Négligeant les restaurants touristiques du port, leurs menus imagés pour illettrés et les promotions spéciales à 25 ou 26€, nous nous installons dans une taverne ravissante en retrait des docks : chaises et tables vertes, une tonnelle de bougainvillées (pas encore fleurie), énormes jarres vertes d’où débordent des géraniums, et petits jardins aromatiques – basilic, menthe, sarriette dans une jardinière. Sur les tables, un brin de romarin ou une branchette d’olivier. Avec notre apéritif habituel nous demandons des mezzés. Le garçon parle français :
– « Ici nous n’avons pas d’assiette de mezzés mais vous pouvez choisir sur le menu »
Nous nous laissons guider et fixons notre choix sur les beignets aux épinards. Ils sont divins. Nous renouvelons la commande ; il nous avait semblé qu’il y avait de la menthe en plus du fromage de chèvre.
– « Non » dit le serveur, « ce sont des pissenlits »
Il faut remettre 1€20 dans le parcmètre pour visiter les arsenaux vénitiens. Un autre musée naval est censé s’y tenir au Dock Moro et présenter le bateau minoen qui avait rejoint Athènes aux Jeux Olympiques de 2004. Hélas, les arsenaux sont fermés.
Au bout du quai se trouvent des restaurants de poissons aux tables et chaises de bois. Celui qui est à l’angle a chaises et tables rouges et pour enseigne une figure de proue au nom d’Antigone.
Je parcours à pas pressés la digue, filmant en panoramique. Je découvre un minaret près de l’église Saint Nicolas. Clocher et minaret sont parallèles et jumeaux.
non vous n'avez pas la berlue!
Le Phare est étrange : phare ou minaret ? Avec 2 balcons ! Construit par les Vénitiens, il mesurait 21m et a été surélevé par els Turcs à 26m.
Un panneau indique Fortezza : là, l’entrée du port était bloquée par une chaîne, un barrage, Firka.
Nous rentrons vers 16h à l’hôtel Maranthis : il reste une belle fin d’après midi pour profiter de la belle plage de Kato Stalos. Mes interrogations sur les tas de galets trouvent une amorce de solution : des traces de tracteur montrent que le sable a été travaillé, remanié, ratissé, peut être tamisé comme sont préparées les pistes de ski. La disposition naturelle des galets et graviers a bien été bouleversée par l’action anthropique. Peut-être les tas erratiques représentent-ils l’état sauvage et hivernal de la plage ?
Le Musée Archéologique se trouve dans l’ancienne église San Francesco – une vraie merveille. La nef gothique bordée d’arches romanes sur les bas-côtés. La pierre blanche contraste avec le crépi rose.
Les vitrines sont d’inégal intérêt : poteries de tous âges. L’une d’elle est consacrée au LinéaireB inscrit sur des tessons (13ème siècle retrouvés dans l’ancienne Kydonia non loin du musée présentant plutôt des hiéroglyphes ainsi qu’une intéressante notation des nombres. Vis à vis : tablettes de Cnossos et sceaux très finement décorés : les agrandissements de l’impression sur argile donnent un meilleure appréciation des détails. Beaucoup de sceaux utilisent des thèmes animaliers (chevaux ou bovins) mais certains représentent des silhouettes humaines dont une femme en jupe à volants. Dans un vase, on a retrouvé les ossements d’un chiot. Que lui valait les honneurs d’être passé à la postérité : l’affection de son maître ou un sacrifice religieux ?
sarcophage minoen motifs marins
Comme au musée de Rethymnon, de beaux sarcophages minoens sont à l’honneur ; ici les motifs sont marins, poulpes et ondulations des algues ou vagues ?
Sous une grande boîte en plexiglas, tout un troupeau de bovins forme une pyramide. Je compte une bonne cinquantaine de terracottas de tailles variées, de 50 à 5 cm de haut : offrandes à Poséidon du 4ème -3ème av JC (hellénistiques) .
Les belles mosaïques sont romaines : maison de Dionysos, Poséidon et Amymome (Poséidon sauve Amymome de l’attaque d’un satyre). Des marbres sont alignés dans les bas-côtés, bustes romains ou grecs.
Dans la cour se cache une très belle fontaine turque de pierre blanche très fine (peut être du marbre ?) octogonale au sommet pointu.
