Expédition en zodiac la Réserve de Scandola et les calanche de Piana

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Scandola

Hier soir, l’hôtesse de « Corse Emotion » a appelé. Je suis la seule inscrite sur le bateau pour Scandola, elle propose, pour le même prix, le tour complet : Scandola et Calanche de Piana. Elle prévient : « ce sera sportif ». Le téléphone me prédit une « légère brise de 13 km/h ».

Bonne pioche ! je suis ravie.

le zodiac au départ : Sarkoscud

Si tous les tours se ressemblent, Corse-Emotion propose des sensations fortes. Je n’y avais pas prêté attention. Le zodiac a pour nom Sarkoscud c’est peut-être un signe !

Le capitaine prévient : « la mer et agitée, si vous avez mal dans le dos, il vaut mieux renoncer. Les places les plus confortables sont à l’arrière »

Les autres passagers sont  canadiens,  retraités sportifs, personne n’avouerait un dos fragile. Dans le zodiac, les sièges ressemblent à des selles de moto. Il faut se tenir à une sorte de guidon. Il est recommandé de ne pas s’asseoir mais de se tenir debout, le dos calé contre le dossier rembourré et d’amortir les chocs en fléchissant les genoux. Pour rejoindre Girolata, Stéphane met pleins gaz. Le zodiac est soulevé puis se ramasse dans les creux en tapant bien fort. Impossible de prendre des photos. Je dois me cramponner à deux mains et cela bouge beaucoup trop pour espérer cadrer une photo !

La tour génoise de Girolata

L’arrivée à Girolata est très jolie. Le fort génois en bon état est à l’avant sur une butte. A l’arrière les petites maisons sont entassées sur la pente. Quand on s’approche, c’est beaucoup moins joli. L’anse est remplie de yachts monstrueux, pas de gracieux voiliers, non ! de monstres au museau de requin agressif. Cette une marina pour « hyper-riches » ôte tout charme et toute authenticité au « village de pêcheurs » qui est un village touristique avec restaurants chics pour les plaisanciers. Parmi les bateaux, la barge grise ravitaille les restaurants. Aucun facteur n’a remplacé Guy. Un seul bateau de pêche vend des langoustines.

Scandola

Encore 5 minutes à grande vitesse, nous atteignons la Réserve de Scandola balisée par des panneaux. Dans la zone périphérique il est permis de mouiller pendant la journée mais pas la nuit. Dans la Réserve Intégrale, il est interdit, de s’arrêter, de pêcher (sauf pour les vieux pêcheurs qui avaient obtenu leur concession avant 1975). Le survol en avion est aussi interdit pour ne pas déranger les oiseaux. Stéphane ralentit enfin le bateau pour commenter les curiosités ; Scandola est une caldeira effondrée d’un volcan de 250 Millions d’années. Les roches rouges sont de la rhyolite, les verdâtres de la dolérite et les noires du basalte. Les faciès volcaniques sont étrangement frais et lisibles. Les poches de gaz ont laissé de grandes cavités. On reconnait les coulées, les orgues rhyolitiques curieusement horizontales, les lahars (coulées de boue où le matériel pyroclastique, les blocs roulés et les galets sont mêlés). D’étranges pitons surgissent de l’eau, la lave semble s’être solidifiée hier dans l’océan.

baiser

Les vagues battent les rochers et offrent un spectacle impressionnant. La Réserve terrestre est également protégée. La silhouette des arbres se détache, torturés comme des bonsaïs. Sur des pitons se trouvent les nids des balbuzards (alfana) gros comme des nids de cigognes. Plus le nid est ancien, plus il est imposant. C’est toujours le même couple qui l’occupe. Le Lithophyllum – algue rouge de la famille des corallinacées, forme un trottoir au contact air/eau. Protégés aussi, les coraux et les herbiers à posidonies.

Premier arrêt dans une grotte où l’eau est très calme et transparente. Des bords pneumatiques du zodiac, on peut observer les poissons. Un mérou nous attend, je le devine plus que je ne le vois. Un banc de poissons bleus passe : des oblades proches des dorades mais immangeables parce que pleins d’arêtes. On peut les passer à la moulinette pour faire de la soupe ou s’en servir comme appât vif pour la pêche.

Stéphane montre les coulées blanches faites par les cascades à la saison humide.

Plus qu’un cours de sciences naturelles, notre capitaine préfère faire appel à notre imagination pour trouver une trompe d’éléphant, un rocher en équilibre incertain qui semble danser, deux rochers séparés par un creux qui ressemblent à deux visages échangeant un baiser. Il agrémente la promenade d’éléments fantastiques.

