A17h, nous reprenons la route pour Phalassarna distante d’une soixantaine de km et que nous espérons atteindre en une heure. Nous remontons jusqu’à 500m d’altitude à Vathi. A l’entrée du village, des voitures sont garées sur tout le bas-côté, une fête ? Une cérémonie ? Un enterrement ? A la porte du cimetière, une table avec deux bouteilles, l’une de Metaxa l’autre de soda orange.
La route tourne, tortille dans la montagne, traverse des villages Kefali, Papadiana, Simochiana, Amygdokefali : quelques maisons accrochées dans le vide. Ils doivent avoir le caractère bien trempé, ces Crétois qui vivent dans une telle solitude, face au vent qui vient d’Afrique. Des chèvres déboulent sur la route. Appartiennent-elles à quelqu’un ? Elles paraissent si indépendantes ! A Sfinari, il y a une plage. La route domine la mer, 150m au dessous. Rien n’est prévu pour se garer sur le bord de la route, mais comme nous n’avons rencontré qu’une seule voiture en une heure on s’arrête quand même. En dessous, une bande de terre plate : des oliveraies. Au loin, une île. Une bande de nuages vient du large. Détour par Platanos, à l’intérieur des terres. Au village de Phalassarna se trouve une plage et quelques hôtels.
Quais antiques
Le site de la ville antique de Phalassarna se trouve à l’écart sous les contreforts de la péninsule de Gramvoussa. Nous arrivons à 19h. La lumière est intense, orange, arrivant de dessous les épais nuages accumulés au sommet de Gramvoussa. Munie du dépliant qu’on nous a donné au musée de Kissamos, je pars à la découverte du site ouvert mais sans explication. Des chemins bordés de cailloux conduisent aux points d’intérêt : gros blocs taillés d’un bâtiment indéterminé, plus loin des ruines plus parlantes : un qui avec des anneaux de pierre pour attacher les bateaux (le rivage est monté de 8m depuis l’Antiquité. Des souvenirs du port phénicien de Mozia en Sicile me reviennent . Des blocs ont été évidés curieusement : ce sont des réservoirs à poissons selon le papier, poissons vivants ? Aquariums ou viviers ? Étal de marché ? Près de l’eau une belle tour est encore imposante.
Arrêt à Marinopoulo (Carrefour) de Kissamos très bien achalandé contrairement aux supermarchés de Kato Galatas aux environ de notre hôtel.
Dernière soirée sur notre balcon face au petit port. J’écoute la musique grecque que la station de télévision locale de Kissamos nous offre : toute la semaine elle a diffusé en boucle un spectacle pascal (sur-imprimé sur l’écran « Christos Anesti », musique vivante de chanteurs, lyra, violons, danses dans une taverne de Kissamos. Cette station a égayé nos soirées.
Le monastère de Hrisokalitissa est perché sur un haut rocher. De construction vénitienne, austère, il ressemble plus à un fort qu’à une église. Des bâtiments de ciment blanc l’encadrent. Personne ‘est assis à la table où un écriteau annonce le prix d’entrée. Je monte les marches d’un escalier chaulé de blanc. La porte est bleue, soignée, entrouverte. Le Musée n’ouvrira ses portes qu’après le 1er mai. L’église est ouverte : iconostase moins clinquante que dans les monastères que nous avons visités avant.
plage d'Elafonisi
La plage d’Elafonissi est célèbre. En été les grands parkings doivent être bondés, aujourd’hui c’est acceptable. La plage et l’île sont sous la protection de Natura2000 . On accède donc par des cheminements de planches et des cordes protègent la végétation, tamaris. L’île d’Elafonissi et un cordon de rochers brisent les vagues. On peut aller à pied en traversant un lagon d’au turquoise. Il faut se guider à la couleur, si l’eau est trop bleue, c’est plus profond ; on se mouille à mi-cuisse. Sur l’île des cordes, encore, freinent le piétinement (tout le monde n’est pas forcément discipliné). Pas de parasols, pas de restaurants, le sable est préservé. Toutes les nuances de bleu et de vert se fondent au gré des vagues, de la profondeur de l’eau ou de la présence de rochers C’est un rose délicat, presque corail, inlassablement roulé par la vague. Le vent l’a recouvert en amont d’une couche fine blanche J’avais remarqué à Bali et à Stavros un peu de ce rose que j’avais pris pour de la brique pilée. D’où vient ce rose étonnant ? J’ai posé la question sur les forums : quelqu’un m’a répondu que c’est la présence de la nacre des coquillages qui donne cette teinte. Mais cette réponse ne me satisfait pas.
