7 jours à la Havane – film

TOILES NOMADES

 

Envie de retourner à Cuba? Envie de musique, de chaleur, de couleur…de cette pêche incroyable qui anime les Cubains même dans le dénuement. Deux heures pour s’évader.

En général, j’évite les films à sketches. J’ai besoin de temps, de sentir une atmosphère qui s’installe, de m’attacher à des personnages. Le rythme des sketches me laisse frustrée le plus souvent. Dans ce cas précis, certains épisodes – des jours – très inégaux m’ont laissée indifférente.

Lundi « el Yuma« , un petit Américain naïf et même benêt se laisse entrainer dans une balade alcoolisée et érotique, introduction colorée : les œufs manquent mais pas le rhum, les filles ravissantes sont prêtes à tout pour un peu d’argent, un visa?

« Jam session » d’Emir Kusturica est aussi décevant : le cinéaste complètement bourré, téléphone en Serbo-Croate, c’en est pénible! Heureusement son chauffeur-ange-gardien est musicien et la musique sauve le film de la noyade. Amitiés viriles?

Mercredi: « La tentation de Cecilia » de Julio Medem introduit un élément romanesque. La très jolie Cécilia succombera-t-elle à la tentation du visa et du billet d’avion pour Madrid que lui offre le gentil blondinet avec son amour ou restera-t-elle fidèle à son joueur de base-ball musclé et amoureux? On sent ici aussi que les Cubains n’ont qu’un désir:  fuir l’île et que la proposition espagnole est une alternative à considérer avec sérieux.

Jeudi, surréaliste, Elia Suleiman, complètement perdu joue son personnage ahuri, il veut rencontrer le Comandante qui s’éternise à la tribune. Perdu dans les couloirs de l’hôtel, perdu sur le Malecon. il regarde ces gens qui regardent la mer. Symétrie du blocus auquel sont soumis les Palestiniens et du blocus de Cuba?  Arafat sourit, en sculpture dans la délégation palestinienne et je pense au ballon au visage d’Arafat dans un autre film.

Le Ritual de Gaspard Noé est d’une beauté troublante mais aussi très éprouvant. Deux amantes, très jeunes filles, puis un rituel dans la nuit, violent : un homme tourne autour de la jeune fille, lui lacère les vêtements : exorcisme ou cérémonie initiatique. Je retiens mon souffle…j’espère la deuxième alternative. Après des recherches sur Internet, il s’avère que l’intention est bien un exorcisme pour « guérir » la jeune fille de son homosexualité. Peut on faire de l’esthétisme sur n’importe quel sujet?

Samedi Dulce Amargo, sur le mode telenovela, un sketch léger : une psychologue célèbre prend sa journée pur confectionner un gâteau à la crème destiné à une fête, elle passe ensuite dans une émission télévisée…. résumé en quelques minutes de la débrouille et des pénuries alimentaires…. Cecilia de l’épisode du mercredi vient prendre congé de sa famille, elle a choisi : elle s’embarque sur un radeau de fortune avec son fiancé. Ambiance douce-amère…

Le film que j’ai préféré est le final : La Fuente de Laurent Cantet,  histoire vraie, une cérémonie de santeria,. Martha décide de vouer à la Vierge une fontaine dans son appartement de la Habana vieja, construction d’une fontaine en appartement et fête de l’inauguration. tout le quartier se mobilise, pour trouver les briques, la peinture, débrouille et bonne humeur, puis une fête échevelée où le gâteau réapparait. Cuba, musique et couleurs. Et authenticité : les acteurs ne sont pas des professionnels, mais des habitants du quartier.

 

Abraham le Poivrot – Angel Wagenstein

LIRE POUR LA BULGARIE

 

Plovdiv, années 50, peut être 60…Une mosaïque de communautés se côtoient. Les compagnons d’apéro, de cartes d’Abraham le Poivrot, Juif athée, sont justement les prêtres des trois religions : imam turc , pope orthodoxe Isaïe, et rabbin Haribi Menaché, sans oublier le Tsigane musicien.

Le Professeur Principal de la 5A est le Camarade Stoïtchev, Alberto Cohen, le petit fils du Poivrot est ami d’enfance d’Araxi Vartanian, l’arménienne…Et le Grec M. Papadopoulos, photographe archive toutes les images pour l’Eternité.

