L’exposition Persona Grata est démontée, bien sûr il reste de belles collections permanentes, mais pour 3 jours (vendredi 1, samedi 2 et dimanche 3) le Palais est ouvert aux visiteurs et ceci, gratuitement, comme vide. Des installations, performances s’y déroulent dans un aimable désordre (bien organisé).
Le Palais de la Porte Dorée a été construit pour l’Exposition Coloniale de 1931, tous les décors, bas-reliefs extérieurs et fresques intérieures, sont à la gloire de l’Empire Français, exhibant les richesses apportées par les colonies à la métropole.
bas relief du musée
Ce week-end est une occasion de réfléchir au colonialisme et à ses méfaits. Une visite guidée satirique a conduit un groupe de visiteurs dans les salles, escaliers et coursives : intitulée L’inconscient colonial sur le divan. Utilisant un vocabulaire psychanalytique ronflant, les guides décodent fresques et grilles (montrant dans les cercles, des allusions aux entraves des esclaves) dans les fers forgés les barreaux d’une prison… Une montée de contrition puis de catharsis a terminé la visite.
Une très belle installation Les statues meurent aussi (visible jusqu’au 3 mars) m’a beaucoup plu. Oeuvre de trois artistes allemands Jan Mammey, Falk Messerschmidt, Fabian Reimann. les plasticiens ont photographié les vestiges de l’Exposition coloniale et des statues, des plaques commémoratives. Ils projettent sur de nombreux écrans tandis qu’une tête de statue trouvée dans le Bois de Vincennes raconte son voyage au dessus de Paris, texte poétique. j’ai beaucoup aimé cette performance.
Différents spectacles musicaux se déroulent dans la grande salle vide, meublée uniquement d’un tapis bleu et de quelques bancs. Un percussionniste joue, une danseuse l’accompagne. puis de la musique arrive de quelque part. Nous levons les yeux vers les galeries, un chef de choeur dirige des choristes invisibles. Consultant le programme j’en déduis qu’il s’agit d’une Intervention musicale dirigé par le metteur en scène Antoine Gindt, le chef d’orchestre Léo Warynsky avec les chanteurs Métabole.
Malheureusement à l’heure où paraîtra le billet toutes les performances sont finies, il reste le superbe bâtiment et Les statues meurent aussi. Vous pouvez toujours faire un tour au Bois de Vincennes.
Connaissez-vous Jean-Jacques Lequeu? Je le découvre dans cette exposition.
Présentation dans l’entrée peinte en bleu canard, différents portraits, autoportraits et études de personnages grimaçants.
Lequeu : Autoportrait à l’aâge de 36 ans
Natif de Rouen(1757), il fit des études de dessin 1770-1773 , s’installe à paris et travaille avec Soufflot. 1790-1793 : employé-chef des ateliers du Faubourg Saint Antoine, il dessine les plans de la Fête de la Fédération au Champ de Mars. 1793-1815 employé au bureaux du Cadastre en qualité de dessinateur.
Le borgne grimacier
C’est un dessinateur hors pair. Ces études de visages grimaçants signale une personnalité originale.
Le Grand bailleur
C’est surtout un dessinateur d’architecture qui a travaillé avec Soufflot et a collaboré à la construction de Sainte Geneviève ou de Saint Sulpice à Paris et d’autres églises à Marseille ou Rouen. Il a travaillé à l‘Hôtel de Montholon pour des intérieurs trèssophistiqués
Hôtel de Montholon
Il déploie le même soin pour des bâtiments de prestige que pour le dessin de simples instruments comme des pompes. Il imagine des théâtres des chapelles, un temple dédié au soleil
Chapelle dédiée au soleil
Dans la même verve fantastique on a exposé le dessin de Ledoux – architecte contemporain de Lequeu – représentant le théâtre de Besançon dans l’oeil du spectateur
Ledoux : théâtre de Besançon
La section de l’exposition intitulée Jardin Secret rassemble des projets d’un jardin idéal. Dans la deuxième partie du 18ème siècle, l’aristocratie s’est lassée des jardins à la française pour leur préférer des jardins anglais avec de véritables tableaux et des fabriques. Toute l’imagination de Lequeu s’est déployée dans les dessins de bosquets mythologiques tirés des Métamorphoses d’Ovide avec des fontaines, des aqueducs comme L’île d’amour
Île d’amour
la mythologie grecque n’est pas la seule source d’inspiration, l’Egypte est aussi à la mode comme ces grottes d’Isis où on peut imaginer un parcours initiatique
Grotte d’IsisInspiration chinoise
On voit aussi un porche persan, une maison gothique ou des cabanes de rondins mises à la mode par J-J Rousseau, une villa palladienne, ou une orangerie mauresque. Lequeu a aussi imaginé des bâtiments annexes plus prosaïques comme une laiterie ressemblant à une vache, une entrée de pavillon de chasse portant des trophées….
