Tissot (1836-1902)- l’ambigu moderne – Au Musée D’Orsay

Exposition temporaire jusqu’au 13 septembre 2020

The ball on shipboard

James Tissot, le plus anglais des peintres français est un artiste que j’ai découvert lors de l’exposition Impressionnistes à Londres au Petit Palais et dans l’Exposition Second Empire à Orsay. Cette exposition fait une belle suite à celle des Peintres anglais au Luxembourg qui présentait de très beaux portraits de Reynolds et de Gainsborough.

J’ai eu la surprise, dans cette rétrospective de découvrir des aspects très différents de cet artiste très éclectique qui a traversé la seconde partie du 19ème siècle en exprimant de nombreuses facettes.

Questions d’influence

Faust rencontre Marguerite

Au début de sa carrière, je découvre des tableaux dans la mouvance historiciste à la manière des maîtres anciens du Quattrocento italien comme Carpaccio ou des Allemands,Cranach et Holbein. Tissot illustre Faust remis à la mode par Gounod (1859). On constate l’attention prêtée aux décors, à l’architecture. Dans la même veine, une danse macabre.

Voie des fleurs : danse macabre

Dans le style de Carpaccio, ce départ du fils prodigue de Venise. Le Thème du fils prodigue est cher à Tissot qui le reprendra beaucoup plus tard, à la veille de son retour d’Angleterre.

une autre influence exotique : le Japon qui vient de s’ouvrir à l’Occident(1853). Tissot est un des premiers japonisants

Grande japonaise au bain

Peinture orientaliste : regard d’un occidental . le modèle n’est pas japonais. En revanche le kimono attire tous les soins du peintre. Tissot est fils d’un négociant en textile et excelle à peindre les tissus, les drapés, dentelles…

Tissot portraitiste de la bourgeoisie du Second Empire

Portrait ds deux soeurs

Dans ce grand tableau où les personnages sont à taille humaine, le peintre démontre son savoir-faire. Ce serait presque une « publicité » pour attirer les commandes. J’ai bien aimé les portraits d’enfants, moins Le cercle de la Rue Royale et le portrait de famille du marquis de M, trop convenus.

Portrait des 4 enfants du banquier Gaillard (détail)

Après la Commune de Paris, comme nombreux artistes, il émigre à Londres. Anglophile de toujours, il peint la bonne société anglaise avec parfois une touche d’ironie et d’humour comme dans Too early où il moque ces invités arrivés trop tôt à un bal aux attitudes embarrassées.

Toute une salle représente les loisirs nautiques sur la Tamise, simple canotage avant un pique-nique entre les navires des docks, ou fête à bord d’un yacht luxueux, quand des allusions grivoises ne s’en mêle,nt pas comme le jeu de mots entre le HMS Calcutta (Quel cul t’as)

Gallery of HMS Calcutta

A Londres, Tissot tombe amoureux de Kathleen, son modèle

Autumn

Toute une salle dans les tons de bruns montre Kathleen, dans des parcs, des jardins. Tuberculeuse, elle décède en 1882 et après sa mort Tissot revient en France.

Avant son retour, il fait une série de 4 tableaux sur le thème du retour du fils prodigue (époque moderne). Tableau très personnels où l’on croit retrouver le père du peintre et Kathleen cousant

Retour du fils prodigue : départ

A Paris, Tissot a un projet ambitieux autour d’un cycle sur la Parisienne : La Femme à Paris qui aurait illustré des textes littéraires de Daudet, Maupassan, Zola et d’autres. Mal accueilli par la critique, le projet avortera.

la femme à Paris : chars

Vers la fin de sa vie il se consacre à la peinture religieuse, illustre la Vie de Jésus et la Bible, voyage en Terre Sainte et s’intéresse aux débuts du cinéma. On peut voir trois extraits de films d’inspiration religieuse d’Alice Guy, Olcott et Griffith

Les Lumières de Tel Aviv – Alexandra Schwarzbrod – Rivages/Noir

LIRE POUR ISRAËL

Anticipation et dystopies ne sont pas mes lectures favorites. L’histoire et la géographie  me suffisent ; les mondes imaginaires m’intéressent rarement. Néanmoins, depuis contagions, épidémies et confinement je me suis tournée vers des récits d’anticipation. 

