Forum – Colisée – Palatin

CARNET ROMAIN

Forum de Trajan
Forum de Trajan

Lundi est jour de fermeture des musées à Rome. Forum et Colisée sont ouverts, nous leur consacrons donc la journée.

9h –  piazza Venezia, par un froid piquant et un ciel bleu très pur. La colonne de Trajan étincelle. Souvenir de lycée, elle illustrait mon livre de 5ème Latin ou Histoire- Géographie, la même professeur enseignait les deux matières, à l’époque toute l’année de 5ème était consacrée à Rome et Byzance. 30m de haut, 17 cylindres, c’est une véritable bande dessinée. Des centaines de personnages sont occupés à toutes sortes de tâches, embarque sur des vaisseaux, débarquent des marchandises, des vases. Il manque le guide qui aurait pu nous la commenter. Trajan n’est pas un inconnu pour nous, nous avons croisé ses pas en Dacie (Roumanie)  en Macédoine ou en Bulgarie.

Colonne de Trajan (détail)
Colonne de Trajan (détail)

Le Forum de Trajan a été fouillé en même temps que les autres Forum impériaux au 16ème siècle. La promenade qui les surplombe est nommée Via Alessandrina , elle est bien agréable dans la lumière du matin. Il n’y a personne. On voit mieux les monuments du dessus qu’au ras du sol. Le Marché de Trajan est en brique rouge, le marché est en hémicycle sur 6 niveaux. Une exposition de sculptures contemporaine s’y tient. Les sculptures se détachent et sont mises en valeur. Entre le marché et la colonne Trajane les colonnes polychromes de l’ancienne basilique Ulpia se détachent.

Marché de Trajan
Marché de Trajan

A l’arrière,  la tour carrée de la Milizie du 12ème domine le marché. Le Forum d’Auguste jouxte celui de Trajan. Je remarque surtout les degrés blancs de la base du temple de Mars Ultor. Les énormes colonnes cannelées aux chapiteaux corinthiens sont enchâssées dans un mur de brique. Je note qu’il y avait aussi autrefois des caryatides comme celles de l’Erechthéion .

Une passerelle mène à la place du Grillo et à la maison des Chevaliers de Rhodes (fermé lundi) dont la loggia surplombe le Forum d’Auguste.

Forum de Nerva et maisons modernes
Forum de Nerva et maisons modernes

Le Forum de Nerva conserve un beau portique de colonnes géantes blanches qui se détachent à l’avant de maisons contemporaines jaunes ou blanches.

La billetterie du Forum Romain est en face de l’autre côté de la grande Via dei Fori Imperiali . Je prends l’audioguide qui est une tablette avec plan, commentaires, commentaires approfondis. Je n’arrive pas à le faire fonctionner et remonte me le faire expliquer. Il faut 10 minutes par point d’intérêt. Perte de temps ! Je le rends. Nous serons libres  de flâner, de lire les panneaux explicatifs très complets,  de suivre le plan du Guide Gallimard. Au diable les ordinateurs !

Temple de Faustine
Temple de Faustine et d’Antonin

1000 ans d’histoire romaine se jouent au Forum. Les empereurs tardifs ont effacé les vestiges de la des rois et de la République.  Des temples et basiliques primitifs, il ne reste plus grand-chose mais on peut toujours situer leurs emplacements.

Forum Romain
Forum Romain

Nous avons donc retrouvé (sans rien voir) la Cloaca Maxima qui a drainé le marais où passait le petit fleuve Velabre.  Au pied du Capitole , l’umbilicus urbis  qui communiquait avec les puissances infernales, même sans y croire, cela fait rêver….Non loin, le Temple de Saturne était le théâtre des Saturnales qui se déroulaient à partir du 17 décembre (jour de notre arrivée à Rome) 2000 ans plus tôt, nous aurions débarqué dans des fêtes étranges où les maîtres servaient les esclaves. Le Temple ancien a disparu, il fut reconstruit à plusieurs reprises. Le portique qui reste a été restauré après l’incendie de 238 après JC.

Temple de Saturne
Temple de Saturne

De notre visite précédente, il y a 18 ans, un février pluvieux  j’avais gardé le souvenir des Rostres  et du Temple des Dioscures . La Curie, avec ses grandes portes de bronze vues samedi à Saint Jean du Latran, est fermée. Elle ressemble à un bâtiment actuel. Les grandes basiliques Giulia et Emiliennes occupent un vaste espace mais parlent eu à mon imagination. Dans ces décombres, l’Arc de Triomphe de Septime Sévère s’élève fièrement, ses bas-reliefs sont « comme neufs ».

Dans le temple de Rmunlus : les Dioscures trouvés près de la Fonttaine de Juturne
Dans le temple de Romulus : les Dioscures trouvés près de la Fonttaine de Juturne

Quittant la voie sacrée et contournant la basilique Giulia, nous marchons sur le vieux chemin qui descend du Capitole pour aller au Temple des Dioscures et la Fontaine de Juturne. Deux cavaliers étaient apparus à la bataille du Lac Regille opposant Romains et Latins. Ayant donné la victoire aux Romains ils furent identifiés comme les Dioscures. La Fontaine Juturne se trouve près du temple de Castor et Pollux. Juturne était une nymphe, sœur des Dioscures qui possédait un talent guérisseur. Un peu plus loin, dans le petit temple rond de Romulus (pas  celui de la fondation de Rome, le fils de Maxence, mort en 309 ap JC), on a exposé les statues de deux chevaux et de deux cavaliers trouvés à la Fontaine Juturne.

maison des Vestales
maison des Vestales

Derrière la fontaine, adossée au Palatin, l’Eglise des 40 martyres porte des fresques du 8ème siècle rappelant les martyrs du temps de Dioclétien. Une rampe couverte s’enfonce dans la colline pour rejoindre les palais des empereurs. On accède à une terrasse panoramique dominant le Forum avec une vue étendue sur la Ville. De là, je découvre la Maison des Vestales près du petit temple rond de Vesta.

Vestale
Vestale

De l’autre côté de la Via Sacra de grand édifices sont bien conservés : le Temple de Faustine et d’Antonin occupé par une église mais qui a gardé une belle colonnade, plus loin les énormes basiliques de Maxence avec leurs voûtes décorées de caissons hexagonaux.

