Chaim Soutine – L’ordre du chaos – à l’Orangerie

LE MONDE EN EXPO

(du 3 oct.2012 au 21 janvier 2013)

Le Musée de l’Orangerie détient 22 tableaux de Soutine dans ses collections permanentes. même après la fin de l’exposition, il sera encore temps de découvrir ce peintre à l’Orangerie.

 

 

 

 

On fait connaissance avec le peintre par un portrait de son ami Modigliani entouré de plusieurs portraits des familiers de Soutine et d’un autoportrait. On connaît le goût de l’artiste pour ces visages déformés, les couleurs flamboyantes, les attitudes un peu figées sur un fond bleu, neutre.

les maisons dansantes de Cerêt

La salle suivante présente les paysages de Cerêt, avec des maisons alignées en une sorte de barre horizontale, mais dont les verticales auraient subi une sorte de torsion. maisons-visages qui paraissent danser, se tordre en un chaos un peu angoissant. Face à Cerêt, des vues de la Côte d’Azur, plus gaies, plus colorées.

Cette fois-ci les maisons sont à peu près représentées mais ce sont les routes qui ont subi une étrange métamorphose. Le spectateur est invité à entrer dans le tableau et à tourner dans les lacets d’une route de la montagne provençale. Le ciel envahit les côtés. Plus de perspective ni d’horizon. On est happé dans la couleur et dans les coups de pinceaux tournants. Sur un troisième mur, ce sont des paysages de Bourgogne dont les arbres sont animés de tournis dans la tempête. Deux enfants courent sur la route, revenant peut être de l’école avant l’orage.

La troisième salle est consacrée aux séries et natures mortes. Glaïeuls flamboyants, encore du rouge! Soutine a une prédilection pour les carmins et les vermillons! Une série de lapins et lièvres pendus, de poulets à moitié plumés, de carcasses de bœufs sanguinolentes. ce n’est pas vraiment la partie de l’exposition la plus séduisante. Même si c’est une grande leçon de peinture (merci aux commissaires de l’expo qui ont mis en regard les tableaux d’une peinture des grands maîtres qui ont inspiré Soutine : Rembrandt et Chardin. la nature morte avec la raie correspond bien au tableau de Chardin.

On revient à des portraits, séries d’enfants de chœur (inspirés par Courbet, de l’enterrement à Ornans) de personnages en livrée, d’un des pâtissiers (qui ont ouvert la porte des collections prestigieuses) de femmes encore en rouge, une Anglaise m’a bien plu.L’exposition se termine sur un tableau encore inspiré de Rembrandt : une femme âgée relève sa chemise pour entrer dans l’eau.

Belle découverte pour moi!

Je ne connaissais pas les collections permanentes , les Renoir, Rousseau, Modigliani, Laurencin, Picasso Matisse, Utrillo, Derain. Il y en presque autant qu’à Orsay, avec beaucoup moins de touristes. Il faudra revenir.

On n’aurait pas quitté l’Orangerie sans passer par les Nymphéas. Deux merveilleuses salles elliptiques, des bancs confortables pour passer un moment de recueillement au beau milieu de l’étang de Giverny! Rêverie!

 

Venu du Temps Dièse – Bogdan Suceava

LIRE POUR LA ROUMANIE

Bucarest, 1993. Peu de temps après la chute de Ceausescu.

« On attendait tous quelque miracle. Tu te rappelles les années quatre-vingt avec tous leurs secrets et leur histoire  jamais  dite? »

Vespasien Moïse né avec une marque bizarre sur la poitrine – la carte de Bucarest – devient le Maitre d’une secte un peu étrange qui rassemble toutes sortes d’originaux et de paumés, un savant le docteur Arghir qui explique tout en terme de vibrations, un professeur d’histoire le Docteur Diaconescu, un Troubadour, rock ou folk, un riche homme d’affaires, des marginaux….Les théories les plus farfelues co-éxistent avec le miracle d’une lotion capillaire, l’hypothèse d’un astre jumeau du soleil, celle que le Roumain, la langue la plus ancienne, vieille de 7000 ans, est une sorte de code ésotérique et médical….