Fontaine sur la place Syntrivani
Place Syntrivani, encore une fontaine. Nous prenons la rue Kalergon, moins touristique que les abords des quais. Nous nous égarons et tombons sur les fouilles de Kydonia, rue Kanervo : maisons minoennes détruites en 1450 puis en 1350 ; recouvertes à la période hellénistique. C’est très émouvant de trouver l’emplacement où ont été trouvés les objets que je viens d’examiner. En quête du port, nous errons par les voies sans issues du quartier de Kastelli. Hania est moins plate qu’on ne l’imagine, Kastelli est une véritable colline.
Sur le quai, une marchande bien avisée nous indique un passage étroit entre deux maisons : une ruelle conduit à des palais vénitiens, certains bien rénovés, en hôtels et chambres d’hôtes, d’autres bien en ruine. Tout un dédale de ruelles, de marches, de palais roses, de loggias . Au bout de la rue Antoni Grampas une belle maison est accompagnée de poteries avec ficus et yuccas. A 16 Odos Angelou Evangelista un très beau palais vénitien porte cette inscription « Pax tibi Marce Meus ». Les chaises dans la rue accentuent cette impression d’Italie.
Nous retournons sur le quai vers le Musée Naval, beau bâtiment rouge qui cache derrière son porche et sa grille de fer forgé tout un ensemble de casernes qui servirent de prisons aux Turcs. Au dessus d’une porte je remarque le lion de Venise.
Musée naval : caserne vénitienne, prison turque
De l’autre côté du bastion on accède au Musée Byzantin logé dans une ancienne église jaune en haut de la rue Theotokopoulou. Petit musée pour l’ensemble des collections mais passionnant par les commentaires. Il est « byzantin » parce qu’il montre des icônes, mais nombres de pièces sont vénitiennes.
Les céramiques vénitiennes sont incisées (sgraffito) sur des émaux verts ou jaunes avec fond clair bien caractéristiques.
J’apprends enfin comment Venise s’est rendue maîtresse de la Crète : à l’issue de la 4ème Croisade en 1204, elle fut donnée à Boniface de Montferrat qui la vendit pour un bon prix à Venise. La population locale orthodoxe s’opposa à la mainmise des latins sur l’île. La loi vénitienne ne fut effective qu’en 1252. Les vilains orthodoxes se révoltaient souvent contre les nobles catholiques.
1453 : la chute de Constantinople priva l’Eglise orthodoxe de son chef le Patriarche de Constantinople. A partir du 15ème siècle le système féodal s’affaiblit et les centres urbains se développèrent.
J’ai découvert à Corfou les icônes de l’Ecole Crétoise, puis j’en ai vues à Ravenne, je m’étais interrogée. Pourquoi cette possession vénitienne avait-elle donné une telle production d’icônes orthodoxe ? Le musée Byzantin de Hania répond à cette question. Au 16ème siècle on assiste à la fusion des styles des artistes locaux entre la peinture d’icônes et le Maniérisme italien¸ Depuis le 15ème siècle les Crétois, à égalité avec les autres Vénitiens, pouvaient continuer leurs activités artistiques. Les peintres de Constantinople affluèrent en Crète. Les bonnes relations commerciales de la Sérénissime, les mirent au contact avec les milieux culturels européens. Cette école de peinture trouva de nombreux clients dans les commandes des marchands et celles es monastères jusqu’à sainte Catherine du Sinaï. Cette fusion entre les styles fut aussi visible dans l’architecture ; L’influence de Palladio et de Sanmicheli se voit aussi dans la reconstruction des monastères orthodoxes. J’ai bien aimé les icônes de Saint George écrasant le dragon (surtout les gueules pointues des dragons).
chambres d'hôtes rue Theotokopoulou
Descendant la rue Théotokopoulou, nous cherchons les heurtoirs de Venise (main de laiton). Les maisons, converties en maisons d’hôtes ont installée de jolies terrasses pour le petit déjeuner sur les trottoirs. Au bout de la rue, à gauche la rue Théofanos descend : des plantes vertes dans des pots de fleurs ornent la rue ; Nous cherchons les inscriptions latines à l’entrée du palais Ranieri (1608). L’enseigne d’une cave nous amuse.
Le quartier Evraïki est l’ancien quartier juif. Impossible de trouver la synagogue Hefetz Haim citée dans les guides mais pas localisée sur notre plan. Sort tragique de la communauté juive : déportée par les Allemands sur un bateau torpillé par un sous marin britannique en 1944. J’ai une pensée pour la communauté de Rhodes aussi disparue et celle de Salonique. La rue Zambeliou est bordée de jolis magasins et de cafés chics débouche dans Halidon animée.