Sur la vieille route, nous bifurquons vers Topolia : la route suit la vallée d’une rivière orientée N/S d’Elos jusqu’à la mer en creusant des gorges impressionnantes. De Koutsomados à Topolia, une randonnée dans les gorges est possible. Vu de la route le ruisseau est bien en eau et après mes mésaventures des Moulins, je préfère ne pas tenter de peur que le chemin ne soit inondé.
Après le tunnel de Topolia : sur la droite, un escalier dallé conduit à la Grotte de Sainte Sophie .la grotte est transformée en église avec des bancs, des images pieuses. Des flèches invitent à un parcours plus profondément. On a même mis à la disposition des visiteurs des lampes-tempête, mais pas les allumettes qui vont avec (les Grecs fument). Prise de cours, je descends à regret.
Nous quittons la route à Vlatos pour monter à Milia, village abandonné transformé en hôtel écolo. Une route traverse une campagne boisée sur 4 km puis, suivant les flèches, nous tournons sur une piste carrossable mais impressionnante qui grimpe au flanc d’une montagne couverte de maquis vert et fleuri, genêts, ajoncs, sauge, bruyère. A un tournant trois arbres de Judée en fleur se détachent, au fond, la mer. Au creux d’un vallon, le village est invisible. Les maisons de pierre accrochées à la pente se confondent avec elle. Les toits sont en terrasse, on marche sur le toit pour accéder à la maison suivante pour découvrir des courettes, des jardinets, une glycine luxuriante. L’endroit est frais, verdoyant, charmant, écolo mais trop chic et sans doute trop cher pour nous ! Nous prenons place à la terrasse du restaurant face aux sommets enneigés des montagnes blanches. La vue est grandiose. On aimerait revenir une nuit ou deux randonner dans la forêt, regarder planer les rapaces…
Le chemin du retour en descente est un peu inquiétant. Pour ne pas se laisser embarquer par la pente, on roule à très petite vitesse et le trajet semble interminable.
Pique-nique près d’une fontaine dans un virage en épingle à cheveux. Au flanc de la montagne l’Université de Crète et du Land de Bavière on planté en 1977, un arboretum : la Forêt de la Réconciliation créto- allemande après tant de morts dans la bataille entre la Résistance crétoise et l’occupant nazi. Les relations Gréco-Allemandes sont certes, complexes et méritent une forêt !
La route d’Elafonissi passe par le village d’Elos (560m), village de la châtaigne. Les châtaigniers sont souvent très vieux, arbres creux, qui paraissent à moitié morts sans doute parce leurs feuilles ne sont pas encore sorties.
Après Elos, nous sommes sur le versant sud de la Crète, regardant la Mer Lybique, plus abrupt, plus aride, aussi. La garrigue est moins dense, moins verte, la roche souvent apparente. Les arbres disparaissent ou plutôt, rétrécissent. Les buissons sont faits de chênes verts aux feuilles dures et vernissées. Quand un ruisseau coule, une rangée de platanes épouse son lit. Les petits villages accrochés à la montagne : Vathi, Plokamiana, Stomio, ont quelques maisons de pierres sèches que le ciment n’a pas encore noyé. De quoi vivent donc les gens ici ? Quelques vignes, quelques oliviers, des chèvres partout. Plus bas, le long de la mer brillent les serres où les tomates poussent en hauteur. Hors sol ? Les tomates de serre m’énervent. Elles déçoivent, privée du soleil, du terroir, du goût. Il fait pourtant bon, 26° en avril. Les tomates que j’achète ici sont banales. En revanche les concombres, bien frais, petits, croquants sont délicieux.
Nous arrivons sur la côte à Stomio, la Mer Lybienne est bleu profond, agitée de petites vagues. Côte venteuse, aride, rocheuse que le tourisme n’a pas encore altérée.
Le musée archéologique de Kissamos occupe le Palais du gouverneur, maison vénitienne sur une place animée non loin de la mer. C’est un musée modèle de pédagogie. Les objets en sont pas présentés seuls : ils sont mis en scène, photo des fouilles, on les découvre avec les yeux des archéologues. Une photo de fresque, ou de bas relief montre l’utilisation antique de l’objet, souvent une poterie banale qui prend de l’intérêt ainsi mise en évidence. Même présentation pour els cornes de la chèvre sauvage (bouquetin ?) la Krikri, figurée estampée sur un vase.