Si l’histoire contemporaine roumaine, la transition entre le régime communiste et le capitalisme, m’intéresse beaucoup, les élucubrations mystiques des sectes m’ennuient profondément. Si le livre ne m’avait pas été offert dans le cadre de la Masse Critique par Babélio, j’aurais sans doute refermé le bouquin après une trentaine de pages. Une critique est attendue, il me faut donc persévérer. Et je ne l’ai pas regretté.

Livre de Bucarest, comme Moscou pour le Maitre et Marguerite. Pourquoi ai-je pensé à Boulgakov? sans doute à cause du chat-espion. Mais Boulgakov est un génie tandis que Venu du temps Dièse est un peu laborieux pour le lecteur étranger. J’aime lire la littérature étrangère dépaysante. J’ai plaisir à convoquer mes souvenirs de notre passage à Bucarest. J’ai également conscience de passer à côté de l’essentiel du livre. De très nombreuses notes en bas de page expliquent les intentions de l’auteur qui détourne ironiquement les écrits des poètes roumains célèbres ou des hommes politiques. Évidemment, cet aspect n’est pas accessible au lecteur non-roumain.

Est-ce un témoignage du post-communisme en Roumanie, comme l’affirme le 4ème de couverture? Les sectes, les fascistes, les satanistes, les stéphanistes( partisans du Roi Étienne 1757-1504, ressuscité pour l’occasion. )…. ont-ils existé, se sont-ils castagnés, comme le raconte le roman ????

Est-ce plutôt une allégorie délirante, une bouffonnerie, sortie de l’imagination fertile de l’auteur? Je suis bien incapable de discerner l’exagération hénaurme de la critique ciblée. Les seuls personnages doués d’une sorte de rationalité sont les  policiers chargés de la surveillance des sectes et autres mouvements politiques. Ne sont-ils pas les héritiers de la terrible Securitate?

J’ai cherché à comprendre le titre du livre Venu du temps dièse. Ce n’est que dans le dernier chapitre, en épilogue avec l’arrivée d’un nouveau prophète ….« arrivé dans la ville à dos d’âne, et la population de Bucarest l’a aimablement reçu avec des rameaux d’oliviers et de laurier, avec du pain et du sel[….]Il nous venait de loin, d’un monde perdu, du temps dièse de nos sens blessés, béants, sur-aiguisés. Le voilà maintenant nous parler de la Roumanie des années trente, de gloire et de liberté; de notre victoire en tant que nation et de nos droits en tant qu’individus….. »

Et le temps dièse sera encore pour moi un mystère, et sectes et théories fumeuses ont encore un certain avenir. Ainsi que les romans délirants….

 

 

Au-delà des Collines – film roumain de Cristian Mungiu

TOILES NOMADES

Dès sa sortie je me suis précipitée pour voir le film roumain de Cristian Mungiu : au delà des collines.

Depuis notre voyage en Roumanie je continue à me documenter, à lire et à voir les films roumains. Cet été, nous avons passé plusieurs jours dans des monastères bulgares. J’ai été intriguée par ces nonnes souvent jeunes. J’aurais aimé leur parler. Cela ne s’est pas fait, réserve ou barrière de la langue?

2heures 30 – tout le temps de découvrir la vie d’un couvent très pauvre dans une région de montagne, loin de tout et surtout de la vie moderne : pas d’électricité ni d’eau courante, les tâches ménagères accomplies en commun dans la plus grande simplicité. Dans cette communauté de femmes, l’autorité est assurée pleinement par un jeune pope. Avec la supérieure ils ont reconstitué une sorte de famille, et les sœurs les appellent naturellement Papa et Maman.

 

C’est une histoire d’amour : Alina et Voichita se sont connues, enfants à l’orphelinat où elles ont été abandonnées. Alina aime Voichita d’un amour inconditionnel. Elle est revenue d’Allemagne pour chercher Voichita et l’emmener avec elle. En son absence, Voichita a rencontré Dieu, elle aime toujours Alina mais ne veut pas quitter le couvent. Cette dernière est prête à tous les sacrifices pour rester près de son amante, y compris des mortifications et des pénitences pour trouver la foi, y compris à donner son petit pécule pour les peintures de l’église du monastère qui ne sont pas terminées.