Après une centaine de mètres nous arrivons sur une grande place où est bâtie la Cathédrale orthodoxe à la façade sobre. Juste en face se trouve la Maison Crétoise. L’entrée est dans une cour où il y a aussi une église catholique. C’est un joli musée ethnographique, un peu bricolé et d’autant plus sympathique. Il fait la part belle aux travaux d’aiguilles des femmes : broderies de fleurs de soie, parfois sous verre comme dans notre chambre d’Arolithos, dentelles. Il y a aussi un métier à tisser. La cuisine a été reconstituée avec la vaisselle. Dans une troisième salle les artisans déclinent leur métier : Teresis le tailleur, le cordonnier, le photographe….La visite s’achève dans l’atelier moderne de la brodeuse avec ses machines à coudre décorées de médailles pieuses et d’un chapelet. Il semble que ces broderies soient à vendre mais la vieille dame n’insiste pas occupée qu’elle est avec le tuyau d’alimentation du ruisseau et de la cascade miniature.
8h30, nous traversons les quartiers modernes de Hania et nous engageons dans la vieille ville par la rue Halidon, artère commerçante vide à cette heure matinale. Les sens uniques nous conduisent vers les arsenaux vénitiens où nous trouvons le parking du port de plaisance vide. 3€20 et nous serons libres jusqu’à 13h56 (4h est le maximum que délivre l’automate).
La promenade commence donc par Akti Enosos : le quai qui part des docks vénitiens : bâtiments longs et étroits au fronton de section triangulaire « néoria » 17 de ces bâtiments sont accolés. Ils sont l’œuvre du vénitien Alvise Grimani en 1585. Le dernier bâtiment, carré et massif, abrite le Centre d’Architecture méditerranéenne (fermé à la visite)qui englobe le mur des fortifications hellénistiques.
les arsenaux vénitiens
Au port, sont amarrés de très beau yachts dont un moins beau, tout noir, un peu effrayant (nous avions vu le même à Ithaque). Les cafés face aux bateaux sont cossus : fauteuils carrés en rotin avec de confortables coussins.
Un peu plus loin se trouve la Mosquée des Janissaires , Gialli Tzami, ou mosquées Kioutsouk (petite) , 17ème siècle, « représentative de l’art islamiste de la Renaissance » œuvre d’un architecte arménien, nous apprend le panneau explicatif. Cette mosquée est coiffée d’un dôme principal et de 7 petits dômes sur les deux façades visibles des quais, des sortes de « poignées » tiennent la grande coupole. La façade est percée de 3 fenêtres et d’une porte, une 5ème fenêtre est remplacée par la fontaine des ablutions (on ne la voit plus, seulement subsiste le creux). La base du minaret est tronquée : à l’Indépendance de la Crète on a abattu ce symbole trop voyant de l’oppression turque. La mosquée est maintenant un hall d’expositions. Images de la Crète de Jerry Glover : dessins à la plume et gravures m’ont bien plu.
Port vénitien
Les maisons colorées du port Vénitien forment un ensemble charmant et varié : façades rouges, ocres ou même bleues, balcons en ferronnerie pour les maisons vénitiennes, avancée de planches pour les turques. C’est en face qu’on profite de la vue d’ensemble. Le quai Kountoriati, où se trouvent la plupart des belles maisons est rempli de tables de restaurants à l’ombre de grands stores qui cachent les sculptures délicates, les colonnettes ou les escaliers finement ciselés. Derrière un étalage de souvenirs bon marché pour touristes, je découvre une fontaine turque aux arabesques élégantes.
Une curieuse spécialité : Foot-Spa où les poissons se chargent de soins de pédicure. Une belle librairie vend des livres en plusieurs langues.
le petit port de Kato Galatas - notre hôtel: la maisone bleue
Les nuages qui s’effilochaient au petit matin se sont dissipés. Les thermomètres des commerçants indiquent 24°. Les quartiers neufs de Rethymnon sont d’une remarquable homogénéité, petits immeubles de 4 étages, beige-jaune, rose avec les mêmes balcons en bandeau de ciment.
La New Road n’a bien souvent que 2 voies, la double ligne continue interdit de tourner à gauche. Jusqu’à Giorgioupoli, elle suit la côte. Entre Gerani et Episkopi la plage de sable fin est presque vierge (1 taverne seulement). C’est l’occasion de faire une promenade pieds dans l’eau avec les sommets enneigés des Montagnes Blanches à l’horizon. Je butte contre une énorme éponge de 30 cm de diamètre, beaucoup trop lourde à emporter parce que pleine de sable et durcie au soleil. Un peu plus loin j’en ramasse des fragments plus transportables. Je suis toute contente avec mes éponges – inutilisables dans la salle de bain, bien sûr – mais, quand même des vraies, que je pourrai montrer aux élèves. Je me souviens d’une fille qui m’avait bassinée de 6ème jusqu’en 3ème pour que je lui montre mon éponge de toilette ne croyant pas qu’il pût s’agir d’un animal !
