Quels oiseaux étonnants que ces oiseaux de paradis vivant dans cette contrée si lointaine : la Nouvelle Guinée. J’ai été fascinée par les parades nuptiales de ces oiseaux colorés et inventifs. Couleurs luxuriantes et plumes d’une texture incroyable.
voliière d’oiseaux empaillés
les oiseaux empaillés ou naturalisés m’attristent. Le plus souvent les plumes ont perdu leur éclat. Cependant il est indispensable de voir de près ces plumages si exceptionnels.
Utilisées par les autochtones pour faire des parures, des coiffes de prestige pour des fêtes et des danses traditionnelles, elles sont splendides et on a plaisir à contempler les costumes et les rituels de Nouvelle Guinée.
coiffe vaporeuse et aérienne
Le « voyage » de ces plumes devient plus problématique quand elles font l’objet d’un commerce mondialisé. Utilisées dans l’empire moghol et persan (merveilleuse évocation du Simorgh de la Conférence des oiseaux). Puis les plumes arrivent en Europe, jusqu’à Prague ou Paris…
oiseaux exotiques
Mais ces plumages, quand ce ne sont pas les oiseaux entiers, deviennent marchandises de luxe : matière première des plumassiers, chapeaux ou Haute Couture. Comment une belle pouvait-elle s’afficher avec l’oiseau entier sur la tête? Un couturier a fait une petite robe toute en plume, vaporeuse. Et on imagine les massacres. Dès le 19ème siècle des précurseurs(comment dit-on au féminin?) de mouvements de protection des animaux se sont élevées, surtout en Angleterre, contre cette exploitation.
Toute cette partie de l’exposition m’a mise fort mal à l’aise. C’est quand même très beau et instructif. Ce sont les oiseaux vivants du film d’introduction que j’ai préférés.
Deux bonnes raisons pour retourner au charmantMusée de la Vie Romantique : le challenge des deux George et l’envie de retrouver George Sand et ses familiers, et l’exposition Paul Huet dont je n’avais jamais entendu parler.
Paul Huet : ciel entrouvert
Paul Huet (1803 -1869) est un des précurseurs du paysage romantique, parfois qualifié de pré-impressionniste. Il fut l’élève de Gros, recontre Delacroix, remarqué par Victor Hugo et intime de Lamartine.
Paul Huet : Le Retour du grognard
Les vues de Paris au début du XIXème siècle m’ont beaucoup amusée, les moulins du quartier de la Glacière au crépuscule avec le Val de Grâce comme repère avec d’autres quartiers maintenant complètement urbanisés campagnards alors.
jezan-bruno Gassies: paysage d’Ecosse
On n’apprend guère sur le peintre dans cette exposition mais il est en très bonne compagnie avec ses collègues d’alors, peintres de paysages romantiques, comme cette Ecosse embrumée avec des personnages en kilts sortis de Walter Scott? de vues d’Italie ou de glaciers impressionnants. J’ai bien aimé la vue de Dieppe
Isabey : vue de Dieppe
Les peintres sont nombreux, certains connus, d’autres oubliés et parmi les inconnus un Corot, un Boudin, Constable ou Delacroix. Et toujours cette attention au paysage et surtout au ciel!
Une charmante exposition, prélude à la visite des collections permanentes du Musée de la Vie Romantique. On peut aussi prendre un verre sous les frondaisons, mais attention l’endroit est très prisé et les tables sont bien occupées.
Kwame Akoto est un peintre d’enseignes à Kumasi (Ghana) . Les enseignes, en Afrique de l’Ouest réjouissent les passants par leur fantaisie, leurs couleurs et les textes souvent humoristiques. Kwame Akoto est également un prédicateur pentecôtiste, il met son talent artistique au service de sa foi : ses tableaux sont souvent prêcheurs avec assez de couleur et d’humour pour ne pas être ennuyeux:
Médisances….Our Frather who art in heaven – art in heaven, prière ou jeu de mots?
Et que dire du cercueil emporté par un aigle?
Evangélique mais aussi africain connecté avec la nature, les médecines traditionnelles comme cet homme-feuilles
My friend the bushman
Kwame Akoto a aussi réalisé des autoportraits fantaisistes
Autoportrait
On le reconnait aussi sur le très beau tableau de Hervé di Rosa
Hervé di Rosa : Déjeuner à Kumasi
Pour terminer, une vidéo montre Kwame Akoto dans son atelier dans la rue, à côté des garages avec ses apprentis. Grande simplicité de ceux qui, peintres d’enseignes, ne se prennent pas pour des artistes!