Tout un monde simple, chaleureux dans une ville encore agreste sur les bords de la Maritza.

Les Tsiganes seront les premiers à partir, expulsés. Puis les Turcs quitteront la ville après la profanation de leur cimetière, les Juifs, enfin émigreront en Israël tandis que la famille Vartanian devra disparaîtra…

Vingt, trente années plus tard, Alberto Cohen revient sur les lieux de son enfance.

L’auteur alternera dans le roman des scènes anciennes avec celles plus récentes. D’autres souvenirs remonteront jusqu’à 1492 à Tolède – loin de Tolède – est le sous-titre du roman. Alberto le Poivrot et Mazal, la grand mère sont détenteur d’une longue tradition séfarade.

Lecture sympathique, à la veille d’un voyage en Bulgarie. Nostalgie et humour juif.

Les femmes du bus 678 – film de Mohamed Diab – printemps pour les Egyptiennes?

ENFIN!

 

Alors que chez nous on invalide le recours à la loi pour « harcèlement sexuel », ce motif a été reconnu en 2008 en Égypte. Fait divers et procès, qui a inspiré le réalisateur Mohamed Diab.

Le cinéaste a voulu montrer que le harcèlement concerne toutes les femmes égyptiennes : Seba et Nelly appartiennent à une bourgeoisie très favorisée, Fayza, au contraire est fonctionnaire et doit prendre quotidiennement le bus 678 où elle se fait quotidiennement harceler. Deux d’entre elles se font agresser sous les yeux de leurs compagnons. Une seule osera à déposer une plainte.

Tant qu’il n’y aura pas de plainte, le délit sera nié.

C’est ce raisonnement qui permettra aux harceleurs de continuer, mais aussi aux trois femmes d’agir, chacune à sa manière….et à l’inspecteur perspicace de les laisser en liberté.

Ne pas SPOILER! je n’en dirai pas plus. Allez voir ce film!

Il est réjouissant d’apprendre que le succès du film en Égypte a été considérable. La réaction machiste a aussi été virulente mais le cinéaste a gagné tous ses procès. Se garder de tout triomphalisme : la Révolution n’a pas libéré les femmes. Des femmes se sont fait violer place Tahrir. Les succès des islamistes en Tunisie ou en Égypte ne leur faciliteront probablement pas la vie. Mais ce film montre le chemin…

 

Un article intéressant :

François Maspero : Balkans- Transit

VOYAGER POUR LIRE/LIRE POUR VOYAGER

 

D’emblée, l’auteur se présente « Portrait de l’auteur en Européen » , puzzle d’une Europe rencontrée en un temps où existait encore la Prusse orientale, bien différente de la Communauté des 27 états actuels. Aujourd’hui, quand l’idée européenne vacille sous les buttoirs des financiers, triples A et dettes, et sous les discours souverainistes, lire le livre d’un Européen me fait chaud au cœur.

En compagnie du photographe dromomane, polyglotte et slovène Klavdij Sluban, il a parcouru les Balkans, de Durrës en Albanie à Sofia et Bucarest jusqu’à la Mer Noire. Balkans-Transit n’est pas le carnet d’un voyage, plutôt la somme de cinq ans de périples, de retours, de rencontres, de lectures aussi dans des Balkans secoués par l’implosion de la Yougoslavie et la chute du communisme.

Cet ouvrage fait découvrir des pays méconnus, l’Albanie, Pays des Aigles, et la Macédoine, pays dont même le nom est sujet de conflit. Très loin du voyage touristique, l’auteur ne s’attarde pas sur la description des ruines antiques. En revanche il plonge dans l’histoire de toutes les nations qui composent la mosaïques balkanique.

En Albanie, il raconte Skanderbeg, le héros national contre la progression ottomane (1443-1478),  le roi Zog(1924-1939) mais aussi Byron 1823 et ses fidèles Souliotes, palikares et armatoles qui le suivirent dans la guerre d’Indépendance Grecque. Sur la route de Gjirokaster, ville de Kadaré, ils passeront près du Mont Grammos, frontière entre l’Albanie, la Grèce et la Macédoine où se déroulèrent les batailles de l’ELAS (1949), entre les andartes partisans communistes et les troupes gouvernementales soutenues par les Britanniques évocation de la dictature de Metaxas et du commandant Markos. histoire récente de la Grèce que j’avais oubliée. Dans ces territoires toutes les histoires se chevauchent comme toutes les littératures. Je ne connaissais pas Faik Konika, ami d’Apollinaire…Palimpseste de poésie, de batailles, d’histoire….