L’amour inavouable des deux femmes est-il diabolique? Frustrations culpabilité ou contraintes sociales insupportables? Alina est saisie  de crises épouvantables, évanouissements, violence, suicide…. la première réaction des nonnes est de l’envoyer à l’hôpital. Misère de l’hôpital, impuissance  à la soigner, ou confusion des genres, le médecin juge qu’elle sera mieux à se calmer au couvent.

Quand les crises reprennent le pope cherche à se débarrasser d’elle. Mais comment? L ‘orpheline n’a nulle part où aller et se soumet à la confession, aux pénitences, dresse la liste des péchés d’après une longue liste qu’on lui soumet. Puisque la médecine est impuissante, qu’aucune institution ne fonctionne, il reste la solution religieuse : l’exorcisme. Violence moyenâgeuse qui se terminera par le décès d’Alina.

Qui est coupable? Le pope et les nonnes, ses complices qui l’ont ligotée, privée de nourriture et d’eau pour affaiblir le diable qui l’habitait? le médecin qui l’a remise au couvent? Les services d’urgences qui ont appliqué un traitement inapproprié à la mourante?Tous, pourtant, étaient animés des meilleures intentions du monde.

Ce n’est pas une fiction. Une femme est vraiment morte dans des circonstances analogues et le prêtre a été condamné. Il existe encore des gens qui croient qu’une femme hystérique est possédée.

Par de-là l’anecdote, Au delà des Collines est un film magnifique, presque noir et blanc des voiles noirs sur la neige, seule couleur, la vieille guimbarde rouge qui nous rappelle que l’histoire s’est bien déroulée en 2005 et non pas dans la nuit des temps. Merveilleuses de simplicité,  les deux actrices, Voichita, la soumise et Alina la rebelle. Quoique….la fermeté de Voichita dans sa foi ébranle la rationalité de son amie. Rien n’est simple!

 

Jules César – Shakespeare -retour au texte après le film

CHALLENGE SHAKESPEARE

la mort de César – Gérome

Après avoir vu l’excellent César doit mourir des frères Taviani, j’ai eu envie de retrouver le texte original de la pièce. En effet, le film qui ne dure que 1h15 ne présente pas l’intégralité de la pièce. C’est du cinéma, et du bon, très loin d’une captation de théâtre.

C’est avec grand plaisir que j’ai découvert la pièce. Le film offrait une version très moderne, dépouillée, centrée sur les personnalités de Brutus, Cassius et Antoine, les scrupules de Brutus, les manipulations d’Antoine.La pièce est remplie de nombreux personnages et figurants.La présence des épouses de César Calphurnia et de Brutus, Portia, n’étaient pas envisageable dans le film.

L’ambiance est aussi fantastique, orages, lions, et augures, et même un fantôme, dressant un univers antique et élisabethain, très loin de celui de la prison de Rebbibia.

C’est surtout la lecture attentive des discours de Brutus et d’Antoine, éloges funèbres mais surtout manipulation du peuple qui m’ a intéressée, son hypocrisie et son insistance à qualifier les conjurés d’hommes honorables, son habileté à en appeler au sentiments sans y toucher, montrer le manteau plutôt que les plaies retourner les assistants en leur faisant miroiter un testament de César, éloquence très maîtrisée « je ne suis pas un orateur » affirme-t-il pour mieux développer son discours.

A l’ acte IV, le retournement de Cassius est également passionnant à lire

Le combattant intègre et soutient des valeurs de la république romaine est tenté par est soupçonné de trafic. Brutus, en tuant César n’a prolongé la République romaine que de peu. on connaît la suite de l’histoire. pièce tout à fait politique!

 

Jules Césa a aussi inspiré Haendel. Trouvé sur un blog que j’aime CECI

Kampuchea – Patrick Deville

LIRE POUR LE CAMBODGE (et le Vietnam, et la Thaïlande, et le Laos…)

Angkor

Après Peste&Choléra qui m’a beaucoup intéressée, j’ai cherché Kampuchéa sorti quelques mois après notre retour du Cambodge.