Dans un futur non précisé, la géopolitique a suivi des tendances qu’on devine aujourd’hui. Sous l’effet des nationalismes, les états se sont fracturés : Tel Aviv a fait sécession du Grand Israël ultra-orthodoxe sous protection des Russes

La société israélienne s’était réfugiée dans la religion quasiment sans s’en rendre compte. Lassés par la querelle
sans fin avec les Palestiniens, épouvantés par l’arrivée des djihadistes aux portes du pays puis par les guerres
fratricides des pays arabes, déboussolés par la perte d’influence de l’allié américain et la montée en puissance du
partenaire russe, de nombreux jeunes en quête de valeurs s’étaient enfermés dans l’étude de la Torah.

En revanche les laïcs – les Résistants – se sont concentrés à Tel Aviv :

La cité côtière était devenue un vaste caravansérail où les laïcs de tous horizons, juifs en majorité mais aussi
chrétiens et musulmans, venaient retrouver l’utopie des premiers kibboutznikim

Pourtant, Tel-Aviv n’était pas le premier exemple de sécession dans le monde. La Californie venait de se séparer
du reste de l’Amérique, on y vivait désormais en autosuffisance au sein de communautés qui tentaient de raviver
l’esprit hippie et le folklore des années 1970. L’Écosse, la Catalogne, le Pays basque mais aussi le Tyrol….

Le réchauffement climatique n’était plus un chiffon rouge mais une réalité, les pays du Sud étouffaient et ceux du
Nord se cadenassaient pour bloquer l’afflux des réfugiés.

Le monde était devenu une succession de murs et de cloîtres. On ne se voyait plus, on ne se parlait plus.

 

Un nouveau mur parfaitement étanche sépare les Ultra-religieux des Résistants de Tel Aviv. Tandis que les Israéliens se consacrent à la prière, leurs alliés russes protègent le Grand Israël et lui fournissent un arsenal de drones programmés pour tuer les fugitifs ou les infiltrés.

Des robots tueurs ? Je pensais qu’il s’agissait juste de nous équiper de drones sophistiqués. Cela signifie que la
décision de tirer ne dépendra plus des humains ?

Haïm, un conseillé du Premier Ministre prend la fuite juste avant la mise en fonction de ces drones-tueurs dotés du pouvoir d’éliminer sans intervention humaine,  grâce à l’intelligence artificielle. Révolté par ce procédé, il veut confier les plans de la surveillance électronique aux Résistants de Tel Aviv. Son successeur Isaac aura les mêmes problèmes de conscience.

Les Arabes palestiniens ont été déportés du Grand Israël, Moussa et Malika se cachent dans des grottes. Ils se joindront à Ana, la femme de Haïm pour fuir vers Tel Aviv. Il est urgent qu’ils rejoignent l’autre côté avant que les drones ne soient activés. Nous suivrons donc l’exode de ces fuyards.

Avec l’arrivée de Haïm à Tel Aviv, nous découvrons la cité utopique, multiculturelle et égalitariste, féministe. Privée de ressources financières les habitants sont retournés à la débrouille et  au troc. Expérience chaleureuse mais non dénué de conflit. Des extrémistes de la laïcité « ni voile ni perruque » menacent la paix civile. Le flic Eli (arabe malgré ce prénom qui sonne juif) est chargé d’une mission secrète et doit passer le Mur…

C’est donc un thriller avec une histoire d’amour où Ana joue une rôle central. Si l’analyse politique m’a intéressée, je suis moins convaincue par la psychologie des personnages. La personnalité d’Ana ne m’a pas parue crédible et celle des personnages masculins un peu simpliste.

 

DUBUFFET, ARTISTE ET COLLECTIONNEUR D’ART BRUT – Céline Delavaux – Seuil jeunesse

MASSE CRITIQUE DE BABELIO

merci à Babélio et au éditions du Seuil pour ce joli cadeau!

Un beau livre d’art pour les petits et les grands.