Nous traversons toute la baie à grande vitesse pour parvenir aux Calanche de Piana en 20 minutes qui passent vite maintenant que nous sommes habitués.

Granite des calanche de Piana

Les calanche sont en granite – rose et gris – 350 Millions d’Années. Failles et diaclase ont donné cette érosion caractéristique : crètes triangulaires, doigts pointés vers le ciel. Le bateau s’immobilise dans la « piscine », un petit cirque entouré de hautes falaises où l’eau est transparente et tranquille. « Voulez-vous vous baigner ? «Nager autour d’un bateau est une expérience plaisante. Il faut auter ou plonger, ce que je ne fais jamais. Je m’assieds sur le boudin et me laisse glisser pour couler, boire une belle tasse avant de remonter. Pour remonter il y a une petite échelle.

Le bateau se faufile dans des passages de failles, des tunnels, des grottes. Par une fenêtre dans la roche on voit les crêtes dans le lointain. La petite plage de Ficajola est surmontée par des cabanes, maisons de pêcheurs ou restaurants ?

Grottes et fenêtres à Piana

Nous avons abandonné notre cabane dans les arbres ; j’aimais beaucoup le voisinage des oiseaux mais Dominique avait vraiment beaucoup de mal à monter le chemin pentu. Houssine nous a réservé un autre bungalow en face du jardin où il reste encore quelques zinnias fleuris et des lauriers roses. En face il y a un beau magnolia.

A la plage de Boussaghia il y a moins de vagues qu’hier. Je recommence les longues traversées qui délassent mon dos des trépidations du bateau. Le ciel s’est couvert mais il fait très doux sur la terrasse.

 

 

 

 

Cross à Giverny

EXPOSITION TEMPORAIRE AU MUSÉE DES IMPRESSIONNISMES DE GIVERNY  jusqu’au 4 novembre 2018

Cross à Giverny

Au  Musée de Giverny , j’ai fait bien des découvertes. Peintres majeurs ou de notoriété moindre mais toujours intéressants et de très bonne facture.

Henri-Edmond Cross (1856-1910)

Cross

Néo-Impressionnisme? Pointillisme? Divisionnisme? Inspiré par Signac ou Seurat, Cross découvre la lumière du midi au Lavandou et peint avec des couleurs vives, gaies par petites touches contrastées. Ses tableaux sont très construits. Après de nombreuses études, il peint des oeuvres très construites en atelier (on devine parfois les carreaux)

Cross

Ses aquarelles sont aussi très intéressantes, surtout quand il utilise un procédé original en couvrant le fond de tortillons en zigzag d’une teint soutenue laissant des vides pour que le blanc du fond éclaire l’eau ou le ciel. Pas de couleurs diluées, des points et des spirales qui donnent de l’intensité à l’aquarelle.

Cross : chèvres

J’ai aussi beaucoup aimé ces chèvres.

Bien que Cross soit peu connu du grand public, mais reconnu par ses pairs, il se trouve à la charnière de l’art moderne, des fauves, de Matisse…

Promenade à Ota, la marina de Porto et la plage de Bussaghia

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Ota sous les nuages

Météo du téléphone  : 80% de probabilité de pluie.

Le ciel est gris, bas, il reste quelques gouttes sur les feuilles des arbousiers. Le sol est sec. Pluie minimale mais chute de la température. Nous ne nous pressons pas de nous lever.

marina livia notre balcon dans les arbousiers

La promenade de la Passerelle de Pinello est un itinéraire facile (1h30 AR – 200 m de dénivelé). Départ du sentier à Ota, sur la D124 à l’entrée du village au Bar des Chasseurs. Un escalier descend à la base du village. Une croix, un appentis en bois, je trouve facilement le sentier dallé, ses grosses marches de granite entre deux murettes recouvertes de lichens et de mousses. Etrangement, avec l’abondance de fougères et de mousse on ne se croirait pas dans un pays méditerranéen sec, plutôt dans une jungle humide. Les figuiers de barbarie portant de nombreux fruits orangés me rappellent à la géographie ; deux gros plants sont écroulés que je contourne en évitant de frôler les raquettes piquantes. C’est le seul obstacle sur le sentier qui descend en lacets serrés dans les oliveraies. Un passage en balcon me permet d’admirer les montagnes dont les sommets sont pris dans les nuages. L’avantage de la couverture nuageuse, c’est qu’il ne fait pas chaud !

maquis : exubérant!