PS : par temps de canicule, le Musée du Quai Branlyet son jardin d’été offre calme et fraîcheur, pas de foule comme dans les musées du Louvre ou d’Orsay, et une belle promenade dans les collections permanentes. L’Expo Kwame Akoto sur la mezzanine Martine Aublet, n’est pas très fournie, on peut au choix flâner parmi les hautes sculptures d’Océanie soit visiter une autre exposition
Roméo Mivekannin La Vénus Hottentote 2020 (série Barnum)
COMMENT LE RACISME ET LES DISCRIMINATIONS S’INSCRIVENT-ILS DANS LES SOCIETES CONTEMPORAINES?
COMMENT FAIRE MONDE COMMUN SANS EFFACER LES DIFFERENCES?
L’Exposition Aux Origines tente de répondre à ces deux questions en montrant comment Esclavageet Colonisation ont produit des images, des récits, des catégories, des hierarchies et comment défaire cet ordre du regard n’est pas effacer le passé ou accuser le présent.
William Adjeté Wilson Toussaint Louverture et le Révolution Haïtienne
Cette exposition est très ambitieuse puisqu’elle intègre le projet de recherche DETERRED qui étude les mécanismes de discrimination auprès de jeunes de 18 à 35 ans, dans l’éducation, la recherche d’emploi et de logement. Ce projet, très louable, avec beaucoup de panneaux à lire, de vidéos m’a semblé plus difficile à appréhender et j’ai zappé le compte-rendu pour me concentrer sur les oeuvres d’art plastique, difficile aussi de raconter les vidéos que j’ai regardées avec attention.
Le visiteur entre dans l’exposition, interpellé par le très grand tableau de Roméo Mivekannin : La Venus Hottentote : 3 portraits en pied de Saatjie Baartmann qui fut exhibée à travers l’Europe sans aucun égard pour sa dignité. Portraits? pas vraiment, puisque le peintre a substitué sa tête à la tête de la femme et il regarde le regardeur avec défi. Roméo Mikevennin qui traville entre la France et le Bénin a revisité des tableaux classiques comme Le Radeau de la Méduse. Il nous retourne son regard d’Africain sur des images habituelles.
William Adjeté Wilson : Les Négriers et la traite des esclaves
William Adjeté Wilson , également béninois montre Toussaint Louverture portant un drapeau vaudou.
Rayan Yasmineh : Le Calife (2023)
Rayan Yasmineh, né à Paris mais de mère Libanaise et père Palestinien nous conduit à Bagdad et confronte la chute de la ville sous les mongols et l’invasion américaine en 2003. Le fond en tissus de camouflage militaire est traversé par les personnages de miniatures orientales.
Malgorzata Mirga (Pologne) Out of Egypt 2021
En face le magnifique panneau textile raconte l’errance des Roms, patchwork et broderies à partir de tissus de la communauté et rappelle l’origine (mythique??) des gitans d’Egypte. Lila Loisse(Bruxelles) présente une installation sonore retrçant l’errance des Roms. Le petit tableau de Ceija Stijka, survivante des camps nazis montre les Allemands face aux roulottes . On retrouve les roulottes dans le tableau Caravanes sous deux cyprés, inspiré de Van Gogh mais traversé par une série de roulottes blanches.
les soeurs Chevalme : Mama Whita à la française
Dans un registre très différent, l’amusante installation des Soeurs Chevalmemontre un intérieur raffiné aux motifs de Toile de Jouy, vaisselle porcelaine. Curieux mortier et pilon décorés des mêmes motif. Il faut s’arrêter un moment et découvrir parmi les motifs des militaires en uniforme ,armés, et des barbelés.
Kara Walker (2005): Harper’s pictorial History of Civil War
Kara Walker – plasticienne américaine – raconte à sa façon la Guerre de Sécession utilisant les gravures du Harper’s pictorial History of civil War, publié en 1866 et en ajoutant des personnages qui détournent le récit originel. l’installation de 15 grandes gravures est tout à fait impressionnante.
Bouba Touré
Bouba Touré filme son appartement, colle des affiches illustrant « Aimer, Lutter, Vivre » avec des personnages célèbres comme Nelson Mandela, Obama, Allende, Jean Rouch,des femmes d’un village au Mali. On l’entend célébrer ces luttes et aussi les luttes des femmes anonymes.
La suite de l’exposition montre de très belles photos, des vidéos et même un extrait d’Atysdansé filmé par Cogitore (mais pas dans la version de l’Opéra Bastille). Difficile pour moi de tout décrire.