La route coupe par l’intérieur des terres évitant le Cap Drapanon. Elle traverse de magnifiques pins et de hauts cyprès. Sur le bord de la route une épaisse haie de lauriers roses pas encore fleuris.
le kaféneio de Kalami
Petit détour en direction de Kalives : la côte est découpée, la presqu’île d’Arcrotiri est séparée par la Baie de Souda. Il y a une petite île juste en face. Les tavernes de Kalami sont très mignonnes. L’une d’elle à une fourchette de la route en angle est encadrée par de des mûriers taillés en têtard dont le tronc est blanchi à la chaux. Je prends un café grec sur les tables vertes du kafénéio d’en face.
Comme de bien entendu, nous quittons la New Road trop tôt et traversons d’interminables faubourgs avant d’arriver au centre de Hania devant des maisons de style classique : frontons, colonnes triangulaires, colonnes corinthiennes dans des jardins désuètes et charmantes. Après avoir passé le jardin public nous reconnaissons le marché en forme de croix au centre d’une grande place. Impossible de ses garer, D reste dans la voiture en double file tandis que je cours à l’Office de Tourisme 40 rue Kriari. La dame est très gentille, me donne un plan m’explique que les gorges de Samaria ne seront pas ouvertes cette année avant le mi-mai et m’offre une brochure de cuisine crétoise.
Le guide Évasion prétend qu’on trouve la Presse française au Marché. Je me précipite. J’aime les marchés qui vendent les productions maraichères locales, les fleurs ou le poisson. Cette belle halle en croix a été pervertie par le tourisme : on y trouve des cartes postales, des torchons, des nappes de l’huile en petite quantité, des éponges…cela fleure bon le cuir des ceintures, sacs et pochettes. Pas de journal !
12h59, mon téléphone sonne : le propriétaire de l’Hôtel Marianthi s’inquiète de nous. « Suivre la mer jusqu’à un petit port ! »
Notre studio s’ouvre sur un balcon au premier étage avec la « sea view »- vue merveilleuse : au bout de la jetée du petit port de pêche il y a une petite chapelle toute blanche au toit arrondi bleu. Quelques barques se balancent. Le studio est grand : deux lits jumeaux et un troisième le long du mur d’en face, une armoire, le coin cuisine. Les murs sont blancs sans aucune décoration. Le matériel de cuisine est réduit au minimum, nous nous promettons d’acheter des « paketes » dans les restaurants voisins, moussakas, tomates farcies, souvlakis….
Le seul restaurant ouvert est celui de l’Hotel-apartments voisin, plutôt chic, belle piscine, mais carte chère et à cuisine internationale, pas le genre à nous faire un paketo.
L’été, je déteste les stations balnéaires, la foule, les embouteillages, les lits et parasols qui colonisent le sable, les serviettes, bouées et dauphins qui pendent au dessus de nos têtes sur les trottoirs ! Hors saison, ces artefacts horribles ont disparu. La plage est nue, merveilleuse. Le problème est que les tavernes, échoppes de gyros et souvlakia ont aussi fermé leur porte. Nous ne trouverons rien en dehors des supermarchés. Même le boucher est en vacances. Quand au poissonnier, il n’y en a pas ! Après les courses (poulet rôti du supermarché), je me change pour ma promenade pieds nus sur la plage qui part de Stalos jusqu’à Aghia Marina et même au-delà…Plage de sable fin, interminable. Partie du parking sous un tamaris géant à 17h25, je ne serai de retour qu’à 18h50 (au moins 6km) dans l’eau tiède. Une petite île est toute proche du rivage. Je m’interroge : les paquets de galets et de graviers résultent-ils du changement du régime des vagues et des courants ou de l’accumulation du ratissage des plagistes. J’ai vu des traces de râteau mais il y a aussi de tels paquets dans les endroits plus sauvages.
Spili, est pittoresque et, corollaire, touristique. Encore des nappes et dentelles, tavernes aux menus pour illettrés (des images montrent le plat); Nous achetons des souvenirs : savons translucides avec des inclusions de fleur d’oranger ou de citronnier, du miel, de l’huile en bidon et des herbes aromatiques.