Je découvre des ruines (les moulins annoncés ?), puis un vieux pont de pierre dont l’arche est brisée. Je franchis une passerelle. Sur ce versant les arbres sont plus hauts, plus touffus. Les troncs des châtaigniers sont impressionnants mais nombreuses branches sont desséchées. Sont-ils malades ou simplement très vieux ? Une piste en faux plat conduit à la route de Corte (D84). Des aboiements m’inquiètent : toute une meute de chiens de chasse salue mon passage. Ils sont attachés et ne sont pas agressifs. Ils gueulent pour le plaisir. Avant la route il y a encore un petit pont de pierre.

Le retour se fait par le même chemin. Le soleil a dispersé les nuages. En montée je transpire tant qu’il me semble que j’attire les mouches.

Sur la route en corniche à la sortie de Porto; Au premier plan hellébore arborescente

Nous retournons à la marina de Porto : des hôtels, des restaurants, rien d’autre (si ! un bureau de Poste). Je réserve une excursion pour Scandola samedi matin, vendredi la météo annonce du vent ?

Nous rentrons juste à temps pour échapper à une belle averse et déjeunons à l’abri de l’auvent sur le balcon.

Comme le soleil est revenu je vais à pied à la plage de Bussaghia me baigner. C’est une grande plage de petits galets multicolores. L’eau est bleu profond, presque bleu nuit. La surface fait miroir reflétant les rochers rouges des falaises.

De Galeria à Porto – installation à marina Livia

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Galeria

Baignade sur la plage de Galeria

Nous nous détournons de la route d’Ajaccio pour aller me baigner sur la belle et grande plage de Galeria. Nous pique-niquons sur un banc sous un beau pin, d’un avocat, de deux œufs durs et de taboulé. Je suis la rangée de bouées jaunes qui délimitent la zone de baignade de la marina. De nombreuses bouées blanches offrent, en saison, des anneaux de mouillage pour les plaisanciers. Déjà en septembre il y en a fort peu.

La D81 vers Porto tortille dans le maquis sur une dizaine de km loin de la côte. Au Col de Palmarella nous retrouvons la mer et découvrons le golfe de Girolata avec sa tour génoise ; le ciel est devenu laiteux. Les photos seront ternes : les rochers orange ou rouges apparaissent grisâtres, la mer est grises ; je n’ai même pas envie de photographier.

scandola dans la brume

A Osani, au Col de la Croix, la vue est encore plus spectaculaire. Un café est installé au départ du sentier de Gui le facteur (45 minutes pour la plage de Tuara – 1h15 pour Girolata). Pour les photos, toujours cette vilaine lumière qui ne m’inspire pas !

Le GPS nous conduit directement à Marina Livia à Serriera, sauf que le bourg est perché dans la montagne et que Marina Livia est sur la plage de Bussaghia.

marina livia notre balcon dans les arbousiers

L’accueil est chaleureux mais le confort spartiate. Notre chalet en bois est perché, le balcon dans la cime des arbousiers au-dessus d’un laurier-tin. Un peu plus bas, il y a des oliviers. Le chalet est revêtu à l’intérieur de lambris en bois foncé. Il est meublé de deux lits de fer et d’une table. La hauteur de plafond est surprenante. Kitchenette vieillotte (les plaques n’ont même pas de témoin lumineux). La salle d’eau, revanche est toute neuve avec une belle cabine de douche en verre.

Le charme, et l’inconvénient de notre bungalow, c’est qu’il est en hauteur ; derrière, il y a bien un chemin plein d’ornières et de rochers. La Smart se fraye un chemin en marche avant. On dé charge les valises. La descente en marche arrière s’avère très pénible. On ne renouvellera pas l’expérience.

 Courses à Porto :

 

Station balnéaire très bien équipée SPA, Carrefour-Contact bio et local. Comme son nom l’indique, Porto est un port, pas un port de marchandise, ni de passagers, ni même de pêche ; c’est le départ des excursions à la Réserve de Scandola et aux Calanche de Piana. Le long des quais il y a des comptoirs pour les billets et les réservations d’excursions ou pour la location de bateaux avec ou sans permis. Une haute passerelle en arceau enjambe l’estuaire. En face c’est pareil. Tout est calibré : les prix et les destinations sont tous les mêmes. Zodiacs 12 personnes et gros bateaux, tous font le même circuit. 30€ pour les Calanche, 45 € Scandola , 60 l’ensemble. A l’Office de Tourisme, une jeune blonde décolorée récite son boniment. Les excursions ne sont pas de sa compétence. Pour les promenades à pied, elle distribue une photocopie gratuite mais illisible de parcours dans les calanche de Piana et vend 3€ le topoguide des autres randonnées. Pour les concerts, reportez-vous aux affiches ! Porto est donc touristique, très touristique. Un tourisme très encadré. Il s’agit de faire rapporter le tourisme sans toucher à la Réserve, bien entendu !