Nous sortons du Forum à midi passées, temps de déjeuner avant de poursuivre la visite au Colisée. Nous nous attablons à la première terrasse venue en face du Colisée. Belle table, très belle vue mais service calamiteux, on nous tire, nous pousse, pour caser de nouveaux clients. Le risotto très cher est quelconque, juste trois crevettes sans goût dans un grand tas de riz pour 13€, une portion de cannelloni rikiki.

Colisée
Colisée

Plus de queue à 14h au Colisée ; Le billet est combiné Forum-Colisée –Palatin. Ma visite au Colisée est rapide. Le Colisée est à Rome ce qu’est la Tour Eiffel à Paris, symbole de la ville qu’il faut avoir vu sans que ce soit le monument le plus intéressant. Le Colisée d’El Djem ou le Théâtre de Pouzzoles sont plus beaux et mieux conservés.

Palatin
Palatin

Sur la colline du Palatin,  se trouvaient les palais des empereurs romains, c’est même le Palatin qui est à l’origine du mot « palais ». C’est maintenant un vaste parc avec même un verger de mandarines, des pins parasols magnifiques, des lauriers presque noirs, des pelouses et des buis taillés. Promenade très verte après l’aridité du Forum. Les palais se succèdent, de taille énorme, proportionnés aux thermes de Caracalla ou aux basiliques de Maxence. Je me promène au hasard ; découvrant ici un beau point de vue sur le Circo Massimo, là sur le Forum, on voit la coupole de Saint Pierre. Il faudrait un guide pour faire parler les palais. Le petit musée est agréable. Je suis un peu fatiguée. La concentration n’est plus au rendez vous. Je pousse jusqu’à la villa d’Auguste, celle de Livie.

Villa Borghèse

CARNET ROMAIN

la Galerie Borghèse
la Galerie Borghèse

Itinéraire

Nous commençons à nous repérer : Piazza Trilussa et Piazza Gioacchino Belli ont chacune une statue de poète, le dernier est coiffé du haut de forme de Verdi. Le tram 8 nous emmène piazza Venezia où on nous indique le bus 80 jusqu’à Barberini, là un autre autobus nous conduit à la villa Borghèse . Il reste une promenade de 500m dans le parc jusqu’à la Galerie.

La villa dans la brume

Aparition villa Borghèse dans la brume
Aparition villa Borghèse dans la brume

9h, Dans le brouillard, les pins se détachent. Byron, assis sur son socle (vers de Childe Harold). Un cavalier émerge de la brume, c’est Umberto V. Au loin, des clameurs proviennent de l’hippodrome.

La Galerie

La Galerie est perchée sur une colline, des fontaines occupent des creux. La Galerie est précédée par une balustrade portant des statues antiques. C’est une bâtisse de deux hauts étages avec un double escalier portant des cornes d’abondance. La loggia, à l’étage est très ornée.

Pinacothèque

Redéposition du Christ
Raphaël : Redéposition du Christ

 

Nous sommes arrivées sans réservation. On nous laisse entrer, à 9h15, il n’y a encore personne. Sur le conseil du Guide Bleu, nous commençons à l’étage par la Pinacothèque.

 

 

Les tableaux sont accrochés partout. Nous cherchons les plus fameux : La Déposition du Christ par Raphaël, une prédelle d’Andréa del Sarto, le Saint Sébastien du Pérugin  .

la Cène de Bassano qui est surprenante, loin des tableaux figés et solennels ; les convives sont débraillés et semblent même avinés, Jean s’est endormi, les apôtres font de grands gestes, dans un  plat il reste une tête de moutons (je pense aux oignons et poireaux de Cènes bulgares)  sous la table les chiens attendent les restes.

Bassano: LaCène
Bassano: LaCène

Dans la salle des maniéristes je retrouve Bronzino (visite récente des portraits florentins à Jacquemart-André) . Nous nous attardons devant certains tableaux. Autour de 10h nous sommes très tranquilles. La foule n’arrivera qu’à onze.

Le classement est en fonction de la provenance : salle de Ferrare, de Venise : des merveilles. Une surprise : Canaletto a aussi peint le Colisée !

Sculpture

La Zingarella
La Zingarella – Nicola Cordier

Des sculptures sont présentées au milieu des peintures qui les accompagnent.

La bohémienne, la Zingarella  de Nicola Cordier en marbre noir, marbre blanc bronze et bronze doré, occupe le centre de la salle X. Une femme portant un chien et un enfant, de Battista della Porta est aussi une autre statue de matériaux composites.

 

 

 

 

J’ai aussi beaucoup aimé l’enfant et le petit faune jouant avec la chèvre Amalthée du Bernin.

Bernnin : chèvre Amalthéa faune et enfant
Bernnin : chèvre Amalthéa faune et enfant

Le rez de chaussée est plutôt consacré à la sculpture. Les chefs d’œuvre du Bernin sont mis en valeur dans de véritables écrins sur mesure. Le Rapt de Proserpine (1621-1622) occupe la grande salle des empereurs au plafond clair où des bandes dorées délimitent des secteurs clairs. Les bustes des empereurs aux têtes de porphyre et aux toges ou cuirasses de marbre jaune sont-ils antiques ou récents ? Proserpine est très gracieuse, la musculature de Pluton est celle d’un Michel-Ange, à leurs pieds Cerbère n’a que deux têtes. Ce groupe est confronté aux marbres antiques de toute beauté.

Rapt de Proserpine
Bernin : Rapt de Proserpine

Scipion Borghèse avait bon goût. Il pouvait obtenir les plus beaux spécimens antiques et tableaux, même au prix des plus odieux chantages. L’Hermaphrodite est un marbre ancien avec une t^te plus récente. Dans la salle dédiée à la Rome antique et aux anciens romains un autre groupe du Bernin tient la vedette : Enée portant Anchise et Ascagne. Une Vérité du même Bernin ne m’a pas convaincue : étrange représentation de la Vérité regardant le ciel en extase et levant un  masque. J’imagine la Vérité plus sévère et regardant bien en face.

Bernin Enée portant Anchise avec Astiannax
Bernin Enée portant Anchise avec Astiannax

La Salle Egyptienne est décorée de hiéroglyphes. Sa vedette est une prêtresse d’Isis portant un sistre.