Les petits apprécieront cette présentation d’un artiste tout à fait accessible dans un format maniable avec un texte simple, clair pas du tout intimidant.

1ère partie : JEAN DUBUFFET ARTISTE

Une double page par chapitre une page bleue et blanche : texte sur le bleu, très abordable en même temps précis et passionnant, images sur le blanc, en couleur

Les têtes de chapitre IMITER LES ENFANTS, TRITURER LA MATIÈRE? REDÉFINIR LA BEAUTÉ, COLLER ET ASSEMBLER, JOUER AU PUZZLE…..sont évocateurs pour arriver à l’intrigant HOURLOUPER LE MONDE

2ème partie : JEAN DUBUFFET COLLECTIONNEUR D’ART BRUT

même principe : une page orange , une blanche et des titres accrocheurs

CRÉER DERRIÈRE LES MURS, DEVENIR LE ROI DU MONDE? FAIRE FEU DE TOUT BOIS…..DÉFAIRE LE PORTRAIT

il s’agit de saisir ce qu’est l’Art Brut, de débusquer la création artistique là où on ne l’attend pas, donner envie de créer avec les matériaux les plus divers.

Les grands liront avec attention les textes passionnants, le livre est un bel objet mais pas que…

closerie Falballa Périgny-sur-Yerress

Une exposition à Pompidou avait montré l’étendue et la variété de l’oeuvre de Dubuffet. Elle m’est familière parce que j’aime la promenade sur les bords de l’Yerres qui longe la Closerie Falballa à Périgny-sur-Yerres, et par la statue monumentale à Vitry-sur-Seine en face du MacVal. Ce livre rétablit les aspects originaux et moins bien connus de la production de Dubuffet.

 

 

Château de Chantilly sans le tourisme de masse

BALADE EN ÎLE DE FRANCE dans la limite des 100 km….

Contre mauvaise fortune, bon coeur!

Si la Covid nous empêche de rêver aux destinations lointaines, elle élimine  cars et troupeaux du tourisme de masse qui envahit les sites les plus fameux. Occasion de les voir au calme.  Roissy/Charles-de-Gaulle se trouve au repos : une petite heure de route de Créteil.

Le château : histoire

Par une matinée radieuse, j’arrive à l’ouverture (10 h) pour découvrir le château qui se reflète dans les douves. Le château originel a été démonté à la Révolution. Le Duc d’Aumale(1822-1897), Henri d’Orléans, fils de Louis-Philippe, le reconstruisit  de 1875 à 1885. C’est donc une construction splendide mais relativement récente. Le Connétable Anne de Montmorency (1493-1567), ou plutôt sa statue équestre accueille le visiteur et rappelle le passé ancien. Les jardins datent du Grand Condé et le Parc et le Canal furent dessinés en 1671.

Musée Condé

Une de mes préférées : Simmonetta Vespucci

Le Duc D’Aumale était un grand collectionneur d’art. Il a installé à Chantilly un riche musée de peinture qu’il a légué à condition qu’on le laisse en l’état et qu’il soit ouvert au public. L’ensemble reflète la personnalité du Duc d’Aumale : homme de guerre, les peintures orientalistes rappellent son rôle dans la conquête de l’Algérie et la prise de la Smalah d’Abd-El-Kader (1843), son intérêt pour l’histoire avec des portraits de famille ainsi que son goût pour la peinture italienne. La peinture du XIXème siècle est bien sûr à l’honneur.

Horace Vernet : Le parlementaire

Loin des expositions modernes qui mettent en scène les tableaux de façon pédagogique, les collections couvrent les murs sur plusieurs registres selon la fantaisie du collectionneur plutôt que suivant un ordre chronologique ou un classement par peintre. C’est un jeu pour le spectateur de chercher les œuvres et de choisir celles qui lui parlent.

En période de Covid, pas d’audioguide, l’application sur le smartphone  n’est pas très pratique. Dans chaque salle un grand carton résume l’essentiel qu’il ne faut pas manquer. Impossible de transcrire tout ici, je me borne à citer ce qui m’a plu le plus.