Nous dînons tôt sur la terrasse. Les journées raccourcissent ? A 8h du soir, il fait nuit. Ici non plus, il n’y a pas de moustiques, seulement des papillons gris qui volettent autour de la lampe extérieure.

 

 

 

La vallée du Fango

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Le petit fleuve Fango

Nos guides qualifient la visite de la vallée du Fango d’ »incontournable ». Nous empruntons donc la petite route de Mansu et nous arrêtons sur le parking en face du Ponte-Vecchiu, petit pont génois à une seule arche qui enjambe le fleuve. Le Fango s’insinue dans des roches rouges, creusant des vasques près desquelles des touristes ont déjà étalé leurs serviettes.

Le Fango est un petit fleuve côtier au débit torrentiel réputé pour sa transparence de l’eau. Il ne charrie pas de particules en suspension du fait de la résistance à l’érosion des rhyolites qu’il traverse dans un bassin versant entouré de reliefs imposant lui garantissant son isolement. Du fait de l’absence de nutriments dissous – très faible minéralisation, la pauvreté en azote et en phosphore – il n’y a pas (ou très peu) d’algues qui lui donneraient une couleur verte. Les ¾ des éléments dissous sont d’origine atmosphérique. Le Fango est donc très sensible à la pollution de l’air et des eaux de pluie. On a constaté, cependant, un doublement des nitrates en 20 ans.

le pont génois sur le fleuve Fango

Je m’engage sur le sentier mare e monti qui rejoint le vieux pont gênois à Tuarelli (2h30)  en longeant la rivière. Je fais demi-tour au bout d’une demi-heure regrettant de disposer de si peu de temps.

La petite route passe par la forêt. Arrêt sur l’aire de Treccia dans la Yeuseraie(forêt de chênes verts) très vieux, très imposants. Selon un panneau, une Université anglaise y mène des recherches sur la mésange bleue.

le Fango vers l’amont

Mansu est un village étagé flanc de la montagne. On s’approche ensuite des hautes montagnes dénudées aux crêtes déchiquetées. Il me semble distinguer un névé. Est-ce possible ? les sommets dépassent 2500 m. Devant la petite église de Bardiana le mystère du « névé » est résolu. Il n’y a pas de neige, mais le vide sous une arche rocheuse (Tafonato). L’arche est si lointaine que je ne fixe rien sur la photo.

Avez vous trouvé l’arche?

Balade vers Marne-la-Vallée du château de Rentilly aux vallées de la Gondoire et de la Brosse

BALADES EN ÎLE DE FRANCE

Grilles du Château de Rentilly

8 km – facile – 2 heures sans se presser

Le car a quitté la Francilienne (A104) à Collégien et s’est garé sur le parking devant les grilles du Château de Rentilly. Nous avons fait un tour pour profiter des arbres magnifiques, des bassins et d’un curieux bâtiment contemporain qui reflète dans ses miroirs le vert du parc et des pelouses en les déformant. Le Château de Rentilly date du 17ème siècle mais il fut reconstruit au début du 19ème siècle, il appartint à une famille de négociants hollandais avant de passer à la Famille Menier de la chocolaterie Noisiel qui continua à l’aménager. Il est maintenant la propriété de la  Communauté de communes de Marne et Gondoire et un centre d’art contemporain l’occupe : le Frac qui organise des expositions.

Sortant du parc nous empruntons une longue avenue bordée de marronniers qui passe entre des lotissements de maisons plutôt grandes et classieuses à Saint Thibaud-les Vignes.

