intéressant, le fétiche-confesseur : celui qui a commis une faute apporte du riz et se confesse, il y a aussi des crânes de porc et un curieux instrument pour entraver les prisonniers qui étaient parfois sacrifiés. Il y a aussi un fétiche contre les voleurs. Si on trouvait un objet dont on ne connaissait pas le propriétaire on pouvait l’y déposer. En revanche, s’il se l’appropriait le voleur subirait des catastrophes en punition. Il y a également un fétiche contre la stérilité. Comme Conakry, Gilbert nus parle de la tradition du Cagnalen, il montre une calebasse ornée de perles multicolores, rouge, jaunes vertes que les femmes prises en charge dans le rituel devaient porter sur la tête et s’en servir de bol pour la nourriture, forcée d’ingérer même les saletés qui pouvaient tomber dedans.
Selon Gilbert, la case à impluvium n’est pas un moyen pour recueillir l’eau de pluie mais plutôt une forteresse imprenable en cas de guerre entre les villages. Femmes et enfants pouvaient s’y retrancher pendant que les hommes guerroyaient. On pouvait y cuisiner sans sortir, recueillir l’eau de pluie, s’y regrouper. J’ai demandé à Gilbert les causes de ces guerres cruelles où l’on prenait des otages. Sa réponse :
« les Diolas sont généreux, ils donnent tout ce qu’ils ont mais il ne faut pas toucher 1cm de leurs terres ».
Gilbert nous promène dans le village pour admirer des fromagers curieux : les deux qui ont mêlés lerus racines, les trois qui proviennent d’un même tronc formant un mur vertical d’où s’échappent les trois fûts.
Les femmes préparent une fête afin de lever des fonds pour la coopérative agricole. La fête n’a pas encore commencer mais de la musique sort de baffles XXL. On a abattu des animaux et les vautours planent.
Palmyre, perle du désert syrien, était-elle syrienne, hellénistique ou romaine? On y parlait araméen mais aussi grec, avant-poste romain sujette des Césars ou cité caravanière sur la Route de la Soie?
Paul Veyne nous transporte dans le désert aux confins de l’Empire romain, proche de la Perse, et nous décrit une ville différente des villes romaines au plan analogue, du Maroc en Bulgarie. Cette civilisation marchande d’une grande richesse qui a gardé son originalité, ses tribus nomades, ses dieux Bêl et Baalshamîn « traduits » en Zeus, Allat tantôt figurée en Athéna de Phidias, tantôt Artémis…
Si les colonnades sont hellénistiques c’est que « l’hellénisme était toujours la civilisation « mondiale » qui impressionnait tous les peuples, le prestigieux modèle étranger qu’on imitait et en même temps le miroir ou les différents peuples croyaient retrouver leurs propres traits sous une forme plus vraie; S’helléniser c’était rester soi-même tout en devenant soi-même : c’était se moderniser ».
Il raconte aussi l’histoire de Zénobie, reine d’Orient et Vraie romaine… Son mari Odinath, élevé au rang de sénateur romain, leva une armée de bédouins ou de Sarrasins contre Sapor le roi de Perse qui retenait prisonnier l’empereur romain en personne, Valérien. Zénobie, reine hellénistique lettrée et ouverte attirée par le religion juive donna aussi asile aux manichéens. Après une facile conquête de l’Egypte elle se rêva même impératrice romaine , commença une marche sur Rome et fut refoulée par Aurélien.
Architecture, sculpture, religion, politique, tous les aspect de la ville de Palmyre traduisent une hybridation, symbiose entre l’empire Romain et l’Orient lointain. Le résultat est original.
Le mot de la fin :
« Oui, décidément, ne connaitre ne vouloir connaître qu’une seule culture, la sienne, c’est se condamner à vivre sous un éteignoir »
Le microbus 125(fréquence toutes les 30 minutes) s’arrête non loin de la Farnesina et fait un circuit dans le Trastevère, se faufile entre les tables des restaurants de la Via della Scala, débouche sur le Lungotevere coupe le gros Viale Trasteverepour abordeder des quartiers moins touristiques et moins clinquants, port et industrie. Au retour, il frôle le Janicule. Des dames avec leur cabas du marché nous expliquent où descendre pour emprunter un autre microbus, le 115 qui monte à la promenade du Janicule.
Trouver d’abord un restaurant agréable pour notre dernier jour à Rome. Premier essai devant l’Eglise della Scala, une table au soleil, mais c’est un fast-food, on peut composer à sa guise sn sandwich ou sa salade. Nous aimerions un peu de gastronomie romaine. On dit que dans le Trastevere on cuisine bien les abats…Après avoir étudié le menu, nous prenons la fuite. Deuxième essai, un peu plus loin. Des tables plus chic. A la carte pas de secundi, seulement des hamburgers. Les primi ont l’air appétissants. J’hésite entre une Salade Fellini, une salade Pasolini ou Antonioni, je change d’avis pur des tonnarelli à la sauce tomate-basilic.