Cependant la Révolution va tarir cette inspiration. La riche clientèle aristocratique ne commande plus de fabriques. Lequeu adhère aux idéaux de la Révolution imagine des projets de Monument destiné à la souveraineté du peuple, ou représente L’Aristocratie enchaînée sous forme de colonne
l’Aristocratie enchaînée
Il imagine également une sorte de tour sur le modèle du phare d’Alexandrie : Fanal monumental porteur de la pensée des Lumières .
Plus tard il met son talent au service de l’Empire dessinant en 1807 le Projet d’un Palais Impérial.
Rêveries d’un Architecte solitaire
Il est libre
Commencée par des études de grimace, l’exposition se conclut par des Rêveries, obsessions érotiques, études de nus ou même de sexes masculin ou féminin dans tous les détails, bacchantes, hermaphrodite et fantasmes
Et nous aussi nous serons mères
ou cette guinguette avec un hamac d’amour
Guinguette : sur la façade cruche et tonneaux, plats, poulets rotis;..à côté le Hamac d’amour
j’ai aimé découvrir ce talentueux dessinateur, personnalité originale, mais j’ai surtout apprécié la description des décors quotidiens et l’évolution des tendances architecturales de l’Ancien Régime, la Révolution et l’Empire.
Au cours de nos voyages, Ulysse, Alexandre et Paul sont des personnages que nous rencontrons à nombreuses reprises.
Philippi, nous logions au village de Liddia, qui rappelle Lydie, l’hôtesse de paul
Nousavons trouvé les traces du passage de Paulà Ephèse (Turquie), Paphos(Chypre), nous avons même vu la colonne où il a été attaché pour être fouetté, Corinthe, Philippi montre la prisonoù il a été emprisonné et Thessalonique( Macédoine), Malte où il a fait naufrage et la grotte où il a séjourné et bien sûr Rome et Jérusalem.
Malte :Rabat catacombes des premiers chrétiens
J’ai lu naguère L’avorton de Dieu d’Alain Decaux, biographie agréable et facile à lire.
Le Royaume de Carrère est un pavé de 605 pages qu’on lit sans s’ennuyer. Carrère est un très bon conteur. Son érudition n’est pas pesante parce très ironique. Il n’hésite pas à transposer des situations dans le monde contemporain; métaphores cocasses quand il compare l’église des premiers chrétiens, de Jacques et de Pierre au Parti communiste, la doctrine à la ligne du Parti. Il n’hésite pas à montrer Paul dans un album de Lucky Luke quitter une ville enduit de goudron et de plumes…Les exemples d’anachronie réjouissantes sont nombreux, à vous de les découvrir avec le sourire.
« j’aime, quand on me raconte une histoire, savoir qui me la raconte. C’est pour cela que j’aime les récits à la première personne, c’est pour cela que j’en écris…
L’auteur se met en scène, en croyant et même en bigot un peu ridicule : « A un moment de ma vie, j’ai été chrétien. Cela a duré trois ans. C’est passé. » affirme-t-il. Il endosse la posture du sceptique agnostique pour affirmer que chaque phrase du Credo est « une insulte au bon sens ». Cependant, faisant appel à Renan et à Lacan, entre autres, il mène une longue enquête sur le développement du christianisme au temps des Premiers Chrétiens.
Banquet romain
Cette enquête commencera avec les Actes des Apôtres et nous suivons Luc et Paul du port de Troas jusqu’à Rome en passant par Philippi, Corinthe, Athènes puis Jérusalem…biographie de Paul mais aussi de Luc. En chemin, nous rencontrerons Pierre, Jacques et Jean en faisant un détour à Ephèse et à Patmos. Flavius Joseph, Vespasien, le triomphe de Titus -et aussi Bérénice – On en apprendra beaucoup sur le mode de vie des Juifs, des Grecs et des Romains.