Les objets proviennent soir de Kissamos, de Phalassarna, sur le bord de la mer ou de Polyrrhenia, situé sur une colline plus au sud. Je m’intéresse particulièrement à Phalassarna que nous visiterons ce soir. : cité-état du 6ème avant JC, puissance navale détruite en 67 av JC par les Romains puis en 365 après JC par un séisme.
Dans les bains Romains de Kissamos on a trouvé des marbres d’une grande finesse : un petit Pan et un satyre. La belle statue de jeune fille venant de Polyrrhénia m’a aussi plu. On a installé à l’étage le chef d’œuvre du musée : une magnifique mosaïque de Dionysos qui vient de Kissamos-même. Au centre : un char tiré par des tigres, tout autour se déroule une chasse au sanglier, les chiens sont particulièrement bien représentés. Deux garçons ailés (des amours ?) capturent le sanglier. De l’autre côté de la salle, sur la bordure symétrique on a figuré le retour de la chasse et le banquet qui a suivi.
Une salle est consacrée aux amphores : un schéma explique comment on les empilait dans la cale du navire. 3 facteurs favorisaient le commerce des vins : La Pax Romana, la forte demande de vin en Italie, la place stratégique de la Crète dans les routes commerciales.
La dernière salle raconte le séisme (8.5 Richter) suivi d’un tsunami jusque dans le Delta du Nil. On voit un marbre de jeune homme tel qu’il a été retrouvé, écrasé par un bloc et les photos d’un homme retrouvé écrasé dans sa cuisine.
Stavros est de l’autre côté de la péninsule d’Akrotiri, au nord. Une digue rocheuse naturelle et la montagne bien raide abritent la plage de Stavros en une une sorte de lagon. La petite crique d’eau transparente turquoise bordée de sable blanc est toute ronde forme une piscine naturelle. Une cantine a installé 5 parasols blancs et quelques lits de plage, juste ce qu’il faut pour ne pas dénaturer le caractère sauvage de l’endroit.
L’eau est très calme, très propre, quelques algues, quelques rochers plats. Une dame se prépare : palmes, tuba et une sorte de tablier à la ceinture. Que pêche-t-elle ? des oursins ? Nous nous installons à une table ronde de la cantine, décidée à profiter du calme.
Une scène de Zorba a été tournée ici (selon Evasion) Il me semble reconnaître la séquence où les deux hommes dansent sur les rochers, face au large. Étranges rochers creusés d’excavations rectangulaires qui semblent faits de la main de l’homme. Dans quel but ? Après avoir parcouru deux fois le tour de la plage, les pieds dans l’eau de plus en plus profond, je me décide. Je vais me baigner ! C’est un peu frais. J’ai failli renoncer quand l’eau est arrivée à ma taille. C’est trop bête ! Alors j’ai nagé comme dans une piscine, énergiquement pour me réchauffer.
Nous traversons des banlieues de Hania et de Souda peu pittoresques. Après l’aérodrome le paysage devient rural avec des oliviers, caroubiers, cultures en tunnel sous plastique (courgettes) et des vignes.
Le Monastère d’Aghia Triada se voit de loin au milieu des vignes et des vergers d’orangers et d’oliviers. L’entrée est perchée en haut d’un escalier raide. Le porche est classique : fronton triangulaire encadré de colonnettes jumelles. Un car a déversé sa cargaison de touristes qui encombrent la place. Le katholikon (église) a une façade vénitienne en belles pierres blanches patinées de rouge, avec 3 coupoles au dessus de la façade divisée en 3 par des colonnes. L’intérieur est somptueux. L’iconostase est dorée et les icônes sont de belle facture.
Les bâtiments monastiques sont assez compliqués avec une abondance d’escaliers, d’arches de porches. Difficile de se repérer. Dans un bénitier nous découvrons une portée de chatons nouveau-nés avec leur mère. Un moine montre à un autre des naissances dans un massif de géranium.
Les moines vendent leur production : huile, fromage… A côté, au Musée, Je néglige les objets sacerdotaux, les lettres manuscrites et les livres anciens pour m’intéresser aux icônes de l’Ecole Crétoise
Ecole Crétoise : La source de vie avec des scènes miraculeuses
Les explications complètent ce que j’ai lu au Musée byzantin :
« [ ….]éclectisme évident dans les compositions qui suivent des prototypes byzantins et incorporent les éléments italiens et occidentaux. Les icônes étaient exportées en Orient comme en Occident. Après l’occupation ottomane en 1669, de nombreux peintres s’enfuirent vers les îles Ioniennes et Venise pour continuer à peindre. La production en Crète diminua mai sne cessa pas complètement, spécialement au 18ème siècle. Trois des cinq icônes du monastère sont attribuées à Emmanuel Skordylis, natif de Hania où il vivait jusqu’à l’occupation ottomane. En 1646, il s’enfuit à Milos. Le peintre copiait des gravures sur cuivre du flamand Jean Sandeler.[…] »
Ma préférée est La Source de Vie avec des scènes miraculeuses où la Vierge est représentée au dessus d’une fontaine d’où l’eau sourd par 4 ouvertures. J’ai aussi remarqué Saint Jean l’Evangéliste avec un petit ange perché sur l’épaule de Jean lui soufflant la parole sacrée.