La serveuse est sympathique et énergique. Google-maps donne les horaires du microbus 115 (ce serait beaucoup plus court d’y monter à pied !)
église della Scala modeste de l’extérieure toute dorée de l’intérieur
Avant le repas je visite les deux églises de la rue Della Scala : la première della Scala modeste à l’extérieur luxueusement parée de marbres colorés de lustres dorés, les tableaux sont mal éclairés.
Santa Maria in Trastevere est très ancienne, elle a gardé sa façade brune et ses mosaïques. Dans le narthex, on a incorporé des marbres antiques, certains sont gravés de symboles paléochrétiens. La crèche de Noël est sympathique : à côté de la Nativité on voit un repas villageois sous un auvent de paille, sauf que les invités sont pour la plupart africains, une crèche pour les migrants ? A l’intérieur de très belles mosaïques.
Nous attendons les 115 devant une belle fontaine. Un SDF très propre sur lui, look randonneur fait sa lessive lave chaussettes et slip, rince, essore et les étend sur un banc au soleil.
Le 115 grimpe par des épingles à cheveux et passe devant la Fontaine Paola que j’avais ratée en montant à pied au Janicule et un monument moderne de l’Unité Italienne. Il semble que toute la colline soit une commémoration des combats de Garibaldi en 1949. Nous descendons du bus sur la terrasse devant la statue équestre de Garibaldi ? Ce genre de monument n’est vraiment pas ma tasse de thé, j’y avais jeté un coup d’œil distrait. J’ai lu qu’Anita Garibaldi y était représentée. Le personnage m’intéresse, ce n’est pas l’épouse du héros mais une combattante à qui Garibaldi rend hommage à chaque action.
Je parcours la passeggiata jusqu’au Chêne du Tasse, bien mort amis soutenu par un pilier en brique. Je passe devant le Phare offert par les Italiens d’Argentine, incongru, nous sommes loin du rivage !
Au retour le 115 ne marque pas l’arrêt à la fontaine et nous nous retrouvons sur le Viale Trastevere ce qui est plus pratique parce que le tramway 8 se succède à bonne fréquence.
San Francesco in Ripa :
Je m’étais promise d’aller admirer la Bienheureuse Ludovica du Bernin allongée sr l’autel en extase. Volupté céleste ou amoureuse ? Le marbre rouge se déploie en plis élégants et compliqués. Un autel ?
Passant devant Santa Maria in Trastevere, j’entre au hasard. Bonne pioche ! le chœur est éclairé et je peux admirer les mosaïques.
Dernières pizzas pour diner chez Boccaccia , je choisis un assortiment à taglio, radiccio et coppa, artichaut-mozzarella ,.
Nous regretterons notre quartier si vivant et coloré décorée par le linge qui sèche d’une fenêtre à l’autre, moins l’appartement avec sa cuisine à la cave.
Dans certains livres, les pages se tournent toutes seules, le lecteur (la lectrice, dans mon cas) ne peut plus le lâcher tant qu’elle n’est pas arrivée à la fin. Boussole exige une lecture lente. Question de style : une seule phrase occupe toute la première page . Il faut reprendre son souffle avant d’aborder la suite…Question aussi de contenu – extrêmement dense. Quelque fois je reprends la lecture à la page précédente pour être sûre de ne rien avoir manqué.
Le narrateur est un érudit viennois, musicologue et orientaliste, qui, une nuit d’insomnie et d’angoisse, convoque ses souvenirs de voyages en Orient, Istanbul, Damas et Téhéran, ses recherches et ses rencontres ainsi que sa relation avec Sarah, son double féminin, encore plus érudite plus curieuse, voyageuse, amour insatisfait et lointain.
Vienne, la Porte de l’Orient? Quand les Ottomans menaçaient la ville en 1529 ou 1683? Je rencontre Goethe, Beethoven, Mahler, Bruno Walter au détour des pages. pages littéraires ou musicale. plus étonnant: Balzac? Érudition.
A Istanbul, je croise Liszt et son piano, qui jouait pour le sultan mélomane. Le narrateur imagine des ponts sur le Bosphore (comme dans Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants) le cosmopolitisme élevé au rang d’art majeur….musique orientale, orient des musiciens, Félicien David, comme orientaliste musicien…
J’ai beaucoup aimé ses souvenirs de Damas et de Palmyre et l’admiration de Sarah pour Annemarie Schwartzenbach, les aventurières comme Lady Hester, Marguerite d’Andurain (moins illustre) ou Eberhardt…
Et sans surprise Edward Saïdquoique dans les termes étonnants :
« Le débat est devenu houleux ; Sarah avait lâché le Grand Nom, le loup était apparu au milieu du troupeau, dans le désert glacial : Edward Saïd. C’était comme invoquer le Diable dans un couvent de carmélites… »
Téhéran aux dernières heures du Shah, aux premières de Khomeni…
Lecture lente parce que je rêve chaque fois que je rencontre une figure connue, que je retourne sur l’ordinateur pour mieux connaître un personnage inconnu… Tentation de nouvelles lectures ? Il faudrait que je relise, la page précédente, ou carrément le texte que cite l’érudit…tentation de musiques aussi…
J’ai emprunté Boussole, il faudra que je le rende. mais je vais l’acheter parce que c’est un livre que j’aurais encore envie de retrouver, .