C’est un livre très différent, plutôt un carnet de voyage relatant une errance de Bangkok où il commence et se termine, un reportage au Procès de Douch – le tortionnaire du sinistre S-21 à Phnom Penh, et des digressions au Vietnam et au Laos.

sur le Tonlé-Sap
Sur le Tonlé-Sap – Cambodge

Le titre du livre – Kampuchéa – nom que les Khmers rouges avaient donné au Cambodge – laisse imaginer une sorte d’histoire du Cambodge. Deville commence son histoire en 1860 avec la découverte d’Angkor par Mouhot. Coquetterie d’auteur, il feint de dater les évènements à partir de cette nouvelle ère, ce nous oblige à faire un petit exercice de calcul mental.

Deville joue avec le lecteur en l’égarant aussi bien dans l’espace. Il fournit des indices plus ou moins clairs, ne nomme pas toujours les lieux si bien qu’il faut deviner où se déroule l’action. Un bonne connaissance de l’Asie du Sud-Est est même nécessaire pour se repérer dans ce livre-puzzle.

L’histoire n’est jamais racontée linéairement. Des épisodes, dans le plus grand désordre chronologique,  surgissent au fil du voyage, des rencontres, des digressions. On peut considérer cette lecture comme un jeu. Parfois agaçant. Ce n’est plus l’histoire du Cambodge qui est narrée, plutôt celle de l’Indochine, avec ses pionniers: Mouhot le premier, mais aussi Garnier et Lagrée qui ont cartographié le Mékong, ainsi qu’Auguste Pavie qui cartographia le Tonlé Sap et installa le télégraphe entre Phnom Penh et Bangkok, parti à dos d’éléphant. Rencontres fortuites avec Loti, Brazza ou Stanley, des plus grands explorateurs. Plus tardives avec Malraux ou Graham Green.

Morceaux de bravoures, l’entrée des Khmers rouges le 17 avril 1975 à Phnom Penh, DienBien Phu, ou la débâcle des américains  à Saïgon, même les affrontements entre chemises jaunes et chemises rouges à Bangkok en 2011. On croise Sihanouk et Hô Chi  Minh…. Récit cinématographique:long travelling sur Catinat à Saïgon.

a
Nha Trang – Vietnam

« Je vais descendre vers Danang, ou peut être à Nha Trang sur les traces du bon docteur Yersin. Par la route Mandarine ou en train, au milieu des flamboyants et des tamariniers. puis descendre à Hô Chi Minh-Ville et de-là regagner Bangkok, remonter au nord vers Chiang Mai, puis Hanoï, puis Haïphong, corir à nouveau sur la grand-roue dont le moyeu est Phnom Penh, comme l’écureuil de Cendrars dans la cage des latitudes et des longitudes, chercher une issue…. »

Rencontres passionnantes mais un peu frustrantes,  à peine commence-t-on à se situer que le chapitre suivant nous emmène ailleurs.


 

Cesar doit mourir – film des frères Taviani

CHALLENGE SHAKESPEARE

Quel film!

Quel casting! Ces prisonniers de la prison de Rebbibia ont des gueules de Romains! Plus qu’à Shakespeare – dont je viens de télécharger le texte – je pense à la Rome antique. Cette Rome qui est finalement si proche après deux millénaires. Les acteurs s’étonnent de la proximité de l’intrigue, « comme chez moi » (à Naples, à Catane….). Ces hommes d’honneur pour qui un contrat se signe d’un regard, sont-il les conjurés des Ides de Mars ou les condamnés pour trafic de stupéfiant, ou association de malfaiteurs?

Brutus

Dans le making-of de la pièce, on assiste aux auditions. Les hommes ne doivent pas improviser je ne sais quelle scène, ils se présentent, en pleurant, en criant. On les découvre, cela suffit au metteur en scène pour trouver un César impérial, un devin génial, Cassius …Brutus qui a le rôle le plus complexe est un acteur professionnel, ancien taulard.

Ces hommes sont d’une sincérité troublante. Ils s’approprient le texte. Les répétitions filmées dans un  noir et blanc somptueux se déroulent dans les cellules, les couloirs, la cour de promenade. On hésite : s’agit-il de Shakespeare ou de la vie des acteurs?