Caravage

Caravage - autoportrait
Caravage – autoportrait

La salle 8 est dédiée au Caravage, autre célébrité baroque de la villa Borghèse. Le jeune Homme aux Fruits est le tableau le plus connu, il voisine avec Saint Jean Baptiste encore adolescent et Saint Jérôme à son bureau où est posé un crâne. Jérôme n’écrit pas, son geste traduit l’abandon ou la fatigue.

Caravage Saiint Jérôme
Caravage Saint Jérôme

En face est accroché un autoportrait du Caravage, étonnamment jeune et un grand tableau de David saisissant la tête géante de Goliath. Caravage est mis en scène dans un décor de satyres. Un grand satyre sculpté joue des crotales. Le plafond est en trompe-l’œil figurant des bacchantes : allusion à la débauche du peintre ?

Le Hall d’entrée s’ouvre sur le jardin. Le sol est couvert d’une série de mosaïques antiques sur le thème des jeux du Cirque : gladiateurs ou chasse aux fauves. Les combattants figurent avec leurs noms. Les mosaïques proviennent d’une villa fouillée au 19ème siècle. Un buste de la Muse de Pétrone, m’amuse puisque Pétrone est un des personnages de Quo Vadis que je lis en ce moment.

Canova -Pauline Borghèse Bonaparte
Canova -Pauline Borghèse 

Dans la salle de Leda, Pauline Borghèse (Bonaparte) sculptée par Canova, alanguie sur un sofa de marbre blanc dans un décor empire  est entourée de bas reliefs antiques avec  procession de musiciennes.

David, au front soucieux et aux sourcils froncés, est concentré en bandant sa fronde. Derrière lui, sur un fond très sombre, contrastant avec le marbre blanc, le David de Caracciolo.

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Bernin -David

Apollon, poursuit Daphné qui se métamorphose sous nos yeux. Des feuilles poussent à ses cheveux, des racines à ses orteils. Marbre lisse ou mat, presque translucide aux feuilles, grain bulleux. Le marbre est éblouissant.

Apollon et Daphnée
Apollon et Daphné

Un dernier groupe attire notre attention : un groupe de pêcheurs sur un rocher avec trois petites chèvres, deux barques qui accostent.

Nous sortons à midi. la brume s’est levée. Le ciel est bleu très vif, hivernal, le soleil cogne. Nous nous installons sur un banc de pierre face à la Galerie après avoir acheté un pique-nique à la cafétéria qui vend des sandwiches et salades à un prix très raisonnable.

Villa Borghèse: Ucceleria
Villa Borghèse: Uccellaria

Une très belle allée va dans la direction de la Villa Giulia – musée étrusque – passe devant le Zoo. Sur notre gauche, dans un vallon herbu, les Romains promènent leurs chiens. Les arbres de la Villa Borghèse sont magnifiques. La silhouette de très beaux pins dominent la porte Pinciana. Au dessus de nos têtes de très hauts chênes perdent leurs glands et nous bombardent avec fracas. L’allée vers la Galerie d’Art Moderne est bordée de platanes immenses et vénérables. Je passe devant un théâtre du Globe, réplique du théâtre londonien shakespearien. La Galerie d’art moderne m’attirerait, il faudrait rester un an à Rome pour épuiser les ressources de ce parc, visiter les grandes et petites casinas. Nous sommes passées le long de l’Uccellaria avec son très beau jardin  et de la Casina Meridiana  et son orangerie.

 

Casina meridiana
Casina meridiana

15h, nous n’avons pas encore trouvé la Villa Giulia. Après la merveilleuse visite de ce matin et sous le franc soleil, je n’ai as envie de m’enfermer pour une nouvelle visite de musée.

Comment rentrer ?

Les tram 3 et 19 desservent le Musée d’Art Moderne. Le chauffeur du 3 nous conseille de rendre le 19 jusqu’au terminus Piazza Risorgimento et ensuite le 23 qui suit les quais du Tibre. Traverser Rome en tramway, c’est aussi faire du tourisme ! Nous découvrons la grande Via Flaminia, passons le Tibre, le tram passe à côté de casernes et finalement, atteint le Vatican. Etonnamment, aujourd’hui dimanche, même autour du Vatican tous els commerces sont ouverts. Les Romains font leurs courses de Noël, trams et bus sont bondés de gens portant des paquets. Le 23  passe devant le Château Saint Ange au coucher du soleil. Après les murs de la Farnesina nous reconnaissons le pont Sisto et la Place Trilussa.

Saint Jean de Latran – Saint Clément

CARNET ROMAIN

San Giovanni in Laterano façade
San Giovanni in Laterano façade

Itinéraire

Il est 11h,  que visiter dans les environs  des thermes de Caracalla ?

San Giovanni in Laterano est accessible par le Tram 3, au Circo Massimo qui passe devant le Colisée.

San Giovanni in Laterano

La façade blanche est surmontée de 15 statues blanches de 7 m de haut qui se voient de loin.  Du Janicule,  on remarque ces pointes blanches.  Le fronton triangulaire est classique avec des balustres et deux portiques. Cinq grandes arcades correspondent aux cinq nefs, ainsi que les 5 portes.

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Porte principale

 

 

 

 

La porte principale, en bronze provient de la Curie antique.

 

La Porta sancta ( à droite) ne peut être ouverte que par le Pape à l’occasion des Jubilées, elle est murée et des maçons doivent enlever les briques. La statue de Constantin sur le côté, n’est pas mise en valeur elle est cachée par des grilles.

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L’intérieur  a gardé l’aspect voulu par Borromini en 1650 : 5 nefs et un plafond plat à caissons dorés. Dans les niches sous les piliers, les 12 statues des apôtres furent exécutées par des disciples du Bernin, spectaculaires mais plutôt froids.

Le pavement cosmatesque est formé de petits éléments de marbres polychromes. Je le trouve tout à fait charmant.

fresque de Giotto st jean de latran
fresque de Giotto

 

Près de la Porta Sancta, caché par un pilier, la Fresque de Giotto : proclamation du Jubilée 1300 par Boniface VIII .

De nombreuses chapelles se succèdent – dans l’ennui .

Le transept est décoré de très grandes fresques maniéristes exécutées parle  Cavalier d’Arpin, belles couleurs.

Derrière le chœur, l’abside est revêtue d’une mosaïque dorée, malheureusement dans la pénombre. J’ai du mal à retrouver les quatre fleuves se jetant dans le Jourdain de la Jérusalem céleste.