Vierge de Miséricorde Quarton & Villate

Le Cabinet de Giotto réunit des œuvres italiennes. Je n’ai pas trouvé le Giotto mais j’ai beaucoup aimé La Vierge de Miséricorde (1453) d‘Engherand Quarton et Pierre Villate sur fond doré et la Mort de la Vierge (1335) de Maso du Bianco.

Mort de la Vierge Maso di Banco

Une surprise totale : la porcelaine blanche de Chantilly, très fine, souvent à fins motifs bleus

Porcelaine à décor floral sur des pots de crème

mais aussi d’inspiration chinoise

 

J’ai adoré le cabinet des Clouet 90 portraits de petit format ;tous ne sont pas de Clouet.

La Galerie des Peintures avec son éclairage zénithal rassemble de nombreux tableaux de grand format : Louis XV de Rigaud, Richelieu de Philippe de Champaigne un grand Caracci, des Poussin, Preti, Rosa et encore des orientalistes : Delacroix, Vernet, Bonaparte visitant les Pestiférés de Jaffa  de Gros, Des Enfants turcs de Descamps…..

Un tableau très célèbre : les Trois Grâces de Raphaël. Je suis étonnée de découvrir un si petit tableau : les reproductions ne donnent pas l’idée de la taille. Plus loin une exposition est consacrée aux dessins de Raphaël . Très moderne et pédagogique : elle montre les dessins des maîtres de Raphaël : le Pérugin et Pinturicchio ainsi que l’évolution de ses dessins quand le maître aborde Florence et Rome.

 

 

Singerie
Raphaël enfants chevauchant un sanglier

 

Je traverse de très belles salles meublées, une Galerie des Batailles qui ne me retient pas, mais je m’arrête bluffée par la Grande Singerie attribuée à Huet : les panneaux sont peints très finement d‘allégories des Arts .Cela m’amuse de constater qu’à l’époque, Art de la Guerre, Art de la Chasse rivalisaient avec l’Art de la Musique, de la Géographie et la Chimie…..

La bibliothèque est spectaculaire. en ce moment se trouve une exposition Fables et bibliophilie où sont exposés de très précieux fabliers de La Fontaine, Erasme; Esope, ainsi qu’un curieux fablier oriental Kalîla-wa-dimna

Carrefour des empereurs dans le Petit Parc

Après cette longue visite j’ai eu plaisir à m’aérer dans les très beaux jardins. Ce Parc est composé de plusieurs parties. Le Petit Parc a de belles allées bordées de charmilles, c’était un endroit récréatif décoré de statues, d’urnes de pierre et contenant une curiosité charmante : un Jeu de l’Oie à taille humaine ; chaque case du jeu est figurée par une dalle gravée au numéro de la case. J’y retrouve le puits, la prison, l’hôtellerie. J’y imagine des après-midi joyeuses.

Le hameau

Plus loin un hameau, comme à Trianon. on peut y déjeuner ou y goûter. L’assiette de fraises à la crème Chantilly m’aurait convenu! Des tables et des bancs sont aussi prévus pour le pique-nique.

Retour en longeant le Canal où l’on observe toute une faune aquatique. Un héron peu farouche, un tadorne casarca (anatidé brun) ont attiré mon attention. Un temple de Vénus est éloigné de la rive. Le jardin anglais.Les parterres à la française de buis ont souffert de attaque de la pyrale mais semblent se refaire une santé.

Et pour finir : une glace à la fraise surmontée d’une belle crème Chantilly!

Lire l’article de Matatoune

 

Balade facile de Sucy-en-Brie à Boissy-Saint Léger

BALADES EN ÎLE DE FRANCE

Suivant le GR 14, c’est une petite randonnée facile  (13 km) que j’ai beaucoup de plaisir à faire.

Accessible de Paris par le RER A de la Gare RER de Sucy-en-Brie retour toujours en RER A à Boissy-Saint Léger. En cas de défaillance (travaux estivaux) sur le RER A, Métro ligne 8 jusqu’à Créteil-Pointe-du Lac et Autobus 393 (en site propre très fréquent et rapide) retour par les Bus 21, 23 ou K en gare routière de Boissy  reliant Créteil et la ligne 8.

Le sentier est très bien balisé (rouge et blanc) .

