Pour ses études sur les minorités, arméniens et kurdes, elle a subi les persécutions du régime turc et a même fait l’objet de poursuites judiciaires dans son pays. Elle a donc fui la Turquie et réside maintenant en France et enseigne à Nice à l’Université côte d’Azur.
Le titre un peu bizarre et la figure de Nana de Niki de Saint Phalle m’ont bien plu : Zinzine féminin de zinzin, Pinar Selek n’hésite pas à féminiser cette expression rigolote. Sûr que ce n’est pas un bouquin sérieux! Plutôt une aimable fantaisie féministe, militante et joyeuse qui se lit vite et bien. lecture facile, distrayante.
le jeu parano. Le jeu pour sortir des filets des grandes entreprises. Le jeu d’installer des jardins secrets. Le jeu du Stand qui allait se transformer en une belle histoire.
Azucena nous entraîne dans Nice, loin des plages et de la Promenade des Anglais dans un quartier populaire occupé par des gens de bonne volonté.
Manu, qu’est-ce que tu penses de Blanqui ? Que vous ayez choisi cette place… C’était un chouette hasard. Notre Stand est sur une place qui porte le nom d’un révolutionnaire qui a consacré sa vie à la liberté. Bien entendu, c’est très différent. On essaie de changer le monde sans recours à la violence ni aux structures hiérarchiques.
Azucena tient un stand de paniers de légume d’une coopérative maraîchère. Parmi ses amis Alex, le Prince des Poubelles est bulgare, Gouel, Chanteur des rues irlandais, les commerçants du quartier sont impliqués, et il y a aussi les cheminots syndiqués, un certain nombre de sans-papiers qu’on devine dans l’ombre. Sans parler des chiens, avec collier mais sans laisse. Mais pourquoi les fourmis?
C’est de nous qu’ils ont le plus peur. Parce qu’on devient autonome, on s’enracine là où on se trouve et on creuse des galeries comme des fourmis. Nous restons invisibles et quand ils nous remarquent, il est trop tard. Tu crois que les fourmis peuvent tenir tête aux supermarchés, aux multinationales ?
Une vie loin du conformisme : certains sont SDF, sans domicile fixe, oui mais pas du tout clochardisés. Gouel vit dans un bateau qu’on lui prête, Azucena passe ses nuits dans le Train Bleu, le train couchette Paris/Nice avec la bénédiction du chef de train. Quand d’autres possèdent des appartements ce n’est pas pour s’y installer mais plutôt pour les vendre….Ils sont loin de la société de consommation même posséder, être le maître d’un chien, est discutable. Les trésors d’Azucena : une carte postale deux vinyles.
Si on voulait résumer en quelques mots le livre, le premier qui me vient serait solidarité. Et le second, amour, un amour sans possession, un amour qui inclut les chiens, le sentiment amoureux mais aussi la tendresse. Résumé ainsi, on se croirait presque chez les bisounours, ce serait oublier le tragique de la Guerre d’Espagne dont Azucena veut conserver la mémoire, celui du génocide arménien et tous les drames des exilés.
Et puis, il y a Leonard Cohenet Suzanne, parce qu’Azucena c’est aussi Suzanne….
Bakhita, estnée dans le Darfour en 1869 et a été enlevée à 7 ans au cours d’une razzia, elle a marché des centaines de kilomètres à pied dans la savane, la forêt souvent enchaînée. Sa survie, elle la doit à Binah une autre fillette-esclave « je ne lâche pas ta main » ensemble, elle se soutiennent, elles vont même s’évader, ensemble elle seront reprises, vendues.
Bakhita verra d’autres fillettes-esclaves mourir sous ses yeux, elle ne pourra pas sauver le bébé que sa mère ne peut pas nourrir ni faire taire, ni Yebit sous les mains de la tatoueuse. Elle est vendue à plusieurs reprises, domestique ou même jouet pour les petites filles, abusée par leur frère…
Fillette-esclave, j’avais commencé cette histoire à la suite de la lecture de Paradise d‘Abdulrazzak Gurnah l’histoire d’un garçonnet vendu pour dette en Tanzanie. Cette première partie du livre De l’esclavage à la liberté est éprouvante. Aucun répit pour la petite fille qui subit ses épreuves avec courage mais passivité. Survivre est déjà un exploit.