A l’arrière de l’église, abside et absidioles, bâtiments, arches et escaliers ressortent d’une végétation luxuriante et pittoresque : orangers en fleur, yucca en pot, potée de géraniums exubérant. Le soleil est revenu et exalte les odeurs.
4 km séparent Aghia Triada du Monastère d’Agios Gouvernatou. La route traverse d’abord les vignes d’Aghia Triada puis de grand s panneaux encadrés d’une bordure rose signale que nous venons de pénétrer sur les terres des moines de Gouvernatou. Malgré l’homophonie, rien à voir avec quelconque gouvernement. Iannis Gouvernatou fut un ermite du 9ème siècle.
Dracunculus vulgaris
La route se rétrécit, se faufile dans une montée escarpée et boisée. Je découvre ici une étrange fleur formant une haute inflorescence, le pistil est une haute flèche de près de 30 cm de haut autour duquel s’enroule un unique pétale rouge de très grande dimension (Dracunculus vulgaris) . J’avais déjà remarquée les feuilles de cette plante bizarre mais je la découvre aujourd’hui fleurie.
Au parking, sur une porte de bois sont placardés les horaires (10-12h – 17h -19h sauf mercredi et vendredi)
Il est 11h, mardi, j’ouvre la porte une allée bordée de plantations conduit au monastère. Une série de pictogrammes interdisent les photos, les téléphones portables, les pique-niques et invitent au silence. Nouvelle porte, sur l’écriteau « refermez la porte » (sans doute à cause des animaux). Pa sâme qui vive dans le monastère. Le silence, calme et sérénité qui gagnent les visiteurs Si l’architecture du monastère est sobre et massif, l’église de pierre blonde est décorée de manière étrange exubérante. Sur les colonnes des macarons grotesques baroques, grimaçants. La porte est ouverte seulement sur le pronaos. L’icône précieuse se trouve derrière l’iconostase, interdite à nos regards féminins. Aucun regret. J’ai envie de rester de me pénétrer de cette douceur, de ce silence. Je sors mon carnet moleskine et dessine les trois cloches, les plantes en pot une arche et l’escalier. Une dame passe, me salue doucement. Un moine traverse la cour sans un mot.
Du Monastère de Gouvernatou, un sentier conduit au Monastère de Katholiko (abandonné). La Grotte de Katholiko, refuge des ermites, fut le premier monastère de Crète d’après le Guide Evasion p.220. Harcelés par les pirates, les moines se replièrent sur Gouvernatou. Le chemin qui descend a été pavé par les moines avec de belles dalles cimentées. La grotte des ermites est une belle salle ornée de stalactites avec une stalagmite un peu monstrueuse. Après la grotte, le chemin s’engage dans les gorges et descend plus raide. Je passe devant une sorte de tour en pierres sèches. Plus on descend plus le paysage est impressionnant avec les parois nues des falaises ; ma végétation rase ; boules de thyms aux feuilles épaisses et odorantes. Le chemin se transforme en escalier, les marches deviennent de plus en plus hautes. Un parapet sécurise le côté du ravin. Le monastère abandonné enjambait le ruisseau formant une sorte de pont que je franchis sur le toit du bâtiment rectangulaire. L’église, adossée à la paroi rocheuse, a gardé son élégant pignon. Un autre bâtiment est colonisé par la végétation. le ruisseau qui a creusé la gorge va à la mer dans un fouillis de buissons. J’ai descendu le chemin dallé avec précaution pour ne pas glisser, la remontée est poussive. Je compte les marches, après une centaine, je m’essouffle et me lasse. Après la grotte le faux plat se gravit plus facilement.
monastère de katholiko
Pour déjeuner nous nous installons sur une banquette de pierre devant une chapelle toute neuve . L’eau n’a pas encore été raccordée à la fontaine. Un troupeau de chèvre règne sur ces lieux, certaines grimpent dans les caroubiers. Curieuses, elles viennent nous voir à grand renfort de clochettes.