La balade est décrite sur l’itinéraire 13 du Topoguide PR Le Val de Marne : les chemins de la découverte. 

De la Gare de Sucy  prendre la Rue Montaleau bordée de petites résidences et de très jolis pavillons, certains cossus avec tourelle, tourner à gauche dans la Rue de Sévigné et prêter attention aux pavillons de meulière caractéristiques de la banlieue parisienne au début du XXème siècle. Se laisser guider par les balises rouge et blanches dans d’étroites sentes entre les jardins.

 

On atteint une agréable placette pavée et fleurie de roses trémières, contourne un petit étang, franchit un petit pont sur le Morbras (Moulin de Touillon) pour monter au Parc du Morbras (parc départemental, vérifier les horaires d’ouverture qui varient selon la période de l’année. Le Morbras est un affluent de la Marne qui prend sa source à Pontcarré dans la Forêt d’Armainvilliers, traverse La Queue-en-Brie, Ormesson et se jette dans la Marne à Bonneuil. C’est un joli ruisseau qui serpente au bas du Parc arboré et fleuri, soigné et tondu pour certaines parties, prairie sous des arbres fruitiers vers le haut.

Après la sortie du parc, on traverse une route assez passante (autobus 308 De Villiers/marne à Créteil) , on franchit la rivière en limite de Sucy/Noiseau pour trouver une coulée verte le long du petit Ru de la Fontaine de Villiers que tondent deux vaches.

Le sentier entre alors dans la Forêt Notre Dame entre Noiseau et Sucy , il traverse aussi des zones construites de pavillons plus récents avant de s’enfoncer plus dans le bois sur le Chemin des Gueules Noires. A un carrefour en étoile de plusieurs allées blanches, ne pas oublier de tourner à droite (balisage discret) pour trouver plus loin l’Allée Royale. 

Après une centaine de mètres sur une route tranquille, on trouve le Parking du Centre Aéré de Boissy et on pénètre dans le Parc de Grosbois planté de très beaux arbres.

Pour rejoindre le métro, le GR14 contourne le village en passant par le château du Piple. A la sortie d’une allée de marronniers on a une vue étendue sur Créteil et même Paris. On arrive devant une église et on descend sur la Gare.

C’est donc une randonnée facile à faire en toute saison ;ombragée et près de l’eau par temps de canicule, fleurie au printemps dans les jardins et le Parc du Morbras, et même sous la pluie car les allées sont bien entretenues et pas trop boueuses. L’été préférer manches longues et pantalons : on pourrait être embêté par les moustiques et les tiques dans la Forêt Notre-Dame.

Bonne promenade!

L’Exil est mon pays – Isabelle Alonso – Ed. Héloïse d’Ormesson

Je connaissais l’auteure, Isabelle Alonso, de l’émission de télévision de Ruquier autrefois à 19 h. Ce livre lui ressemble, sympathique, drôle, avenante.

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Troisième roman, de l’auteure.  La narratrice est une petite fille, née en France dans une famille de républicains espagnols. Angel, le père, communiste, métallo, grand lecteur de journaux, a fait la Guerre Civile et des années de prison. La mère, Libertad, est la parfaite mère au foyer, composé de 4 enfants, deux garçons et deux filles. La petite fille parle espagnol à la maison, français à l’école.  Ils ont obtenu la nationalité française et paradoxalement c’est ce qui leur permet de passer des vacances à Madrid.

Lecture facile, agréable, un peu convenue, sans surprise.

Maître Cornelius – Balzac

LECTURE COMMUNE 

Nous continuons ensemble l’exploration de l’oeuvre de Balzac, si diverse.

Comment classer ce court roman, une nouvelle médiévale, fantastique, romantique ou réaliste?

Deux histoires s’entremêlent : l’histoire d’amour entre  la fille naturelle de Louis XI mariée au sinistre et jaloux Comte de Saint-Vallier et un gentilhomme aventureux et les rapports entre le roi Louis XI vieillissant et Maître Cornelius, son torçonnier, collecteur d’ impôts.

L’épithète tortionnaire, restée au Palais, explique assez bien le mot torçonnier qui se trouve souvent écrit
tortionneur.