Comme souvent, en Italie, j’ai pris Dominique Fernandez pour guide avec le Piétonde Romequi avait tracé un itinéraire Caravage de S Luigi dei Francesi à la Galleria Borghèse et au Musée du Capitoleet enfin au Palais Corsini le temps nous a manqué pour voir tous les le chef d’œuvres du maître, au Vatican ou au Palais Barberini. Cependant ma curiosité a été aiguisée. Je voulais en savoir plus sur le Caravage. Je serais bien inspirée de relire la biographie romancée de Fernandez la course à l’abime.
Caravage autoportrait à la Galerie Brghèse
Camilleri
Je viens de terminer la Révolution de la Lune , roman historique relatant un épisode de l’histoire sicilienne, où la veuve du vice-roi règne pendant 28 jours. Roman historique sur le mode burlesque qui m’a fait beaucoup rire. Je suis aussi fan de Montalbano. Camilleri, c’est beaucoup plus que l’auteur de Montalbano. Ce court roman, presque une nouvelle, est une commande à l’occasion d’une exposition Caravage en 2006 à Düsseldorf.
la couleur du soleil
Saint Jérôme (galerie Borghèse)
Par des circonstances aussi rocambolesques que mafieuses (on est en Sicile) Camilleri entre en possession de fragments du journal du Caravage et nous livre ceux qui concernent son séjour à Malte, son évasion et son passage en Sicile où il est recueilli par des amateurs de sa peinture qui le protègent pour qu’il peigne à Messine et à Palerme.
Le soleil est noir pour le peintre. Son goût du clair-obscur et les atmosphères sombres dans lesquels évoluent ses personnages ne seraient pas exactement un choix artistique mais plutôt une altération de la vision.
Les scènes violentes qu’il a peint correspondraient aussi à cette vie violente. Le Caravage, protégé des puissants comme Scipion Borghèse, qui admirent sa peinture est plutôt mauvais garçon, il a la lame facile et rapide et ses fréquentations sont peu recommandables….cela, je le savais déjà. Plus étonnantes sont ces hallucinations, ces rêves sanglants, ces draperies qu’ils voulaient blanches qui virent au rouge-sang….
Hallucinatoire ou réaliste, ce roman est original. Cependant, je préfère la tragi-comédie de ses autres romans historiques que j’ai lus, à ce roman très noir.
LePalais Corsini ,via Lunghara, parallèle au Tibre en face de la Farnesina est ouvert le lundi. La Galerie occupe le premier étage du grand palais. Des dizaines de tableaux de tous formats sont accumulés sur les hauts murs du piano nobile, tendus de soieries ou peints. Comme toujours il n’y a ni étiquette, ni explication pour ne pas déranger l’ordonnancement. Il faut se fier aux plans cartonnés et plastifiés pour les chercher, ce qui est finalement un jeu très amusant.
Une exposition temporaire : Mattia Preti un Giovane nella Roma dopo Caravaggio a lieu en ce moment ; occasion de faire connaissance avec ce peintre dont j’ignorais jusqu’au nom. Mattia Pretiest un peintre calabrais (1613-1699). Arrivé à Rome vers 1630, il subit l’influence caravagesque avec les clair-obscur, les éclairages violents sur le personnage principal, les sujets bibliques et les personnages du peuple (et leurs trognes) du maître qui a fait école ; L’exposition est conçue comme une confrontation des tableaux de Preti mis en évidence e par une présentation moderne et les tableaux de la collection du Palais Corsini : le San Giovanni Battista du Caravage, l’Hérodiade de Vouet, les œuvres du Guerchin ou de Joseph de Ribera.
C’est la découverte d’un style pur moi : j’ai découvert le Caravage grâce à Dominique Fernandez en lisant la biographie du peintre : La course à l’abîme lue il y a quelques années avant notre voyage à Naples, et toujours à son instigation j’ai suivi la piste du Caravage avec le Piéton de Rome, à la Villa Borghèse, à Saint Louis des Français, aux Musées Capitolins…
Découverte de Mattia Preti, peinture vigoureuse et intéressante. Le 17 ème siècle n’a jamais été ma période préférée en peinture. C’est l’occasion de m’y intéresser.