Nous avions oublié qu’en Crète, il puisse y avoir des nuages, et nous réveillons sous un ciel couvert. A l’est de Hania, la rue monte raide entre deux rangées d’arbres de Judée à la floraison abondante, double, triple. Elle passe ensuite entre des falaises blanches parmi des pins magnifiques pour conduire aux tombes d’Eleftherios Venizelos et de son fils Sofoklis, monument installé sur une terrasse dans un parc. Deux rangées de cubes de marbre veiné de gris, posés sur des faces différentes, font la haie d’honneur au visiteur qui arrive sur une vaste esplanade plantée de pins. La terrasse domine Hania et ses anses arrondies. On voit le Port vénitien presque fermé, on comprend mieux l’histoire de la chaîne qui pouvait faire barrage.
Les tombes sont très sobres : dalles rectangulaire ornées seulement d’une crois horizontale. Dans un coin une sculpture représente un jeune homme portant un drapeau : Spiro Kayales héros de l’Indépendance de la Crète.
Une plaque raconte ce fait d’armes :
En février 1897, un grand drapeau grec fut apporté à Eleftherios Venizelos par un bateau de guerre grec. Les bateaux des grandes puissances Grande Bretagne, Autriche, Italie, Russie à l’ancre en face de la Canée commencèrent un bombardement nourri sur la ville. Comme un boulet avait atteint le mat du drapeau grec Spiro Kyalès se jeta sous le feu pour faire de son corps un drapeau. L’amiral italien Kanavero ? étonné ? fit cesser le bombardement.
De Venizelos, je n’apprendrai rien ici de plus que ce que dit le Guide Vert p228 : (je résume)
Eleftherios Venizelos (1864-1936)
« Député de Crète, libéral, il s’opposa au Prince George, haut commissaire de l’île et provoqua une insurrection en 1905 qui eut pour effet le rattachement de la Crète à la Grèce en 1913. Dirigeant le gouvernement grec, il s’opposa au roi Constantin et entraîna l’abdication de son successeur George II (1923) entrainant l’avènement de la République grecque.
L’histoire de la Grèce est complexe. J’en découvre à chaque voyage un épisode.
circuit proposé par le guide Hachette-Evasion (p225-227)
Stylos.
Juste avant d’arriver, un panneau signale une tholos minoenne qui ne se voit pas de la route. Dans les orangers nous cherchons l’église de la Panaghia Serviotissa (11ème-12ème) la petite église byzantine avec sa haute coupole couverte de tuile émerge des orangers qui embaument. Elle est construite de pierre et de briques, les fines briques forment des motifs géométriques. On peut admirer l’élévation de la coupole sur son haut tambour. Son mobilier est bien pauvre : des chaises aux montants métalliques, une simple croix de bois, des images pieuses modernes bon marché. Un bouquet d’arum flétrit dans un vase.
Nous nous installons sous de magnifiques chênes. Le verger de pamplemousse embaume. Ce parfum me rend folle.
A l’entrée de Stylos, des spécialistes font des photos des chauves-souris nichant dans l’église ; j’en profite pour jeter un coup d’œil aux fresques. Stylos est proche de gorges touristiques : des tavernes très soignées ont installé de jolies nappes sur les tables carrées. C’est un bourg assez peuplé.
Dès qu’on sort de Stylos, la route s’élève dans les collines faisant des lacets serrés avant d’atteindre Samonas. On se croirait en moyenne montagne avec des à-pics et des falaises, un relief tourmenté. Samonas possède de nombreux beaux kafeneios.
Hiliomoudou, en revanche, hameau perché ne compte que quelques maisons.
Au creux d’un ravin, Agios Nikolaos, l’église de Kiriakoselia, est vantée dans nos deux guides. La grille de la première enceinte s’ouvre sur une estrade, des banquettes de pierre, une fontaine à l’ombre d’un platane gigantesque et d’un noyer au feuillage nourri. Un mur avec une grille en ferronnerie enferme le cimetière où les tombes sont installées sous deux rangées d’orangers couverts de fruits. La porte de l’église réputée pour ses fresques est fermée. Où trouver la clé? Au kafénéio ? Mais lequel ? Dans quel village ?Au village le plus proche, Hiliomoudou : pas de café, seulement un énorme restaurant panoramique flanqué d’un moulin aux ailes cycladiques. Dans la salle, les nappes sont mises ; il y a même des bouquets sur chaque table. Mais personne pour nous renseigner. On visite la taverne ouverte à tous les vents, le moulin à farine qui fonctionne, le pressoir à huile à la meule de pierre. Des fromages de chèvres sèchent dans des formes. Mais, de clé d’église, aucune trace.