Cabane-bibliothèque d’Hamadine Kane
Pour conclure cette exposition , j’ai beaucoup aimé la Cabane-bibliothèqueorné de portraits au fusain d’écrivains, d’affiches, de couvertures de livres où j’ai retrouvé Ousmane Sembene,Jean Genet, Edouard glissant, Chester Himes. les livres sont posés en paquets ficelés, un tabouret suggère qu’on peut s’asseoir lire. Hamadine Kane est maurétganien-sénégalais, plasticien et réalisateur.
Je sors étonnée de toutes ces rencontres avec des artistes reconnus, exposés dans de grands musées comme le Louvre-Lens, dont je n’avais jamais entendu parler. Mettre en lumière ces artistes est aussi le rôle de Aux Origines pour décaler notre regard.
Avis aux amateurs de charcuterie, ou aux amis des animaux de la ferme : il sera fort peu question de cochons ici. Deux références : une ancêtre élevait des cochons, mais elle n’intervient pas dans le récit. Ces cochons sont une légende indienne et figurent dans le ciel sous forme de la constellation des Pléiades.
Périodiquement, je reviens à Barbara Kingsolver et toujours avec autant de plaisir. Dernièrement avec Demon Copperhead, CLIC qui revisite David Copperfield dans les Appalaches avec la crise des opiacées en filigrane.Il y a quelques temps avec Un autre monde CLIC entre Mexique et Etats Unis entre Frida Kalho, Trotsky et chasses aux sorcières. Quand j’ai vu Les cochons au paradis dans une boîte à livre je l’ai embarqué et commencé illico. C’est la suite de L’arbre aux haricots, lu, il y a bien longtemps.
Hockney Grand Canyon
Trois femmes, trois générations, Taylor qui travaille dans une boutique d’équipements automobiles, vit avec un musicien, sans se décider à l’épouser, femme active et libre. Turtle, 6 ans, adoptée dans des circonstances étranges très fusionnelle. Alice, la grand-mère, qui décide à la soixantaine de quitter son mari très ennuyeux et de vivre une vie nouvelle. Dans cette famille, les femmes sont fortes, indépendantes et ne comptent pas sur les hommes.
Black hills with Cedar O’Keefe
Turtle est témoin d’un étrange accident sur le barrage Hoover sur le Colorado. Elle sauve la vie d’un jeune homme. Cette histoire fait l’objet d’une émission de télévision d’Oprah Winfrey très regardée. Ce moment de célébrité ne va pas lui porter chance. Une avocate, militante des droits des Cherokees, reconnaît en la petite fille une Cherokee et va poursuivre Taylor pour adoption illégale. En effet, jusqu’à très récemment, des enfants indiens ont été enlevés à leurs familles pour être adoptés par des blancs. Elle va pourrir la vie de la mère et de la fille.
Je ne vais pas spoiler, je m’arrête donc ici.
Encore une fois, Barbara Kingsolver est une merveilleuse conteuse qui va entraîner le lecteur dans les grands espaces de Tucson à Las Vegas, et jusqu’en Californie. Canyon du Colorado, désert, du Kentucky à l’Oklahoma, nous allons suivre un road -trip haletant. Et aboutir au Paradis (Heaven, le nom d’une petite ville dans une réserve Cherokee). Là nous serons initiés à l’histoire, la culture cherokee. Passionnant.
Barbara Kingsolver nous transporte avec bonheur dans de nouveaux territoires avec leur histoire, leur culture. J’ai découvert à chaque reprise des horizons nouveaux.
Portrait de George Sand par Auguste Charpentier (1837 -1839)
On célèbre le 150 ans de la mort de George Sand. Depuis que nous nous sommes fixé le défi du Challenge des deux George, George Sand m’accompagne dans mes lectures et mes promenades. J’ai donc tenu à lui rendre visite dans la maison d’Ary Scheffer qui héberge de nombreux souvenirs, représentations de l’écrivaine et de ses familiers
Le musée a été rénové mais j’ai retrouvé les objets proches de George Sand, peut-être dans une autre vitrine: sa plume et le matériel pour la tailler et écrire, le moulage de la main de Chopin …mais j’ai défit des découvertes inattendues comme les dendrites paysages artificiels de la main de l’écrivaine et de Maurice
Dendrites
Des peintures de Maurice ont attiré mon attention, après l’écoute des podcasts de RadioFrance,
maurice sand
De même les nombreux portraits de Pauline Viardot, dont un petit peint par Maurice également :
Pauline Viardot peinte par Maurice Sand
En revanche, l’écoute de l’histoire de George Sand m’a fait prendre en grippe Clésinger dont plusieurs oeuvres sont présentées ici, pas de portrait de Solange.