Je ne savais pas que Bakhitan’était pas un roman mais une histoire vraie. Je ne savais pas non plus qu’elle est devenue une sainte canonisée en l’an 2000 après être devenue religieuse à Venise en 1890 puis à Schio.
Sauvée par un consul italien qui l’a achetée à 14 ans pour la libérer, elle le suit en 1885 après la révolution mahdiste. Il la donne comme domestique à un couple d’amis ; elle devient la nourrice de leur petite fille.
La deuxième partie du livre De la liberté à la sainteté m’a d’abord moins intéressée. J’ai eu du mal avec cette vie édifiante au couvent, trop exemplaire pour que j’accroche. Un aspect m’a beaucoup intéressée : l’exploitation de la popularité de la Moretta dont la couleur de peau effraie, repousse les italiens mais que la personnalité fascine, dans l’entreprise coloniale italienne en Afrique.
« Bakhita est acceptée au noviciat. Elle n’est ni une conquête ni un trophée mais une confirmation : l’Italie catholique sauve les esclave »
puis quand le livre de sa vie est publié
« Quand elle se confiait à Ida Zanoli, elle ignorait que cela ferait un livre et que ce livre on lui demanderait de l’offrir à un chef de guerre »
« C’est l’Afrique qui fait rêver le Duce et le peuple à genoux, l’Afrique des barbares et des mendiants pouilleux dont la conquête rendra aux italiens leur honneur et leur puissance. L’Afrique dont on fait des cartes postales, des des romans […]alors pourquoi pas un feuilleton de l’histoire terrible de Madre Giuseppina anciennement Bakhita »
Toute l’histoire de l’Italie dans la première moitié du XXème siècle s’inscrit en filigrane. Bakhita est illettrée mais fine, elle perçoit les horreurs en Afrique, les bombardements en Lybie, puis plus tard l’usage des gaz en Ethiopie. Finalement, le racisme et l’antisémitisme chasse sa meilleure élève qui est juive.
Sous les cabanes de KawamataJens nous a fait la lecture de Nos Cabanes de Marielle Macé. Je me suis empressée de télécharger le livre sur ma liseuse.
Marielle Macém’a fait découvrir les Noues de son Pays Nantais
Une noue est un fossé herbeux en pente douce, aménagé ou naturel (l’ancien bras mort d’une rivière par exemple), qui recueille les eaux, permet d’en maîtriser le ruissellement ou l’évaporation, de reconstituer les nappes souterraines et de ménager les terres. C’est un abri végétal qui limite la pollution, et s’est mis à protéger des inondations les villages
Les noues, les noës comme autant d’arches, arches d’eaux vives et de pratiques, où conserver non pas des choses mais des forces, où faire monter des inquiétudes, des pensées, des combats.
J’ai adoré cette découverte très personnelle qui conduit le lecteur dans l’ombre portée de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes, cabanes en lutte, cabanes revendicatives mais aussi invention d’un autre vie
Faire des cabanes : imaginer des façons de vivre dans un monde abîmé. Trouver où atterrir, sur quel sol
rééprouvé, sur quelle terre repensée, prise en pitié et en piété. Mais aussi sur quels espaces en lutte, discrets ou
voyants, sur quels territoires défendus dans la mesure même où ils sont réhabités, cultivés, imaginés, ménagés
plutôt qu’aménagés.
Les cabanes de Marielle Macé sont des cabanes militantes, des cabanes collectives, imaginatives ce ne sont pas des cabanes d’enfants ou de vacanciers, encore moins des cabanes de bidonville (quoique!). Ce sont parfois des cabanes de papier, de pensée, d’amitié…
Et l’enjeu est bien d’inventer des façons de vivre dans ce monde abîmé :
Nous sommes cosmopolites mais pratiquons le local : dans des sphères restreintes et de fait habitables, nous façonnons des objets qui nous ressemblent, puis nous les partageons.
peut bâtir comme on jardine (cela demande de mêler architecture pérenne et architecture provisoire, de ne pas tout vouloir « installer
Et puis dans Le Parlement élargi l’autrice nous entraine dans le sillage d’artistes comme Giuseppe Penone,ou dans les paysages acoustiques de Bernie Krause, de poètes comme Ponge qui fait entendre l’eau, l’arbre, s’adresse à eux, leur pose des questions….Bailly pour quoi les animaux « conjuguent les verbes en silence » pour les plus connus. Elle ouvre des possibles, des rencontres . Et, une repolitisation du lien, un point de vue différent . Peut-être celui d’une nouvelle génération, celle des zadistes, des hommes des cabanes? Pour réenchanter un monde dévasté où les oiseaux ne chanteraient plus?