C’est un centre administratif avec une grande mairie moderne, une grande église en ciment, tuiles rouges, et de vastes parkings. L’attraction est la fontaine vénitienne qui crache de l’eau par 24 bouches dont 19 lions de Venise. Hélas elle a été restaurée (trop )!On se passerait des carrelages et des regards métalliques. Les lions repeints en blanc(manie grecque), et les yeux repassés à la peinture noire détonnent.
A gauche de la fontaine un petit chemin conduit au Musée Folklorique (fermé).
D’après Hachette Évasion, une promenade d’une heure partirait à gauche de la fontaine. Selon le descriptif, elle ne présenterait pas de difficultés. La randonnée est indiquée du côté droit, à 2km il y aurait une église.
Rencontre sur le sentier
Après 250m, un balisage bleu invite à un itinéraire pédestre vers des gorges. Les 5 premiers mètres sont acrobatiques et ressemblent plus à de l’escalade sur un rocher presque vertical qu’à de la promenade. Comme les points bleus sont bien rapprochés, je me laisse tenter. Suivant ces marques, je m’élève rapidement sur la paroi et chemine sur un sentier de chèvres parmi les sauges de Jérusalem aux beaux pompons jaunes et les épineux ; A condition de bien regarder ou on pose les pieds en évitant les cailloux qui roulent, cela se grimpe bien. Petit pincement à l’estomac toutefois, à l’idée de la descente (qui se révèlera ensuite plus facile que je ne craignais). Quelques rencontres : une belle chèvre noire et ses deux chevreaux jumeaux qui détalent à mon approche ; les moutons sont plus curieux : trois têtes surgissent de derrière un rocher. Le petit bélier aux cornes recourbées me défie. Comme j’avance quand même tout le troupeau dévale la pente. Le sentier se faufile entre deux gros rochers puis descend vers une gorge encaissée.
panaghia de Lampini
Nous piqueniquons sur la place devant la très jolie église de la Panaghia de Lampini, face au monument aux morts titré EPIGRAMME pour les martyrs de 1827. Décidément la lutte pour l’indépendance contre les Turcs a fait beaucoup de victimes. Lampini est un village tout simple aux ruelles tortueuses et aux maisons chaulées de blanc. Un enterrement va avoir lieu. Les gens qui descendent des voitures sont en grand deuil et portent des bouquets de fleurs. Un homme arrive et sonne la cloche ; la corde pend à l’extérieur, chacun pourrait le faire. Je me faufile dans l’église ouverte pour l’occasion et jette un coup d’œil rapide aux fresques. Nous démarrons avant que le village n’arrive pour la cérémonie funèbre.
La route de Lampini à Karines enjambe la montagne en lacets serrés. Elle passe dans des schistes verts avec de gros rochers ronds de granite et des trace de métamorphisme compliqué. Les cultures et les vergers sont remplacés par l’élevage des moutons. Nous passons devant plusieurs grosses bergeries et croisons des pickups portant des bidons de lait. Nous retrouvons la jolie vallée découverte lundi et les sommets enneigés du Psiloritis qui étaient depuis deux jours plongés dans le brouillard. Après Karines la route continue sur Patsos Nous revoyons avec plaisir le barrage de Potami et la route spectaculaire avec les effondrements et ses roches rouges contrastant avec l’herbe verte.
Toujours dans le guide Evasion, une randonné facile part de Chromonastiri le long de la rivière de Mili : la rivière des moulins. De la route des marches bordées de peinture blanches descendent à une église cachée près du ruisseau. Malheureusement le sentier est inondé, véritable fondrière. Un verger d’orangers embaume, cela sent bon la menthe aussi. Des prêles prospèrent avec leur plumet vert clair. J’ai très envie de tenter l’aventure. Le sentier passe à gué. Tant que les points bleus m’indiquent le passage, je persiste. Rapidement, je perds les marques, sans doute sous l’eau. Je renonce à regret. Un autre accès aux moulins est possible plus bas sur la route. Une taverne occupe un ancien moulin. Le sentier est bien entretenu. Je reprends là la promenade moins parfumée. Toutefois, à l’approche du ruisseau la flaque est profonde et encore, je recule.
J’aurais regretté de quitter Agia Triada sans avoir mis les pieds dans notre village. L’église domine la route. Blanche avec un fronton triangulaire, elle parait banale de l’extérieur avec sa porte tout à fait ordinaire et son crépi sur le ciment. A l’intérieur, elle est peinte à fresques, sans doute très anciennes. Les rues du village sont étroite, trop pour que des véhicules motorisés ne s’y aventurent. Une famille de chats, peut être une douzaine, se prélasse au milieu du chemin. J’aurais bien poussé plus loin l’exploration si des aboiements dissuasifs ne m’avaient chassée.