Balkans-Transit se lit aussi comme un roman d’aventure quand leur autobus branlant prend en chasse un automobiliste « psychopathe » ou quand les chauffeurs de taxi grecs refusent de les charger…

C’est surtout un récit de rencontres. Rencontres avec des chauffeurs de taxi, des universitaires, des gens ordinaires dans des cafés qui livrent des histoires extraordinaires. Est-il grec ou macédonien le chauffeur de taxi de Florina? Les gens ne livrent pas forcément leurs origines. Origines souvent mêlées. Hellinisations forcées d’Albanais ou de Macédoniens, purification ethniques, serbes ou bosniaques. le choix d’une langue pour communiquer va induire des rapports différents. Le photographe slovène polyglotte maîtrise le Serbo-croate que tous comprennent mais qui peut aussi être source de conflits…

En Macédonie, le puzzle se complique encore. qui sont donc ces Macédoniens qui ont volé le soleil d’Alexandre aux Grecs? Grecs, Slaves, Turcs, Bulgares, Aroumains, Albanais, Roms, Juifs ont coexisté ou vivent encore ensemble. Baïram à Skopje, ou rencontre avec les moines de Prilep. Au hasard d’un carrefour de Prilep, le bust de Zamenhof « Autor dus Esperanto 1859-1919″….

la Bulgarie est qualifiée de Pays Sans Sourire et pourtant toute la partie du livre qui lui est consacrée contredit ce titre péremptoire, rencontres chaleureuses à Sofia avec une Arménienne (encore une autre ethnie) . L’histoire raconté est un peu différente, guerre de Crimée, insurrection contre les Turcs de 1877, Alliance balkanique 1912, les combattants prennent nom de comitadjis. Alliances hasardeuses du petit Tsar Boris III rencontré par Albert Londres….Et, bien sûr la période communiste Dimitrov, homme lige de Staline. Il passe aussi à Ruse, le Roustchouk d‘Elias Canetti où l’on parlait espagnol depuis le 15ème siècle…

Passant le Pont de l’Amitié sur le Danube il termine le voyage en Roumanie, commençant le chapitre par une citation de Panaït Istrati. Bucarest, ville Lumière de l’Est mais aussi celle de Ceauscescu..

Je ne veux pas raconter ici tout le livre, seulement donner un aperçu de la richesse des références et de la mosaïque des populations balkaniques.

Maspero raconte son expérience dans Sarajevo assiégée, il fait l’impasse sur le Kosovo, où il n’a pu se rendre

« La guerre, elle a hanté mes voyages, elle hante ce livre. Les guerres du passé, avec la résurgence des obsessions nationalistes que le désespoir et la misère alimentent toujours »

écrit-il dans la postface de 1999.

« De ces voyages, je suis sorti, moi qui aime profondément ma patrie, renforcé dans un sentiment : la haine des nationalismes« 

Est la dernière phrase du livre.

Depuis que je l’ai refermé, un mot me vient, fraternité.

 

Balkans-Transit – François Maspero – Le pari du voyage (citation)

INVITATION AU VOYAGE

le ferry s'éloigne de Bari

. » La plus belle récompense d’un voyage extraordinaire est bien de rencontrer des gens ordinaires, disons, comme vous et moi. Des gens qui ont traversé comme ils l’ont pu, sans faire d’histoires et sans forcément faire l’histoire, des évènements pas ordinaires. Qui nous rappellent que ces évènements-là auraient pu aussi bien arriver à nous, en leur lieu et place. Et, vraiment, avant toute chose, on ferait bien de se demander ce qu’on aurait fait en leur lieu et place. Le sentiment de se retrouver partout au milieu de la grande famille de l’espèce humaine n’a pas de prix – ne serait-ce que parce qu’il confirme que celle-ci existe. Ce n’est pas toujours évident.