La maison de Maître Cornélius est voisine de celle du Comte, leurs toits se touchent presque. L’amoureux rejoindra sa dame par les toits. Rocambolesque!

Le morceau de bravoure est le portrait de Maître Cornélius, l’avare qui vit avec sa sœur, une véritable sorcière dans leur maison verrouillée de partout, pleine de pièges et de chausse-trappes.

« De chaque côté de cette porte se trouvait une figure encadrée entre les deux barreaux d’une espèce de meurtrière.
Il avait pris d’abord ces deux visages pour des masques
grotesques sculptés dans la pierre, tant ils étaient ridés, anguleux, contournés, saillants, immobiles, de couleur
tannée, c’est-à-dire bruns ; mais le froid et la lueur de la lune lui permirent de distinguer le léger nuage blanc que
la respiration faisait sortir des deux nez violâtres ; puis, il finit par voir, dans chaque figure creuse, sous l’ombre
des sourcils, deux yeux d’un bleu faïence qui jetaient un feu clair, et ressemblaient à ceux d’un loup couché dans
la feuillée, qui croit entendre les cris d’une meute. La lueur inquiète de ces yeux était dirigée sur lui si fixement,
qu’après l’avoir reçue pendant le moment où il examina ce singulier spectacle, il se trouva comme un oiseau
surpris par des chiens à l’arrêt… »

J’ai été surprise, amusée mais ce ne sera pas l’oeuvre de Balzac que je préfère.

Lire le billet de Claudialucia et de Maggie

Le Grand-Paon – Jean-Henri Fabre : Souvenirs entomologique L7-chXXIII

SOUVENIRS ENTOMOLOGIQUES

Surprise! les deux papillons accouplés!

 

 » Ce fut une soirée mémorable. Je l’appellerai la soirée du Grand-Paon. Qui ne connaît ce superbe papillon, le plus
gros de l’Europe, vêtu de velours marron et cravaté de fourrure blanche ? Les ailes, semées de gris et de brun,
traversées d’un zigzag pâle et bordées de blanc enfumé, ont au centre une tache ronde, un grand œil à prunelle
noire et iris varié, où se groupent, en arcs, le noir, le blanc, le châtain, le rouge-amaranthe [….]

Or le 6 mai, dans la matinée, une femelle quitte son cocon en ma présence, sur la table de mon laboratoire aux
bêtes. Je la cloître aussitôt, tout humide des moiteurs de l’éclosion, sous une cloche en toile métallique.
D’ailleurs, de ma part, aucun projet particulier la concernant. Je l’incarcère par simple habitude d’observateur,
toujours attentif à ce qui peut arriver.

Bien m’en prit. Vers les neuf heures du soir, la maisonnée se couchant, grand remue-ménage dans la chambre
voisine de la mienne. À demi déshabillé, petit Paul va, vient, court, saute, trépigne, renverse les chaises, comme
affolé. Je l’entends m’appeler. « Viens vite, clame-t-il ; viens voir ces papillons,

Combien sont-ils ? Une vingtaine environ. Ajoutons-y l’appoint des égarés dans la cuisine, la chambre des
enfants et autres pièces de l’habitation, et le total des accourus se rapprochera de la quarantaine. Ce fut une
soirée mémorable, disais-je, que celle du Grand-Paon. Venus de tous les points et avertis je ne sais comme,
voici, en effet, quarante amoureux empressés de présenter leurs hommages à la nubile née le matin dans les
mystères de mon cabinet….. »

 

Pendant des années, nous avions étudié en classe ce texte  suivi du compte-rendu détaillé de toutes les expériences auxquelles le naturaliste s’est livré pour identifier le stimulus attractif. Le récit de ses expérimentations est raconté avec précision et rigueur. Modèle de méthode expérimentale.  Les élèves devaient le résumé avec des schémas. Certains faisaient de véritables bandes dessinées.  J’ai photocopié celle de Pierre V. et j’ai gardé sa BD dans mes archives précieusement pendant des décennies.