On arrive dans la campagne, champs de maïs déjà récoltés. Des piquets marrons très discrets balisent des itinéraires piétons, cyclistes et cavaliers dans la vallée de la Gondoire

Après avoir traversé la D35 qui va au Château de Guermantes un nouvel itinéraire suit un autre ruisseau : la Bosse avec deux parcours possibles : un chemin dur dans les champs avec des noyers de temps en temps et des bancs ou un sentier qui suit le cours d’eau que nous avons pris au retour pour passer le long de l’étang de Loye

l’étang d la Loye

e n’ai pas l’habitude de raconter chacune de mes promenades, mais celle-ci je compte bien la refaire et je ne veux pas l’oublier! 21

Le Sermon sur la Chute de Rome – Jérôme Ferrari

LIRE POUR LA CORSE

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J’avais commencé après le Goncourt Le Sermon sur la chute de Rome et j’avais renoncé. Rebutée par le style, les phrases interminables et interloquée par le sujet : quel rapport avec Rome? m’étais-je demandée. On n’est pas forcé de lire les Goncourt!

De retour de Corse, après avoir lu A son image, et l’avoir aimé, j’ai fait une nouvelle tentative. Et je me suis laissé séduire. Il faut du souffle pour apprécier le style de Ferrari, et de la persévérance. Mais quand on se laisse emporter, le charme opère.

Comme A son image qui illustre les parties d’un Requiem, le plan du Le Sermon sur la Chute de Rome est construit à partir des phrases-clé du sermon de Saint Augustin. Construction intelligente. Quel rapport entre la Chute de Rome assiégée en 410 par les troupes de Genséric et l’échec du bistro d’un village corse?

Le Sermon sur la Chute de Rome peut aussi être envisagée comme une saga familiale dont l’origine est une photo prise en 1918 de la mère de Marcel Antonetti, de ses sœurs et de son frère, et dont la conclusion serait la mort de Marcel, le grand père, comme une défaite.

« Nous ne savons pas, en vérité, ce que sont les mondes. Mais nous pouvons guetter les signes de leur fin. Le déclenchement d’un obturateur dans la lumière de l’été, la main fine d’une jeune fille fatiguée posée sur celle de son grand-père, ou la voile carrée d’un navire qui entre dans le port d’Hippone, portant avec lui, depuis l’Italie, la nouvelle inconcevable que Rome est tombée »

Si le centre de l’histoire est la tentative de Mathieu et de son ami Libero de faire revivre le bistro du village de montagne corse. Histoire d’amitié depuis l’enfance de deux garçons. Histoire de l’attachement au village corse de leur enfance.

Et Saint Augustin, là de-dans?

« Libero croyait que son honorabilité était inscrite au fronton d’un ciel haut et pur dont importait peu que personne n’en connu l’existence. Il fallait se détourner des questions morales et politiques, gangrénées par le poison de l’actualité et se réfugier dans les déserts métaphysiques de la métaphysique. »

Libero décide de faire son mémoire de master de philosophie sur Augustin.

Aurélie, la sœur de Mathieu, archéologue part en Algérie chercher les vestiges de la cathédrale d’Hippone.

Les deux étudiants en philosophie abandonnent leurs études et se lancent dans l’aventure au village. Le succès de leur entreprise est fulgurant. Tragique est la chute.

L’art de Ferrari est de faire vivre tout un monde, au village, mais aussi à Paris et dans les colonies. Les personnages secondaires ne sont pas esquissés, chacun est  le personnage principal de son épisode dans l’histoire.

Je ne regrette donc pas d’avoir recommencé cette lecture. Je devrais rééditer l’expérience. Chaque livre attend son heure

 

La Forêt de Bonifatu et le Jardin de Saleccia

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la forêt de Bonifatu

Pour arriver à la Forêt de Bonifatu, nous reprenons la route de Galeria par l’aéroport puis suivons la rivière Figarella, franchissant de mignons ponts de pierre et s’enfonçant dans la forêt. Le parking et la fin de la route se trouvent sous l’Auberge de la Forêt.

carnets de voyages, lectures
Foret de Bonifatu : boucle de Ficaghjola – passerelle

Je choisis la balade de la boucle de Ficaghjola (4km – 2h – 225 m de dénivelé positif) qui commence à la passerelle qui se trouve sous le parking : deux filins tiennent des plaques métalliques. Un écriteau prévient : « 2 personnes à la fois seulement ». . Le sentier monte en lacets serrés dans une forêt de feuillus : hêtres, yeuses, bruyères arborescentes, bien touffue et bien sombre. Le sentier est bien tracé, bien balisé. A chaque épingle à cheveux, je regarde le cirque de Bonifatu bordé par de hautes aiguilles rouges de rhyolite, déchiquetées et verticales, culminant autour de 2000 m. Au-dessus des feuillus, je découvre une plante qui ressemble à du thym dont le parfum très fort n’est pas celui du thym quand j’en froisse quelques branches.