Les vallées descendent de la montagne vers Rethymnon mais ne communiquent pas. A chaque excursion il faut descendre à la vieille route.
La route d’Agia Galini se trouve de l’autre côté de Rethymnon qu’il faut traverser ce qui n’est pas désagréable ; c’est une ville méditerranéenne aux immeubles de 4 étages tout au plus avec des balcons et terrasses de couleur crème, jaune pâle ou rose. Du haut d la ville on a une vue plongeante sur la citadelle, les ports.
La nécropole Nécropole d’Armeni est bien indiquée sur le côté droit de la route.
Sur le panneau, je lis :
Les fouilles (1969) ont mis à jour 231 tombes datée Late Minoan (1400-1200AvJC) au lieu dit Prinokephalo « colline des chênes » . Ces tombes sont creusées dans la roche et comportent un couloir et une chambre. Chaque tombe est familiale. L’âge moyen des hommes est 18-31 ans et des femmes 20-25 ans. Le régime alimentaire ne comportait pas d’apport de poisson mais des protéines animales et des végétaux. On a trouvé dans les tombes des poteries.
Arrive en même temps que nous des Anglais dans un minibus. Des archéologues ? je me prends à espérer. Non ! Des maniaques des orchidées qui s’extasient devant un phénomène tout fané. J’explore les tombes sans autre commentaire. La plupart des tombes sont de petite taille avec un couloir d’1 ou 2m. L’une d’elle possède des marches et une chambre carrée avec des bancs. Plus haut dans la colline je trouve ensuite des excavations plus profondes. Les fous des orchidées savaient ce qu’ils cherchaient ! J’en dénombre 5 ou 6 espèces différentes alors que je n’y connais rien !
qui connait celle-ci?
Au dessus de 400m la végétation change au profit d’un maquis ras (phrygane ?) les ajoncs sont fleuris, les épineux ras, les arbres se raréfient. La route traverse des villages sans caractère
Eleftherna est un vaste site archéologique à une dizaine de kilomètre au nord est du monastère d’Arkadi.
Nos guides sont muets. Heureusement les autorités crétoises ont posé des panneaux et des cartes. Il faut dépasser Archéo-Eleftherna où les fouilles sont fléchées. On gare la voiture derrière une grande taverne (fermée hors saison) : un plan montre une quinzaine de points d’intérêt : citernes, latomies, puits mais aussi une nécropole bien visible dans le paysage grâce à d’énormes voûtes métalliques protégeant les tombes, deux sites : Katsivelos et Orthi-Petra.
Eleftherna porta successivement les noms de Satra, Saoros, Aeros, Appolonia.
Les fouilles ont mis à jour des vestiges allant de l’âge de bronze (10ème à 7ème av JC) d’époque Hellénistique et même d’époque Romaine et des restes des Premiers Chrétiens. Au musée archéologique de Rethymnon une très belle statue venait d’Eleftherna.
Un sentier balisé (gros points rouges) conduits aux points d’intérêt ; marchant sur la roche nue, je découvre d’abord une tour (pas d’indication chronologique), le sentier descend ensuite dans le vallon et se confond avec le GR E4, sentier Européen, (balisage jaune et noir) qui est en balcon.
Citerne ou latomies?
Sur le bord du sentier se trouvent les citernes (anciennes latomies ?). Pour arriver à la nécropole je quitte le sentier européen et suis les points rouges par des marches de bois. J’atteins le site de Katsivelos : murs épais, colonnes (mais je ne comprends rien). Autant les cheminements sont bien entretenus, autant les explications sont totalement absentes. Il faut beaucoup descendre pour arriver à un grillage fermé qui protège les tombes. Les toits arrondis visibles de la route sont immenses. Le site est bien aménagé avec des escaliers métalliques, une route asphaltée y conduit. Impossible d’entrer.
site de Katsivelos
Le temps se gâte, il me faut remonter avant la pluie. J’ai quelques appréhensions : et si je ne retrouvais pas les marques rouges ? En remontant je découvre un autre parcours qui mène dans l’autre vallée à l’ancienne ville. Quelques gouttes tombent.
Une route goudronnée conduit à des propylées modernes de briques : tonnelles, bancs de bois, billetterie et toilettes (fermé) Le portail est ouvert mais les fouilles sont grillagées. De bancs sont installés à l’aplomb : on peut ainsi voir d’en haut. Il ne manque que les explications.
la ville antique
Nous avons approché les traces des anciens Crétois mais je n’ai pas été capable de les interroger !
Le ciel est bas, les nuages cachent les sommets.