Mattias Preti naufrage de Saint Paul Mdina Malte
Un regret : Carrère est peu inspiré par les récits de navigations et de naufrages : pas de halte à Malte, alors que j’attendais cette escale.
La conclusion est un peu déroutante avec une retraite pieuse et une histoire de lavements de pieds contemporaine. Carrère a-t-il retrouvé la foi?
L’histoire se déroule dans une paillote de bord de mer – Côte d’Azur ou Corse – peu d’importance!
Paillote plutôt chic, les plateaux de fruits de mer sont bien garnis et les deux potes, Gérard, le narrateur et Patrice se régalent à peu de frais. Il y a un truc, un mot de passe qui permet de commander à volonté pour 15€, et Patrice a le mot de passe….
Résumé ainsi, je n’avais pas trop envie de le lire. Rapidement, je suis conquise par l’aspect décalé. Gérard qui vient tous les midi à la paillote déteste la mer. Comment peut-on détester la mer? Patrice, un jour déclare qu’il fait un régime et délaisse le restaurant et son copain. Pourquoi? on ne le saura pas…
L’inattendu est au rendez-vous, dans ce court roman, presque une nouvelle (120 pages) on découvre toute une histoire, des rebondissements loufoques.
exposition temporaire 17 octobre 2018 – 25 février 2019
Attention très grosse exposition! Si vous consacrez toute votre attention dans les premières salles, vous n’aurez peut être plus le temps ou la concentration nécessaires pour apprécier les dernières qui sont étonnantes et colorées!
Ce panorama du Cubismedétaille l’évolution chronologique du Cubisme, année après année, des sources à la Grande Guerre qui fera éclater littéralement le mouvement.
(1906- 1907) Aux sources du cubisme
La femme à la cafetière
Gauguin et Cézanne accueillent le visiteur avec « Soyez mystérieuses« de Gauguin, magnifique panneau de bois peint et la Femme à la cafetière de Cézanne dont la géométrie annonce le cubisme avec les plis de la robe et la simplification de la cafetière.
(1907 – 1908) Primitivistme
Un mur de masques africain, sculptures océaniennes rappelle l’autre source d’inspiration des cubistes : le primitivisme. J’ai d’ailleurs rencontré ultérieurement le Nu debout que j’avais découvert au Quai Branly dans l’exposition récente Picasso primitif. Une série de photographies présente ceux peintres, poètes et marchands qui fréquentaient les ateliers de Picasso : Apollinaire, Max Jacob, Kahnweiler, Marie Laurencin et Braque.
Portrait de Gertrud Stein
Le Portrait de Gertrud Stein (1905 – 1906) qualifié de « portrait-masque » voisine avec La Femme à la Tête rouge (1907) et deux autres études de têtes préparatoires aux Demoiselles d’Avignon (1907) (seulement en petite reproduction).
Femme à la tête rouge
L’autoportrait (1907) est sculptural en écho aux masques africains.
picasso autoportrait
(1908 – 1909)Le rapport à Cézanne
Sous-titre de cette section, une citation de Cézanne, de la géométrie cézannesque « Traiter la nature par le cylindre, la sphère, le cône »…
Le Château de la Roche Guyon
Dans cette salle on voit de nombreux paysages où les tons ocre, gris vert dominent . l’oeuvre que j’ai préférée est le Viaduc à l’Estaque de Braque. Deux tableaux sont jumeaux : Arbres à l’Estaque de Braque et de Dufy, c’est amusantde les comparer comme le jeu des 7 erreurs! Dans cette série j’ai aussi remarqué le Château de la Roche Guyon toujours dans la même tonalité de couleur mais avec une architecture plus compliquée.
(1909 )l’éclatement de la forme homogène
Femme assise
L’expression « éclatement de la forme homogène » est de Kahnweiler
De Picasso on voit de nombreux portraits de Fernande puis des silhouettes assises pour arriver à une plus grande fragmentation dans le Guitariste. Braque suit la même démarche dans le très beau Broc et violon
Broc et violon
(1911) La lettre et le signe
Braque et Picasso se retrouvent à Céret . Ils travaillent en étroite complicité à des expérimentations : une fragmentation en facettes cristallines avec des ajouts de lettres. Les musiciens sont sans visages amis on perçoit la présence d’instruments de musique, l’ajout de clé de sol et du mot VALSE tout à fait lisible.
nature morte sur un piano
Les tableaux deviennent de plus en plus énigmatiques, je m’amuse à chercher les éléments qui ont donné le titre au tableau, la pipe de l‘Homme à la pipe.