Foret de Bonifatu : les pins sur le versant ensoleillé

Je franchis un épaulement pour me retrouver sur le versant ensoleillé planté de grands pins Laricio. Le sentier est plus doux, plus facile, en pente plus régulière, il descend jusqu’au ruisseau qui coule avec un bruit rafraîchissant.

boucle de Ficaghjola : ruisseau rafraîchissant

Je remonte un peu pour emprunter le GR20 que je descends sur une rampe cimentée le long d’une paroi rocheuse. A la montée, je croise un couple de randonneurs lourdement chargés qui monte avec entrain. . En face, la roche est ravinée par des gouttières bizarres. Les pins qui s’accrochent font penser à des estampes chinoises. Après avoir franchi la rivière, le parcours se termine sur une piste forestière large ; j’ai marché 1h15 au leu de 2h. Quand je marche seule, à la fraîche, tôt le matin je grimpe plutôt vite.

Baignade à la plage de Calvi

Plage de Calvi

Nous retournons à la gare U Pinetu. La plage est presque vide ce matin, l’eau limpide. La citadelle comme décor, la pinède comme horizon. Je devais être drôlement de mauvaise humeur pour dénigrer la plage de Calvi.

Jardin de Saleccia

Jardin de Saleccia

Le Jardin de Saleccia se trouve 4 km après l’Île-Rousse. Entrée 9€. Ce jardin est très vaste. Il a été réalisé avec les plantes du maquis. Pistachiers lentisques, myrte ou laurier sont taillés en grosses boules à la topiaire tandis que laurier-sauce et cyprès à la silhouette élancées et au feuillage sombre se détachent sur le feuillage léger et gris-argenté des oliviers. La promenade est très instructive : de nombreux panneaux explicatifs racontent l’histoire de l’exploitation agricole puis la création du jardin. D’autres décrivent les espèces les plus emblématiques du maquis : oliviers, amandiers, cyprès pistachiers lentisques.

Je recopie mes notes :

Le nom de Saleccia combinerait la déformation de « cale à bateaux » et de leccia – le chêne-vert.

On a trouvé des vestiges romans, des amphores à huiles. Vers le 13ème siècle Gènes a construit des tours à signaux pour prévenir des invasions barbaresques, la dernière eut lieu sur Monticello en 1805. Au 18ème siècle Saleccia appartenait à la famille Leonetti, le terrain se transmettait de femmes en femmes. A cette époque, les terrains en bord de mer ne valaient rien et étaient donnés en héritage aux femmes. Ironie du sort, dans les années 60 avec l’essor du tourisme la valeur de ces terrains a explosé !

Histoire du domaine agricole :

1840-1875 culture des céréales, des oliviers, élevage des brebis vaches, également une magnanerie et des agrumes. Le domaine fut exploité jusqu’en 1914. La propriété fut laissée à l’abandon, et un incendie le dévasta en 1974.

 

Le Mûrier blanc originaire de Chine est passé en Corse via la Turquie et l’Albanie.  En Corse, on pratiquait au 19ème siècle, l’élevage du ver à soie et des mûriers furent plantés. Ils ont résisté aux feux successifs

 

 

Olivier : la culture remonte en Corse au 6ème siècle av JC, en 1820 on dénombrait douze millions d’oliviers ; actuellement, seulement 180 000.

jardin de Saleccia : olivier

C’est un arbre de valeur et un symbole. On pouvait le céder pour payer ses dettes (même de jeu) sans même qu’il soit déplacé de l’endroit où il était planté. Il était courant qu’une personne soit propriétaire d’un seul olivier sans être propriétaire du terrain.

Les fruits sont récoltés sur l’arbre : on pose des filets et les olives tombent. Traditionnellement la cueillette était faite par les femmes, les hommes les piétinaient dans une auge. Les olives détritées étaient placées dans un sac en poil de chèvre et le broyage se faisait dans une cuve au pressoir.

En Corse :

L’huile d’olive en plus de ses usages habituels était utilisée dans le rituel permettant de révéler le mauvais œil. Le dimanche des Rameaux, on utilisait des rameaux d’oliviers ce qui a donné le nom de Dimanche des oliviers.

Amandier les amandes sont très utilisées en pâtisserie pour faire des macarons (amaretti) du nougat, des croquants, de l’orgeat

Le cyprès ne pousse pas à l’état sauvage en Corse. Il est planté fréquemment à côté des sites funéraires . sa forme particulière aiderait les morts à monter au ciel.