Après le meurtre de César dans une cour, des clameurs, des cris « liberté!« ; sont ils fortuits ou prévus. Trois gardiens chargés de raccompagner les détenus laissent se dérouler le discours d’Antoine qu’ils prennent à la lettre(?).

 

 

Couleurs. Rouge et or de la représentation. La joie explose, d’avoir réussi quelque chose de grand, de beau, devant les familles, les spectateurs. Le retour en cellule en sera d’autant plus cruel pour celui qui est condamné à perpétuité.

 

Antigone de Sophocle – Theâtre national Palestinien à Ivry (bis)

Au risque de me répéter, je suis retournée à Ivry faire découvrir cette œuvre  à une amie helléniste. J’ai revu cette interprétation avec un plaisir renouvelé, écouté (et surtout lu le sur-titrage) avec une attention particulière.

 

Que m’apporterait de nouveau cette seconde vision?

Un poème de Mahmoud Darwich :

« Il y a sur cette terre » Mahmoud Darwich

Il y a sur cette terre ce qui mérite de vivre :

les hésitations d’avril,

l’odeur du pain à l’aube,

les opinions d’une femme sur les hommes,

les écrits d’Eschyle,

les débuts d’un amour, de l’herbe sur des pierres,

des mères se tenant debout sur la ligne d’une flûte

et la peur qu’éprouvent les conquérants du souvenir.

Il y a sur cette terre ce qui mérite de vivre :

la fin de septembre,

Mahmoud Darwich, le poète palestinien,  qui dit aussi:

« j’ai choisi d’être un poète troyen. je suis résolument du camp des perdants. les perdants qui ont été privés du droit de laisser quelque trace que ce soit de leur défaite, privés du droit de la proclamer. j’incline à dire cette défaite; mais il n’est pas question de reddition »…

(citation trouvée dans la plaquette du théâtre d’Ivry)

Et je pense à Polynice, le frère du camp des perdants, interdit même de sépulture

Au risque de radoter : la beauté de la musique du trio Joubran, cérémonie hypnotique qui s’accorde si bien avec Antigone. Je ne comprends pas l’arabe, j’espère que rien d’inacceptable n’est prononcé. Le minimum que je puisse faire, c’est écouter l’autre.

Une curiosité qui s’accorde bien à cette soirée : l’hommage du trio Joubran en Grec:

mon article précédent: ICI

La tour d’Amour – Rachilde

CHALLENGE BRETON

Publié dans le recueil Omnibus Le roman des PHARES.

Le personnage de Rachilde m’intriguait, les vacances en Bretagne étaient l’occasion de lire cet ouvrage que Claudialucia avait chroniqué il y a peu.

Je n’aurais pas dû lire la préface. Certaines préfaces éclairent le lecteurs mais celle-la, sous prétexte d’analyse, de symboles…, raconte trop, déflore le mystère qui tient une grande place dans l’histoire et détruit tout l’effet de surprise. On sait ce qu’il y a dans la pièce cadenassée, le héros ne le sait pas, nous si!

Il est vrai aussi que j’ai très peu de goût pour le Grand-Guignol, très peu pour la littérature fantastique. Et là, trop c’est trop! Des naufrages, un  meurtre, de la nécrophilie, la folie, la démence-même… rien ne nous est épargné. !a rester enfermé dans un phare dans une mer en folie, ravitaillé tous les quinze jours si le temps le permet, et il ne le permet pas souvent.

Cependant ce roman ne manque pas d’intérêt : le style est impressionnant dans la description  des éléments déchaînés, la tempête  brisant les vitres du phare, les embruns, les oiseaux tourbillonnant. Quelques morceaux de bravoure: la folie gagne les hommes enfermés qui désapprennent à vivre.  Cependant ils ne rachètent pas les tonnes de préjugés désuets et l’enflure des exagérations.

 

Le Gardien du feu – Anatole Le Braz

CHALLENGE BRETON

Édité dans le gros Omnibus:  Le roman des PHARES,Le Gardien du feu fut publié dans Le Journal en octobre-novembre 1899 et inspiré d’un fait divers survenu au Raz-de-Sein en 1892.