Dans l’Afficionado, Picasso, a dispersé les indices de son portrait d’homme méridional : une moustache, un nœud papillon, un chapeau melon. Avec l’aide du cartel, et en cherchant bien, je les trouve..
(1911 – 1912) Les salons cubistes
Gleizes les baigneuses
réunissent de grands tableaux . D’autres peintres se joignent à Braque et Picasso : Gleizes, Le Fauconnier (que je découvre) Metzinger et Fernand Léger. Les tableaux sont aussi plus colorés. J’ai bien aimé les Baigneusesde Gleizes et La Ville de Paris de Robert Delaunay dans lequel j’identifie tout de suite les 3 grâces mais trouve ensuite les piliers de la Tour Eiffel démontée et son sommet plus loin, la Seine plus loin…
Delaunay : La Ville de Paris
Au centre : le Baiser de Brancusi
Un curieux Chagall cubiste s’intitule A la Russie, aux ânes et aux autres
Chagall : A la Russie, aux ânes et aux autres
(1912 – 1917) le collage et l’assemblage
Braque : Guitare « figure d’épouvante »
M’ont plus La Nature morte à la chaise cannée (célébrissime) de Picasso et de Braque La guitare « statue d’épouvante ». Je me suis lassée des répétitions à l’infini de ces collages, combien de violons, de verres et de guitares?
Henri Laurens
Pour varier, apparition rafraîchissante d’Henri Laurens avec un portrait de Joséphine Baker , le retour de la couleur et plus de figuration.
(1913 – 1914) Matières et couleurs
Fernand Léger : le Réveil-matin
Tout un mur est occupé par Fernand Léger, un autre par le Bal Bullier de Sonia Delaunay . Couleurs aussi avec Juan Gris ! Verre et damier, les 3 arbres d‘Herbin.
le bal Bullier
Juan Gris
Une salle est réservée aux sculptures cubistes, citons Lipschitz, Modigliani, Brancusi et Archipenko.
Lipschitz
Herbin : 3 arbresHerbin 3 arbres
poètes et critiques
Marie Laurencin a représenté Apollinaire et ses amis
L’oiseau bleu de Metzinger et l’équipe de Cardiff de Robert Delaunay éclairent cette belle exposition.
Delaunay : l’équipe de Cardiff
La Guerre
« Il n’y a pas plus cubiste qu’une guerre comme celle-là qui te divise plus ou moins proprement un bonhomme en plusieurs morceaux et qui l’envoie au quatre points cardinaux » Fernand Léger
André Mare : témoignages de guerre
J’ai beaucoup apprécié ce parcours si détaillé qui montre la démarche pas à pas de Braque et Picasso pendant 10 ans tandis que d’autres peintres les rejoignent et apportent leur personnalité au cubisme.
Exposition temporaire jusqu’au 6 janvier à la Maison de Victor Hugo, place des Vosges, Paris
180 caricatures du Grand Victor Hugo!
3 sections:
1830 – 1848 – La Forte Tête
A la suite de la Bataille d’Hernani, Hugo s’impose comme le chef de file du Romantisme . on reconnait Hugo à son très haut front que les caricaturistes exagèrent à plaisir.
Roubaud a dessiné le « Chemin de la Postérité » où Victor Hugo chevauchant Pégase mène le cortège. A sa suite, je reconnais Théophile Gauthier, Eugène Sue et Alexandre Dumas. A cette époque c’est la mode des processions, panthéons (comme celui de Nadar) trombinoscopes. Encore Roubaud (entre 1835 et 1839) à l’occasion de la candidature à l’Académie Française a dessiné Hugo, Balzac et Dumas accueillis par une vieille femme :
« vous êtes jeunes et forts et vous demandez les invalides. Vous ne voulez pas voler le pain des vieillards. Allez travailler grands feignants! »
Daumier exécute aussi des caricatures à cette époque.
les burgraves et leur demi-succès furent aussi beaucoup caricaturés par la Presse.