C’est peut-être cela, le pari du voyage : au-delà de tous les dépaysements, des émerveillements ou des angoisses de l’inconnu, au-delà de toutes les différences, retrouver soudain, chez certains, le sentiment d’être de la même famille. D’être les uns et les autres des êtres humains. parfois, ça rate. parfois même, ça tourne mal. mais le pari vaut d’être fait, non?… »

 

Alexandre Papadiamantis : L’Amour dans la Neige

LIRE POUR LA GRECE

ravine sauvage

Recueil de 12 nouvelles qui s’ouvre sur L’Amour dans la Neige, un peu après le jour des rois et se referme à Noël  par L’Américain , deux histoires d’amour très différentes. j’ai voulu y voir un cycle, 12 mois pour une année? Non! Chacune de ces nouvelles a été écrite à une date différente de 1894 à 1902.

En revanche ce qui les caractérise toutes c’est la nostalgie, la douceur, la simplicité d’une Grèce rêvée. Grèce des îles, Papadiamantis est de Skiathos et 11 des nouvelles semblent s’y dérouler(sauf le Moine à Athènes que j’ai moins aimé). Ses personnages sont des enfants, des bergers, des pêcheurs ou des marins. L’auteur décrit son île avec ses ravines escarpées et ses  grottes où se perdent les enfants, hantées par des démons sylvestres ou le souvenirs de pieux ermites, il sait nommer les rochers du rivage, les sources à l’eau froide. Histoires de noyades, imprudence d’enfants ou naufrages, sauvetages où la solidarité des gens de mer n’est pas en défaut. Histoires d’îles, se déroulant en monde clos où les médisances peuvent aussi anéantir une vie. Histoires de femmes de marins, celles qui attendent ou celles qui n’ont peut être pas attendu….

Papadiamantis ((1851-1911) est un classique dans son pays. Certains lui ont  reproché son conservatisme (il a écrit dans la langue savante) et » sa peinture édifiante et apologétique des mœurs populaires supposés authentiques ».  préface de Bouchet le traducteur.

Touriste, peut être, j’ai beaucoup aimé cette ambiance agreste et marine.

 

Zorba le Grec – Cacoyannis (DVD)

CARNET CRÉTOIS

Ce n’était peut être pas une bonne idée de revoir le film juste après avoir relu le livre. Imprégnée de ma vision personnelle de Zorba, j’avais peur d’être déçue. Un film même long (2h) est toujours réducteur. De retour de Crète, je voulais revoir les décors naturels, savoir si ce que je croyais avoir reconnu à Stavros  était bien dans le film.

 

les paysans vont à la mine

 

Zorba

Au début, donc, j’étais sur la réserve. Anthony Quinn a su me séduire. La ressemblance avec le véritable Zorba dont j’ai vu la photo au Musée Kazantzakis, est flagrante. Irène Pappas est une veuve impressionnante.

zorba et bouboulina

 

 

 

Lila Kedrova campe une madame Hortense merveilleuse (le rôle était à l’origine proposé à Simone Signoret), touchante, jamais ridicule.

 

 

 

 

J’ai été moins convaincue par Basil- Alan Bates. L’acteur n’y est peut être pour rien. C’est le metteur en scène qui a modifié le personnage, faisant de l’écrivain hanté par son livre sur Bouddha, un Anglais en panne d’écriture plutôt falot.

Le DVD ajoute en bonus une très longue interview de Cacoyannis qui parle alors que le film se déroule à nouveau. J’ai donc vu le film une deuxième fois, muet, alors que le cinéaste commentait ses choix, ses difficultés, sa façon de filmer. Il  racontait aussi Kazantzakis qu’il avait rencontré à Cannes,  Théodorakis qui a composé la musique. Rien que pour ce bonus je me félicite d’avoir acheté le DVD!

 

J’avais oublié que Zorba était en Noir et Blanc, puis cru que c’était parce que c’était un film ancien. Non! Cacoyannis a fait ce choix arguant de la lumière grecque particulière qui exalte le Noir et Blanc. Noirs, les costumes des Crétois, leur bandeau, noires les femmes en deuil, Irène Pappas, magnifique, noirs les popes, blanches les maisons chaulées, les roches chauffées à blancs….

Certaines scènes sont magnifiées par le cinéma : la cohorte des travailleurs qui chantent en allant à la mine et surtout la lapidation de la veuve, terrifiante et la catastrophe du téléphérique!et bien sûr  la scène finale de la danse, tellement connue …


 

La Liberté ou la Mort Nikos Kazantzaki

CARNET CRÉTOIS

drapeau exposé au Musée historique d'Héraklion

La Liberté ou la mort est le mot d’ordre des révolutionnaires Crétois, brodé sur le drapeau de Capétan Michel, le héros du livre, mais aussi d’un drapeau visible au Musée Historique d’Héraklion. 