« Celui-ci sent le cyprès » dit-on d’une personne sur le point de décéder.

Les plantes du maquis : d’une hauteur de 0.5 m à 6 m . Cette hauteur m’a vraiment frappée, je ne m’attendais pas à ce que le maquis soit une véritable forêt. Cette hauteur dépend des incendies qui conduisent à la désertification. Heureusement certaines plantes ont un grand pouvoir de régénération : les arbousiers, bruyères, le myrte, le chêne-vert et l’olivier. A l’origine la forêt naturelle était formée de chêne-vert, de chênes lièges et d’oléastres (oliviers sauvages) .

Pistachier lentisque

En Corse on l’utilise pour désinfecter les tonneaux et éloigner les parasites des animaux (colliers pour chiens) ainsi que pour l’hygiène dentaire. En décoction et en fumigation il guérit de l’asthme et de la sinusite. De ses branches souples, on peut également faire des paniers.

 

 

 

 

 

Arbousier peut pousser jusqu’à 1000 m d’altitude et atteindre 12 m. Chez les anciens, l’arbousier était lié à la mort et à l’immortalité. Ses fruits contiennent de la pectine. Il est considéré comme dépuratif. On fait de l’eau de vie d’arbouse, de la confiture.

hélychrisum- italicum

Immortelle d’Italie : elle repart toujours plus vigoureuse à la suite d’une taille rase ou d’un incendie. Ses fleurs séchées sont d’une durée exceptionnelle. Elle est utilisée comme encens pour parfumer les maisons mais l’été en devenant très sèche, elle contribue à alimenter les incendies par l’émission d’essences volatiles.  C’est le parfum dominant du maquis ; Les bergers pour protéger le fromage et soigner les fractures des bêtes ; brûler les soies des porcs…

 

 

 

Euphorbe : est une plante persistante sauf E. arborescente relique du temps où le climat méditerranéen était subtropical. Toutes les euphorbes sont toxiques.  Le nom vient d’Euphorbus, médecin du roi Juba de Mauritanie.

 

 

 

Les Frères Corses – Alexandre Dumas

LIRE POUR LA CORSE

« Vers le commencement du mois de mars de l’année 1841, je voyageais en Corse. 

Rien de plus pittoresque et de plus commode qu’un voyage en Corse : on s’embarque à Toulon : en vingt heures on est à Ajaccio, ou,en vingt-quatre heures à Bastia.

Là on achète un cheval![….]de temps en temps on s’arrête pour visiter un vieux château bâti par quelque seigneur, héros et chef d’une tradition féodale, pour dessiner une vieille tour élevée par les Génois[…] Quant au logement de chaque nuit, c’est bien plus simple encore : le voyageur arrive dans un  village, traverse la rue principale dans toute sa longueur, choisit la maison et frappe à la porte.[…]

Allez sans crainte à Ajaccio, à Bastia, une bourse pleine d’or pendue à l’arçon de votre selle, et vous aurez traversé toute l’île sans avoir couru l’ombre d’un danger : mais n’allez pas d’Occana à Levaco, si vous avez un ennemi qui vous ait déclaré la vendetta, car je ne répondrais pas de vous pendant ce trajet de deux lieux... »

Alexandre Dumas se met en scène avec vivacité et nous le suivons bien volontiers.

Ce n’est pas un récit de voyage comme l’incipit pourrait le faire croire.

Court roman de 110 pages:  vous y rencontrerez des caractères bien trempés.  Vous assisterez à une ou plutôt deux vendette, un ou plutôt deux duels… parce que les frères corses sont deux, et jumeaux. Aussi ressemblants physiquement qu’opposés de caractère. L’un étudie le Droit à Paris, cultivé, moderne. L’autre – dit Dumas – est corse! Avec le « corse« , vous verrez des poignards historiques,  vous irez dans le maquis, rencontrerez un bandit…A Paris, vous irez à l’opéra, souper dans la haute société…

Et vous passerez une bonne soirée de lecture!

 

Au sud de Calvi jusqu’à Galeria

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La belle plage de galets roses

Le soleil s’est levé dans des nuages roses bien jolis puis le ciel s’et voilé dans une lumière presque automnale. La route qui grimpe à Notre Dame de la Serra traverse un chaos granitique. Un énorme bloc ovoïde est évidé, un autre, pointe vers le ciel. Un vaste enclos est prévu pour les pèlerins. Justement le pèlerinage a lieu hier (premier dimanche de septembre, anniversaire de Marie). Il reste dans le grand frigidaire un gâteau au chocolat. Des palmes et des branches de cyprès entourent le porche de la chapelle qui est grand ouverte.