Quelle a été mon émotion quand j’ai pu découvri Saturnia pyri, hier au cimetière de Créteil, à l’ombre et dans la fraîcheur d’une chapelle familiale. La conservatrice du cimetière qui l’avait repéré et qui nous l’a montré avait fait une photo avec sa main pour donner l’échelle.

un papillon géant presque de la taille d’une main

Surprise, le papillon n’est plus seul : ils sont deux, accouplés. A côté de la tombe pousse un cerisier, tout à fait favorable pour y installer la ponte.

Ce n’est qu’aujourd’hui, alors que je suis retraitée que j’ai le plaisir de cette rencontre avec le papillon vivant!

Les Souvenirs entomologiques de Fabre sont facile à télécharger (en plus c’est gratuit). Je vais les relire. C’est un livre délicieux!

Pour des renseignements détaillés et récents sur cliquer ICI un article qui raconte l’élevage de ce papillon géant.

Wikipédia bien sûr

et le blog  de Lequet

A-t-il profité du calme du cimetière fermé pour cause de confinement? Profité aussi de ce que la Ville de Créteil a banni les phytosanitaires?

Le Chemin des Roses de Servon à Yèbles

BALLADES EN ÎLE DE FRANCE

le buissons d’églantines qui bordent le chemin

Le Chemin des Roses est un parcours piétonnier ou cyclable sur l’emplacement de la voie ferrée du Train des Roses qui reliait Verneuil-l’Etang à la Gare de la Bastille. Elle fut ouverte  en 1853 et achevée en 1892. Ce « train horticole » transporta jusqu’à 85 tonnes de roses pour le seul mois de juillet 1900. La guerre de 14-18 mit fin à ce transport, les pratiques horticoles ayant changé. Le trafic voyageurs fut fermé en 1953, et le fret dans les années 80.

Les gares de Mandres-les Roses ( sur la Tégéval), de Brie-Comte Robert bordent encore la voie, celle de Grisy- Suisnes loge un petit Musée de la Rose  avec une jolie roseraie et celle de Coubert, un musée ferroviaire( je ne les ai jamais vus ouverts en semaine,seulement le dimanche). Le parcours est jalonné de panneaux explicatifs et de plans. Après Soignolles et Solers on passe l’Yerres qui est une rivière assez large. Sur le pont une plaque de marbre commémore un accident ferroviaire qui endeuilla le transport de troupes en 1918. Il faut faire un détour pour passer de l’autre côté du TGV, la campagne devient plus agricole et la promenade se termine au village de Yèbles, joli village briard. 

le chemin des roses ombragé

C’est donc un parcours bien plat, facile, sur une piste confortable en cailloutis blanc entre les haies ou les arbres d’essences variées. Les plus plaisants sont les acacias et les sureaux fleuris au mois de mai. En juin on pourra goûter aux cerises acides. Et par temps de canicule, il y a des parcours ombragés. La voie ferrée était bien isolée de la RN 19 qu’on ne coupe qu’une seule fois.

la cueillette des fraises

Un petit détour, quelques centaines de mètres après avoir traversé la route, on aboutit à un rond-point décoré d’une botte d’asperges. Un chalet vend des asperges en saison. De l’autre côté de la RN 19 se trouve la Cueillette de la Grange de CoubertOn peut y cueillir des fraises ou d’autres fruits selon la saison, des salades, des choux, des épinards, radis, pommes de terre courgettes, aubergines ou tomates plus tard dans la saison.

les pivoines sont de toute beauté

Il y a aussi des fleurs. Les pivoines étaient de toute beauté. Il faut apporter son matériel (sécateurs et couteaux) et,ses emballages (covid oblige). Des brouettes sont à disposition. Les fraises hors-sol sont faciles à cueillir mais pas extraordinaires au goût. Les prix sont comparables à ceux ce la grande distribution, la fraîcheur incomparable en plus et le plaisir de cueillir soi-même surtout pour les familles avec des enfants. Les asperges sont vendues en bottes, les cueilleurs massacrant les pousses et ne coupant que les bourgeons. Elles sont délicieuses! 

une gare du chemin des roses

Pratique : Parking facile à Servon derrière Léon de Bruxelles et La Criée, le départ est tout proche, parking facile également à l’ancienne Gare de Brie Comte Robert. En revanche la ballade est longue pour un aller/retour pour le retour il existe un autobus 21 se renseigner des horaires ou prévoir deux voitures.