Je ne connaissais pas du tout Eugène Leroy j’avais juste vu les affiches dans le métro et je n’étais pas convaincue. C’est l’article dans le blog des Lunettes rouges qui a attiré mon attention. Et j’ai passé une matinée, fascinée.
L’exposition est thématique, des œuvres d’époques différentes se côtoient, certaines portent une date, certaines deux, le tableau a été revisité peut être vingt ans plus tard.
Leroy Valentine
Même modèle. Evolution dans le tableau qui a subi des empâtements
Leroy Valentine
Face aux portraits de Valentine ceux de Marina. Le modèle disparait sous les couches de peinture. Une femme blafarde émerge
Une démarche analogue s’applique à la section suivanteAprès les Maîtres
Leroy 1943 : La Parabole des Aveugles
Si les tableaux présentés ici sont loin de l’académisme, Leroy connaît les peintres, s’en inspire, les revisite. En 1943 sa peinture est ici très figurative. il ne copie pas le tableau de Breughel, on voit encore les personnages.
Leroy : La Ronde de Nuit d’après Rembrandt
On ressent une parenté dans l’éclairage, l’atmosphère. Il faut prendre du recul Giorgione est aussi revisité dans le Concert Champêtre – thème qui occupe toute une section .
Leroy Le concert Champêtre
le Concert Champêtre a tant de relief que je m’approche, essaie de l’aborder de profil par la tranche comme une sculpture.
Nus
Leroy : Les Trois Grâces
Avec les Trois Grâces toute une série de nus, debout, couchés, assis « bleus », « jaune »
Leroy Nu bleu
D’une sorte de magma de couleurs émerge une figure blafarde. Je m’assois sur le banc pour les voir surgir avec plus de netteté. Ces silhouettes informes au premier regard semblent venir vers moi.
Portraits
Leroy : autoportrait
Une grande salle est remplie de têtes, autoportraits : tableaux très sombres qu’il faut apprivoiser. Ils sont très expressifs. Un regard ébahi, halluciné sort de l’ombre, le haut du visage caché.
Fleurs, arbres, paysages
Les fleurs sont très colorées. Un rouge vif jaillit du tableau. J’ai proféré les arbres et les troncs.
Crucifixions
Leroy Crucifixion
Peintes autour des années 50, elles sont plus figuratives et moins épaisses.
Après toutes ces séries sombres la suite de l’exposition se trouve dans de grandes salles blanches avec un éclairage zénithal. De nombreux petits paysages , ciels et marines sont alignés. Les paysages sont frais et lumineux. On ne croirait pas qu’ils sont l’œuvre du même artiste. Tous sont datés des années 50 ou 60.
L’exposition se poursuit dans ces salles très claires mais déclinent encore de grands tableaux très épais, empâtés, encroutés avec beaucoup de brun et de noir. Retour à Giorgione et à Vénus. j’ai choisi la Vénus jaune
Venus jaune 1992
C’est une exposition surprenante. Il faut du temps et de la disponibilité pour se laisser attirer par cette peinture difficilement lisible, peu aimable. Elle incite à la méditation : Il faut laisse le sujet venir au spectateur.
Je connaissais le sculpteur des jardins des Tuileries, les petites statuettes de Banyuls, les grands monuments de pierre mais pas du tout le peintre ni le décorateur, céramiste et dessinateur de cartons de tapisseries. L’exposition d’Orsay dévoilent des facettes inconnues de Maillol.