Au hasard de la visite, nous découvrons des peintres moins connus et d’autres très connus… Fra Angelico – j’adore ! Je suis passée à côté de Nicolas Poussin. J’ai cherché un Rubens, l’ai trouvée (le Saint Sébastien mais il ne m’a ait aucun effet. C’est la deuxième fois de la semaine que je zappe un Rubens. Je crois que je ne l’aime pas tant que cela.
Guido Reni : Salomé et la tête de saint Jean Baptiste
Sur le même thème Herodiade et la tête de Saint Jean Baptiste de Vouet et Salomé et la tête de Saint Jean Baptiste de Guido Reni. Je préfère le dernier.
Un joli Murillo de caractère.
Le Palais Corsini a une longue histoire : dans la chambre jaune où Christine de Suède s’y est éteinte, on a exposé Pindare et Virgile . De délicieuses fresques avec des grotesques ornent le plafond.
Belle matinée peinture ! Belle matinée ensoleillée aussi !
Le Palis Corsini dispose d’un ascenseur ultra- moderne avec une cabine de verre panoramique d’où la vue est merveilleuse sur le Janicule, les grands arbres et les jardins qui appartenaient autrefois au Palais Corsini et qui sont le Jardin Botanique.
Santa Maria Maggiore vue de la place de l’Esquilin
Nous nous reposons au soleil dans le jardin près de la verte fontaine. Il est un peu tôt pour déjeuner. Pas une terrasse au soleil Piazza Repubblica ni près de la Gare Termini . Quelques snacks et cantines peu attirantes autour de la gare. Nous poursuivons vers l’Esquilin et Santa Maria Maggiore, curieusement là il y a plusieurs pubs irlandais. La terrasse que nous trouvons via S Prassede l’Old Marconi, à l’enseigne d’un vieux poste de radio a aussi un patron british. Mi-taverne à bière, mi trattoria de quartier italien, l’osmose passe bien. Le serveur a le type asiatique mais la carte est définitivement romaine. Je choisis des Tonnarelli pepe e cacia, pâtes maisons excellentes au pecorino. Dominique commande des dés de poulet à la sauce safran. .
Tonnarelli pepe e cacia
Santa Maria Maggiore
Santa Maria Maggiore est une très grande église avec un plafond à caisson de bois doré. De grosses colonnes partagent l’intérieur en trois nefs (une large et deux étroites. Les mosaïques sont vraiment merveilleuses ?
Mosaïques dorées de l’absides
Il aurait fallu apporter des jumelles pour en profiter. L’abside est toute dorée avec le Christ Pantocrator et Marie dans un cercle sur un fond doré orné de volutes. Autour de petites scènes sur des registres sont très colorées. Quelqu’un a éclairé quelques minutes, l’église s’est allumée a brillé puis s’est éteinte sans qu’on trouve le tronc pour la rallumer à nouveau. La crypte est revêtue de marbres précieux un prélat de marbre blanc est agenouillé.
Vaste nef très claire avec le plafond à caissons
Les deux chapelles de part et d’autre du transept sot couronnées de belles coupoles peintes à fresques revêtues de marbre de toutes nuances. Des angelots et putti flottent sur des nuages ou grimpent aux corniches. Photo et visites interdites, réservées à la prière. La Paulina est nommée d’après Pauline Borghèse (Bonaparte) la belle Pauline de Canova.
Chapelle Paulina
Santa Pudenziana
Sa Pudenziana
Elle est située en bas de la place de l’Esquilin à l’arrière de Santa Maria Maggiore, petite église au dehors modeste, en contrebas dans une cour ; Elle est fort ancienne, son campanile a été ajouté au 12ème siècle. La mosaïque de l’abside est de la fin du 4ème siècle, elle est très originale mais fort restaurée et j’ai eu du mal à imaginer qu’elle était si vieille.
Santa Prassede
J’ai dû patienter jusqu’à 16h pour y entrer. Nous avions déjeuné à deux pas. Cela valait vraiment la peine d’attendre ! L’église actuelle date de 817-824 , les mosaïques sont donc carolingiennes. Elles sont originales et très belles.
Retour dans les bus bondés
Le retour est encore une épopée qui a duré deux heures ; Le week end le trafic est dévié en raison de la fermeture des forums impériaux. Les autobus n’empruntent pas les itinéraires de la semaine. Personne n’est capable de nous dire si le bus va s’arrêter à l’arrêt où nous l’attendons. Après avoir vainement attendu le 75, nous nous traînons à la gare Termini. En attendant le bus nous sommes distraite par un vol d’étourneaux qui se posent sur un pin tout proche avec un vacarme infernal. Nous embarquons dans le 64 pris d’assaut par une cohue monstrueuse. Dans le Tram N°8 c’est encore pire. On se demande bien si on arrivera à descendre à Giacchino Belli !