Notre Dame de la Serra

La route de Galeria en corniche suit le rivage très découpé. Certains à-pics sont impressionnants. Les rochers sont découpés. A peine quelques rochers plus bas pour envisager une baignade, venu par mer, bien entendu. Un cap est occupé par l’armée « champ de tir le lundi » prévient un panneau. Un restaurant s’est installé dans le seul creux avec un accès à une plage. Joli restaurant, prix raisonnable, mais ce n’est pas l’heure !

Chaos granitique

La route tortille entre les arbousiers hauts comme des arbres. Dans un tournant on voit une construction basse – première depuis la sortie de Calvi, plus loin, un grand troupeau. Puis une ruine, très grande bâtisse avec une sorte de tour. A sa base, on a planté récemment des vignes, les ceps sont jeunes et rien ne vante le vin produit ici ! On a aussi planté des oliviers.

Dans la Baie de Crovani se trouvent les ruines d’une ancienne exploitation minière de plomb argentifère à l’Argentella abandonnée.

Le Delta du Fango

A l’entrée de Galeria la très grande plage de Riciniccia est large, rose et…vide. Pourquoi ? Les petits fleuves Fango et Marsolimo ont sans doute apporté tous ces galets. La route contourne le delta du Fango pour traverser le lit très large mais complètement à sec. On ne remonte donc pas loin le Fango en canoë ! Nous garons la voiture sur un très grand parking en terrasse. A quelques pas se trouve une tour génoise bien abimée précédée d’un élégant bâtiment de pierre. Un fléchage indique d’un côté « canoë-kayak sur le Fango » de l’autre « la plage ». un petit pont de ciment franchit le « fleuve » qui est un ruisseau. Sur un plan d’eau on peut en effet canoter (le panneau promet des tortues et des oiseaux aquatiques). Je préfère la mer ! Le ciel est nuageux. Les petits galets ont une teinte pourpre, l’eau est agitée d’un petit clapotis pas effrayant du tout mais pourtant personne ne se baigne. J’interroge les gens : « pourquoi n’y a-t-il personne ? » Il me faut convoquer mon allemand. Une dame d’âge mûr émet l’hypothèse « peut être à cause des vagues ? »- « quelles vagues ? il n’y en a pas ! » »pas de soleil » me répond un autre. Deux Italiens se sont baignés « c’est juste un peu dur de sortir avec les galets » . Etrange ! je tente. C’est un peu effrayant d’être seule dans l’eau qui bouge ; sans soleil, elle n’est pas turquoise mais bleue très foncé, presque noire. La plage est longue, j’en parcours à la nage la moitié. Pendant que je nage, un petit zodiac quitte le voilier à l’ancre ; ses occupants sortent des sacs et montent l’aile d’un kite-surf. Je comprends que les couples sur la plage ne sont pas venus nager mais pour le bronzage intégral. Comme il ne fait pas chaud, l’un d’eaux porte un T-shirt noir, des espadrilles mais pas de slip.

Le Guide vert recommande l’Artigiana dans la catégorie « restauration premier prix ». Au tournant de la route, il y a une boutique de produits corses, des tables rustiques avec des bancs, des petites tables basses et même hamac et fauteuil suspendus. A la carte : des salades ; assiettes de charcuterie ou de fromages, et des beignets. Je choisis un duo de beignets de courgettes et fromage. Les beignets de courgettes sont de petites galettes parfumées (courgettes râpées et herbes) les fromages de chèvre est fondu. Les beignets sont accompagnés de tomates-cerises ; de rondelles de radis et de betteraves crue ainsi que de salade. Très copieux. Tout est parfait : l’accueil, la vue et les beignets.

Nous rentrons à Calvi par la route des terres (26 km) qui suit le petit fleuve Marsolino (invisible de la route) et passons par une large vallée où l’on arrose les prés pour faire du foin les balles de foin sont sous plastique). Il y a des vaches. La verdure contraste avec l’aridité des montagnes où la roche est à nu. La route s’élève vers un petit col Bocca di Marsolinu (443 m) puis nous descendons le long de l’aéroport Ste Catalina.

Le soleil s’est enfin décidé à disperser les nuages. Je passe la fin de l’après-midi ensoleillée à la piscine à faire des bassins. J’ai fini Ferrari A son image et je viens de commencer Murtoriu de Marc Biancarelli