1848 – 1851 : Détestation générale et caricatures d’opposition
A la suite de la Révolution de 1848, la liberté de la Presse encouragea les dessinateurs de Presse. Hugo fut très critiqué pour ses positions politiques, ses alliances réelles ou supposées. On le juge versatile et opportuniste. Le glissement progressif de Victor Hugo vers la gauche n’est pas pris en compte car le Presse est réduite au silence dès 1850.
vers 1848 Nadardessine La Rentrée des classesdans le Journal pour Rire, en 1949 Victor Hugo est en tête d’une « Croisade contre le Socialisme » où la foule fait un Z tout travers la une en allant contre la révolte des ouvriers. Il fait aussi figurer Hugo dans un Trombinoscope des commerçants
Daumier dessine Hugo et Girardin portant Napoléon Bonaparte sur un pavois avec la remarque « Ce n’est pas solide »
En septembre 1849, Victor Hugo est vice Président d’un Congrès pour la Paix présidé par en 1851 l’anglais Cobden. Hugo s’oppose à la majorité de droite au sujet de l’Expédition d’Italie, de la Loi Falloux au nom de la Liberté de penser(caricature de Nadar) et de la Déportation des opposants politiques.
Quillembois montre Hugo qui s’écarte de la « majorité de Panurge » qui part à droite tandis qu’Hugo
Victor Hugo s’oppose au coup d’Etat du 2 décembre 1851, mais il est dangereux pour les journalistes d’évoquer le proscrit
1852 – 1870 La Renommée de l’absent – Caricatures d’Hommage
Ne pouvant dessiner Victor Hugo, politique, les caricaturiste attendent la parution des œuvres écrites en exil qu’ils illustrent avec bienveillance. Le visage de Hugo est moins déformé.
En 1853, quand sort La Légende des siècles, Hugo est dessiné sur son rocher, Les deux tours de Notre Dame font le H de Hugo, pour les Travailleurs de la Mer, les dessinateurs sont très inspirés par le poulpe.
Travailleurs de la Mer : cherchez la Pieuvre!
De nombreux journaux mettent son visage à la une : Le Charivari de Cham, La Lune, le Bouffon, le hanneton, l’Eclipse, le Masque. Je suis impressionnée par le nombre des titres satyriques.
L’homme qui ritL’homme qui rit
1870 – 1885 Apothéose – Les caricatures de Consécrations
Hugoest représenté barbu, bienveillant. Mais pour le spectateur de l’exposition c’est moins amusant!
Victor Hugo, en Orphée défend les victimes d’un pogrom en Russie
Cette exposition est passionnante, c’est une merveilleuse leçon d’histoire; je révise tout le 19ème siècle, politique et histoire des idées. Chaque illustration est accompagnée d’explication et il y a aussi beaucoup à lire dans la page de journal d’alors.
« j’ai été enterré sous des morts, maintenant je suis enterré sous des vivants, sous des actes, sous des faits, sous la société toute entière, qui veut me faire rentrer sous terre »
Le Colonel Chabert est un personnage familier de notre paysage littéraire. Chacun pense avoir croisé le vieux soldat de l’Empire rentré à la Restauration. Mais a-t-on lu le roman?
la Bataille d’Eylau
Laissé pour mort à la bataille d’Eylau en 1807, Hyacinthe Chabert rentre à Paris dix ans plus tard. Sa femme, veuve, remariée avec le comte Ferraud fidèle aux intérêts de Louis XVIII, ne le reconnaît pas ou plutôt ne veut pas le reconnaître. C’est donc en pauvre vagabond que cet ancien soldat de l’Empire, colonel et homme riche revient et s’adresse à l’étude de l’avoué Derville pour retrouver son identité, sa femme et ses biens.
« Madame Ferraud n’aimait pas seulement son amant dans le jeune homme , elle avait été séduite aussi par l’idée d’entrer dans cette société dédaigneuse qui malgré son abaissement dominait la cour impériale. toute ces vanités étaient flattées autant que ses passions dans ce mariage. Elle allait devenir une femme comme il faut. »
La position sociale de Madame Ferraud n’est pas aussi solide qu’il y paraîtrait. Le comte Ferraud est ambitieux.