Maillol 1884 – Autoportrait
Avant d’être sculpteur, Aristide Maillol se destinait à la peinture étudie chez Cabanel, admire Puvis de Chavanne et Gauguin. Il peint des portrait de profil sur un fond coloré décoratif, fleurs ou branches de figuier
Maillol 1889 – La Couronne de fleurs
Avec ses amis nabis, il s’intéresse au renouveau de la tapisserie
Carton pour une broderie : le concert
s’essaie à la céramique, on voit une belle fontaine blanche et bleue. L’exposition montre diverses étapes du travail, les dessins, le carton et la tapisserie. C’est d’ailleurs une brodeuse Clotilde qui deviendra son modèle et sa femme.
Danseuse dans le tronc d’un poirier
Sous l’influence de Gauguin il traite le sujet des baigneuses et des lavandières. je suis surprise par la posture acrobatique de la femme très blanche dans La Vague : ayant lu le titre du tableau, je le regarde autrement, je regarde la vague et comprends le mouvement de la baigneuse
Maillol : La Vague
L’exposition présente les sculptures de Maillol entourée des tableaux des nabis : Vuillard et Rodin ont peint des natures mortes avec des statuettes. Maurice Denis fait figurer le buste de Marthe Denis sculpté par Maillol.
Maillol : Léda
Maillol le Catalan
Ripl Ronai : Aristide Maillol
Un film montre Maillol déjà vieux avec une longue barbe blanche dans son environnement de Banyuls, il se promène dans les vignes, discute en catalan avec un berger, dessine des feuilles de figuier…..
Je ne me lasse pas de regarder les petites statuettes d’argile qui me parlent plus que les bronzes pourtant très beaux, trop beaux, ou que les sculptures monumentales.
Maillol : l’Air monument commémorant un accident d’avion
je suis étonnée de voir que pour les commandes de monuments à Debussy, Cezanne ou Blanqui, Maillol choisit de représenter des corps féminins.
Une exposition fascinante dans le bestiaire fantastique du littoral, filmé sous l’eau avec cet équipement baroque ou au laboratoire en microphotographie.
puce
J’ai perdu la conscience du temps qui passe en regardant les films de Painlevé : La Pieuvre, Les Daphnies, Le Vampire, L’Oursin, Crevettes…filmés de loin, de près, de très très près, grossis 150.000 fois. Et j’ai découvert des animaux dont je n’avais jamais entendu parler : Aceras, (mollusque)Hyas et Sténorinques(crustacés), j’ai vu se déployer des Spirographes.
Certains films datent de 1929, d’autres sont beaucoup plus récents comme la Transition de phase des cristaux liquides, en couleur, presque de l’art abstrait (d’ailleurs pourquoi ai-je écrit presque)?
Des tirages Noir&Blanc d’une grande beauté, non dépourvus d’humour comme ces pinces de crustacés qui évoquent un profil (il y en a une autre où la pince de homard ressemble à De Gaulle).
J’ai pensé au temps jadis où la sortie du projecteur Super8 en classe déclenchait l’enthousiasme des élèves pas encore saturés d’Instagram et de documentaires animaliers pompeux. Loin des opéras filmés qui hantent les programmes télévision. Du cinéma slow, sobre, mais tellement bien filmé, du soin, de l’humour, de la précision, de l’observation, de la science quoi!
Après avoir passé le canal nous allons piqueniquer à la Poudrerie . Imaginée par Napoléon III, a proximité du Canal de l’Ourcq et de la voie ferrée, éloignée des centres d’habitation à cause des risques d’explosion, elle a été en fonction pendant un siècle de 1873 à 1973. Actuellement, la plupart des bâtiments ont disparu. On peut juste imaginer les 3000 ouvriers qui y travaillaient. Les rails inclus dans les allées pavées ou cimentées rappellent que circulaient des wagonnets et même des trains. Autre souvenir : les mares destinées au refroidissement et les merlons qui protégeaient les autres installation d’une explosion accidentelle : une chanson : La chanson du poudrier rappelle les risques du métier. Un musée est installé dans les bâtiments qui subsistent mais il est fermé.