Baroque et équivoque!
Baroque et équivoque!

Au Musée, une bonne sœur nous claque la porte au nez, aucun regret je n’ai pas de goût pour les chasubles, étoles, calices ou ciboires. L’entrée du cloître est payante (5€) la présence d’un échafaudage métallique bleu nous dissuade. Les gracieuses colonnettes vantées par notre guide se trouvent occultées.

Basilica di san Clemente

san clemente
san clemente

Nous reprenons le tram n°3 qui s’arrête tout à proximité sur la Piazza San Clemente.

La basilique est dédiée à Clément 1er, le 4ème pape qui aurait péri attaché à une ancre en Mer Noire, en Crimée.  En 861, ses reliques supposées — ou peut-être une partie d’entre-elles — ont été ramenées de Crimée à Rome par saints Cyrille et Méthode.

Cette église est très ancienne, élevée à la fin du 4ème siècle, détruite en 1084 (par les Normands de Robert Guiscard). Elle fut reconstruite au début du 12ème siècle. Malgré certains remaniements, l’édifice a gardé son caractère médiéval.

Le pavement cosmatesque  date du 12ème siècle. Une très belle mosaïque dorée orne l’absidedu chœur : triomphe de la Croix . la croix se détache sur le fond doré orné de volutes végétales Une rangée de moutons borde le bas de la mosaïque. En observant mieux, je remarque de nombreux etits animaux ; des cerfs, des paons, une oie….Sous les agneaux, une rangée de personnages auréolés, droits et raides comme des byzantins.

Des marbres gris finement travaillés bordent le chœur et le « schola cantorum » – espace des chantres.

Dans un coin, un curieux bas-relief : près du gisant, un enfant pleure tandis que l’espérance de l’immortalité sourit. Le défunt est le comte de Bastérot député des pieux établissements français , ambassadeur de France près le Saint Siège. Le texte de la stèle est écrit en français.

légende de sainte catherine masolino
légende de sainte catherine masolino

La chapelle de Sainte Catherine est ornée de fresques de Masolino de Panicale (1380-1440) qui est bien le même Masolino qui a travaillé à Florence avec Masaccio.

Un cloître très simple borde l’église.

Une surprise m’attend en dessous de la basilique : pour 10€, on peut accéder aux « fouilles archéologiques ». Une basilique paléochrétienne du IV ème siècle. Elle ne se découvre pas au premier regard.

Dans la pénombre, je découvre des fresques très anciennes et originales : Pesée des âmes Saint Michel, saint André et Saint Clément entourent le Christ qui bénit dans le style byzantin. Agenouillés, Cyrille et Méthode . Une autre fresque raconte le Miracle de la Mer d’Azov « illustrant la survie d’un enfant happé par la marée ». Sous un baldaquin on a représenté l’enfant tout autour des poissons et des pieuvres montrent la mer.  Fresque 868, de la Translation des reliques de Saint Clément apportées par Cyrille et Méthode. La tombe de Saint Cyrille mort en 869 à l’âge de 42 ans est entourée de nombreuses plaques russes, slovènes ou croates.

san clemente mithraum

On pénètre enfin dans le Mithréaum : sanctuaire voué au culte de Mithra. Un bas relief porte les attributs de Mithra : bonnet phrygien, taureau, chien, serpent, scorpion. Deux personnages portent des torches l’une levée, l’autre baissée symbolisant le lever et le cocher du soleil. On sacrifiait un taureau et procédait à des banquets rituels. Descendant encore d’un étage, on arrive au niveau du sol de l’époque antique. Dans l’antichambre du temple du dieu Mithra se trouve une fontaine pour les ablutions, avant d’entrer dans la salle du banquet. Dans la pièce du banquet les convives étaient allongés sur des banquettes de pierre et consommaient le pain, le vin et la viande de taureau. Le plafond rappelle celui d’une grotte (rituellement le banquet devait se tenir ans une grotte). A côté la Scolae : école où sont formés les fidèles.  Le culte de Mithra fut interdit en 395.

Mithra et ses attributs (musée des thermes de Dioclétien)
Mithra et ses attributs (musée des thermes de Dioclétien)

On emprunte une ruelle étroite du 1er siècle construite pour faire barrière anti-incendie entre les maisons. On entre dans une maison romaine pour arriver à une source coulant encore très fort, très bruyamment.

On remonte dans la basilique du 9ème siècle. Une basilique n’est pas forcément une église pendant l’Antiquité, ce peut être n’importe quel lieu de rassemblement ou de commerce. Le plan basilical est un plan rectangulaire divisé par des travées de colonnes. Vie de Saint Alexis qui se retira comme ermite le jour de ses noces et revint incognito se présentant comme un mendiant, il se vit attribuer comme abri un réduit sous un escalier où il vécut jusqu’à sa mort. La fresque retrace la scène de reconnaissance.

la suspicion de Sisinius inscriptions en italien
la suspicion de Sisinius

Une vie de Saint Clément raconte la suspicion de Sisinus. Ce romain soupçonnait sa femme de se rendre chez son amant. Il la suivit. Elle se rendait à la Messe dite par saint Clément. Il ordonna à ses esclaves de se saisir de la femme. Aveuglés ils emportèrent une colonne. Cette fresques contient le premier texte écrit en italien, Saint Clément utilise le latin tandis que Sisinus insulte ses serviteurs dans ce qui va devenir l’italien.

Comment rentrer à la maison ?

Le retour est épique. Je pensais que le tram n°3 allait jusqu’à la gare du Trastevère où nous retrouverions le tram n°8. Erreur ! il s’est arrêté à la Pyramide  et à la stazione Ostense et puis est reparti vers le Colisée. De là nous pensions trouver de nombreux autobus pour la Piazza Venezia et là le n°8 dans l’autre sens. Nous ne savions pas que, le samedi, les Fori imperiali sont piétonniers : pas d’autobus, il faut marcher à pied. C’est une très belle promenade  au pied du Colisée qui s’éclaire et entre les forums illuminés mais nous sommes épuisées et avançons avec comme cap,  la colonne Trajane et le sapin de Noel !

la colonne de Trajan
la colonne de Trajan

Thermes de Caracalla

CARNET ROMAIN

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Itinéraire :

On inaugure la Romapass !