Une découverte qui n’a pas de rapport avec l’écrivaine : la sculpture de Marie D’Orléans : deux élégants plâtres dont cette amazone qui m’a bien plu.
Marie d’Orléans : Amazone
Il me faudra revenir à une prochaine occasion, ce musée est très riche, trop riche pour tout explorer, surtout après une exposition.
Musée de la Vie romantique : salon de thé et jardin
Nous aurions aimé profiter du jardin et du salon de thé. Malheureusement, nous n’étions pas seuls. J’ai enragé de voir des tables occupées par des gens qui travaillaient sur leur ordinateur : aucune chance qu’ils nous cèdent une table.
A l’occasion du 400ème anniversaire de la naissance de Marie de Rabutin-Chantal (1626-1696), une exposition se tient comme une évidence au Musée Carnavalet. Madame de Sévignéest chez elle dans son hôtel où elle s’est installée en 1677 situé au 23 Rue de Madame de Sévigné
Hôtel Carnavalet vers 1740
Elle est née tout près d’ici, Place Royale, actuellement Place ds Vosges. Elle a grandit dans le Marais, s’y est mariée dans l’église Saint Gervais
Madame de Sévigné vers 1645 Jean Nocret
Madame de Sévignéfréquentait les salons littéraires. Des portraits de Ninon de Lenclos, de Madame de Scudéry, de Mademoiselle de Montpensier illsutrent cette vie intellectuelle et politique avec la Fronde
la Grande Mademoiselle
Madame de Sévigné, dans sa correspondance a fait une chronique politique (et mondaine) racontant la vie à la Cour, l’arrestation de Fouquet, le suicide de Vatel et la vie parisienne. C’est donc une vraie leçon d’histoire qui se déroule sous nos yeux. On peut écouter la lecture de certaines de ses lettres. On voit son écriture, si claire et lisible.
Bains dans la Seine devant le Pont Rouge
Vie de cour, mais aussi vie quotidienne comme ces tableaux des Bains dans la Seine devant le pont rouge et du Marché aux Fleurs
Je chronique plustôt les films sur mon blog Toiles Nomades mais la sortie très discrète de ce film soudanais début Aout dans 3 salles parisiennes seulement, m’incite à doubler cette chronique ici pour encourager ce film excellent. Oubliez De Gaulle ou l’Odyssée et courrez voir Cotton Queen avant qu’il ne disparaisse des écrans.
On parle peu du Soudan, on le montre encore moins dans les médias malgré une guerre très meurtrière qui n’intéresse personne. On parle encore moins du cinéma soudanais ; et pourtant, tous les films soudanais (ou à propos du Soudan) que j’ai vus m’ont beaucoup plu : Soudan souviens-toi(Hind Meddeb) Tu mourras à Vingt ans (Amjad Abu Alah) Talking about trees (Souheil Gasmelbari) et Goodbye Julia (Mohamad Kordofa). Je les cite tous parce qu’ils ont eu aussi une sortie éclair et auraient mérité plus de buzz.
J’étais partie avec des idées de guerre civile, de ruines et de femmes voilées. Erreur!
Le film montre des femmes magnifiques, prises entre tradition et rêves d’adolescentes dans une campagne bucolique au bord du Nil. Des jeunes filles cueillent à la main du coton en chantant, elles se baignent dans le fleuve, rêvent comme toutes les adolescentes au prince charmant. Nafisa, l’héroïne, écrit des poèmes à son amoureux qui lui offre des oignons….
la Reine du cotonc’est une autre Nafisa, la grand-mère, Al-Sit, la dame, qui règne dans la cour et qui file son coton sur une quenouille antique. Al-Sit est un personnage, elle possède des champs qu’elle cultive traditionnellement pour obtenir un coton vierge et pur, tellement pur que seules des jeunes filles vierges sont autorisées à cueillir. Si son champ est si fertile c’est que l’engrais provient des cadavres des Anglais que Nafisa, dans sa jeunesse aurait tué. Al-Sitserait une héroïne de la décolonisation.
Survient le Businessman, un commerçant qui veut acheter le champ de Al-Sit et commercialiser des graines de coton OGM. Pour les parents de la jeune Nafissa, c’est aussi un très bon parti. La mère de Nafissa met tout en oeuvre pour marier sa fille – même de la magie.