La promenade en sous-bois nous mène dans des quartiers habités de Sevran. Je reconnais le quartier Montceleux où nous avions été accueillis en 2018. Le maraichage est tenu par Le Jardin Aurore (agriculture biologique distribution circuit court). J’ai le grand plaisir d’apprendre que le projet de méga piscine à vaguesqui devait noyer une grande parcelle de terre agricole et peut être les maraichers, est abandonné : pharaonique, inutile, anti-écologique et surtout impossible à mettre en eau en période de sécheresse. victoire du bon sens! Nous grimpons sur la Butte Montceleux d’où on jouit d’un panorama très étendu jusqu’à Paris : Tour Eiffel, Sacré Coeur, La Défense….Observation en musique : un groupe de 5 jeunes hommes répèpaysagte dune chorégraphie pour le mariage de l’un d’eux. C’est très sympathique.
Nous rejoignons enfin le Canal de l’Ourcq espérant un peu plus d’ombre et de fraîcheur. Mais il y a encore une visite : La Friche Kodak : grand terrain laissé libre à la fermeture des usines Kodak. Libre mais pollué avec tous les métaux et les produits chimiques qu’on imagine pour le développement des photos mais aussi des film radio et des microfilms. Impossible de cultiver quoi que ce soit ou de construire de peur des contamination. On a donc décidé de faire de cette friche un parc ouvert à tous, mais un parc dans lequel les paysagistes et jardiniers n’interviendraient qu’à minima. Expérience pour voir comment la flore et la faune vont reprendre leurs droits. Pour les paysagistes ces paysages ont un nom :le tiers paysage et » les étudiants apprennent à ne rien faire »
C’estGilles Clément (paysagiste du jardin Rayol) qui a énoncé ce concept.
Ici aussi, le livre de Marielle Macé : Nos Cabanes illustre
« Les noues touchent à ce « tiers paysage » que Gilles Clément a mis en valeur. Ces milieux qui émergent sans programme et vivent en marge des zones d’aménagement urbain ou d’exploitation agricole, ces fragments du « Jardin planétaire » constitués par l’ensemble discontinu, en liberté, indécidé, et très pluriel, des lieux délaissés (« délaissés urbains », c’est comme cela qu’on les appelle, mais aussi friches, talus, landes, lisières…) qui accueillent une diversité écologique surprenante,
Car le tiers paysage n’est pas exactement quelque chose que l’on aménage, c’est quelque chose que l’on ménage. Ménager plutôt qu’aménager. Jardiner les possibles, prendre soin de ce qui se tente, partir de ce qui est, en faire cas, le soutenir, l’élargir, le laisser partir, le laisser rêver.
Tiers paysage comme tiers état et pas comme tiers monde, précise Gilles Clément. « Espace n’exprimant ni le pouvoir ni la soumission au pouvoir. »
Et de revenir aux phrases prononcées par l’abbé Sieyès en 1789 :
Qu’est-ce que le tiers état ? – Tout.
Qu’a-t-il été jusqu’à présent? – Rien
Que demande-t-il? A être quelque chose.
Saules et peupliers prospèrent, pyracanthes aussi (d’où proviennent-Ils) les peupliers du temps de Kodak sont très hauts. On a planté des cerisiers (tuteurs) . pas d’allées tracées, seulement celles que les pas des promeneurs ont piétinées.
Un beau terrain d’aventure pour les gens de Sevran!
Après la Friche nous retournons sur le Canal pour des explications historiques : c’est son anniversaire quand même!
Le Canal de l’Ourcq fête sonbicentenaire occasion de retourner s’y promener et de s’intéresser aux communes qu’il irrigue : Tremblay-en-France, Sevran et Aulnay-sous-bois.
Tremblay-en-France
Une dame de la Mairie de Tremblay nous fait la visite guidée, tout de suite, elle nous parle « des bois » – vestiges des légendaires bois de Bondy infestés par les bandits? Ou bien le nom de Tremblay sonne-t-il comme tremble, espèce voisine du peuplier qui borde le Canal? ou même la silhouette de la commune sur la carte étalée sur le trottoir qui figure un arbre. On s’attendait à une banlieue de triste béton et on découvre une ville qui s’est construite à l’ombre de magnifiques hêtres et chênes dont l’Office National des Forêts prend encore soin. Autrefois, dans les années 70 ou 80, on empruntait encore des sentiers sous les arbres pour aller à l’école, à la gare, à la piscine….le XXIème siècle, sécuritaire, a dressé des grilles, équipé les portails de digicode, abattu les passerelles piétonnières….Il faut maintenant contourner les copropriétés et faire de longs détours.
cabanes perchées de Kawamata
On fait donc le détour pour découvrir le Parc de Tremblay, hautes futaies, mare avec des roseaux (plutôt à sec en cette année de canicules), de belles allées sont bordées de ganivelles pour éviter les piétinements intempestifs.