 

La Peste – Camus

CONTAGION

Hartung

« les fléaux, en effet sont une chose commune, mais on croit difficilement aux fléaux lorsqu’ils vous tombent sur la tête. Il y  a eu dans le monde autant de pestes que de guerres. Et pourtant pestes et guerres trouvent les gens toujours aussi dépourvus. »

la Peste fait partie de ces classiques que tout le monde a lu ou croit avoir lu, étudié au lycée….une évidence en période d’épidémie. L’ai-je vraiment lu dans mes études? Peut-être, je me souviens de ces rats qu’on ramassait à la pelle, mes souvenirs n’allaient pas plus loin. Lecture de circonstance donc.

Comme aujourd’hui, l’épidémie fut abordée avec incrédulité : les grandes épidémies ne concernent pas une ville moderne au milieu du XXème siècle, Moyen Âge, contrées asiatiques lointaines….Qui penserait à la peste? Le vieux docteur Castel qui a fait une partie de sa carrière en Chine

« Seulement, on n’a pas osé donner un nom, sur le moment. L’opinion publique, c’est sacré : pas d’affolement, surtout pas d’affolement. »

[….]

« quelques cas ne font pas une épidémie et il suffit de prendre des précautions »

Une fois, la peste identifiée et admise, il faudrait prendre des mesures. Un sérum existe mais

« Savez-vous, lui dit ce dernier que le département n’a pas de sérum? »

Et comme le sérum mettra du temps à arriver de Paris, au lieu de peste  on parle de « fièvre à caractère typhoïde« , il convient d’attendre….

A l’allure où la maladie se répand, si elle n’est pas stoppée, elle risque de tuer la moitié de la ville avant deux mois. Par conséquent; il importe peu que vous l’appeliez peste ou fièvre de croissance. Il importe seulement que vous s’empêchiez de tuer….

Atermoiements, contestation de l’efficacité du sérum (qu’on n’a pas), cela ne vous dit rien?

On va installer des salles « spécialement équipées« , des quarantaines…..jusqu’à ce que la ville entière soit isolée du monde et que les habitants soient réduits à être séparés, exilés, prisonniers. Tout l’art de Camus est de faire vivre ce monde séparé, d’analyser les réactions des personnages. C’est un roman et non pas une étude épidémiologique!

Les personnages sont vivants, divers avec des occupations diverses et des préoccupations bien à eux. Le Docteur Rieux est happé par son travail à l’hôpital, mais il entretient aussi des relations de camaraderie voire d’amitié avec ses collaborateurs.

s’agit pas d’héroïsme dans tout cela. Il s’agit d’honnêteté. C’est une idée qui peut faire rire, mais la seule façon de
lutter contre la peste, c’est l’honnêteté.

Grand, le bureaucrate sort de ses obsessions depuis que la peste a donné un sens à son travail.

Cottard va tirer profit de l’épidémie, c’est un personnage assez mystérieux dont le secret restera caché.

En somme, la peste lui réussit. D’un homme solitaire et qui ne voulait pas l’être, elle fait un complice. Car
visiblement c’est un complice et un complice qui se délecte. Il est complice de tout ce qu’il voit, des
superstitions, des frayeurs illégitimes, des susceptibilités de ces âmes en alerte ; de leur manie de vouloir parler
le moins possible de la peste et de ne pas cesser cependant d’en parler ;

Rambert veut fuir à tout prix pour rejoindre la femme qu’il aime…..

Les personnages secondaires sont, eux-aussi, bien individualisés . On s’attache à chacun d’eux. 

Une interrogation, cependant : Oran se trouve bien en Algérie? Comment se fait-il que Camus n’ait animé que des Européens? les plus exotiques sont d’origine espagnole. Rien que des catholiques! Les Arabes et les Juifs étaient-ils vaccinés ou transparents aux yeux des colons?

A lire et à relire, même en dehors de l’épidémie. Un grand livre, mais tout le monde le sait