« mais si son mariage était cassé, ne pourrait-il pas passer sur sa tête, à la grande satisfaction du Roi, la pairie d’un des vieux sénateurs qui n’ont que des filles? »
Derville, pense pouvoir exploiter cette faille pour faire céder la femme de Chabert et transiger.
Ce court roman est particulièrement dense : on peut considérer l’aspect sentimental et psychologique, comme l’analyse de la société à l’époque de la Restauration.
L’étude de l’avoué Derville
C’est aussi un roman très divertissant : j’ai adoré la scène d’ouverture dans l’étude de l’avoué avec les railleries des saute-ruisseaux, l’arrivée de Chabert. Quel style! et quelle observateur !
Le roman se termine sur une triste méditation sur la destinées humaine de Derville, personnage sympathique et humain qui n’a pas réussi à éviter les malheurs de Chabert.
« Savez-vous, mon cher, reprit Derville après une pause, qui’l existe dans notre société trois hommes, le Prêtre, le Médecin et l’Homme de justice qui ne peuvent pas estimer le monde? Ils ont des robes noires, peut-être parce qu’ils portent le deuil de toutes les vertus, de toutes les illusions. Le plus malheureux des trois est l’avoué. Quand l’homme vient trouver le prêtre, il arrive poussé par le repentir, par le remords, par des croyances qui le rendent intéressant, qui le grandissent et consolent l’âme du médiateur, dont la tâche ne va pas ans une sorte de jouissance l il purifie, il répare, il réconcilie. Mais nous autres avoués, nous voyons se répéter les mêmes sentiments mauvais, rien ne les corrige, nos études sont des égouts qu’on ne peut pas curer… »
615 pages, le pavé de l’été 2016! A glisser dans le sac de plage entre la serviette et la crème solaire. Michel Bussi, dans une vidéo, sur son site, le présente un peu comme cela. Il est sorti juste avant l’été pour que les vacanciers en camping lisent un roman qui se déroule dans un camping, que les lecteurs sur la plage lisent une histoire de plage. Et, encore plus chanceux : les touristes en vacances en Corse qui retrouvent la Corse des touristes et rencontrent des autochtones. Nous avons passé une semaine à Calvi proche de la Pointe de la Revellata : ce livre est pour moi!
Sauf que je suis difficile : ma liste de lecture pour la Corse commence par Balzac, Mérimée, Flaubert et Maupassant pour se terminer par Ferrari (du point de vue chronologique) j’en ai oublié entre Maupassant et Ferrari. Pour le style, je me suis régalée. Tandis que Bussi, dans le temps est assassin, ne me gâte pas vraiment. Passe encore que le journal intime de la gamine de 15 ans comporte des tournures adolescentes comme « genre sûr de lui » ou « en mode », j’attendais « du coup », il est arrivé tôt. je ne suis d’ailleurs pas sûre qu’on employait ce vocabulaire « djeun » en 1989… pour le récit 2016 de Clothilde 42 ans, ces négligences sont impardonnables, elle est censée être avocate, que diable! Ce style « tendance » m’agace prodigieusement.
Un sérieux montage pour raccourcir le récit s’impose. A-t-on vraiment besoin de connaître la marque de chacun des T-shirts et des vêtements, le motif de chaque serviette de toilette? Je sais que les marques importent aux ados ; elles lassent le lecteur adulte.
Clothilde 15 ans, est une « gothique » avec l’attirail noir, les coiffures ad-hoc, on la visualise bien. Inutile le radoter! Clothilde 42 ans, s’est développée harmonieusement physiquement mais elle reste bien midinette.
L’intrigue haletante gagnerait donc à être resserrée : moins de mièvreries . Les cadavres, les rebondissements, ne manquent pas et c’est tout à l’honneur du thriller auquel je pardonne les négligences, harponnée par la curiosité. J’avais parié pour un meurtrier, et voilà qu’on l’innocente, et que surgit un personnage qu’on n’avait jamais vu. Bien fait! Il faut reconsidérer le point de vue. Non ! je ne vais pas spoiler! je déteste les critiques qui racontent l’histoire et qui donnent trop d’indices.
Et la Corse?
Elle est comme le touriste l’imagine : splendide, torride, baignée d’une mer toujours bleue avec un maquis parfumé. Ni Clothilde-15ans, ni Clothilde-42 ans ne prennent le temps d’herboriser.Tout juste seront cités le serpolet et la criste marine.