Retour dans l’enclos paroissial d’ Agios Nikolaos pour un pique-nique agréable. On trouve même le savon pour se laver les mains.
La route tortille à travers la montagne ; Ramni est bloqué par un chantier. Elle passe par des gorges à Maheri, aboutit à Néo Chorio puis à Armeni que nous traversons sans nous arrêter à la taverne sous le platane célèbre. Pour atteindre Kalives un tunnel passe sous la New Road. Le charme des villages de campagnes est totalement oublié : Kalives est une station balnéaire avec des locations, des supermarchés, fast food.. . la plage est invisible, cachée par les terrasses des restaurants.
A l’entrée d’ Almirida, une grande mosaïque romaine et les fondations d’une grande basilique des premiers Chrétiens sont visibles de la route derrière un grillage. La plage d’Almirida est agréable, de sable fin bordée de tamaris sans parasols ni lits de plage. Chacun apporte sa chaise longue. Des courageux se baignent.
Notre circuit devrait suivre le rivage par Plaka et Kokino Horio puis Gavalhori. La route de Plaka est coupée. Nous errons parmi les constructions récentes « the perfect house in the perfect place », maisons contemporaines, belles piscines ou cubes « cycladiques » plus modestes. On construit partout. Les petites routes qui mènent aux maisons neuves ne sont pas répertoriées. On arrive par mégarde à Gavalhori.
Les grands murs blancs de Gavalhori sont chaulés, percés de portes aux « arcades vénitiennes ». Derrière l’une d’elles, je trouve des pressoirs à huile avec trois meules.La coopérative des femmes propose des broderies (fermé : 16h, sieste). Un très joli kafénéio, fermé lui aussi se trouve près du musée ethnologique (recommandé par Hachette et le Guide Vert), fermé hors saison.
Après une courte promenade dans les rues vides nous allons à Kokino Horio où auraient été tournées des scènes du film Zorba le Grec en 1964 ; hélas la modernisation, le tourisme, les constructions, ont bien défiguré le « village typique ». Ce n’est pas ici que je ferais e remake de Zorba !
Promenade sur la plage de Kienti, bordée elle-aussi de tamaris et encore sauvage.
Nous avons terminé la soirée à Kalami à la terrasse du kafénéion d’angle aux chaises bleues ; Café frappé et ouzo, comme d’habitude. L’ouzo est servi avec des olives noires minuscules, un peu desséchées mais goûteuses et avec des croutons au sésame et à l’anis (ou cinnamome).
Quittant la New road à la sortie de Souda où se trouve le port de commerce. Un gros ferry est à quai. Face au port, des restaurants et des commerces ; On y vend même la Presse étrangère : sur un portoir, les Canard Enchaîné !
La route traverse les bâtiments de la Marine Grecque. Souda est une base militaire importante. De l’autre côté de la New Road, une petite route monte jusqu’au village d’Aptera blotti sur un épaulement le traverse entre deux kafenéios de carte postale.
kafeneio d'Aptera
Le site de l’Ancienne Aptéra se trouve à la sortie du village. Le mur d’enceinte de très gros blocs a été restauré et on a également dégagé la route antique dallée. Aptéra fut une cité Minoenne importante citée sur les tablettes de Cnossos en Linéaire B , elle exerçait une puissance avale avec les deux ports de Souda et de Kissamos. A la période hellénistique elle possédait un théâtre et un temple de Démeter. Sous la « domination romaine »(vu sur les panneaux) d’énormes citernes en forme de L, de brique et de petit appareil typique des constructions romaines, cimentées, alimentaient les Thermes juste au dessous. Les thermes romains sont bien conservés mais un peu loin du grillage (lundi, le site est fermé). La cité fut détruite par un séisme au 7ème siècle après JC mais au 12ème un monastère dédié à Jean le théologien fut bâti, carré et trapu, il ressemble à un fort vénitien.
Citernes romaines d'Aptera
La ville ancienne disparaît sous une jungle de chardons et anthémis, luxuriante et verte. Des moutons paissent à proximité du théâtre, gardés par un énorme chien intimidant. Le berger à la barbe fournie rappelle le chien qui se couche nous laissant passer ? Comme nous remarquons son bâton noueux, il prend la pose pour la photo.
– « Comment vous appelez-vous ? »
– « Manoli, tu sais le Grec ?