Avant l’Autonomie de la Crète en 1897, des révolutions secouèrent l’île au 19ème siècle : 1821, 1866 avec le massacre du monastère d’Arkadi, furent les plus connues, mais les capétans du livre de Kazantzaki  énumèrent en 1821, 1834, 1841, 1878..

C’est en 1889 que se déroule l’épopée du Capétan Michel. Le roman se compose de deux parties. Dans la première, le drame se noue. L’auteur présente les nombreux protagonistes dans la ville de Candie où cohabitent Chrétiens et Turcs, mais aussi Juifs et Arméniens. Le pacha, plutôt débonnaire, ne jouit pas d’une grande autorité et les notables s’affrontent, provocations et forfanteries,  mesquineries et intrigues, mariages et histoires d’amour, affaires et beuveries. Le champion des Grecs est le Capitan Michel, sombre et ténébreux, craint de tous, celui des Turcs Nouri Bey. Plutôt que de s’entretuer, ces nobles personnages ont mêlé leur sang en un pacte fraternel. On se prend à imaginer l’entente entre les communautés quand le pauvre Ali Aga est nourri par les femmes grecques ou quand Effendine est invité à se saouler chez Michel. Les rancœurs sont bien présentes, les provocations s’accumulent. Quand le frère du Capétan Michel charge un âne sur son dos pour l’emporter à la mosquée « dire ses prières » l’offense se lavera dans le sang.

combattant crétois (musée d'Arkadi)

J’ai lu avec beaucoup d’intérêt cette chronique où les personnages sont nombreux, tous divers. Nikos Kazantzakis décrit aussi le quotidien des femmes. Femmes soumises à eurs héros de maris, ou mégères, jeunes mariées comme vieilles filles.

De provocations en meurtres, de meurtres en vengeances, le pacha ne peut contenir la colère des agas et laisse faire le massacre, pire, il obtient des renforts que le sultan lui envoie. Les Grecs mettent à l’abri femmes et enfants dans les villages et prennent le maquis pour une guerre sans merci.

 

 

Cette deuxième partie du livre sent la sueur, la poudre et le bouc. Les capétans reprennent du service et le théâtre des opérations se déplace de la ville à la campagne. Entrent en scène les héros de 1821, centenaires mais encore très verts. Le héros n’est plus Michel mais son père le vieux Sifakas qui règne sur ses fils, ses petits fils, mais aussi sur les bergers. Occasion de raconter la vie rurale, ainsi que les faits d’armes anciens. Les héros morts à Arkadi hantent les consciences. 

J’ai eu plus de mal avec cette tonalité virile. Déjà, en ville les femmes jouissaient d’un statut de second plan. Michel refusait même de voir sa fille devenue pubère qui se cachait à son retour mais à la campagne elles n’ont plus de rôle du tout. Les égorgements, les coups de feu, les oreilles coupées… ne sont guère de mon goût.

Monastère d'Arkadi

Et pourtant il s’agit bien d’une épopée vécue, d’une histoire qui s’est vraiment déroulée. Avec les exploits militaires se déroule, en coulisse, la grande politique, celle des grandes puissances, qui refusent de voir la Crète rattachée à la Grèce. De la Grande Bretagne et des autres puissances qui préfèrent un sultan entravé à une entrée de la Russie en Méditerranée, le port de Souda, convoité par les puissances navales…Et tout cela est diablement passionnant.

Évidemment, la féministe du 21ème siècle ne peut pas suivre à la lettre tous ces exploits sans agacement. Le magicien Kazantzaki m’a encore entraînée dans cet univers par son talent de conteur. Sous la geste épique, on sent l’humaniste qui ne peut souscrire à la simplification. C’est encore Zorba qui montre la barbarie de la guerre.

Heraklion, et retour

CARNET CRETOIS

Forrt Koules d'Heraklion

Les oiseaux m’ont réveillée au lever du soleil. Notre chambre est au niveau de la ramure des arbres. En tendant le bras, je pourrais cueillir 7 citrons bien mûrs.

8h30, nous prenons congé d’Arolithos que nous recommanderons à tous.