Nous cherchons les cabanes perchées du plasticien Tadashi Kawamata 21 cabanes, des « nids » et des nichoirs à mésanges, œuvre des enfants des écoles, composent cette installation appelée « Bain de Forêt ». les Japonais pratiquent le bain de forêt à but thérapeutique et cette pratique essaime en Europe aussi. Tadashi Kawamata est un artiste reconnu mondialement, il a construit ses cabanes au Centre Pompidou-Beaubourg, au Canada, à New York, en Belgique….Ces installations ne sont jamais gratuites ni coupées de la population. Elles ont été construite en matériel local (planches) en concertation avec les habitants. Aucun accès pour parvenir à la cabane perchée, ni échelle, ni corde. Les seuls occupants seront les oiseaux. Peut être vont-elles se dégrader? C’est fort probable, et prévu, aucune pérennité n’est exigible d’une cabane. Jeu philosophique entre la précarité de ceux qui occupent généralement les cabanes et la fonction d’abri provisoire…Enfants qui construisent des cabanes mais qui les abandonneront quand ils seront adultes, réfugiés, cabanes de misère des bidonvilles. Ces cabanes ne sont pas vouées à l’éternité.
Cabanes perchées de Tadashi Kawamata
Trois cabanes au dessus de nos têtes, Jens sort un petit livre jaune : Nos Cabanes de Marielle Macé (Verdier, éditeur) et nous en lit quelques passages:
Faire des cabanes : imaginer des façons de vivre dans un monde abîmé. Trouver où atterrir, sur quel sol rééprouvé, sur quelle terre repensée, prise en pitié et en piété. Mais aussi sur quels espaces en lutte, discrets ou voyants, sur quels territoires défendus dans la mesure même où ils sont réhabités, cultivés, imaginés, ménagés plutôt qu’aménagés.
Faire des cabanes en tous genres – inventer, jardiner les possibles ; sans craindre d’appeler « cabanes » des huttes de phrases, de papier, de pensée, d’amitié, des nouvelles façons de se représenter l’espace, le temps, l’action, les liens, les pratiques. Faire des cabanes pour occuper autrement le terrain ; c’est-à-dire toujours, aujourd’hui, pour se mettre à plusieurs…..
anneau de jeu
Le sentier débouche sur une perspective,. D’un côté, un très agréable café-bibliothèque, Café Cosy avec des chaises-longues et surtout des livres passionnant dont un beau livre d’art montrant les réalisation de Kawamata à travers le monde, parmi des guides de permaculture, de bricolage du bois….
A l’intérieur du tunnel
En face : l‘anneau de jeu destiné aux enfants que nous ne dédaignons pas. De l’extérieur on ne peut pas deviner les épreuves qui nous attendent.
nouvelle épreuve dans l’anneau
l’inclinaison du parquet nous déstabilise, à quelle hauteur nous trouvons nous? comment ressortir?
j’aurais dû laisser mon sac en bas, il faut ramper! choisir les toboggans? ou des escaliers traîtres qui me forcent à m’asseoir?
Jens a préparé toute une étude sur les aires de jeu : historique remontant à 1830- 1850 Kindergarten en Allemagne, terrains de sport en Angleterre. L’aspect du jeu dans la pédagogie est fort intéressante. Le jeu en plein air est très exploité dans les pays scandinaves. En France, les aspects sécuritaires et juridiques brident l’imagination des pédagogues, et des constructeurs.
Cet anneau conçu par Willemin Architecture Landscapeet Egis est particulièrement réussi.
La dame de la Mairie nous entraîne vers des endroits remarquables de la ville : un théâtre, un cinéma datant des années 30 fonctionnant encore comme salle Arts et Essais dédié à Jacques Tati (fresque Street Art C215)
Passage du témoin entre générations : celle du père, Michel, Juif Polonais révolutionnaire, qui, déjà, a reçu le témoin du grand-oncle qui avait milité auprès de Rosa Luxemburg. J’ai rencontré autrefois ces ouvriers tailleurs, militants communistes, résistants. J’ai lu le chapitre racontant les luttes du père avec beaucoup de sympathie.