A côté de l’intrigue principale, surgissent des scènes pittoresques : l’arrivée des vieilles acheteuses de coton, un spectacle de marionnettes, avec toujours le fil de coton, et suggérée ou explicitée l’excision des jeunes filles, leur liberté impossible. Je n’ai npas toujorus compris mais c’est passionnant.
Stéphanie Perez est un visage connu du Journal télévisé, Grand reporter pour France Télévision, elle commente les guerres en Ukraine comme au Moyen Orient. Au salon Créteil en Poche, elle a animé une rencontre en compagnie de Delphine Minoui. Les deux journalistes ont raconté leur expérience sur le terrain et comment sont nés ces romans quand la réalité dépasse la fiction. Images de reportages se succèdent dans le poste de télévision, dates, chiffres, écrasent l’impression de l’information précédente.
« des conflits sans issue, pour les guerres qu’on ne savait même plus définir. La leur, en Syrie, était devenue illisible. Pas de récit clair, pas de héros surgissant drapeaux au vent pour vaincre les méchants. À la place : des milices désorganisées, des fous de Dieu, des bourreaux en uniforme. Des hommes qui tuaient au nom de l’ordre, d’autres au nom de la foi. Des traîtres et des lâches, la violence partout. Comment résumer ce chaos en deux minutes de journal télévisé, entre le prix de l’essence et la météo du week-end ?«
J’ai besoin de personnages, d’histoires, d’individus, besoin de me projeter dans leur quotidien même s’il est misérable comme dans la bataille qui a fait rage à Alep dans les années 2016 et suivantes. Un roman pour donner de l’humanité, là ou chiffres de victimes s’additionnent aux destructions.
Là où cela se complique, dans cette guerre terrible, c’est que l’humanité va s’incarner dans un personnage inattendu : Zaatar, un chien au nom parfumé. Et sa présence va redonner vie à une petite communauté, à des familles qui ne se seraient pas parlé : des chrétiens, des musulmans, un pianiste, un tailleur…
« Il ne faut pas abandonner. Je vais faire une comparaison qui va peut-être vous faire sourire : moi, le tailleur, je dirais que la foi, c’est comme un tissu. Parfois, la vie le déchire. Mais on peut toujours le repriser. Même si ce n’ est pas parfait. Maya eut un sourire las. — Et en ce moment les coutures craquent un peu, c’est cela que vous voulez me dire ? »
J’ai pensé à un autre livre très tendre où une chienne consolait un enfant malheureux : Bel Abime deYamen ManaiCLIC
Grande tendresse, grande émotion, sans oublier la réalité douloureuse de la population syrienne coincée entre Daech et les sbires de Bachir El Assad, entre torture et exil. Et pourtant, même sous les bombardements et les snipers, même avec la peur, des habitants vivent, écoutent de la musique, s’entraident.
J’ai adoré Les Passeurs de Livres de Deraya de Delphine Minoui.
Quand j’ai lu le programme de Créteil en Poche j’ai choisi la rencontre avec Delphine Minouiet Stéphanie Pérez deux journalistes présentant des ouvrages de la même veine, retour de reportages dans des zones de guerre, romans imaginés à partir de rencontres. Delphine Minouia présenté Badjens sans trop en dire. Ce qui a excité ma curiosité.
Badjens seize ans en 2022 quand la mort de Mahsa Amini a déclenché le mouvement Femme, Vie, Liberté. Badjens, veut dire « insolente, effrontée, mauvais genre ». c’est un surnom affectueux que sa mère lui a donné. Mauvais genre, parlons-en, si genre désigne le masculin/féminin, naître fille est vraiment naître dans le mauvais genre. D’ailleurs, Badjens n’aurait pas du naître du tout, dès l’échographie de sa mère, elle n’était pas bienvenue.
« Je me suis reprogrammée. Il y aura un dedans et un dehors. La vie imposée et la mienne. »
Badjens raconte l’enfance et l’adolescence d’une jeune fille voilée à l’école et dans l’espace extérieur mais terriblement moderne à la maison. Elle cherche des contacts sur Internet, sait jongler avec les VPN, se maquille et a même une vocation de tatoueuse. On n’imagine pas comme la contrainte aiguise l’imagination et l’habileté de celles qui cherchent la liberté.
Si notre génération n’a aucun pouvoir, elle a au moins l’esprit de contradiction.
On pense bien sûr à Persépolis (2003) et à Femme, Vie, Liberté de Marjane Satrapi CLIC . Badjens est un roman de lecture agréable qui se lit très bien. Et sous les missiles et bombes, n’oublions pas les jeunes filles et les femmes iraniennes qui subissent une double oppression!