Le village de Margaritas est spécialisé dans la céramique : de nombreux ateliers et magasins proposent toutes sortes de marchandises du pithoï antique où on peut élever un citronnier, au coquillage stylisé à suspendre au mur, en passant par les photophores d’argile brute aux découpes en triangle ou par les bougeoirs-fleurs vernissés. Les couleurs des émaux sont assez criardes et vulgaires. Je préfère l’argile nue. Autour de cet artisanat, des tavernes et Rooms to Let.
Juste après Margaritas une tholos minoenne à 300m (appréciation crétoise manquant de précision). Empruntant une piste interminable, nous finissons par trouver la fouille : une tranchée droite soutenue par des poutrelles métalliques. Encore une fois notre poursuite des anciens crétois ne sera pas très parlante.
L’ancienne route traverse des contrées boisées et des oliveraies et rejoint la côte à Stavromenos. Maisons à louer, hôtels font une barrière bétonnée cachant la mer ? Il faut s’engager dans une ruelle au dernier moment pour espérer l’approcher ; première tentative à Stavromenos : taverne fermée en bord de rivière, pas de plage, les vagues battent les rochers. Deuxième un pue plus loin, un beau parking, un café de plage mais gardé par des chiens effrayants. Troisième tentative : un restaurant, des installations de plage qui ne s’envolent même pas dans la tempête : quasi-miracle !Je m’élance sur le sable qu’on croirait tamisé mais je garde mes sandales ; il fait froid, les grandes vagues interdisent qu’on s’approche de l’eau. Le vent soulève le sable mais aussi des morceaux de bois, des coquilles et me fouette les jambes. Encore une fois, une rivière barre le passage. Pas envie de renouveler l’expérience du passage à gué ! Je rentre après un petit quart d’heure.
Soleil, vent, nuages et mer très agitée. Une fine couche de sable recouvre la terrasse, la table et les voitures. Hier, un nuage bizarre et avait voilé le soleil avec une curieuse tonalité jaune citron sous les nuées grises inquiétantes. Etait-il porteur de ce sable ? Il fait assez bon au soleil pour prendre le petit déjeuner dehors : 6 oranges pour un grand jus, toast, yaourt grec au miel/
La route d’Arkadi passe par Mesi et Kiriana (jolie église à campanile vénitien). Dès qu’on dépasse l’altitude de 350m on se croit en montagne. La végétation est dense : vieux oliviers mais aussi chênes, platanes et caroubiers : montagne chevelue, touffue, dense a relief tourmenté. Au dessus de 400m on arrive dans une sorte de lande aux ajoncs fleuris. Juste avant d’arriver au monastère, le sentier européen E4 coupe la route.
Façade vénitienne du Katholikon
Le monastère est isolé dans la campagne, bâtiments massifs accompagnés de pins et de cyprès. Le porche d’entrée laisse entrevoir la façade Renaissance (1587) de l’église dont la finesse contraste avec la nudité des murs extérieurs. Joyau enfermé dans la vaste cour délimité par les bâtiments monastiques construits sur deux niveaux d’arcades sobres. Calme et recueillement : le moine vend les tickets (2.50€) sans un mot. On croisera une vieille femme vêtue de noir et voûtée, quelques chats …
Dans le Katholikon, grande surcharge de lampes et lustres de cuivre ou d’argent (ce détail m’avait frappée à saint Catherine du Sinaï). Aimable désordre des églises orthodoxes : arche fleurie d’œillets à l’occasion de Pâques, lutrin, icones, chandeliers. L’iconostase de bois porte de nombreuses peintures d’époques et de styles variés.
Arkadi : porche et vieux cyprès
Le Musée est installé dans une construction à deux étages séparé de la cour par un porche derrière un vieux cyprès mort au tronc impressionnant. Divers objets ecclésiastiques sont dans des vitrines. Belles icônes de l’Ecole Crétoise du 17ème siècle. Des armes du 19èmetémoignent des luttes contre les Turcs. Dans le Réfectoire, une banquette de pierre court le long des murs, au fond le puits et une peinture moderne de la Cène. La petite pièce adjacente était sans doute la cuisine avec sa cheminée imposante et son évier de pierre. Des jarres au fond bombé trouvent leur place dans des creux d’un banc de pierre.
A l’étage, les portraits grand format, en Noir et Blanc, des combattants Crétois du 19ème siècle : hommes farouches armés de pétoires de sabres ou même de bâtons. Culottes bouffantes, ceinture de tissus et bottes de cuir. Le visage est toujours barré d’une épaisse moustache noire souvent la barbe est fournie. Coiffés de fez, de turbans, ou coiffures ecclésiastiques.