Sans  connexion Internet, difficile de  s’orienter dans le réseau de transport public. Au kiosque à journaux, on vend bien un plan, mais écrit si petit qu’il est illisible. La dame nous conseille d’aller Piazza Venezia où passent de nombreux autobus. Donc: tram 8,  puis 628 à la Piazza Venezia. Le trajet du 628 est panoramique :  Théâtre de Marcello, Circo Massimo.

Thermes de Caracalla

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Les Thermes de Caracalla sont situés dans un cadre de verdure sous de beaux pins parasols. Le Viale delle Terme di Caracalla est bordé d’une piste cyclable et de sentiers  de jogging, un stade jouxte la Palestre antique – tout à fait approprié !

Encore une fois, les thermes me frappent par leur gigantisme. Seule comparaison : l’énorme palais de Chakhrisab près de Samarcande avec ses hautes tours qui formaient autrefois l’arche d’entrée du Palais  comme celles qui soutiennent la voûte du Caldarium. La brique rouge s’harmonise très bien avec la verdure, les pins parasols se détachent ainsi que les droits cyprès et les noirs lauriers. Cependant, il faut imaginer l’établissement resplendissant de marbres, de mosaïques orné de statues dans les niches et les jardins. Il ne reste que quelques colonnes de granite rose ou de serpentine verte pour donner une idée des couleurs. Leur diamètre est impressionnant.

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De part et d’autre du complexe des salles d’eaux, caldarium, tepidarium, frigidarium et natatio, se trouvent vestiaires et palestres.

Le parcours de visite commence dans la Palestre où il reste quelques mosaïques colorées à motifs géométriques : tesselles vertes de serpentine, rouge  et jaunes de marbres antiques. Les vestiaires sont pavés de mosaïques noires et blanches. Il faut imaginer les casiers pour les vêtements parfois gardés par un esclave.

DSCN7347 - Copie

La piscine a des dimensions « olympiques » (50m x 22m) mais peu profonde. Les bouches d’arrivée d’eau triangulaires formaient des cascades comme dans un nymphée.

tabula lusorium
tabula lusorium

Sur les bords, une dalle creusée de petites cavités rondes :  Tabula lusoria était un jeu, une sorte de minigolf : une noix était lancée et devait courir dans les trous. Une inscription, une plaisanterie,  est encore lisible (pour les spécialistes en épigraphie) .

DSCN7368 - Copie Des décors somptueux , il ne reste plus qu’un chapiteau corinthien à feuilles d’acanthe près du natatio et une frise de marbre blanc finement ciselée dans la deuxième palestre qui  permettent d’imaginer les décors. Au pied des murs on a relevé des mosaïques figuratives aux thèmes aquatiques.

Caracalla
Caracalla

 

 

Les Thermes de Caracalla ont été fouillés dès 1545-1547 par le Pape Paul III Farnèse. Dans le Frigidarium se trouvait le Taureau Farnèse (que nous avons vu à Naples) tandis que les grands bassins sont actuellement Place Farnèse devant le Palais. Nous sommes passées hier devant sans les remarquer. Près du Caldarium, les »petites « salles chaudes des Laconicum étaient des saunas.

 

 

Les deux tours du caldarium, il fallait imaginer une coupole les rejiognant
Les deux tours du caldarium, il fallait imaginer une coupole les rejiognant

Du Caldarium, il ne reste plus que les gros piliers, hauts et larges comme des tours. Il faut imaginer une coupole, une verrière, un bassin froid pour se rafraîchir. Difficile d’imaginer les circulations d’air chaud avec de telles dimensions. Les chaudières étaient souterraines, les réserves de bois énormes. Les citernes se trouvent en face. Pour les approvisionner il a fallu construire un aqueduc,  Aqua Nova Antonina, en 212 ap. JC.

Devant le Palais Farnèse, les grosses baignoires pris dans les thermes qui permettaient de se rafraîchir
Devant le Palais Farnèse, les grosses baignoires pris dans les thermes qui permettaient de se rafraîchir

Il tombe du ciel de curieux aéronefs, bleus, verts ou rose. Dominique a cueilli une de ces mini-montgolfières au vol, décorée par des dessins d’enfants. Deux diamètres en fil métalliques portaient à leur intersection une bougie ou une petite lampe pour chauffer l’air.

La visite se termine à la Bibliothèque : il y en avait, l’une latine, l’autre grecque.

Il est 11h, que visiter dans les environs ?

L’ombre d’Hannibal – Paolo Rumiz

VOYAGER POUR LIRE? LIRE POUR VOYAGER?

Hannibal au Musée du Capitole
Hannibal au Musée du Capitole

Rumiz s’attache aux pas d’Hannibal pour un voyage qui commence aux cols des Alpes, au passage des fameux éléphants, en introduction. De Sardaigne à Sant’Antioco, cité punique, à Carthage, bien sûr, à Carthagène, logiquement, il traverse l’Espagne, les Pyrénées, le Rhône, il hésite (Durance ou Savoie?), Piémont (où il hésite encore devant la Trébie). Il trouve à Bologne « l’homme qui se prenait pour Hannibal » avec qui il cheminera jusqu’aux champs de bataille célèbres du Lac Trasimène, à Cannes, goûtera au délices de Capoue….Campanie, Sicile, et retour en Tunisie, pour suivre Hannibal en exil jusqu’en Arménie et en Turquie.

Voyage dans l’espace et aussi dans le temps. Hannibal n’a laissé que peu de traces tangibles, et pourtant la toponymie garde son souvenir, Rumiz cherche donc les « ponts d’Hannibal« , les « fontaines d’Hannibal », ou les noms « barca » dérivés du nom du conquérant.

« tu crois qu’on est fou? [….]Si l’on poursuit un mythe, c’est normal de s’égarer » [….] »mais aujourd’hui, le mythe n’existe plus. Personne ne le cherche.Et, lui La mort du mythe est le phénomène le plus obscène des temps modernes. C’est la fin de l’enchantement  de l’imagination, du désir »

Ils partent à l’aventure avec Polybe et Tite-Live en guise de guides touristiques – heureux érudits qui peuvent les lire dans le texte – et que la lecture des anciens transporte en l’absence de toute évidence du passage d’Hannibal.

Confrontation  entre le monde moderne où ils circulent (en voiture, pas d’éléphant) et le monde antique. Voyage à la limite des souvenirs des anciens qui s’estompent dans la modernité du 21ème siècle, plutôt qu’une carte ou un GPS, il interroge les paysans.