Le parcours de l’auteur Roland (à cause de Romain Rolland) renvoie à une histoire récente : fin de la guerre d’Algérie, luttes anticolonialistes, des lycéens de Jacques Decour, où les leaders de Mai 68 ont souvent fait leurs classes. Etabli en usine, avant même ses 20 ans, il a choisi très jeune le Trotskisme contre la CGT. J’ai lu avec beaucoup d’intérêt son récit de Mai 68, récit d’un ouvrier syndicaliste très politisé et non pas d’un étudiant.
La suite du livre est le récit de ses luttes syndicales au sein de nombreuses entreprises : Idéal Standard, Girosteel, Chausson, D’aucy, Vallourec, Continental….et j’en passe. On y apprend le travail d’un délégué syndical, organisation des travailleurs, organisation d’une grève au plus proche du quotidien des luttes. En cela, ce livre est un témoignage précieux d’une histoire contemporaine qu’on connait racontée par les médias.
Cependant, l’accent est souvent mis sur la « perversité » de la CGT. Beaucoup d’énergie dans cette opposition entre révolutionnaires trotskistes et communistes. C’est répétitif et cela m’a un peu lassée.
En revanche, j’attendais plus d’analyse théorique. Pourquoi le choix du trotskisme, de Lutte Ouvrière plutôt que la LCR? Comment s’articule le militantisme entre syndicalisme et parti? Comment fonctionne Lutte Ouvrière? Je suis restée sur ma faim.
Tout d’abord le plaisir de retrouver le Voyage Métropolitain que j’avais perdu de vue avec le Covid et les confinements! Toujours le même entrain, la même convivialité et des intervenants passionnants le plaisir du partage et de la découverte.
Comme d’habitude, Jens déplie ses cartes, celle de la région, celle du schéma directeur de Delouvrier (1965) correspondant à la création des villes nouvelles. Evry est sortie des champs à côté d’un petit village dans la vallée de la Seinn entre la Nationale 7, l’Autoroute du Soleil, une ville à imaginer : un plan original en X relié par un autobus en site propre reliant les quartiers, avec au centre la gare du RER D (qui était aussi à construire).
la voie de l’autobus passe sous une sorte de porche
Une ville avec une préfecture, une université, des entreprises, certaines innovantes, des emplois. Des quartiers d’habitations, une nouvelle population à loger. Un réseau de transport performant, voire révolutionnaire, ne faisant pas appel au tout-voiture. Des circulations sur 3 niveau, le niveau intermédiaires étant celui de l’autobus, les quartiers s’ouvrant sur une ville piétonnière. La ville idéale?
Frank, enseignant en arts plastique, en est tombé amoureux. Il vante sa ville, où il enseigne, où il vit depuis des décennies. Lucide il relève l’ anomalie : les habitants ne travaillent pas sur place, on observe un chassé croisé de travailleurs qui ne correspondent pas aux emplois que la ville offre. Emplois très qualifiés pour une main d’œuvre qui l’est moins. Résultat, une ville peu animée, les habitants rentrant tard après leur travail et leur déplacement n’ont guère envie d’aller boire un pot au bistro! Inversement les travailleurs préfèrent rentrer chez eux. Des fastfoods, oui mais peu de convivialité.
Malgré toutes les bonnes intentions des urbanistes et architectes, la mayonnaise n’a pas pris, faute aux crises pétrolières, avant 1973 l’argent était facile, on a commencé par financer les animations sur l’Agora, puis les moyens financiers n’ont pas suivi. Il en résulte un centre un peu étrange : un théâtre ouvert sur la ville, et sur le Centre commercial qu’on est en train de rénover avec des projets de restaurants (comme à Créteil-Soleil) et un chantier peu lisible pour les visiteurs. Dommage! Pourtant le théâtre est une Scène Nationale avec des programmes ambitieux et une municipalité très désireuse de favoriser le secteur culturel.