9h : nous laissons la voiture dans un parking privé gardé derrière les arsenaux vénitiens d’Héraklion (4€ et il faut laisser la clé)

Le fort Koules domine la marina. Le bord de mer doit être animé le soir avec ses restaurants de poissons, ce matin, c’est vide et mort. Plus « grec » que le port vénitien de Rethymnon ou de Hania : tables carrées en bois, pas d’images des plats, des efforts de décoration : on a posé des filets sur chaque table. Plus loin, des ruines (fouilles archéologiques ?) et une église.

le musée Historique occupe une belle maison classique à laquelle on a adjoint une annexe contemporaine.

 

La visite commence dans une grande salle carrée occupée par la maquette d’Héraklion. Aux murs, l’histoire de la ville est contée par divers documents. Cette visite permet de remettre dans l’ordre les éléments de chronologie.

 

Carte du monde  romain en 330 à l’époque de Constantin : c’est à ce moment que le Musée fait démarrer l’histoire de la ville, la première période byzantine va de 330 à 837, la ville s’appelle alors Heraklia ou Kastro.

837 : conquête par les Arabes : une autre carte montre la vitesse avec laquelle toutes les îles de la Méditerranée, jusqu’à l’Espagne passent sous la domination arabe. La ville changea de  nom : Rabdh-el –Khandak

A la 2ème période byzantine 961-1204 le nom change encore : Megalo Kastro

La 4ème Croisade 1204 et la prise de Constantinople par es Latins entraîna une redistribution des pouvoirs : la Crète fut d’abord attribué à Boniface de Montferrat qui la vendit à Venise. Sous la domination vénitienne la ville prit nom de Chandax puis Candie

1669, la conquête de la ville par les Ottomans mit fin à la domination vénitienne.

Sur les autres murs, des blasons, armoiries, gravures anciennes et aquarelles de voyageurs puis à partir du 19ème siècle, des photos donnent des images précises des différents monuments d’Héraklion.

Les documents exposés sont regroupés au dessus d’un interrupteur qui permet d’illuminer la maquette à un endroit précis.

Nous faisons une visite rapide mais détaillée de la ville que nous n’aurons pas le temps de parcourir.

Des salles spécialisées reconstituent les caractéristiques de chaque période.

La salle byzantine montre surtout des éléments architecturaux : chapiteaux aux feuilles d’acanthe stylisées, simplifiées, des mosaïques, l’ Empire Romain n’est pas loin. Dans une salle on a reconstitué la Basilique St Tite de Gortyne avec une grande photo du chœur. Tite fut un disciple de Paul et le premier évêque de Crète. Ses reliques furent restituées récemment par Venise.

 

Les collections vénitiennes présentent de la belle vaisselle et la curieuse fontaine  du Palazzo d’Ihar : une douzaine de godets disposés sur un mur vertical délivrent un filet d’eau dans un murmure harmonieux. Aux murs les armoiries vénitiennes. Des inscriptions en hébreu piquent  ma curiosité : ce sont des pierres tombales. Il y a énormément de commentaires que nous n’avons pas le temps de lire. Nous aurions dû prévoir plus de temps !

 

 

 

 

 

 

 

 

Au 1er étage, les icônes de l’Ecole Crétoise sont somptueuses. Nous retrouvons le thème de la Vierge, source de vie, installée au dessus d’une fontaine comme à Aghia Triada.

Coïncidence : je viens de lire la relation de son passage à Sainte Catherine du Sinaï, de Nikos Kazantzakis dans la Lettre au Gréco , et justement dans une vitrine je découvre le tableau représentant le Monastère de Sainte Catherine par le Gréco. Petit tableau qui n’annonce pas encore ses tableaux espagnols amis qui n’est déjà plus une icône byzantine. Est-ce que Kazantzakis, natif d’Héraklion, connaissait ce tableau ?

fresque turque : port d'Héraklion

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Une salle raconte la période ottomane avec des fresques turques, des chartes calligraphiées, et un paysage avec des cyprès naïvement alignés. Dans le couloir, des portrait des dignitaires turcs. La ressemblance physique avec les portraits des résistants crétois  à l’oppression turque, est frappante !