« vingt deux siècle, ce n’est qu’un souffle dans l’histoire humaine. Je repense à ce que me racontaient mes grands-parents et je m’aperçois qu’il existe encore un fil rouge qui me relie à l’Antiquité. Je ne sais pas si mes fils pourront en dire autant, dans cette société qui tue le temps avec l’hypervélocité télématique ».

Interrogation sur le temps qui passe,  interrogation aussi sur l’irrésistible conquête du monde méditerranéen par Rome, qu’il compare aux Américains. Comment Rome, battue par le grand chef de guerre, non seulement n’a pas reconnu sa défaite et s’est retrouvée vainqueur?

Rumiz, L’écrivain voyageur que j’avais découvert dans son voyage Aux frontières de l’Europe nous offre encore un voyage passionnant.

logochallenge italie

Pont Sisto – via Giulia – Campo de’Fiori – Trastevere

CARNET ROMAIN

pont Sisto
pont Sisto

En face de la Place Trilussa, le pont Sisto, piétonnier enjambe le Tibre qui luit comme un miroir mais qui semble bien vide en comparaison  avec la Seine et ses péniches. Ses quais aussi sont déserts malgré une piste cyclable, et une promenade peu fréquentée sous ce soleil magnifique. Les grands platanes se reflètent dans l’eau.

fuite en Egypte
fuite en Egypte

 

 

 

Un musicien joue. Des pakistanais ou indiens vendent des jouets, un autre vendeur a installé une crèche miniature sur le parapet avec la Fuite en Egypte et même une Arche de Noé.

 

 

 

 

La Via Giulia  passe le long du Palazzo Spada, longe des jardins dans les grands murs du Palais Farnèse .

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via Giulia

Un arche enjambe la Via Giulia un peu après le consulat de France, il y a aussi une belle fontaine. Nous photographions l’arche, la fontaine…Les soldats italiens qui protègent le consulat français nous grondent :  « pas de photo ! ». Nous en trouvons d’autres à l’entrée du Palais Farnèse,  motorisés. Des barrières de sécurités empêchent de s’approcher, et gâchent l’ordonnancement de la place Farnèse. L’armée italienne veille sur les biens français ! On a juste le temps de s’ébaudir devant les proportions monstrueuses du palais .

campo de'Fiori
campo de’Fiori

 

Tout proche, le Campo de’ Fiori avec son marché aux fleurs très coloré est plus avenant. Dominante rouge à l’approche de Noël : poinsettias, branchages avec de petites baies rouges, cyclamens, verts sapins de Noël. En face se trouve un marché de luxe. On peut y faire ses achats de cadeaux : victuailles, pâtes colorées aux formées variées, mini-bouteilles d’huile d’olive ou de vinaigre de Modène, mini-fiasques de Chianti.

Du marché dépasse un moine de bronze : Giordano Bruno  sur l’emplacement de son supplice et de son bûcher, le 17 février 1600.

Giordano Bruno
Giordano Bruno

Les restaurants ont installé leurs tables en terrasse comme en été. Elles ont l’air chic, on se laisse tenter.

Dominique commande un verre de vin blanc,  nous mangerons plus tard.Je me promène dans les environs et découvre l’autre côté du march : des primeurs à prix raisonnables, oranges et  clémentines de Sicile, radicchio (salade Trévise) brocoli et chou romanesco, artichauts et épinards. Produits locaux.

La via Guibbonati est bordées de boutiques de cuir, sacs colorés, chaussures chics à prix abordables (moins de 100€), confection élégance italienne. J’achèterais tout ! Je débouche sur la Via Arenula où circule le Tram n°8 rejoignant le Viale Trastevere par le pont Garibaldi. Tibre et N°8, je prends mes premiers repères dans Rome. J’arrive sur une place ornée de pins magnifiques avec en son centre des colonnes brunes : Area Sacra Argentina où se trouvent les vestiges de temples de l’époque républicaines mais difficile à identifier. Plus amusant : un refuge pour les chats sauvages du quartier. Un écriteau précise que les mineurs ne peuvent venir seuls et doivent être accompagnés de leurs parents.

Area Sacra - ruines de la Rome républicaine
Area Sacra – ruines de la Rome républicaine

En revenant sur mes pas, je découvre Simply market où nous achèterons les produits de base.

Déjeuner au Maranega : salade composée servie dans un bol de la taille d’un saladier familial : maïs, tomates-cerises, radicchio, roquette et deux « croutons » au fromage (taille d’une belle tartine).

Il fait bien trop beau pour rentrer, nous allons sur la rive ensoleillée du Tibre. Je continue le long de l’Île Tibérine jusqu’à la synagogue – curieux édifice du début du XXème siècle surmonté d’une haute coupole carrée inspirée du style babylonien (selon le Guide Bleu). Vendredi 15h, tout est fermé, synagogue et Musée Juif.

Théâtre de Marcello
Théâtre de Marcello

Le Portique d’Ottavia (Octavie, la sœur d’Auguste) est difficilement visible derrière des échafaudages, une petite église a été construite au milieu de la colonnade, mais il y a un panneau qui reconstitue le monument imposant autrefois. Plus étrange encore, les arcades du Cirque de Marcello, projeté par César, réalisé sous Auguste. Construction rouge brique, puis de pierres blanches surmontées d’habitations avec des fenêtres vitrées. Ce cirque inattendu me parait tout à fait extraordinaire. En face, de l’autre côté d’une rue très large et très passante je devine les ruines dans la verdure du Palatin.

 

Notre quartier, le Trastevère est très agréable avec ses rues étroites et tortueuses et ses placettes. Restaurants et bars ont remplacé les ateliers des artisans mais il reste encore quelques ferronniers, chauffagistes ou menuisiers dans se quartier qui se boboÏse. J’ai du mal à trouver des boutiques ordinaires, boucher ou boulanger. Les minimarkets vendent plus de whisky et de bouteilles de vin de luxe (premier prix 8€) que de lait ou de produits d’entretien. Fruits et légumes sont bio ou exotiques toujours très chers. Quand je cherche un café avec Wifi je découvre des « bars à livres » ou des « livres et chocolats » et des boutiques d’artisanat d’art. Le seul supermarché – Conad – est sur le Viale Trastevere.

santa maria in trastevere

Au hasard de ma promenade je découvre les églises du quartier, Santa Maria in Trastevere est ornée de mosaïques byzantines, sur sa façade et dans l’abside du chœur. Dans le narthex, pour Noël on a installé une crèche amusante. Sous un auvent dînent des villageois qui ont invité des africains – des migrants ?