– « Un peu (je fais une faute » ligho »)
– « ligha » corrige-t-il, content de faire un brin de conversation…
Manoli le berger et sa houlette
Mais les bergers du 21ème siècle possèdent un pickup et un téléphone mobile. Lorsque nous repasserons, il sera occupé par une conversation lointaine et répondra par un rapide « Ya » à mes adieux.
Au bout du chemin, une maison romaine (4ème siècle après JC) avec un péristyle bien visible : les bases des colonnes dégagées, les colonnes en tronçon au milieu. Dans une pièce voisine se trouve un moulin, la pierre de meule, le puits et une sorte d’évier.
La ville ancienne occupe toute l’acropole. Les Allemands ont exploité l’intérêt stratégique de cette colline qui domine Souda, installèrent des batteries de mitraillettes et un blockhaus (noté sur le panneau « occupation allemande »
maison d'époque romaine
Plus loin au bout de la route, le fort de Koules veille sur Souda. Vénitien(1570), carré, flanqué de tours rondes, il faut pris par les turcs. Il est restauré mais fermé (lundi) de là on découvre en bas un autre fort, plus récent avec des canons modernes (peut être encore fonctionnels ? la petite île de Souda fut fortifiée par les Vénitiens qui s’y maintinrent longtemps après la conquête turque de Hania jusqu’en 1715.
Du fort on remarque le mur d’enceinte d’Aptéra qui cerne tout le plateau (3.8km) dans l’épaisse végétation.
Kissamos s’appelle aussi Kastelli, souvenir d’un fort vénitien. Kissamos, le dimanche matin, est si bien endormie qu’on trouve juste une pâtisserie ouverte et elle n’a pas encore garni ses rayons. Point de feuilletés pour midi ! C’est encore un village intouché par le tourisme de masse. Le bateau pour le lagon est à quai et ne partira pas aujourd’hui. Il y a un musée archéologique, des thermes romains et encore un autre site mais l’archéologie n’est pas au programme d’aujourd’hui.
La piste de Gramvoussa commence après Kalivani. Unécriteau signale qu’un péage d’1€ est prélevé au km5, mais nous ne trouverons personne. Nous engageons la Suzuki Alto avec appréhension : c’est vraiment une petite voiture le premier véhicule que nous croisons est une vieille BMW, pas un4 x4, ensuite les pickups des bergers, ce qui ne nous rassure pas. C’est au début du parcours que la piste est la plus raide. Le sommet de la péninsule s’élève à 762m mais la piste ne dépassera pas 250m. Dans la pente, elle est escarpée, ravinée et pleine de gros cailloux. La voiture peine. Je parcours la suite à pied pour voir si cela empire. Non ! Au contraire, après la pente s’adoucit. Vers la fin je marche dans un paysage sauvage de garrigue ou phrygane : la phrygane est une garrigue basse, ici c’est bien le cas. Des coussins épineux, des cistes presque rampants. Ici les arbres ne poussent pas. Il y en quand même un à un tournant, deux, pas plus. En revanche, c’est le royaume des chèvres. Livrées à elles mêmes, elles sont couchées sur la piste et ne se lèvent, avec mauvaise volonté, qu’au dernier moment s’agenouillant lentement et se dépliant sans hâte à l’approche de la voiture. Une C1 double la Suzuki, si une si petite voiture peut monter, nous aussi !
Une petite cantine de planches est installée sur le parking au bout de la route. Plusieurs panneaux indiquent des balades à pied : View point (10mn)(mauvais plan on ne voit rien)
Le lagon Bali : 20mn.Un écriteau Natura2000 captemon attention. Il signale une micro-réserve pour Anthemis globerina ou Agria Grambousa qui ne pousse qu’ici et sur l’ilôt d’Imeri. Petite plante annuelle aimant un sol calcaire, germant en automne et fleurissant en avril/mai. Cette plante rarissime devrait être en fleure maintenant ! Ma curiosité est aiguisée. Je veux absolument photographierAnthémis Globerina. Je tiens le regard au sol pour la chercher. Dans mes observations herborisantes je remarque de minuscules géraniums bleus hauts peut être de 2cm aux fleurs à peine plus grandes que celles des myosotis avec de vraies feuilles de géranium, de minuscules iris en boutons que je prends d’abord pour des crocus pas éclos. Toute la végétation est miniaturisée- rabougrie, diraient les Canadiens – un petit chêne vert ne dépasse pas 30cm mais il est bien reconnaissable, de même les pistachiers. Seules les sauges ont évité le rétrécissement. Elles prospèrent ici avec leurs beaux pompons jaunes. Les ajoncs sont aussi fleuris, minuscules, eux aussi.