Regrets : j’aurais aimé voir un de ces euproctes.
Et les Corses? Ils sont aussi comme on les imagine. Les grands-parents traditionnels dans leur bergerie (j’ai beaucoup aimé le Papé Cassanu qui est une belle figure). Le père travaille sur le continent et « soigne sa corsitude« ; il m’a fait rire. Evidemment il y a une bombe (sur fond d’immobilier), des clans et des familles puissantes, l’omerta, et même une « justice » corses qui court-circuite celle des tribunaux de la République.
Témoignage ou images d’Épinal? Seuls les Corses pourraient me dire si Bussi n’a pas chargé la caricature ou s’il apporte une image plausible.
En tout cas, ce divertissement a un succès qui m’étonne : sur Babélio le nombre de ses lecteurs (2650) dépasse celui du Goncourt de Ferrari(2309) et les critiques sont élogieuses. Seule explication, je suis snob et les best-sellers ne sont pas ma tasse de thé.
A Sevran, une mère et sa fille. Salima, la mère est professeur de Français. Nina, la fille, 14 ans, joue du violon, bonnet de laine, jeans coupés, cheveux longs, c’est un ado assez conventionnelle. La mère et la fille s’entendent bien. Jusqu’à la crise. La mère rentre d’Algérie où a eu lieu l’enterrement de sa mère. Nina arrête le violon, elle cache un gros livre à sa mère et lui tient des propos moralisateurs. Salima ne s’est aperçue de rien. Nina s’est fait embrigadée par des djihadistes sur Facebook à son insu.
Le sujet de la pièce est double : l’embrigadement des jeunes filles mais aussi les rapports mère/fille.
La pièce pourrait être une tragédie, le départ de Nina pour la Syrie est déjà organisé. Le drame est désamorcé par l’intervention tout à fait involontaire de sa mère. La fin est tragi-comique. (je ne vous la raconterai pas! Na!)
Du même auteur, Ahmed Madani, j’avais préféré la pièce F(l)ammes jouée à la Manufacture des Oeilletsà Ivry où dix femmes issues de l’immigration intervenaient avec leur histoire, leur humour, leur énergie en un choeur magnifique. J’ai rencontré Dieu sur facebook n’en a pas la force dramatique, elle est tout à fait intéressante et pédagogique. Comme j’aimerais que mes anciennes élèves la voient pour désamorcer cet « hameçonnage » qui les menace, jeunes idéalistes qui rêvent d’un prince charmant du désert….
Je me suis lancée dans cette biographie des Vies de Job (c’est l’auteur qui met le titre au pluriel). Pierre Assouline est hanté par Job. Il se lance dans une enquête minutieuse dans les textes bibliques mais aussi dans la littérature, la peinture et même la musique pour traquer le personnage.
« Telle est l’histoire de mon ami Job, symbole du juste confronté au Mal et à la souffrance. C’est l’histoire d’un livre et c’est l’histoire d’un homme. L’histoire d’un livre fait homme. »
Pour enquêter sur l’Histoire d’un livre, Pierre Assouline recherchera la société des écrivains et le soutien de François Nourrissier, de Carlos Fuentes dans le prologue que j’ai un peu de mal à suivre.
Erreur de ma part, j’ai égaré ma Bible, et ne peux pas revenir au texte. D’ailleurs quel texte? quelle traduction? La Thora traduite par Zadoc Kahn? ou Le Livre de Job de Renan? Assouline raconte l’histoire des traductions, de la Septante à la Vulgate, cela plane bien au-dessus de moi, je décroche un peu. La souffrance des traducteurs m’indiffère. mais je croise Artaud, Yeats, Proust et Kafka qui me parlent plus.
La voyageuse voit sa curiosité éveillée quand Assouline arrive à Jérusalem pour approfondir ses recherches. Je l’imaginais en compagnie de talmudistes, je le trouve à l’Ecole Biblique chez les dominicains. Je réprime un ressentiment : les dominicains me renvoient à l’Inquisition, et cela je réprouve! Quelle étroitesse d’esprit de ma part! Cette Ecole biblique renferme une bibliothèque où la convivialité et l’ouverture d’esprit de ce phalanstère sont remarquables. Régis Debray vient de quitter les lieux, Claudel y a travaillé…La première perle que je trouve (et note dans mon pense-bête) est Yossel Rakover s’adresse à Dieu de Zvi Kolitz, récit en date du 28 avril 1943 prétendument trouvé dans une bouteille sous les ruines du ghetto de Varsovie. Il me vient une furieuse envie de trouver ce texte!