 

 

Quelle meilleure lecture pour accompagner des vacances sur la côte de Cornouailles par les temps venteux de la Toussaint quand la mer est rayée de lames écumantes.

Anatole Le Braz recueillit légendes et traditions bretonnes. Ce roman a donc un souci ethnographique dans la précision des descriptions et dans le goût des détails de la vie courantes. La parisienne que je suis ne se doutait pas des nuances locales, des différences entre les régions de la Bretagne. Léonards et Trégorrois n’ont ni les mêmes coutumes ni les mêmes caractères, les Capistes – ceux de l’extrême Finistère sont aussi différents des Îliens de Sein. Toutes ces remarques me ravissent et réservent nombreuse surprises dans un décor dépaysant et maintenant désuet.  Étonnement de réaliser que ces pauvres paysans ou pêcheurs sont aussi des marins au long cours. Goulven Denes, naïf Léonard, voué à la prêtrise garde son trésor le coffre à Jim trouvé à Saigon.

Atmosphère étrange que celle de l’Enfer du Raz, de la baie des Trépassés, dont les noms seuls présagent une tragédie à venir. J’ai deviné à mi-parcours l’issue fatale et pourtant je ne me suis pas ennuyée  tant est bien racontée l’histoire que je ne veux pas résumer pour laisser la surprise au lecteur. C’est une histoire d’amour, simple et absolue, d’un homme simple.

Lire aussi le billet de Claudialucia ICI

 

 

Antoine et Cléopâtre – Shakespeare

CHALLENGE SHAKESPEARE

Lectures communes, challenges et autres défis, sont l’occasion d’aborder des textes moins fameux, de sortir des chemins battus et de confronter nos impressions.

Sans le défi de Claudialucia et de Maggie, je n’aurais pas choisi cette pièce de Shakespeare que je n’ai jamais vue . J’ai parfois du mal à lire du théâtre sans avoir vu jouer la pièce, tandis que le voyage inverse du retour au texte est toujours un grand plaisir.

Pas très étonnant que Antoine et Cléopâtre ne soit pas souvent monté! Que Shakespeare ignore (ou méprise) la règle classique des 3 unités, ce n’est pas franchement une découverte. On saute d’Alexandrie à Rome, d’une scène à l’autre, on passe par Athènes ou on monte à bord de la galère de Pompée. Fi de l’unité de lieu! Comment s’y retrouver? Étourdi par les lieux divers et le nombre des personnages , partisans de Marc-Antoine, ceux d’Octave, de Pompée, sans parler ceux de César. Peut-on les habiller de toges aux bordures différentes? Je plaisante, bien sûr, mais j’ai eu du mal à m’y retrouver! Enfin, une bonne connaissance de l’histoire romaine est indispensable, allusions aux triumvirats, à la bataille d’Actium.

C’est donc une pièce ardue, pour celle qui a oublié son histoire romaine.

 

Antoine et Cléopâtre, de grands amoureux? C’est ce que promettait la préface. Je n’ai guère trouvé d’amour. Plutôt de la manipulation. Qui est le plus grand manipulateur? César, qui place ses pions sur l’échiquier politique? Cléopâtre qui calcule, joue, ment met en scène un faux suicide? Le vrai, celui que tout le monde connaît, le panier de figues et les aspics, est-il un acte d’amour ou de dignité de la Reine déchue qui ne veut pas paraître au triomphe de César?

Antoine est il un amoureux? peu probable, son grand amour pour Cléopâtre ne l’empêche pas de se remarier à peine sa femme légitime refroidie. Si la « mort » de Cléopâtre l’atteint, n’est-ce pas plutôt ses défaites et les défections de ses alliés qui provoquent son suicide.

Pièce politique sûrement plus qu’histoire d’amour.

Merci aux blogueuses de m’avoir mis au défi de cette lecture un peu difficile! Les personnages me fascinent : j’avais « rencontré »Cléopâtre si souvent en Egypte que je me devais cette lecture. Et puis surtout le film César doit mourir vient de sortir que je me suis promise de voir et il faudra que je lise Jules César qui appartient à la série!