Le monastère fut le théâtre d’un épisode tragique raconté par Kazantzaki dans La Liberté ou la Mort. En 1866, à la suite d’exactions turques un millier de Crétois se réfugièrent au monastère. A l’approche des turcs l’Higoumène Gabriel alluma la poudrière où étaient réunis les réfugiés qui préféraient mourir que de se soumettre. On visite l’emplacement de la poudrière et un tableau sérigraphié représente le massacre. La visite se termine à l’extérieur du monastère dans l’ossuaire où sont exposés leurs crânes.
Un an plus tard, j’ai trouvé cette vidéo sur un blog que j’aime beaucoup, qui raconte la Grèce et surtout publie régulièrement des poèmes en grec avec la traduction.
La rue Nicéphore Phokas qui descend la colline et traverse la vieille ville nous servira de repère. Nous préférons déambuler au hasard dans les ruelles à la recherche de la Fontaine Rimondi et de la Loggia Vénitienne, toutes les deux rue Paléoglou. On s’égare dans des rues bordées de trop de magasins de souvenirs pour être tout à fait charmantes. J’achète 2 éponges dont j’ai besoin et passe agacée devant les torchons, nappes, tabliers, coussins, brodés au motif de l’olive que l’on retrouve identiques sur les côtes de la Méditerranée : de la Provence à Capri, de Corfou à Chios. Komboloi en plastique imitant l’ambre (déjà plus typiques) dentelles, toujours des dentelles, produits de beauté à base d’huile d’olive et même de bave d’escargot (dixit la vendeuse). Arabatzoglou la rue la plus « pittoresque » selon nos guides, est bien encombrée de tous ces articles du tourisme de masse standardisé. Entre les artefacts je cherche et trouve de très belles portes aux linteaux ciselés, la plus imposante est surmontée d’une inscription turque.
Vénitienne ou Turque?
La Fontaine Rimondi est à sec aujourd’hui, elle est faite de 4 colonnes corinthiennes et de 3 gargouilles à tête de lion. Une arche la sépare d’un bâtiment rose. Le contraste est encore plus saisissant. Vénitienne ou florentine la loggia ? C’est maintenant une galerie vendant des copies d’antiques.
Port vénitien
Le Port Vénitien, presque fermé, est bordé de maisons colorées hautes de deux étages, aux balcons de fer forgé abritant toute des restaurants. Les invitations des serveurs sont pressantes : les terrasses sont vides. L’un d’eux nous poursuivra toute la longueur de son bout de trottoir. Nous éliminons tous les établissements qui ont remplacé les chaises en bois grecques par des fauteuils carrés design en rotin noir ou gris. Nous hésitons entre deux tavernes aux chaises bleues et aux tables assorties. Café frappé, ouzo, mais pas de mezzés. On les réclame. Service minimum : 4 petits quartiers de tomate, 3 rondelles de concombre, 5 ou 6 olives et quelques croutons. Les touristes peuvent boire sans manger !Le ciel se voile, le vent se lève. Les cafetiers roulent leurs stores et mettent à l’abri tout ce qui peut s’envoler.
Apéro au port vénitien
Nous terminons la promenade devant la Mosquée Nerandza. Le minaret est corseté par un échafaudage métallique assez monstrueux. Le bâtiment coiffé de ses deux coupoles roses n’est pas à son avantage en telle compagnie. Il s’échappe de la musique : c’est le conservatoire. J’achète 2 gyros, très bien servi à la viande croustillante. L’esplanade est toute tagguée et couverte d’affiche politiques qui m’intéresseraient bien si je comprenais quelque chose.
Motifs turcs sur les porche de San Francesco
Je termine la visite sur Ethnikis Antistassos, rue commerçante qui conduit à la Porte Guora de la ville. Elle bordée par de vraies boutiques : marchands de chaussures, quincaillerie, boulangerie et même un poissonnier. Autrefois nous avions aimé ses magasins désuets, l’échoppe du barbier avec une cage à oiseaux m’avait enchantée. Je ne reconnais plus la rue. Au détour d’une ruelle je découvre la grande église San Francesco et un porche décoré par les turcs très finement pampres et grappes de raisin, croissant, en bas lion de Venise ( ?).
14h, nous avons parcouru la ville en tous sens. Il est temps de reprendre la voiture garé au parking (Old City Parking à côté de la Forteresse 6€).
Fin de la journée à la plage de Rethymnon, déserte en cette saison, très agréable avec son sable fin. Bordée de restaurants et d’hôtels elle doit être couverte d’installations l’été.