Dîner dans la crèche, qui sont les invités? les rois mages ou les migrants africains?

L’église est bondée. Des enfants en chemise rouge sont massés près du chœur. Les parents se préparent à immortaliser l’évènement avec caméras ou smartphones. Le tourisme sera pour un autre jour.

la-boccaccia

Pour dîner, j’achète des parts de  pizza au fournil Boccaccia sur la petite place au bout du vicolo Moroni, après le multiplexe du Trastevere (programmation Arts et Essai). J’ai l’embarras du choix : on apporte de longues plaques rectangulaires de pizzas variées et le serveur découpe des arts à la taille désirée les met sur la balance. J’en commande une au radicchio-jambon cru, une autre brocoli-asperge-mozzarella. Il réchauffe les parts et les emballe dans un papier sulfurisé. Dîner typique, excellent et  bon marché (3€)

Arrivée à Rome et au Trastevere… L’onda della vergogna – Installation -18 décembre, jour des migrants,

CARNET ROMAIN

Plasse Trilusssa : installation pour le 18 déc; jour des Migrants
piazza Trilusssa : installation pour le 18 déc/ Jour des Migrants

Fumicino 8h30, 6°C, beau soleil.

Achat de Romapass -72h , et tickets de train à la machine (8€). Il existe un autre train Leonardo Express, plus rapide, 21 plus cher, qui va à Termini. Le train pour la gare de Trastevere-Roma est un omnibus vide qui se traîne dans la campagne hivernale ensoleillée. Les pins parasols qui bordent les routes, les cyprès et les eucalyptus donnent une illusion de verdure.

La Stazione Trastevere- Roma est une gare vieillotte aux dalles de marbre mais aux ferronneries rouillées. Actualité oblige : des militaires en treillis et en armes lourdes patrouillent.

Rome.Tram8L’arrêt du tramway n°8 est un  peu plus loin sur le Viale Trastevere.Tickets journaliers à l’edicola, le kiosque à journaux qui vend des DVD de Pasolini pour commémorer l’anniversaire des 40 ans de sa mort. Le n°8 est un tram moderne aérodynamique mais peu équipé en siège ; nous sommes debout pendant les 6 stations qui nous séparent de Gioacchino Belli. La signalétique est peu pratique, c’est écrit tout petit, illisible, les voyageurs sont gentils et nous aident.

gioacchino belli
Gioacchino Belli, poète, la place où nous trouvons le tram 8

Suivant l’itinéraire de Guido, je trouve facilement le nom des rues gravés sur des plaques de pierre, les rues Gustavo da Modena, via della Renella et Politeama sont en enfilade, très calmes, pavées, entre les maisons jaunes ou oranges. Guido devait nous attendre place Trilussa devant la statue du poète vert de gris qui  semble surgir du socle de pierre. Personne !

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De l’autre côté,un monument, sur une volée de marches. Un panneau  raconte la conversion de Christine de Suède qui vivait au  Palais Corsini, dans les parages. J’ai lu cette histoire récemment dans les Dix Mille Guitares de Catherine Clément. Après cette lecture instructive, je commence à m’inquiéter, les locations fantômes sur Internet cela peut exister !

 

 

En bas des marches, des militants s’activent à étaler, à scotcher et à froisser de grands sacs-poubelles autour d’un canot de survie orange, des affaires trainent. Sur des feuilles blanches imprimées en lettres noires, une inscription sobre : 18 Décembre, jour des migrants. Une femme distribue des tracts : HUMAN WASTE, l’Onda della Vergogne. Ce n’est pas une manifestation mais une installation artistique de Monica Pepe et Gianpaolo Renzi « Reconstruire cette mer noire avec les objets qui ont accompagné les migrants dans leur traversée… ». Peu de spectateurs, quelques photographes, des habitués du quartier lisent leur journal sur la place, un homme a étalé l’Unita.

Enfin un homme qui ressemble à la photo, marche, le telefonino collé à son oreille !

vicolo Moroni, 39 linge aux fenêtres,...
vicolo Moroni, 39 linge aux fenêtres,…

Notre maison est tout près dans le vicolo Moroni au 39, en rez de chaussée.

Une pièce avec deux canapés et un écran plat, une alcôve derrière un panneau coulissant en verre coloré, une petite salle de bain. Mais où est donc la cuisine? Ecola ! A la cave,  qu’on atteint en descendant un escalier aux marches hautes et étroites surtout la troisième, après c’est raide mais plus large. Un peu de vaisselle, ni nappe ni torchons, basique. Pour le petit déjeuner! les touristes iront au restaurant midi et soir ! Justement nous louons un appartement pour économiser sur les repas.

Le Chandelier enterré – Stefan Zweig

CARNET ROMAIN

Triomphe de Titus
Triomphe de Titus

Incipit :

« C’était par une belle journée de juin 455 ; le combat venait d’opposer, au Circus Maximus de Rome, deux gigantesques Hérules à une meute de sangliers hyrcaniens… »

« ….Rome, le coeur palpitant, veillait et attendait les Barbares comme le condamné qui, la tête posée sur le billot s’apprête à recevoir le coup inévitable… »

Bluffée par les algorithmes de Babélio ou d’Amazon!

Qui m’a suggéré la lecture du Chandelier enterré? Je croyais l’avoir téléchargé dans la liseuse à la suite de Magellan , lu en rentrant de Lisbonne. Zweig est une valeur sûre et j’y reviens périodiquement. Je croyais lire une légende juive qui me changerait de l’Italie…

Rome : Arc de triomphe d'Hadrien
Rome : Arc de triomphe de Constantin

Et me revoici à Rome, au Trastevere que nous venons de quitter, en face de l’île Tibérine, et de ce qui deviendra plus tard le Ghetto. Nouvel épisode d’histoire romaine : le sac de Rome par les Vandales. Hyrcanos ben Hillel, trésorier juif des deniers impériaux, le seul Juif qui eût accès au Palais vient apporter la nouvelle : les Vandales vont emporter le Chandelier de Moïse, le candélabre de la maison de Shelomo, la ménorah. Celle qui figure sur l’Arc de Triomphe de Titus.