Si Assouline a préféré l’Ecole Biblique à l’Université hébraïque, c’est à cause de la langue française. Vies de Job est avant tout littéraire, et la langue importe, comme la littérature.
fresque de doura europos
Parmi toutes les sources, Assouline n’oublie pas que Job vut aussi en islam : Ayoub, pour les Musulmans est aussi un prophète. Il a ses pèlerinages, en Jordanie et même à Boukhara où nous avons visité son « tombeau ».
Digression chez les solitaires de Port-Royal où Sacy a fait une traduction (1688). Nouveau venu chez les traducteurs au 21ème siècle, un médiéviste : Alféri qui m’emmène dans l’univers du Nom de la Rose, et puis seul sur l’île de Groix.La quête de Job transporte Assouline, et ses lecteurs, comme des gobe-trotter à Heidelberg, à Bombay….Job, l’homme souffrant sur son fumier est ubiquiste. Et la voyageuse nomade se régale du périple littéraire. Les chapitres sont divisés en paragraphes numérotés (comme les versets des textes sacrés?) courts qui sautent du coq à l’âne. On voyage dans le temps et dans l’espace.
Occasion de nombreuses rencontres même Eliezer Ben Yehouda ou parfois Woody Allen. On suit même Etherie (ou Egérie) une pérégrine venue de Galice ou d’Aquitaine entre les pâqus 381 et 384, venue à Carnéas, à l’endroit où Job était sur son fumier. Je ne peux pas citer toutes les excursions aussi variées que l’hôpital psychiatrique où l’on accueille les fous de Jérusalem (comme il existe à Florence un syndrome de Stendhal) ou au théâtre de l’Odéon à Paris…Rencontres inattendues : Toni Negri , lui et les gauchistes italiens étaient-ils d’autres Job? Muriel Spark. Et même les Chants de Maldoror.
William Blake
Illustrations : Job raillé par sa femme (sur la couverture) de De La Tour, les fresques de la synagogue de Doura Europos, Job sur ses cendres de Fouquet, mais aussi le Job de notre temps et les peintures de François Szulman et Jean Rustin que cette lecture m’ont fait découvrir. Depuis que j’ai un smartphone je cherche les illustrations des tableaux .
La partie la plus émouvante, la plus personnelle : le chapitre Les miens. L’auteur nous entraîne au Maroc dans le Sahara, à Figuig d’où sa famille est originaire. De l’ancêtre engagé en 1918 pour obtenir la nationalité française, à Casablanca où l’auteur a passé son enfance. a Paris le Grand-père qui avait réussi…Le roman familial bascule dans la tragédie. Revient Job! Du Livre de Job au Kaddish et aux deuils, il n’y a qu’un pas…Ecrire sur Job, c’est aussi évoquer cette douleur.
Jean rustin
Comment ça va avec la souffrance? La maladie de Job, les ulcères, la lèpre, les maladies de peau diverses. Le sida. Les souffrances de Job – pièce de Khanokh Levin, je note encore. Il faudrait que je revienne à Khanokh Levin, traduit par une amie proche. De la peau malade, on glisse vers le tatouage des déportés. La souffrance culmine avec la Shoah. « Job est rentré de déportation » est la conclusion du chapitre. Mais il y a pire : la mort des enfants. Le dernier chapitre qui l’évoque est presque impossible à lire. Tant de souffrance , et pourquoi? Pourquoi demande Ricoeur. Manitou, philosophe de haute volée revient sur cette souffrance, s’attachant au scandale de Job. J’ai du mal à comprendre. Après la mort des enfants, j’ai du mal à terminer le livre.
Je quitte à regrets ce livre, j’y reviendrai. J ‘ai téléchargé sur la liseuse la traduction de Renan et celle de Zadoc Kahn. Et toutes ces références des livres que j’ouvrirai avec une autre intention. J’aime les livres qui ouvrent des portes sur d’autres lectures.