Le Bâtiment creux
De l’Agora, nous passons le long d’une grande Patinoire (encore un projet ambitieux) sur un cheminement perché au dessus de parkings. Un petit jardin en contre-bas est condamné à brève échéance, délaissé peut-être pour des raisons sécuritaires. Plus haut, on découvre encore un autre jardin bien caché (jardin zen où se déroulent des activités de yoga ou de méditation). Ce serait un très joli coin pour respirer mais il est fermé, cadenassé quand il n’y a pas d’activité. Une longue barre d’habitations borde le cheminement, le Bâtiment Creux, très original, mais il faut être plus loin pour l’apprécier. En face un bas relief en céramique rappelle l’histoire de la construction de la Ville Nouvelle : c’est le grutier.
Le Grutier
Une passerelle enjambe la route de l’autobus : surgissent les Pyramides, 6000 logements prévus, 2000 construits.
Le Voyage Métropolitain à la découverte des Pyramides
Les architectes, Michel Andrault et Pierre Parat, ont imaginé des logements qui s’ouvriraient sur une grande terrasse avec des jardinières en béton permettant de végétaliser l’ensemble (il y a la même à petite échelle au lac de Créteil). L’ensemble est très bien pensé, les pyramides sont construites en dégradé, les plus hautes près de la passerelle s’échelonnent avec des moyennes, puis des petites. Les couleurs sont étudiées une face verte, une face rose.
Moyennes pyramides avec décor de fougères
le quartier se termine par de très petites pyramides
les plus petites pyramides
On a pensé la ville ouverte, sans passage automobile on avait ouvert aussi l’école sur l’extérieur. Puis les mentalités ont changé, on referme et la cloche de l’école se retrouve au centre d’une sorte de rondpoint.
La cloche de l’école.
les enfants ont perché un ballon de foot piégé entre les grosses sonnettes. Aubaine pour Jens qui a prévu de nous faire tirer des ballons dans la Lucarne. Les garçons se font la courte échelle pour le récupérer. La Lucarne est une attraction-phare de la ville. Les amateurs de foot avaient l’habitude de tirer dans une petite fenêtre d’un immeuble. Après les protestations des voisins on a construit une réplique dans un endroit dégagé, avec porte en trompe-l’œil, digicode…
La Lucarne
C’est donc une attraction sportive, il faut se mettre à 12 m sur un repère et viser la lucarne. C’est difficile, personne dans notre groupe n’a réussi! Cette lucarne est si connue que Djibril et ses associés ont fabriqué une « lucarne pliante » et qu’ils se déplacent dans toute la France pour des animations.
Le « manpower » lieu mythique de l’Art du Déplacement
A Evryest né un sport : l’Art du Déplacement ou Parkour popularisé par un film Yamakasi (2001) avec Luc Besson. Yamakasi a une consonnance asiatique (le film est sous-titré les Samouraïs) mais c’est une expression en lingala.
Plus que du cinéma, c’est du sport, le franchissement avec ou sans acrobatie des barrières, matériel urbain, y compris des sauts impressionnants comme du haut du Manpower en atterrissant sur l’immeuble d’en face. L’entraîneur de l’académie d’Evry est venu nous présenter son sport plus tard dans l’après-midi. Le Patrimoine vivant de la ville m’a bluffée!
Piquenique dans le très grand et frais parc du Coquibus où nous avons vraiment apprécié l’ombre de vieux arbres.
Puis découverte d’autres quartiers dont certains ont été labellisés pour l’architecture particulièrement remarquable.
Cité des épinettes
Brique et béton, mais si on regarde de près on apprécie le décor du porche
Bas relief avec des amours
Moins apprécié les barres de fer qui sécurisent les balcons jusque dans les étages élevés!
Un autre ensemble est dû à Sarfati : les glycines qui sont un peu « villas de bord de mer » , un peu kitsch, et beaucoup dépaysantes dans cet univers de béton.
Les glycines Sarfati
Nous traversons l’ensemble de briques des terrasses, très vert, très calme.
Les Terrasses
Pour revenir sur nos pas à travers le Parc vers la Cathédrale de Botta dont j’ai beaucoup aimé la couronne de tilleuls qui ont l’air de s’y plaire. Le travail de la brique est intéressant avec des motifs variés. l’intérieur est impressionnant.