« les objets sacrés n’étaient plus en notre possession, mais nous les savions en lieu sûr et bien cachés. Et voilà qu’aujourd’hui le chandelier sacré va se remettre en route »

Les plus vieux Juifs tiennent à l’accompagner jusqu’au port d’où il s’embarquera pour Carthage. Un jeune garçon viendra avec eux pour témoigner, plus tard quand ils auront disparu.

« Nous suivons aujourd’hui la menorah qui est emportée au loin comme on accompagne dans son dernier voyage la dépouille d’un être cher…. »

theodora justinien
Theodora et Justinien Ravenne

Quatre vingt ans plus tard, l’enfant vit toujours. Justinien a envoyé Bélisaire contre Carthage et Bélisaire transporte le chandelier avec le reste du butin à Byzance.

« – Hélas! A Byzance!…il va à nouveau voyager! retraverser la mer! Ils recommenceront à le traîner en triomphe comme l’a fait Titus le maudit! »

Je ne vous raconterai pas la suite de la légende, il faut la lire….

L’amie prodigieuse – Elena Ferrante

LIRE POUR L’ITALIE (NAPLES)

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C’est l’histoire d’une amitié entre deux fillettes, scellée dramatiquement en jetant mutuellement la poupée chérie dans le soupirail de la cave.

« Ce fut même cette occasion qui me convainquit que rien ne pouvait l’arrêter, et que chancune de ses désobéissances débouchait sur des prodiges à couper le souffle. « 

Fillettes terribles et même méchantes! Dans un quartier pauvre de Naples des années 50 où règne la violence. Fillette qui se battent avec les garçons.

« Bien sûr, j’aurais aimé avoir les manières courtoises que prêchaient la maîtresse et le curé, mais je sentais qu’elles n’étaient pas adaptées à notre quartier, même pour les filles. »

« Les violences de père n’étaient que peu de chose par rapport à la violence diffuse dans notre quartier. Au bar Solara, quand il faisait chaud entre les pertes au jeu et les ivresses mauvaises, on arrivait souvent au des espoir(un mot qui, en dialecte, voulait dire avoir perdu tout espoir, amis aussi être sans le sou). »

Amitié de deux gamines qui lisent ensemble les Quatre filles du Docteur March et rêvent d’écrire un roman qui les rendra riches! Bonnes élèves à l’école, malgré l’insistance de leur institutrice, seule Elena ira au collège. Lila ne renonce pas pour autant au Latin et au Grec. Leur amitié est aussi la conquête de la réussite scolaire d’Elena.

Elena Ferrante fait surgir du passé un monde d’avant la voiture, d’avant la télé, d’avant la consommation. L’histoire des deux amies est aussi celle de la transformation de ce monde qui va de pair avec leur transformation à l’adolescence. Pour aller au collège puis au lycée, Elena découvrira la ville, puis plus tard les vacances à la mer tandis que Lila sera courtisée par tous les garçons du quartier.

Pasquale, l’ouvrier communiste  expliquera le monde d’avant et Lila enrichira ce savoir avec des livres empruntés à la bibliothèque

« ainsi donna-t-elle des motivations concrètes et des visages familiers au climat de tension abstraite que, depuis notre enfance, nous avions respiré dans notre quartier. Le fascisme, le nazisme, la guerre, les Alliés, la monarchie et la république, elle transforma tout en rues, immeubles et visages, don Achille et le marché noir, Peluso et le communisme, le grand-père Solara qui était camorriste, le père Silvio qui était un fasciste…. »

Les jeunes filles fréquentent. Le premier livre de la série se termine par le mariage de Lila…

Et je suis impatiente de lire la suite qui vient tout juste de sortir en français.

 

 

Le dernier jour d’Yitzhak Rabin – Amos Gitaï

le dernier jour d'Yitzhak2h33, d’une enquête minutieuse avec images d’époque (images de caméras de surveillance  auxquelles nous nous sommes malheureusement habitués),  reconstitutions avec sang, et sirènes , auditions des témoins, interrogatoires répétitifs….archives de télévisions.

L’enquête ne cherche pas le coupable. Nous le connaissons, Yigal Amir ne nie pas le meurtre, il le revendique. Le faits, non plus, l’assassinat s’est fait devant foule de témoins.

L’enquête de la Commission officielle cherche à établir les défaillances du système de sécurité. Qui a été négligent? La police, les services secrets, la garde rapprochée, le chauffeur. Tous seront interrogés sous nos yeux. Le juge pointilleux lève des contradictions dans leurs discours, met en évidence des failles. Jamais le contexte politique ou religieux ne sera analysé. Ce n’est pas faute d’avoir été questionné par les témoins. La Commission n’enquêtera pas là-dessus. Ce n’est pas sa mission!

Et pourtant alors, comme maintenant, la question importante est celle-ci: qu’est-ce qui a permis et même légitimé aux yeux de certains l ‘assassinat de Rabin?

Comment la violence inouïe qui régnait alors dans la rue, avec appel au meurtre, cercueil promené publiquement, menaces ouvertes, n’avait-elle aucune part dans les causes de l’assassinat.

Violence y compris dans l’enceinte de la Knesset, où l’opposition ne laissait pas le Premier Ministre s’exprimer. Délégitimation du gouvernement démocratiquement élu. Analogie avec Pétain…appels à la résistance.

Violence de la colonisation

Condamnations religieuses,  malédictions d’un autre temps. Je n’aurais jamais imaginé qu’au XXème siècle une malédiction proférée par quelques barbus pût aboutir. Quoique au 21ème….Cela rend ce film encore plus nécessaire!

Non ce n’est pas un thriller comme la bande-annonce le suggère. Ce serait plutôt un opéra funèbre.

Amos Gitaï a construit le documentaire, il le dit lui-même,  comme un architecte. Ce n’est pas un documentaire-télé mais une oeuvre magistralement construite. En ouverture, une longue interview de Shimon Peres trouve son symétrique avec les mots de la fin de la veuve, Lea Rabin. Habilement entremêlées les images d’archives et la fiction, le sang qu’on ne voit jamais à la télévision, présent comme dans un film, qui heurte et nous choque. Lancinantes les phrases du juge. Les longueurs ne sont-elles pas voulues?

Ma première émotion a été de retrouver a voix de Rabin inoubliable.