De l’autre côté du couloir, une salle raconte les révoltes du 19ème siècle. On voit ces héros dont les portraits m’avaient frappée à Arkadi, des armes, bien sûr mais surtout un plat en faïence racontant le massacre au Monastère d’Arkadi.

Nous passons rapidement sur les faits d’armes des résistants à l’Occupation nazie. Je vois le nom de Fermor qui a joué un rôle important et cherche à trouver quelque trace de l‘écrivain.

Au 3ème étage on a reconstitué le bureau (ou la bibliothèque de Nikos Kazantzakis) Sur des portoirs sont exposées des traductions des œuvres dans toutes les langues.

Il y a aussi une exposition Elytis  que je parcours distraitement. C’est en Grec (logique pour un poète grec) . Le gardien s’offre pour traduire mais je néglige cette aide et je le regrette aujourd’hui.

10h30, il reste tout juste une heure pour une promenade pressée dans les rues du centre de la ville. Je remonte au pas de course la rue 25 Avgoustou bordée d’agences de voyages proposant tickets de ferry et locations de voiture, boutiques de souvenir bon marché, rien de passionnant.

J’atteins l’église St Marc – logique dans une ancienne possession vénitienne qu’il y ait une église St Marc – transformée en galerie avec une exposition de photos que je n’ai pas le temps d’admirer.

Je passe devant l’église St Tite et l’Hôtel de Ville dans l’ancienne Loggia vénitienne ;

Fontaine Morosini

La fontaine Morosini  est mon seul souvenir précis de notre passage il y a une douzaine d’années. Je rentre dans le petit marché qui occupe une rue piétonnière et qui ressemble à un souk oriental. Marché pour les touristes avec les éponges, loufas, herbes aromatiques, bidons d’huile…. Mais aussi fruits et légumes, fromages, quincaillerie.

Le terme de mon parcours est la fontaine turque Bembo qui se trouve au milieu d’une place occupé par un café. Des vieux messieurs, cheveux blancs et chapelets d’ambre sont assis.   Ils feront très bien sur la photo !

Facile de rejoindre l’aérodrome. Nous sommes en avance !

 

 

 

 

 

 

 

retour à Arolithos

CARNET CRETOIS

 

les collines au dessus d'Héraklion

Par la New Road, sans arrêt, sous un beau soleil nous sommes arrivées à Georgioupoli, station balnéaire équipée avec des hôtels nordiques, norvégiens, hollandais.

Le petit lac de Kournas se trouve 4km vers l’intérieur. Sur les cartes postales, il est ravissant. En vrai, il est bordé par une route. Soit des buissons de ronces, bambous, le cachent, soit une taverne a installé de grandes terrasses. Grandes tavernes avec menus dans toutes les langues y compris le Russe et l’Hébreu, attrape-touristes.

A l’Est de Georgioupoli s’étend une longue plage de sable fin sur une bonne douzaine de kilomètres.. C’est le domaine des hôtels-clubs gigantesques qui bordent la route. Fin avril, la saison n’a pas démarré la plage est nue. Comme les valises sont apparentes, on ne peut pas laisser la voiture n’importe où sur la route. Nous choisissons un « beach-bar » avec parking ombragé, pelouses vertes, restaurant, parasols et lits de plages bleus (gratuits aujourd’hui). Nous y passons trois bonnes heures.

–            « Servez-vous à déjeuner ? »

–           « oui »

–          « Avez-vous des souvlakia ? – « pas encore ! »

–          « Et des kalamares ? – non, plus, on peut vous faire du beefsteak (haché) ou des côtes de porc avec des frites, ou de la salade grecque ! »

Menu décevant, on préfèrera les restes de saucisson, fromage d’Eresos(brebis), olives et oranges, spartiate, mais plus typique et surtout moins cher.

Entre Rethymnon et Héraklion, la New Road est bordée d’une haie fournie de lauriers-roses. Miracle, c’est aujourd’hui qu’ils ont choisi d’exploser en floraison toute neuve vive, éclatante ! Chaque jour, la nature nous réserve une surprise !

Arolithos que nous avions découvert sous le vent et la pluie paraît encore plus beau par cette journée radieuse. On nous attribue la même chambre 1 qu’à l’aller. Nous sommes chez nous ! L’oranger a fini sa floraison, les caroubes invisibles il y a douze jours ont grandi. Je retourne au bar sur la terrasse refaire les dessins que je n’avais pas eu le temps de faire.