les nuages s'accrochent sur le sommet
Le sentier est bien tracé, pas de balise à la peinture : une rangée de cailloux alignés sur chaque bord. Il faut dire que les cailloux, ce n’est pas ce qui manque ! Il vaut mieux choisir l’endroit où on doit poser le pied pour ne pas se tordre la cheville. Au début, cela descend. Logique puisque je vais à la plage ! Mais il se met à remonter. La montée est interminable. Le vent qui se lève m’indique que je passe un petit col. Cela ne m’inquiète pas. Cela devrait, je marche depuis 40m,. Je me retourne : le sommet de Gramvoussa a accroché un nuage menaçant. On dirait qu’il va faire mauvais alors qu’au dessus de la mer le ciel est tout bleu. Le sentier ne redescend pas du tout. Il reste sur une crête. Au but d’une heure, j’atteins sur borne : un cadran solaire. J’ai enfin compris que j’ai pris le mauvais chemin !
Au retour, je trouve le sentier du lagon à gauche de la Pancarte Natura2000 qui avait capté mon attention. Si pressée de trouver ma fleur je n’avais pas vu la flèche avec BALOC écrit en grec !
la chèvre préfère les voitures bleues!
Pique-nique au parking : avocat-saucisson puisque tout était fermé à Kissamos. La chèvre blanche et noire a fait sauter le couvercle de la poubelle. Elle y plonge ses pattes antérieures et sa tête et ressort tout ce qui lui plait : peau de banane, épluchures de pommes et papiers gras. Elle ne dédaigne même pas une boîte de conserves de Haricots géants à l’huile… Nos écorces d’avocats ne lui plaisent pas. Une petite chèvre noire s’approche. La grande qui porte une clochette (la chef ?) la pousse d’un coup de tête. Puis elle s’attaque à la poubelle suivante et d’un bond s’élance sur le capot d’une belle Peugeot Bleue et du capot, sur le toit. Ainsi juchée, au dessus de tous, elle joue la star. Tout le monde se précipite pour la photographier. Elle frappe du sabot la tôle de la 207. Notre Suzuki chocolat est garée juste à côté. D’un saut elle aurait vite fait d’atterrir dessus. Non la chèvre a ses goûts et ses couleurs. Elle préfère les voitures bleues et en choisit une autre de l’autre côté du parking !
le lagon de Bali
La descente au lagon est facile, le sentier descend tranquillement. Les passages fréquents l’ont adouci. D’une terrasse maçonnée on découvre l’eau turquoise enchâssée dans el sable blanc, comme une pierre précieuse. Une chaussée de rochers plats ferme le lagon vers le sud. Une île comme une forteresse reliée par un mince tombolo de sable blanc tout juste recouvert d’une faible épaisseur, le sépare de la mer ouverte. Les courants sont matérialisés par des trainées plus turquoises ou bleu profond. La plage est blanche éblouissante, une vraie merveille ! Une surprise dans l’environnement austère et sauvage de la péninsule déserte.
Les plages merveilleuses se méritent : de la terrasse descendent des marches sur au moins 1 km, 10 minutes de descente.
Bali : une plage de rêve
Dès que je foule le sable d’une blancheur incroyable, je quitte mes chaussures. Près d’un rocher le sable est constitué d’une accumulation de coquilles blanches, parfois cassées, parfois entières non loin, les grains sont très doux, très fins. Marcher dans l’eau, me rassasier de cette beauté. En profiter, ne pas repartir trop tôt avant de l’avoir savourée toute. Cette transparence, la finesse du sable, les petits poissons qui filent entre mes pieds…. Au bout d’une cinquantaine de mètre, je découvre la première plaque de mazout qui encroûte la roche du rivage, puis d’autres… Quelle tristesse !quelle fragilité ! Une telle merveille a été souillée par une marée noire, un dégazage. Tout le lagon est pollué. Ce que j’avais pris d’en haut pour des algues, pour des figures de courants, ce sont des boulettes de mazout. J’en suis révoltée. J’aurais dû voter Éva Joly ! Peut-être en est-il encore temps ? D qui a la procuration n’est peut être pas encore allée au bureau de vote ? De la terrasse, j’avais remarqué, alignées, des taches noires. J’avais pensé à des chèvres. Ce sont des sacs-poubelles remplis, noués, qui attendent d’être évacués par mer. Je n’aurais jamais deviné. Je remonte atterrée. Tant de beauté, tant de fragilité.
les poubelles de mazout
L’isolement, la difficulté d’accès a préservé un petit coin de nature sauvage. La menace est venue de la mer.